RÉVOLUTION FRANÇAISE
Causes. — 1° La trop grande extension du pouvoir royal ; 2° le dérangement des finances, qui commença sous Louis XIV ; 3° l'immoralité des classes élevées et du gouvernement sous la Régence ; If les écrits de Montesquieu, Voltaire et Rousseau, qui attaquent les préjugés et jusqu'à la base de l'ancienne société ; 5° la résistance opiniâtre aux réformes demandées et aux lumières croissantes ; 6° le vieux ressentiment des classes moyennes et des classes inférieures.
Telles sont les principales causes de la révolution française. Nous les avons vues se développer dans le cours de cette histoire; nous avons trouvé et reconnu tous les éléments d'une nouvelle société, d'une constitution nouvelle ; et quand ces éléments ont été organisés, quand la vieille société s'est dissoute, le passé s'est técroulé pour faire place à l'avenir, et la révolution s'est accomplie. Elle a été une nécessité ; el le se prépa-
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l'ait depuis dis siècles ; elle était en germe dans tous les grands événements que nous avons étudiés : la féodalité, les communes, l'établissement des États-Généraux, la Réformation, la royauté absolue ; chacun y a contribué pour sa part, tous ensemble l'ont formée, et elle n'en est que la conséquence. C'est dans cet esprit qu'il faut étudier l'histoire , si l'on en veut retirer quelque utilité; dans le présent ou le passé il faut toujours chercher l'avenir.
Événements. — Lorsque Louis XVI, petit -fils de Louis XV, monta sur le trône, le 10 mai '1774, une grande agitation régnait dans les esprits ; la guerre pour l'indépendance de l'Amérique du Nord, à laquelle la France donna un puissant appui, éveilla dans tous les cœurs des sentiments énergiques de liberté. Mais cette guerre ne fit qu'ajouter à la pénurie du trésor. Un déficit de cent quarante millions fut constaté dans l'assemblée des notables, en 1787, par Necker, ministre du toi. Les moyens proposés pour le combler, contraires aux intérêts de la noblesse, amenèrent la résistance et l'exil du parlement. Les esprits s'échauffèrent ; le parlement rappelé fil, le 4 mai 1788, des remontrances à Louis XVI, et demanda la convocation des Étals-Généraux. Tout rendait cette mesure inévitable, l'état désespéré du trésor et le vœu fortement prononcé de la nation. Les États-Généraux sont enfin convoqués à Versailles pour le 5 mai 1789, il y eut bientôt lutte entre les ordres, entre le tiers et le gouvernement. Mirabeau dit à l'envoyé du roi qui ordonnait aux États, après un lit de justice, de quitter la salle des séances : « Allez dire à votre maître » que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous » n'en sortirons que par la force des baïonnettes;» ce mot caractérise la révolution entière. Cependant le roi profite des troubles qui s'élèvent dans le sein de l'Assemblée pour faire fermer le lieu des séances. Mais les députés, réunis au jeu de Paume, font le serment de donner une constitution à la France. Le peuple de Paris s'insurge et prend la Bastille.
Les États-Généraux, si énergiquement soutenus, se constituent en Assemblée nationale et décrètent l'abolition du régime féodal, dans la nuit du 4 août. Gette abolition fonda le gouvernement populaire sur les débris de l'ancienne constitution. La révolution était accomplie. Louis XVI, contraint d'accepter la constitution de 1791, ne tarda pas à sentir les effets de 1s puissance populaire lorsque, arrêté à Varennes au moment où il cherchait à sortir de France, il fut ramené et gardé à vuecîans son palais. Une résistance mal calculéeaux décrets de VJs-
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semblée législative qui avait succédé à la Constituante, exaspéra les esprits, excités d'ailleurs par le club des Jacobins ; cette exaspération s'accrut encore par l'approche des armées étrangères et le manifeste de Brunswick. Le roi, attaqué et pris aux Tuileries, est conduit devant l'Assemblée et de là au Temple avec sa famille. Le trône est renversé (10 août 1792).
