‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 37 sur 106 · DU SENS DES LOCALITÉS, ETC · texte numérisé non relu

DU SENS DES LOCALITÉS, ETC

on s'attache en même temps à la situation respective de ces objets. 11 faut donc que les globes et les cartes soient employés pour l'étude de la géographie ou la lecture des voyages : sans cela il n'y aura en exercice que le sens des mois.

Le sens des localités trop développé devra être forcé à l'inaction par l'exercice des autres facultés cérébrales et des muscles .La personne qui peut s'occuper et s'amuser chez elle aura moins l'idée d'errer.

Nous avons dit que les voyages mettent en exercice , conséquentment développent et excitent le sens des rapports de l'espace ; mais ils agrandissent encore la sphère d'activité des autres organes ; car la multiplicité des objets multiplie les idées , leur donne de l'extension , en augmente les rapports , etc. Tout devient un objet d'instruction pour le voyageur ; beaucoup de ses facultés sont mises dans une action modérée ; il en résulte une distraction continuelle : aussi, à moins qu'une idée fixe , une passion dominante ne l'accablent , rarement il trouve l'ennui sur ses pas. Les connaissances qu'il avait acquises prennent par l'expérience une consistance et une fixité qui ne permettent plus de les oublier. Les voyages détruisent les préjugés , et la destruction de chacun de ceux-ci importe toujours plus ou moins à notre santé et à notre bonheur.

Un des bons effets des voyages est d'accoutumer nos organes à pouvoir supporter , sans beaucoup de danger , les modificateurs les plus différents , comme l'air froid ou chaud , humide ou sec, les différentes espèces d'exercices , d'aliments , etc. La santé des gens qui voyagent habituellement finit par se déranger plus difficilement que celle des personnes sédentaires. Ils sont moins impressionnables , parce qu'ils reçoivent plus d'impressions. On a vu des maladies qui avaient résisté à tous les moyens de traitement , céder tout à coup aux voyages : cela se conçoit , quand même ce ne seraient pas ces moyens de traitement qui entretenaient la maladie; en effet, toutes les circonstances ont changé en même temps : suppression de médicaments , exercice des muscles , influence d'un nouveau climat ; sensations nouvelles nées de nouvelles liaisons , de nouveaux objets , etc. : tous les organes se trouvent influencés d'une manière inaccoutumée.

Les voyages , occupant beaucoup de facultés de l'intellect, tenant les sens dans une action variée et agréable , occasionnent une puissante diversion à l'excitation des qualités morales poussées même jusqu'à un degré pathologique, aussi allégent-ils considérablement et guérissent-ils très-souvent les passions , les affections et les monomanies.

La variété des pays , la diversité des aliments , le changement de sensations trop habituelles , les liaisons passagères , quelques privations, une grande liberté, de la galté, l'exercice musculaire , pro-

d ni sent , aux heures des repas , un appétit toujours énergique. Tous ces avantages des voyages ne se rencontreront pas pour un malade enfermé dans sa Toiture , et ne s'arrêtant que dans les villes où il est certain de trouver un bon hôtel. Au reste , le voyage , suivant l'affection pour laquelle il sera entrepris , pourra avoir lieu à pied, à cheval , en voiture, sur un vaisseau , et aura une action différente, suivant ces manières de voyager (voyez les articles où il est traité de la marche , de la promenade en voiture , de Yéquitation , de la navigation). Le climat doit aussi être mis en ligne de compte dans les voyages que l'on fait , car il exerce une grande influence sur l'économie partes qualités froides , chaudes , sèches et humides (voyez Sécrétions),

La plupart des personnes riches préfèrent les climats méridionaux de l'Europe. Beaucoup de motifs déterminent cette préférence : les contrées méridionales ont été le théâtre de grands événements. Rome , Thèbes , Athènes , remueront toujours profondément les imaginations ardentes. Mais si ces voyages conviennent dans beaucoup de maladies , ils sont loin d'être favorables dans celles de l'appareil encéphalique, et notamment dans la convalescence des diverses espèces de • folie. J'ai fait , ainsi que plusieurs de mes confrères , la triste expérience de tout ce que les pays chauds ont de pernicieux pour la convalescence de ces affections cérébrales. J'ai vu des malades éprouver , en approchant du midi , des accès beaucoup plus violents qu'à leur départ de Paris. L'un deux, entièrement guéri en quittant cette ville , eut , en approchant de l'Italie , de nouvelles visions , un autre devint , dans le raidi de la France , furieux au point de déchirer ses vêtements et de courir les champs. Les idées qui affectèrent ces malades, à l'occasion des objets qu'ils rencontrèrent , surtout le dernier, purent certainement avoir quelque influence sur le cerveau; mais la chaleur y eut encore la plus grande part. J'ai souvent eu , ainsi que beaucoup de médecins , occasion d'observer que , pendant les chaleurs de l'été , certaines qualités morales s'exaspèrent, chez quelques personnes , jusqu'à l'état le plus violent.

Les lieux que l'on prescrit de visiter doivent , abstraction faite du climat , être encore pris en considération par rapport aux idées qu'ils peuvent faire naître dans l'esprit de la personne que l'on fait voyager pour cause d'un dérangement des qualités morales. Ainsi , on ne conduira pas les individus atteints d'une monomanie d'amour physique , dans des lieux empreints d'images de volupté ; ainsi , le monomaniaque religieux sera éloigné du sol de la superstition et du fanatisme. J'ai vu des accès de délire religieux renaître chez un jeune raonomaniaque , à l'aspect des processions de pénitents blancs qui se faisaient à Montpellier.

Page 1