DES QUINQUINAS. — QUINQUINAS VRAIS
On désigne , sous le nom de Quinquinas , un grand nombre d’é ■ corces douées de propriétés fébrifuges plus ou moins bien constatées , et qui sont fournies , les unes par les arbres du genre Cinchona (Quinquinas vrais) , les autres par des arbres appartenant à d’autres genres, soit de la tribu des Cinchonées, soit de la tribu des Hédyotées (faux Quinquinas).
Si l’on en croit la tradition, les propriétés fébrifuges du Quinquina furent mises en lumière en 1638 par la comtesse del Cinchon, vice-reine du Pérou. La comtesse del Cinchon fut guérie d’une fièvre intermittente rebelle, par la poudre de cette précieuse écorce, que lui administra un corrégidor venu tout exprès de la province de Loxa.
Selon Humboldt, ce sont les Jésuites qui, après avoir goûté l’écorce d’arbres qu’ils faisaient abattre, auraient employé cette écorce, par analogie avec d’autres amers , dans le traitement des fièvres intermittentes. Ruiz et Pavon, et surtout Joseph de Jussieu,
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placent chez les Indiens du village de Malacatos, près de Loxa, le berceau de la science de ce remède. La Condamine a émis une opinion de même ordre. Quoi qu’il en soit, le Quinquina fut d’abord connu sous les noms de Poudre de la comtesse et de Poudre des Jésuites. Son origine resta longtemps mystérieuse , et Louis XIV dut en acheter le secret, en 1679, d’un Anglais nommé Talbot.
La Condamine découvrit le premier Cinchona. Après lui Joseph de Jussieu, Dombey, Ruiz et Pavon, Tafalla et Manzanilla, Mutis, Humbold et Bonpland, Weddell, Delondre, Karsten etc. firent connaître successivement les diverses espèces ou variétés de Cinchona } et portèrent, autant que faire se pouvait, la lumière sur la question si compliquée de l’identification des espèces botaniques et des écorces commerciales.
Voici, d’après M. G. Planchon ( Thèse sur les Quinquinas , p. 24 et suiv.), qu’elle est la distribution géographique des Quinquinas :
«Si l’on jette les yeux sur une carte des régions tropicales de l’Amérique , on s’aperçoit tout d’abord que la Cordillère des Andes y forme deux chaînes qui , au Sud, sont presque parallèles : l’une est la Cordillère maritime ou Cordiliera de la costa; l’autre plus élevée est la Cordillère orientale ou seconde Cordillère. Après s’être rapprochés dans la république de l’Équateur, les deux cordons s’éloignent en divergeant dans la Nouvelle-Grenade et laissent place entre eux à une troisième chaîne, la Cordillère centrale ; eux-mêmes prennent les noms de Cordillère orientale et Cordillère occidentale , en rapport avec leurs positions relatives.
« C’est sur ces longues chaînes que s’étend la zone des Quinquinas, sous la forme d’une vaste courbe à concavité tournée vers le Brésil, et qui semble servir de point de départ aux nombreux affluents du fleuve des Amazones. L’extrémité méridionale de la zone correspond au 19e degré de latitude australe, la pointe septentrionale au 10e degré de latitude nord. La célèbre localité de Loxa occupe à peu près le milieu de la courbe , en même temps que son point le plus rapproché du littoral.
(( Cette longue bande est quatre fois interrompue à des distances inégales. Le premier tronçon , qui est aussi le plus considérable, occupe le revers oriental de la seconde Cordillère sur une partie de la Bolivie et toute la longueur du Pérou. Elle renferme les localités à quinquinas Calisaya , celles qui fournissent les écorces dites de Cuzco , enfin les forêts de Huanuco , où se récoltent les quinquinas gris de Lima.
« La seconde portion s’appuie d’abord sur la chaîne maritime, pour regagner bientôt les flancs orientaux de la seconde Cordillère : elle
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appartient presque tout entière à la République de l’Équateur, et fournit particulièrement les écorces de Loxa.