Première coalition. —Dans ce moment, les Prussiens envahissent la Champagne ; mais ils sont battus à Valmy ps* l'armée française sous les ordres de Dumouriez et de Keller mann. Cette invasion, dirigée et suscitée par les émigrés de Coblentz, est le signal des scènes horribles des 2 et 3 septembre 1792, où d'innocentes victimes furent immolées en expiation d'une attaque insensée. Les ennemis sont repoussés sur tous les points de la frontière.
C'est alors que commence le grand rôle de l'Angleterre dans les affaires continentales ; elle aura une immense prépondérance en Europe. Ces vastes coalitions qui vont se former contre la France ne pouvaient se soutenir que par des sommes considérables : l'Angleterre seule pouvait les fournir, car la Hollande, épuisée par ses guerres du dix-septième siècle, était déchue de son ancien éclat. L'Angleterre devint donc non-seulement le lien universel, mais elle eut encore, nécessairement, la direction de la guerre, et Pitt fut le courtier de toutes les puissances de l'Europe . Aussi en peu de temps la dette de l'Angleterre devint effrayante , et aujourd'hui encore ce royaume se ressent de ses sacrifices.
Convention nationale : Ëlépuf&lique française, — Le 21 septembre 1792, s'ouvre la troisième assemblée, appelée Convention nationale. Le 22, sur la proposition de Collot-d'Herbois, la royauté est abolie, la république proclamée, et, le 21 janvier 1793, Louis XVI est décapité; Marie-Antoinette, son épouse, et Madame Elisabeth, sa sœur, subissent le même sort. La république, fière de ses triomphes, déclare la guerre à l'Angleterre, à la Hollande et à l'Espagne, tandis qu'une coalition formidable, dont le ministre William Pilt est le moteur, menace la France. La Convention décrète qu'elle donnera aide et assistance à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté. Le principe de 89 était faussé. Néanmoins la Convention fut grande. Menacée par l'Europe entière, troivant la France et Farmée dans la plus complète
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désorganisation, sans trésor, sans alliés, elle fit face à tout. Tout citoyen est soldat, dit-elle, et quatorze armées marchèrent sur les frontières pour repousser l'invasion. Mais la Con vention est marquée d'un stigmate de sang par la mort du roi, la création du Comité de salut public et du tribunal révolutionnaire, tribunal revêtu d'une puissance dictatoriale sur les biens et sur les personnes, et de plus par la sanguinaire loi des suspects qui en fut le corollaire.
dévolution dlia 9 tlaermidor . — Deux factions divisaient la Convention : d'un côté les Girondins ou modérés, de l'autre les Montagnards ou exaltés révolutionnaires. Robespierre, qui gouverne ceux-ci, tout à la fois chef de club et d'un parti fougueux, décime impitoyablement les Girondins, qui ne jouissent pas de la même popularité. La terreur est portée au comble, les forfaits les plus épouvantables se commettent au nom de la liberté. Toutes les villes de France sont inondées de sang. De nobles victimes montent à l'échafaud. La vertu est poursuivie. Un morne effroi glace tous les cœurs et se peint sur tous les visages. La mort frappe à la porte de tous ceux que signalent leur probité et leur vertu. Aucune voix n'ose s'élever, et le silence cependant est un crime. Les églises sont fermées, on n'ose pas prier tout haut, on n'ose pas avouer la religion de ses pères ! Robespierre règne ; mais Tallien, Radier, Billaud et Fréron, épouvantés des menaces du tyran révolutionnaire, le dénoncent à leur tour. Trop faible pom résister à cet orage, Robespierre meurt sur l'échafaud. La France respire.
PSiecct©ire. — Tandis que la Convention se décime ellemême, les victoires des armées françaises à Tournay, Hondschott et Fleurus leur ouvrent le chemin de la Hollande, qui prend le nom de République Bataoe. Toute la rive gauche du Rhin est conquise et assurée à la France par la paix de Bâle, conclue avec la Prusse, le 5 avril 1795. L'Espagne accède à cette paix, qui déjoue la coalition. La conquête de la Hollande enchaîna cette république au sort de la France, assura la possession de la Belgique, et ferma le continent aux troupes de l'Angleterre. Néanmoins, cette dernière puissance hérita du commerce des Provinces-Unies, et la guerre qui survint lui laissa l'espoir de s'emparer de leurs colonies. Le 26 octobre de la même année, la Convention, triomphante , termine ses
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séances, après avoir fait accepter la Constitution de Tan III. Le nouveau corps législatif, divisé en deux conseils, celui des Anciens et celui des Cinq-Cents, succède à la Convention, et le Directoire au Comité de salut public. Les cinq membres du Directoire sont investis du pouvoir exécutif. C'était une image imparfaite d'une chambre haute et d'une chambre basse. Mais la séparation des deux pouvoirs ne nouvait que faire naître entre eux de promptes dissensions.
