PERSIL
ÆTHUSE.
Tige
verte, ni rouge, ni maculée.
glauque, rougeâtre à sa base et un peu maculée de rouge foncé.
Feuilles
bipinnées, à segments larges, trilobés et à lobes cunéiformes, dentés.
tripinnées, à segments nombreux, étroits, aigus, incisés, dentés.
Involucre
à 6-8 folioles.
nul.
Involucelle
à 8-10 folioles disposées circulairement.
à 3 folioles déjetées vers le 'bord extérieur de l’ombellule.
Fleurs
jaune verdâtre.
blanches.
Fruit
ovoïde-allongé , à côtes peu saillantes.
ovoïde-arrondi , à côtes épaisses et saillantes.
Odeur
aromatique , agréable.
vireuse , nauséabonde.
Fenouil ( Fœniculum Adans.).
Racine vivace ; tiges hautes de 1 à 2 mètres , rameuses , lisses ; feuilles divisées en un grand nombre de segments subulés et capillaires; fleurs jaunes ; pas d’involucre ni d’involucelles ; pétales arrondis, roulés en dessus, terminés par une languette. Fruits allongés un peu comprimés et membraneux sur les bords , profondément striés ; vallécules à une seule bandelette : les commisures en renferment deux.
Sous le nom de Fenouil , on trouve, dans le commerce, les fruits de plusieurs espèces de ce genre.
1° Le Fenouil doux majeur ou de Florence, produit par le Fœniculum officinale Ail. (fig. 599), fruit long de 10 à 15 milli-
OMBELLIFÈRES
mètres, large de 3 millimètres, linéaire, entier, cylindrique, cannelé, droit, plus souvent arqué, à huit côtes (deux doubles) élargies à la base, carénées au sommet et séparées par des vallécules peu visibles ; il a une couleur vert pâle , blanchâtre , uniforme , une odeur douce , sui generis , très-agréable , une saveur aromatique sucrée. Cette sorte est pourvue de son pédoncule, qui forme, d’ordinaire, un angle avec l’axe du fruit.
2° Le Fenouil vulgaire d’Allemagne ( Fœn . vulgare Mérat), long de 4 millim., large de 2 millim., entier, rarement divisé, ovoïde-elliptique, droit ou arqué, gris foncé , sans pédoncule , surmonté de deux styles courts , épaissis à la base ; huit côtes linéaires , un peu blanchâtres (deux doubles) ; vallécules noirâtres, assez larges; odeur de Fenouil forte, agréable; saveur très-aromatique , piquante.
3° Le Fenouil doux mineur d’Italie (F. mediolanense C.B.), long de 6 à 7 millim., épais de 2 millim., droit ou arqué, entier, plus souvent séparé en deux mériearpes; côtes blanches, carénées ; vallécule renflée ; odeur forte et franche de Fenouil; saveur agréable, sucrée etc.
En pharmacie, on n’emploie que la première sorte. On en retire une huile essentielle, d’un jaune clair, très-légère. Le fruit du Fenouil est carminatif , excitant; on le croit capable d’augmenter la sécrétion du lait chez les nourrices; il entrait dans les quatre semences chaudes.
La Racine de Fenouil provient du Fenouil vulgaire (F. vulgare). Elle aune écorce blanchâtre, libreuse, et un cœur ligneux à courbes concentriques; son odeur est faible et douce : elle faisait partie des cinq racines apéritives (Persil, Ache, Asperge, Petit- Houx, Fenouil).
Séséli de Marseille ou Fenouil tortu ( Seseli tortuosum L.). Plante ressemblant un peu au Fenouil, et croissant dans le midi de la France. Ses fruits, qui entrent dans la thériaque, sont formés de
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
deux méricarpes, ordinairement séparés, plus petits et plus minces que ceux de l’Anis. Ils ont une saveur âcre, très-aromatique, et, quand on les écrase , une odeur forte et désagréable.
Daucus de Crète ( Athamanta cretensis L.). Plante de Candie, d’Égypte, du midi de la France etc.; fruit cylindrique, atténué supérieurement, surmonté par les styles persistants , et couronné de poils rudes visibles à la loupe. Il est en général réuni en ombellules et mêlé de rayons brisés de l’ombelle; odeur de Panais; saveur aromatique plus marquée, forte et agréable. Il entre dans la thériaque , le sirop d’Armoise et l’électuaire diaphœnix.
Persil de Macédoine (Athamanta macedonica DC., Bubon macedonicum L.). Les fruits de cette plante, qui croît en Turquie et dans le nord de l’Afrique, ont été jadis employés contre l’épilepsie. Ces fruits sont convexes d’un côté , aplatis de l’autre, amincis supérieurement, rougeâtres, avec des côtes blanches ciliées. «Le péricarpe est mince, membraneux, sans rayons marqués » (Guibourt). L’amande offre une coupe transversale semi-circulaire.
Méum ou Fenouil d’Ours (Meum athamanticum Jacq.). Plante vivace des Alpes et des Pyrénées , à racine allongée , garnie supérieurement de débris de pétioles; tige droite, rameuse; feuilles 2-3-pinnées, à, pétioles ventrus et à folioles capillaires, glabres, courtes, très-nombreuses; fleurs blanches, très-petites; fruits à dix côtes saillantes, aiguës, les marginales de chaque carpelle plus dilatées.
La Racine de Méum est grosse comme le petit doigt, longue d’environ 10 centim., grise en dehors, blanche en dedans, et formée d’un tissu lâche ; sa saveur est amère et elle a une odeur affaiblie de Livèche. Elle est réputée stimulante et diurétique.
La Criste marine ou Perce-pierre (Crithmum maritimum L.), plante des bords de nos mers d’Europe , est odorante , et parfois cultivée comme condiment; ses feuilles charnues et à divisions linéaires sont confites au vinaigre. Lavini en a extrait une huile essentielle, qu’il dit être anthelminthique.
Angélicées.
Fruit lenticulaire, comprimé d’arrière en avant, à marge dilatée ailée; méricarpes séparés par leurs bords, à la maturité, et ne se touchant que par le milieu de leur face commissurale. (Levisticum Koch, Selinum Hoffm., Archangelica Hoffm., Angelica Hoffm.)
