‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 80 sur 106 · DE LA MAIL · texte numérisé non relu

DE LA MAIL

Avant de terminer ce paragraphe, disons un mot de quelques cosmétiques dont on ne se sert ni pour la barbe, ni pour les cheveux, mais à l'aide desquels on prétend redonner à la peau la fraîcheur et le brillant qu'elle a perdus. On doit d'abord rejeter comme dangereux tous les cosmétiques dans lesquels entrent les composés de plomb , de bismuth , d'arsenic et de mercure. À la tête de ces cosmétiques , se trouvent: 1° le blanc de fard, composé de craie de Briançon et de sous-nitrate de bismuth ; 2° le rouge dont se servent les acteurs , et qui est composé de sulfure de mercure (vermillon) étendue avec la craie de Briançon. L'usage de ces cosmétiques peut devenir dangereux par l'absorption des matières vénéneuses. Le dernier peut ébranler et faire tomber les dents , comme si l'on eut été soumis à un traitement mercuriel.

On doit préférer au premier de ces deux cosmétiques, le blanc, qui résulte d'un mélange de blanc de baleine et de craie de Briançon, et au second, le rouge végétal qu'on extrait des fleurs du carthamus linetorius.

Des cosmétiques bien plus puissants que ceux-ci pour redonner à la peau sa fraîcheur et son coloris, sont le sommeil pris pendant la nuit, l'exercice en plein jour et de grand matin, la modération dans les plaisirs , l'éloignement des causes que l'on soupçonne propres à déterminer des chagrins , etc. Ce sont là les seuls cosmétiques que doive conseiller le médecin.

Il est pourtant quelques eaux aromatiques ou quelques embrocations douces qui peuvent être employées sans inconvénient. Celles qui se trouvent indiquées (Dictionn. des Se. méd.) sont : les eaux distillées de roses, de fèves, de fraises, etc.; 2° les pommades de concombre, d'amandes douces, de cacao, de baume de la Mecque, etc. ; 8° l'émulsion balsamique , que l'on prépare en triturant dix gouttes de baume de la Mecque avec un gros de sucre et un jaune d'œuf, en versant ensuite peu à peu dans le mélange six onces d'eau de rose distillée, et en passant le tout à travers un blanchet. On se sert de cette pommade ou de cette étnulsion dans le cas ou la peau est devenue rugueuse. On se frotte , dit Cadet, le soir , le visage avec cette composition , qu'on laisse sécher sans s'essuyer , et , le matin , on se lave avec de l'eau pure ; 4° le lait virginal, qu'on prépare en versant quelques gouttes de teinture de storax ou de benjoin dans de l'eau pure , jusqu'à ce qu'elle soit blanche comme du lait ; 5° les eaux spiritueuses et aromatiques , telles que Veau de Cologne , les eaux de Ninon , à'Ispahan , etc.

Les moyens employés par les femmes pour faire tomber les poils qui, croissant sur des parties qui en sont ordinairement dépourvues,

peuvent porter atteinte à la beauté , ont été indiqués en parlant des pratiques accessoires des bains (voyez la page 569). Il ne doit pas être question, dans le chapitre Peau, des cosmétiques employés pour les dents. Nous renvoyons donc au chapitre Bouche, page 263.

§ X. Des vêtements.

On entend par le mot vêtements , toute substance appliquée sur le corps, dans le but de le garantir immédiatement des impressions chaudes , froides et humides de l'air , ainsi que de ses vicissitudes. Les vêtements remplissent cette indication , soit en retenant à la sur» face du corps une certaine quantité du calorique qu'il produit, soit en défendant la peau du calorique extérieur ou de l'humidité , ou , pour exprimer à la fois la double manière d'agir des vêtements, ils élèvent une barrière entre la température propre du corps et la température extérieure, barrière qui devra être plus ou moins imperméable, selon que la température extérieure sera plus ou moins susceptible de léser les organes par ses excès ou ses vicissitudes.

ARTICLE PREMIER

De la matière et de la couleur des vêtements.

1 0 Matière des vêtements. — Les substances qui constituent la matière de nos vêtements sont animales ou végétales: les substances animales sont la laine , la soie , le poil , le crin et même la peau entière de quelques animaux. Les végétales sont le chanvre, le lin et le coton et même la paille et les joncs. Quelquefois, dans la matière des vêtements, on réunit des substances animales et des substances végétales.

