‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 1 sur 106 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Chaque nouvelle édition d'un ouvrage scientifique impose à l'auteur deux obligations :

Il doit mettre son livre au niveau de la science , et lui faire franchir l'espace qu'elle a parcouru depuis qu'il a été publié (i) ;

Il doit tenir compte des observations critiques dont son œuvre a été l'objet, s'y soumettre s'il les croit fondées; exposer ses motifs, s'il croit devoir persister dans son opinion.

Cette dernière partie de notre tache sera facile , car la critique a été bienveillante et généreuse envers nous , et bien que la première édition de ce livre ait été promptement traduite en plusieurs langues , il ne nous est revenu qu'un reproche grave , et encore le croyons-nous fondé sur une erreur d'appréciation. On nous a blâmé d'avoir substitué, comme point de départ , pour l'éducation intellectuelle et morale, les opinions de Gall à celles qui étaient généralement adoptées, parce qu'on a semblé croire l'admission de ses idées, l'adoption entière de sa doctrine, indispensables à cette marche. C'est là une erreur que peu de mots suffiront à démontrer :

On trouve dans les travaux de Gall deux ordres de faits qu'on peut séparer, dont les uns peuvent être admis, les autres, rejetés; entre lesquels , en un mot , il n'y a pas connexité telle , qu'on soit nécessairement forcé de les admettre ou de les rejeter en totalité ; L'un , en effet , est une description , sinon complète , du moins

(i) Celle nouvelle édition a été augmentée de ^Hygiène des personnes livrées aux travaux de l'esprit, par le docteur Réveillée Pamse , de l'Académie royale de Médecine.

simple, clair des facultés intellectuelles et morales , telles

qu'on les observe journellement chez tous les hommes ;

L'autre , une description du cerveau , appartenant entièrement à Gall, et dans laquelle supposant (à tort ou à raison) cet organe formé de parties distinctes et fonctionnant séparément , l'auteur assigne à chacune d'elles un rôle dans la manifestation d'une faculté, et prétend reconnaître , par le plus ou le moins de saillie qu'imprime au crâne chacune des parties cérébrales , le plus ou le moins de développement de chacune des facultés.

Or , ce qui est indispensable pour traiter l'hygiène des facultés intellectuelles et morales, c'est la connaissance seule de ces facultés : le reste nous est inutile , car on ne développe une faculté que par l'exercice auquel on la soumet, on ne la restreint que par l'inaction à laquelle on la condamne, et lorsqu'on agit sur elle, ce n'est jamais que fonctionnellement.

Disons donc que c'est seulement et exclusivement sur cette partie de la doctrine, qu'est fondée notre section d'hygiène intellectuelle et morale. Cette innovation, dont au reste, nous avons été souvent félicité , consiste à traiter séparément , au lieu de le faire collectivement , l'éducation des facultés qui nous ont paru assez importantes pour influer sur la santé et le bonheur de l'homme.

Ces considérations nous ont conduit à conserver intact le cadre que nous avons adopté dans la première édition : il se prétait facilement à admettre tous les progrès de la science , tous les perfectionnements que les arts ont apportés en tribut à l'hygiène. Nous avons pu y faire entrer sans efforts l'ensemble des découvertes nouvelles que la publication de ce livre nous faisait un devoir de constater, et dont nous devions discuter la valeur. Tous nos soins ont tendu à ne rien dire d'inutile et à ne rien oublier d'important ; si nous ne sommes pas parvenu au but , nous avons du moins la conscience de n'avoir rien négligé pour l'atteindre.

Définition de l'hygiène. — Son utilité. — Plan de l'ouvrage.

L'Hygiène est généralement définie la partie de la médecine qui a pour but de conserver la santé ; à cette définition, qui resserre trop les domaines de l'hygiène , j'ai substitué la suivante: Science qui a pour objet de diriger les organes dans l'exercice de leurs fonctions. Envisagée sous ce point de vue moins restreint , l'hygiène ne borne pas ses avantages à éloigner les maladies, elle a aussi pour objet de perfectionner l'homme; nous pourrions même avancer que souvent elle offre les moyens les plus efficaces, et quelquefois les seuls , de remédier aux dérangements de ses organes. C'est donc par l'hygiène que l'homme conserve sa santé, perfectionne ses facultés, apprend à user et à jouir de tout ce qui l'entoure , à éviter les dangers attachés à l'abus et à l'excès. C'est l'hygiène seule qui peut donner les moyens soit de fortifier nos sentiments, lorsqu'ils sont trop faibles pour servir à l'entretien et au bonheur de notre existence ; soit de les modérer , lorsque, trop ardents, ils menacent de dégénérer en passions violentes et de causer notre malheur. C'est l'hygiène qui, appliquée aux individus réunis en grande masse , soit qu'elle ait pour objet leur perfectionnement , leur conservation ou leurs jouissances, fait du médecin le guide du législateur et la providence des nations pendant la paix comme pendant la guerre. C'est l'hygiène enfin qui, après avoir, embrassé tous les détails de l'existence humaine, après avoir conduit l'homme, sans infirmité et heureux , jusqu'aux limites les plus reculées de lu vie , le met à même de s'éteindre par degrés insensibles , exempt de grandes douleurs et des angoisses de l'agonie auxquelles est le plus souvent **n proie celui que la mort vient frapper avant la fin naturelle de sa

carrière. Le sage , en effet, qui par l'observation constante des lois de l'hygiène, a, malgré l'usure inévitable de ses organes, maintenu entre eux un équilibre parfait , et s'est , par là , préparé une mort naturelle, cesse d'exister sans être malader s'éteint paisiblement sans souffrir, et n'éprouve tout au plus, aux approches de la mort, que quelques difficultés d'exercer ses fonctions , difficultés dont encore il n'a pas la conscience, puisque le cerveau , se trouvant dans le même cas que les autres organes, et, comme eux , accessible aux traits de la destruction , n'éprouve plus que des perceptions imparfaites.

