PAPILIONACÉES
Fleurs le plus souvent irrégulières; calice gamosépale ordinairement bilabié, à cinq divisions (fig. 615) : 2 supérieures, 2 latérales,
1 inférieure ; corolle papilionacée (fig. 616), à 5, parfois 4,3, 2,1 pétales, rarement soudés, insérés sur un disque périgvne :
1 supérieur [étendard) , 2 latéraux ( ailes ),
2 inférieurs ( carène ) libres ou soudés ; étamines définies, généralement 1 -2-adelphes; pistil à un seul carpelle (gousse ou légume) ; embryon courbe à cotylédons charnus ou
Fig. 615. — Fleur du Latliy- n ^ ^ •
rus latifolius (*), loliacés.
- Sophorées.
Baume du Pérou. On connaît, dans le commerce, deux sortes de substances de ce nom : le Baume du Pérou solide et le Baume du Pérou liquide , qui sont attribués à des arbres différents.
Fig. 616. — Corolle du Lathyrus latifolius (**).
Baume du Pérou solide, en coque ou blanc. Ce baume découle, par incisions, du Myrospermum per ui fer mwDG., grand arbre' de la Colombie. D’abord demi-fluide, transparent et jaunâtre, il brunit ensuite et se concrète.
On l’expédiait jadis dans des calebasses ; maintenant il nous arrive enfermé dans des potiches de terre, recouvertes de tresses de jonc, et du poids de 15 à 20 kilogr., ou bien en gallons de tôle , pesant de
(*) Cette fleur offre un calice à 5 dents ; 10 étamines dont 1 supérieure libre , les 9 autres soudées par les filets ; le stigmate (p) et une partie du style. La corolle a été enlevée.
(**) A. Entière. — B) Étendard. — C) L’une des ailes. — D) Carène.
LÉGUMINEUSES. 343
40 à 50 kilogr. Son odeur est suave , sa saveur parfumée , âcre et piquante.
Le fruit du M. peruiferum , que l’on trouve généralement dans les droguiers , est fauve, allongé, un peu réniforme, renflé à son extrémité , qui renferme une graine recourbée , aplati et membraneux dans tout le reste de son étendue.
Le Baume du Pérou liquide ou noir ( Baume de San-Salvador Guib.) est fourni par le Myr. Pereiræ Royl. ( Myr . Sonsonatense Pereira) , qui croît dans l’Amérique centrale. Selon M. de Martius, ce baume est obtenu de la manière suivante : on fait des incisions à l’arbre , on y met le feu , et on recueille le baume à l’aide de chiffons , que l’on introduit dans les entailles ; on l’en extrait par ébullition des linges dans l’eau ; puis on le purifie , par fusion , et on l’enferme dans des calebasses. Guibourt admet, au contraire, d’après les dires de M. Bazire, qu’on l’obtient par des incisions faites à l’arbre, dont le suc découle abondamment.
Le Baume du Pérou noir est un liquide épais , brun foncé , d’une odeur forte, très-agréable, et d’une saveur très-amère et âcre. Il se dissout dans l’alcool et donne un soluté louche ; traité par l’eau bouillante , il lui cède de l’acide cinnamique et un peu d’huile volatile ; il est peu soluble dans l’éther. Il renferme de Y Acide cinnamique (G18 H8 O4) , de la Cinnaméine, de la Métacinnamêine , de l’huile volatile etc.
Le Baume du Pérou solide est assez rarement employé; le baume liquide sert comme parfum ; on en fait une teinture , un sirop ; il entre dans la thériaque et diverses préparations.
On le falsifie avec de l’alcool , des huiles fixes, du Baume de copahu etc. On reconnaît l’alcool en traitant le baume par l’eau ; les huiles fixes autres que l’huile de Ricin sont insolubles dans l’alcool ; enfin le copaliu est décelé par l’odeur qu’il communique au baume.
Baume de Tolu. Ce baume découle spontanément ou par incisions du Myr. toluiferum Spr. ( Myroxylon toluiferum A. Rich. fîg. 617) , arbre de la Colombie, qui croît surtout aux environs de Turbaco , de Tolu , de Corozol etc.
On l’expédiait jadis dans des calebasses ou dans des potiches; il vient maintenant dans des boîtes en fer-blanc, du poids de 3 kilogr. environ. Le baume de Tolu a d’abord la consistance d’une térébenthine épaisse et glutineuse; il devient ensuite grenu, plus ferme et de couleur fauve ou rousse; son odeur est alors très-suave, sa saveur douce, parfumée; exposé longtemps à l’air, il devient sec. cristallin, jaune rougeâtre et très-friable ; il se ramollit sous l’influence de la moindre chaleur et coule alors comme de la poix ;
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son odeur est moins forte, sa saveur légèrement âcre et balsamique* Cette différence dans la saveur et l’odeur, selon l’âge, vient de ce qu’une partie de son essence se transforme en acide cinnamique.
Distillé avec de l’eau , le baume de Tolu fournit une huile essentielle composée de cinnaméine, et d’un hydrocarbure ( T o Une : G20 H 16) qui devient visqueux et résineux au contact de l’air. Il renferme, en outre , de l’acide cinnamique et diverses résines. Par la distillation sèche, M. H. Deville en a retiré du Toluène (C14 O8). « La petite quantité de matière huileuse qu’il renferme , et la rapidité avec laquelle il perd l’état mou , au contact de l’air , sont deux caractères qui distinguent le baume de Tolu du baume du Pérou»
(Gerhardt). Selon M.
Deville, le baume de Tolu contient de l’acide benzoïque; maisM.Kopp Fig. 617. — - Myrospermum toiuîferum. a démontré que ce der-
nier acide provient de la transformation des résines du baume , pendant la distillation ou sous l’influence de lessives alcalines concentrées. M. Kopp en a séparé deux résines (a, P), formées de styracine ou cinnaméine , d’oxygène et d’eau :
Résine a = Styracine (G36 H16 O4) -f- O2 + 2 HO.
Résine (3 = Styracine + O2 4 HO.
Le baume de Tolu cède à l’eau chaude beaucoup d’acide cinnamique et un peu d’huile volatile ; il est soluble dans l’alcool et dans l’éther, fond au feu et brûle avec une odeur agréable ; il ne se mêle aux corps gras que sous l’influence d’un intermède (cire, glycérine, alcool.)
Les Baumes du Pérou et de Tolu sont des stimulants balsamiques très-précieux , que l’on emploie dans les catarrhes chroniques. Le
LÉGUMINEUSES. 345
baume de Tolu est prescrit sous forme de sirop , de pastilles , de pilules etc.
Anagyre ou bois puant. ( Anagyris fœtida L.), arbrisseau de Provence et de la zone méditerranéenne, dont les feuilles et surtout les graines sont purgatives , et dont le bois et principalement l’écorce exhalent une odeur fétide, quand on les frotte.
Quelques plantes du genre Sophora L. fournissent des produits utiles : ainsi le Soph. hepiaphylla L. est réputé anti-cholérique, et l’écorce du Soph . tinctoria L. est, dit-on, fébrifuge et antiseptique.
L’Écorce d’Alcornoque, attribuée au Bowdichia virgilioides Kunth , a été préconisée comme un spécifique de la phthisie et un succédané de l’ipécacuanha ; elle est en morceaux aplatis , épais de 6 à 8 millim., rougeâtres au dehors, jaunes en dedans, de saveur amère et astringente. On préfère l’écorce de la racine. Inusitée.
Lotées.
Bugrane ou Arrête-Bœuf ( Ononis spinosa L.) Plante vivace et ligneuse, à racines longues, ligneuses, flexibles et résistantes; tiges hautes de 50 centim. environ, rameuses, rougeâtres, velues, épineuses ; feuilles ternées, les supérieures simples, ovées, dentées , velues , gluantes ; fleurs axillaires , roses , purpurines ou blanches, à étendard rayé ; étamines monadelphes; gousses dépassant ordinairement le calice.
La Bugrane est commune dans les lieux vagues, les jachères etc. Sa racine est gris foncé au dehors, blanche et radiée en dedans, de saveur douce , d’odeur faible et désagréable. Elle est réputée apéritive. On peut lui substituer celle des : O. antiquorum L., O. repens L., O. arvensis Lamk., O. altissima Lamk.
Genista L.
Calice bilabié, campanulé ; étendard réfléchi en dessus ; ailes oblongues et divergentes ; carène pendante ne recouvrant pas en entier les organes sexuels ; étamines monadelphes-; ovaire oblong; style relevé ; stigmate velu d’un côté ; gousse comprimée ; tiges épineuses ou inermes.
Le Genêt des teinturiers ou Genestrole ( G en . tinctoria L.) a été préconisé contre la rage par Marochetti. C’est un arbuste à rameaux nombreux, effilés, striés, glabres, à feuilles simples, subsessiles, légèrement ciliées; fleurs jaunes, disposées en grappes, au sommet des rameaux. Il passe pour émétique et purgatif.
Le Genêt purgatif {G. purgans Lam.), le Genêt herbacé (G.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
sagittalis L.), le Genêt à balais ( G . scoparia Lam., Sarothamnus scoparius Wimm.), et le Genêt d'Espagne (G. juncea Lam., Spartium junceum L.), paraissent avoir les mêmes propriétés.
Le Cytise des Alpes ( Cytisus alpinus W.) et l’Aubours ou Faux Ébénier ( Cyt . Laburnum L.) sont réputés purgatifs.
MM. Chevallier et Lassaigne ont découvert, dans les semences de ce dernier, un principe qu’ils ont appelé la Cytisine , et qui, à la dose de 4 décigr., détermine des vertiges, des convulsions spasmodiques, la pâleur de la face etc. La Cytisine pure est une substance d’un blanc jaunâtre , ayant l’apparence de la gomme arabique, déliquescente, et ne précipitant pas la noix de galle.
La Vulnéraire (. Anthyllis vulneraria L.) doit son nom à la propriété qu’on lui attribuait de cicatriser les plaies. Inusitée.
Le Fenu-grec ( Trigonella fœnum-grœcum L.) est une plante annuelle , dont les semences rhomboïdales , jaunes , demi-transparentes, sont mucilagineuses et douées d’une odeur forte, spéciale, non désagréable. La poudre de ces semences était jadis employée comme émolliente et résolutive. Elles entrent dans Y Huile de mucilage, dans les farijies résolutives etc. Les Arabes les emploient comme aphrodisiaques.
Mélilot officinal. ( Melilotus officinales Willd.) Plante bisannuelle , à tiges hautes de 30 à 70 centim. ou davantage, et à rameaux d’abord étalés, puis redressés; feuilles à trois folioles ovales, oblongues , obtuses , lâchement dentées, la foliole, terminale pédicellée ; stipules sétacées ; fleurs jaunes, petites, nombreuses, pendantes , en grappes unilatérales , axillaires ; calice à dents aussi longues que le tube ; étendard aussi long que les ailes et que la carène ; gousse en général 1 -sperme , obovée , pubescente , rugueuse.
Le Mélilot acquiert , parla dessiccation, une odeur forte mais agréable. Ses fleurs renferment un principe particulier, la Coumarine (C18II6 O4), que l’on a aussi trouvé dans la Fève Tonka.
Cette plante est réputée béchique ; on peut lui substituer le Mélilot ordinaire ( Mel . arvensis Wallr.) et le Mélilot élevé ( Mel . altissima Lois.)
Le Mélilot bleu, ou Trèfle musqué (Mel. cœrulea Lam., Tmfoliastrum cœruleum Mœnch), a des fleurs d’un bleu tendre, pourvues d’un arôme très-fort et très-expansif. On l’emploie en guise de thé, en Silésie.
Les graines du Lotus edulis L., de Candie, sont douces et comestibles ; les Arabes mangent, sous le nom Kaouë , les fruits du Lotus Gebelia Vent., qui croit en Arabie et dans les environs d’Alep.
Le genre Psoralea L. fournit quelques plantes utilisées. Le Ps. glandulosa L. est réputé vermifuge au Chili ; ses racines sont émé-
LÉGUMINEUSES
tiques et ses feuilles purgatives. Le Ps. esculenta Pursh a des racines féculentes et comestibles. Le Ps. corylifolia L. est employé, dans l’Inde, contre les maladies de la peau. Enfin l’odeur particulière du Ps. bituminosa L., qui croît dans la région méditerranéenne, porte à supposer que cette plante jouit de certaines propriétés. Elle ne paraît pas avoir été employée.
C’est dans la tribu des Lotées que se placent les genres Medicago L. et Trifolium Tourn., dont les espèces sont généralement fourragères.
Indigo. Cette matière colorante est extraite surtout de plusieurs espèces de plantes du g^nre Indigofera L., qui présente les caractères suivants : calice à cinq dents aiguës ; étendard arrondi ; ailes aussi longues que la carène ; carène gibbeuse ou éperonnée ; éta- I mines diadelphes ; style filiforme, glabre; gousse cylindrique ou tétragonale, droite ou recourbée, à semences ovoïdes, tronquées et comme cubiques, séparées par des étranglements de la gousse ; feuilles 1-3-multifoliolées et imparipînnées.
L’indigo est une substance légère, sèche, qui varie du bleu foncé au bleu violet et au bleu cuivré ; sa cassure est terne , fine , uniforme, et il prend un éclat cuivré , quand on le frotte avec l’ongle. Il est en fragments irréguliers ou cubiques.
L’indigo ordinaire renferme de 50 à 90 % de matière colorante ; purifié par sublimation dans un courant d’hydrogène, il se présente sous forme de prismes à quatre ou six pans, dérivés d’un prisme rhomboïdal droit ; il offre alors une teinte violette avec de beaux reflets rouge cuivré, et prend le nom à’Indigotine (C16 H5 Az 02.)
L’Indigotine est insoluble dans l’eau, dans l’alcool froid et dans | l’éther ; elle se dissout un peu dans l’alcool et dans l’essence de térébenthine bouillants.
Selon M. Schunck , l’indigo se produit, pendant la fermentation des plantes dont on l’extrait, par le dédoublement d’une sorte de glucoside, YIndicane , qui se transforme en Indigo et en Indiglucine.
On extrait l’indigo des Indigofera : tinctoria L., Anil. L., argentea L., disperma L. etc.
Il est aussi fourni par d’autres Légumineuses : les Galega tinctoria W., et G. officinalis L., le Podalyria tinctorial ., le Cytisus spinosus L., le Trifolium pratense L. etc., et des plantes appartenant à plusieurs familles, telles que : le Nerium tinctorium Rottl. (Apocynées) , Y Isatis tinctoria L. , (Crucifères), le P oly g onum tinctorium Lour. , (Polygonées) etc. , en fournissent également.
Yoici, d’après M. Wurtz, l’un des procédés d’extraction de l’in-
348 POLYPETALES PÉRIGYNES AXOSPERMEES.
digo : on fait sécher les feuilles au soleil et on les fait macérer ensuite pendant quelques heures dans trois fois leur poids d’eau froide. La solution filtrée est agitée vivement à l’air, puis mêlée à un demi-litre d’eau de chaux, pour chaque kilogr. de feuilles sèches. La liqueur brunit bientôt et donne lieu à un dépôt, qu’on lave à l’eau bouillante, qu’on exprime et qu’on fait sécher.
On distingue , dans le commerce, plusieurs sortes d’indigo , selon le pays qui les fournit ; tels sont les Indigos : Bengale, I. Madras, I. Guatémala , (ou Flore) I. Guyane etc. L’indigo Flore est le plus estimé.
L’indigo a été préconisé contre l’épilepsie.
Réglisse officinale. ( Glycyrrhiza glabra L.) Plante de l’Europe austro-occidentale, à souches traçantes, cylindriques, grosses comme le doigt, longues de 1-2 mètres et que l’on emploie sous le nom de racine de Réglisse ; tiges hautes de 10 à 15 décim., glabres; feuilles imparipinnées , à 13-15 folioles, ovales, obtuses, entières, glabres et un peu visqueuses, & stipules très-petites ; fleurs petites, rougeâtres, en grappes axillaires lâches , allongées et pédonculées ; calice tubulaire , hilabié ; pétales de la carène distincts ; étamines diadelphes ; gousse comprimée, glabre , ovale-oblongue.
La Racine de Réglisse se trouve , dans le commerce , en morceaux longs d’environ 50-60 centim., liés en bottes et réunis en ballots pesant de 50 à 100 kilogr. Elle est ridée longitudinalement , brune au-dehors , jaune en dedans , fibreuse et pourvue d’une saveur sucrée agréable, suivie d’un peu d’âcreté à la gorge. La plus estimée vient d’Espagne et de la Sicile. Robiquet y a trouvé une oléo-résine âcre , de l’acide malique , de l’asparagine , un principe sucré, la Glycyrrhizine (G36 H24 O14) etc.
La Glycyrrhizine est une matière en masse , d’un brun clair , brillante, cassante, de saveur sucrée, intense, nauséabonde et un peu amère , peu soluble dans l’eau froide , soluble dans l’alcool , insoluble dans l’éther. Elle n’éprouve pas la fermentation alcoolique, et l’acide azotique ne la transforme pas en acide oxalique. Selon M Gorup-Besanez , les acides étendus la dédoublent en glucose et en Glycyrrhétine : elle se rangerait donc parmi les glucosides.
La racine de Réglisse sert à édulcorer les tisanes ; il convient de ne l’ajouter que quelques minutes avant de retirer la tisane de sur le feu , ou mieux encore de la faire simplement infuser ou macérer dans le liquide , car la décoction de cette racine en extrait le principe âcre. Macérée dans l’eau, avec un peu de Goriandre , elle fournit le Coco.
On trouve dans le commerce, sous le nom d’ExTRAiT ou de Suc
LEGUMINEUSES.
de Réglisse, une substance noire, solide , roulée en magdaléons, de saveur de Réglisse très-prononcée , et qui s’obtient par décoction dans l’eau des racines de Réglisse , et par évaporation du liquide dans des bassins de cuivre.
L’extrait de Réglisse arrive d’Espagne , de Sicile et de Calabre. Ce dernier est le plus estimé. Quelle que soit leur origine, ces extraits renferment toujours diverses impuretés, surtout du cuivre et de la fécule ; aussi convient-il de les purifier en les faisant dissoudre dans l’eau froide, et évaporant les liqueurs au bain-marie.
En Puissie , on substitue à notre Réglisse la racine du Glyc. echinata L. Cette racine est grosse comme le bras ou moins, fibreuse, jaunâtre, moins sucrée que la Réglisse ordinaire; elle est décortiquée, dans le commerce.
Selon M. Balansa, on emploie aussi la racine du Glyc. glandulifera Kit.
D’après M. Dorvault , on expédie de Smyrne la racine décortiquée ou non et le suc d’un Glycyrrhiza non encore déterminé , qui forme de petites forêts aux environs de cette ville ; l’extrait est en gros pains carrés.
Le Glyc. echinata diffère du Glyc. glabra par sa racine pivotante , ses fleurs en tête, et ses fruits ovales , hérissés de poils épineux.
Les feuilles de YAbrus precatorius L. servent à la préparation d’un extrait analogue à celui de la Réglisse ; ses racines sont employées dans l’Inde et en Amérique aux mêmes usages. La racine du Trifolium alpinum et celles de Y Astragalus ammodytes contiennent aussi de la Glycyrrhizine.
On a attribué des propriétés énergiques à la Rue des Chèvres ( Galega officinalis L.), mais cette plante est potagère, selon Mérat etdeLens, et se mange en salade en Italie. Il n’en est pas de même du Gai. toxicariaSw. (Tephrosia toxicaria Pers.) de l’Inde, et du Gai. sericea Thunb., des Antilles, qui servent à enivrer les Poissons. La dernière, d’après Descourtilz, est appliquée sur les morsures des animaux venimeux. Quelques espèces du genre Tephrosia Pers. sont purgatives. Ainsi l’on emploie à cause de cette propriété : au Sénégal, les racines du T. leptostachya DC. ; à Popayan, les feuilles du T. Senna Kunth. Les feuilles du T. apollinea servent, dit-on, à falsifier le Séné. Il en est de même des feuilles purgatives du Baguenaudier [Colutea arborescens L.) et du Baguenaudier séné oriental {Col. orientalis Lam.); nous reviendrons plus tard à l’examen des feuilles de ces plantes.
Le genre Robinia L. renferme des arbres plus ou moins utiles. Le bois du Robinier faux-Acacia ou Acacia vulgaire ( Robe
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pseudo- Acacia L.) résiste longtemps à la pourriture, et son écorce qui est sucrée , est , dit-on , vomitive ; le bois de Panacoco (Rob. Panacoco Aubl.) , connu aussi sous les noms de Bois de fer et de Bois de Perdrix, sert dans l’ébénisterie : son écorce est réputée sudorifique; la racine du Rob. amara Lour. est employée en Chine comme un amer très-puissant.
Gomme adragante. Cette substance est fournie par plusieurs Astragales de la section des Tragacantha , principalement par YAstragalus verus Olliv. , arbrisseau de l’Arménie et de la Perse , par YAst. creticus Lam., qui croît en Crète et en Ionie, et par YAst. aristatus Sieber, que l’on trouve sur le mont Ida d’Anatolie.
L ’Ast. gummifer Labill. produit aussi une sorte dégommé adraganthe , que Guibourt décrit sous le nom de pseudo- Adraganthe. Quant à YAst. massiliensis Lam. (Ast. Tragacantha L.) , il paraît n’en pas fournir.
La gomme adraganthe se présente sous deux formes , dans le commerce : en filets , en plaques.
La Gomme en filets, aussi appelée Gomme vermiculée, est en filaments aplatis , vermiculés , blancs ou jaunâtres , de consistance cornée , sans odeur ni saveur. Elle se dissout à peine dans l’eau , mais en absorbe une grande quantité , se gonfle énormément et forme un mucilage épais et tenace, qui, selon Guibourt, se colore en bleu, sous l’influence de l’iode.
La Gomme en plaques est en morceaux assez larges, marqués de lignes irrégulièrement circulaires et concentriques. Guibourt pense qu’elle a été obtenue par incisions. Elle se gonfle dans l’eau, en conservant sa forme , mais donne , par l’agitation , un mucilage bien lié , presque transparent , un peu moins épais que celui de la Gomme vermiculée, et se colorant à peine par l’iode.
Dans les officines, on préfère généralement la première sorte.
La gomme adraganthe se dissout en partie dans l’eau froide ; la solution précipite par le sous-acétate de plomb , et présente les caractères de l’Arabine. Les acides sulfurique, chlorhydrique et oxalique étendus, maintenus en digestion à 90° ou 100°, avec la gomme adraganthe , la dissolvent entièrement : la liqueur filtrée précipite, par l’alcool, des flocons d’Arabine, tandis qu’il reste du glucose en dissolution. La gomme adraganthe, traitée par une ébullition prolongée , dans beaucoup d’eau , se dissout presque complètement.
M. H. von Mohl a fait connaître la structure de cette gomme. « Une coupe transversale d’un des morceaux, gonflé dans l’eau, montre quantité de cellules situées au milieu d’un mucilage amorphe. Les parois de ces cellules sont épaisses, incolores, gélati«
LÉGUMINEUSES
neuses, composées de couches épaisses, en parties bien distinctes. Leur cavité contient de la fécule en petits grains. Sous l’action du chlorure de zinc iodé , prolongé au moins vingt-quatre heures , les couches internes et minces de ces parois se colorent en violet vif, ainsi que quelques couches minces situées dans l’épaisseur de la membrane, que séparent des assises épaisses, incolores, gélatineuses. Souvent des ruptures dans les couches colorées les plus externes laissent sortir la substance gélatineuse incolore. Dans la gomme adraganthe vermiforme , les cellules sont beaucoup moins conservées et le mucilage amorphe est plus abondant. Elles se sont montrées encore moins nombreuses et plus effacées dans des échantillons de Syrie en forme de nodosités. »
En examinant la structure anatomique de plusieurs Astragales de la section des Tragacantha, M. Hugo Mohl a vu que la gomme adraganthe résulte d’une transformation du parenchyme de la moelle et des rayons médullaires. Les cellules ainsi modifiées constituent une matière très-dure , transparente , gommeuse à l’état sec , gonflée et onctueuse à l’état humide. Quand la transformation n’est pas très-avancée , leurs contours sont anguleux , e't elles se juxtaposent exatement, quoique leurs parois soient déjà très-épaisses et formées de nombreuses couches très-minces. Plus tard, elles se gonflent et s’isolent, sans se déchirer, sous l’influence de l’eau, et, si ce n’est par exception , l’iode ne décèle dans le liquide aucune trace de mucilage. Plus tard enfin, leurs parois se sont transformées en une matière homogène , dans laquelle on ne peut plus distinguer les minces couches qui les constituent ; les cellules perdent alors leurs contours, et leurs couches extérieures se fondent ensemble en une matière mucilagineuse homogène.