« Les deux dernières bandes dépassent de très-peu les limites de la Nouvelle-Grenade : l’une d’elles occupe les deux versants de la Cordillère centrale : Popayan et Pitayo en sont les localités bien connues. L’autre s’étend au nord de Santa-Fé, le long de la vallée du Cauca, sur la pente ouest delà Cordillère orientale, coupe cette dernière chaîne à la hauteur de Pamplona, sous le 7e degré de latitude, pour se perdre peu à peu dans la direction de Caracas , dans la Venezuela.
«La zone des quinquinas n’est pas moins bien limitée dans le sens vertical qu’en longueur et en largeur. Les espèces de ce genre ne peuvent vivre à toutes les altitudes. Ni les chaleurs tropicales de la plaine, ni le froid excessif des régions supérieures ne sauraient leur convenir ; c’est à une élévation générale de 1600 à 2400 mètres qu’elles se plaisent d’ordinaire. Le niveau varie naturellement suivant l’éloignement de l’équateur, et aussi suivant les espèces. Aux extrémités de la zone , certains quinquinas peuvent descendre à 1200 mètres, tandis que M. de Humboldt en a vu s’élever jusqu’à 2980, et Caldas jusqu’à 3270 mètres. L’aspect des Cinchonas paraît varier suivant les hauteurs. Supérieurement, ils s’étendent audessus des forêts jusqu’à la région des Gentianes, et y prennent la forme d’arbustes et d’arbrisseaux; dans la partie moyenne, ils sont associés à la végétation luxuriante des forêts tropicales, et atteignent la taille des arbres les plus élevés. Ils disparaissent au contact des premières plantes de la région basse.»
Le peu d’étendue que nous pouvons consacrer , dans un livre élémentaire , aux questions même les plus importantes, ne nous permet pas d’entrer dans de plus longs détails, relativement à ces généralités.
Après avoir exposé les caraôtères du genre Cinchona , nous étudierons les principales écorces fournies par les plantes de ce genre , renvoyant, pour toutes les autres, aux ouvrages spéciaux écrits sur cette matière par des auteurs plus compétents.
Le genre Cinchona , tel que l’avait établi Linné , comprenait dans ses limites trop étendues beaucoup de plantes que les botanistes en ont depuis séparées.
De Candolle , l’un des premiers, en fixa la formule et donna à ce groupe les caractères suivants: Rubiacéesà deux loges polyspermes et à graines ailées, ayant : 1° les étamines incluses; 2° les carpelles s’ouvrant de bas en haut , par dédoublement de la cloison ; 3° les graines dressées et imbriquées ; le calice persistant et à limbe denté jusqu’au tiers ou à la moitié seulement de sa longueur. Toute-
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fois il admit dans les Cinchona s’ouvre du haut en bas. Endlicher divisa les Cinchona^ en deux sous -genres : Quinquina (fig. 714) : capsule s’ouvrant de la base au sommet; Cascarilla (fig. 715) : capsule s’ouvrant du sommet à la base. Klotzsch fit de la section • Cascarilla son genre Ladenbergia . Enfin M.
Weddell, adoptant, avec quelques restrictions , la section générique de Klotzsch, en fit son genre Cascarilla .
Nous empruntons à M. G.
Planchon ( loco cit . , p. 21-22), les caractères du genre Cinchona , tel qu’il est adopté aujourd’hui.
Cinchona (Weddell).
« Le genre Cinchona comprend des arbres d’une taille élevée ou de simples arbrisseaux. Leurs feuilles sont tou-
quelques espèces dont la capsule
Fig. 714. --- Cinchona indéterminé, que Gui bourt rapporte au C. Calisaya (*).
Fig. 715. — Cascarilla macrocarpa /Wedd. /d’après Guibourt.