Si la plupart des maladies de l'homme tiennent à l'abus qu'il fait des modificateurs naturels de l'économie , c'est-à-dire de tous les corps de la nature qui servent à l'entretien delà vie, comme l'air, les aliments , la lumière, la chaleur, etc., il est clair que la science qui indique la mesure dans laquelle on doit user de ces modificateurs, ne peut être inutile pour conserver la santé. Or , c'est précisément ce qui ressort de l'examen de la manière dont les organes passent de l'état sain à l'état malade : ces modificateurs naturels , qu'on appelle en médecine excitants fonctionnels, font entrer les organes en action pour la conservation de tout l'individu ; ainsi , l'aliment fait entrer en fonction l'estomac ; l'air , les poumons ; le son , l'ouïe ; le corps sopide, le goût; la lumière, l'œil; etc., etc., etc. Mais, si ces excitants fonctionnels sont appliqués à nos organes en quantité trop forte , trop faible, ou trop longtemps, ou enfin s'ils sont de mauvaise nature, l'excitation qu'ils étaient appelés à déterminer n'est plus maintenue dans de justes bornes, nos organes tombent malades. Par exemple, si l'œil est exposé à une trop vive lumière, ou s'exerce trop longtemps à une lumière ordinaire, l'excitation qu'y a produite l'excitant fonctionnel trop intense ou de trop longue durée, y appelle plus de sang (fluide excitateur commun de tous les organes) qu'il n'est nécessaire ; l'œil rougit et devient malade. Il en est de même de l'effet des aliments sur l'estomac, des sensations sur le cerveau, de 1 air sur les poumons , etc. Si , au contraire , l'œil ne reçoit qu'une lumière trop faible, l'estomac , qu'une alimentation insuffisante , si le cerveau n eprouve que de rares perceptions, si le poumon ne puise au milieu de l'atmosphère qu'un air trop pauvre en oxygène, tous ces organes languissent , perdent leurs forces , deviennent impropres à s'acquitter

INTRODUCTION. 5 pleinement de leurs fonctions , et bientôt la santé est également

uCrfluKcC •

Mais l'homme at-il donc besoin de lu science pour faire un emploi convenable de tous ces modificateurs naturels ? le seul sentiment de ses besoins ne lui suffit-il pas ? Un grand philosophe qui souvent a été l'objet de critiques outrées de la part des médecins , a dit que Fhygiène est moins une sciencs qu'une vertu. Certes , cette assertion de Rousseau serait parfaitement fondée, si l'on pouvait faire abstraction des dangereuses occupations et autres causes morbides qui résultent du genre de civilisation dans lequel nous vivons : l'hygiène alors consisterait à avoir assez de vertu, non pour chercher hors de la nature et dans de vaines spéculations , des règles inflexibles auxquelles on romprait les facultés et les organes , mais pour ne point se laisser entraîner à l'abus du plaisir et n'obéir qu'à la voix du besoin. Manger quand on a faim , boire quand a soif , se reposer quand on est las , ce peu de mots renfermerait tous les préceptes d'hygiène , car , comme le dit Hippocrate , « Vous ne trouverez aucune mesure , aucune balance, aucun calcul, auxquels vous puissiez vous en rapporter plus sûrement, qu'aux sensations mêmes qu'éprouve le corps.» Mais il n'en est malheureusement pas ainsi: si Ton fait attention au funeste repos auquel quelques états contraignent certains organes , à l'exercice immodéré auquel ils forcent certains autres, au danger inhérent à tant de professions, à celui que nous rencontrons dans les falsifications que la cupidité introduit dans nos aliments, on conviendra facilement qu'indépendamment de la vertu, il faut du savoir, soit pour remédier aux inconvénients d'une profession , soit pour empêcher la satisfaction innocente d'un besoin naturel, de devenir une cause de maladie ou de mort. Si donc il y a beaucoup de circonstances où les sensations de l'organisme suffisent pour nous indiquer de sûres règles d'hygiène , il en est aussi beaucoup où il n'en peut être ainsi : alors l'expérience, les observations, les traditions, l'art enfin deviennent nécessaires ; et l'homme qui exerce un métier dangereux n'évitera pas la mort, s'il n'a que ses sensations pour écarter le danger de sa profession, si la science ne lui apprend pas les moyens de l'annuler.

Peut-être nous objecterat-on , en ce qui touche l'explication pré-

cédemmeot donnée sur la manière dont naissent les maladies , qu'il existe un ordre de causes (les causes inconnues qui agissent épidémiquement ) pour la destruction desquelles l'hygiène ne peut rien. Nous répondrons que les préceptesde cette science, scrupuleusement suivis, rendent au moins l'homme plus propre à résister à l'influence de ces causes.