Livèche ( Levisticum officinale Koch, Li g usticum Levisticum L., fig. 600). Plante vivace, à souche forte, multicipitée ; tige haute de
OMBELLIFÈRES
1-2 mètres, lisse, glabre, striée, cylindrique; feuilles très-grandes, luisantes , vert foncé, bi- tripinnées , à segments cunéiformes incisés, le terminal trilobé ou trifide; fleurs jaunâtres, en ombelles terminales; involucre et involucelle polyphylles; calice peu apparent; pétales arrondis, entiers ; fruit blanchâtre , à cinq côtes ailées, les marginales deux fois plus grandes. Sur une coupe transversale l’amande est aplatie , rectangulaire , et le péricarpe pourvu de cinq dents :
les trois dorsales triangulaires , les deux commissurales proéminentes.
Les Fruits ont une odeur || térébinthacée , quand on les froisse , et une saveur amère.
Selon Guibourt, ils sont vendus , dans le commerce, sous le nom de semence d’Ache.
La Racine de Livèche, également vendue sous le nom I de racine d’Ache , d’après Guibourt, est grosse comme le pouce environ, grise, ridée, parfois renflée au voisinage de son extrémité supérieure, jaunâtre et spongieuse en dedans; son odeur se rapproche de ceLe de l’Angélique ; sa saveur est légèrement sucrée, âcre et parfumée. C’est un stimulant inusité.
Angélique officinale ( Archangelica officinalis Hoffm., Ange lica archangelica L.). Plante bi- trisannuelle, originaire du nord de l’Europe, de la Bohème, de la Suisse, des Pyrénées etc., cultivée dans les jardins. Racine épaisse; tige haute de 10 à 15 décim., grosse, fistuleuse, cannelée, glabre, striée, verte; feuilles inférieures très-grandes, bi- tripinnées, à segments cordiformes, ou |: ovales-oblongs, lobés et dentés; feuilles supérieures à gaines dila-
tées; fleurs blanc verdâtre, en ombelles presque sphériques, multiradiées; involucre à folioles peu nombreuses, linéaires, aiguës, parfois nulles; involucelle à folioles linéaires, subulées, caduques, presque aussi longues que les rayons del’ombellule ; fruit comprimé, elliptique, blanchâtre, à côtes dorsales rapprochées et à côtes mar-
310 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
ginales membraneuses , élargies ; semence volumineuse , distincte du péricarpe, couverte de canaux résineux, convexe en dehors, creusée en gouttière à sa face interne.
Toutes les parties de cette plante, mais surtout la racine, sont très-aromatiques, et possèdent une saveur sucrée, mêlée d’un peu d’âcreté. Les pétioles et les tiges servent à faire le Condit d’Angélique ; les fruits entrent dans la composition du Vespetro.
La Racine d’Angélique du commerce (fig, 601) est composée d’un corps central et de racines secondaires fasciculées. Elle est grise et ridée, blanche en dedans; son odeur est forte, mais agréable; sa saveur d’abord douce , puis amère , àcre et musquée. Cette racine est très-hygrométrique et facilement attaquée par les Insectes ; aussi convient-il de la dessécher avec soin et de la conserver dans des vases secs et bien clos.
La racine d’Angélique renferme une huile volatile, une résine cristallisée ( Angélicine ), de Y Acide Angélique (G10 H8 O4), du tannin, des malates etc. Quand on procède à l’extraction de l’acide angélique, il passe d’abord, à la distillation , de l’acide valérique , de l’acide acétique et de l’eau.
L’extrait alcoolique d’Angélique étant repris par l’eau, on obtient une substance semitluide , formée par un mélange d’huile volatile et d’angélicine. Cette substance a une odeur agréable ; elle est connue sous le nom de Baume d’Angélique .
L’Angélique est excitante et stomachique. L’Angélique sauvage ( Angelica sylvestris L. ) est parfois, dit-on, substituée à l’Angélique vraie. Selon Guibourt, la racine du commerce serait celle de l’Angélique vraie, cultivée dans les jardins et récoltée à la fin de la deuxième année.
Sumbul, Soumbul, Jatamansi , Racine musquée. La plante (Ang. moschata Wiggers) qui fournit cette racine, croît dans les régions montagneuses du nord de l’Inde anglaise. Elle vient en Europe par la Sibérie , et ses propriétés médicales ont été surtout étudiées par les médecins russes.
Le Sumbul est en tronçons épais de 2 à 4 centim., larges de 5 à 10 centim., dont la tranche est fibreuse et blanc jaunâtre, et qui
Fig. 601.
Racine d1 Angélique.
OMBELLIFÈRES
présentent de nombreuses stries circulaires. Cette racine est composée de fibres grossières, irrégulières, facilement séparables , et recouverte par une sorte d’écorce mince , ridée , un peu sombre ou légèrement brune. Sa saveur est d’abord douce, puis amère, balsamique , laissant dans la bouche un arôme très-vif, qui se communique à l’haleine; elle a une odeur forte et franche de musc.
Reinsch y a signalé , entre autres principes , une huile volatile , deux résines balsamiques et un acide particulier, Y Acide Sumbulique , qui paraît être identique à l’acide angélique.
La racine de Sumbul est un stimulant nerveux; on l’a employée contre les fièvres adynamiques , la dysenterie et la diarrhée à forme asthénique, contre le choléra, 1 e delirium tremens , la chlorose, l’aménorrhée , la dysménorrhée etc.
Selon M. Murawieff, la résine est le principe actif de cette plante. Cette résine s’obtient à la manière de celle du Jalap; elle est blanchâtre , transparente , de saveur acide , aromatique , brûle sans résidu et se ramollit entre les doigts. Stromeyer prescrit le Sumbul sous forme de teinture alcoolique.
Peucédanées.
Fruit comprimé d’arrière en avant, plan ou lenticulaire, à côtes dorsales fdiformes , rarement ailées , les marginales dilatées ; méricarpes à bords non séparés à la maturité , rarement entourés par un bourrelet cartilagineux. ( Opopanax Koch, Ferula Tournef. , Dorema Don, Peucedcmum L., Bubon L., Anethum Tournef., Pastinaca Tournef., Heracleum L., Tordylium Tournef., Imper atoria L.).
Impératoire ( Imperatoria [ Peucedcmum Koch] Ostruthium L.). Plante des Alpes de la Suisse, rare dans les Vosges, à souche oblique , fusiforme , traçante ; tige cylindrique , haute de 3 à 6 décim.; feuilles à pétiole long, terminé par trois pétiolules portant chacun trois folioles largement ovales , incisées - dentées (Kirschleger), libres ou confluentes; ombelle plane, non involucrée ; involucelles à folioles peu nombreuses; calice à dents peu apparentes; pétales blancs; fruits jaunâtres, à marges très-élargies.