(*) Nous donnons ici cette figure, uniquement à cause de la déhiscence de la capsule de la plante qu’elle représente ; on pourra ainsi se rappeler plus aisément le mode de déhiscence des vraies Cinchona,
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jours entières, mais très-variables dans leurs dimensions, leur forme et leur pubescence. Elles ont entre elles des stipules bien marquées, généralement libres et se détachant de bonne heure des rameaux. Les fleurs sont disposées en cymes parfois corymbiformes , mais qui prennent le plus souvent l’aspect de panicules. Elles sont blanches, roses ou pourprées et d’une odeur agréable. Elles présentent, de l’extérieur à l’intérieur : un calice turbiné, soudé avec l’ovaire, à limbe 5denté ; une corolle hypocratériforme, à tube cylindrique ou anguleux, à lobes lancéolés, garnis sur leurs bords de poils laineux blanchâtres; 5 étamines incluses ou presque exsertes, à anthères linéaires plus ou moins longues que le fdet; un ovaire infère, à deux loges, contenant de nombreux ovules anatropes , attachés à des placentas linéaires, axiles; un style simple et un stigmate bifide. Le fruit est une capsule ovoïde, oblongue ou linéaire-lancéolée , couronnée par le limbe du calice et s’ouvrant de bas en haut en deux valves, pour laisser échapper des graines nombreuses , bordées d’une aile irrégulièrement denticulée.
« Les organes reproducteurs d’une meme espèce de Cinchona présentent , dans leur longueur relative , des variations sur lesquelles M. Weddell a attiré l’attention, et qu’il est, en effet, trèsimportant de noter. Tantôt les stigmates apparaissent à la gorge de la corolle, et alors les étamines sont très-courtes et cachées profondément dans le tube. Tantôt ce sont, au contraire , les étamines qui montrent au dehors l’extrémité supérieure de leurs anthères, tandis que les stigmates, portés par un style extrêmement réduit, atteignent à peine la moitié de la hauteur de la corolle.»
Les Cinchona forment un groupe très-naturel, dont les diverses formes passent souvent de l’une à l’autre par des transitions insensibles. Aussi leur spécification est-elle difficile à établir et faut-il ne pas s’étonner si les auteurs compétents sont loin de s’accorder à cet égard.
Les Quinquinas vrais se trouvent, dans le commerce , sous forme de tubes plus ou moins enroulés , ou de plaques soit encore pourvues de leur périderme , soit privées du périderme et formées a peu près exclusivement par la couche libérienne. Leur surface est rarement lisse; en général, elle présente des rides, des sillons ou des crevasses à direction longitudinale ou transversale ; sa couleur peut être blanche , grise , brune , jaune , orangée , rouge plus ou moins foncé etc. Leur structure est variable. M. Weddell la décrit de la manière suivante , en prenant pour exemple l’écorce d’un jeune rameau de Cinchona ovata 1 , non encore modifié par les progrès de la végétation :
1 Selon M. Planclion, ce Cinchona fournit le Quinq. Cardbaya plat sans épiderme et roulé avec épiderme , de Delondre et Boucliardat , le Quinq. de Lima y ris ligneux, de Guibourt.
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«1° Tout à fait en dehors , un rang de cellules brunâtres , souvent détruites en partie, ou confondues avec des frondes de Lichens : c’est l’épiderme.
« 2° Plusieurs rangées de cellules oblongues comprimées de dehors en dedans, d’un brun foncé, à parois épaissies, et ne devenant point transparentes dans l’alcool. Cette couche n’est qu’une modification du suber ... ; mais comme elle ne se remarque avec ces caractères que dans certaines espèce de Cinchona , je la distinguerai par le nom de cercle résineux , désignation sous laquelle elle est connue depuis longtemps par les commerçants de Quinquina. Elle forme , en effet , un trait caractéristique de quelques jeunes écorces , où sa fracture a une apparence qui justifie parfaitement la désignation qu’on lui adonnée. Quand le cercle résineux manque... , il est remplacé par une couche de vrai liège , bien reconnaissable à la forme et à la nature de ses cellules.
« 3° Immédiatement au dedans du cercle résineux ou delà tunique subéreuse , se trouve la tunique ou enveloppe cellulaire , enveloppe herbacée de quelques auteurs ( Mesophlœum Link). C’est la partie que l’on voit la plus développée dans les jeunes écorces, où elle a une couleur verte très-marquée vers sa périphérie. Les cellules qui la composent sont assez régulières ; elles sont , en général , plus ou moins comprimées de dehors en dedans , et se remplissent à la longue de matières résineuses, qui se dissolvent promptement dans l’alcool, en laissant la trame du tissu à nu; mais la surface de sa fracture n’est pas résinoïde, comme dans la tunique précédente. La tùnique cellulaire est séparée de la tunique suivante par une ou deux séries de lacunes analogues aux vaisseaux laticifères* .