Mais , pour que l'hygiène puisse être étudiée avec facilité , avec fruit, même par l'homme du monde, qui veut résoudre une question relative à l'emploi de quelque modificateur , il faut adopter quelque ordre dans cette matière : or, il est hors de doute, pour nous aa moins, 1° que tous les corps de la nature qui servent aux besoins et aux jouissances de l'homme, et qu'on appelle la tnatière de l'hygiène, doivent nécessairement , pour atteindre ce double but, être en rapport avec un organe quelconque , en être les excitants fonctionnels : 2° que , pour embrasser les relations de l'homme avec tout ce qui l'entoure, il suffit d'étudier, dans Tordre rigoureux de la physiologie, l'influence de chacun de ces excitants fonctionnels dans ses divers modes de quantité et de qualité, sur l'organe qu'il est chargé de faire entrer en exercice, et sur ceux avec lesquels cet organe a des rapports; 3° enfin, que, pour réunir avec ordre tous les préceptes possibles d'hygiène , il suffit de déterminer , d'après cette étude , dans quelles mesures l'excitant doit être appliqué à l'organe pour le maintien de la santé, et cela chez les divers individus, dans les différents climats , pendant les diverses saisons , etc. C'est donc dans l'ordre adopté pour la physiologie , que nous avons classé et la matière et les préceptes de l'hygiène. Cette marche dont l'idée première a été émise en l'an vin , par Morcau ( de la Sarthe ) , dans le plan d'un Cours d'Hygiène, qu'il n'a pas mis à exécution , m'a permis de classer, sans répétitions et sans confusion, tous les préceptes qui se rattachent à l'hygiène , et jusqu'aux plus minutieux détails. En effet , et je le répète , tous les objets au milieu desquels nous vivons , tout ce que l'homme produit , tout ce qui est nécessaire à Phoinme , considéré comme individu et comme espèce , tout ce qui contribue à ses jouissances, même dans l'état de civilisation, se rattachent nécessairement à des organes. On ne trouvera donc point dans ce travail , d'articles isolés, distincts de ceux qui ont trait aux fonctions, et con-

sacrés séparément à la propreté, aux profession», etc., etc. Ces objets, traités à part, en dehors de notre cadre, seraient une superfluité, une répétition, puisqu'ils se rattachent aussi directement à des organes, que les effets de la lumière et l'emploi des lunettes se rapportent à l'œil et à la peau.

Si un modificateur quelconque agit en même temps , primitivement et directement sur deux organes à la fois , comme le fait la lumière, qui agit, dans le même moment, sur l'œil et sur la peau, on parlera deux fois de ce modificateur, parce qu'il a chaque fois un mode d'action spéciale : on en parlera une fois en traitant de l'hygiène de l'œil, une fois en traitant de l'hygiène de la peau. Si un organe, au contraire, a une double fonction, comme la peau, qui est à la fois organe de tact et organe de sécrétion , on parlera deux fois de cet organe : l'hygiène de la peau , considérée comme organe de tact, sera traitée dans la section des sent externes; l'hygiène de la peau, considérée comme organe de sécrétion, le sera dans la section de$ organes sécréteurs.

Supposant donc connues les branches de la médecine qui fournissent des matériaux à l'hygiène, et celles qui traitent de l'étude de l'homme , nous parcourons, dans un ordre physiologique , tous les appareils , tous les organes , toutes les fonctions , pour déduire immédiatement, à l'occasion de chacun d'eux, les règles hygiéniques qui les concernent, suivant les âges, les sexes et autres circonstances individuelles.

Nous divisons ce travail en deux parties principales : la fbemiere comprend toute la vie dite de relation, celle qui est particulière aux animaux, c'est-à-dire la direction des fonctions qui effectuent les rapports de l'homme avec le monde extérieur, non-seulement pour ce qui regarde la conservation et le perfectionnement de l'individu, mais encore pour ce qui regarde la conservation et le perfectionnement de l'espèce ; car l'union des sexes est une fonction de rapport , comme son résultat , l'accouchement , est une fonction d'un autre ordre. Cette première partie renferme quatre sections ayant pour objot la direction des cinq sens, celle des facultés intellectuelles et mo-

raies, celle des mouvements musculaires volontaires, trois sortes de matières que termine naturellement le sommeil, lequel n'est autre chose que le repos de la vie de relation.

La seconde partie comprend la vie dite de nutrition, dite organique ou végétative, c'est-à-dire commune à tous les êtres organisés, aux végétaux comme aux animaux. Cette partie traite de la direction , 1° des fonctions par lesquelles tout être vivant assimile à sa propre nature , des substances étrangères servant à son accroissement et à sa réparation ; 2° de ces autres fonctions par lesquelles sont rejetés de l'économie des matériaux impropres à la réparation et à l'accroissement, ainsi que le produit à terme de la conception. Cette seconde partie se compose de trois sections, traitant de la direction des fonctions des organes digestifs, de Yappareil respiratoire et des organes sécréteurs.

PROLÉGOMÈNES

Circonstances qui différencient les applications des règles d*hygiene.