Cumpagne d'Italie. — La retraite de la Prusse et de l'Espagne laissait à l'Autriche seule, et à quelques États du nord de l'Allemagne, tout le poids de la guerre. La Russie avait bien accédé à la coalition, à la sollicitation de l'Angleterre ; mais le concours de Catherine ne fut guère effectif, et elle se contenta d'envoyer une escadre en Angleterre. Le Directoire, pour forcer l'Autriche à la paix, pénétra dans ses États avec deux armées ; mais l'archiduc Charles battit Jourdan, etMoreau ne put tenir devant lui. Après, la brillante retraite de ce dernier sur le Rhin, l'Italie devint le principal théâtre de la guerre. Les victoires de Montenotte, Millesimo, Mondovi, Casliglione, Arcole et Lodi donnent à la France la Savoie et le comté de Nice, tandis que la prise de Mantoue, signalée par la destruction de quatre armées autrichiennes, ouvre aux Français le chemin de l'Autriche. Bonaparte accomplit ces prodiges à l'âge de 2G ans, et fonde, sur le modèle du gouvernement français, les républiques cisalpine et ligurienne.
C'est ainsi que la France affermit sa domination en Italie par l'établissement des États libres. La Corse est reprise aux Anglais, qui la possédaient depuis trois ans ; l'armée française pénètre jusqu'au cœur de l'Autriche et menace sa capitale. Yenise, tombée depuis un siècle dans l'oubli et qui avait pris le parti de la neutralité, est sacrifiée par l'Autriche pour obtenir la paix. Elle la partage avec la France par les préliminaires de Léoben, et cette dernière puissance ayant déclaré ia guerre à la république à cause du soulèvement de Vérone, prend la capitale, abolit l'aristocratie qu'elle remplace par un gouvernement populaire, et s'empare des îles ioniennes à l'aide de ses propres vaisseaux. Enfin, le traité de Gampo-Formio assura à la France ses nouvelles conquêtes et termina cette glorieuse campagne. Cette paix détruisit les antiques fondements du système politique de l'Europe, établis par les traités de Westphalie et de Ryswick. La France et l'Autriche s'agran-
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dirent à la fois aux dépens de la république de Venise, qui fut rayée delà liste des États, et de l'empire germanique, qui dut pressentir son asservissement à Tune deees deux puissances.
Négociateurs : Pour la France, Bonaparte, qui fit cette paix seul et presque sans consulter le Directoire ; pour V Autriche, le marquis de Gallo; le comte de Cobentzel.
€&nqmête de fa ©sif&se. — 1798. Le Directoire craignant que la Suisse, malgré sa neutralité, ne donnât passage aux armées de la coalition, résolut de s'en emparer. Des dissensions éclatèrent parmi les cantons, et le manque d'unité accéléra la ruine de la confédération. Le canton de Berne montra une héroïque fermeté pour le maintien de son indépendance, et le brave d'Erlac y joua le rôle que Kosciusko avait joué en Pologne. Mais la ville fut prise, les cantons se soumirent, à l'exception des trois petits, qui obtinrent une honorable capitulation ; le pacte fédératif fut détruit, et la république helvétique une et indivisible fut proclamée le 1 i mai \ ,98. Depuis lors, cette malheureuse république eut à souffrir cinq années de guerres et de factions, jusqu'à ce que la Fiance rendît à la Suisse le repos avec son ancienne constitution. Genève fut incorporée à la république française.