La Racine d’Impératoire est rugueuse, annelée, brune, un peu aplatie, grosse comme le doigt, fibreuse et jaune verdâtre à l’intérieur ; elle a une saveur âcre , aromatique , une odeur forte , analogue à celle de l’Angélique. C’est un stimulant énergique, qu’on a le tort de ne pas employer. Osann en a retiré une matière cristallisable , l’ Impératorine .
La racine de Peucédane ou Fenouil de Porc ( Peucedanum officinale L.), et celle du Persil de montagne (P eue. \Aihamantha
POLYPÉTALES PERIGYNES AXOSPERMÉES.
L.] Oreoselinum Mœnch.) sont réputées excitantes et antihystériques. La première contient un suc gommo-résineux d’une odeur forte et vireuse, jadis employé contre les névroses. M. Schlatter a extrait de cette racine un principe cristallin (. Peucédanine ) identique avec l’impératorine , selon M Wagner.
Selin des marais ( Peucedanum- [ Selinum L., Thysselinum Hoffm.] palustre Mœnch.). Racine fusiforme, rameuse, jaunâtre, à suc blanc laiteux; tige droite, cylindrique, cannelée, peu rameuse, rougeâtre inférieurement; feuilles d’un vert tendre , longuement pétiolées : les radicales tripinnées , à folioles ovales-oblongues, décou pées en segments linéaires , plans, courts, ordinairement égaux; les supérieures à gaine large , devenant ventrue au sommet de la tige; involucre polyphylle, étalé ou réfléchi; ombelles planes; fleurs blanches ou rosées; fruits roussâtres, à marge peu développée.
La racine de cette plante a été fort préconisée en Courlande , en Allemagne et en Suisse, contre l’épilepsie. Selon M. Peschier, elle
contient de Y Acide Sélénique , un principe sucré, une huile volatile etc. Dans ces dernières années, M.
Herpin en a repris l’étude et il assure en avoir obtenu de bons résultats. M. Herpin la place au-dessus de l’oxyde de zinc, du sulfate de cuivre ammoniacal et de la Valériane. Cette substance mériterait d’être expérimentée à nouveau.
M. Fagot a préconisé la racine et les feuilles du P eue. austriacum Dœll.
contre l’épilepsie et surtout contre les crampes d’estomac. Cette plante est, selon lui, supérieure au Peuc.
palustre.
Aneth ( Anethum gra veolens L.^Pastinaca Anethum Spreng. , fig. 502).
Plante de l’Égypte et du midi de l’Europe, qui diffère du Fenouil par son fruit brunâtre, lenticulaire, à côtes marginales ailées, planes. Ces fruits ont une
OMBELLIFÈRES. 313
odeur forte, rappelant celle du Cumin, et une saveur aromatique. On les emploie comme épice, en Allemagne.
Berce ou Panais de vache ( Heracleum Sphondylium L.). Cette Ombellifère , la plus grande de nos contrées , a été réputée à tort capable de guérir la plique. De Candolle prétend qu’elle devient vénéneuse lorsqu’elle croît dans les lieux trop aquatiques.
L ’Her. Panaces L. sert, en Silésie , à préparer une liqueur alcoolique, peu agréable. L’écorce et les racines de YHer. Sibiricum L. sont corrosives et vésicantes. Enfin YHer . lanatum L. a été recommandé, par le docteur Orne, contre l’épilepsie.
Panais ( Pastinaca sativa L.). Tige droite, cannelée, anguleuse; feuilles pennées, vertes et luisantes en dessus, pâles et pubescentes en dessous , à folioles dentées , un peu lobées et incisées ; ombelles à 20-30 rayons; involucre nul; fleurs jaunes : calice peu apparent, pétales entiers , égaux, enroulés au sommet; fruit très-comprimé , blanchâtre; côtes dorsales aplaties; les marginales membraneuses, non séparées et sans anneau cartilagineux.
La racine du Panais est napiforme, charnue, sucrée , aromatique; et constitue un bon aliment. Cette racine, parfois confondue avec celle de la grande Ciguë , doit en être soigneusement distinguée , et il convient de n’arracher que les Panais munis de leurs feuilles, pour éviter cette méprise.
La racine du Past. Sekahul Russel est vendue sur les marchés d’Orient, comme un aliment très-nourrissant et aphrodisiaque.
Seseli de Crête ou de Candie , Faux Persil ( Tordylium officinale L.). Cette plante d’Orient et du midi de la France fournit des fruits aplatis , ovales , très-odorants , que l’on a vantés comme emménagogues. Ces fruits entrent dans la thériaque.
Opopanax. Cette gomme-résine est attribuée à Y Opopanax Chironium Koch (Ferula Opopanax Spreng., Laserpitium Chironium L.). Elle existe , dans le commerce, en larmes et en masses.
L’Opopanax en larmes est en fragments irréguliers , anguleuxarrondis, gros comme une semence de Cacao environ , opaques, légers, friables, rougeâtres en dehors, blanc jaunâtre ou jaunes avec des friarbrures rouges en (Jedans ; leur saveur est âcre et amère et leur odeur aromatique , forte , analogue à celle de l’Ache et de la Myrrhe. L’Opopanax en larmes renferme de l’amidon et du ligneux; aussi est-il souvent attaqué par les Insectes.
L’Opopanax en masse est formé de fragments agglutinés, jaunâtres en dehors, blanchâtres intérieurement ; il ressemble au Galbanum en masse , dont il se distingue par son odeur et sa saveur, qui sont identiques à celles de la première sorte.
L’Opopanax contient, selon Pelletier, 42 °/0 de résine et 33,4 °/0 de
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
" gomme , de l’acide malique , une huile volatile etc. On le dit antispasmodique et expectorant; il entre dans quelques préparations pharmaceutiques.
Asa-fœtida. Cette gomme découle, par incision, des racines du Ferula Asa-fœtida L. (. Narthex Asa-fœtida Falc., Scorodosma fœtidum Bunge, Asa-fœtida Disgunensis Kæmpfer), qui croît dans la Perse , le Punjab , l’Affghanistan etc. On admet assez généralement que le Fer. orientalis L. en fournit aussi.