L'organisation est le caractère de tous les êtres vivants, la condition indispensable de tous les phénomènes de la vie; mais, suivant les espèces, et même les individus, elle présente de notables différences. Les circonstances qui, inhérentes à l'homme ou dépendantes des objets qui l'environnent, font varier les actes produits par l'organisation , doivent fixer l'attention du médeeiu qui s'occupe d'hygiène. Nous rapporterons ces circonstances à onze chefs principaux : 1° les tempéraments; 2° les idiosyncrasies ; 3° la force ; 4° les âges; 8° les sexes; 6° les habitudes; 7° les professions ; 8° les climats; 9° les saisons; 10° les dispositions héréditaires ; 1 1° certains états de l'économie compati" bles avec la santé, maù exigeant des précautions particulières dans l'application des règles d'hygiène.

Toutes ces circonstances ne doivent pas faire l'objet de chapitres ' spéciaux, parce que l'on serait obligé (et c'est ce qui est arrivé à tous les auteurs de traités d'hygiène) de répéter, à l'occasion de chacune d'elles, une partie de ce qu'on aurait posé en principe , à l'occasion des autres , et cela par la raison que tous les tempéraments , tous les âges , tous les sexes , digèrent des aliments , respirent de l'air , se couvrent de vêtements, etc., et exécutent tous ces actes, dans'toutes les professions, pendant toutes les saisons, dans tous les climats, etc. Ces cas différentiels ne demandent donc que des applications spéciales, à la suite de l'étude de chaque modificateur de l'économie; ainsi, par exemple , après avoir exposé les effets d'un modificateur quelconque de l'organisme, ceux d'une nature de vêtement, d'une espèce de vin, d'un genre d'exercice, etc. , etc. , on en précise ainsi les applications: 11 convient ou il ne convient pas — à tel tempérament, — à tel âge , — à tel sexe , — aux individus forts , — aux personnes faibles , — à celles qui exercent telle profession, — dans tel climat, — pendant telle saison , etc.

En procédant de cette manière, on comprend qu'il n'y a nulle né-

PROLÉGOMÈNES

cessité, dans un traité élémentaire bien coordonné, de faire des chapitres spéciaux pour l'hygiène d'un âge, d'un climat, d'un sexe, etc.

C'est pour cette raison, et pour bannir le plus possible du corps de l'ouvrage toute description de physiologie ou de physique , exposée dans les traités de ces sciences , que nous allons de suite, et rapidement, passer en revue les onze circonstances que nous avons mentionnées:

A. Tempéraments. — Ce mot désigne les prédominances , compatibles avec la santé, de certains systèmes organiques, assez importantes pour modifier l'économie entière. Ces prédominances, qui rendent les individus plus ou moins sensibles à l'action des modificateurs naturels de l'organisme , et demandent des applications spéciales , sont:

1° La prédominance sanguine, ou de l'appareil de sanguification , caractérisée par le volume ou la susceptibilité du cœur, l'abondance du sang , le développement des vaisseaux qui le contiennent , une hématose très-active, la coloration de la face, due à un système capillaire très-développé , etc.

2° La prédominance qu'on appelle bilieuse, c'est-à-dire celle qui est caractérisée par l'énergie et la susceptibilité de l'appareil gastro-hépatique, et dans laquelle on remarque une teinte jaunâtre de la face, des cheveux noirs ou bruns, des muscles secs, etc.

3° La prédominance dite nerveuse, due à une grande excitabilité de tout le système nerveux, mais particulièrement du système encéphalique, et caractérisée par une vive sensibilité de toute l'économie, par une grande impressionnabilité , par des formes ordinairement grêles, etc.

4° La prédominance lymphatique, celle qui est caractérisée par le volume des ganglions et des vaisseaux blancs, l'abondance de la lymphe , l'activité et la susceptibilité de l'appareil qui élabore ce fluide,* une proportion considérable de sérosité dans le sang, la flaccidité des muscles, la faiblesse de tous les systèmes et appareils (le système lymphatique excepté), une rondeur et une mollesse de formes, des cheveux blonds, un visage bouffi.

Ce tempérament semble n'être que le prélude, le rudiment de l'organisation de l'homme fait: aussi, est-il presque toujours départi à l'enfance , et disparaît-il souyent à l'époque de la jeunesse.

Nous ne donnerons pas plus de place à la description des tempéraments; elle appartient à la physiologie; mais nous devons faire observer que les tempéraments ne donnent pas lieu , comme on l'a dit, à certaines qualités morales déterminées. Ils concourent seulement à rendre ou plus saillantes ou plus obscures , les qualités qui

IMOSYNCRÀSIES. — FORCE — AGES. H

existent et qui sont dues à des organes particuliers ; mais ils n'ont le pouvoir d'en créer aucune (i). '.h

B. Idiosyncrasies.— Les idiosyncrasies sont le résultat de la prédo* minance d'action d'un organe , comme l'encéphale, et même d'un ap^ pareil, comme le musculaire, en même temps qu'il existe un tempérai ment déterminé. Ces idiosyncrasies sont constitutionnel les ou acquises.

