MONSTRUOSITÉS, CRISTAUX OBLITÉRÉS ET MACLES
Les minéraux se rencontrent rarement avec des formes cristallines complètement régulières ; presque toujours certaines faces se sont développées aux dépens des faces voisines, qui sont alors plus ou moins réduites. Les formes ainsi produites sont des sortes de monstruosités , que l’on doit considérer comme le résultat des circonstances dans lesquelles s’est opérée la cristallisation. La fig. 784 offre un exemple de ce genre.
Quelquefois, sous l’influence de circonstances encore peu connues, les parties des cristaux s’arrondissent ou se contournent au moment de leur formation, ou bien leurs parties vives et saillantes sont émoussées après
Fig. 784. — Soufre natif cristallisé en octaèdre cunéiforme.
Fig. 785. — Diamant cristallisé en un
solide sphéro'idcd à 48 faces triangu- COUp par des Cau laires curvilignes.
ses extérieures. Cet état imparfait a reçu le nom à' Oblitération. Les cristaux oblitérés peuvent être : bombés (Fluorine, Grenat, Diamant, fig. 785), lenticulaires (Gypse, Calcaire, Sidérose), contournés (Diallogite, Dolomie), cylindroïdes (Pinite, Tourmaline), enfin creusés sur leurs faces (Quarz du granité graphique).
Les cristaux sont généralement rapprochés en groupes de forme
CRISTALLOGRAPHIE
irrégulière quelconque; mais parfois le rapprochement s’est effectué avec régularité et symétrie : les groupes ainsi disposés ont reçu le nom de macles. Les angles rentrants et les inversions dans l’ordre des faces, que présentent les formes de ce genre , permettent de les reconnaître aisément. Celles que Haüy nommait Hémitropies , sont composées de deux cristaux , dont l’un est renversé : elles peuvent s’expliquer par un demi-tour qu’aurait fait l’un des cristaux , avant de s’accoler à l’autre Le Gypse et l’ Augite offrent des exemples d’hémitropie. Pour comprendre la production de cette anomalie, il suffit de supposer dans la fig. 779 (voy. p. 639), un plan passant par le milieu des arêtes culminantes g , g‘ et par ies arêtes latérales, selon la direction de la diagonale /*, c (voy. fig. 775, p. 637); puis de renverser la moitié antérieure , de manière que sa base inférieure devienne supérieure et se juxtapose ainsi à la base supérieure de la deuxième moitié. On aura ainsi un angle rentrant en place de l’arête oblique supérieure, et un angle saillant à la place de l’arête oblique inférieure. Il sera peut-être plus facile de comprendre cette modification, en la supposant produite de la même manière sur le cristal représenté fig. 786, que l’on redressera par la pensée.
Outre les hémitropies parallèles à l’axe que nous venons d’examiner, il en existe deux autres sortes : la première se produit par la superposition des cristaux, selon leur axe principal (hémitropies perpendiculaires à l’axe) ; cette forme est offerte par le Calcaire. Elle est due à la pénétration , jusqu’à leur section moyenne , de deux rhomboèdres ou de deux scalénoèdres , l’un direct, l’autre inverse, et présente trois angles saillants, qui alternent avec trois angles rentrants.
La deuxième sorte résulte de la jonction, par des faces obliques à l’axe, de deux octaèdres ou de deux prismes ( hémitropies obliques à l’axe). La Cassitérite ( étain oxydé , fig. 787) fournit un exemple fréquent d’une hémitropie de la première espèce. Le Rutile (titane oxydé, fig. 788) a une grande tendance à se macler par la superposition oblique de deux prismes (titane géniculé de Haüy).
Fig. 786. — Variété trapézienne de la baryte sulfatée.
Fig. 787, — Hémitropie de la Cassitérite {bec d'étain).
MINÉRALOGIE
Certains cristaux se croisent avec pénétration , de manière à ce que leurs centres se confondent ( macles cruciformes). Cette pénétration s’effectue tantôt parallèlement à l’axe principal , tantôt perpendiculairement à cet axe. La Staurotide ou Pierre de croix (fig. 789)
offre un exemple bien connu d’une macle de ce genre : elle résulte du croisement de deux prismes ortho-rhombiques tronqués sur leurs arêtes antéro-postérieures et latérales , ce qui leur donne l’aspect de prismes hexagonaux.
CONFIGURATION ET STRUCTURE DES MINÉRAUX A FORMES CRISTALLINES PEU OU POINT DÉTERMINÉES.
Les minéraux n’offrent pas toujours des formes cristallines bien déterminées. Assez souvent, au contraire, la cristallisation n’a plus qu’une faible part dans leur forme ou dans leur structure. Les configurations les plus fréquentes sont celles qu’on a nommées concrétions et incrustations ; il en est de même pour les structures dites communes.
Concrétions et incrustations.
Les concrétions offrent des formes cylindroïdes ou globuleuses et une structure à la fois concentrique et radiée : on range dans ce groupe les Stalactites , les Rognons et les Oolithes ou Pisolithes.
Les Stalactites se forment par le dépôt des matières dissoutes dans un liquide, qui filtre lentement sur les parois supérieures d’une cavité et s’évapore avant de tomber. Si une partie du liquide salin