‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 62 sur 166 · SIÈCLE DE PÉRICLÈS ET D'ALEXANDRE · texte numérisé non relu

SIÈCLE DE PÉRICLÈS ET D'ALEXANDRE

Langue, Littérature, Sciences et Arts.

L'histoire des lettres, des sciences et des arts marche avec l'histoire des faits ; la littérature ne présente rien de régulier quand les peuples sont dans leur enfance ou divisés par des révolutions; les beautés d'une langue , les inspirations du génie, peuvent être locales, individuelles; mais elles ne témoignent pas alors du mouvement progressif de l'esprit humain. Jusqu'au siècle où nous sommes parvenus, nous n'avons distingué que deux peuples dignes d'arrêter nos regards par les ouvrages littéraires qu'ils nous ont transmis : les Hébreux et les Grecs. Quant aux premiers, leurs livres, inspirés, n'appartiennent pas à notre plan ; les seconds ouvrent la liste intellectuelle par Homère, poète, historien, géographe, et par Hésiode, créateur de ia cosmogonie antique. La Grèce alors se repose pendant cinq siècles, tout en préludant au grand siècle de Périclès et d'Alexandre par des essais du second

180 4e SIECLE.

ordre, mais qui ne sont pas sans mérite. Puis elle se présente tout à coup avec le cortège brillant de tout ce que la poésie 'yrique, l'art dramatique, l'histoire, la philosophie, l'éloquence et les arts peuvent enfanter de plus parfait.

La langue grecque, originaire dePhénicie, formait primiiivement quatre dialectes principaux : Yionien, le dorien, ï'éolien et ïattique. L'atlique l'emporta à partir du 4e siècle. — La langue grecque est harmonieuse, riche, flexible, poétique ; elle est la mère de la langue latine, mère elle-même delà plupart des langues modernes.

Principalement pourvus de tons les dons du génie, les Grecs se distinguèrent par l'imagination et le goût du beau. Leurs édifices, leurs temples, leurs statues font encore le désespoir des artistes ; la peinture, la musique, la médecine, l'éloquence arrivèrent chez eux à la perfection.

Le siècle de Périclès a brillé dans tous les genres : c'est le premier siècle littéraire.

Quand la Grèce courba la tête sous le joug des Macédoniens, l'éloquence et la poésie disparurent, pour ainsi dire, en même temps.

Alexandre ne retint qu'un moment les lettres sur le penchant de leur ruine, par la généreuse protection dont il les entoura. Aristote, son maître et son ami, le prouve. Mais, à la mort du grand conquérant, les débris de son vaste empire ayant été partagés entre les capitaines qui Pavaient suivi à la conquête du monde, les lumières se dispersèrent et s'affaiblirent peu à peu. L'Egypte devint alors le principal asile des arts et des sciences. Une école fameuse s'établit dans Alexandrie ; il s'y forma un nombre prodigieux de rhéteurs et de philosophes. Mais si la liltérature grecque cite avec honneur encore Aristarqae, Lucien, Long in, Denys d'Halicar nasse, Diodore de Sicile, Plutar que, Àr rien, Josèphe, Athénée, ses beaux jours n'en étaient pas moins passés : c'étaient là les derniers moments d'un peuple dont la pureté de goût a mérité de servir de modèle à tous ceux qui sont venus après lui.

Lecture : Dans les Esquisses littéraires ou Précis historiques des littératures européennes et orientales, lire et analyser l'histoire des littératures des peuples de l'Asie.

Travail : Tableau générai des littérateurs avant le siècle de Périclè*»

Ûe SIÈCLE. l&f

TABLEAU

des grands hommes du siècle de Fériclès et d'Alexandre.

Nom.

Thucydide,

Xénophon.

Lysias .

a ce

Halycarnai (Carie).

Athènes.

Guide.

Athènes.

Athènes.

Athènes.

Syracuse.

Athènes.

Athènes.

Ouvrages.

Caractère.

Histoire des peu pies anciens depuis Cyrus jusqu'à Xerces.

Histoire de la guerre du Péloponèse, pendant 21 ans.

Histoire de la Perse et de l'Inde dont on n'a que fragments.

La Cyropédie, la Retraite des Dix Mille ; l'Histoire grecque ; les Dialogues de Socrate ; Traités sur diffé rents sujets.

Oraisons funèhres des guerriers.

Les Olynthiennes, les Philippiques.

Harangues et épîtres.