Expéctiiioia d'Egypte.— 4798. Cette entreprise, conduite par le héros du temps, parut la plus extraordinaire qui ait jamais été conçue. Préparée sous l'apparence d'une descente en Angleterre, l'exécution en fut plus merveilleuse queles préparatifs. Les Français s'embarquèrent à Toulon, le 19 mai 4798 : ils prirent Malte le 12 juin ; leur escadre fut suivie, mais non rencontrée par celle des Anglais, mouillée près du fort Marabout. Le débarquement s'effectua le ier juillet; le 2, on s'empara d'Alexandrie et de Rosette ; le 21, le général Bonaparte gagna la bataille des Pyramides; le 22, le Caire fut occupé par Desaix, et le 4er août, la flotte française fut détruite à Aboukir par Nelson. Les Français firent des progrès dans la Hauie-Égypte. Après le combat de Sédiman, où ils battirent Mourad-Bey, l'expédition de Syrie échoua devant Saint-Jeand'Acre(4799). On s'aperçut trop tard que l'Egypte ne pouvait être conservée sans la possession de la Syrie.
La conquête et la colonisation de l'Egypte devaient dédommager la France de la perte des Indes-Occsdentales et imprimer «ne direction nouvelle au système colonial des Européens.
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Bonaparte ayant quitté cette terre lointaine pour revenir en (France, Kléber, à qui il avait laissé le commandement, fut as- Isassiné, et le général Menou, qui lui succéda, fit une conven- ; tion avec l'Angleterre pour l'évacuation de la conquête.
Personnages marquants de l'expédition d'Egypte.
L'expédition d'Egypte devint un événement militaire et scientifique par la réunion des premiers capitaines et des savants les plus illustres de France.
Généraux. — Bonaparte, Menou, Berthier, Desaix, Kléber, Régnier, Dammartin, Caffarelli, du Falga, Murât, Lannes, Davoust, Junot, Marmcnt, Belliard, Friant.
(Savants. — Berthollet, chimiste; Desgenettes et Larrey, médecins; ■ïhouin, Geoffroy, Delisle, naturalistes ; Conté, Champy, physiciens ; Monge, Fourrier, Gostaz, Gérard, mathématiciens ; Parseval de Grandmaison, Arnault, poètes ; Denon, dessinateur ; Redouté, peintre de fleurs.
Consulat. — 1799. L'expédition d'Egypte avait de nouveau soulevé l'Europe contre la France ; le congrès de Radstadt avait été dissous et les négociateurs français massacrés. La nouvelle coalition se compose de l'Autriche, de la Russie, de l'Angleterre et de la Porte. La Prusse garde la neutralité. L'Italie est de nouveau le théâtre delà guerre. Le général Mack est battu, Naples prise par Championnet et la république parthénopéenne proclamée. Cependant la présence de Souwarow et de l'archiduc Charles rétablit bientôt la fortune des alliés; Macdonald et Joubert sont défaits, toutes les places sont reprises et il ne reste plus aux mains des Français que Gênes et Ancône. En même temps les armées françaises sont battues sur le Rhin. Le faible Directoire est cause de tous ces désastres, et, loin de chercher à les réparer, ses mesures brutales et impolitiques ne servent qu'à augmenter ses embarras. Masséna à Zurich, Lecourbe en Italie et Brune en Hollande ont vainement rétabli les affaires de la République. Les soldats sont mal vêtus, mal nourris et indisciplinés. La Provence est menacée, tandis que les Vendéens, les chauffeurs et les assassins du Midi organisent la guerre civile. Tout semblait désespéré lorsque Bonaparte débarque à Fréjus. Arrivé à Paris, il dissout le conseil des Cinq-Cents par la force, et le 13 décembre 1799 il est nommé Premier Consul d'abord avec Sieyès et Ducos, ensuite avec Cambacérès et Lebrun. On décrète la constitution
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consulaire de l'an Mil. L'initiative des lois, réservée au gouvernement fit cesser la séparation de la puissance législative et du pouvoir exécutif. C'était manifester l'intention de détruire la constitution avant même qu'elle ne fût achevée.
Conséquences. — 1. Abolition du régime et des droits féodaux» ainsi que des privilèges de la naissance. 2. Abolition de la torture. 3. Égalité devant la loi. h- Justice régulière et tribunaux indépendants. 3. Représentation nationale pour la confection des lois et le vote de l'impôt. 6. Liberté de la presse et des cultes.
Bmstitiatûons. — Jury. — Garde nationale. — Division de la Franco en départements. — Institut de France.
Chronologie des principaux événements de la Révolution
française.