Ces cellules acquièrent, au contact de l’eau, un diamètre beaucoup plus considérable que celui des cellules à minces parois , dont elles proviennent. Le chlorure de zinc iodé les colore d’autant moins que leur transformation est plus complète , ce qui tient à la prédominance des couches incolores sur les couches qui sont colorées.
« La gomme adraganthe n’est donc pas un suc qui se serait concrété à l’air; » elle n’est pas due à la présence d’un Cryptogame parasite , comme le pensait Kützing ; elle résulte d’une « transformation plus ou moins complète des cellules de la moelle et des rayons médullaires, en une substance gélatineuse, qui se gonfle par l’action de l’eau , de plusieurs centaines de fois la grosseur primitive des cellules » (Mohl). Nous verrons plus loin que la gomme des Rosacées et, sans doute, celle des Mimosées ont une origine peu différente.
Gomme pseudo-adraganthe. Guibourt décrit, sous ce nom,
352 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
une gomme fréquemment employée pour falsifier la gomme adraganthe, et qu’il rapporte à YAst. gummifer Labill. Cette gomme, nommée, dans le commerce, Gomme de Bassora , ressemble beaucoup à la gomme adraganthe , mais ses morceaux sont généralement plus gros et forment , avec l’eau , un mucilage moins lié, qui, étendu d’eau et traité par l’iodure ioduré de potassium, se précipite en un dépôt bleu foncé, tandis que la liqueur reste incolore.
Hédysarées.
Cette tribu tire son nom du genre Hedysarum L. , dont quelques plantes sont utilisées. Elle renferme le Sainfoin ( Onobrychis sativa Lam.), employé comme fourrage; le Brya Ebenus DC. , qui fournit le bois de Grenadille de Cuba ; Y Hippocrepis comosa L., que l’on croit astringent; la Coronille faux -séné (Coronilla Emerus L.), dont les feuilles sont purgatives ; la Coronille variée ( Cor . varia L.), que l’on croit vénéneuse, et qui paraît être un bon diurétique.
L’Alhagi à la manne ( Alhagi Maurorum DC. , Hedysarum Alhagi L.), plante épineuse de la Syrie, de l’Égypte etc,, fournit une sorte de manne purgative fort usitée en Perse.
Viciées.
Cette tribu renferme un grand nombre de plantes à graine alimentaire. Telles sont : le Pois chiche ( Cicer arietinum L.) , dont les feuilles renferment de l’acide oxalique , et dont les semences torréfiées (Café de Pois chiches) ont été proposées comme succédanées du Café; la Lentille ( Ervum Lens L.), dont les semences pulvérisées forment, dit-on, la base de la Bévalescière du Barry et de YErvalenta de Warton ; le Pois ( Pisum sativum L.) , la Vesce (Vicia sativa L.), la Fève (P. Faba L.), la Gesse ( Lathyrus sativus L.), la Jarosse (Lath. Cicera L.).
Les graines de ces plantes refiferment une matière azotée particulière, que l’on a appelée Légumine ou Caséine végétale.
L’Orobe (Ervum Ervilia L. et non Orobus vernus L.) fournit des semences ternes, rougeâtres, arrondies-triangulaires , qui entrent dans la thériaque et dans la farine des quatre semences résolutives.
Phaséolées.
Cette tribu tire son nom du genre Phaseolus L. , dont l’espèce la plus importante est le Haricot ordinaire (Ph. vulgans L. , fig. 618). Elle renferme plusieurs plantes utiles.
Lupin (Lupinus albus L.). Calice bilabié ; étendard à côtés réfléchis ; 10 étamines monadelphes : 5 à anthères arrondies, plus
LÉGUMINEUSES
précoces, 5 à anthères oblongues, plus tardives ; style filiforme ; stigmate arrondi , barbu ; gousse coriace , comprimée , oblongue , à renflements obliques. Plante originaire de l’Orient , à tige droite ; feuilles à 5-7 folioles digitées, oblongues, velues; fleurs blanches en grappes terminales.
Les semences du Lupin sont blanches, aplaties , assez grasses , d’une saveur amère, qui disparaît quand on les fait tremper dans l’eau chaude ; elles peuvent alors être mangées.
La farine de Lupin entrait dans les quatre farines résolutives : Fève, Orobe,
Yesce, Lupin.
Nous avons déjà parlé de YAbrus precatorius L., qui fournit la Réglisse d’Amérique.
La racine de la Clitore de l’Inde (Clitoria ternatea L.) est émétique et ses semences sont purgatives.
L’écorce de l’ Erythrina indica Lam.
est un fébrifuge usité en Cochinchine, selon Loureiro. Les feuilles de YEryth, inermis Mill. sont sudorifiques et ses fleurs sont bécbiques.
La plupart des espèces du genre Do- p.g 61g 0ousse de Saricot lichos L. fournissent des graines cornes- Flageolet ouverte.
tibles ; telles sont le Dolichos Catjang
L. , cultratus Thunb. , ensiformis L. , fabœformis L’Her. , has tatus Lour. , sinensis L. , tranquebaricus Jacq. , tuberosus Lam.
Quelques-unes ont des graines réputées vénéneuses : D. minimus L., D. obtusifolius Lam.
D’autres enfin sont redoutées , à cause des poils urticants dont leurs gousses sont couvertes ; telles sont les Pois à gratter ( Dolichos [. Mucuna Adans. , Stizolobium Brown] pruriens L.) et les grands Pois pouilleux (D. urens L., Zoophthalmumurens R. Br. etc).
Les semences des Cajanus bicolor DG. et C. flavus DG., nommées Pois d’Angole , servent de nourriture aux nègres , dans les Antilles.
Entre toutes les graines fournies par les plantes de cette tribu , la plus importante au point de vue de son action vénéneuse est
celle que l’on connaît sous le nom de Fève de Calabar.
POLYPÉTALES PÉR1GYNES AXOSPERMÉES.
Fig. 619.
Fève de Calabar. (fig. 619). Ces semences sont fournies par le Physostigma venenosum Balf., qui croît au Calabar, dans la région
occidentale de l’Afrique, à l’ouest des sources du Niger.
Au Vieux-Calabar , où elle sert de poison d’épreuve , on la connaît sous le nom de Eséré.
Le Physostigma venenosum est une plante vivace , ligneuse , grimpante , attei-
Fève de Calabar. ^nt •illS,IU’à 12 mètreS de
long ; à feuilles larges , trifoliolées ; fleurs en grappes pendantes , roses ou purpurines , magnifiquement veinées ; il est surtout caractérisé par son stigmate renflé et en forme de croissant (cpusasiv, enfler; <jTtyp.a, stigmate); fruit brun foncé, long de 15 à 20 centim., 2-3-spermes. Les semences sont ovales, un peu réniformes, de couleur brunchocolat, longues de 0m,020 à 0m,025, larges de 0m,010 à 0m,015; leur bord convexe est parcouru par un long hile linéaire, élargi. L’épisperme est dur, cassant, chagriné, rougeâtre sur le bord du sillon formé par le hile; les cotylédons sont durs, friables, blancs, rétractés et laissant entre eux une sorte de cavité centrale.
M. Balfour, qui a décrit cette plante, l’a placée dans les Eupha séolées , division ou sous-tribu des Phaséolées. C’est donc à tort que Reveil et Guibert considèrent les Euphaséolées comme une tribu nouvelle créée par M. Balfour. Cette sous-tribu, à laquelle appartiennent aussi les Dolichos minimus et obtusifolius , est à peu près la seule , parmi les Légumineuses, qui renferme des plantes vénéneuses.
Au reste, selon M. Fraser, les graines seules sont actives, et des essais tentés avec les tiges n’ont donné aucun résultat.
La fève de Calabar renferme un alcaloïde amorphe, jaune brunâtre, très-toxique, soluble dans l’eau légèrement additionnée de chlorure de sodium, et que MM. Jobst et Hesse (de Stuttgart) ont nommée Calabarine ou Physostigmine.
La Physostigmine est très-soluble dans l’ammoniaque, la soude caustique ou carbonatée, l’éther, la benzine, l’alcool, peu soluble dans l’eau; le biiodure de potassium y détermine un précipité kermès; elle forme, avec les acides, des sels rouge foncé ou noir bleu ; le tannin , les chlorures d’or, de platine et de mercure la précipitent.
La fève de Calabar , son extrait alcoolique et la physostigmine
LÉGUMINEUSES
jouissent de la propriété de contracter la pupille. Cette propriété existe à la fois dans l’épisperme et dans l’amande ; mais la contraction obtenue avec l’extrait de cette dernière est infiniment plus considérable.
L’extrait est peu soluble dans l’eau; il se dissout bien dans la glycérine , et l’on emploie cette dissolution soit directement , soit par l’intermède d’un papier Berzelius , que l’on en imbibe; assez souvent le papier calabarisé est simplement préparé avec la teinture alcoolique de la semence.
L’action physiologique de la fève de Calabar en poudre, en extrait alcoolique, ou mieux en teinture alcoolique, se résume en trois ordres d’effets aujourd’hui constatés, les uns sur la pupille, les autres sur les voies digestives et circulatoires, les autres enfin, tout récemment étudiés, sur la partie inférieure de la moelle épinière.
I. \1 action pitpillaire consiste dans son rétrécissement, après instillation : à cette contraction, qui dépasse d’un quart et quelquefois de moitié celle qui résulte de causes naturelles, succède parfois un peu de mydriase, une modification dans l’accommodation et une augmentation de réfraction de l’œil. L’instillation , qui s’accompagne ordinairement d’un peu d’irritation de la conjonctive, paraît agir en excitant le muscle ciliaire , car la simple paralysie des fibres rayonnées de l’iris ne saurait expliquer son resserrement actif : ce serait même, d’après Rajaw (de Wilna) sur les extrémités des filets nerveux de l’oculo-moteur commun, et nullement sur ceux du grand sympathique, que se localiserait l’action stimulante. Vulgarisées en France par Giraldès , ces propriétés ont été bien étudiées, puis décrites avec détail par Græfe, de Berlin. On en déduit naturellement les effets thérapeutiques suivants : traitement de la mydriase spontanée , 11e dépendant pas d’une affection cérébrale ; possibilité de faire contracter et de réduire des portkms d’iris herniées ou procidentes , à la suite de traumatismes. La dilatation préalable de la pupille par la Belladone n’empêchant même pas son rétrécissement par la Fève de Galabar, on a pu, par des instillations successives des deux médicaments, détruire des adhérences pupillaires ou réduire les synéchies après perforation de la cornée.
II. Dans les cas d’empoisonnement et dans les expériences sur les animaux , on a constaté les effets suivants sur le tube digestif et sur la circulation : coliques , vomissements , diarrhée , avec augmentation insolite des battements du cœur et du pouls.
III. De ces mêmes faits est ressortie tout récemment une nouvelle propriété sur la partie inférieure de la moelle épinière. La prostration extrême des forces l’affaiblissement évident des extrémités
POLYPÉTALES PÉRTGYNES AXOSPERMÉES.
inférieures, sans crampes ni convulsions, observée dans ces cas, a fait logiquement déduire une action déprimante sur l’activité et l’excitabilité des parties inférieures du système rachidien. De là à de nouvelles applications thérapeutiques il n’y avait qu’un pas, qui fut vite franchi , et aujourd’hui un certain nombre d’observations cliniques sérieuses prouvent l’heureuse utilisation de la Fève de Cala- . bar dans la chorée, les convulsions générales, le tétanos , c’està-dire dans les cas où le centre spinal se trouve hyperesthésié. Aux observations importantes des Anglais (Mac Laurin , Harley , Campbell) il faut ajouter celles confirmatives de Lemaire et Giraldès, en France. Enfin, dans un mémoire très-récent d’Ellen Watson, de nombreux faits cliniques et de multiples expériences sur des animaux font ressortir l’effet antidotique de la Fève de Calabar dans des cas de tétanos; elle a surtout réussi dans des cas subaigus et chroniques , et dans l’empoisonnement par la strychnine , dont elle combat physiologiquement les effets.
Dans ces dernières années, MM. Vée et Leven ont retiré de la fève de Calabar, une matière cristalline, douée de propriétés basiques , à laquelle ils ont donné le nom d’j Ésérine. Voici, d’après* le Bulletin de la Société botanique de France , t. XII ( Revue bibliographique, p. 157), les conclusions que M. Vée a tirées des recherches et des expériences qu’il a faites de concert avec M. le docteur Leven.
L’ésérine pure est incolore , mais en raison de sa grande altérabilité au contact de l’air et d’une eau-mère alcaline, il est trèsdifficile de l’obtenir sans une teinte rosée. Les cristaux sont des lames minces, de forme rhombique. L’éther et le chloroforme les dissolvent facilement, l’alcool mieux encore ; l’eau n’en prend que fort peu. Sa dissolution aqueuse bleuit le tournesol; exposée à l’air, il s’y produit une coloration rouge qui devient rapidement très-intense, par absorption de l’oxygène atmosphérique.
L’ésérine, en dissolution étendue, instillée entre les paupières , contracte la pupille avec une très-grande énergie , et produit les troubles de la vision obtenus jusqu’à présent avec les préparations de la Fève de Calabar. Injectée dans le tissu cellulaire des animaux, elle produit tous les symptômes de l’empoisonnement par la Fève de Calabar, et absorbée par la conjonctive, elle peut amener la mort. L’apparition des symptômes d’empoisonnement précède alors la contraction de la pupille. Dans une expérience , on a vu la contraction de la pupille faire complètement défaut, même dans l’œil qui avait servi de voie d’introduction au poison. L’ésérine n’est pas le contre-poison de la strychnine. Injectée en même temps que cette dernière, elle change seulement les symptômes de l’empoisonne-
LÉGUMINEUSES
ment et les résultats de l’autopsie , sans retarder la mort. Comme la plupart des poisons , elle agit plus vivement quand elle est introduite dans l’estomac; injectée au-dessus d’un milligramme, elle détermine des accidents sérieux.
Il résulte de ce qui précède , que l’on n’est pas encore bien fixé sur les propriétés physiologiques de la Fève de Galabar.
Kino du Bengale ou de Maduga. Cette substance paraît découler spontanément de l’écorce du Buiea frondosa Roxb. et du B. superba Roxb. Selon Guibourt, le Butea frondosa fournit deux substances différentes : l’une, suc astringent du Butea frondosa , friable, de couleur rubis, très-soluble dans l’eau, un peu moins dans l’alcool , de saveur fortement astringente , et contenant ,. à l’état brut , 50 % de tannin (la proportion du tannin varie suivant le mode d’extraction et l’époque de la récolte); l’autre, gomme astringente naturelle du Butea frondosa , en larmes petites, noires, lisses ou ridées d’un côté , garnies d’un débris d’écorce du côté opposé , non friables , dures , à peu près insolubles dans l’eau froide , qui se colore en rouge , tandis que la matière elle-même se gonfle sans former de mucilage , plus solubles dans l’eau bouillante, mais le soluté se trouble par le refroidissement ; cette substance ne cède à l’éther que 0,83 °/0 d’une matière complexe ; l’alcool bouillant en extrait, par des traitements répétés, 36 % d’une matière colorante acide rouge, qui, selon Guibourt, se rapproche beaucoup de l’acide rubinique.
La gomme astringente du Butea pourrait bien être due à une modification du suc astringent ci-dessus, dont les éléments se seraient transformés sous l’influence longtemps continuée de l’air , de la lumière et de l’humidité. Roxburgh et MM. Beckett disent qu’il faut récolter le suc' astringent aussitôt qu’il est devenu dur , et le mettre à l’abri de l’air.
Dalbergiées
Cette tribu renferme surtout des arbres à bois coloré et à suc astringent. Ainsi le Dalbergia monetaria L. f. fournit, par incision de sa racine et de son écorce, un suc analogue au sang-dragon ; le D. latifolia Roxb. produit le bois de Palissandre ; le Nissolia quinata Àubl., de la Guyane, exsude une gomme rouge très-astringente; le Derris pinnata Lour. sert en Gochinchine à remplacer le cachou dans la composition du Bétel.
Guibourt rapporte le bois de Santal rouge au Pterocarpus indicus Willd. ; le bois de Caliatour, au Pter. santalinus L. f. ; le Bar-wood ou Santal rouge d’Afrique, au Pter. angolensis RC. ; le Santal rouge tendre ou bois de Corail tendre, au Pter .
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
Draco L. ou au Pter. gummifer Bert. ; enfin le bois de Moutouchi ou bois chatousieux, au Pter. suberosus DC. ( Moutouchi suberosa Aubl.)
Ces divers bois ne servent que dans la teinture ou dans l’ébénisterie, et nous ne croyons pas devoir nous y arrêter davantage.
Kino d’Amboine ou de l’Inde orientale. Cette substance, que l’on regarde en Angleterre comme la sorte officinale de Kino , est attribuée au Pterocarpus Marsupium Roxb.
Ce Kino se présente en petits fragments d’un noir brillant , opaques lorsqu’ils sont entiers, d’un rouge rubis en lames minces, friables, inodores, généralement marqués de cannelures sur l’une de leurs faces. Ils se ramollissent dans la bouche, s’attachent aux dents , colorent la salive en rouge , et possèdent une saveur trèsastringente.
Le cachou d’Amboine se dissout à froid dans l’eau et dans l’alcool, et le soluté a une couleur rouge de sang. On l’obtient par incisions faites au tronc, lorsque l’arbre est en fleurs; le suc, qui en découle abondamment, est desséché au soleil jusqu’à ce qu’il se fendille et se divise en fragments. Lorsqu’il est conservé pendant longtemps, il perd beaucoup de sa solubilité.
Kino d’Afrique. Ce suc découle spontanément du Pter . erinaceus Lam. Décrit pour la première fois par Fothergill en 1757, sous le nom de Gomme astringente de Gambie , il fut vanté comme un astringent très-puissant. Selon les auteurs , cette substance n’a jamais reparu dans le commerce, et on lui a substitué des sucs analogues venus de toutes les parties du monde. Murray lui donna comme synonyme le nom de Kino, que Pereira et Guibourt croient tiré du mot Kueni , appliqué, dans l’Inde , au suc du Butea frondosa.
D’après les descriptions qui en ont été données, le Kino d’Afrique est noir et opaque en masses , rouge foncé et transparent en lames minces, très-fragile, à cassure brillante, et de saveur très-astringente ; il est presque entièrement soluble dans l’eau.
Nous avons déjà décrit (t. II , p. 27) , le suc du Pter. Draco L. , que l’on connaît sous le nom de Sang-dragon du Ptérocarpe.
Il existe , dans le commerce , d’autres sortes de Kinos fournis par des arbres appartenant à plusieurs familles. Nous croyons utile de faire leur histoire ici , en raison de l’analogie de leurs propriétés.
Kino de la Nouvelle-Hollande. Ce suc découle, soit naturellement, soit à la suite d’incisions, de Y Eucalyptus resinifera Smith., grand arbre de la. famille des Myrtacées. Ce Kino est en masses irrégulières , dures , compactes , formées de petites larmes longues, contournées, agglutinées. Il est noir et opaque à la surface, vitreux, transparent et d’un rouge foncé à l’intérieur, inodore, peu astrin-
LÉGUMINEUSES
gent, difficile à pulvériser et donnant une poudre rouge brun ; il se gonfle et devient gélatineux dans l’eau froide ; l’eau bouillante le dissout complètement, et le soluté est précipité par l’alcool.
Kino de la Jamaïque. Il est obtenu par décoction du bois du Coccoloba uvifera L., grand arbre de la famille des Polygonées , et qui croît aux Antilles.
Ce Kino est .en fragments de 4 à 12 gr., souvent marqués d’un réseau rectangulaire sur une de leurs faces, ce qui semble prouver qu’ils proviennent d’une masse qu’on a coulée sur une natte d’écorces. Il est brun foncé au dehors et couvert d’une poussière rougeâtre ; sa cassure est noire , brillante , inégale , creusée de quelques cavités; sa poudre couleur chocolat, sa saveur astringente et amère ; quand on le pulvérise ou qu’on le traite par l’eau bouillante, il exhale une faible odeur bitumineuse. Il est peu soluble à froid dans l’eau et dans l’alcool, mais presque entièrement soluble à chaud dans ces véhicules.
Kino delà Colombie. Cette substance est obtenue, par incision, du Palétuvier ( Rhizophora Mangle L.). Le suc est ensuite concentré au soleil. Il est en pains de 1000 à 1500 grammes, aplatis, offrant l’empreinte d’une feuille de Palmier, et couverts d’une poussière rouge : ces pains se divisent aisément en fragments irréguliers, transparents sur les bords, et d’un rouge un peu jaunâtre; leur cassure est inégale , brune , brillante , leur saveur amère et très-astringente, leur odeur faible, particulière.
Ce Kino fournit une poudre rouge orangé ; il se dissout assez bien dans l’eau froide , davantage dans l’eau bouillante , et presque complètement dans l’alcool; ces solutés ont une belle couleur rouge.
Si on le dissout dans l’eau froide et qu’on évapore la solution avec soin, on obtient un extrait rouge foncé brillant, fragile, qui ne diffère du Kino d’Amboine que par l’absence de cannelures.
Guibourt rapporte le Kino de New-York au Coccoloba uvifera. Cet auteur , qui a réuni dans un même chapitre tous les sucs astringents connus sous les noms de Cachou , de Gambir et de Kino , donne un tableau présentant les principales réactions des divers sucs rangés sous ces dénominations.
Les Kinossont employés comme astringents ; ils paraissent rendre de véritables services dans la dysenterie, et dans tous les cas où il peut être utile de tonifier certains organes.
Le Piscidia Erythrina Lam. semble former une exception remarquable dans cette tribu. Après avoir remarqué que l’écorce de la racine de cet arbre exerce un puissant effet narcotique sur les Poissons, le docteur Will. Hamilton a essayé l’action de cette écorce
dans le mal de dents; il l’a employée , sous forme de teinture , soit directement, soit à l’intérieur. Il prit 4 gr. de cette teinture (i écorce 1 p., alcool 4 p.) avant de se coucher, alors qu’il souffrait d’une forte douleur dentaire. « Il ressentit une vive sensation de chaleur intérieure, qui s’étendit à toute la surface du corps et fut suivie d’une abondante transpiration ; il tomba alors dans un profond sommeil pendant 12 heures. Au réveil, la douleur était complètement disparue , et il ne ressentit aucune des sensations désagréables qui suivent souvent l’administration d’une préparation opiacée » (Guibert).
SWARTZ1ÉES.
Arbres inermes ; feuilles imparipennées ou simples ; fleurs hermaphrodites , un peu irrégulières, disposées en grappes ; calice à préfloraisan valvaire , 4-5-lobé , parfois se fendant en long d’un seul côté ( Zollernia ) ; pétales rarement nuis, plus souvent 1-3-5, hypogynes, rarement périgynes, ordinairement inégaux et à préfloraison imbriquée. Étamines libres, hypogynes; fruit : gousse uniloculaire, pauci-séminée, rarement drupe indéhiscente.
Cette famille ne fournit guère que le Bois de Cam ( Cam-wood ) produit par le Baphia nitida DG., arbre de Sierra-Leone ; et le Bois de Pagaie , que l’on attribue au Swartzia tomentosa.
Le bois de Gam sert, en Angleterre, dans la teinture en rouge.