Fer. Asa-fœtida. Racine volumineuse , entière ou divisée , dont le collet, saillant au-dessus du sol, est garni de débris de feuilles; tige simple , haute de 3-4 mètres ; feuilles radicales tripartites , à segments bi - pinnatifides et à lobes oblongs - lancéolés , obtus; feuilles supérieures réduites à leur gaîne; ombelles peu nombreuses, sans involucre, composées de 10 à 20 rayons; ombellules de 5 à 6 fleurs ; fruits rouge brunâtre , à côtes marginales parcheminées.
Suivant Kæmpfer , on coupe les tiges au collet et on découvre partiellement les racines, qui sont ensuite couvertes de feuilles pour les préserver du soleil. Après 30 ou 40 jours, on recueille les larmes formées à la surface de la section , puis celle-ci est un peu creusée et de nouveau couverte de feuilles. Au bout de deux jours, on enlève la résine et on avive légèrement la surface ; deux jours après, on recommence la même opération, et ainsi de suite , en ayant le soin de laisser reposer la plante de loin en loin.
L’Asa-fœtida se trouve rarement en larmes dans le commerce ; il est d’ordinaire en masses compactes , brun rougeâtre , enfermant quelques larmes blanchâtres , un peu transparentes. Lorsqu’on le brise , la surface des fragments , d’abord peu colorée , prend bientôt à l’air une teinte rouge violacé intense. Il a une odeur alliacée fétide, une saveur amère, âcre, repoussante; selon M. Laman, le chloroforme détruit son odeur. Il s’émulsionne dans l’eau , et l’alcool à 80° en dissout les 2/3. Pelletier a trouvé dans 100 p. d’Asafœtida : 65 de résine, 19,44 de gomme soluble, 3,6 d’huile volatile, 11,6 de bassorine etc.
L’huile volatile est incolore , âcre , amère , d’odeur alliacée trèsdésagréable. M. Hlasiwetz envisage l’essence d’Asa-fœtida comme renfermant des combinaisons en proportions variables du monosulfure d’Allyle G** H11 S avec le bisulfure C« H11 (?).
La résine rougit à l’air; elle est formée de deux résines: l’une cassante, jaune foncé, insipide, insoluble dans l’éther, soluble dans les alcalis et dans les huiles volatiles; l’autre plus abondante, brun verdâtre, cassante, de saveur amère, alliacée, et d’odeur empyreumatique.
OMBELLIFÈRES. 315
La résine d’ Asa-fœtida possède une composition voisine de celle indiquée par la formule G40 H26 O10 ((Hlasiwetz).
L’Asa-fœtida est un antispasmodique puissant, que l’on a beaucoup préconisé contre l’hystérie et contre les névroses des organes respiratoires ; il paraît être aussi un excitant très-actif des fonctions digestives; on le dit emménagogue et vermifuge. Les Orientaux l’emploient comme condiment.
Sagapénum ou Gomme séraphique. Cette gomme-résine est attribuée avec doute au Ferula persica Willd.; M. Oberlin la rapporte au Ferula Szoïoitsiana DG. Elle vient de la Perse , et se présente en masses, ou, plus rarement, en larmes.
Le Sagapénum est mou, poisseux, rempli d’impuretés et de semences d’Ombellifères ; il ressemble assez bien au Galbanum, dont il diffère par son odeur et sa saveur faibles, mais très-désagréables, d’ Asa-fœtida ; il se distingue de cette dernière substance par ce fait qu’il ne se colore pas à l’air et à la lumière. Brandes y a trouvé 50,29 °/0 de résine , 3,63 d’huile volatile etc.
Cette gomme-résine entre dans plusieurs préparations officinales, mais n’est pas employée isolément.
Gomme ammoniaque. On connaît, sous ce nom, deux gommesrésines d’origine différente: l’une, qui paraît être celle que Dioscoride disait venir de la Cyrénaïque, qu’il appelait apip.(oytaxov , et qui est fournie par le Ferula tingitana Herm. ; l’autre, qui vient de la Perse et de l’Arménie , et qui était probablement inconnue des anciens. Cette dernière est la gomme ammoniaque vraie, fournie par le Dorema Ammoniacum Don. {Dor. Aucheri Buhse, Dor. paniculatum Kar., Dor. aureum Stocks, Diserneston gummiferumSgdLch).
La Gomme ammoniaque vraie se présente sous forme de larmes ou de masses.
Les larmes j d’abord blanches au dehors , jaunissent en vieillissant; elles sont dures , blanches et opaques à l’intérieur, d’une odeur forte , sui generis , d’une saveur âcre et amère.
Les masses sont composées de larmes blanches et opaques, empâtées dans une gangue jaunâtre; cette sorte est moins pure que la précédente , et ne doit être employée que pour la préparation des emplâtres , après , toutefois , qu’on l’a purifiée ; son odeur est plus forte.
La gomme ammoniaque s’émulsionne avec l’eau , et se dissout en partie dans l’alcool, l’éther et le vinaigre. Selon M. Picard, elle prend une couleur rouge intense , au contact de l’hypochlorite de soude ou de potasse. Braconnot y a trouvé 70 °/0 de résine, 18 °/0 de gomme etc. La résine extraite par l’alcool est incolore et possède une composition exprimée par la formule G40 H24 O8 (? Wurtz).
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERNIÉES.
La gomme ammoniaque est réputée stimulante, antispasmodique, emménagogue ; on l’administre parfois dans une infusion d’Hysope’ contre les catarrhes chroniques ; elle entre dans le diachylon gommé , l’emplâtre de Ciguë etc.
La Gomme ammoniaque d’Afrique ou fausse , fournie par le Ferula tingitana Herm. , vient du Maroc, où elle est appelée Fasogh ou Feshoock. Cette gomme-résine diffère de la gomme ammoniaque de Perse par ses larmes moins blanches, moins dures, facilement pénétrées par la pointe d’un canif, moins opaques et offrant quelquefois une teinte bleuâtre sur leur pourtour ; elle est peu odorante et peu sapide.