Les matières diverses destinées à nos vêtements jouissent de propriétés différentes , suivant qu'elles sont plus ou moins conductrices du calorique, suivant qu'elles se chargent 'plus ou moins de l'humidité, soit de celle qui est extérieure, soit de celle qui émane de notre corps, et suivant qu'elles la laissent échapper plus ou moins facilement.

Avant de parler en particulier des diverses substances énoncées , rappelons d'abord que par l'expression , bon conducteur du calorique , on entend la propriété qu'a un corps de recevoir, d'admettre facilement le calorique , de s'en laisser pénétrer , puis de le céder avec la même facilité ; et que par cette autre expression, mauvais conducteur, on désigne un corps qui se refuse à cette pénétration et à cette transmission. En appliquant maintenant cette définition à nos vêtements, on saura que la matière la moins conductrice du calorique, celle qui

refuse le plus de s'en charger et de le transmettre, est dite fa plus chaude. En effet , elle ne laisse pas échapper le calorique que dégagent nos organes, elle ne s'en laisse même pas pénétrer , conséquentment elle le laisse se concentrer à la surface du corps. Les vêtements de laine sont dans ce cas : ils ne s'échauffent pas , ils n'enlèvent pas de calorique au corps , ils le lui conservent. Par la même raison , si la température extérieure était plus élevée que celle de notre corps , ces vêtements, mieux que les autres, préserveraient du calorique ; car s'ils se laissent difficilement pénétrer du calorique de notre corps, ils se laisseraient tout aussi difficilement traverser par le calorique extérieur. Ainsi , un bonnet de laine garantit mieux des rayons intenses du soleil qu'un bonnet de chanvre.

Les corps bons conducteurs du calorique fournissent, au contraire, les vêtements dits les plus frais , puisqu'ils se laissent pénétrer par le calorique de notre corps et le laissent échapper ; mais, en même temps, comme ils se laissent de même pénétrer par le calorique extérieur, et le transmettent avec la même facilité à notre corps , ils sont aussi les moins propres à nous mettre à l'abri des rayons solaires intenses. C'est peutnêtre pour ce motif que l'Espagnol, exposé aux rayons solaires les plus pénétrants, drape sur ses épaules sa couverture de laine. Cependant , comme la température de notre corps est presque constamment supérieure à la température ambiante, il y a toujours avantage marqué à se servir , pendant les temps chauds , de vêtements bons conducteurs du calorique. Aussi , dans nos climats , le chanvre et les tissus végétaux seront-ils toujours et avec raison , pendant l'été , préférés à la laine et aux tissus animaux.

La manière dont sont tissées les étoffes contribue à les rendre plua ou moins conductrices du calorique. Ainsi celles dont la trame est lâche et poreuse, qui renferment de l'air dans leurs interstices, et qu'on pourrait , au premier abord , croire propres à laisser échapper le calorique , sont , au contraire , plus propres à le retenir, sontj, en un mot , plus mauvaises conductrices que ne le sont des étoffes semblables à tissu plus serré , quoiqu'il y ait quantité égale de matière dans les unes et les autres. Cette vérité a été mise hors de doute par cette expérience de Rumfort : il enveloppe un corps chaud avec de la bourre de soie et de la laine non cardée. Il constate le temps pendant lequel ce corps conserve la chaleur. Il enveloppe ensuite le même corps chauffé à la même température, d'une quantité égale de soie et de laine filée : le corps se refroidit plus promptement que dans le premier cas. La seconde enveloppe , quoique de même matière que la première et de poids égal , se laisse donc pénétrer et traverser plus facilement par le calorique . parce qu'elle est plus serrée , parce que

574 HYGIÊlNE DES ORGANES SÉCRÉTEURS.

sa trame présente moins d'interstices. Les physiciens donnent l'explication de ce fait en disant que l'air , emprisonné dans les mailles des tissus lâches, ne jouit qu'à un très-faible degré, de la faculté conductrice du calorique. Quoi qu'il en soit, ce qu'il y a de certain , et ce que démontre l'expérience journalière , c'est qu'abstraction faite de la quantité de matière employée, les vêtements sont d'autant plus mauvais conducteurs du calorique, oonséquemment plus chauds, qu'ils sont plus épais, plus tomenteux , plus hérissés d'aspérités, plus lâchement tissés , enfin moins lisses et moins serrés. Ainsi , du coton ou de la laine, cardés et renfermés entre deux pièces d'étoffe de soie, composeront un vêtement qui retiendra beaucoup plus de chaleur sur le corps qu'un tissu serré du même poids confectionné avec ces diverses matières. Par la même raison , une camisole en laine lâchement tricotée sera beaucoup plus chaude qu'un même vêtement fait avec la même quantité de laine employé en tissu plus lisse et plus serre De même encore, un matelas nouvellement cardé sera plus chaud que celui qui n'a pas subi cette opération depuis longtemps.