« 4° La tunique interne, enfin, ou liber , très-peu développée dans une écorce de première année , ne présente que quelques rares fibres ligneuses éparses dans un bain de tissu cellulaire , dont l’organisation est encore imparfaite , mais dont les cellules deviennent enfin régulièrement pentagonales , et se gorgent promptement de matières résineuses. »
Depuis que M. Weddell a appelé l’attention sur la structure anatomique des Quinquinas , et indiqué quelles relations existent entre cette structure et la composition chimique de ces écorces , nous ne sachions pas que personne , en France , l’ait suivi dans cette voie fertile en enseignements précis. Quoi qu’on en puisse dire , c’est à l’histologie qu’il faut s’adresser pour acquérir quelque certitude
i Le liquide gommo-résineux qui flue de ces conduits ouverts sur une écorce fraîche, a semblé être plutôt astringent qu’amer. Dans le genre Cascarilla, ces conduits sont beaucoup plus développés que chez les Cinchonas , et ils se retrouvent fréquemment dans les écorces âgées, ce qui n’a pas lieu ici.
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dans le choix des substances médicinales constituées par une portion isolée d’un végétal (racine , tige , écorce etc.).
Nous eussions désiré faire ici une étude histolog que comparative des écorces commerciales de Quinquina, comme nous l’avons fait pour les racines de Salsepareille. Le grand nombre de ces écorces , le peu de place que nous pouvons leur consacrer ici nous forcent à parler seulement de quelques-unes d’entre elles. Toutefois l’examen des figures que nous en donnerons suffira , nous en avons l’espoir, à montrer quelles différences elles présentent. Depuis longtemps d’ailleurs , et en dehors du dosage des alcaloïdes, les commerçants se servent de l’aspect de la fracture des écorces , pour arriver à leur détermination plus facile.
L’expérience a démontré , en effet , que plus la fracture transversale d’un Quinquina s’approche de la forme subéreuse , plus on peut présumer qu’il renferme de la cinchonine; que plus, au contraire, elle s’approche de la forme couriement fibreuse , plus on devra être porté à croire qu’il renferme de la quinine.
En se basant sur ses observations, M. Weddell avait conclu que la quinine se trouve principalement dans le liber, «ou, pour parler plus exactement, dans le tissu cellulaire interposé aux fibres du liber, et que la cinchonine occupe plus particulièrement celui qui constitue la tunique ou enveloppe cellulaire proprement dite. »
M. Cari Müller a cherché à déterminer le siège des alcaloïdes dans ces écorces et il est arrivé à un résultat assez satisfaisant. Voici un résumé de son mémoire que nous empruntons à Revue bibliographique de la Soc. bot. de France (t. XIV, 1867, A, p. 27) .
« M. Wigand avait conclu de ses observations que les alcaloïdes de l’écorce de Cinchona se trouvent dans les parois des cellules libériennes, parce que ces organes ont la propriété de fixer d’une manière remarquable la matière colorante de la solution de cochenille. Mais M. Müller a remarqué que la paroi des cellules parenchymateuses possède la même propriété à un plus haut degré. Pour décider entre les deux sortes d’organes , il a résolu de les isoler afin d’opérer séparément sur chacune d’elles. Pour cela il a d’abord divisé en tranches minces et verticales l’écorce à étudier et placé ces tranches dans une bouteille, avec des lames spirales de fil de fer et du grès; en secouant le tout, il arrivait à réduire le parenchyme en petits fragments et à en séparer les fibres libériennes , sans cependant briser celles-ci. Ensuite il introduisit le sable et les fragments ainsi obtenus, dans un appareil composé d’une cornue à deux tubulures , d’une allonge et d’un récipient à deux tubulures rempli d’eau. L’une des deux tubulures de la cornue communiquait avec le soufflet d’une lampe d’émailleur. La cornue reçut le sable chargé
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des fragments de tissii végétal. La soufflerie une fois établie, les fragments de parenchyme et les fibres libériennes , de poids différents, furent entraînés par le courant dans différentes parties de l’appareil, et, en réitérant plusieurs fois l’opération, l’expérimentateur parvint à les séparer. Il arriva ainsi à reconnaître (opérant sur de f’écorce de Cinchona Calisaya) que le parenchyme renferme 9,876 % de quinine hydratée amorphe (G40 H24 Az2 O2 + 6HO), tandis que le liber n’en contient que 2,462 °/0. »
Les vrais Quinquinas contiennent de Y acide Quinique et Quinotannique, de la Quinine , de la Quinidine , de la Cinchonine , de la Cinchonidine ou Cusco cinchonine etc. et fournissent, d’après Grahe , lorsqu’ils sont grossièrement pulvérisés et chauffés dans un tube à réaction , une vapeur pourpre violacé , qui se condense en une matière liquide, de couleur pourpre très-foncé. Voici quelles sont la composition et les propriétés de ces divers principes.
