FACULTÉ D'IMITER, MIMIQUE
La mimique est la faculté de personnifier en quelque façon les idées et les sentiments, et de les rendre avec justesse par des gestes. Les observations de Gall l'ont porté à reconnaître que la mimique dérive d'un organe particulier, qui, dans la plupart des cas, forme une proéminence en segment de sphère , un peu plus haut que l'organe de la bonté, placé en avant. «Quelquefois, dit Gall, les circonvolutions qui constituent cet organe forment à l'extérieur deux proéminences allongées , qui s'étendent d'avant en arrière , placées à côté de l'organe de la bonté. »
La nature, en douant de la mimique l'homme et quelques animaux, n'a eu d'autre but que d'agrandir la sphère de leurs moyens d'expression. Ceux-ci nous sont donnés pour manifester, dans l'intérêt de notre conservation , les sentiments qui nous animent. Nous avons vu qu'un de ces moyens d'expression, le langage, est commun à l'homme et aux animaux , au moins à ceux d'entre eux qui vivent en société. Il en est de même de la mimique. L'homme étant pourvu de facultés qui lui font rechercher la société , et qui le font y porter son tribut de secours, devait aussi , pour être à portée de profiter de ces secours, pouvoir manifester qu'il en a besoin. Sujet tour à tour à la crainte et à la compassion , à l'amour et à la haine , il devait être pourvu de moyens prompts d'exprimer ces sentiments. Ces moyens d'expression devaient surtout être multipliés chez les individus qui occupent un degré élevé dans la chaîne animale, et dont les sentiments sont nombreux, les idées abondantes, etc. Cette faculté est, pour les espèces vivant en société, ce qu'est la locomotion pour tout être sensible.
La mimique est d'un puissant secours à l'orateur, aux paroles duquel elle don ne de l'âme et delà vie. Elle constitue le grand acteur ; elle se manifeste avec d'autant plus d'énergie, et a d'autant plus d'étendue qu'elle est accompagnée d'une plus grande vivacité de senti-
HYGIÈNE DE L'ENCEPHALE.
ments, et d'un plus grand nombre de facultés supérieures. Les développements diversement répartis des autres organes qui accompagnent celui de la mimique , constituent la diversité des acteurs.
Quand la mimique est très-développée, ses effets ne sont plus bornés à l'expression des sentiments éprouvés ; l'organe peut rendre par le geste ou par la parole, des sentiments tout à fait étrangers à la personne douée de la mimique. Cette personne revêt tour à tour l'habitude de l'homme humble ou de l'homme fier, de l'homme franc ou de l'homme dissimulé , imite les écritures diverses ou les manières différentes de dessiner. Il en est de même du style : ni les phrases ni les mots ne sont copiés ; mais l'arrangement de ceux-ci, la rapidité ou la lenteur du style, en un mot, la manière de travailler, tout cela est imité. L'homme doué à ce degré de la mimique reste-t-il un certain temps avec une personne capable de fixer son attention ; après lavoir quittée, il conserve pendant quelques moments, quelquefois même quelques jours, et, pour ainsi dire malgré lui, non-seulement tout l'extérieur de cette personne , mais même quelques-uns de ses sentiments intérieurs. Ainsi, non-seulement les attitudes, la démarche, les gestes, le son de voix, la parole ; mais encore l'esprit de ruse ou de franchise, la tendance à la rixe, à l'économie, à l'ordre, tout cela est conservé, et fait de la personne un autre individu, change, pour ainsi dire, son caractère propre, son moi habituel.
La mimique peut être portée encore plus loin : il est des cas où l'organe peut être excité jusqu'à un état maladif .-alors, ainsi que l'ont observé Cabanis, Pinel etHaslam, les personnes qui sont affectées de cet état éprouvent une impulsion intérieure violente, qui les porte à imiter tout ce qu'elles voient, et elles souffrent lorsqu'on les empêche de suivre cette impulsion. M. Landouzi, dans une série d'articles attrayants par la philosophie, par l'érudition, par le style , a montré jusqu'à quel degré peuvent être portées les propensions imitatives (i).
Un trop grand développement de la mimique doit être réprimé par l'exercice des autres organes. Gall soupçonne que la coïncidence de ce développement exagéré avec un pareil développement de l'organe de la poésie, est la cause productrice des visions, c'est-à-dire de la faculté de personnifier de simples idées , et de les transporter , ainsi métamorphosées , hors de nous. Suivant lui , celles-ci ont avec les rêves cela d'analogue , que , pendant les unes et les autres , tout ce que nous voyons , tout ce que nous entendons , comme se passant dans le monde extérieur , se passe dans notre intérieur; les inspirations, au contraire, ne sont que l'effet de l'activité désordonnée et
(i) Voyex Presse médicale , tome l*r, p. 105 et su it.
involontaire d'un seul organe , au moyen de laquelle l'homme sent une impulsion violente qui lui semble agir indépendamment de son moi f et qu'il regarde è cause de cela comme une inspiration, comme un ordre , un commandement reçus d'ailleurs.
La mimique étant une faculté qui se manifeste déjeune âge, il est très-important de placer auprès des enfants , des personnes dont la conduite ne puisse fournir que de bons exemples à imiter, tant pour ce qui a rapport à la moralité des actions, que pour ce qui a trait aux idées, au langage, à la prononciation, aux gestes, etc., etc..