Dans les Études sur l’oasis de Biskra , parM. le docteur Sériziat, on lit le passage suivant :
« On trouve dans cette région (Biskra) une grande Ombellifère , qui nous paraît être le Ferula Tingitana de Cosson, en arabe Kellehr. Il exsude, au printemps, de ses feuilles et de l’écorce de sa racine , une résine dont l’odeur rappelle celle de l’Asa-fœtida. Cette résine ne serait-elle pas le Laser ou Silphium , dont parlent les auteurs latins, suc épaissi d’une sorte de Férule, et que les Romains tiraient de la Cyrénaïque? L’ouvrage de Guibourt contient une figure de cette plante , gravée d’après une médaille romaine , et cette figure reproduit d’une manière frappante le port de la Férule de Biskra. Nous avons recueilli une petite quantité de cette résine, qui nous permettra peut-être de résoudre cette question. »
M. Sériziat a bien voulu nous remettre cette résine. Elle est en petites larmes un peu molles, translucides, de couleur blonde, d’aspect gras, d’une odeur de Sabine assez douce , non désagréable; leur saveur est à peine amère, aromatique, un peu âcre. Ces larmes se ramollissent très-vite sous la dent et forment une pâte molle , qui adhère fortement aux doigts et s’étire facilement en fils courts ; leur odeur est alors plus exaltée, et légèrement vireuse. Leur cassure est opaline, avec un éclat gras et résineux. En somme, cette résine ne ressemhle en rien à l’Asa-fœtida; elle se rapproche assez de la gomme ammoniaque en larmes, mais elle en diffère par sa couleur, sa consistance, son odeur, sa cassure. Est-ce le Silphium ? Cela est peu probable , car les Romains n’auraient pas manqué de la tirer de leurs possessions algériennes, quand la plante eut disparu de la Cyrénaïque.
Silérinées.
Fruits lenticulaires, comprimés par le dos, à méricarpes pourvus de cinq côtes primaires et de quatre côtes secondaires inermes
OMBELLIFERES.
et filiformes. (. Agasyllis Hoffm., Siler Scop., Galbanum Don.) Cette tribu ne fournit guère que le Galbanum (?).
Galbanum. Guibourt décrit, sous ce nom, deux sortes de résines, l’une molle , l’autre sèche, et pense qu’elles proviennent de deux plantes différentes. La plante que Lobel décrit sous le nom de Ferula galbanifera est peut-être la même que le Fer. erubescens Boissier, auquel M. Oberlin rapporte le Galbanum en larmes du Levant et le Galbanum mou de la Perse; il est peu probable, d’ailleurs, que ces deux Ferula soient identiques avec le Galbanum officinale Don , les genres Ferula et Galbanum appartenant à des tribus différentes et ne pouvant être confondus. Il ne saurait être question ici du Bubon Galbanum L. ( Selinum Galbanum Spreng.), plante originaire du cap de Bonne-Espérance, qui fournit, selon P. Hermann, une résine analogue au Galbanum, mais à laquelle on ne peut guère attribuer le Galbanum du commerce. Quoi qu’il en soit, disons que l’origine de cette substance est encore fort obscure, et qu’il est bon de ne rien affirmer à cet égard.
Le Galbanum mou est en masses ou en larmes , mou , gluant et comme vernissé, dépourvu de fruits, et formé de larmes jaunes, libres ou agglomérées, à cassure huileuse et grenue, de saveur âcre et amère, d’odeur forte et tenace. Cette sorte se rapproche de la gomme ammoniaque par son odeur; elle s’en distingue par ses larmes. En masse, on pourrait la confondre avec le Sagapénum, dont elle diffère par son odeur et sa saveur.
Le Galbanum sec a une odeur analogue à celle du précédent, dont il se distingue par ses larmes ni gluantes ni vernissées , jaunes au dehors, blanchâtres à l’intérieur; elles diffèrent de la gomme ammoniaque par leur moindre consistance et par leur cassure inégale, non vitreuse.
« Le Galbanum donne par la distillation avec de l’eau un hydrocarbure C20 H16. Soumis à la distillation sèche, il fournit une huile d’un bleu verdâtre , qui laisse déposer, au bout de quelque temps , des cristaux d ' Ombelliférone : G12 H4 O4 (?) (Zwenger, Mœssmer). On obtient cette dernière substance en distillant ou en traitant par l’acide sulfurique concentré toutes les résines provenant des Ombellifères. M. Hlasiwetz a signalé récemment, parmi les produits du dédoublement du Galbanum par la potasse, un homologue de l’orcine, laRésorcine (G12 H6 O4)» (Wurtz).
Le Galbanum est stimulant et antispasmodique ; mais on ne l’emploie guère qu’à l’extérieur. Il entre dans la Thériaque , le Biachylon gommé , le Baume deFioraventi , le Biascordium , et fait la base de l’emplâtre qui porte son nom.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
Cuminées.
Fruit comprimé latéralement; méricarpes à côtes aptères : les quatre côtes secondaires un peu plus proéminentes que les cinq côtes primaires, dont les latérales sont marginantes. ( Cumi num L.)
Cumin ( Cum . Cyminum L., fig. 603). Plante annuelle, originaire d’Égypte, cultivée en Sicile et à Malte. Feuilles multifides à segments sétacés; ombelles et ombellules involucrées ; fruit droit , oblong, aminci aux deux bouts , de couleur fauve , terne , uniforme , surmonté par le calice persistant , à sépales lancéolés , et offrant neuf côtes garnies d’aiguillons très - courts; amande volumineuse ; péricarpe mince et foliacé.
Le Cumin a une odeur forte , une saveur trèsaromatique ; il est très- Fig. 603. — Cumin. estimé des Allemands
et des Hollandais. En Alsace on en met, comme épice, dans une sorte de saucisse appelée Prof essor swurst .
L’huile essentielle du Cumin est un mélange de Cuminol (C20 H12 O2) et de Cymène (C20 H14). L.e Cuminol et le Cymène existent aussi dans les fruits de la Ciguë vireuse.
Thapsiées.
Fruit comprimé par le dos ou à section transversale subcylindrique; côtes primaires (3-5 par méricarpe) filiformes; côtes secondaires membraneuses ailées ( Thapsia Tournef. , Laserpitium Tourn.).
Laser. Les R.omains désignaient, sous ce nom, une gommerésine , qu’ils tiraient de la Cyrénaïque. Cette gomme-résine était estimée à l’égal de l’or; son origine est encore douteuse. Elle était extraite , par incision , de la racine et de la tige d’une plante que
OMBELLIFÈRES
les Grecs appelaient siXcpiov et les Latins Lasevpitium. Le Laser était roux, transparent, odorant, de saveur chaude , âcre et piquante ; on lui attribuait des propriétés merveilleuses. Pour des raisons difficiles à apprécier, le Silphion devint de plus en plus rare et, depuis les premières années de notre ère , il paraît avoir disparu complètement. Néanmoins, l'es voyageurs qui ont parcouru la Cyrénaïque ont cru le reconnaître dans une plante, que les indigènes de ce pays appellent Dévias. M. Viviani ( Specimen florœ Libycœ ) décrivit le Dérias, sous le nom de Thapsia Silphion; M. Pacho le nomma Laserpitium Dévias , et dit l’avoir trouvé dans la Cyrénaïque et dans la Marmarique. Cependant M. le docteur Laval, qui, pendant cinq années , habita la Cyrénaïque , nous a affirmé que le Dérias ne se trouve que sur le plateau de Cyrène , où il est semé à profusion et nuit aux rares cultures des nomades de ce pays. .