On conçoit déjà pour ce qui a rapport, aux tempéraments et aux idiosyncrasies , que les applications hygiéniques doivent avoir pour» but de soustraire les systèmes, organes et appareils prédominante dans l'économie, à l'action des modificateurs les plus propres à augmenter cette prédominance. c ;» j / ' ; > ^

C. Foact.— Ce n'est ni au plus ou au moins de foroe des muscles;, nit au plus ou au moins de développement de quelques organes produisant une énergie partielle de quelques fonctions, que nous. aurons le plu* d'application à faire; mais c'est au plus ou au moins de cette force d'ensemble de tout l'organisme qui met l'homme à même de résister aux influences qui l'environnent, de cette force qui donne lieu au développement de la réaction, procure à la santé de la constance et de la durée , la rétablit spontanément et proraptement , se traduit à l'extérieur par le mouvement et la chaleur, semble associée à une texture serrée de tissus, à leur compacité, à leur cohésion, et avoir pour résultats une prompte annualisation, un exercice énergique de ce que M. firoussais appelle la chimie vivante. Nous la désignerons dans nos applications sous les noms de force de réaction, énergie 7 vigueur, etc., pour la distinguer de la force particulière venant du* développement de chaque organe , et que nous désignerons par lé nom de l'organe qui en sera l'agent. <

D. Ages. — Ce sont certaines périodes de la vie humaine. Ces périodes apportent des changements appréciables dans les divers appareils organiques. C'est à la physiologie d'indiquer ces changements^ Il nous suffit de dire ici que chaque âge réclame des applications spéciales, fondées sur l'appréciation de ces changements, fondées sur l'excitabilité plus grande que chacun des âges communiqué e certaines parties de l'économie. Ainsi, l'on donne généralement pour attribut à ï enfance f outre son tempérament propre , une plus grande excitabilité de l'encéphale ; à \& jeunesse, une plus grande excitabilité de la poitrine ; à Yâge adulte, une plus grande excitabilité des voies digestives ; à la vieillesse, une plus grande excitabilité des reins, delà vessie, etc.

(i)foy«2, pour plus de détails notre article , TvirpÉnAMEKT Dictionnaire de Mèdécine et de Chirurgie i^atiqv es, tome xv, p. a65. vn î

PROLÉGOMÈNES

Nous devons dire que nous regardons ces attributs comme variables à l'infini, et que la susceptibilité de certains organes, quand l'homme a déjà parcouru une partie de sa carrière, nous parait presque uniquement le résultat de l'action différente à laquelle ont été livrés , pendant les années écoulées, les différents organes.

£• Sexbs. — 11 existe une différence dans l'organisation des deux sexes. Cette différence donne lieu à des destinations différentes : elle diversifie aussi les applications hygiéniques à chacun des organes. Considérée physiologiquement, elle sort de mon sujet.

F. Habitudes. — La répétition régulière des mêmes actes, ou l'action répétée sur nous des mêmes impressions constitue Y habitude , et finit par mettre en harmonie, avec nos organes, ces actes et ces impressions, non-seulement de manière à les concilier avec le maintien de notre santé, mais encore à y rendre contraires des impressions ou des actes différents. Cette vérité nous est prouvée chaque jour par les effets du changement de climat, de profession, d'alimentation, de vêtements. Dans nos applications hygiéniques, nous prendrons dono en considération les habitudes, parce que , contractées depuis longtemps, et chez certains individus, elles deviennent souvent une loi impérieuse qu'il est quelquefois dangereux d'enfreindre. Disons pourtant qu'il existe à cet égard beaucoup de préjugés ; qu'on peut changer beaucoup d'habitudes sans inconvénient , et qu'on doit toujours le faire quand elles sont nuisibles à la durée des organes * mais qu'on doit y procéder graduellement , et en prenant les précautions qui seront indiquées à l'occasion des différents modificateurs de l'économie,

G. Professions. — Toutes les professions, quelles qu'elles puissent être, tirent leur origine et leur caractère distinctif soit de l'exercice particulier de certains organes ou systèmes d'organes, soit de l'impression que fait sur certains organes ou systèmes d'organes la répétition de certains modificateurs. Qu'est-ce que la profession do portefait, sinon la répétition de l'exercice des muscles des reins et du dos ? Sous quel point de vue celle de vidangeur est-elle un objet d'intérêt si spécial pour l'hygiène , si ce n'est sous celui de l'impression mortelle que reçoit le poumon, d'un air vicié? Ens'élevant même jusqu'à la profession d'homme de lettres, qu'y voyons-nous autre chose que l'exercice de certaines parties du cerveau , coïncidant avec une inaction plus ou moins complète des autres organes? L'hygiène des différentes professions se retrouve nécessairement dans l'hygiène des différents organes , quand le plan de l'ouvrage est bien fait et bien rempli. Si une profession intéresse beaucoup d'organes , on aura l'ensemble de son hygiène, en tenant compte de la somme totale des

influences qui agissent sur chacun d'eux. Faire, dans un traité d'hygiène, des chapitres séparés pour les différentes professions est donc une chose superflue, puisque ces professions, multipliées à l'infini , n'agissent jamais que sur le petit nombre d'organes dont se compose l'économie, et que c'est précisément la direction des fonctions de ces organes qui , suivant nous , constitue l'hygiène.