CÆSÀLPINIÉES.
Plantes à tige ligneuse, parfois volubile, ou même flexueuse, aplatie, rubanée; feuilles ordinairement composées, stipulées;
fleurs hermaphrodites, rarement dioïques, presque régulières (fig.
620), en grappes ou en épis; calice 5-mère , imbriqué ; pétales périgynes, 5, imbriqués, rarement 3, 2, 1, parfois 0 ( Copai fera , Ceratonia)\ étamines 10 ou moins , fibres rarement soudées; carpelle unique à ovules anatropes ; gousse déhiscente ou indéhiscente , et alors parfois pourvue de fausses cloisons trans- Fig. fi20. — Fleur du Cassia floribumda. versâtes (Cassia) ; graines sou-
vent aréolées; embryon droit, souvent périspermé.
LÉGUMINEUSES
Geoffroyées.
Geoffrée de la Jamaïque (Geoffroy a inermis Wright, G.jamaicensis Murr. Andira inermis Kunth). Selon Murray, l’écorce de cet arbre produit des effets violents : déjections fluides , tranchées, nausées, défaillances. L’écorce du G. refusa Lam. (Andira refusa Kunth., A. surinamensis DG.), et celle de Y Andira race mosa Lam., sont également narcotico-âcres ; on les emploie comme vermifuges. Il en est de même des graines des Geoff. vermifuga Mart. et G. spinulosa Mart.
Les semences d’Angelin, fournies par les Andira vermifuga Benth., And. anthelminthicaBenïh ., And. stipulacea Benth., And. rosea Benth. , sont également vermifuges ; ces semences sont émétiques et dangereuses au-dessus de la dose 1 gr. , 2.
Fève Tonka. Cette semence est fournie par le Coumarouna odorafa Aubl. (Dipterix odorat a Willd.), grand arbre de Cayenne, dont l’écorce et le bois sont employés par les naturels, comme sudorifiques. Le fruit est une sorte de drupe monosperme, formée par un brou desséché qui recouvre un endocarpe semi-ligneux. La semence est aplatie, longue de 30 à 45 millim., formée d’un épisperme mince, léger, luisant, brun noirâtre, très-ridé, et d’une amande d’apparence grasse et onctueuse. Elle a une saveur huileuse , douce , un peu aromatique , une saveur agréable , analogue à celle du Mélilot desséché. Dans l’intervalle des cotylédons se trouve souvent une substance cristalline assez dure, en aiguilles quadrilatères , ou en prismes courts terminés par des biseaux , et que l’on a appelée la Coumarine.
La Coumarine (C18 H6 O4) fond à 50°, et bout à 270°; elle possède une saveur brûlante et une odeur aromatique très-agréable. Elle se dissout dans la potasse ; chauffée avec une lessive alcaline concentrée , elle se transforme, et, si l’on sursature la liqueur avec l’acide chlorhydrique, il se précipite de Y Acide Coumarique (C13 H8 06).
La coumarine existe aussi dans le Mélilot , l’Aspérule odorante , la Flouve,leFaham, et les Dattes. Dans le Mélilot, selon MM. Zwenger et Bodenberger , elle est combinée à Y Acide Mélilotique .
Le Dipterix oppositifolia Willd. (Taralea oppositifolia Aubl.) et le Dipt. pteropus Martius fournissent aussi des semences aromatiques, mais moins odorantes que celles de la Fève Tonka. La Fève Tonka ne sert guère qu’à aromatiser le tabac à priser.
Arachide ou Pistache de terre (Arachis hypogœa L.). Plante herbacée , radicante , annuelle , à tige et rameaux cylindriques, pubescents; feuilles engainantes, composées de deux paires de folioles;
CAIJVET. Il, 21
362 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
inflorescence axillaire, en cyme unipare, biflore; fleurs hermaphrodites, parfois polygames , subsessiles ; calice gamosépale , à 5 divisions et à préfloraison quinconciale ; corolle gamopétale, papilionacée;10 étamines monadelphes, l’antérieure stérile; ovaire supère, 3-4-sperme ; style long, pubescent à l’extrémité; pas de stigmate ; ovules anatropes, ascendants; fruit sec, indéhiscent, testacé , porté à l’extrémité d’un long pédoncule issu de l’aisselle des feuilles ; embryon homotrope , à radicule infère ; cotylédons huileux.
Après la fécondation , le pédoncule floral s’allonge vers le sol et y fait pénétrer l’ovaire, qui s’enfonce jusqu’à une profondeur de 5 à 8 centim., grossit et se transforme en une gousse un*peu étranglée en son milieu. Cette gousse est longue de 25 à 36 millim., épaisse de 9 à 14 millim. ; elle est composée d’une coqü^ blanche , mince, réticulée, contenant 1-4 semences rouge vineux au dehors 9 blanches au dedans et d’un goût de haricots.
Les Semences de l’Arachide ont été proposées comme succédané du café; elles sont torréfiées , dit-on, et mêlées au chocolat, en Espagne. Elles fournissent environ 38 % de leur poids d’une huile douce, assez agréable.
L’Huile d’Arachides, obtenue par expression à froid, est onctueuse , jaunâtre , d’odeur et de saveur marquées de haricots verts, qui en décèlent la présence quand elle a servi à falsifier d’autres huiles. L’acide sulfurique la colore en gris. Elle se fige à — 3°, et sa densité est 0,9163. On en a retiré^ par la saponification, de Y Acide Arachidique (C40H40O4), qui cristallise en paillettes brillantes, fusibles à 75° , et de Y Acide Hypogéique (C32 H30 O4.)
L’huile d’Arachides est peu soluble dans l’alcool, et très-soluble dans l’éther. Dans les hôpitaux militaires elle remplace l’huile d’olives pour tous les médicaments destinés à l’usage externe.
On peut, sans inconvénient, la substituer à l’huiles d’olives dans' la préparation des emplâtres, surtout de l’emplâtre simple ; il suffit alors, après la dissolution complète de la litharge, de faire bouillir encore pendant 30 minutes , jusqu’à ce qu’un peu d’emplâtre , pris sur la spatule, se laisse malaxer sans adhérer aux doigts.
Cassiées.
Bois d’Aloès vrai. Ce bois est fourni par YAloexylon Agallochum Lour. {Cynometra Agallocha Spreng.), qui croît en Gochinchine. Il est d’un brun obscur et cendré , veiné de noir ou simplement vergeté de veinules; à l’état récent, il est assez mou pour que l’ongle puisse le pénétrer; il devient plus dur et plus dense en vieillissant. Son odeur est agréable , sa saveur âcre , amère et parfu-
LÉGUMINEUSES. 363
mée. Comme le bois de Garo , le bois d’Aloès répand une odeur très-suave quand on le brûle.
Bois de Campêche. Il est fourni par un grand arbre du Mexique et des Antilles, Y Hœmatoxylon Campechianum L. Ce bois, que l’on désigne improprement sous le nom de Bois d’Inde , se présente en bûches privées d’aubier , irrégulièrement anguleuses , noires au dehors, rouge brunâtre pâle au dedans; sa texture est fine et cotfipacte , sa saveur sucrée et parfumée ; son odeur rappelle celle de l’Iris.
Il colore l’alcool en rouge jaunâtre foncé, et l’eau en rouge foncé ; le papier plongé dans cette dissolution se teint en violet ; cette couleur se fonce par les alcalis et passe au rouge jaunâtre par les acides.
Ce bois est surtout usité dans la teinture en noir et en bleu. M. Chevreul en a retiré le principe colorant qu’il a nommé Hématine , et qu’il vaut mieux appeler Hématoxyline (C32 H14 O12 + 2 aq). L’Hématoxyline est en cristaux transparents , ordinairement trèsbrillants et assez longs, de couleur jaune paille ou jaune miel, sans mélange de rouge ; sa poudre est incolore ou jaunâtre ; sa saveur sucrée, persistante, sans astringence ni amertume. Sous l'influence de l’oxygène et des alcalis, elle se transforme en Hématéine , substance brun rouge, que la dessiccation rend vert foncé, et qui prend alors un éclat métallique. En couche mince , sa poudre est rouge.
Le bois de Campêche a été employé comme tonique et astringent; il colore l’urine en rouge. M. Desmartis a préconisé son extrait comme antiputride , désinfectant et cicatrisant , sous forme de pommade , de lotions , etc.
Bois de Brésil ou de Fernambouc. Ce bois est fourni par un grand arbre du Brésil , le Cœsalpinia echinata Lam. ( Guilandina echinata Spreng.). Il est dur, compacte, inodore , brun rouge au dehors, rouge pâle et jaunâtre à l’intérieur. Il colore à peine l’eau froide ; son décocté est d’un rouge peu foncé ; sa teinture alcoolique est rouge jaunâtre plus foncé. On l’emploie dans la teinture. M. Chevreul en a isolé le principe colorant, qu’il a nommé Brésil line.
On lui substitue souvent, dans le commerce, des bois de qualité inférieure produits par des Cœsalpinia : le Bois de Sainte-Marthe, attribué au Cœs. brasiliensis L.; le Bois de Sappan ou Brésillet des Indes, dû au Cœs. Sappan L. ; les Bois de Lima, de Terre- Ferme, de Nicaragua, de Californie, que F on rapporte aux Cœs. bijuga , Bahamensis , vesicaria , Crista.
On emploie, pour le tannage des cuirs, sous les noms deLibi-
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
dibi, Dividivi, Nacascol etc., (fig. 621), les gousses du Cœs. Coriarict Willd., qui croît au Mexique et aux Antilles.
Ces gousses sont très-comprimées , recourbées en S ou en G , indéhiscentes , lisses , rouge brun ; elles renferment une pulpe desséchée très-amère et astringente , dont le centre est occupé par un endocarpe fibreux , creusé de petites loges contenant chacune une semence lisse , aplatie et allongée.
La Poinciade, (Poinciana pulcherrima Lam.) est, dit-on, un emménagogue énergique, et son bois peut être utilisé en teinture. Les gousses du Poinc. coriaria Willd. servent à tanner les cuirs.
Le Bonduc, (Guilandina Boyiduc L.) fournit des graines ( Œil de-Chat ) sphériques, gris perle , amères, vomitives, employées comme fébrifuges dans Llnde.
Les semences du Chicot ( Gymnocladus canadensis Lam.) sont réputées purgatives. Les gousses du Févier ( Gleditschia triacanthos L.) contiennent une pulpe, dont on fait une liqueur fermentée.
L’Ebène de Portugal est attribuée au Melanoxylon Brauna Schott. Les racines des Bauhinici acuminata L. et B . variegata L. servent comme vermifuges. Les lianes du genre Bauhinia deviennent aplaties , par suite du développement du bois , qui s’effectue sur deux côtés opposés de la tige , ce qui leur donne une apparence ailée ou rubanée.
Résine animé dure orientale ou Copal dur. Cette substance est attribuée par Guibourt à YHijmenœa verrucosa Lam., grand arbre de Madagascar, où on l’appelle Tanroujou. Le Copal affecte des formes différentes , selon qu’il a été récolté sur les arbres ou sur le sol, ou trouvé dans le sable. Le premier est poli, lisse, transparent, jaune foncé, difficilement rayé parla pointe d’un couteau, vitreux, inodore et insipide à froid, mais exhalant une odeur très-aromatique quand on l’expose à une forte chaleur. Le second est généralement couvert d’une croûte blanchâtre, opaque et friable. On le monde au couteau (Copal de Bombay), ou en le trempant dans un solution de potasse (Copal de Calcutta). Il est alors en morceaux plats, jaune très-pâle, très-durs ; leur surface est terne et fortement chagrinée.
Dans un travail important sur la gomme copal, M. Welwitsch a discuté la question fort controversée de l’origine de cette substance.
Fig. 621. — Gousses de Lïbidïbi
LÉGUMINEUSES
Nous extrayons du Bulletin de la Société botanique de France (1867, Revue bibliographique , p. 35-36) le résumé de cette partie de son Mémoire :
« La gomme copal passe pour être l’exsudation d’un arbre, et cela est évident, à cause des plaques d’écorce qui sont parfois demeurées adhérentes à la surface concave des échantillons de cette gomme. Mais est-elle fournie par une seule espèce végétale ? Il en existe une variété blanche, une jaune et une rouge. Cependant les transitions sont assez fréquentes entre ces trois variétés , pour que M. Wélwitsch croie convenable d’attribuer ces différences à l’âge des rameaux sur lesquels la gomme a été récoltée. Ce qu’il regarde comme le point le plus important dans la question, c’est de savoir si ce produit appartient à l’époque actuelle, ou si ce n’est pas une résine fossile. C’est cette dernière opinion qu’il partage. M. Oliveira Pimentai, chimiste distingué de Lisbonne, pense que la gomme copal découle de YHymenœa verrucosa Lam., mais cet arbre n’a jamais été rencontré en Afrique. M. Klotzsch , dans le Reise nach Mozambique de Peters , dit que toutes les gommes copal de l’Afrique proviennent du genre Trachylobium , mais ce genre n’a pas encore été observé sur la côte occidentale de l’Afrique , et l’auteur doute même que cette gomme soit produite , sur la côte orientale , par le Trachylobium mossambicense , parce que les échantillons de copal qui proviennent du Mozambique ressemblent , à s’y méprendre , à la résine animi des Indes Orientales , où elle est obtenue non des Légumineuses, mais du Vateria indica , de la famille des Dipt.érocarpées. L’opinion de M. Daniell , qui a habité la colo nie de Sierra-Leone , et qui attribue le copal au Guibourtia copal lifera Bennett ( Copaifera Guibourtiana Benth.), mérite d’être prise en sérieuse considération; mais M. Daniell a reconnu lui-même que , même dans ce pays , le copal est souvent extrait du sein de la terre. »
La gomme copal diffère du succin en ce qu’elle brûle avec flamme, fond et tombe goutte à goutte; tandis que le succin brûle en se boursoufflant et ne coule pas.
Eteinte et encore chaude , l’animé a une odeur analogue à celle du copahu de Cayenne ; dans les mêmes circonstance^, le succin dégage une odeur bitumineuse. Traitée par l’alcool à 80° centésimaux, l’animé devient poisseuse , et sa surface reste ensuite opaque ; lp succin n’est point attaqué.
Soumis à la distillation, l’animé ne donne pas d’acide succinique. Cette résine est à peine soluble dans l’alcool et dans l’éther ; elle forme la base des vernis les plus solides.
A la suite de la résine animé dure , Guibourt cite plusieurs autres
366 POLYPÉTALES HYPOGYNES AXOSPERMÉES.
résines , qu’il range sous le nom générique de Animé tendre d’Amérique, et qu’il dit produites par YHijmenœa Courbaril L. Ges résines sont jaunâtres, transparentes, difficiles à dissoudre , mais se laissent assez aisément entamer par la pointe d’un couteau.
Le meme auteur regarde comme une sorte d’animé tendre orientale, la gomme look de Murray, et rapporte à l’animé tendre d’Amérique, la résine Kikekunemalo de la pharmacopée de Wurtemberg.
Oléorésine de Copahu. Cette substance , communément appelée Baume de Copahu, découle spontanément ou par incisions de plusieurs arbres du genre Copaifera L. , qui croissent aux Antilles et sur le continent américain, du Mexique au Brésil. Tels sont: le Cop. multijuga Hayne, qui paraît fournir la majeure partie du baume du Para; le Cop. Langsdorffii Desf., qui fournit le baume de San-Paulo ; le Cop. coriacea Mart. , qui donne aussi le baume de San-Paulo; le Cop. officinalis Jacq., qui fournit le baume de Venezuela. Selon Hayne, les espèces suivantes en fournissent aussi: Cop. Beyrichii Hayne, de Mandiocca (Brésil); Cop. Guyanensis Desf., de la Guyane; Cop. Martii Hayne, du Para; Cop. bijuga Willd., du Brésil; Cop. Jussieui Hayne, du Brésil ; Cop. nitida Mart. , du Brésil ; Cop. laxa Hayne , du Brésil ; Cop. cordifolia Hayne, du Brésil; Cop. Sellowii Hayne, du Brésil; Cop. oblongi folia Mart. , du Brésil.
Le Copayer officinal (fig. 622) , auquel on attribue généralement en France le baume de copahu, est un arbre élevé, à feuilles composées de folioles subsessiles, ovales-acuminées , luisantes, ponctuées , un peu coriaces ; fleurs petites, blanchâtres, en grappes paniculées ; calice à 4 sépales inégaux, oblongs, aigus, étalés; corolle nulle; 10 étamines libres; style capillaire, arqué; stigmate punctiforme, capité ; gousse oblique, arrondie, comprimée, glabre, aiguë, à graine unique, arillée.
Vers le milieu de l’été on fait des incisions à l’arbre, et le baume qui en découle alors est incolore et limpide. Ce baume jaunit et se colore peu à peu au contact de l’air.
Il existe dans le commerce deux sortes principales de copahu : celui de la Colombie ou de Maracaribo, et celui du Brésil ou du Para.
Le Copahu de la. Colombie arrive en estagnons de fer-blanc, de 20 à 30 kilogr. ; il est jaunâtre, doué d’une odeur forte, désagréable , d’une saveur âcre et amère ; il présente toujours un abondant dépôt de matière résineuse cristallisée. Cette sorte paraît être la plus répandue dans le commerce.
Le Copahu du Brésil arrive dans des tonneaux du poids de 50 à 200 kilogr. Il est transparent, jaune clair et plus fluide que le précédent, dont il possède l’odeur et la saveur. 11 n’offre pas de dépôt.
LÉGUMINEUSES
Le copahu est insoluble dans l’eau , soluble dans l’alcool anhydre, l’éther sulfurique, l’étlier nitreux, les huiles fixes et volatiles. Il fournit par la distillation de 32 à 47 °/0 d’une huile volatile incolore (G10 H16); le résidu, désigné sous le nom de résine de copahu , est formé d’une résine jaune et de 1 à 2,5 °/0 d’une résine visqueuse, qui est plus abondante dans le baume ancien et qui paraît être le résultat d’une altération de la première.
Fig. 622. — Copayer officinal , d’après Moquin-Tandon.
La résine jaune , convenablement purifiée , devient incolore ; Schweitzer la nomme alors Acide Copahivique (G40 H30 O4).
Le copahu pur est généralement solidifiable par */16 de son poids de magnésie calcinée ; toutefois certaines sortes commerciales de cette oléorésine ne peuvent être solidifiées, même par ad- ,| dition d’une quantité relativement considérable de magnésie.
M. le pharmacien-major Roussin s’est assuré , par des recherches nombreuses, que ce résultat est dû à un défaut d’hydratation du baume ou de la magnésie. Il a vu que le copahu solidifiable renferme toujours une certaine quantité d’eau et que, dans l’action ré
368 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
ciproque de la magnésie sur le baume , ce dernier cède à la magnésie une quantité suffisante d’eau pour l’hydrater.
Selon M. Roussin , « l’intervention de l’eau est nécessaire pour déterminer la combinaison de la résine du baume de copahu avec les oxydes métalliques et notamment avec la chaux et la magnésie. Si le copahu et la magnésie employés sont tous les deux anhydres , toute solidification devient impossible. Si ces deux corps , ou seulement l’un d’eux , contiennent la proportion d’eau nécessaire pour hydrater complètement la magnésie, la solidification se produit. Si la proportion d’eau est insuffisante, la solidification sera incomplète. »
On comprend ainsi pourquoi un copahu naturellement anhydre se solidifie si on le traite par de la magnésie ancienne , conservée dans un lieu humide et dans des flacons mal bouchés ; tandis qu’il ne se solidifie pas du tout si on le traite par de la magnésie anhydre ; pourquoi encore un copahu à peine hydraté forme seulement une pâte molle avec de la magnésie anhydre, et prend la consistance pilulaire avec la magnésie hydratée.
Pour rendre solidifiable un copahu qui ne l’est pas , M. Roussin a donc proposé d’agiter pendant quelque temps ce baume avec */20 environ de son poids d’eau , de mettre le mélange à l’étuve et de l’y laisser jusqu’à ce que l’eau en excès s’en soit séparée , puis de décanter le baume qui surnage. Le baume ainsi hydraté se solidifie en quelques jours ou même en 24 heures , sous l’action cTe */16 de magnésie calcinée.
Les variations observées dans la consistance des copahus sont , d’après M. Procter , dues à la différence d’âge des arbres : les plus anciens fournissant un copahu plus consistant. L’huile volatile varie de 21 à 80 % ; cette essence , soumise à une oxydation artificielle, se transforme en une résine molle , et non en acide copahivique , susceptible de se combiner aux bases , ce qui arrive , au contraire , par l’oxydation naturelle de l’essence.
L’essence de copahu absorbe le gaz chlorhydrique , comme l’essence de térébenthine, et donne aussi du camphre artificiel.
L’acide sulfurique colore le copahu en rouge brun et lui fait perdre son odeur et sa liquidité. Le copahu (3 p.), traité par une solution d’hydrate de potasse au */8 (1 p.), donne une combinaison limpide , qui se sépare par addition d’une plus grande quantité du soluté potassique. Ce composé se dissout dans l’eau , l’alcool et l’éther. Il en est de même avec la soude caustique et l’ammoniaque. Si l’on fait bouillir le baume dans l’eau pendant assez longtemps, l’essence se volatilise et il reste une résine sèche , cassante , que l’on prescrit quelquefois comme la térébenthine cuite.
LÉGUMINEUSES
Le copahu est rarement pur ; presque toujours il est mélangé d’huiles fixes, de térébenthine ou d’essence de térébenthine. L’odeur de la térébenthine ou de son essence servira à les déceler. L’alcool absolu (2 p.) dissout complètement le copahu, et ne dissout pas les huiles fixes, sauf l’huile de Ricin. Le copahu mêlé d’huiles fixes donne , par ébullition dans l’eau , un résidu d’autant plus mou que la quantité d’huile est plus grande. Le savon de copahu et de potasse ne se sépare- pas s’il contient de l’huile, et se convertit en une masse gélatineuse et transparente ; le savon , obtenu par la soude et le copahu mêlé d’huile de Ricin , reste homogène et devient d’autant plus opaque et consistant que l’huile y est plus abondante. Le carbonate de magnésie (1 p.) forme avec le copahu (4 p.), au bout de quelques heures, un mélange transparent, analogue à une dissolution épaisse de gomme arabique ; si le copahu contient de l’huile, le mélange est opaque. Si l’on verse une goutte de baume pur sur une feuille de papier blanc et qu’on chauffe avec précaution , il reste une tache homogène et translucide : le baume impur laisse, au contraire, une tache entourée d’une auréole huileuse.
Le copahu est un excitant puissant. A faible dose, il active la digestion ; à dose élevée, il occasionne des nausées et des déjections alvines ; il paraît agir principalement sur les muqueuses et surtout sur celle des organes génito-urinaires ; aussi est-il employé contre les affections blennorrhagiques , dont il est regardé comme le spécifique, avec le cubèbe. Il arrête les érections nocturnes, la douleur et l’inflammation ; mais il faut l’administrer de manière à ce qu’il n’agisse pas comme purgatif, car il est alors peu absorbé, n’arrive qu’en faible proportion dans la vessie, par la sécrétion urinaire , et son action est ainsi plus faible. On le prescrit, soit mêlé au cubèbe, sous forme d’électuaire , soit seul, dans de l’eau sucrée, des capsules gélatineuses, ou solidifié par la magnésie et en pilules. Il forme la base de la potion de Chopart. On l’a administré aussi en lavements ou en injections uréthrales.
Ses propriétés excitantes ont été essayées contre les bronchites chroniques , les bronchorrhées , les psoriasis et même la fièvre intermittente : il paraît avoir donné de bons résultats.
Nous avons déjà parlé (voy. t.JI, p. 264) du baume de Gorjun, que l’on emploie, dans l’Inde, comme succédané du copahu, dont il se distingue par sa couleur brune.