M. Laval n’en a pas vu un seul pied dans la Marmarique , ni dans les plaines qui du cap Teukra s’étendent vers les Syrtes , ni enfin lorsqu’il à’est avancé jusqu’au voisinage des oasis de Syouah (Ammon.)
Selon M. Laval, le Dérias est une plante vivace, dont la souche émet des racines divergentes, horizontales, rameuses, longues d’environ \ mètre et qui atteignent 3-4 centim. de diamètre. Du collet naissent, vers le mois de décembre , des feuilles très-divisées, un peu charnues, inodores, insipides, sans suc laiteux, longues de 2 à 3 décim., et presque aussi larges, qui forment une sorte de rosette. Du milieu de cette rosette s’élance, vers le mois de mai, une tige à nœuds complets , distants de 10 à 20 centim. ; deux ou trois de ces nœuds portent une feuille engainante , semblable aux feuilles radicales, et un rameau florifère. La tige centrale se termine, en juin, par une ombelle chargée de fleurs jaunes, remplacées, en juillet, par des fruits nummulaires, largement ailés, à ailes membraneuses, distinctes, et dont les méricarpes (autant que nous pouvons en juger parle méricarpe unique qui nous a été donné par M. Laval), ne se touchent que par le milieu de leur face ventrale.
La racine du Dérias est formée d’un méditullium jaune-clair et d’une écorce blanche, amère, d’où s’écoule un suc laiteux, qui se concrète en une résine molle , jaune-citron. Aucune autre partie de la plante ne paraît douée de propriétés actives , et M. Laval rapporte avoir avalé deux semences sans en rien ressentir. Cependant les chameliers ont soin de museler les Chameaux et les Anes , pendant le parcours (40 lieues de l’Ouest à l’Est) de la région où croît le Dérias ; ils prétendent qu’une seule de ces semences suffit pour déterminer , chez ces animaux , une diarrhée très-intense pouvant amener la mort.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
M. Laval a expérimenté, sur les lieux, la résine extraite par l’alcool de la racine du Dérias : cette résine est brune , molle , d’odeur propre.
Selon M. Laval , la résine de Silphion n’agit que sur les parties pourvues de follicules. Elle détermine une démangeaison très-vive, suivie de gonflement , de papules et de vésicules pleines de pus semi-concret, sans aréole inflammatoire. A l’intérieur, et à la dose de 1 , 2, 3 , 7 centigr., en 24 heures, elle agit comme un drastique incertain.
M. Laval admet que cette résine est un antiphlogistique direct ou un résolutif immédiat des inflammations externes. M. le médecin principal Thomas a conclu des observations qu’il a faites avec cette résine : 1° que ce principe est, au contraire, un irritant, agissant par substitution dans les inflammations externes qui n’exigent pas une modification profonde et rapide ; 2° que son action est favorable dans le traitement des ulcères dont la guérison est entravée par l’affaiblissement ou l’aberration de la vitalité , et nuisible à ceux qui sont dans des conditions contraires ; que la plante regardée par M. Laval comme le Silphium des anciens est le Thapsia garganica des botanistes et le Bon Ncifâ des Arabes.
M. Cosson , à qui nous avons communiqué la description du Silphium , faite par M. Laval , y a reconnu aussi le Thapsia garganica.
Comme d’ailleurs M. Laval assure qu’il n’a pas vu en Cyrénaïque d’autre plante pouvant être le Silphion , que, d’autre part, les Arabes de l’Algérie appellent aussi le Bou Nâfâ , Dérias , il semble, ou que les anciens avaient beaucoup exagéré les propriétés du Laser , ou que le Silphion a totalement disparu de la Cyrénaïque. Cette dernière opinion semble d’autant plus probable que le Laser exsudait à la fois de la tige et de la racine , tandis que , selon M. Laval, la tige du Dérias ne fournit absolument rien , soit par incision, soit par un traitement à l’alcool.
Résine de Thapsia. MM. Reboulleau et Bertherand ont fait connaître , en 1857 , une résine vésicante obtenue par l’action de la chaleur sur l’écorce de la racine du Thapsia garganica L. M. Reboulleau a fait entrer cette résine dans la préparation d’un sparadrap vésicant, qui détermine sur la peau une forte rubéfaction, accompagnée d’une éruption miliaire très-intense , analogue à celle qui résulte de l’application de l’huile de Croton tiglium. M. Leperdriel en a préparé un taffetas , qui ne détermine pas de vives douleurs , ni le prurit désagréable de l’huile de Croton , et qui produit la vésication, lorsqu’on le laisse en contact prolongé avec la peau. De son côté, M. le pharmacien major Lancelot a obtenu d’excellents effets d’un sparadrap épispastique à la résine de Thapsia.
OMBELLIFÈRES. 321
Comme énergie et sûreté d’action, M. Lancelot préfère ce sparadrap à celui que l’on prépare avec les Cantharides.
En soumettant la racine de Thapsia à l’action successive de l’eau, de l’alcool et de l’éther, M. le pharmacien major Pressoir en a obtenu deux résines : l’une soluble dans l’alcool, l’autre soluble dans l’éther o L’acide sulfurique colore la première en rouge écarlate , et la seconde en bleu.
Le Thapsia garganica croît abondamment dans tous les lieux incultes du littoral de l’Algérie , et surtout aux environs de Constantine. Les indigènes le connaissent sous le nom de Bou-Nâia {le père du bien) , et emploient sa racine , comme révulsif , dans toutes les affections chirurgicales , indistinctement. Comme les propriétés vésicantes de cette racine sont très énergiques, ils dépassent souvent le but qu’ils se proposent et causent aux malades , ainsi traités, des accidents graves , surtout dans les ophthalmies.