Si l'on voulait traiter dans un travail spécial d'une ou de plusieurs professions , soit dans l'intérêt de ceux qui l'exercent , soit pour apprécier son influence sur les conditions hygiéniques du pays au milieu duquel elle est exercée , on pourrait suivre Tordre suivant :

1° Énuraération des différents travaux, des diverses influences auxquelles on est soumis dans l'exercice de la profession ; influences principales dominantes, influences accessoires ;

2° Appréciation de ces deux ordres d'influences sur les individus qui débutent dans la profession (indiquer le nombre des individus observés), sur les individus qui y sont soumis depuis longtemps (indiquer depuis quel temps) ;

3° Appréciation de l'état physique et moral des individus destines à la profession qu'on étudie ;

4° Maladies éprouvées ; terme moyen de la durée de la vie chez ces individus ;

5° Réformes opérées dans la manière de travailler;

6° Moyens proposés pour remédier aux influences nuisibles.

Si l'on avait à classer les professions , leur classification devrait être basée sur les systèmes organiques qui se trouvent principalement intéressés dans chacune d'elles , et l'on pourrait , pour le plan , procéder comme dans cet ouvrage, c'est-à-dire en commençant par les professions qui intéressent principalement les sens externes , et en suivant tous les autres appareils , ainsi que nous l'avons fait.

H. Climats. — Nous avons dit, en commençant ces prolégomènes , pourquoi nous ne consacrons pas , comme le font les différents auteurs, un chapitre spécial à l'hygiène des climats ; insistons encore sur nos motifs :

Le mot climat signifie région. Il désignait, suivant les anciens géographes, un espace compris entre deux cercles parallèles à l'équateur. On admettait alors pour chaque hémisphère, trente climats que Ton comptait de l'équateur vers les pôles. Cette division de la terre était basée sur la durée du jour comparée à celle de la nuit, au solstice d'été .

Une autre division du globe est celle dans laquelle les cercles polaires et les tropiques partagent sa surface en cinq zones ou bandes : zones glaciales, zones tempérées, zone torride.

Tout le monde comprend qu'il ne peut être question de trace ,

14 PROLÉGOMÈNES

d'une manière absolue , des règles d'hvgiène applicables à chacun de ces climats astronomiques ou de ces zones ; par la raison que dans le même climat , dans la même zone les lieux varient , soit en température, soit en toute autre particularité , suivant leur degré d'élévation au-dessus du niveau des mers, leur exposition , leurs rapports, et quelques autres circonstances physiques; qu'il arrive même souvent qu'une très-petite distance sépare l'été de l'hiver , et que les mêmes préceptes d'hygiène ne peuvent être appliqués à des habitait** de lieux différents. Passons donc aux climats physiques :

Le climat physique est un espace plus ou moins étendu, dans toutes les parties duquel régnent une égale chaleur et des phénomènes atmosphériques à peu près semblables. Suivant Malte-Brun , le climat physique comprend la chaleur, le froid , la sécheresse , l'humidité et la salubrité dont jouit un endroit quelconque sur le globe. Les causes du climat physique , suivant le même auteur , sont au nombre de neuf: 1° l'action du soleil sur l'atmosphère ; 2° la température intérieure du globe ; S° l'élévation du terrain au-dessus du niveau de l'Océan ; -4° la pente générale du terrain et ses expositions locales ; 5° la position de ses montagnes relativement aux points cardinaux ; 6° le voisinage des grandes mers et leur situation relative ; 7° la nature géologique du sol ; 8° le degré de culture et de population auquel un pays est parvenu ; 9° les vents qui y régnent.

Ces causes agissent plusieurs ensemble ou séparément , et déterminent les caractères qui constituent les climats cliauds et humides , chauds et secs , tempérés et humides, tempérés et secs, froids et humides , froids et secs (i), etc.

Voilà la question des climats autrement précisée pour le médecin hygiéniste , par les géographes modernes. Comment maintenant la traiter dans ce travail? Doiton y tracer l'influence des climats tels qu'ils sont divisés, et les règles d'hygiène qui leur sont relatives ; faire même , comme l'a fait Hallé , l'hygiène de certaines contrées nominalement désignées , de celles, par exemple , qui se distinguent d'une manière bien tranchée des autres par un ensemble de circonstances physiques et de traits caractéristiques qui leur sont propres ? Mais dans l'étude de ces climats et de ces contrées , quel objet retrouverons-nous donc qui ne doive être traité dans ce travail , à la place physiologique qui lui convient, c'est-à-dire en regard de l'organe dont il est le modificateur? aucun certainement. Dans tous les lieux possibles, les objets qui modifient l'homme seront toujours Voir, la lumière, le calorique, le fluide électrique , Veau plus ou moins abon-

(i) Prêcte de In Géographie, tom m, |». 5 \'\ » t 5*5.

damraent repaudus , les émanations des matières végétales ou animales , les productions du sol ; et ces objets , dans quelque climat qu'ils influencent l'homme , agiront toujours primitivement sur la peau , lespoumttis, Yanl, les organes digestifs, etc. Or , l'effet de ces modificateurs sera étudié à l'occasion de chacun des organes sur lesquels ils agissent spécialement, ou par lesquels ils pénètrent dans l'économie. Ainsi nous étudierons , en parlant de la peau et des poumons , l'influence de loir chaud et sec, chaud et humide, froid et sec, froid et humide, lumineux et dépourvu de lumière Ytnflucnce des émanations putrides et autres, et les moyens de s'en préserver, etc. , etc. ; donc , en faisant un chapitre pour un pays déterminé , nous ne ferions que nous répéter. C'est à la sagacité du lecteur à tenir compte des effets de chaque agent étudié séparément, pour déduire de cette étude l'influence de toutes les contrées possibles , ainsi que les règles d'hygiène qui conviennent aux habitants de ces contrées. Quand en effet on aura étudié la topographie d'un lieu quelconque, on déduira facilement , à l'aide des principes généraux que nous émettrons dans le cours de ce travail : 1° l'influence que ce lieu doit avoir sur la constitution de ses habitants ; 2° la nourriture dont ceux-ci doivent faire usage , les exercices qu'ils doivent choisir ; en un mot , la mesure qui doit régler pour eux l'emploi de tous les modificateurs possibles , et la direction que doivent recevoir leurs organes. Tout ce que nous pouvons faire ici , c'est de donner une idée des circonstances qui doivent être étudiées dans une localité.

