‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 59 sur 166 · MACÉDOINE · texte numérisé non relu

MACÉDOINE

Philippe il? s»©i de HIacé«Ioîiie. — La Macédoine était bornée au couchant par l'Hlyrie, au levant par la Thrace, au nord par la Dardanie, et au midi par la Thessalie. Elle était baignée par les fleuves Axius, lialyacmon et Strym m. Elle était séparée de la Dardanie au N. par le mont Scardus:au N. E. par le mont Eliope ; à l'O. par ï'Alhos; au S. par l'Olympe. Ce royaume, depuis Caranus ("96), son fondateur; n'était pas sorti "de l'obscurité ; c'est à Philippe II, fils d'Amyntas, qu'appartient l'honneur d'avoir donné à son pays le premier rang parmi les états alors connus. C'était un des grands politiques de son siècle ; il forma le projet d'asservir les Grecs, ei employa ses richesses à corrompre les orateurs athéniens, après avoir arraché son pays aux discordes civiles et aux ravages des Illyriens, des Thraces et de tous les peuples voisins, enhardis jusque-là par la faiblesse et l'anarchie du gouvernement. Démosthène et Phocion résistèrent à la séduction. Philippe intervient dans les affaires de la Grèce au sujet de la

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Guerre Sacrée (355), commencée par les Fhocidiens, spoliateurs du temple de Delphes, contre les Thébains et les Locriens ; il prit Méthane, au siège de laquelle un archer nommé Aster lui creva un œil d'un coup de flèche.

Le mariage de Philippe avec Olympias, fille de Néoptolème, roi des Molosses, et la naissance d' Alexandre, depuis surnommé le Grand, mirent le comble à son bonheur. Il apprit trois grandes nouvelles le même jour (356 av. J. -(!.), savoir: qu'il avait été couronné aux jeux olympiques ; qu'il avait remporté une victoire sur les Illyriens, et qu'il lui était né un fils. G'est alors que Philippe, sentant tout le prix d'un bon instituteur, écrivit lui-même au philosophe Aristote pour le charger de l'éducation d'Alexandre. Voici cette lettre, dont le laconisme est un modèle de style, et dont les sentiments font autant d'honneur à celui qui l'écrivit qu'à celui auquel elle fut adressée :

« Il m'est né un fils ;je rends grâce aux Dieux de V avoir fait naître dans un siècle où il peut avoir Aristote pour maître. »

Philippe assiège Olynthe, qu'il détruit de fond en comble, malgré tous les secours d'Athènes, animée par les Ph Hippiques de Démosthènes ; il termine la Guerre sacrée, qui avait duré dix ans, et se fait admettre au conseil des Amphictyons (346).

Après son retour dans la Macédoine, il fir, plusieurs expéditions contre les Illyriens, les Thraces, les Scythes ; mais il revint bientôt à sa pensée dominante : l'asservissement de la

Bataille de €Iiéia@ité©. — Démosthènes, célèbre orateur athénien, avait démêlé les desseins de Philippe. Il les dénonça avec énergie. Son éloquence souleva les Athéniens contre l'usurpateur; ceux-ci prirent les armes avec les Thébains. Une bataille eut lieu près de Chéronée en 338, et Philippe fut vainqueur; c'est ià qu'expira la liberté grecque. 11 formait de nouveaux projets contre les Perses, lorsqu'il fut assassiné par un jeune seigneur nommé Pausanias. On attribua cette mort à Olympias, que Philippe avait répudiée pour épouser Cléopâtre, nièce du roi Atlale. La conduite d'Olympias en cette circonstance donna en effet lieu de croire qu'elle ne fut pas étrangère au crime. Elle avait fait tenir des chevaux prêts pour la fuite du meurtrier ; n'ayant pu réussir à le sauver, elle combla d'honneurs son cadavre, posa une couronne d'or sur sa tête, lui fit des obsèques magnifiques, et le fit inhumer dans le

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tombeau des rois. Elle alla même jusqu'à consacrer à Apollon le poignard encore fumant du sang de son époux.

lecture : Portrait de Dèmosthènes, par l'abbé Maury {Cours de littérature ,£e Noël). — Détails de la bataille de Chèronèe, clans les Esquisses historiques. — Les Philippiques de Dèmosthènes.