34 harangues nous sont restées de lui.

Harangues.

Il ne reste de lui qu'un seul discours dont l'authenticité n'est pas démon»

Il est pour l'histoire ce qu'Homère est pour la poésie, et l'un des meilleurs peintres de mœurs et des plus sûrs géographes de l'antiquité. 11 aboude en épisodes.

Introduit la philosophie dans l'histoire. Ses harangues sont des chefs-d'œuvre d'éloquence ; il est vif,

concis, sévère.

Cet auteur s'accorde peu avec Hérodote ; il ne paraît pas mériter grande foi.

L'imagination domine dans ses écrits; la grâce et la douceur de son style l'ont fait surnommer l'A' beille altique. Sa Cyropédie est le premier roman historique.

Ses discours sont pleins de force et d'éloquence.

Ses harangues sont des chefs-d'œuvre d'éloquence; elles réunissent toutes les qualités de cet art porté au plus haut degré.

De la facilité, de l'abon dance, un style fleuri.

Style élégant et pur.

Justesse des pensées, élégance, harmonie.

De simple matelot il s'é tait élevé aux premiers emplois de la républiqi

âc SIECLE.

Anaxagore.

Socrate.

Platon.

Aristote.

Xénocrate.

Diogène.

Eplcure.

Aristippe.

Démocrite.

im

'i'2ïi

Athè

Athènes.

Stagire.

Chalcédoine.

Sinope (Pont).

Gargetium

(Attique).

Cyrene l Libye).

361 Abdère.

Ouvrages.

Chef d'une école hilosophique célèbre.

Ecole philosophique célèbre.

Dialogues en grand nombre sur la philosophie, parmi lesquels nous nommerons Pliédon, ou de l'âme, Apologie de Socrate , Phèdre ou 'du Beau.

Beaucoup d'ou- ■ages parmi lesquels: Dialectique, Morale , Histoire des Animaux, Poétique , Rhétorique.

Traité de l'Art

de régner ; six vres sur la Natu de la Philosoph

Ses ouvrages se sont perdus.

Deux lettres, Fragments d'un traité de la Nature, retrouvés à Hercu lanum.

Ecole philosophique où il dénature la doctrine de Socrate.

Traité sur le Monde. — Il explique tout par les atomes.

Caractère.

Disait que l'Univers tait l'œuvre d'une intellience divine: que le bon-, eur de l'homme consistait dans la contemplation ; seignait que le soleif était un globe de feu, que ia lune était habitée.

Le premier qui fit consister la vraie philosophie dans la morale et l'étudç de ses devoirs. «Connaistoi toi-même » était son précepte.

Disciple de Socrate, il reproduit sa doctrine dans sa partie idéale; il s'appuie sur le sentiment, et fait tout découler du beau moral. ..

Fonde sa doctrine sur la raison ; pour lui, con naître n'est pas sentir, mais expérimenter; il don ne dans ses ouvrages tous les procédés qui pouri

progrés des

amener 1 sciences.

Disf iple de Platon, très sévère pour la morale, mais d'un esprit lent ; son maître l'exhortait souvent à sacrifier aux Grâces.

Remarquable par l'exa gération de sa philosophie et de ses actions; il met tait sa gloire à mépriseï tous les préjugés comme toutes les convenances,

Enseignait tout ce que la raison peut nous fa connaître de la divinité; mais faisait les dieux oi sifs, et ne s'occupant pars des hommes; disait que le bonheur consistait dans le plaisir, mais le plaisir qui vient de la vertu.

Admettait que le plaisir était la fin de l'homme.

Disait que tout èta;t produit par des atomes, et que la nécessité causait tous les mouvements et toutes les révolutions de l'univers.

Ûe SIÈCLE.

îJ

rS

Nom.

Pays.

Qïivràsfès.

Gairacière,

L'un des hommes les

Plusieurs ouvrages sur la médecine.

plus grands de l'antiquité;

Itoïate.

Ile de Cos.

montre autant de science dans ses écrits que d'a-

mour pour le bien dans sa conduite.

| î Melon,

Recueil d'obser-

Inventeur du fameux

Athènes.

vations astronomi-

Cycle ou Nombre d'or qui

ques.

porte son nom.

Sa poésie est pleine d'é-

fiPindîre.

Thèbes.

Odes olympiques.

lévation , de grandeur et

de magnificence.

i «fCoriLne.

»ÏB

Thespies (Béotiej.

Odes.