On déterminera, 1° sa situation géographique ; 2° son degré d'élévation au-dessus du niveau des mers ; 8° son exposition par rapport à l'horizon , exposition qui influe sur les qualités de l'air ; 4° son étendue; 5° ses rapports avec les lieux voisins, les grandes mers , les chaînes de montagnes ou autres abris qui la protègent contre certains vents, ou donnent lieu à certains courants d'air ; la hauteur, l'inclinaison et la distance de ces abris , la nature de leur sol , plus ou moins propre à réfléchir les rayons du calorique et de la lumière, et à modifier la nature de l'eau pluviale qui le pénètre ; 6° la nature du sol, du lieu même dont on fait l'histoire médicale, les substances qui forment les couches de ce sol et les degrés divers d'inclinaison que présentent ces couches; 7° la qualité des eaux qui le baignent, qualité qui se rapporte à celle du sol qu'elles ont parcouru, ou dans lequel elles se trouvent ; la manière dont ces eaux l'arrosent ; c'est-à-dire la direction des fleuves, les débordements qu'ils sont susceptibles d'éprouver , la nature du limon qu'ils déposent, l'élévation du terrain qui résulte de ce dépôt , leur origine , leur étendue , leurs moyens d'entretien , la hauteur du sol voisin , relativement à leur niveau le plus ordinaire ,

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8° la qualité des eaux qui servent de boisson , et les changements qu'elles éprouvent dans les différentes saisons ; 9° les métaux et la nature de leurs minéralisateurs ; 10° l'existence des eaux minérales et leurs propriétés ; 1 1° les révolutions artificielles ou naturelles qu'aurait éprouvées le terrain, ses défrichements, les chutes de montagnes qui auraient pu enrichir les vallées, la nature du terrain écroulé , la conservation ou la destruction des forêts, leur distance, leur position, leur étendue, l'espèce et la hauteur commune de leurs arbres, la nature des végétaux qui , sans être abreuvés des sucs accumulés par l'homme, vivent, croissent et se multiplient dans le Heu qu'on étudie ; car ces végétaux révèlent jusqu'à certain point les qualités de son terrain, de ses eaux, et les différents états de son atmosphère; la nature des espèces qui prennent , par la culture , un volume artificiel , de celles qui donnent à l'homme des aliments , produisent des liqueurs fermentées ; 12° l'état habituel du thermomètre et la marche de l'hygromètre, dans les différents mois, dans les différentes heures du jour ; 13° le nombre des jours de pluie, la quantité de pluie, de grêle, ou de neige tombée ; le nombre des jours d'orage et de tonnerre , et autant que possible, le degré de violence de ces orages, le nombre de beaux jours, de jours de brouillard et de temps couvert ; 14° les vents qui régnent le plus constamment, le nombre de jours et les époques de l'année pendant lesquels souffle chacun d'eux ; les points du pays qui y sont plus particulièrement exposés; 15° l'éloignement ou le rapprochement des canaux , des marais , des miasmes et des causes qui donnent lieu au dégagement de gaz nuisibles , l'existence des fabriques et leur nature ; 16° s'il s'agit d'une ville, ses constructions , la hauteur des maisons, celle des étages ; la largeur des rues , leur direction, le nombre, l'étendue des places, des promenades ; la hauteur des remparts , si c'est une ville fermée ; les établissements publics , prisons, hôpitaux , etc., la manière dont ils sont tenus, l'influence qui peut en résulter pour le voisinage ; 17° l'état présent de la contrée comparée à ce qu'elle a été précédemment ; 18° enfin, on arrive aux animaux dont l'espèce, dont l'organisation, sont le résultat et le reflet de toutes les circonstances que nous venons de mentionner. On étudie les animaux domestiques, ceux qui fournissent leur chair à la nourriture de l'homme, ceux dont il tire le lait, le beurre, le fromage, etc. ; les animaux sauvages , les poissons, etc. ; les animaux nuisibles. On arrive ainsi progressivement à l'étude de l'homme, cette organisation complexe, délicate, et, plus qu'aucune autre , soumise à l'empire de ces causes physiques, forcée d'y céder , d'en porter l'ineffaçable empreinte ; car la taille de l'homme , sa force , son tempérament , son caractère , ses dispositions morales et intellectuelles , sa manière

d'ètre individuelle, sa religion, ses mœurs, sa législation, sont le résultat des lieux où il vit , du ciel qui le couvre ; son gouvernement doit en être la conséquence, et c'est souvent parce que cette conséquence n'est pas logiquement déduite, que Ton voit éclater de grandes révolutions politiques. Disons pourtant ici, comme nous l'avons déjà exprimé autre part ( i ), qu'à la fois cause et effet, les institutions politiques et religieuses ont le pouvoir de changer, l'organisation de l'homme, de sorte qu'importées chez une nation, elles peuvent rendre, tant qu'elles sont rigoureusement maintenues , cette nation méconnaissable.