Principes immédiats les plus importants.
On rencontre, dans les Quinquinas, des acides tels que Y Acide Quinotannique , l’analogue du tannin du cachou , précipitant en vert comme lui les sels ferriques ; le Rouge Cinchonique , produit évident d’oxydation de l’acide quinotannique; enfin Y Acide Quinique , auquel nous consacrerons quelques lignes.
Le docteur Gomès , de Lisbonne, le premier, Pfaff un peu plus tard , obtinrent un produit impur, le Cinchonin , dont Pelletier et Gaventou, en 1820, reconnurent la nature basique et qu’ils décrivirent sous le nom de Cinchonine ; ces chimistes parvinrent à isoler, à la même époque, la quinine , l’un des agents thérapeutiques les plus précieux.
Ges deux alcaloïdes sont ordinairement accompagnés d’un troisième, la Quinidine , qui est isomérique avec la quinine.
M. Erdmann a trouvé dans le China de Huanuco plana une nouvelle base, la Huanoquine , qui d’après M. Gossmann, serait isomérique avec la cinchonine.
La Peudo quinine de M. Mengarduque pourrait se placer ici.
D’après M. Gruner, le China nova renfermerait un alcaloïde particulier; ce chimiste pense également avoir isolé du Quina de Carthagène une base cristalline nouvelle.
La Pitoxine , base dépourvue d’amertume, fondant à 120°, et se sublimant ensuite en aiguilles fines , a été trouvée par M. Perett dans le Quina Pitoxa.
M. Mill appelle Blanquinine , une base végétale qu’il extrait de l’écorce du Cinchona ovalifolia.
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Pelletier et Goriol ont retiré d’une écorce venant d’Arica, et vendue comme Quinquina, un nouvel alcali organique, YAricine, dont la formule, adoptée aujourd’hui, G46 H-6 Az2 O8, en fait un isomère de la brucine.
La Cinchovatine retirée des Quinquinas blancs par M. Manzini , serait identique avec l’aricine, d’après M. Winckler.
Le Quina de Para renferme, d’après M.* Winckler, un alcali résineux, la Paricine , qui paraît, selon M. Jacquemin, être à l’aricine ce que la quinoïdine est à la quinine.
Voici les principaux caractères des produits les plus connus :
L’Acide Quinique (G14 H12 O12), cristallise en prismes obliques à base rhombe, incolores, transparents, d’une saveur acide, solubles dans l’eau , surtout à chaud , peu solubles dans l’alcool , moins encore dans l’éther. Il fond à 155°, perd de l’eau en donnant une masse vitreuse, qui brunit à 280° et se décompose ensuite en benzine, acide benzoïque, acide phénique , acide salycileux, goudron et hydroquinon incolore.
L’oxydation de l’acide quinique , par le peroxyde de manganèse et l’acide sulfurique, produit le Qumon(C12H4 O4), qui, en présence des agents fixateurs d’hydrogène , se convertit en Hydroquinon incolore '(G12 H6 O4). Ges deux corps mélangés donnent naissance à 2C12 H3 O4 ou G'24 H10 O8 (Hydroquinon vert) , dont les cristaux possèdent le reflet miroitant des élytres de certains Coléoptères.
Le brome , en agissant sur l’acide quinique , détermine l’élimination d’hydrogène , sous forme d’acide bromhydrique et d’eau, et en même temps la formation de Y Acide Carbohydroquinonique (G14 H8 O10).