Elève de Pindare , qu'elle vainquit cinq fois

aux Jeux olympiques.

[ Sschyîs.

Attique.

80 Tragédies.

Proméihêe enchaîné , les Coéphores, etc.

Est le réformateur du théâtre grec auquel il donne plan, intrigues, carac-

tère, et l'essor le plus sublime,

Porte son art à la per-

lyophoole.

Athènes.

127 tragédies :

Œdipe roi,* Œdipe à Colonne , etc.

fection ; il excelle dans le pathétique, et sait aussi bien attendrir ses specta-

teurs qu'Eschyle savait les entraîner.

Euripide.

Salamine.

120 tragédies:

Hécube j Iphigénie en Aulide , etc.

Introduisit la philosophie sur le théâtre.

Il est remarquable par l'enjouement et l'esprit répandus dans ses pièces;

Urislophane.

Athènes.

54 comédies:

Plulus, les Nuées.

mais il se permet les attaques les plus violentes contre les personnages les

plus éminents d'Athènes,!

qu'il expose sur le théâtre

à la risée publique.

Comédies ; il a

S'interdit la persontîglitô ; il montre un sens;

[Ménandre.

Athènes.

été appelé le prince de la nouvelle comédie.

exquis, une élégance ache-jf vée, et fait acquérir au j dialecte attique toute S3||

pureté. [j

9e SIÈCLE.

Nom.

Zeuxis.

Protogène.

Parrhasius.

Praxitèle,

H/Polyclè

.Phidias.

* <Timolh.ee •

CE

O es

Pays.

Héraclée (Gr- Grèce).

Ouvrages.

Caractère.

Cos en Carie.

Éphèse ou Athènes.

Gr. Grèce.

Sicyone.

Sicyone.

Corinne.

'L'Hélène est le plus célèbre de ses tableaux, un amour couronné de roses.

On cite surtout un tableau de la Fortune , un portrait à'Antigone , deux Vénus , un Alexandre.

Le plus parfait de ses ouvrages représentait un célèbre chasseur nomme lalyse.

Un tableau, le Peuple d'Athènes ; Méléagre ,• Alataille.

Vénus, pour la ville de Guide, faisait l'admiration de l'antiquité.

Junon ; la Statue modèle ou Canon qui réunissait toutes les perfections du corps humain.

Le Soleil traîné par quatre chevaux ; Alexandre.

Statue de Minerve à Athènes; des Grâces à Elis ; de Jupiter à Olympie.

Ouvrages d'architecture très-célèbres.

cordes à la cithare dont il jouait mer veilleusement.

Il perfectionnait avec un soin extrême, et excellait surtout dans le coloris.

Ses ouvrages sont des chefs-d'œuvre; Alexandre ne voulait qu'Apelle»

pour faire son portrait

Il cherchait l'imitation la plus lidèle de la na-

ïntroduisit dans la peiu ture un heureux mélange d'ombres et de lumière.

Observa les proportions avec un art qui fut regardé comme un modèle ; il cellait dans le dessin.

Il porte la sculpture au plus haut degré de perfec

C'est un des artistes qu exercèrent le plus d'in fiuuncc sur l'art.

Il donnait à ses person nages l'apparence la plus conforme à la nature.

Il est remarquable par la beauté, la grandeur, la majesté avec laquelle il représente les Dieux.

Inventa le chapiteau co rinthien; travaillait avec une rare délicatesse.

Le plus habile mu si- M cien de sou temps, mais fut banni de Lacédé-

II ajouta deux moue parce qu'on trouva , . . -.i — :„..„ n„ ,.. „nv.

.jlle et eflt minée. Ce n'est pas le même que le célèbre | joueur de flûte du même nom qui florissait soûl Alexandre, le Gran»*»

3e Siècle.

ABMHBISSKIlIIgHT BE 10MB.

SOMMAIRE

Borne. — 283. Guerre Tarentine. — 264. Première guerre punique. — 218.

Seconde guerre punique.

Macédoine. — Etat de la Macédoine depuis la bataille d'Ipsus. — 214. Première guerre de Macédoine.

Egypte. — 283. Kègne de Ptolémée-Philadelphe. — 247. Conquête de la Syrie et delà Judée, par Ptolémée-Eveigète. — La chevelure de Bérénice. — Succession d'Evergète dans ce siècle.

Parthle. — 255. Fondation du royaume des Parthes.