Caroubier ( Ceratonia Siliqua L.). Cet arbre de la région méditerranéenne fournit une écorce astringente usitée dans le tannage des cuirs, et un fruit rempli d’une pulpe rousse, sucrée. Ce fruit, appelé Caroube, est indéhiscent, brunâtre, long de 10 à 15 centim.,
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPEPvMÉES.
large de 2 à 3 centim. , aplati, un peu arqué, muni de sutures épaisses, et divisé en plusieurs loges monospermes.
La Caroube entrait jadis dans plusieurs électuaires laxatifs ; on l’exporte en Europe , où les enfants la mangent avec plaisir.
Tamarinier ( Tamarindus Indica L. , fig. 623). Arbre élevé à
Fig. 623. — Tamarindus Indica , d’après Moquin-Tandon.
feuilles paripinnées et à folioles elliptiques , inéquilatérales , obtuses, entières , glabres ; fleurs assez grandes , jaune verdâtre, entières , veinées de rouge , en grappes axillaires pauciflores ; calice
LEGUMINEUSES.
turbiné à 4 lobes inégaux ; corolle à 5 pétales : 3 plus longs que le calice , 2 très-petits et très-étroits ; 7 étamines monadelphes : 3 fertiles, «opposées aux sépales extérieurs ; 4 stériles alternes aux premières; ovaire recourbé, stipité , étroit, un peu velu; style ascendant, épaissi au sommet, barbu en dehors ; stigmate obtus ; fruit long de 10 à 14 centim. , épais, un peu comprimé et recourbé , brun fauve , pourvu de plusieurs étranglements , terminé par une petite pointe et rempli d’un pulpe rougeâtre, qui brunit par la dessiccation ; graines comprimées , subquadrilatères , luisantes.
La pulpe de Tamarin ou Tamarin a une saveur astringente, acidulé et sucrée. On la trouve dans le commerce mélangée de ses graines et de filaments fibreux durs.
Elle renferme parfois du cuivre provenant des bassines dans lesquelles on l’a concentrée par évaporation, afin d’empêcher qu’elle ne fermente. Dans les pays où l’on emploie cette pulpe, on la fait dissoudre dans l’eau, on passe, et on évapore le soluté en consistance d’extrait ( pulpe mondée).
La pulpe de Tamarin arrive d’Asie, d’Afrique et d’Amérique ; cette dernière est la plus estimée. On exporte depuis quelque temps, du Brésil, un Tamarin rouge, qui est plus sucré et plus agréable au goût que l’autre sorte , laquelle est noirâtre .
Selon Vauquelin , le Tamarin renferme des acides tartrique, citrique, malique, du bitartrate de potasse, du sucre , de la gomme , de la pectine etc. On le prescrit , comme laxatif, à la dose de 50 grammes , dissous dans un litre d’eau. Il entre dans la composition de YÉlectuaire lénitif et du Catholicum double.
Canéficier [Cathartocarpus Fistula Pers.*, Cassia Fistula L., fig. 624).
Grand arbre originaire de l’Éthiopie, d’où il a été importé en Égypte, dans l’Inde et en Amérique ; feuilles composées de 5-6 paires de folioles ovales, aiguës, glabres ; fleurs Fig. 624. - Fruit du Cassia Fistula (*). en grappes lâches et pendantes ; ca-
(*) a) Entier et rapetissé. — b) Coupé transversalement. — c) Graine.
372 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
lice glabre, pétales jaunes, veinés, inégaux; anthères ovales; ovaire pédicellé, grêle, cylindrique, recourbé.
Le fruit, appelé Casse ou Casse en bâtons, est une gousse siliquiforme, indéhiscente, longue de 15 à 50 centim. , épaisse de 2 à 3 centim., lisse, noire, pourvue de deux sutures longitudinales assez larges et marquées de sillons annulaires, peu apparents, qui correspondent à autant de cloisons transversales.
Les loges déterminées par ces fausses cloisons renferment chacune une graine arrondie , lisse et rousse , entourée d’une pulpe noirâtre sucrée, un peu aigrelette.
La casse doit être choisie récente , ce que l’on reconnaît à ce caractère qu’elle ne sonne pas quand on l’agite : elle fournit alors environ la moitié de son poids de pulpe. Pour en extraire la pulpe , on met la casse sur une table, et on frappe avec un marteau sur les sutures longitudinales, jusqu’à ce que la gousse soit fendue dans toute sa longueur ; cela fait, onrâcle l’intérieur des fragments, avec un couteau, et l’on a ainsi la Casse en noyaux. Celle-ci étant passée à travers un tamis de crin, prend le nom de Casse mondée. Si l’on délaie dans l’eau la casse en noyaux, qu’on passe la dissolution et qu’on l’évapore en consistance d’extrait , on obtient Y Extrait de casse. Enfin cet extrait, mêlé avec du sirop de Violettes et du sucre, constitue la Casse cuite ou Conserve de casse.
La casse est actuellement apportée d’Amérique. On l’administre comme laxative , à la dose de 15 à 60 grammes ; elle entre dans le Catholicum , Y Électuaire lénitif , Y Électuaire de casse etc.
Dans la Nouvelle-Grenade on emploie une sorte de casse plus petite que la précédente, et que l’on nomme Petite Casse d'Amérique. Cette casse est de couleur cendrée ; sa pulpe est fauve , acerbe , astringente , un peu sucrée , et légèrement musquée lorsqu’elle est fraîche. Elle est originaire de Panama, où on l’appelle Gagna fistola de purgar. M. Hanbury la rapporte au Cassia moschata H. B. et Kunth.
On trouve au Brésil, dans la Guyane et aux Antilles, un autre Canéficier, le C. Brasiliana Lam. (C. grandis Jacq.), dont le fruit est plus grand et plus gros que celui du Ganéficier ordinaire , recourbé en sabre , à surface ligneuse , rugueuse , marquée de fortes nervures. Sa pulpe est employée comme purgative, en Amérique; elle est amère et désagréable.
Sénés.
On donne le nom générique de Séné aux feuilles purgatives de plusieurs espèces du genre Cassia L., section Senna DG.
Sans tenir compte des travaux publiés à l’étranger, les pharmaco-
LÉGUMINEUSES
logistes français ont tous adopté les déterminations indiquées par Guibourt dans son Histoire naturelle des drogues simples. Pourtant, dès 1850, G. W. Bischoff publia, dans le Botanische Z eitung, un mémoire très-important sur cette question. C’est ce mémoire que nous prendrons ici pour guide.
Bischoff admet que les feuilles de Séné du commerce sont fournies par quatre espèces de Cassia et leurs variétés. Voici leurs caractères :
1° Cassia lenitiva Bisch. (C. Senna L., var. a, Senna lenitiva W., Senna alexandrina, sive foliis acutis G. Bauh., Sen. officinalis Gærtn., fig. 625). Feuilles le plus souvent à 5 paires de folioles subégales , ou les supérieures un peu plus grandes , rarement plus petites; pétiole non glanduleux, couvert, ainsi que le rachis, de poils plus ou moins nombreux; folioles ovales ou ovales-oblongues, ou ovales-lancéolées, obtuses ou aiguës , rarement arrondies au sommet, mucronées, revêtues de poils surtout abondants à la face inférieure des nervures, parfois un peu glabres en dessus, plus souvent blanchâtres , subtomenteuses sur les deux faces , plus coriaces que celles des autres espèces , et entourées d’une marge cartilagineuse plus large et plus évidente; stipules persistantes, raides, subulées, acuminées-mucronées, à base subcordée ou subhastée-auriculée, longues de 3 à 5 millim.; grappes florales à peine plus longues que les feuilles, les fructifères toujours plus longues; gousses ( follicules ) ovales-rhomboïdales ou brièvement oblonguesobliques, longues de 29 à 47 millim., larges de 18 millim., droites ou à peine incurvées, tronquées obliquement au sommet, subitement contractées en un coin à leur base , qui se termine en un pédicelle arrondi, pubescent ou presque glabre, selon l’âge du follicule; style ordinairement décidu, laissant au milieu du sommet une petite cicatrice émarginée.
Cette espèce fournit deux variétés, qui, outre la pubescence plus ou moins évidente de toutes les parties herbacées , offrent les différences suivantes :
a) Folioles ordinairement ovales ou subovales, obtuses, rarement arrondies, mucronées au sommet : C . len. oc obtusifolia Bisch. (C. lanceolata Nect. , Colladon, C. ovata Mérat, C. œthiopica Guib.).
Fig. 625. — Cassia lenitiva , var. p acutifolia , feuille et fruit.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
b) Folioles la plupart ovales-oblongues ou ovales-lancéolées aiguës, souvent obtuses dans les feuilles inférieures et offrant la transition vers la variété a. Cette variété présente des poils épars , très-courts, non dressés, souvent nuis à la face supérieure : C. len.fi acutifolia Bisch. (Ç. acutifolia Del., C. lanceolata DC.).
Le C. lenitiva habite la Haute-Égypte, la Nubie et le Cordofan: les deux variétés paraissent croître ensemble.
Les folioles de cette espèce constituent la totalité du Séné de Tripoli et la plus grande partie du Séné d’Alexandrie ; elles existent parfois en petite quantité dans les autres sortes commerciales. Ses gousses se trouvent dans le commerce sous le nom de Follicules de Séné.
2° Cassia medicinalis Bisch. ( C . medica Forsk., C. lanceolata Dierb., C. acutifolia Th. Vogel, fig. 626). Feuilles le plus souvent
à 5-6 paires de folioles; pétiole non glanduleux et , de même que le rachis , presque glabre ou à peine pubérulé ; folioles proportionnellement plus étroites que dans l’espèce précédente, lancéolées, aiguës, acuminées ou mucronées, rarement et à peine obtuses , garnies de poils très-courts , apprimés , rares ou presque nuis en dessus, plus fréquents en dessous, jamais blanches; stipules persistantes, étalées, très -petites, à base élargie en dehors, semi-hastéeauriculée ou semi-cordée , lancéolées ou subulées, acuminées-mucronées; grappes florales à peu près égales aux feuilles; gousses oblongues-allongées, longues de4à7 centim., larges de 16 à 23 millim., parfois légèrement incurvées, arrondies au sommet, subitement contractées en coin à la base et portées sur un pédicelle cylindrique pubérulent ou glabre. La base du style est persistante, latérale et située à l’extrémité de la suture ventrale.
M. Bischoff divise cette espèce en trois variétés, selon l’aspect et le nombre des folioles.
a) genuina : 5-7 paires de folioles , très-brièvement acutiuscules ou aiguës, assez épaisses, un peu coriaces quand elles sont sèches.
Cette variété fournit principalement le Séné de la Mecque ; ses gousses sont rarement importées sous le nom de Follicules de Séné.
P) Royleana (C. lanceolata Royle, Wight et Arn., C. elongata Lemaire-Lisancourt , SennaRoyleana'SN .). 5-7 paires de folioles plus
LÉGUMINEUSES
grandes , aiguës , plus étroites , submembraneuses à l’état sec. Cette variété , issue de la culture , fournit le Séné ordinaire de l’Inde et le Séné de Tinnevely.
Y) Ehrenbergii (C. Ehrenbergii Bisch., C. lanceolata Ehrb., C. aeutifolia Nees): 7-9 folioles allongées ou linéaires-lancéolées , acuminées; gousses très-longues. Ses folioles se trouvent rarement sans mélange dans le commerce, sous le nom de Séné d’Alep à feuilles étroites ; plus souvent elles se trouvent mêlées dans le Séné de la Mecque avec les folioles de la variété a.
Le Cassia medicinalis croît dans l’Arabie heureuse, surtout dans le territoire d’Abu-Arisch , dans le Mozambique (y est-il spontané?); on le cultive dans l’Inde.
3° Cassia obovata Colladon [Senna italica foliis obtusis C. Bauh., Cassia Senna v ar. 6L., Cctssia Senna Pers., fig. 627). Feuilles le plus souvent à 5 , rarement à 6-7 paires de folioles , les terminales des rameaux souvent à 4 paires ; folioles le plus souvent obovées - obliques , obtuses -arrondies ou rétuses, parfois encore subovales ou obovées-oblongues, quelquefois aussi longuement mucronées , plus ou moins acu-
Fig. 627. — Cassia obovata } feuille et fruit.
minées au sommet , à marge cartilagineuse étroite, pubérulées en dessous ou sur les deux faces, parfois aussi fortement pubescentes; pétiole non glanduleux; stipules persistantes, lancéolées, cuspidées , longues de 5 à 7 millim., à base étroitement auriculée , ou subsemicordées ; grappes florales plus longues que les feuilles , les fructifères encore plus grandes, rarement de même longueur ou même plus courtes qu’elles ; gousses plus ou moins incurvées, parfois en forme de faux semicirculaire, longues de 4 à 5 centim. , larges de 14 à 20 millim , rarement plus, subitement contractées en un pédicelle comprimé, court, ne dépassant pas une ligne de longueur; base du style persistante , située presque au milieu du sommet arrondi ; gousse pourvue d’une série longitudinale d’appendices semi-ovales, distincts , en forme de crête , plus ou moins proéminents et placés, sur chacune des faces, aux points occupés par les graines.
M. Bischoff distingue , dans cette espèce , trois variétés fondées sur la forme des feuilles et des fruits.
a) genuina Bisch. (Sena Matthiol., Sena italica Tabernæm, Cassia Senna Nect., C. obovata Collad.) : Folioles obtuses-arrondies au
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sommet, rarement aiguës; grappes florales dépassant les feuilles; gousses manifestement en forme de faux. Les folioles extrêmes sont largement obovées , souvent aussi tronquées , très-obtuses , plus atténuées à la base et subcunéiformes.
f») obtusata Th. Vogel {C. Senna Jacq., C. obovata Collad., C. obtusata Hayn., C.obtusa Roxb.): Folioles rétuses ou tronquées, trèsobtuses au sommet; grappes florales dépassant les feuilles ; gousses manifestement en forme de faux. Les folioles sont rarement toutes tronquées ou rétuses ; souvent on en trouve sur le meme individu d’obtuses-arrondies, et ce caractère ne peut servir ainsi qu’à établir une variété.
y) platycarpa Bisch. ( Cassia obocata Lepr. et Perrot., Senna platycarpa W.). Folioles obtuses arrondies ou rétuses; grappes florales égalant les feuilles ou plus courtes ; gousses plus larges , légèrement incurvées, à appendices latéraux moins prononcés.
Le Cassia obovata croît dans l’Arabie , la Haute-Égypte , la Nubie, l’Abyssinie , le Gordofan ; on le trouve aussi dans l’Inde , au Sénégal (var. y) et aux Antilles , où il est sans doute cultivé. Ses folioles entrent pour une large part dans 1 e Séné d’Alexandrie; souvent aussi elles existent en petite quantité dans le Séné de Tripoli ; rarement elles se montrent isolées, comme espèce commerciale distincte.
Ses gousses sont vendues sous le nom de Follicules de Séné.
4° Cassia Schimperi Steud. ( C . pubescens R. Brown, C.pubes cens et C. tomentosa Ehrb. etHemp., C. cana Wender. , C. obtusata Hochstett. et Steud v Senna tomentosa Batka). Toutes les parties herbacées de la plante sont hérissées-pubescentes ou tomenteuses; feuilles généralement à 6-8 paires de folioles subégales, ou les extrêmes un peu plus grandes et atténuées vers la base, cunéiformes ou obovéesoblongues, subrétuses; pétiole non glanduleux; folioles ovales ou ovales-oblongues, arrondies-obtuses ou rétuses, brièvement mucronulées, pubescentes-cendrées ou subtomenteuses et ciliées, à poils dressés; stipules persistantes, lancéolées-subulées, à base semicordée ou semi-hastée, auriculée, longues de 5 à 7 millim. ; grappes denses, longues de 3 à 7 millim., un peu plus longues après la floraison; gousses longues d’environ 35 millim., larges de 14 à 16 millim., peu incurvées, glabres, terminées à leur base en un pédicelle plan-comprimé, très-court; base du style persistante, latérale et occupant l’extrémité de la suture ventrale.
Cette plante habite l’Arabie heureuse et l’Abyssinie. Ses folioles se trouvent rarement mêlées à celle du C . medicinalis , dans le Séné de la Mecque.
5° Cassia lanceolata Forsk. Tous les auteurs français , se basant sur une assertion erronée de Forskal , admettent que cette plante
LÉGUMINEUSES
fournit le Séné de la Mecque. Néanmoins la plupart de ceux qui ont décrit ce Cassia paraissent n’en pas avoir vu d’échantillons authentiques; il serait autrement difficile de comprendre pourquoi Moquin-Tandon lui rapporte les follicules , qu’il figure sous le nom de Séné de la Casse à feuilles lancéolées , et pourquoi Guibourt commet la même erreur.
Tout en disant que, d’après Forskal, le C. lanceolata Forsk. fournit le véritable Séné de la Mecque , Pereira rapporte les Sénés de la Mecque et de l’Inde au C. elongata Lem.-Lis. ( C . medicinalis P Royleana Bisch.).
Il se peut, que les folioles du C. lanceolata Forsk. se trouvent parfois, et en petite quantité, mêlées au Séné de Moka; cela est toutefois assez rare, car Bischoff dit : Neque foliola , neque fructus hujus speciei inter Folia Sennœ venalia unquam reperiuntur.
Le Cass, lanceolata Forsk. appartient à la section V Chamœsenna DC., § 2 Coluteoi-deœ DG., *** Basiglandulosœ DG. Bischoff lui donne les caractères suivants :
Feuilles à 5, rarement 6 paires de folioles, les inférieures parfois à 4 paires ; pétiole pourvu, au voisinage de sa base, d’une glande sessile dans le sillon du pétiole , oblique et presque arrondie ; folioles lancéolées élargies ou oblongues-lancéolées , aiguës , rarement à peine obtuses ou obtuses, mucronulées ou rarement mutiques, glabres, les plus jeunes seulement garnies sur leurs bords de quelques poils rares et accombants, d’un vert gai en dessus, à peine ou non glaucescentes en dessous , pourvues d’une nervure médiane étroite et de nervures latérales très-ténues ; la grandeur des folioles augmente de la base au sommet de la feuille; stipules caduques; pédoncules floraux courts , subbiflores et axillaires , ou les plus élevés aphylles , rapprochés à l’extrémité des rameaux et figurant une grappe courte , corymbiforme ; gousses à sommet arrondi , surmonté par le style persistant , élargi , rostré ou presque spinescent , atténuées à leur base en un pédicelle court, cylindrique, pourvu de quelques poils un peu crépus, d’abord pubescentes, puis glabres, longues de 5 à 7 centim., larges de II à 14 millim., épaisses d’environ 2 millim...., polyspermes, et divisées intérieurement en un grand nombre de loges, par des cloisons transversales incomplètes. Ces gousses sont à peine incurvées.
Cette espèce fut récoltée par Forskal dans la vallée de Surdud et près du bourg de Mor, dans le territoire de Téhama. M. W. Schimper l’a trouvée aussi dans la vallée de Fatmé , aux environs de Dscbedda , dans le sud de l’Hedschas. C’est un exemplaire de cette provenance , existant dans l’herbier de M. Buchinger, que Bischoff a reconnu et décrit comme étant le C. lanceolata Forsk.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
A ces 5 espèces de Cassia , dont 4 seulement fournissent des Sénés employés en Europe, il serait peut-être utile d’ajouter le Cassia marylandicaL ., arbrisseau des États-Unis, où l’on emploie ses feuilles en guise de Séné. Il présente 8 ou 9 paires de folioles ovalesoblongues , mucronées , égales , avec une glande ovale à la base de son pétiole ; ses grappes sont axillaires et sa gousse est comprimée , linéaire , hispide. Ses folioles sont connues sous le nom de Séné d’Amérique.
Le Cassia cathartica Mart., appelé Sena do Campo au Brésil; le C. ligustrina L., qui croît de Cayenne à la Virginie; le C. obtusi folia L., des Antilles, peuvent aussi remplacer le Séné.
Le C. emarginata L. ( Cathartocarpus emarginatus Pers.), des Antilles, le C. grandis Jac q. (Cathart. brasilianus Pers.), du Brésil et des Antilles, et le C. bacillaris L. f. ( Cathart . Bacillus Pers.) fournissent des fruits pouvant suppléer la Casse ordinaire.
On connaît dans le commerce un certain nombre de sortes de Sénés , surtout désignés par le lieu de leur provenance.
1° Séné d’Alexandrie ou de la Palthe (voy. p. 373, fig. 625). Ce Séné est récolté dans la Haute-Égypte , la Nubie et le Cordofan , d’où il est d’abord expédié à Boulak , près du Caire , et de là en Europe.
Il est toujours composé d’un mélange des deux variétés du C. lenitiva (environ 5 p.), des variétés a et P du C. obovata (environ 3 p.) et d’environ 2 p. de feuilles d’une Apocynée, le Cynanchum ( Solenostemma Hayne) Arghel Del. On y trouve toujours aussi des fragments de pétioles (bûchettes) , des follicules, divers débris (grabeauc ) et des feuilles étrangères, en particulier celles du Tephrosia Apollinea (Galega Apollinea Del.). Nous reviendrons plus loin sur les caractères de ces feuilles , en examinant les diverses falsifications du Séné.
Le Séné d’Alexandrie présente rarement, dans le commerce, les proportions que nous venons d’indiquer ; assez souvent les feuilles d’Arghel et les bûchettes ou grabeaux en constituent la plus grande part : les feuilles des Sénés sont alors plus ou moins brisées, pour dissimuler la sophistication.
Le Séné d’Alexandrie est de beaucoup le plus estimé ; il convient toutefois de le soumettre à un triage attentif, pour le débarrasser des diverses substances inertes ou autres qu’il peut contenir.
2° Séné de Tripoli (fig. 628). Cette sorte est fournie à peu près exclusivement par les deux variétés du C. lenitiva; parfois aussi il renferme un peu de C. obovata. M. Batka y a signalé la présence du Senna angustifolia , ainsi que les feuilles, fleurs et fruits du Teph. Apollinea. Ce Séné est transporté à Tripoli de Barbarie, par
LÉGUMINEUSES
les caravanes qui viennent du Fezzan. Il se compose de feuilles plus petites, moins aiguës, moins épaisses, plus vertes et plus brisées que celles de la sorte précédente; on y trouve une grande abondance de bûchettes, .ainsi que de petits fragments de follicules. M. Oberlin rapporte le Séné de Tripoli au C. acuti folia Del. ( C .
lenitiva B acutifolia Bisch.).
3° Le même auteur signale, comme sorte, le Séné de Tunis, qu’il dit fourni par le C. lenitiva et ses variétés. Nous n’avons jamais vu cette sorte de Séné , et les auteurs français ne la mentionnent pas.
4°> Séné Moka ou de la Pique (voy. p. 374, fig. 626). Gomme nous l’avons dit, ce Séné est attribué généralement en France au C . lanceolata Forsk. En réalité, il est fourni par le C. medicinalis var. a genuina Bisch. et var. y Ehrenbergii Bisch.
Cette sorte se compose de folioles longues de 3 à 5 centim., trèsétroites, presque subulées, et jaunâtres. Elle est d’ailleurs assez rare dans le commerce. On y trouve parfois les folioles du C. Schimperi Steud.
5°, 6°, 7°, 8°. On voit quelquefois, mais fort rarement, dans le commerce, les folioles du C. medicinalis , v. y Ehrenbergii , sous le nom de Séné d’Alep à, feuilles étroites.
Il ne faut pas confondre cette sorte, avec celle que l’on appelle plus habituellement Séné d’Alep ou de Syrie (voy. p. 375, fig.627) et qui est fournie par le C . obovata Collad., var. a genuina Bisch. et obtusata Th. Vogel.
C’est à la variété a du C. obovata qu’il faut rapporter le Séné d’Italie, Le Séné du Sénégal paraît dû au C. obovata , var. platycarpa Bisch. , toutefois il semble probable que les deux autres variétés du même Cassia croissent aussi au Sénégal.