M. le docteur Sériziat, qui a bien voulu nous donner les détails ci-dessus , nous a remis quelques fragments de l’écorce de cette racine, qu’il a achetés chez un marchand de drogues indigènes. En voici la description :
L’écorce de Thapsia est en fragments inégaux , friables , peu volumineux, épais de 4 à 10 millim., d’un jaune brunâtre très-clair à leur face externe , qui est tantôt lisse , tantôt garnie de rides plus ou moins profondes, délimitant parfois de petits espaces saillants, bombés, irrégulièrement quadrilatères. La face interne est blanche , crayeuse , souvent tachée de rouge , brunâtre , et finement striée en long. La surface primitive de section des fragments est souvent garnie d’une résine jaune doré très-clair, que l’on trouve aussi dans les anfractuosités intérieures de l’écorce. La cassure est grenue, crayeuse , compacte ; examinée à la loupe , elle se montre criblée de pores, à parois jaunâtres, très-rapprochés les uns des autres et disposés en séries linéaires, concentriques, entre lesquelles s’interpose le tissu blanc crayeux qui constitue la plus grande partie de la masse. Ces pores sont formés par la section transversale des canaux résineux.
« Le Laserpitium chironium L., qui 'paraît être le même que le Laserp. lati folium L., a une racine échauffante, anti-hystérique, carminative , etc. ; elle a une odeur d’encens : c’est le Séséli d'Éthiopie, la Panacée d’Hercule des anciens, d’après Paulet, et le Gentiana alba des anciens formulaires. » (Mérat et de Lens.)
Selon M. Kirscbleger, la racine du L. latifolium L. est amère, âcre, aromatique, riche en gomme-résine, et elle est fort estimée des pâtres des Yosges, dans les maladies des bestiaux.
«Le L. Siler L., qui croît en France a ses semences estimées
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
emménagogues , stomachiques, diurétiques, etc. Sa racine, qui est fort amère, a passé pour vulnéraire. Le L. triquetrum Vent., qui a été découvert aux environs de Constantinople par Bruguière et Ollivier , fournit , par l’incision de sa tige , un suc laiteux , visqueux , qui se coagule très-promptement , en une matière gommo-résineuse très-odorante. » (Mérat et de Lens.)
Daucinées.
Fruit comprimé ou subcylindrique; côtes primaires filiformes, côtes secondaires proéminentes , aiguillonnées et à aiguillons libres ou connés ; albumen plan sur la face commissurale. ( Daucus Tourn. etc.)
Carotte ( Daucus Carotta L., voy. t. II, p. 295, fig. 588). Plante annuelle ou bisannuelle ; racine grêle , ligneuse , de saveur aromatique; feuilles 2- 3-pennées, à segments laciniés; ombelles à rayons nombreux, d’abord étalés, puis incurvés, connivents; involucre et involucelle polyphylles; fleurs blanches ou roses : purpurines au centre de l’ombelle; fruits petits, à peine comprimés, à aiguillons presque aussi longs que le diamètre commissural.
Cette plante étant cultivée , sa racine devient charnue , sucrée et comestible. On y a trouvé de la Carottine , principe orangé, neutre et cristallisable , de la pectine etc.
Le suc de la racine de Carotte sert parfois à colorer le beurre ; on l’a préconisé contre la jaunisse; les fruits entraient dans les quatre semences chaudes majeures.
CAMPYLOSPERMÉES.
Scandicinées.
Fruit comprimé latéralement , souvent rostré et plus long que large. ( Chœrophyllum L. , Anthriscus Hoffm. , Scandix L. , Myrrhis Scop., etc.)
Cerfeuil cultivé ( Anthriscus [ Scandix L.] Cerefolium Hoffm., Chœrophyllum sativum Lam.). Plante rameuse, glabre, renflée aux nœuds ; feuilles 2-3-pennées , à segments laciniés ; ombelles latérales, subsessiles, à 3-5 rayons ; pas d’involucre; involucelle à 3-5 folioles; fruits noirs , à la maturité , allonges, lisses, rostrés.
Le Cerfeuil est cultivé , comme plante condimentaire , à cause de son odeur aromatique, agréable.
Le Cerfeuil sauvage ( Anth . sylvestris Hoffm.) a une odeur forte , désagréable , une saveur âcre , un peu amère ; sa racine est âcre et réputée malfaisante.
OMBELLIFÈRES
Le Cerfeuil musqué (Mtjfrhis [Scandix L.] odorata Scop.) exhale une odeur d’Anis. On suppose que cette plante est le Myrrhis des anciens, qui lui attribuaient des propriétés très-énergiques.
Fruit renflé, aussi large que long, souvent comprimé latéralement ou contracté. ( Conium L. , Arracacha Bancroft, Smyrnium L. etc.)
Ciguë officinale ( Conium maculatum L., Cicuta major Lam., fig. 604). Plante bisannuelle, à racine fusiforme ; tige cylindrique rameuse, haute d’environl mètre, glabre, glauque, tachée de pourpre ; feuilles grandes, tripinnées , à pétiole s creux , non /y sillonné; segments foliaires pinnati-
partits, à divisions incisées , vert noirâtre en dessus et un peu luisantes, vert pâle inférieurement, glabres ,
bonde ; ombelles étalées; involucre polvphylle ; involucelles à trois folioles situées au
Smyrnées.
d’odeur nauséa -
côté extérieur de l’ombelle ; fleurs blanches : dents calicinales effa cées ; pétales obcordés , à pointe infléchie ; fruitverdâtre , ovoïde-arrondi , comprimé latéralement, àmé-
Fig. 604. — Ciguë.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES,
les latérales marginantes ; vallécules dépourvues de canaux résineux ; carpophore bipartit.
La présence de taches pourpres sur la tige de la Ciguë n’est point un caractère qui lui soit spécial : les Chœrophyllum bulbosum L. et Ch. temulum L. offrent des taches semblables; toutefois ces deux plantes ont un port différent, et leur rachis porte quelques poils.
La Ciguë est une plante très-vénéneuse, qui agit à la manière des poisons stupéfiants et détermine la mort, par suite de syncope; à faible dose , elle produit de légers vertiges , un peu de céphalalgie et augmente les sécrétions urinaire et cutanée, Selon M. Laboulbène, elle paraît devoir être utile, intus et extra , dans les cas d’engorgement mono-articulaire chronique ; son efficacité est incontestable chez les sujets scrofuleux atteints de cet engorgement monoarticulaire.
On la prescrit sous forme de suc, de poudre, de teinture, d’alcoolature , d’extrait, d’huile , de pommade , d’emplâtre et de cataplasme.