Gotip-d'œil sur les causes principales

Qui ont assuré tour-à-tour la prépondérance, aux Spartiates, aux Aîh niens, aux Thébains, aux Lacédémoniens ., dans la Grèce, et aux Grecs d'Europe dans l'Asie, aux diverses époques, ec particulièrement à l'époque des conquêtes d'Alexandre.

Spartiates. — Leur courage , enflammé par les lois de Lycurgue leur assura la prépondérance sur le Péloponèse, par la réduction des Argiens, des Messéniens, de l' Arcadie, et de VArgolide ; ils favorisèrent Y aristocratie à Athènes, mais, malgré leurs efforts, la démocratie triompha, et ils perdirent leur influence, qui passa aux Athéniens.

Athéniens. — La grandeur des Athéniens avait commencé à Pisistrate, qui avait ouvert de nouvelles voies au commerce, à l'industrie, aux armes, à la marine. Leurs victoires sur les Perses et l'extension de leurs forces navales leur donnent la prépondérance que la guerre du Péloponèse leur avait fait perdre.

ï,es ThéJbaïns triomphent momentanément sous Pélopidas et Epaminondas; mais Sparte domine bientôt toute la Grèce, jusqu'à ce que les Macédoniens lui arrachent le pouvoir.

Macédoniens. — C'est avec la politique habile de Philippe que commence l'influence des Macédoniens ; la création de la phalange macédonienne, les conquêtes de Thrace, d'Illyrie, de Grèce, la création d'une marine, la découverte d'une mine d'or à Crénides, et plus encore les dissensions des Grecs, tout assure à Philippe, malgré Dèmosthènes et Phocion, la suprématie qu'il convoite depuis longtemps : il la transmet à son fils Alexandre, qui l'agrandit encore en établissant dans la Grèce une fédération, juste, générale, régulière, d'où devait résulter la prépondérance définitive des Grecs d'Europe sur l'Asie. Cette prépondérance alla toujours croissant depuis l'expédition des Argonautes; déjà Cimon, Agésilas et Philippe avaient eu la pensée d'armer la Grèce contre la Perse, l'Europe intelligente contre l'Asie barbare, la civilisation contre l'esclavage ; Alexandre met ce projet à exécution, et pour la première fois un même intérêt arme la Grèce.

Alexandre 1© Grand. — Alexandre , surnommé le Grand, né en 356, monte sur le trône de Macédoine en même temps que Darius Codoman sur celui de Perse (336 avant J.-C, 418 de. Rome, 1 ! Ie olympiade).

Sa première expédition fut contre les Tbraces, les Illyriens et autres peuples voisins, jaloux de se soustraire à sa domina-

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tion. Après dix jours de marche, il arrive au mont Hœmus: les Triballes sont vaincus ; ces peuples se retirent vers l'Ister. Alexandre poursuit et soumet les Gètes. Bientôt toutes les nations voisines s'empressent de faire alliance avec le vainqueur.

L'éloquent Démosthènes avait, par ses conseils, excité toute la Grèce à fondre sur la Macédoine; Alexandre n'attend pas l'attaque : il arrive aux portes de Thèbes avant que les Thébains aient été seulement informés de sa marche ; la ville est détruite ; mais le vainqueur, rendant hommage au génie, ordonne d'épargner et la maison et la famille du poète Pindare. Le sort de Thèbes effraie toute la Grèce; le calme s'y rétablit, et Alexandre, à l'exemple de Philippe, se fait déclarer, à Corinthe, généralissime de toutes les forces de la Grèce, sous prétexte de venger les outrages qu'elle avait reçus des Perses.