9° Séné de l’Inde. M. Boucbardat dit que cette sorte est tirée d’Arabie. Comme nous l’avons déjà vu, ce Séné est réellement produit dans l’Inde parle C . medicinalis var. p Royleana Bisch. On en
Fig. 628. — Séné de Tripoli, feuilles et follicules, d’après Guibourt.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
distingue deux variétés commerciales : le Séné ordinaire de VInde et le Séné de Tinnevely.
Cette sorte est composée de folioles analogues à celles du Séné Moka (ou de la Mecque) , mais généralement plus longues , plus amincies à la base , terminées par une pointe épineuse , plus rarement arrondies au sommet et surmontées par une épine ; elles offrent un bord cartilagineux très-étroit; leur nervure médiane est mince et peu saillante. Ces folioles sont minces, comme membraneuses, de couleur vert jaunâtre, parfois un peu brunes en de certains points : elles constituent le Séné de l’Inde.
Les folioles du Séné de Tinnevely sont plus grandes, plus vertes, quoique avec cette teinte jaune qui caractérise les Sénés retirés du C. medicinalis , et on y trouve 'moins de petites feuilles que dans le Séné de l’Inde.
Les Sénés de l’Inde , surtout le Séné de Tinnevely, sont assez peu estimés en France, où on les croit moins actifs que le Séné de la Palthe. En Angleterre, au contraire, ils paraissent fort estimés. Il est possible , en effet , que la culture ait amoindri les propriétés de la plante; mais la pureté habituelle de cette sorte, la forme remarquable des folioles, qui permet d’en distinguer aisément les falsifications , si nombreuses et si constantes dans les Sénés d’Afrique , le travail considérable et attentif qu’exige le triage de ces derniers, nous semblent des raisons suffisantes pour que les Sénés de l’Inde devinssent la sorte officinale. Il suffirait d’en augmenter un peu la dose, ce qui n’offre aucun inconvénient , ce médicament n’étant jamais administré qu’en infusion.
Follicules de Séné. En décrivant les espèces de Cassia qui fournissent du Séné, nous avons fait connaître les caractères de leurs gousses, et nous avons dit que ces gousses portent dans le commerce le nom générique de Follicules. On en distingue 3 ou 4 sortes.
1° Les Follicules d’ALEP , fournis parle C. obovata Collad., sont noirâtres , étroits. , très-arqués , et pourvus sur leurs deux faces , audessus du point correspondant à chaque graine , d’une sorte de crête membraneuse; ils ne sont pas estimés.
2° Les Follicules de la Palthe, fournis par le C. lenitiva Bisch., sont grands , larges , peu recourbés , d’un vert sombre , tirant sur le noir au-dessus des semences. Ce sont les plus estimés.
3° Les Follicules de Tripoli, fournis parle C. lenitiva , sont plus petits et d’un vert fauve ou blonds; ils sont peu estimés.
4° Enfin les Follicules de Moka, fournis par le C. medicinalis Bisch., ressemblent assez à ceux de la Palthe, dont ils se distinguent surtout par leur grandeur. Ils sont rares.
Les Sénés et leurs follicules renferment, selon Lassaigne et Fe-
LÉGUMINEUSES
neulle , une matière amère et nauséeuse , la Cathartine , qui paraît en être le principe actif, et qui se trouve en plus grande proportion dans les folioles. La moindre quantité de Cathartine dans les follicules explique la moindre activité de ces fruits, ce qui tient à l’époque et aux conditions de leur récolte. Toutefois Mesué et les médecins de son temps préféraient les follicules aux folioles ; ils savaient que l’inefficacité des follicules est due à ce que , généralement, ils n’ont été récoltés qu’après leur dessiccation sur l’arbre. Mésué recommandait de les cueillir avant les froids , quand ils sont encore verts, et de les dessécher à l’ombre.
L’analyse des folioles de Séné a été faite par Lassaigne et Feneulle, Bley et Diesel, Ludwig, et enfin par MM. Kubly et Dragendorf. MM. Kubly et Dragendorf y ont trouvé : 1° de Y Acide Cathartique (C180 H96 O82 Az2 S), glucoside qui se dédouble en glucose et Acide Cathart o génique (G128 H58 O46 Az2 S) ; 2° de Y Acide Chrtjsophanique (C10 H4 O3 -h Ho); 3° de la Cathart omannite (C42 H44 O38).
Pour M. Ludwig, le principe amer du Séné ressemble à la résine de Jalap; il l’appelle Sennapicrin; il en a retiré une matière térébenthineuse molle, qui réduit les sels de cuivre, et qu’il nomme Sennacrol. M. Batka a trouvé dans les follicules : de Y Acide Chrysophanique ; de la Sennacrine , principe sans amertume, qui paraît remplacer la Cathartine ; de la Sennarétine , de la Légumine , des Acides Sennatannique , oxalique etc.
Le Séné est un purgatif énergique, de saveur amère, désagréable, qui provoque souvent des nausées et des coliques. On recommande de l’employer en infusion et non en décoction.
M. Bouchardàt range les Sénés, d’après leurs propriétés, dans l’ordre suivant : 1° Palthe ,
2° Moka et Sénés de l’Inde,
3° Tripoli, 4° Séné à folioles obovées. Ce dernier est le moins actif et doit être prescrit à dose double de celle du Séné à feuilles aiguës.
Le Séné d’Alexandrie est fal-
Fig. 629. — Arghelj feuilles et fruits.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
sifié avec les feuilles de l’Arghel, du Tephrosia Apollinea , du Baguenaudier, de la Globulaire Turbith, de T Airelle, du Redoul.
Les Feuilles d’Arghel ( Cynanchum [ Solenostemma Hayne] Arghel Del., fig. 629) sont équilatérales (les folioles du Séné sont inéquilatérales) , généralement lancéolées, plus souvent pointues qu’émoussées, sans épine au sommet, qui se termine le plus souvent en un prolongement corné; leur pétiole est court, canaliculé à la face supérieure (et non arrondi comme dans le Séné) ; la nervure médiane est deux fois plus large que celle des Sénés et moins saillante; les nervures secondaires sont peu marquées. Ces feuilles sont épaisses , raides , cassantes , chagrinées à la surface , d’un vert blanchâtre, amères avec un arrière-goût sucré.
Les Feuilles de Tephrosia, parfois mêlées au Séné de Tripoli , sont longuement ovalaires, équilatérales, épaisses, assez dures, entourées d’un bord cartilagineux , terminées par une forte épine recourbée, couvertes de poils très-mous, plutôt dressés sur la face supérieure et courbés sur l’inférieure : ce qui donne à la première une couleur vert grisâtre , et à la seconde un aspect gris argenté ; les pétioles sont aussi plus velus que dans les Cassia. La nervure médiane est peu apparente vers le sommet, épaisse et saillante vers la base; les nervures latérales sont plus nombreuses et plus fortes que chez les Cassia , et parfois assez proéminentes pour que les feuilles semblent rayées de stries parallèles des deux côtés de la nervure médiane.
Les Feuilles de Baguenaudier ( Colutea arborescens L.) sont ovales-arrondies , douces au toucher, tronquées ou échancrées au sommet , qui n’offre pas de pointe raide , non rétrécies à la base , plus vertes et plus minces que celles du C. obovata , dont elles se distinguent aisément.
Les Feuilles de l’Airelle ponctuée ( Vaccinium Vitis-Idœa L.) sont ovales, épaisses, entières, obtuses, lisses et vert foncé en dessus, pâles et marquées de points noirs en dessous ; leur bord est réfléchi et légèrement denticulé.
Les Feuilles de la Globulaire-Turbith ( Globularia Alypum L.) sont glabres , ovées-lancéolées , aiguës, rétrécies en pétiole à la base, entières ou munies de une ou deux dents au sommet. Ces feuilles sont légèrement purgatives , moins désagréables que le Séné et peuvent lui être substituées à dose double.
Les Feuilles de Redoul (Coriaria myrtifolia L. ) constituent la falsification la plus redoutable , et leur présence dans le Séné a souvent amené des empoisonnements parfois suivis de mort. Nous avons déjà fait connaître les propriétés du Redoul (voy. t. II, p. 275-276).
LÉGUMINEUSES. 383
Les feuilles du Redoul (fig. 630) sont ovales-lancéolées , glabres , très-entières, longues de 2 à 5 centim., larges de 7 à 27 millim., pourvues d’une nervure médiane et de deux nervures latérales saillantes, qui naissent de la base de la feuille et s’élèvent jusqu’à son sommet, en décrivant une courbure presque parallèle aux bords. Ces trois nervures sont parfois (dans les grandes feuilles) munies de
Fig. 630. — Feuilles de Redoul.
nervures transversales libres , rarement anastomosées (dans les Sénés il n’existe qu’une seule grosse nervure [la médiane], et les nervures latérales, qui en partent, s’anastomosent entre elles au voisinage des bords): Ces feuilles sont plus épaisses et plus larges proportionnellement que celles du Séné; leur surface est un peu chagrinée, mais non blanchâtre, comme dans l’Arghel.
MIIYIOSÉES.
Arbres ou arbustes , rarement herbes , à tige inerme ou épineuse ; feuilles phyllodiques ou 2-3-pennées , parfois irritables (Sensitive) ; stipules caduques, ou persistantes et spinescentes; fleurs hermaphrodites ou polygames, régulières , en épi ou en tête, rarement en panicule ou en corymbe ; calice fide ou partit à 4-5 divisions, à préfloraison valvaire, très-rarement imbriquée (Parkiées); corolle souvent gamopétale, hypogyne (fig. 631) ou subpérigyne, à préfloraison valvaire, rarement imbriquée (Parkiées); étamines généralement indéfinies, libres ou monadelphes , hypogynes, rarement périgynes. Ovaire formé d’un seul carpelle (très-rarement de plusieurs, libres) uniloculaire; ovules anatropes; gousse uniloculaire et
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
déhiscente , ou indéhiscente et divisée par des cloisons transversales
en loges monospermes, parfois lomentacée ; embryon droit ordinairement apérispermé.
Cette famille comprend deux tribus : 1° Parkiées , 2° Acaciées.
Parkiées.
Calice et corolle à préfloraison imbriquée (j Erythrophleum Afzel. , Parkia R.
Br.).
La racine du Boudu ou Boudou du Loango ( Erythrophleum guineense Don) fournit par infusion un liqueur d’une extrême amertume et qui sert de liqueur d’épreuve. Quand elle est trop chargée, elle
Fig. 631. - Fleur de la Sen- c,ause la suffocation » la rétention d’urine etc. ; suive à corolle étalée, pour 1 accuse tombe et est déclaré coupable ; plus
montrer l’insertion hypo- faible, elle n’amène pas d’accidents graves, gyne de la corolle et des 7 , r . & >
étamines. 1 accuse résisté et est déclaré innocent.
Acaciées.
Calice et corolle à estivation valvaire ( Acacia Neck., Mimosa Adans , Albizzia Duraz., Inga Plum. etc.).
Acacia Neck.
Ce genre fournit un grand nombre de produits importants, que nous allons étudier.
Gommes. On désigne, sous ce nom, des substances neutres, incristallisables, inodores , de saveur fade et visqueuse, entièrement solubles dans l’eau (Gommes vraies), ou partiellement solubles dans l’eau ( Gomme des Rosacées ), ou seulement capables de se gonfler dans ce liquide et de lui communiquer une consistance mucilagineuse ( Gomme adraganthe , Gomme de Bassora , Mucilages). Elles offrent comme caractères communs de fournir de l’acide mucique et de l’acide oxalique , lorsqu’on les traite par l’acide azotique ; elles sont insolubles dans l’alcool, l’éther, les corps gras.
Selon M. Franck , la formation des gommes est due à plusieurs causes : 1° à la désorganisation de la membrane secondaire des éléments du corps ligneux normal ; 2° à la résorption d’un parenchyme ligneux produit en quantité anormale; 3° à la désorganisation du tissu libérien ; 4° à la transformation des grains amylacés en gomme.
LÉGUMINEUSES
Nous avons indiqué déjà, d’après M. H. Mohl, comment se forme la gomme adraganthe.
M. Trécul a fait connaître, en 1860, le mode de production de la gomme des Rosacées ; comme tout porte à croire que celle des Acacia est due a une sécrétion de même nature, nous exposerons rapidement ici les recherches du savant botaniste français.
La Maladie de la gomme (Trécul) naît d’une nutrition trop abondante des nouveaux tissus ; ceux-ci recevant trop de sucs, les jeunes cellules de la zone génératrice sont résorbées. Il se forme ainsi des lacunes remplies d’un liquide auquel se mêlent le contenu des cellules dissoutes, les membranes incomplètement liquéfiées, et des cellules entières detachees du pourtour désagrégé de ces cavités accidentelles, qui s élargissent par la résorption des cellules environnantes, bi la destruction des cellules génératrices est complète, il se produit une eschare plus ou moins large. Si les cellules génératrices les plus extérieures ne sont pas détruites , l’accroissement continue et 1 on trouve seulement des lacunes d’étendue variable. Ces lacunes peuvent se produire, par les mêmes causes, dans l’aubier déjà orme ; la résorption commence alors quelquefois par les vaisseaux et s etend aux fibres voisines.
C’est dans ces lacunes , et longtemps après leur formation crue la gomme se montre. Elle apparaît au pourtour des lacunes, sous forme de productions incolores, souvent mamelonnées, d’aspect gélatineux , qui remplissent peu à peu les lacunes et peuvent se colorer en jaune ou en brun.
Parfois les lacunes se montrent dans le bois; on voit alors poindre une matière întercellulaire , qui semble émaner des parois de chaque fibre, puis les fibres s’élargissent et se dissolvent. La gomme semble donc ici provenir d une excrétion des fibres et de la transformation de leurs parois, ainsi, que de leur contenu. Si les lacunes à gomme sont voisines de l’ecorce ou situées dans une couche ligneuse trèsjeune, la gomme traverse l’écorce et arrive au dehors.
On désignait autrefois, sous le nom d ’Arabine, le principe sou e qui constitue la presque totalité des gommes vraies. M. Frémv a démontré que ce principe est essentiellement composé d ’ Acide Gummique uni à de la chaux et de la potasse.
acide gummique séché à 100» offre la composition C24H22 O22f 130°> ü Perd H2 O2 et devient isomérique avec ta “ d?Q a cellul°se; il forme des gummates solubles avec la potasse la chaux , la baryte; le sous-acétate de plomb versé dans^a dissolution de ces sels y produit un abondant précipité blanc de
elTTeMéta ■ GhaUffé à 15°°’ FaClde se convertit
en Acide Metagummique insoluble, qui ne se modifie pas par l’é-
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
bullition dans l’eau. Les métagummates sont insolubles dans l’eau froide ; mais ils se transforment de nouveau en gummates solubles lorsqu’on les fait bouillir pendant un certain temps avec de l’eau.
Selon M. Frémy, la gomme des Rosacées est formée de gummates (Arabiné) et de métagummates, ou de ce que l’on appelait de la Cérasine. On s’explique ainsi pourquoi la gomme des Rosacées devient soluble par une ébullition prolongée avec de l’eau : on disait alôrs que la cérasine se transforme en arabine.
Il existe dans le commerce plusieurs sortes de gomme, dont deux principales, que l’on désigne sous les noms de Gomme arabique et de Gomme du Sénégal . Les autres sont beaucoup moins communes, et ne se trouvent qu’accidentellement dans le commerce ou servent à falsifier les deux premières.
La Gomme ararique est produite par Y Acacia ver a Willd. (Mimosa nilotica L.), arbre qui croît en Arabie et en Afrique, depuis le Sénégal jusqu’en Égypte ; on suppose également qu’elle est fournie encore par d’autres espèces et surtout par YAc. arabica Willd. ( Aca -
Fig. 632. — Acacia arabica «
LÉGUMINEUSES. 387
cianilotica Del., Mimosa arabica Roxb. , fig. 632), qui habite le Sénégal, l’Égypte, l’Arabie et l’Inde.
Cette sorte se présente sous forme de larmes arrondies ou de fragments anguleux irréguliers; elle est tantôt transparente, tantôt un peu opaque , blanche , jaune clair ou jaune rougeâtre , toujours divisée par un grand nombre de petites fentes , qui lui donnent un aspect particulier et la rendent très-friable ; sa cassure est vitreuse, son odeur et sa saveur sont nulles. Elle se dissout intégralement dans l’eau ; ses fragments , lorsqu’on les met dans ce liquide , ne s’agglomèrent pas en une masse compacte, et sont, jusqu’à leur complète dissolution, toujours. facilement séparables. Ordinairement on la trie avant de la livrer au commerce , et on la désigne sous les noms de 1er, 2e, 3e choix , selon la pureté, la blancheur ou la coloration des morceaux. Les larmes les moins belles et les plus colorées constituent la qualité dite pour fabrique ; enfin les menus fragments , qui passent au crible lors du triage , forment la gomme arabique en grains. La gomme arabique est rare en France, où on la remplace assez habituellement par la gomme du Sénégal.
La gomme arabique est importée en Europe de Smyrne, d’Alexandrie, de Beyrouth etc. On la désigne fréquemment sous le nom de gomme turique , parce quJelle paraît être souvent exportée par Tor, ville et port d’Arabie situé près de Suez.
Gomme du Sénégal. On distingue dans le commerce deux sortes de gomme de ce nom : la gomme du Sénégal vraie ou gomme du bas du fleuve , la gomme de Galam ou gomme du haut du fleuve.
La gomme du Sénégal vraie se compose généralement de larmes dures, non friables, peu volumineuses, irrégulières, sphériques, ovales ou plus rarement vermiculées, de couleur blonde, ou jaune pâle ou même presque blanche, souvent ternes et ridées à la surface, transparentes à l’intérieur et à cassure vitreuse. Dans les balles d’origine se trouvent des larmes arrondies ou ovalaires, pesant jusqu’à 500 gr., tantôt transparentes, tantôt recouvertes d’une sorte d’enveloppe assez mince, blanchâtre, comme cristalline, grenue et fissurée; leur couleur est blonde, rougeâtre ou même parfois brune : on leur donne le nom générique de marrons. Assez fréquemment, sinon toujours , les marrons offrent vers leur centre une cavité de forme variable, souvent déprimée, à surface terne et glacée. Guibourt fait, de ces sortes de marrons, une variété qu’il appelle gomme lignirode , parce que, étant dissous dans l’eau, ils donnent comme résidu un peu de bois rongé : il suppose que la cavité sus-mentionnée a servi de demeure à une larve. D’après cet auteur, cette sorte de mastic aurait été pétri par la larve elle-même. Gette supposition est sans doute purement gratuite ; ce que nous avons dit de l’origine
388 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
des gommes permet de comprendre que les marrons, leur coloration plus intense et la présence du bois rongé résultent de la formation de ces eschares, qui, selon M. Trécul, s’élargissent peu à peu, jusqu’à amener la destruction d’une grande partie du bQis, et plus tard celle de l’arbre.
Les marrons sont ordinairement aussi solubles dans l’eau que la gomme ordinaire.
Les commerçants soumettent la gomme du Sénégal à un criblage, pour en séparer les larmes brisées en menus fragments, qu’ils nomment grabeaux. Les larmes entières ou leurs gros fragments sont ensuite triés à la main et séparés, selon la coloration et la grosseur, en plusieurs catégories : blanche , blonde , grosse , petite.
La gomme du Sénégal en sortes renferme toujours du Bdellium , des semences et des fruits du Balanites œgyptiaca Del., de la gomme kutera etc. ,
Guibourt y a signalé encore plusieurs variétés de gommes , qu’il a nommées: g ommepelliculée, gomme verte, gomme luisante et mamelonnée.
La gomme pelliculée est moins transparente et moins soluble que la gomme du Sénégal; elle est toujours recouverte, en tout ou en partie, d’une pellicule jaune, opaque; mise dans la bouche , elle fond difficilement et s’attache fortement aux dents.
La gomme verte a une couleur vert éméraude ; sa surface est luisante et mamelonnée ; elle se dissout mal dans l’eau et s’attache aux dents.
La gomme luisante et mamelonnée est en morceaux irréguliers , souvent creux, à surface glacée et mamelonnée. Elle est peu soluble.
Gomme de Galam. Cette sorte est composée de larmes de grosseur et de forme variables, blanches, blondes ou jaunâtres, ou de fragments plus ou moins gros, d’une transparence souvent moindre que celle de la gomme du Sénégal vraie.
Assez généralement, la surface des larmes est couverte d’une couche semi-opaque , grenue et d’apparence cristalline , due à la propriété que possède cette gomme de se fendiller à l’air, ce qui la rapproche de la gomme arabique. Toutefois, elle se distingue de cette dernière en ce sens que les fissures ont une faible étendue , n’occupent guère que la surface et ne pénètrent pas jusqu’au centre. Sa cassure est comparable à celle de la gomme du Sénégal. La gomme, de Galam est moins facilement soluble dans l’eau que la gomme arabique. On doit sans doute rapporter à cette sorte les marrons à surface grenue et fissurée , dont nous avons parlé précédemment. Elle est moins estimée que la gomme du Sénégal.
LÉGUMINEUSES
La gomme du Sénégal est fournie par plusieurs espèces à' Acacia et surtout par YAc. Sénégal Willd. ( Ac . Verek Adans.), dont la gomme est en larmes vermiculées, ovoïdes ou sphériques, ridées au dehors, transparentes et vitreuses à l’intérieur. Cet arbre habite l’Arabie et l’Afrique , du Sénégal , où il forme principalement la forêt de Sahel, jusqu’au cap de Bonne-Espérance. On cite encore, comme produisant cette gomme : VAc. Seyal Del., qui habite l’Egypte et la Sénégambie, et fournit des larmes vitreuses, blanches, vermiculées; YAc. Adansonii Guill. et Per., qui croît au Sénégal et donne une gomme rouge dite gomme de Gonaké.
La gomme Galam est attribuée à YAc. vera Willd.
On trouve fréquemment, dans la gomme arabique, une gomme particulière, que l’on appelle gomme Jedda ou Gedda , du nom de Geddah , port situé au voisinage de la Mecque.
La Gomme de Gedda paraît être fournie par Y Acacia arabica Willd., peut-être aussi par YAc. tordis Forskal,Nees etEbermayer, et par YAc. Ehrenbergii Hayne, Nees et Ebermayer, arbres qui croissent en Arabie, et dont la gomme est récoltée par les Bédouins du désert. D’après un échantillon qui nous a été remis par M. Hepp, cette gomme nous a paru peu différente de la gomme Galam, dont elle offre la surface grenue , semi-opaque , et les fissures ne pénétrant pas d’ordinaire jusqu’au centre. Elle se dissout d’ailleurs facilement dans la bouche.
Gette sorte paraît être très-rare dans le commerce et résulte surtout du triage de la gomme arabique , dont elle renferme plusieurs morceaux.
M. Hepp nous a remis également, sous le nom de gomme Sen nary , une gomme d’origine inconnue ,• et qui ressemble beaucoup à la gomme arabique.
La Gomme Sennary est en larmes plus petites que celles de la gomme arabique , généralement brisées en fragments souvent fendillés eux-mêmes, blanches, ou blanc jaunâtre très-clair, ou blondes ; elle est très-friable, à peu près inodore, insipide , et se dissout aisément dans la bouche. Yue en masse , elle semble plus brillante que la gomme arabique , ce qui tient sans doute à sa plus grande friabilité.
D’après les échantillons fournis par M. Hepp, on la distingue, dans le commerce, en gomme naturelle , gomme 1er, 2e et 3e choix , gomme pour fabrique. Gette dernière sorte nous a paru composée de fragments, que l’on pouvait attribuer aux gommes Galam, Sénégal et arabique.
La gomme Sennary sert probablement à falsifier la gomme arabique , dont elle n’est sans doute qu’une variété commerciale , due
peut-être à la différence du lieu d’exportation. C’est là peut-être encore la gomme éléphantine de Guibourt. Selon cet auteur, la gomme éléphantine est «en fragments brillants 'et transparents... incolores ou jaune doré, très-facilement solubles dans la bouche et dans l’eau. Enfin elle ressemble beaucoup, par son apparence et ses propriétés, à la véritable gomme arabique. » Elle est fournie par le Fer onia Elephantum Roxb. (Aurantiacées).