Grèce. — 296 Prise d'Athènes, par Démétrius-Poliorcètes. — Conquêtes de ce prince. — 284-280. Ligue Etolienne et Acuéenne. — Aratus. — Agis. — Cléomène. — Philopœmen. — 279. Irruption des Gaulois en Illyrie, en Grèce et en Macédoine.

Découvertes. — Fanaux, par Ptolémée-Philadelphe. — 263. Parchemin, par Eumène de Perg me. — 250. Clepsydre, par les Egyptiens. — 234. Orgue hydraulique, pompe, horloge à roue, par Ctêsibius d'Alexandrie. — 220. Les miroirs ardents, par Archimède. — 210. Fontaines, par Héron d'Alexandrie. — 201. Papier de soie, encre et pinceaux, en Chine. — 200. Mosaïque en terre et en métaux; accents, points et virgules, par Aristophane de Byzance.

ROME

Guerre Tarentine. — Causes. Les peuples de VÊtrurie et du Samnium étaient subjugués ; mais ceux du midi de l'Italie, les Tarentins avaient conservé quelque puissance : ils osèrent s'opposer à la grandeur des Romains, Tarente avait été fondée par une colonie lacédémonienne vers le 8e siècle avant J.-G. Elle devint en peu de temps une des plus puissantes villes de l'Italie et la capitale des trois provinces circonvoisines, VJpulie, la Messapie, la Lucanie. Les lois, les lettres, le commerce florissaient dans cette ville, enrichie de superbes monuments, et la patrie de beaucoup de grands hommes. Les Tarentins ne voyaient pas sans envie la prospérité de Rome ; ils cherchaient l'occasion de l'humilier et d'arrêter ses conquêtes. Sans penser à leur mollesse et à leur dépravation, qui

185 3e SIÈCLE,

les rendaient incapables de se mesurer avec un peuple endurci aux fatigues de la guerre, ils insultent une flotte de Rome et outragent Posthumius, chef de l'ambassade; mais, s'apercevant bientôt de leur témérité, ils implorent le secours de Pyrrhus, roi d'Épire, le meilleur capitaine de l'époque, et qui passait même pour l'héritier des talents militaires d'Alexandre. Déjà son grand-oncle, Alexandre ï, oncle du vainqueur d'Arbelles, avait tenté de subjuguer l'Italie méridionale ; il y avait trouvé la mort (332). Pyrrhus crut que la conquête de l'Occident lui était réservée.

Ce prince ambitieux se hâta de se rendre à Tarente avec des forces considérables. ïl avait 20,000 hommes de pied, 2,000 archers, 500 frondeurs, 3,000 chevaux et 20 éléphants. Le consul Levinus s'avance contre lui, et perd la bataille ^ Réraclée (Lucarne, 280) ; les éléphants avaient épouvanté les Romains. Les Samnites et les Lucaniens grossissent l'armée de Pyrrhus. Le sage Fabricius est envoyé comme ambassadeur pour traiter de la rançon des prisonniers ; sa vertu résiste aux séductions du roi d'Épire, qui songe sérieusement à la paix. Cynéas, son ministre, vient l'offrir de sa part ; il n'impose pour condition que de laisser libres les cités de la Grande-Grèce. Le sénat, d'après les conseils dCJppius Cœcus, ou V Aveugle, répond qu'il ne traitera de la paix que lorsque Pyrrhus aura évacué l'Italie. Cynéas, de retour auprès de son maître, lui dit que « Rome lui avait paru un temple, et le sénat une assemblée de rois. »

Pyrrhus, après la bataille RAsculum, en Apulie, quitte l'Italie et va combattre les Carthaginois, pour secourir les Siciliens. D'abord il a des succès ; mais il est obligé de se retirer; il revient une seconde fois en Italie, rappelé par les Tarentins et leurs confédérés. 11 est vaincu près de Bénévent par le consul Curius Dentatus ; il abandonne son camp et rentre dans l'Epire avec huit mille soldats. Ne pouvant les payer, il entreprend la conquête de la Macédoine, en est proclamé roi pour la seconde fois (274), et périt deux ans après, au siège d'Argos, des mains d'une femme du peuple (272), qui lui lança une tuile sur la tête. Les Romains, délivrés de ce dangereux ennemi, soumettent à leur joug les Tarentins elles peuples de la Grande- Grèce, et marchent à grands pas vers la domination de l'Italie.

La guerre Tarentine avait duré près de dix ans, de 283 à

3e SIECLE» 137

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