La Quinine (C4ü H24 Az2 O4) est amorphe ou cristalline sous trois états différents d’hydratation, inodore, mais fort amère. Elle se dissout dans 400 p. d’eau froide, 250 p. d’eau bouillante, très-aisément dans l’alcool ou dans l’éther, et dévie à gauche la lumière polarisée.
Cet alcaloïde fond à 120° et donne, par refroidissement, une masse diaphane , résinoïde , électrique par frottement. Il suffit de quelques degrés au-dessus de 120°, pour en volatiliser une portion sans décomposition ; l’application brusque de la chaleur en produit la destruction, avec résidu charbonneux et dégagement de composés ammoniacaux et autres.
Le chlore convertit cette base en une substance brune; l’iode s’y combine et forme Ylodoquinine. Lorsqu’on ajoute de l’eau chlorée récente à la solution de la quinine dans un acide, puis quelques gouttes d’ammoniaque, on voit se développer une teinte vert émeraude (Dalléio chine) tout à fait caractéristique , qui, si l’on n’a pas mis
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d’ammoniaque en excès, passe au violet et au rouge par de nouvelles additions de chlore.
Vient-on à projeter dans le mélange de sel de quinine et eau chlorée , exempte d’acide chlorhydrique , du cyanure jaune en poudre fine, l’on voit apparaître une teinte qui, du rose clair, passe au rouge foncé. L’eau de chaux, l’eau de baryte et même les dissolutions de phosphate ou de borate de soude produisent une coloration rouge dans les mêmes conditions.
La quinine, que l’on fait bouillir avec de l’oxyde puce de plomb, en ayant soin d’instiller goutte à goutte de l’acide sulfurique , se transforme en un produit rouge, la Quinétine.
Chauffée avec de la potasse, elle dégage delà Quinoléine. Enfin, les iodures des radicaux alcooliques s’y combinent directement, pour donner naissance à des iodures des nouvelles hases ; Méthylquinine, Ethylquinine etc. Lorsqu’on dissout delà quinine dans un acide, on remarque, à la surface du liquide, un reflet opalin caractéristique. Ces dissolutions salines précipitent par les alcalis ; elles fournissent, avec le tannin et avec l’iodure ioduré de potassium , des réactions complémentaires de moindre importance.
Les sels de quinine employés en thérapeutique sont le Sulfate acide de Quinine (C40 H24 Az2 O4, H2 O2, S2 O6) et le Sulfate commercial ou neutre (2 C40 H24 Az2 O4, H2 O2, S2 O6); enfin le Tannate de Quinine , qui fatigue moins les voies digestives et le système nerveux.
La Quinoïdine , que Sertuerner avait trouvée dans les eaux-mères de la préparation du sulfate de quinine , est un produit de l’altération des alcaloïdes du quinquina , sous l’influence de la lumière. Cette altération se produit pendant la dessiccation des écorces de quinquina au soleil et pendant le travail de fabrication du sulfate de quinine. Le produit commercial est un mélange de résines, de matières colorantes et d’une nouvelle base, la quinidine, dont on peut retirer par l’éther jusqu’à 50 et 60 p. 100.
La Quinidine a été également trouvée par M. Winckler dans le Quina Huamalies, le Quina Macaraïbo et le Quina Bogota. C’est une substance cristallisant en prismes rhomboïdaux obliques , efflorescents, fusibles à 160°, solubles dans 1500 p. d’eau froide, dans 750 p. d’eau chaude, déviant à gauche les plans de polarisation. Isomère de la quinine, ses sels présentent avec ceux-ci la plus grande analogie ; toutefois le sulfate de quinidine n’est pas précipité par l’oxalate d’ammoniaque, tandis que le sulfate de quinine l’est à peu près complètement, ce qui permet aux chimistes de signaler la présence de la quinidine dans le sulfate de quinine du commerce.
La Quinicine , autre isomère, obtenue par M. Pasteur en chauffant, pendant quatre heures à 120°, du sulfate de quinine humide,
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additionné d’acide sulfurique , présente l’aspect résineux , est insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, et, chose remarquable, dévie à droite la lumière polarisée.
La Cinchonine (G40 H24 Az2 O2) cristallise en gros prismes quadrilatères, réfractant fortement la lumière, d’une saveur presque nulle, peu solubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, insolubles dans l’éther : ce dernier caractère donne le moyen d’en constater la présence dans le sulfate de quinine.