Gomme de l’Inde. On appelle ainsi une gomme que l’on croit produite par l’Acacia arabica , et qui ressemble assez bien à la gomme du Sénégal.
Gomme du Cap. Selon M. Burchell, elle est due à l’Acacia capensis Burch. (Ac. Karoo Hayne , Ac. liorrida Willd.).- Cette gomme est importée abondamment du cap de Bonne-Espérançe en Angleterre , où on la considère comme une qualité inférieure. Toutefois, selon Guibourt et M. Burchell, elle n’est pas inférieure à. celle de l’Acacia vera , que Guibourt regarde comme une très-bonne qualité.
Gomme de l’Australie. Cette sorte, à peu près inconnue en France, est en larmes assez volumineuses, stalactiformes et luisantes, ou globuleuses et à suface rugueuse. Elle aune teinte violacée , et les gerçures des larmes globuleuses sont garnies d’une poussière blanche; elle- se dissout aisément dans l’eau, en formant une dissolution trouble , qui laisse déposer une matière floconneuse.
La gomme d’Australie est attribuée àl’Ac. decurrens Willd.
Enfin, il arrive de Mogador et de Mazagan, une gomme que l’on décrit sous le nom de gomme de Barbarie , et que l’on attribue à l’Ac. gummifera Willd.
La Gomme de Barbarie est en larmes irrégulières, de couleur terne et un peu verdâtre , de transparence imparfaite , tenaces sous la dent et incomplètement solubles dans l’eau.
Gomme de Bassora. M. Th. Martius attribue cette gomme à l’Ac. leucophlœa Roxb. et la décrit sous le nom de Gomme Kutera. Il est probable que cette substance est produite par une Crassulacée ou une Mésemhrianthémée.
Bablahs. On appelle ainsi les fruits astringents de Y Acacia arabica, connus, dans le commerce, sous le nom de Bablah de l’Inde , et ceux de l’Ac. vera , que l’on a essayé de substituer aux premiers, sous le nom de Bablah d’Égypte.
Le Bablah de l’Inde est en gousses longues de 10 à 20 centim., larges de 10 à 15 millim., divisés en 12-15 articles, par des étranglements plus ou moins profonds, et couvertes d’un duvet blanc, qui manque par places; entre l’épicarpe et l’endocarpe se trouve un suc noir desséché ; enfin les semences sont entourées d’une pulpe sèche réduite en une membrane blanchâtre.
LÉGUMINEUSES
Ce B&blah est le plus estimé.
Le Bablah d’Égypte est long de 6 à 15 centim., vert brunâtre, lisse , luisant , et composé de 6 à 10 articles aplatis, moniliformes , séparés par des étranglements très-étroits. Le péricarpe renferme un suc rougeâtre et sec ; ce suc étant extrait par l’eau et évaporé en consistance convenable , constituait le suc d’ Acacia.
Les fruits des autres Acacia sont également astringents et peuvent être utilisés pour le tannage et la teinture.
Plusieurs Acacia fournissent des bois plus ou moins durs, que l’on pourrait employer soit dans la teinture, soit dans l’ébénisterie; tels sont YAc. arabica , qui donne le bois diababul; YAc. Angico Mart. qui produit le bois d’Angico; les Ac. scleroxylon Tuss., guadalupensis Desv., quadrangularis Willd. etc., qui produisent des bois très-durs, désignés sous le nom générique de Tendre à caillou.
Cachous. On appelle ainsi des sucs astringents de provenance diverse et qui se retirent par décoction des fruits de VAreca Catechu L. (Palmiers), du bois de Y Acacia Catechu Willd. ou des feuilles du Nauclea Gambir Hunt. Les Cachous sont essentiellement composés d’une sorte de tannin, qu’on a appelé Acide Catéchique ou Catéchine (Q34 H18 O14 -f- 3 H2 O2). En traitant les Cachous par l’eau froide ou en évaporant une solution d’acide catéchique , on obtient une substance brune qui a été nommée Acide Cachoutannique .
L’acide catéchique cristallise en aiguilles soyeuses; il précipite les sels ferriques en noir verdâtre , et ne précipite pas la solution de gélatine.
Si l’on abandonne au contact de l’air une solution d’acide catéchique dans un carbonate alcalin, la liqueur se colore peu à peu, et donne par l’acide chlorhydrique un précipité floconneux rouge foncé* formé par de Y Acide Rubinique. L’acide rubinique précipite les sels métalliques en rouge.
Selon M. Yanberg, en abandonnant au contact de l’air une solution d’acide catéchique dans la potasse caustique, on obtient un acide noir ( Acide Japonique) , insoluble dans l’alcool et dans l’eau froide, soluble dans l’eau bouillante. Ce nouvel acide précipite en noir la plupart des sels métalliques.
Les Cachous du commerce sont généralement groupés en trois catégories, selon qu’ils sont fournis par Y Areca Catechu , par Y Acacia Catechu ou par le Nauclea Gambir.
Cachous de l’Areca Catechu. Selon M. Heyne, le Cachou de l’Arec est préparé dans le Mysore, aux environs de Sirah. On fait bouillir les noix d’Arec dans des vases en fer, puis on les retire, et la liqueur est évaporée par ébullition; on obtient ainsi une sorte de
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
Cachou noir (. Kassu ) , très-astringent , mêlé de glumes de Riz et d’autres impuretés. Les noix qui ont servi à ce premier traitement sont mises à bouillir dans de nouvelle eau, après avoir été desséchées , puis la liqueur évaporée à chaud fournit la sorte de Cachou la plus estimée ( Coury ), qui est jaune brun, très-pur et dont la cassure est terreuse.
Guibourt décrit quatre sortes de Cachou de l’Arec.
1° Cachou en boules terne et rougeâtre. Il est en masses pesant de 90 à 125 grammes, irrégulières et anguleuses , brun rougeâtre en dehors et couvert de glumes de Graminées ; sa cassure est d’un brun foncé près de la surface , gris rougeâtre friable et terreux vers le centre. Il se dissout complètement dans la bouche, avec une saveur astringente et amère, suivie d’un goût sucré très - agréable. Ce Cachou n’existe plus dans le commerce.
2° Cachou brun noirâtre , orbiculaire et plat de Ceylan. Cette sorte ne vient pas dans le commerce français; en Angleterre on le connaît sous le nom de Cachou de Colombo ou de Ceylan. M. Christison y a trouvé 57 °/0 d’acide catéchique.
3° Cachou brun noirâtre , amylacé. Il est en pains pesant de 30 à 60 grammes, pourvus de glumes de Riz sur l’une de leurs faces? bruns, compactes, durs, pesants et à cassure inégale, un peu brillante. Il renferme beaucoup d’amidon. Une variété de cette sorte est décrfte par Guibourt sous le nom de Cachou brun noirâtre amylacé , intermédiaire ; celui-ci ressemble par sa forme à la sorte n° 1.
Guibourt pense que la sorte n° 1 correspond au Coury de Heyne, et que les trois autres sortes répondent au Kassu.
Cachou de l’Acacia Catechu Selon Kerr, le Cachou de VAcacia est préparé avec le cœur du bois de l’arbre , que l’on réduit en copeaux et que l’on fait bouillir dans des vases en terre , jusqu’à réduction de moitié de l’eau employée. Le décocté est ensuite mis dans un vase plat, et on l’évapore jusqu’à réduction à un tiers. On laisse reposer la matière pendant un jour, puis on l’expose au soleil, en agitant de loin en loin. Quand la masse est devenue assez consistante , on la coule sur une natte ou sur un drap couvert de cendres de bouse de Vache , et on la divise en morceaux cpuadrangulaires , dont on achève la dessiccation au soleil. On choisit, autant que possible, le bois brun pâle, qui fournit un extrait plus léger et blanchâtre ; le bois trop coloré donne un extrait noir et de moindre qualité.
On le retire du Malabar, de Suratte , du Pégu et surtout de Bahar.
Guibourt et Pereira décrivent un certain nombre de sortes de Cachous de Y Acacia.
LÉGUMINEUSES
1° Cachou terne et parallélipède. Il est en pains carrés , sans glumes de Riz à l’extérieur, terne et grisâtre vers le centre , un peu compacte et brunâtre près de la surface, formé de couches parallèles, assez facilement séparables et grises en dedans , noires en dehors* Ges couches ainsi séparées ressemblent assez à des fragments d’écorce d’arbre, d’où le nom de Cachou en manière d’écorce d’arbre que A. L. de Jussieu a donné à cette sorte. On ne le trouve plus dans le commerce ; il en est de même des sortes suivantes :
2° Cachou blanc enfumé , 3° Cachou brun en gros pains parallélépipèdes, 4° Cachou brun rouge polymorphe , 5° Cachou brun siliceux , qui ne sont pas en réalité des sortes commerciales; on les a trouvées en quelque sorte accidentellement et elles n’ont plus reparu.
6° Cachou du Pégu en masses. Cette sorte , la seule actuellement existante dans le commerce , se présente sous forme de masses considérables, pesant de 50 à 60 kilogr. Tantôt l’une de leurs faces porte l’empreinte d’une natte à gros éléments, qui forment des carrés d’environ 1 centim. de côté (chacun de ces carrés est garni de fines stries rectilignes, dont la direction est perpendiculaire à celle des stries des carrés voisins) ; tantôt elle est recouverte, par places, de feuilles appartenant à des arbres différents : les unes, plus nombreuses , à face inférieure finement réticulée, et à face supérieure rude , scabre, chagrinée ; les autres, plus rares, lisses, à réticulations larges. Des feuilles de même espèce et des fragments de Roseaux ou de Bamboux se trouvent dispersés dans la masse elle-même, qui est a-insi divisée en deux sortes d’assises irrégulièrement continues. Ce cachou a l’aspect d’un extrait brun rougeâtre , parfois -un peu hépatique , compacte ou creusé de petites cavités. Il est fragile ; sa cassure est luisante , sa saveur amère , très-astringente , avec un arrière-goût sucré faible, mais persistant.
D’après sa constitution , il est facile de voir que cette substance a d’abord été divisée en pains assez volumineux , enveloppés chacun dans des feuilles d’arbre ; puis, que ces pains ont été réunis dans une enveloppe commune , avant leur complète dessiccation , et se sont soudés pour former les grandes masses du commerce.
Le cachou du Pégu est maintenant la sorte officinale. Selon M. Dorvault, «il arrive dans le commerce, sous forme de gros pains aplatis , de 40 à 50 kilogr. , coulés sur des feuilles- et enveloppés d’une toile grossière. »
A la suite de cette sorte , Guibourt en cite encore quelques autres extrêmement rares et auxquelles nous ne croyons pas devoir nous arrêter.
Cachous du Nauclea Gambir. Ces sucs astringents, que l’on
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
connaît principalement sous le nom de Gambir, sont fournis par une Rubiacée 1 , le Nauclea Gambir Hunt. ( Uncaria Gambir Roxb., fi g. 633), arbrisseau de l’Indo-Chine et de la Malaisie.
Le Gambir es£ préparé de deux manières :
1° On fait bouillir, avec de l’eau, les feuilles séparées de la tige ; la liqueur obtenue est évaporée en consistance sirupeuse, et on la laisse se refroidir; la matière est ensuite divisée en petits carrés , que l’on fait sécher au soleil.
2° Les feuilles et les jeunes rameaux sont incjsés et mis à infuser, pendant quelques heures, dans beau, après quoi la liqueur est passée ; il se forme alors un dépôt d’apparence amylacée , que l’on fait épaissir au soleil et que l’on façonne en petits pains ronds.
La première sorte est de couleur brune ; la seconde est presque blan- Fig. G33. — Nauclea Gambir. che
Gambir cubique clair. Cette substance vient de Singapore et des îles ou des contrées voisines. Elle se présente sous forme de cubes de 2 à 3 centim. de côté, à surface brune, d’aspect résineux, assez durs et difficilement rayés par l’ongle.
Sauf la couche extérieure très-mince , ces cubes sont entièrement formés d’une matière fauve ou jaune brunâtre clair, à peu près uniforme, légère, spongieuse, mate, très-friable et finement grenue, offrant parfois des sortes de rognons de couleur plus claire, blanc jaunâtre, et dont la substance est encore moins compacte , presque pulvérulente.
1 L’étude des propriétés des Gambirs serait, sans contredit, mieux à sa place à côté de celle des produits et des plantes de la famille des Rubiacées, si la ressemblance des Gambirs et des Cachous ne nous forçait de mettre ici leur histoire.
LÉGUMINEUSES
Le Gambir cubique est léger; il fond, ou mieux se délaie aisément dans la bouche ; sa saveur est amère, astringente, avec un arrièregoût sucré agréable. Il contient beaucoup de catéchine. Guibourt décrit quelques autres sortes moins importantes et plus ou moins falsifiées , dont nous ne nous occuperons pas.
Le cachou de bonne qualité abandonne à l’éther 53 % de son poids de matière tannique ; le plus commun en fournit environ 28 °/0 ; traité par l’alcool faible, il ne laisse que 7 à 8 °/0 de résidu. On le mélange avec divers extraits astringents, de la terre, du sable, de l’amidon, de l’alun etc. La saveur désagréable et la couleur noire indiquent la présence des cachous inférieurs et des extraits étrangers. Le perchlorure de fer précipite en vert les bons cachous, et en bleu noir les mauvais cachous ; le cachou brun artificiel donne un précipité blanc grisâtre avec la noix de galle. La teinture d’iode, versée dans un décocté de cachou, y décéléra la présence de l’amidon ; les matières terreuses seront reconnues par l’incinération ; enfin , si le cachou renferme de l’alun , il donnera un précipité par l’ammoniaque et par le chlorure de baryum.
Le cachou est un bon tonique et un astringent précieux ; on le prescrit avec avantage contre la diarrhée, les leucorrhées, les blennorrhées ; il sert comme dentifrice. On l’administre sous forme de poudre , d’infusé , de teinture , de sirop , d’extrait , de pastilles ; il entre dans la composition de Y Électuaire astringent de Saunders , de Y Electuaire de copahu composé , de la Confection japonaise, du Cachou de Bologne etc.
Écorce de Barbatimao. On appelle ainsi, au Brésil, selon M. Martius, les écorces astringentes des Mimosées suivantes : Acacia Angico Mart. , Ac. Jurema Mart. , Pithecolobium Avaremotemo Mart. ( Mimosa cochliocarpos Gom. , Ing a Avaremotemo Endl.), Stryphnodendron Barbatimao Mart. , ( Acacia adstringens Mart. , Ing a Barbatimao Endl.).
Le bois de ces arbres est usité dans l’ébénisterie , sous les noms
de Angica et de Inzica.
Les écorces, depuis longtemps usitées en Amérique , étaient à peu près inconnues en France, lorsque, en 1854, M. Grimault appela l’attention sur leurs propriétés; depuis cette époque, les écorces d’Inga se trouvent dans le commerce. MM. Hervé et Grimault les décrivent de la manière suivante :
«Elles sont très-compactes, pesantes, épaisses de 1-2 centim. , longues de 20 à 60 centim. , larges de 5 à 12 centim. Leur cassure nette présente , lorsqu’elle est récente , des couches alternatives blanches et rougeâtres ; les cassures anciennes présentent une teinte plus foncée, uniformément rougeâtre.
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« Cette écorce, mâchée, offre une saveur astringente bien franche et sans âcreté , amenant une salivation prompté et colorant la salive en rouge. Introduite dans l’estomac, elle paraît en activer les fonctions. » (Guibourt).
Selon MM. Hervé et Grimault, elles fournissent de 25 à 30 % de leur poids d’un extrait hydro-alcoolique comparable, par sa couleur et ses propriétés , à l’extrait de Ratanhia , et qui renferme 80 % d’une matière tannante rouge particulière.
Pison et, après lui, Gomez ont fait connaître l’emploi réservé par certaines dames du Brésil aux écorces d’Inga ; cet emploi a valu à ces écorces le nom d 'Ecorce de jeunesse et de virginité. On s’en sert encore , d’après Gomez , pour le tannage des cuirs et contre les hernies, les hémorrhagies, la diarrhée etc.
On les administre généralement sous la forme d’un extrait, avec lequel on prépare des injections et un sirop.
Albizzie anthelminthique. (Albizzia anthelminthica A. Brong., Besenna anthelminthica (?) A. Rich.). « Petit arbre, de 3 à 6 mètres de hauteur; rameaux tortueux, couverts d’une écorce glabre et cendrée. Feuilles bipennées ; pinnes disposées par 2 ou 3 paires, 'à folioles 2-3- ou 4-paripennées , irrégulièrement ohovales, inéquilatérales à la base , obtuses ou à peine aiguës , entières , glabres , réticulées en dessous, d’un vert pâle. Inflorescence en capitules peu serrés, composés de 15 à 30 fleurs, petites, d’un jaune verdâtre. Galice turbiné, étroit, glabre, à 4 lobes courts, larges et obtus. Corolle deux fois plus grande que le calice , à 4 lobes , oblongs , un peu pointus , veinés. Étamines nombreuses, longues, capillaires, à filaments jaunes et à anthères petites verdâtres. Ovaire allongé, étroit, glabre. Fruits oblongs, un peu réticulés, glabres, contenant .2 ou 3 graines , quelquefois courts , elliptiques ou obovés et monospermes , terminés par une pointe très courte. Graines arrondies , comprimées, glabres et jaunes » (Moquin-Tandon).
L’ Albizzie anthelminthique croît en Abyssinie, dans le Kolla occidental et dans les terres basses de l’Amharra, où on l’appelle Mu sanna , Musenna , Besanna etc. M. d’Abbadie et M. Pruner-Bey ont fait connaître , en Europe , les propriétés téniafuges de l’écorce de cette plante.
L’Écorce de Mussenna est en plaques irrégulières , longues de 10 à 25 centim., larges de 3 à 4 centim., épaisses de 6 millim. au plus ; leur face externe est tantôt très-raboteuse , et plus ou moins fissurée, tantôt presque lisse, et, surtout alors, couverte de lenticelles généralement proéminentes, et disposées en séries linéaires. Au-dessous d’un mince périderme roux brunâtre , que l’on peut détacher parfois assez aisément , se montre une couche également
ROSACEES.
mince , verdâtre , formée sans doute aussi par du périderme , et qui recouvre une couche circulaire épaisse, jaune, à cassure grenue. Le liber est composé de lames très-minces, facilement séparables, blanc jaunâtre , et sa face interne est tantôt lisse , tantôt fibreuse.
L’écorce de Mussenna est inodore ; la saveur de la couche cellulaire est d’abord douce , puis légèrement piquante à la langue ; le liber nous a paru, en outre, un peu astringent et amer , avec un arrière-goût acide. On l’administre en poudre, à la dose de 40 à 60 gr. , dans du miel, du beurre ou de la purée de pois; à faible dose, elle ne détermine aucun dérangement; à dose trop forte, elle devient purgative. M. Gastinel y a trouvé une matière blanche , pulvérulente , analogue aux alcaloïdes , et pouvant se combiner aux acides. Selon MM. Pruner et Bruguière, elle tue le Yer, qui est rendu dans la journée, ou les jours suivants, sous forme d’une bouillie caillebottée.
L’écorce de Mussenna ne se trouve pas encore dans le commerce ; elle paraît agir plus sûrement que le Gousso.
ROSACÉES
Herbes , arbrisseaux ou arbres à feuilles simples entières ou dé-^ coupées, stipulées, rarement sans stipules ( Spirœa Aruncus) ; fleurs régulières, hermaphrodites, parfois diclines; calice 5-4-mère, à préfloraison imbriquée ou valvaire ; 5-4 pétales libres, périgynes ou épigynes , à préfloraison imbriquée, parfois nuis; étamines périépigynes , généralement indéfinies , multisériées ; anthères introrses, 2-loculaires , dorsifixes ; pistil de constitution variable ; ovules anatropes; embryon droit, généralement apérispermé.
Les Rosacées offrent une grande ressemblance avec les Légumineuses, et se lient étroitement à elles, par la famille des Amygdalées. La seule différence absolue qui sépare ces deux grandes classes réside dans la disposition relative des divisions du calice et de la corolle.
Dans les Papilionacées , les sépales sont : 2 postérieurs, 2 latéraux, 1 antérieur ; les pétales : 1 postérieur, 2 latéraux , 2 antérieurs.
Dans les Rosacées , les sépales sont : i postérieur , 2 latéraux , 2 antérieurs ; les pétales sont : 2 postérieurs , 2 latéraux , 1 antérieur.
Le diagramme des Rosacées est donc inverse de celui des Légumineuses.
La famille des Rosacées de Jussieu comprend un certain nombre de tribus,, que Bon regarde assez ordinairement comme des familles i
CATTVÈT. h. 2:3
POLYPÊTALES PÉPJGYNES AXOSPERMÉES.
les Rosacées forment alors une classe , qui prend le nom de Rosinées . Yoici le tableau des principaux caractères distinctifs de ces tribus ou familles :
* /pendants; style terminal; fleur
régulière; feuilles à pétiole glanduleux 1° AMYGDALÉES.
l'un seul carpelle (drupe) contenant 2 ovules .
sitpère;
plusieurs les . .
carpel-
/ dressés ; style presque basilaire ;
(fleur irrégulière (calice inéquilatéral, étamines inégales) ; feuilles à pétiole non glanduleux
monospermes, indéhiscents, secs ou charnus (akènes ou drupes) ; style latéral
2° Chrysobalanées.
3o Dryadées.
\ infère;
Jpolysperm.es, déhiscents (follicule) ; style terminal 4o SPIRE ACÉES.
fleurs polygames, souvent apétales; 1-4 carpelles monospermes, libres, inclus dans le tube récep-
taculaire accrescent et non charnu. . 5° SANGUISORBÉES.
1-spermes; pétales et sépales définis ; anthères introrses , dorsifixes 6o ROSÉES.
(fleurs hermaphrodites; carpelles invaginés dans le tube rectangulaire
libres.
jl-2-spermes ; corolle nulle; sépales indéfinis multisériés, imbriqués ; anthères
extrorses 7<> CALYCANTHÉES(*).
soudés et dispermes; placentation axile, fruit mélonide . . 8° POMACÉES.
(*) La plupart des botanistes séparent aujourd’hui les Calycauthées des Rosacées, dont elles se distinguent par leur tigo carrée, leurs feuilles opposées, sans stipules, leurs étamines intérieures stériles et leurs anthères introrses.
AIŸIYGDALÉES.
Arbres , à rameaux quelquefois spinescents ; feuilles simples ,
entières ou dentées > glanduleuses
Fig. 634. — Coupe longitudinale de la fleur du Cerasus Caproniana.
région méditerranéenne , à tronc brièvement pétiolées , oblongues -
à stipules libres, caduques; fleurs (fig. 634) hermaphrodites , axillaires , solitaires ou géminées (fig. 635), ou en grappes , sertules (fig. 636), corymbes; calice caduc à 5 divisions ; 5 pétales ; étamines nombreuses; 1 (rarement plusieurs) carpelle 2ovulé ; fruit : drupe à graine pendante , généralement solitaire.
Amandier ( Amygdalus communis L.) , arbre de la raboteux et cendré; feuilles lancéolées, glabres, finement
ROSACÉES
serretées ; fleurs courtement pédicellées , solitaires ou géminées , blanches ou roses, paraissant avant les feuilles; calice campanulé ; 5 pétales élargis, échancrés au sommet ; drupe charnue-coriace, vert cendré , oblongue, comprimée, veloutée, à noyau ligneux, mais pourvu de fissures étroites ; graine ( Amande) douce ou amère, selon la variété.
On donne généralement le nom d 'amandes aux fruits privés de leur sarcocarpe , et on les distingue selon que les coques sont dures ou tendres.
Les Amandes se composent d’un épisperme fauve au dehors, blanc au dedans, et d’un embryon à cotylédons très-développés, blancs, charnus, oléagineux.