L'homme sera donc observé non -seulement dans toutes ses variations : couleur , forme , constitution , fonctions de relation et de nutrition, tenant aux latitudes, à la position des lieux ; mais encore dans sa manière de vivre, ses mœurs, ses coutumes, son gouvernement, etc. On étudiera les effets éprouvés par sa constitution , à son arrivée dans un pays où il n est pas né , et les changements successifs qu'il subit lorsqu'il y reste. L'acclimatement sera étudié dans toutes les classes de la société, chez l'homme oisif et chez l'homme occupé.

Après avoir étudié l'influence qu'exercent sur l'homme ces objets divers bien connus , on tient compte des maladies qui en dérivent , c'est-à-dire des maladies qui n'existent pas, ou n'existent pas au même degré dans d'autres contrées, ou qui s'y éteignent lorsqu'elles y sont transportées, et dont par conséquent la cause est inhérente à la localité. On tient compte du rapport qui existe entre le développement de ces maladies, leur gravité, leur mortalité, etc. ; et les variations météorologiques, ou autres influences passagères. On prend en considération le traitement qui leur est appliqué , les moyens empiriques dont l'expérience a constaté le succès.

C'est après avoir tenu compte de tous ces objets , qu'à l'aide des préceptes exposés, à l'occasion de chacun d'eux, dans le cours de ce travail, on pourra indiquer les moyens de neutraliser de fâcheuses influences, soit en prescrivant le meilleur mode d'assainissement de contrées insalubres , soit en fournissant les moyens de se soustraire à leur pernicieuse action. A cet égard, il est une question que nous ne saurions ici nous dispenser d'examiner, et qui intéresse tous les hommes que l'on envoie coloniser un pays. De tous les êtres vivants, l'homme a-t-il seul, comme on le dit , le privilège de pouvoir supporter les climats les plus opposés ? Non , certainement , pas autant qu'on l'a prétendu. L'homme ne peut être moins sensible aux modificateurs qui l'environnent , que ne le sont les plantes et les divers

(•) Dict. de Médecine et de Chimrgie pratiques , l. v. page af,G, art. Climats .

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animaux dont l'organisation est moins complète . moins finie, moins délicate que la sienne. Ne pourrait-on pas dire , au contraire , que plus il jouit à un haut degré des caractères qui le distinguent des autres espèces et le placent au haut de l'échelle des êtres, plus ses rapports avec le inonde extérieur sont nombreux, et plus il est susceptible d'être influencé par l'ensemble des causes physiques qui constituent le climat? S'il est des végétaux qu'on ne puisse enlever à leur terre natale sans les faire périr, si des familles d'animaux ne peuvent supporter l'émigration sans être frappées de mort, soit dans les individus , soit dans f espèce, ce n'est peut-être pas seulement parce qu'ils sont plus impressionnables que l'homme aux changements du climat ; mais peut-être parce qu'on prend moins de moyens pour pourvoir à leur conservation. N'est-on pas d'ailleurs, de nos jours , parvenu à acclimater la plupart des races vivantes, animales et végétales? Si les singes, les lions et les autres animaux des climats brûlants, meurent d'affections pulmonaires dans nos ménageries, l'habitant de nos contrées meurt de maladie de foie dans les climats chauds ; et si l'on a vu l'homme habiter sans danger , une région septentrionale que ne pouvaient supporter ses animaux domestiques , n'est-ce point parce qu'il apportait dans sa nourriture, son habillement et ses habitations, des modifications qu'il négligeait pour ceux-ci ? N'eussent-ils point supporté comme lui la rigueur du climat si, k leur boisson habituelle, il en eût substitué une qui développât plus de Calorique , et s'il eût ajouté à leurs vêtements naturels quelques-uns de ces tissus à l'aide desquels il bravait le froid? L'influence du cerveau , d'une volonté ferme , peut , il est vrai , lui fournir , pour résister au climat , un stimulant moral qui manque aux animaux ; mais cette influence a des limites, et l'on voit d'ailleurs, tous les jours, que le monomaniaque qui marche pieds nus dans la neige, sans y faire attention, parce qu'il est mu et dominé par une volonté fixe, par une excitation cérébrale bien réelle , n'est pas pour cela garanti des affections causées par le froid.

Une autre preuve qu'on apporte du privilège dont il s'agit , c'est qu'on rencontre l'homme dans tous les climats possibles où on ne trouve plus certaines espèces animales; mais cette raison a -t- elle toute la valeur qu'on y attache , et n'y a-t-il pas entre tel homme de tel climat et tel homme de tel autre, une différence si grande, qu'on les dirait moins appartenant à la même espèce que le chien et le loup ? L'homme, enfin, né dans un climat, et transporté dans un autre, n'at-il pas besoin, pour s'y acclimater, de subir des mutations profondes, souvent entravées par de graves maladies ? En conséquence, lorsque les gouvernements ont à envoyer des troupes dans des climats oppo-

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