La Ciguë doit son action vénéneuse à un alcaloïde volatil, la Cicutine ou Conicine , qui existe dans toutes les parties de cette plante.
La conicine (C16 H15 Az) est un liquide oléagineux, limpide, d’une odeur forte, nauséabonde, pénétrante; elle a une densité de 0,88 à 0,89; à la température ordinaire, elle émet des vapeurs, qui deviennent blanches et apparentes au contact d’une baguette imprégnée d’acide chlorhydrique ; elle est soluble dans l’alcool , l’éther, les huiles fixes et les huiles volatiles , peu soluble dans l’eau , où elle se dissout mieux à froid qu’à chaud .
La conicine est fortement alcaline ; quelques-uns de ses sels cristallisent. Au contact de l’air, elle brunit et se résinifie. C’est un poison narcotique très-actif. Selon M. Christison, elle agit énergiquement partout où l’absorption peut avoir lieu, et détermine une irritation locale, bientôt suivie d’une paralysie des muscles volontaires et du diaphragme : la mort arrive par asphyxie. Son influence s’exerce sur la moelle épinière , dont elle épuise l’action nerveuse , et produit ainsi une paralysie musculaire générale , qui amène l’asphyxie; son énergie ne peut être comparée qu’à celle de la nicotine et de l’acide prussique.
M. Wertheim a trouvé dans les fleurs et dans les fruits de la Ciguë, indépendamment de la Conicine, un nouvel alcaloïde, qu’il a appelé Conhydrine (C16 H17 Az O2). Cet alcaloïde cristallise en lames nacrées irisées; il est assez soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et dans l’éther;- chauffé à 200°, avec l’acide phosphorique anhydre, il se dédouble en Conicine et eau; aussi le considère-t-on comme de la Conicine, plus les éléments de l’eau: C16H15 Az + H2 O2.
ARALIACÉES.
La Conhydrine est beaucoup moins vénéneuse que la Conicine. Arracacha ( Arracacha esculenta DG. , Conium Arracacha Hook.). Cette plante croît dans les environs de Santa-Fé de Bogota, où sa racine sert aux mêmes usages que la Pomme-de-terre. Il ne paraît pas que, jusqu’à présent, on l’ait naturalisée en France.
COELOSPERMÉES.
Coriandrées.
Fruit glabre, sphérique , creux; côtes primaires en zigzag ; côtes secondaires étroites , filiformes ; albumen concave, semi-lunaire sur la section transverse (Kirschleger). ( Coriandrum L. etc.)
Coriandre ( Coriandrum sativum L.). Plante annuelle, originaire d’Italie, cultivée aux environs de Paris, en Touraine, en Alsace etc. Tige glabre, haute de 3 à 5décim. ; feuilles radicales presque entières ou incisées et cunéiformes ; les caulinaires bipinnatifides, à segments laciniés; les supérieures à divisions écartées, étroites, liuéaires ; ombelles à 3-5 rayons ; pas d’involucre ; involucelle à 2-3 folioles, situées du côté extérieur; fleurs blanches ou roses, à pétales externes radiants, plus grands et bifides; calice à 5 dents persistantes; carpelles non séparés à la maturité.
La Coriandre fraîche a une odeur insupportable de Punaise. Ses fruits secs ont, au contraire, une odeur aromatique agréable; ils sont carminatifs et entrent dans la composition de Y alcoolat de Mélisse composé.
ARALIACÉES.
Arbres ou arbrisseaux , rarement herbes vivaces , à tiges et rameaux cylindriques, souvent grimpants; feuilles alternes, rarement opposées, simples, palmées ou pinnées, sans stipules; pétioles dilatés et membraneux à la base ; fleurs hermaphrodites ou unisexuées par avortement , régulières , soit en ombelles ou en capitules nus ou involucrés, soit en grappes ou en panicules; calice supère, entier ou denté, 5-10 pétales, à préfloraison imbriquée ou valvaire (Adoxa) , libres ou soudés par le sommet , insérés au bord d’un disque épigyne , ainsi que les étamines , qui sont alternes aux pétales et en nombre égal, rarement double ou triple; ovaire infère à 2-15 loges monospermes, à ovules pendants, anatropes; styles parfois cohérents, stigmates simples; baie sèche ou charnue, surmontée par le calice; graines à testa crustacé; parfois marginé ; embryon petit, au sommet d’un périsperme abondant. Cette famille comprend les Hédérées et les Adoxées. Elle renferme peu d’espèces utiles, au point de vue médicinal.
Certaines espèces du genre Aralia L. sont usitées comme sudo- Cauvet. \ 9
326 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
rifiques; telles sont les Av. nudicaulis L., Av. hispida Michx., Av. racemosa L., dont on emploie les racines, et Y Av. spinosa L., dont l’écorce est réputée antirhumatismale. La racine de Y Av. nudicaulis est parfois mêlée à la salsepareille, selon Guibourt, malgré l’extrême dissemblance de ces deux sortes de racines.
Gin-Seng ( Panax Gin-Seng Meyer). Cette plante fournit une racine à laquelle les Chinois attribuent des propriétés merveilleuses, et qu’ils vendent à des prix exorbitants. On lui a substitué celle du Panax quinquefolius L. (fîg. 605), et Guibourt décrit cette dernière
plante, que le P. Lafiteau découvrit au Canada, comme la source du vrai Gin- Seng des Chinois. Cette opinion paraît être erronée.
La racine de Gin-Seng a été étudiée par M. S.
Raczynski 1 , d’après des échantillons en accord avec les descriptions de Calau, de Meyeret de Schultz.
«Ce sont des fragments de racines cylindriques , gros de quelques lignes et longs de 1-2 pouces, d’un jaune rougeâtre , à demitransparents , d’une consistance cassante, se ramollissant dans l’eau avec augmentation notable de volume, fondant dans la bouche, et offrant une saveur légèrement amère et aromatique, avec un arrière-goût sucré. »
Nous regrettons que l’espace nous manque pour analyser ce mémoire , surtout intéressant au point de vue de la composition histologique et chimique du Gin-Seng; mais cette racine n’est, en Europe, qu’un objet de curiosité , fort rare d’ailleurs , et ne mérite pas de nous arrêter davantage. Les Chinois la dessèchent à une chaleur modérée; ils la regardent comme le tonique le plus puissant et l’aphrodisiaque le plus actif.
1 Bull, de la Soc. innjp. des naturalistes de Moscou , 1866, no 1, p. 70.
Fig. 605. — Panax quinquefolius.