Les Amandes douces viennent du midi de la France et de l’Espagne* (les meilleures arrivent de Provence) ; on les distingue, selon leur grosseur, en : gros flots , flots
et en sorte. Elles contiennent, suivant M. Boullay : eau, 3,5 ; épisperme contenant un principe astringent, 5 ; huile fixe,
54 \ Emulsine ou Synaptase,
24 ; sucre liquide , 6 ; gomme, 3; etc. L’Émulsine est une matière azotée, neutre, soluble dans l’eau , d’où l’alcool la précipite (ce qui est dû aux phosphates qu’elle renferme et dont on ne peut la séparer) : le précipité se redissout dans l’eau ; le soluté aqueux d’émulsine est entièrement précipité par l’acétate de plomb, et le précipité réagit encore sur
Fig. 635. — Prunus domestica.
Fig. 636. — Cerasus Caproniana.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
FAmygdaline; le même soluté étant porté à F ébullition, la Synaptase ne réagit plus sur l’Amygdaline ; si Fon chauffe à 100°, même pendant plusieurs heures , la Synaptase préalablement desséchée , elle conserve ses propriétés.
En vieillissant, les amandes douces deviennent molles, âcres, un peu transparentes; leur cassure est alors jaunâtre. On doit les choisir entières , bien nourries , non piquées , de saveur douce agréable, cassantes et à cassure blanche, non transparente. Elles forment la base du Lait ou Emulsion d’amandes , du Looch blanc , et du Sirop d’orgeat. On en retire, par expression, une huile douce, connue sous le nom d 'Huile d’amandes.
L’Huile d’amandes, que Fon peut extraire aussi des amandes amères, est fluide, un peu ambrée, à peu près inodore et insipide, soluble dans l’éther, peu soluble dans l’alcool. A faible dose, elle agit comme émolliente; elle devient laxative à la dose de 30 à 60 grammes. Cette huile rancit facilement, et ne doit pas être conservée au delà de trois mois.
On lui substitue fréquemment F huile d’abricots ; ce qui, d’ail- «j leurs, est une fraude sans dangers. Selon M. Nicklès , on reconnaît cette falsification en mélangeant l’huile à essayer avec de la chaux hydratée : l’huile d’abricots donne une émulsion, qui prend peu à peu la consistance d’une pommade ; avec l’huile d’amandes, l’émulsion n’a pas lieu , et de plus , après quelque temps de repos, l’huile se sépare de la chaux hydratée.
La falsification par l’huile d’œillette est décelée par les caractères suivants : l’huile a une saveur un peu âcre; elle forme chapelet, par agitation ; en mêlant 1 p. d’ammoniaque et 9 p. d’huile falsifiée , on obtient une pâte molle , grumeleuse , tandis que l’huile pure fournit une pâte molle , unie ; etc.
L’huile de faîne sera reconnue à ce que l’acide azotique étendu la colore en rouge orangé, tandis que l’huile d’amandes est colorée en blanc; etc.
L’huile d’amandes ne se congelant qu’à — 12° , on pourra la distinguer de l’huile d’olives et de l’huile d’arachides.
L’huile de sésame (10 gr.), étant traitée par 10 gr. d’un mélange à poids égal d’acide sulfurique et d’acide azotique, il se produit une coloration vert-pré foncé ; ce qui n’a pas lieu avec l’huile d’amandes.
Amandes amères. Elles présentent les mêmes caractères physiques que les amandes douces, et contiennent les mêmes principes, plus une résine jaune, âcre, et une matière cristalline azotée,
F Amygdaline , découverte par MM. Robiquet et Boutron-Cliarlard.
L’amygdaline (G40 H27 Az O22 + 3 H’2 O2) cristallise en feuillets blancs d’un éclat nacré ; elle est très-soluble dans l’eau et dans l’alcool
ROSACÉES. 40j
bouillants, peu soluble dans l’alcool froid, insoluble dans l’étherelle a une saveur amère. Les acides étendus la dédoublent en
acide prussique, essence d’amandes amères ( hydrure de benzoyle ) et g lucose.
L’arnygdahne se dédouble de la même manière , sous l’influence de 1 eau froide et del’émulsine : c’est pourquoi l’on obtient de l’acide prussique et de l’hydrure de benzoyle en délayant dans l’eau les amandes amères pulvérisées. On s’explique ainsi les propriétés toxiques des amandes amères , propriétés qui sont dues à l’acide prussique seul et non àl’hydrure de benzoyle.
L’hydrure de benzoyle, abandonné à l’air, se transforme en acide benzoïque , par absorption d’oxygène.
Les amandes amères servent à aromatiser les émulsions d’amandes et le sirop d’orgeat; leur émulsion est le véhicule de la Lotion ou Liqueur de Gowland. On en prépare une eau distillée , que l’on rn e.?°*n Passer à travers un filtre mouillé, pour en séparer
m e volatile non dissoute, qui lui donnerait une trop grande ac îvite. Dans le commerce , on extrait assez généralement l’huile demandes des amande^ amères; celles-ci en renferment moins que es amandes douces, mais on les préfère parce que les tourteaux peuvent ensuite servir à la préparation de la pâte d’amandes.
, aut toutefois éviter soigneusement de mouiller les amandes pulvérisées, sous peine de voir l’huile obtenue contenir de l’hydrure de benzoyle et de l’acide prussique.
Pêcher. (Persica vulgaris DG., Amygd. persicaL.) Cet arbre, originaire de la Perse , diffère des Amandiers, surtout par son fruit c ar nu, savoui eux ( Peoiie ), à noyau profondément sillonné (fig. 637).
Les Fleurs de Pêcher sont légèrement purgatives , et sont administrées sous forme de sirop dans la médecine des enfants.
Le genre Prunus Tournef.
offre comme caractères : feuilles oblongues, non pendantes, à préfoliation convolutive; jeunes branches ordinairement velues ; inflorescences composées de 1 à 3 fleurs blanches , paraissant trois à douze jours avant les feuilles; fruits pédonculés, lisses , pendants, couverts d’une effïo-
(*) épe) Épicarpe. — me) Mésocarpe. — end ) Endocarpe. — g) Graine. — fn) Fimicule.
end-
Coupe longitudinale d'une Pêche (*).
402 POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES,
rescence cireuse ; noyaux comprimés , terminés en pointe aux derux bouts. Il renferme des espèces cultivées et d’autres sauvages.
Les différentes races ou variétés du Prunier cultivé (. Prunus domestica L., voy. fig. 635) fournissent des fruits comestibles, nommés Prunes , que l’on fait sécher au four et au soleil, et que l’on appelle alors 'pruneaux . Les meilleurs pruneaux viennent d’Agen , de Tours et de Brignoles; ils sont alimentaires et laxatifs. On fait, en Alsace, avec les fruits du P. domestica var. a. germanica Schübler (P. pyramidalis DG.) une eau-de-vie ( Quetschenwasser ou Zwetschgenwasser ) , assez estimée dans le pays de production.
Les fruits du Prunier épineux ou Prunellier (Pr. spinosa L.) sont très-acerbes , petits , arrondis, violet bleuâtre; on en préparait jadis un extrait ( suc d’ Acacia nostras) , que l’on substituait au vrai suc d’ Acacia. Ceux du Prunier sauvage ( Pr . insititia L.) servaient aux mêmes usages.
L’Abricotier ( Armeniaca vulgaris Lam., Pr. armeniaca L.) diffère des Pruniers par ses feuilles pendantes, cordiformes; fleurs solitaires ou géminées , rouge rosé à l’extérieur ; fruits subsessiles , veloutés, non couverts d’une efflorescence cireuse; noyau lenticulaire , lisse, pourvu de trois arêtes sur l’une des sutures. Les fruits de l’Abricotier, ou Abricots, ont une chair succulente, jaunâtre, sucrée, aromatique, non acidulé. Les semences de Y Abricotier de Briançon (Pr. brigantiaca Villars) fournissent une huile douce, avec un léger goût d’amandes amères, et que l’on a nommée improprement huile de Marmottes.
Les Cerisiers ( Cerasus Tournef.) se distinguent des Pruniers par leurs fruits glabres, lisses, sans efflorescence cireuse; leur noyau uni, subglobuleux; leurs fleurs blanches en ombelle (voy. fig. 636) ou en grappe ; enfin par leurs feuilles à préfoliation conduplicative.
Le Cerisier vulgaire ou Griottier ( Cer . acida Gært., Cer. Caproniana DG.), le Guignier ( C . Juliana ), le Bigarreautier (Cer. duracinà) sont comestibles.
Avec les fruits du Mérisier noir ou rouge (Cer. dulcis Gært., var. sylvestris ), on obtient Y eau-de-vie de cerises ou Kirschwasser.
Les amandes du Cerisier Mahaleb (Cer. Mahaleb Mill.) ont une saveur douce , parfumée et une odeur suave ; on les utilise dans la parfumerie.
Laurier-Cerise (Cer. Lauro-Cerasus Loisel. , Prunus Lauro- Cerasus L. , fig. 638). Arbrisseau à feuilles persistantes, coriaces, lisses, ovales-oblongues, luisantes en dessus, légèrement denticulées ; fleurs d’un blanc sale, pédicellées, en grappes lâches, axillaires ; calice urcéolé ; drupe ovoïde, surmontée par le style persistant, succulente , glabre, noirâtre.
ROSACÉES
Les feuilles du Laurier-Cerise fournissent à la distillation une huile vénéneuse , contenant de l’acide prussique et analogue à celle des amandes amères. On prépare avec ces feuilles, récoltées au mois de juin, un e eau distillée , qui, récemment préparée , constitue un médicament antispasmodique efficace et agréable. On doit l’employer avec prudence. Quand elle est vieille ou lorsqu’elle a été préparée avec des feuilles récoltées au printemps , l’eau de Laurier-Cerise est à peu près inerte.
Les feuilles du Laurier - Cerise servent dans les ménages à parfumer le lait et la crème ; il faut toutefois n’en mettre qu’une par litre de lait.
Le Cerisier de Virginie ( Cer . virginiana Mich., C. serotina Ehrh.), que l’on plante dans nos parcs , fournit des fruits parfumés, un bois recherché par les ébénistes et une écorce renfermant les éléments de l’acide cyanhydrique ; celle que l’on récolte en automne en produit davantage.
Cette écorce se trouve, dans le commerce, en fragments plats ou cintrés, à cassure nette, de couleur variable , de saveur aromatique agréable; inodore lorsqu’elle est. sèche, elle exhale, à l’état frais, une odeur d’amandes amères.
Selon M. Wood, elle calme l’irritation et diminue la sensibilité nerveuse ; son action physiologique peut se réduire en trois points : c’est un tonique puissant, un calmant de l’irritabilité nerveuse, un sédatif artériel.
Les arbres de la famille des Amygdalées fournissent une gomme connue sous le nom de Gomme nostras , Gomme des Rosa-
POLYPÉTÀLES PÉRI G YN ES AXOSPERMÉES.
cées. Nous avons déjà fait connaître ses propriétés et son mode de production (voy. t. II, p. 385). Cette gomme ne se dissout qu’après une longue ébullition dans l’eau : la cérasine ou métagummate de chaux, qui la constitue presque entièrement, se transforme alors en arabine ou gummate de chaux. Elle n’est employée que dans la chapellerie.
DRYADÉES.
Herbes ou arbrisseaux; feuilles simples, digitées, trifoliolées ou pennées (non composées) , à stipules soudées au pétiole ; fleurs hermaphrodites (fig. 639); calice 5-4-partit, persistant, nu ou caliculé,
ceptacle sec ou charnu; graine pendante, rarement ascendante (Geam, Dry as).
Framboisier (Rubus idœuslu.). Souche ligneuse traçante , émettant des turions hauts de 1-2 mètres, hérissés d’aiguillons sétacés ; feuilles à 3-5 folioles blanchâtres et cotonneuses en dessous , vertes en dessus, ovales-aiguës, dentées; fleurs blanches, portées sur des pédoncules rameux, grêles ; .fruits ( Framboises ) rouge clair un peu cendré, formés de drupéoles cohérentes, acides, sucrées et parfumées.
Les Framboises servent à la préparation d’un alcoolat , d’un sirop et d’un vinaigre , qui forme la base du sirop de vinaigre framboise.
Ronce sauvage ( Rubus fruticosus L.). Arbrisseau des haies .à turions pentagones , dressés, arqués, glabres, munis d’aiguillons forts et recourbés; feuilles à 1,3, 5 folioles ovales-aiguës, 2-dentées, cotonneuses, vertes ou grisâtres en dessous, à pétioles aiguil-
lonnés; fleurs blanches ou roses, en cyme paniculée , à rameaux 1, 2, 3-flores ; sépales réfléchis ; fruits bleu foncé, de saveur acide et sucrée.
Les fruits (fig. 640), nommés Mûres des h aies , servent à faire un sirop de mûres , qui est un peu astringent.
Les feuilles de la Ronce sont astringentes et leur infusion entre dans quelques gargarismes. Une Ronce herbacée (B. Chamœmorus L.), dont
Ino fûnillûc cmif cimnlûc tr\ f lrvVwiae
Fig. 639.— Fleur de Potentüle'
à préfloraison valvaire ; 5-4 pétales ; carpelles distincts, généralement très-nombreux (fig. 640), 1-ovulés, disposés en tête, sur un réceptacle convexe ; style inséré sur le bord interne du carpelle et au-dessous de son sommet ; drupéoles ou bien akènes nus ou terminés par un style plumeux ; ré-
ROSACÉES. 405
mentation en Sibérie, dans le nord de l’Europe et dans l’Amérique septentrionale.
Fraisier commun ( Fr ag aria vesca L.). Souche brune, semiligneuse , garnie d’un grand nombre de radicelles ; feuilles longuement pétiolées , à 3 folioles ovales, dentées, blanchâtres en dessous; de l’aisselle des feuilles inférieures naissent des coulants très-allongés et radicants , par lesquels se multiplie la plante ; rameaux floraux dressés, axillaires, uni-pluri -flores ; fleurs hermaphrodites blanches , en cyme corymbiforme ; calice caliculé , étalé ou réfléchi à la maturité du fruit ; carpelles nombreux, portés sur un réceptacle convexe, devenant charnu ; akènes un peu enfoncés dans le carpophore ( Fraise ) , qui, à la maturité, est rouge vermeil ou blanc rosé , pulpeux, sucré et parfumé.
La Souche du Fraisier, improprement appelée racine , se compose de plusieurs tronçons unis par en bas ; elle est brune au dehors, rosée en dedans, inodore, très-astringente. On l’administre, en décoction , comme diurétique. Son emploi colore l’urine en rose et les excréments en rouge.
Potentille ou Quintefeuille (Poientilla reptans L.). Plante traçante comme le Fraisier, dont elle se distingue par ses feuilles à 5-7 folioles obovées, par ses fleurs solitaires, ses sépales connivents après l’anthèse, sa corolle jaune, son carpopliore sec.
La Souche de la Quintefeuille (racine) est cylindrique , pivotante, rouge brun au dehors , blanche au dedans , de saveur astringente. Pour l’usage médicinal, on en détache l’écorce et l’on rejette le corps ligneux.
Ansérine ou Argentine (Pot. Anserina L.). Planté rameuse , rampante , à feuilles interrompu-pennées , dont les grandes divisions sont ovales-oblongues , profondément serretées, d’un blanc argenté en dessous; fleurs jaunes , très-grandes, à pétales obovés.
Les feuilles de l’Ansérine sont astringentes.
Tormentille (Pot. Tormentilla Scop. , Tormentilia erecta L.). Cette plante ne diffère des Potentilles que par son calice et son calicule à 4 divisions et sa corolle à 4 pétales ; tiges ascendantes , grêles, dichotomes; fleurs jaunes, petites, longuement pédonculées.
La Souche de la Tormentille est généralement grosse comme le doigt, tuberculeuse, dure, très-pesante , brune au dehors , rouge en dedans, et très-astringente. On l’emploie parfois pour tanner les cuirs.
Benoîte (Geum urbanum L., fig. 641). Plante à souche oblique; tige haute de 5 à 6 décim. , rameuse vers le haut; feuilles inférieures interrompu-pennées; fleurs jaunes, dressées; sépales réfléchis après l’anthèse ; pétales étalés, ovales, sans onglet; style persis-
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
tant et accrescent, articulé et coudé en baïonnette; akènes velus, rassemblés en tête.
Fig. 640. — Geum urbanum (*). •
La Souche de la Benoîte est grosse comme une forte plume , garnie de radicelles, de couleur rougeâtre; elle est astringente et douée d’une odeur de girofle , d’où son nom de racine giroflée. Elle est réputée stimulante et tonique.
La Dryade à 8 pétales [Dry as octopetala L.) est astringente et tonique.
SPIRÉACÉES (fi g. 642).
Plantes herbacées ou ligneuses; feuilles souvent sans stipules ; fleurs blanches , roses ou jaunes, hermaphrodites, polygames ou dioïques , .terminales ou axillaires, en cyme, grappe, panicule.
Fig. 642. • — Spirœa Fortunei (**).
corymbe ; calice 5-partit, persistant; 5 pétales; étamines nombreuses; 5 carpelles , rarement 2 ou beaucoup , verticillés , libres , rarement soudés, 2-pluri-ovulés ; style terminal; stigmate épais; follicules à graines pendantes.
(*) A) Fruit du Geum. — B) Akène isolé. — C) Akène coupé longitudinalement.
(**) A) FJeur. — B) Fruit. — C) Akène coupé lsngitiidinalement.
ROSACEES.
Ulmaire ou Reine des prés (Spirœa Ulmaria L.). Tige haute de 1-2 mètres , droite , peu rameuse ; feuilles inférieures glabres , interrompu-pennées, à face inférieure verte, et pubescente ou blanchâtre : folioles latérales, oblongues , incisées- dentées , mêlées de folioles plus petites ; foliole terminale très-grande à 3-5 lobes ; fleurs petites, blanches , en cyme corymbiforme ; 5 carpelles, rarement davantage, glabres, contournésnm hélice. Cette plante croît dans les prairies humides et au bord des ruisseaux.
La racine d’Ulmaire a été employée comme tonique , anticatarrhale et antihémorrhagique.
Les Fleurs possèdent les mêmes propriétés que celles du Sureau.
L’Ulmaire a été fort préconisée , il y a quelques années , comme diurétique, dans les hydropisies liées a une maladie du cœur. Selon M. Tessier, de Lyon, toutes les parties de la plante jouissent de propriétés actives ; elle serait astringente et tonique , diminuerait la diarrhée et relèverait les forces.
Quand on verse de Teau bouillante sur les fleurs de TUlmaire, il se développe une odeur suave d’amandes amères; en distillant cette infusion, on obtient une huile essentielle, composée^ 'Hydrure de Salicyle ou Acide salicyleux (C14 H6 O4), d’un carbure d’hydrogène isomère de l’essence de térébenthine, et d’une matière cristalline semblable au Camphre. Lorsqu’on agite cette essence avec de la potasse, celle-ci dissout l’hydrure de salicyle, qui peut en être séparé au moyen d’un acide.
L’hydrure de salicyle est un liquide incolore , très-réfringent, qui cristallise à — 20° et bout à 196°, 5: son odeur est agréable et sa saveur brûlante. Il est assez soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et dans l’éther. Les réactifs oxydants et la potasse caustique fondante le transforment en acide salicylique (C14 H6 O6). Cet acide paraît exister tout formé , avec l’hydrure de salicyle , dans les fleurs de l’Ulmaire.
Selon M. Hannon, l’action diurétique de TUlmaire est due à Thydrure de salicyle; on l’administre, à la dose de 2-3 gouttes, dans un véhicule quelconque. M. Hannon en a préparé une teinture hydroalcoolique (4 : 30) et un sirop (hydrure , 5 gouttes ; sucre et eau , 15 grammes de chacun).
L’Ulmaire paraît être retombée dans l’oubli.
Filipendule (Sp. Filipendula L.). Tiges hautes de 3 décim. à 1 mètre; feuilles interrompu-pennées, à folioles oblongues, linéaires , la terminale à peine plus grande que les latérales ; fleurs souvent polygames, blanches, nuancées de pourpre , odorantes; 10 à 15 carpelles pubescents, droits et connivents. Plante des prairies sèches et boisées.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
La Racine de Filipendule est grêle , pourvue , de distance en distance, d’épaississements tuberculeux, oblongs, gros comme des olives , noirs en dehors , blancs en dedans , amers et astringents. Cette racine est réputée astringente et diurétique.
Dans l’Amérique du Nord, on substitue parfois à l’ipécacuanha la racine du Sp. trifoliata L. ( Gillenia trifoliata Mônch). Cette racine a un épiderme gris rougeâtre, une écorce blanche, spongieuse, très-amère, un méditullium blanc et ligneux.
Écorce de Panama. Il se trouve sous ce nom , depuis quelques années, dans le commerce, une écorce que l’on retire de Panama, et qui est fournie par le Quillay savonneux ( Quillaja saponaria Mol. , Q. Smegmadermos R. et Pav. , Q. Molinœ DC.). Cette écorce est en morceaux longs d’environ 1 mètre , larges , plats ou un peu cintrés , généralement constituée par le liber seul , parfois d’ailleurs, mais rarement et par places, offrant des restes plus ou moins réduits d’une couche subéreuse brun noirâtre. Là où manque le suber, l’écorce est d’un gris jaunâtre très-pâle, fibreuse, presque lisse en de certains points , comme si elle avait été mondée à l’aide d’une petite hache courte ; cette face présente assez souvent des taches ou des veines irrégulières, noirâtres ou rouge obscur La face interne est lisse , gris jaunâtre foncé ou même jaune rougeâtre. Sa cassure est fibreuse et elle se divise assez bien en feuillets minces. Selon M. Bouchardat, «ces feuilles ou pellicules ressemblent à un tissu ou à un réseau dont toutes les mailles ou cellules sont gorgées de saponine. Examinées au soleil, elles paraissent criblées de petits points brillants , qui , vus à la loupe , ressemblent à des gouttelettes d’eau. En brisant l’écorce ou en déchirant les pellicules du liber, les atomes invisibles de saponine , qui se répandent dans l’atmosphère, suffisent pour exciter l’éternuement et pour produire sur le palais une saveur âcre et piquante, qui provoque la toux et la salivation. Aussi ne doit-on pulvériser le Quillay qu’avec précaution.»
Les points brillants, regardés par M. Bouchardat comme de la saponine, nous semblent plutôt être les extrémités libres des fibres rompues : on observe un fait de même ordre dans le Quinquina Galisaya.
C’est surtout de l’écorce de Quillay que l’on extrait la saponine, dont elle renferme une abondante proportion. Cette écorce est généralement usitée *en France , pour le blanchissage des mérinos et des fins lainages blancs. Administrée en infusion légère, elle paraît agir comme diurétique. M. Lesellier a fait connaître un cas d’empoisonnement, sur une femme, par la décoction de cette substance: l’un des phénomènes les plus saillants de ce cas fut un besoin constant d’uriner. L’action toxique de la saponine a été signalée depuis longtemps par M. Malapert (de Poitiers;.
ROSACEES.
SANGUISORBÉES.
Plantes herbacées, rarement ligneuses; feuilles pennées, digitées ou palmatifides , à stipules adnées au pétiole; fleurs hermaphrodites ou polygames; calice 5-4-3-fide dans les fleurs femelles ou hermaphrodites, 4-3-phylle dans les fleurs mâles; pétales nuis, rarement 4 à 5; étamines isostémones (Sanguisorba) , ou méiostémones ( Tetraglochin etc.), ou diplo-polystémones (Agrimonia, Poterium etc.); 1-4 carpelles libres, inclus dans la cupule réceptaculaire urcéolée; styles sub-basilaires, latéraux ou terminaux; stigmate en tête ou en pinceau; akènes à graine pendante.
Cette famille renferme quelques plantes utiles. Telles sont : l’Aigremoine ( Agrimonia Eupatoria L.), dont les feuilles sont légèrement astringentes et usitées en gargarismes et en fomentations; rAlchimille ou Pied-de-Lion (Alchemilla vulgaris L.), qui est astringente et vulnéraire; la grande Pimprenelle ( Sanguisorba officinalis L.) et la petite Pimprenelle (Poterium SanguisorbaL .), que l’on regarde comme galactophores , astringentes, diurétiques et vulnéraires.