Il prépare tout pour son expédition, laissant le gouvernement de la Macédoine à Aniipater, un de ses généraux. L'armée, forte de trente-cinq mille hommes, s'embarque àSestos, sur THellespont. Au-delà de ce détroit, il trouve l'armée des Perses campée sur les bords du Granique ; il passe cette rivière malgré leurs efforts , les défait et les met en fuite, quoiqu'ils fussent trois fois, plus nombreux que les Macédoniens. Clytus lui sauva la vie dans cette rencontre.

Après cette bataille, il vient à Sardes , puis à Ephèse, soumet toutes les villes sur la côte de la mer Egée, rétablit la démocratie, leur gouvernement favori, passe en Phrygie , où il tranche le nœud gordien à Gordïum , en Cappadoce, et arrive à Tarse, où il éprouve une maladie violente, à la suite d'une imprudence qu'il avait commise en se'baignant, tout couvert de sueur, dans les eaux froides du Cydnus; mais en peu de jours, son médecin Philippe le rendit aux vœux de ses soldats (333). 11 franchit heureusement le pas de Cilicie;k\& sortie de ce défilé, il rencontre une armée immense de Perses, commandés par leur roi, Darius Cocloman; il gagne sur lui la bataille d1 Issus , où il reste maître d'un butin immense : la mère , la femme et les enfants de Darius furent faits prisonniers ; il se montra, envers eux, généreux et clément.

La victoire d'Issus lui ouvre Damas, toute la Syrie et la Phénlcie. Cependant la ville de Tyr refuse de le recevoir ; il en fait le siège et la prend après sept mois de la plus vigoureuse défense (33 2)

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A Jérusalem, le grand-prêtre Jaddus alla au-devant de lui; le respect que lui inspira cet homme vénérable, l'empêcha de faire aucun mal à cette ville, et lui fit accorder aux Juifs différentes grâces.

Gaza se rendit après deux mois de siège. Bétis, gouverneur de cette ville, fut attaché par les talons à un char, et traîné ainsi autour de la ville. Alexandre, comme un autre Achille, avait voulu renouveler le supplice d'Hector : c'était souiller sa victoire.

La conquête de la Phénici-e entraînait celle de la Palestine. L'Egypte gémissait depuis longtemps sous la domination des Perses ; elle reçut Alexandre avec joie : il y fonda la ville d' Alexandrie ;, IL parcourut ensuite Ses déserts de la Libye, pour se rendre au temple de Jupiter Ammon ; mais Darius ayant rassemblé une nouvelle armée, Alexandre marcha à sa rencontre, passa VEuphrateet le Tigre, et l'ayant joint à Arbelles (3 octobre 331), il le vainquit complètement. Une autre victoire le rendit maître de Babylone, deSuze, de Persépolis et de tout V empire perse, qui avait duré 205 ans.

Darius après la bataille d' Arbelles, avait pris la fuite et s'était retiré à Eebatane ; puis il avait été trahi, arrêté et massacré par les siens. Alexandre poursuivant son meurtrier Bessws, s'avança dans la Parthie, dans la Bactriane et dans la Sogdiane, soumettant ces différents pays avec une rapidité inconcevable. Les Scythes, jusqu'alors invincibles, ne purent tenir devant lui ; il les défit et les força à demander la paix.

Après avoir encore subjugué plusieurs peuples, il passa le fleuve Indus, et marcha vers i'Hydaspe à la rencontre de Porus, roi d'une contrée de Y Inde. Un combat opiniâtre se livre, et les Macédoniens sont vainqueurs. Po7*us, fait prisonnier, est conduit à Alexandre qui* charmé de son courage, lui demande comment il veut être traité. — En roi ! répond Porus. Son royaume lui est rendu, et le vainqueur l'agrandit de plusieurs provinces.