Cette base dévie à droite la lumière polarisée, et se volatilise sans décomposition, quand on la soumet à l’action de la chaleur.
Le chlore ou le brome forment, avec elle, la cinchonine bichlorée et la cinchonine bibromée, qui, unies, la première avec l’acide bromhydrique et la seconde avec l’acide chlorhydrique , donnent des corps à la fois isomères et isomorphes et non identiques. C’est le premier exemple d’isoméro-morphisme indiqué par Laurent.
L’iode produit Y Io do cinchonine ; l’acide sulfurique et l’oxyde puce la Cinchonine rouge; la potasse fondue, la Quinolëine ; les iodures alcooliques, des sels de Méthyl ou ftËthylcinchonine.
Les sels de cinchonine précipitent par le cyanure jaune, mais le précipité blanc jaunâtre disparaît à l’ébullition pour donner, par refroidissement , d’abondants cristaux en lames aplaties cunéiformes, d’un jaune d’or éclatant , et par suite fournissent un caractère précieux pour distinguer la cinchonine des autres alcaloïdes végétaux.
La Cinchonidine , isomère de la cinchonine, découverte par M. Winckler dans le quinquina de Maracaïbo , cristallise en prismes rhomboïdaux et dévie à gauche le plan de polarisation. A une température élevée, ses sels se convertissent, d’après M. Pasteur, en sels de Cinchonicine , nouvel isomère déjà obtenu par ce chimiste à l’aide du même agent physique sur le sulfate de cinchonine. Ce nouvel alcaloïde est visqueux, amer, insoluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool, et dévie à gauche la lumière polarisée.
Histoire des Quinquinas .
L’histoire des Quinquinas est encore très-embrouillée. Ces écorces peuvent tellement varier, suivant les conditions d’altitude, de nature du sol, d’âge et d’exposition de la plante qui les fournit, qu’on a souvent donné des noms différents à des écorces provenant d’arbres de même espèce , ou bien encore à celles qui sont tirées des branches et du tronc d’un même arbre. Selon M. Weddell, certaines écorces de Quinquinas gris , qu’on rapportait autrefois à une espèce particulière, sont les écorces des jeunes branches de plusieurs espèces différentes , plus tard rouges ou jaunes.
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On admet depuis longtemps trois groupes de Quinquinas médicinaux : Quinquinas gris, Quinquinas jaunes , Quinquinas rouges. t-es appellations si commodes ont été appliquées malheureusement à des ecorces de nature et d’efficacité bien différentes. «On a confondu sous le nom de Quinquina gris les jeunes écorces de sept ou huit Cinchona parce qu’elles sont toutes, à cet âge, plus ou moins gnses a [extérieur. On a donné le nom de Quinquina jaune aux ecorces grosses et moyennes des Cinchona Calisaya, micrantha , Condammea et cordifolia • enfin le nom de Quinquina rouge a été app îqtu aux écorces des Cinchona succiruhra , nitida, scrobiculata et magmfolia ou oblongifolia , dont la dernière est si complètement epotuvue d alcaloïdes, qu’on l’a rangée avec raison au nombre des faux Quinquinas.» (Codex.)
Ces diverses raisons ont amené les rédacteurs de la Pharmacopée française à préciser les écorces qui peuvent être utilement employées en médecine, et le Codex admet seulement trois Quinquinas officinaux , obligatoires pour les pharmaciens , savoir ; le Quinquina gris Huanuco , le Quinquina Calisaya, le Quinquina rouge verru queux ou NON VERRUQUEüx. C’est donc à l’étudede ces trois sortes d ecorce que nous nous appliquerons surtout.
, ^°US cl°}ons toutefois utile de donner un aperçu des principales ecorces commerciales, et nous empruntons à Otto Berg ( Phar mazeutische Waarenkunde ) un tableau qui résume les caractères generaux des vrais Quinquinas.
Les quelques notions que nous avons données plus haut -sur l’aspec et a constitution des Quinquinas serviront à faire comprendre la nature et la valeur des caractères employés par le savant professeur de Berlin.
grise , gris brun , brune et fme-