Ces plantes sont inusitées ou à peu près.
Cousso ou Cosso. Les Abyssins désignent sous ce nom et sous ceux de Kousso , Kivoso , Hctbbi et Coutz ou Cabotz le Ténia et la substance dont nous allons nous occuper.
Le Cousso est constitué parles inflorescences femelles du Brayera [Hagenia Lamk.) anthelminthica Kunth. (B anksia abyssinicaBru.ee): Arbre haut de 8 à 15 mètres, surmonté par une touffe de rameaux inclinés, marqués de cicatrices annulaires, indices des feuilles tombées; feuilles grandes, imparipennées, à pétiole engainant à la base ; fleurs dioïques, en panicules très-amples: les mâles à cupule réceptaculaire turbinée , surmontée de 5 sépales réfléchis , scarieux , étalés , obtus ou mucronés, et pourvue d’un calicule à 5 divisions petites, alternes , aiguës ; 5 pétales alternes , très-petits , lancéolés , aigus , blancs, attachés à la gorge de la cupule; 15 à 20 étamines insérées en dehors d’un disque annulaire, mince, occupant la gorge de la cupule; 2 carpelles distincts, rapprochés, contenant chacun un ovule pendant; style velu; stigmate épais et discoïde. Fleurs femelles : calicule à divisions étalées , 4 à 5 fois plus grandes que les lobes calicinaux; pétales nuis; 15 à 20 étamines très-petites et stériles, insérées en dehors de la base du disque , qui forme un tube tronqué au sommet, à travers lequel passent les deux styles. Selon A. Richard, les deux carpelles ressemblent à ceux des fleurs mâles , qu’il considère presque comme hermaphrodites. Les fruits ne semblent pas connus; pourtant M. Bouchardat ( Manuel de matière médicale ,
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
t. II, p. 721) dit: ...ovaire subtétragone , dicarpellé..., fruit sec, monosperme par avortement.
On admet assez généralement que \eBrayera anthelminthica est une Spiréacée; mais Ach. Richard l’a placé, à bon droit, pensonsnous, dans les Agrimoniées (Sanguisorbées). M. Bouchardat' paraît avoir tourné la difficulté en écrivant : Rosacée de la tribu des Spirées, voisine du genre Agrimonia. Cette plante nous paraît être une .] Àgrimoniée par ses fleurs dioïques, sa corolle parfois nulle, ses 2 carpelles monospermes , inclus dans la cupule réceptaculaire urcéolée, resserrée au sommet.
Le Kousso du commerce est composé à la fois d’inflorescences mâles ( Cousso d’Ane] et d’inflorescences femelles ( Cousso rouge) , I parfois entières, «en paquets fusiformes, entourées d’une petite liane et du poids de 100 à 150 grammes; alors ces sommités ont une * teinte jaune rosé» (Dorvault); plus souvent brisées et composées alors de fleurs et de débris plus ou moins grossiers de l’axe floral, qui est velu et un peu aplati.
Le Kousso a une odeur aromatique particulière, peu prononcée , mais qui se développe au contact de l’eau chaude , une saveur astringente, d’abord un peu mucilagineuse et rappelant de loin celle $ de la Guimauve, enfin âcre et amère. Il paraît devoir ses propriétés à la Koussine ou Kwoséine , résine pulvérulente , cristalline, blanche, âcre et amère, que l’on administre à la dose de 5 décigr. à 1-2 grammes.
Le Kousso a été signalé d’abord par le docteur Braver, en 1822, et introduit en France par M. Rochet, d’Héricourt. Vingt ans plus tard , M. Aubert-Roche rappela l’attention sur cette substance , dont il remit un échantillon à l’Académie de médecine; enfin, son histoire et ses propriétés furent surtout mises en lumière par M. W. Schimper. C’est un ténifuge assuré , dont on prend la poudre en infusion, à la dose de 16 à 20 grammes dans 250 grammes d’eau; on avale le tout , poudre et liquide. L’effet se produit environ 1 à 2 heures après l’ingestion, et généralement le Ténia est rendu à la 3e ou à la 4e selle. On peut aider l’action du Kousso avec de l’huile de Ricin, si le Ver n’est pas expulsé après 3 ou 4 heures.
On dit assez généralement que l’Abyssinie étant la terre classique des Ténias, la nature y fait croître les ténifuges les plus actifs, comme pour mettre le remède à côté du mal. Il existe en France des ténifuges aussi puissants , en tête desquels nous citerons l’huile éthérée de Fougère mâle (voy. t. I , p. 509), dont l’effet est assuré, lorsque la préparation en a été faite avec soin , et avec les seules parties vertes du rhizome ou des frondes. Nous avons indiqué d’ailleurs (t. I, p. 272) les causes probables de la fréquence du Ténia en Abyssinie,
ROSACÉES
Fig. 643. — Fosa arvensis.
ROSÉES (fig. 643-644).
Tige ligneuse, généralement aiguillonnée; feuilles imparipennées à préfoliation conduplicative et à stipules adnées au pétiole ; fleurs hermaphrodites, terminales, en cyme corvmbiforme, pauci-multiflore, parfois solitaires , blanches , rouges ou jaunes; calice foliacé ; corolle à préfloraison quinconciale; étamines nombreuses; carpelles uniovulés , libres , insérés sur le fond ou sur la paroi de la cupule réceptacuiaire (fig. 644), qui est généralement ovoïde, turbinée, rarement cyathiforme; styles latéraux; akènes à graine pendante, couverts de poils raides et inclus dans la cupule réceptaculaire , qui devient charnue à la maturité.
Rosier sauvage ou Églantier ( Rosa canina L.). Aiguillons vigoureux , forts, courbés en faux; feuilles glabres ou pubescentes en dessous , mais ni glanduloso-rubigineuses ni grisâtre - tomenteuses, à dents généralement simples ; segments calicinaux pinnatifides ; urcéoles mûrs rouge écarlate, mous; carpelles placés sur un podocarpe les égalant en longueur (Kirschleger).
La cupule réceptaculaire est d’ordinaire considérée comme un fruit, qui, à l’époque de la maturité, prend le nom de Cynor r ho cl on.
Les Cynorrhodons sont formés d’un parenchyme jaune , ferme , acidulé et astringent. Ils forment la base de la Conserve de Cynorrhodons; on y a trouvé des acides citrique et malique, du tannin, du sucre etc. C’est principalement sur le IL canina que se montrent les Bédéguars (vov. t. I, p. 459).
(*) A) Entier. - B) Coupé longitudinalement, pour montrer les akènes (/>•) libres et inclus dans le réceptacle , qui s’est presque complètement refermé sur eux.
Fig. 644. — Fruit du lïosa alba (*).
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
Rose de Provins ou Rose rouge ( R . gallicah.). Tronc florifère haut de 1-3 mètres, verdâtre , ainsi que les feuilles; drageons souterrains longuement traçants; aiguillons droits, entremêlés d’aiguilles et de glandes; feuillage plus ou moins raide , plus ou moins glanduleux sur les pétioles et sur les bords ; corolle d’un pourpre vif et foncé , presque toujours semi-double ou double ; carpelles sessiles au fond de l’urcéole ; styles libres assez longuement émergés ; urcéole mûr cramoisi , à segments calicinaux caducs à la maturité (Kirschleger).
Les Pétales, d’abord presque inodores, acquièrent par la dessiccation une odeur très-agréable. On les récolte d’ordinaire avant leur épanouissement , et on les fait sécher à l’étuve , puis on les crible pour en séparer les étamines et les œufs d’insectes. Il convient de les renfermer encore chauds dans un vase bien sec.
Les Roses de Provins doivent être d’un rouge foncé et velouté , d’odeur agréable et de saveur astringente ; elles forment la base du sirop , du mellite ( miel rosat) et de la conserve de roses; leur principe actif est le tannin.
Rose à cent feuilles {R. cent i folia L.). Cette plante, originaire du Caucase, se distingue par ses feuilles beaucoup moins raides que celles de l’espèce précédente ; par ses fleurs roses , doubles ou très-pleines , et d’une odeur suave ; par ses pédoncules penchés , ses urcéoles ovoïdes , viscoso-glanduleux , hispidulés.
Elle sert à la préparation de Veau de roses.
On lui préfère généralement la Rose de tous les mois ou des quatre saisons, qui est une variété de la Rose de Damas ( R •
damascena Mill.).
Les pétales de ces deux espèces sont connus sous le nom de Roses pales; ils entrent dans la composition du Sirop de Cuisinier ou Sirop de salsepareille composé. Ces pétales sont réputés laxatifs.
Essence de Roses. Cette huile volatile est extraite , en Perse , dans l’Inde, en Roumélie et dans l’Etat de Tunis , des Rosa centifolia , R. damascena , R. moschata Gesn. Elle est jaune, épaisse , et se prend par le froid en une masse butyreuse , composée de feuillets transparents, incolores et brillants; cette masse ne redevient liquide qu’à 28° ou 30°. A l’état divisé , son odeur est fort agréable ; mais aspirée en masse, elle cause des maux de tête. Sa densité est de 0,87 (Gerhardt).
L’essence de roses contient un élæoptène et un stéaroptène cristallin, inodore , fusible à 35% soluble dans l’éther, le chloroforme, l’huile d’olives , soluble à chaud dans l’alcool, et renfermé en proportions très-variables dans les diverses essences, suivant les provenances. Ainsi les essences de roses du sud de l’Angleterre et du
ROSACÉES
nord de la France contiennent 50 à 68 % de stéaroptène fusible entre 29° et 32° ; celles du sud de la France, 35 à 42 % de stéaroptène fusible de 21° à 23°; les essences turques, 6 à 7 % de stéaroptène fusible entre 16° et 18° (Hanbury, cité par Dorvault).
L’essence de roses est falsifiée avec l’essence de bois de Santal , avec celle du bois de Rhodes, et surtout avec celle des Pelargomium odoratissimum Willd., capitatum Ait. et roseum Willd.
Selon Guibourt , l’acide sulfurique concentré n’altère pas la suavité de l’essence de roses , et développe , avec l’essence de Pélargonium, une odeur forte, désagréable, capable de déceler la présence de faibles quantités ; les vapeurs d’iode brunissent l’essence de Pélargonium et non l’essence de roses ; les vapeurs nitreuses colorent l’essence de roses en jaune foncé , et l’essence de Pélargonium en vert-pomme.
Les essences de Santal,, de bois de Rhodes et cYAndropogon rendent l’essence de roses très-fluide.
La présence des huiles fixes et du blanc de Baleine rend l’essence saponifiable par les alcalis ; etc.
L’Eau distillée de roses est un léger astringent, que l’on emploie . comme excipient dans la préparation des collyres.
POMACÉES (flg. 645-646).
0 Plantes arborescentes ou frutescentes; feuilles simpleê, entières ou pinnatifides ou pennées ; stipules libres , caduques ; fleurs hermaphrodites terminales , en cyme, ou en corymbe, en ombelle, en
Fig. 646. — Coupe transversale de V ovaire du Poirier , à 5 loges séparées par des cloisons vraies et à placentation axile.
grappe; calice 5-lobé; 5 pétales; étamines nombreuses ; 5 carpelles (parfois 3-2-1) inclus dans la capsule réceptaculaire et soudés avec elle; styles libres ou soudés par la base; fruit couronné par le calice ou par sa cicatrice, et formé par les carpelles et par la cu-
Fig. 645. — Coupe longitudinale de la fleur du Pirus communis , à ovaire infère et à étamines épigynes.
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
pule réceptaculaire qui est devenue succulente : il renferme 5 loges ou moins, contenant chacune 1-2 ou plusieurs graines ascendantes; péricarpe osseux, indéhiscent, percé d’un trou à la base, ou bien cartilagineux ou membraneux et à déhiscence ventrale.
Poiriers ( Pirus L.). Arbres de moyenne taille, à feuilles simples, entières; fleurs blanches, en corymbes (fig. 647) terminaux ou latéraux; étamines divergentes ; styles libres; fruits turbinés (Poire) ,
ombiliqués au sommet, àchair ferme et astringente , rendue, par la culture, savoureuse, douce et su crée , et plus ou moins fondante.
Pommiers (Malus DG.). Arbres à fleurs en ombelle ; pétales blancs
teintés de rose ou de pourpre ; étamines dressées ; styles soudés à la base ; fruit ( Pomme ) globuleux , généralement déprimé , ombiliqué à la base, et dont la chair ferme , cassante, âpre et amère, devient acide et sucrée, par la culture. On les divise en deux catégories, que l’on croit fournies : l’une par le M. acerba Mérat, dont les fruits produisent le Cidre ; l’autre par le M. mitis Wallr., qui formerait la souche des Pommiers doux ou Pommiers à couteau , dont les fruits sont comestibles.
MM. de Koninck et Stas ont retiré de l’écorce fraîche de la racine du Pommier, du Poirier, du Prunier et du Cerisier, un principe qu’on a nommé Phloridzine (C42 H24 O'20 -f-2 H2 O2.)
La Phloridzine est en aiguilles soyeuses , incolores ; elle est amère, avec un arrière-goût sucré, à peine soluble dans l’eau froide, très-soluble dans l’eau bouillante et dans l’alcool. Les acides sulfurique et chlorhydrique étendus la dédoublent en Phlorétine et en glucose.
Eig. 647. — Piras commuais.
M. de Koninck l’a préconisée comme antipériodique. M. Van Mons et le prince L. L. Bonaparte lui ont reconnu la meme propriété ; enfin M. Bouchardat la place à côté de la salicine.
Outre les caractères ci-dessus , la phloridzine offre les propriétés suivantes : sa solution ne trouble pas celle des sels de baryte ; les
ROSACÉES. 415
persels de fer instillés dans cette dissolution y déterminent un précipité olive.
On l’emploie souvent pour falsifier le sulfate de quinine : la dissolution quinique étant additionnée de quelques gouttes d’acide azotique , reste incolore , si elle est pure , et se colore en jaune , puis en vert et enfin en brun foncé , quand elle renferme de la pliloridzine.
Cognassier ( Cy donia Tourn.). Ce genre, établi pour le Cognassier ordinaire (C. vulgaris Pers., Pirus Cydonia L.). diffère du g. Pirus , par les loges polyspermes , par les graines à spermoderme très-muqueux, par la fleur solitaire à l’extrémité des rameaux , par les segments calicinaux herbacés , réfléchis pendant la floraison et par le fruit couvert d’un duvet cotonneux (Kirschleger).
Le fruit du Cognassier (Coing) sert à préparer un sirop et une gelée fort usités comme un léger astringent.
Les Semences ou Pépins de coings servent à faire un mucilage, que l’on mêle souvent aux collyres , et qui forme la base de la ban doline des coiffeurs. On leur substitue d’ailleurs souvent les semences de Psyllium.
La famille des Pomacées renferme encore quelques espèces pouvant être utilisées ; telles sont : le Cormier ou Sorbier domestique ( Sorbus domestica L.), dont le fruit, d’abord acerbe, devient, par le blettissement, pulpeux, sucré et comestible ; il en est de même du Néflier ( Mespilus germanica L.); le Sorbier des Oiseleurs ( Sorbus aucuparia L.) , dont le fruit pulpeux contient de l’acide malique , et peut donner, par fermentation et distillation , une liqueur spiritueuse ; l'Aigrettier ou Alisier tranchant (S. torminalis G. Bauh.), à fruit acerbe, puis acidulé , et dont l’écorce est réputée astringente ; l’Azérolier ( Mespilus Azarolus L.), dont le fruit sucré acidulé est comestible et sert à faire des confitures estimées , etc.
Les Calycanthées et les Chrysobalanées ne fournissent , à notre connaissance, aucun produit utile.
GRANATÉES.
Cette famille est composée du seul genre Punica Tourn. et d’une seule espèce , le Grenadier (P. Granatum L.) : Arbrisseau de 2-4 mètres de hauteur, très-rameux , et à rameaux parfois épineux à leur extrémité; feuilles opposées, simples, entières, glabres, elliptiques-allongées , sans stipules ; fleurs hermaphrodites , presque sessiles , grandes , ordinairement solitaires à l’extrémité des rameaux ; calice charnu , rouge , 5-lobé , à préfloraison valvaire ; 5-7 pétales chiffonnés, à préfïoraison imbriquée; étamines très-
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nombreuses, incluses, â filets filiformes, libres et à anthères introrses, biloculaires , dorsifixes ; ovaire soucié à la capsule réceptaculaire, divisé en deux étages superposés : l’inférieur 3-loculaire, à placentation centrale ; le supérieur 5-7-loculaire , à placentation pariétale; ovules nombreux, anatropes; style simple, filiforme; stigmate capitulé; capsule globuleuse (Grenade), pomiforme, grosse comme le poing, couronnée par le calice, et à loges séparées par des cloisons membraneuses; graines nombreuses, irrégulièrement polyédriques, à tégument rempli d’une pulpe transparente, sucrée acidulé.
Toutes les parties du Grenadier renferment de l’acide gallique. Les fleurs sèches , nommées Balaustes , et l’écorce du fruit (Malicorium) étaient jadis employées comme un astringent énergique.
L’Ecorce de la racine de grenadier, jadis employée comme anthelminthique, était depuis longtemps oubliée, lorsque Buchanan, en 1807, et plus tard M. Mérat, en 1822, la remirent en honneur. Cette écorce est gris jaunâtre ou gris cendré au dehors , jaune au dedans, cassante, non fibreuse, inodore, de saveur astringente, styptique, non amère ; mouillée avec de l’eau ou de la salive ,' elle laisse sur le papier une trace jaune, que le sulfate de fer bleuit.
On la falsifie avec les écorces de Buis , d’Épine-vinette , de Mûrier noir, et surtout avec celle du tronc du Grenadier.
L’écorce de Buis est blanchâtre , amère , non astringente , ne colore pas la salive en brun, et son infusé n’est pas précipité par les persels de fer.
L écorce d’Épine-vinette est très-mince, grise au dehors , jaune très-foncé au dedans, fibreuse, amère, colore la salive en jaune clair; son infusé n est pas précipité par la gélatine , ni par le sulfate de fer.
L’écorce de Mûrier est jaune fauve, avec un reflet rougeâtre, tenace , fibreuse , d’odeur nauséabonde , de saveur d’abord sucrée , puis fade et mucilagineuse. Son macéré est rougeâtre, rougit le tournesol , précipite en jaunâtre par le bichlorure de mercure, se décolore et donne un dépôt grisâtre avec l’acétate de plomb, se trouble par l’iodure de potassium (Rigaut-Verbert, cité par Dorvault).
Selon Guibourt, le macéré de l’écorce de racine de Grenadier est brun foncé ; il donne un précipité très abondant , avec la gélatine ; un précipité jaune très-abondant et cohérent, par l’acétate de plomb (la liqueur se décolore) ; une couleur noire intense , avec le sulfate de fer.
L’écorce du tronc des Grenadiers présente , à sa face externe , des Lichens visibles surtout à la loupe , tandis que l’écorce de la racine en est dépourvue.
Examinée sur une section transversale, l’écorce de racine de Grenadier présente la constitution suivante (fig. 048) : au-dessous d’un
ROSACEES.
sStÇ
mince périderme (p) à cellules épaissies et irrégulières, se montre une couche (pc) parenchymateuse d’épaisseur variable , formée de cellules polyédriques , et à minces parois ; les plus internes de ces cellules (cf) contiennent de la fécule; les autres paraissent vides. La zone libérienne est très-développée , proportionnellement à la couche parenchymateuse ; elle sé compose de cellules de deux sortes : les unes polyédriques arrondies fcc), contenant chacune une masse cristalline d’oxalate de chaux; les autres allongées, surtout quand on les observe sur une coupe radiale ou tangentielle , et contenant de la fécule (cf). Ces deux sortes de cellules sont disposées en assises alternantes, d’épaisseur variable. O. Berg représente ces assises formées d’une série simple de cellules ; pour nous , elles nous ont paru composées, parfois d’une seule série de cellules, plus souvent de 2-3 séries ; généralement d’ailleurs les assises de cellules à fécule / nous ont paru plus épaisses que les assises de cellules à cristaux.
Tout ce tissu est parcouru par des rayons médullaires (r), et présente de loin en loin quelques fibres isolées , très-épaisses , à lumen étroit et radié.
L’écorce de racine de Grenadier renferme du tannin, de l’acide gallique, de la mannite ( Grenadine , de Latour de Trie) , une substance âcre que G. Righini a nommée Punicine , etc. On l’administre en décoction (60 grammes d’écorce , dans 750 grammes d’eau , réduite à 500 grammes), à prendre en 3 doses, à une heure d’intervalle.
L’écorce fraîche agit mieux que l’écorce sèche ; toutefois, comme les Grenadiers du Nord sont naturellement moins actifs que ceux du Midi, parce qu’ils ne peuvent être cultivés en pleine terre, il faut préférer l’écorce sèche apportée du Midi , en ayant le soin de la faire macérer pendant 12 heures avant la décoction (Grisolle)* Pour obvier à cet inconvénient, on fait venir du Midi la racine fraîche, que l’on conserve dans du sable, et dont on sépare l’écorce au moment de s’en servir.
, (*) P) Périderme. — pc) Parenchyme cortical. — cf) Cellules à fécule. — ce) Cellules * cristaux. — r) Rayons médullaires, — fl) Fibres du bois. — Nota. Cette figure n’a pas «te bien rendue à la gravure.
Fig. 648. — Coupe transversale de V écorce de la racine de Grenadier (*).
POLYPÉTALES PÉRIGYNES AXOSPERMÉES.
Lorsqu’elle est convenablement administrée, l’écorce de racine de Grenadier est un ténifuge assuré. Elle détermine quelques coliques , et ne peut d’ailleurs être supportée par tous les malades, chez lesquels elle provoque des vomissements , dès la première ou la deuxième dose ; si le malade peut surmonter la répugnance alors causée par le remède , il convient d’administrer la troisième dose , qui est généralement conservée.
IVIYRTACÉES. (Voyez fig. 619, 650, 651 , 652, 653).
Plantes rarement herbacées , plus souvent arborescentes ou sousfrutescentes; feuilles opposées, parfois verticillées , rarement alternes , simples, entières, rarement denticulées, cylindriques ou planes, rétrécies en pétioles à leur base , ordinairement coriaces , souvent ponctuées, 3-penninerviées et à nervures souvent marginales; stipules nulles ou rarement géminées, minimes et caduques; fleurs hermaphrodites , généralement régulières , nues ou involucrées , souvent pourvues de deux bractéoles, blanches, ou roses, ou purpurines, ou jaunes, jamais bleues, tantôt axillaires et solitaires, tantôt en épi , en cvme , en corymbe, en panicule, ou même en tête; calice 4-5-multifide ou partit, persistant ou caduc, et à préfloraison valvaire, parfois entier et operculiforme (fig. 649} ; pétales
à préfloraison imbriquée ou convolutive, insérés sur un disque , qui borde la gorge du calice et forme ordinairement une lame ou un coussin audessus de l’ovaire ; rarement pétales nuis ; étamines nombreuses, généralement indéfinies, libres ou monadelphes ou polyadelphes et à androphores oppositipétales ; anthères petites, introrses, 2-loculaires ; ovaire infère ou semi-infère, 1-loculaire ou 2-pluriloculaire ; ovules anatropes, rarement solitaires ; style généralement terminal , simple , nu ou barbu ; stigmate entier ; fruit d’ordinaire couronné par le calice, 1-loculaire et 1 -sperme par avortement, sec, indéhiscent, ou 2-pluriloculaire , soit capsulaire et déhiscent, soit baccien et indéhiscent; graines droites, angu-
(*) A) Bouton non épanoui : a) cercle par lequel s’effectuera la déhiscence du calice ; s) cupule réceptaculaire ; s ’) Opercule. — B) Opercule calicinal détaché. — C) Fleur épanouie : s) cupule réceptaculaire ; e) étamines.
Fig. 649.
Eucalyptus macrocarpa (*).