L'Inde entière est soumise ; mais les troupes rebutées obligent enfin Alexandre de s'arrêter. Alors il descend l' Indus jusqu'à son embouchure dans l'Océan. Il charge sa flotte de reconnaître les côtes depuis cette embouchure jusqu'au fond du golfe Persique, et il revient par terre avec son armée ; elle souffre beaucoup de la disette et de la chaleur dans les régions arides qui séparent l'Inde de la Perse, et un grand nombre de soldats

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y périssent. Arrivé à Persépolis, il se repent d'avoir fait brûler, dans un accès de débauche furieuse, le magnifique palais des rois de Perse. A Suze, il épouse Statira, fille aînée de Darius ; il va ensuite à Ecbatane, où il a la douleur de perdre Epheslion, son favori et son confident. Il lui fait faire des funérailles magnifiques, et dans la violence de son chagrin, il a la cruauté de condamner inhumainement à mort le médecin qui avait soigné son ami dans ses derniers moments. Alexandre arrive enfin à Babylone; malgré les prédictions funestes que les Chaldéens lui avaient faites, il s'y livre à la plus honteuse débauche, et meurt, le 22 mai (323), âgé de trente-trois arîs, après en avoir régné douze et demi : c'était la première année de la H 4e olympiade, la 430e de la fondation de Rome. Les historiens modernes font mourir Alexandre le %\ avril 323.

Diogène le cynique mourut à pareil jour et la même année. Papirius Crassus et Julius Julus étaient consuls à Rome. On ne sait pas précisément si Alexandre mourut d'un excès d'intempérance ; on le croit cependant, quoiqu'on ait attribué sa mort au poison que lui aurait donné Cassandre, fils d'Àntipater, qui avait pacifié la Grèce pendant l'absence du héros macédonien. Près de rendre le dernier soupir, il donna son anneau à Perdiccas, un de ses lieutenants, Ses généraux, croyant qu'il le désignait par là pour son successeur, lui demandèrent qui lui succéderait au trône : Le plus digne, répondit-il ; mais je crains bien qu'on ne me fasse de sanglantes funérailles. Prédiction qui ne se réalisa que trop.

Lecture: Porfrait d'Alexandre, par Barthélémy f Anarcharsis).— Tragédie d'Alexandre, par Racine. — Vie d'Alexandre, par Plutarque, traduction d'Amyot. —Parallèle de Philippe et d'Alexandre, dans Justin. — Quinte-Curce.

Observations sur le caractère d'Alexandre.

On peut considérer Alexandre-le-Grand comme homme et comme roi.

Comme homme, de graves reproches peuvent lui être adressés : il était d'une ambition insatiable, et souvent d'une cruauté réfléchie ; il suffira de rappeler :

1° Le supplice de Bêtis; 2° l'assassinat juridique de Philotas ; 3° la mort tragique de Parménion ; 4° le meurtre de Clytus, de Mènandre, de Callisthène; 5° l'incendie de Persépolis.

Comme politique, on lui doit de grands éloges : 1° il donna aux pays conquis des lois sages et justes ; 2° il établit plusieurs colonies : 3° il accorda protection au commerce, aux lettres, à l'industrie; h° il fit faire de grands progrès à la civilisation ; 5° il déploya un génie remar-

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quable en soutenant seul le poids d'un si grand empire; 6° enfin, il montra de l'adresse ou plutôt de la fermeté en maîtrisant tant de passions, tant d'intérêts différents.

En pesant dans la même balance le bien et le mal, on conviendra qu'Alexandre fut l'homme le plus extraordinaire qui ait paru depuis la fondation des empires.

« Alexandre parvenu au zénith de la gloire, la tête lui tourne, le cœur se gâte, et, après avoir commencé avec l'âme de Trajan, il finit avec les mœurs de Néron et le cœur d'Héliogabale. »

Alexandre, en mourant, laissait les peuples nombreux des provinces persanes sujets de la Macédoine et de la Grèce; il avait commencé le grand ouvrage de leur régénération par l'importation dans l'Orient de la civilisation grecque. L'armée d'Alexandre avait plusieurs fois manifesté un esprit d'indépendance; mais l'amour qu'inspirait le héros macédonien l'avait comprimé. Neuf personnes composaient la famille d'Alexandre.

Généalogie des rois de Macédoine, depuis Âmyntas.

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