Le plus ou moins de facilité avec lequel les vêtements reçoivent et abandonnent l'humidité les rend plus ou moins froids. Par exemple, les tissus de chanvre , qui s'imbibent rapidement de l'humidité du corps et s'en débarrassent rapidement, causent plus de refroidissemen t que ceux de laine, qui s'imbibent plus lentement et sont le siège d'une évaporation plus lente, et qui, de plus, peuvent contenir une grande quantité d'humidité sans qu'elle soit sensible.

C'est sur la connaissance des propriétés que nous venons d'examiner, que doit être fondé le choix de la matière des vêtements qui doivent servir à l'homme , suivant les climats , les saisons , les sexes , les âges, les tempéraments , etc.

Chanvre et lin. — Les tissus fabriqués avec ces deux matières sont bons conducteurs du calorique , conséquemment très-frais. Ils se mouillent aisément et refroidissent la peau , parce qu'ils laissent facilement échapper leur humidité , qui , pour se réduire en vapeurs , enlève du calorique à l'économie. La toile de chanvre et de lin est donc, de toutes les matières destinées aux vêtements , celle qui favorise le plus la production des affections résultant de l'impression du froid humide sur la peau. Les personnes disposées aux maladies de peau , maladies qui , comme on sait , s'accompagnent de chaleur et de démangeaison , trouveront dans la toile de chanvre ou de lin une * substance bonne conductrice du calorique, conséquemment fraîche et incapable par sa nature d'augmenter la chaleur, l'irritation et la démangeaison qu'on a pour but d'apaiser. Cette toile serait contraire, si l'on voulait entretenir un excès d'action à la peau , comme cela a

lieu dans les cas nombreux où Ton veut la rendre le siège d'une révulsion légère et étendue.

Coton. — Ce tissu, un peu plus mauvais conducteur du calorique que le chanvre et le lin, laisse moins échapper de chaleur que ceuxci de la surface des corps, absorbe et retient une portion de la transpiration, conséquemment en laisse moins refroidir à la surface de la peau. Son usage est généralement plus avantageux que celui de la toile, à moins qu'il n'existe quelque affection cutanée qu'on veuille réprimer.

Le préjugé qui fait regarder le coton, dans son emploi hygiénique, comme moins sain que le chanvre ou le lin , tient à ce que , moins bon conducteur du calorique, hérissé de plus d'aspérités, conséquemment plus irritant que ces deux substances, le coton, dans certains états morbides, les dartres ou les légères excoriations de la peau ou de l'extrémité des membranes muqueuses, entretient plus de chaleur et d'irritation, et s'oppose davantage à la guérison de ces affections que ne le ferait la toile de chanvre ou de lin. Mais, dans ce cas, la laine, plus tomenteuse et plus chaude, serait encore plus nuisible. C'est cela seul qui doit avoir donné lieu au préjugé répandu, et c'est là aussi le seul cas dans lequel toute autre matière que le chanvre et le lin bien lavés, bien fins et bien usés, ne peut qu'être nuisible. Hors ce cas, le linge de coton a sur celui de toile l'avantage d'être plus chaud en hiver; et, pendant l'été, de ne point exposer le corps aux dangers d'un refroidissement trop rapide.

Le coton doit surtout être employé de préférence au chanvre et au lin par les habitants des pays froids et humides.

Soie,— Mauvaise conductrice du calorique, elle n'est guère employée sur la peau que dans le vêtement qui couvre les jambes, mais elle est d'un grand secours lorsque , pour obtenir beaucoup de chaleur , on veut donner de l'épaisseur aux vêtements sans augmenter leur poids : alors on ouate la soie, c'est-à-dire qu'on interpose entre deux pièces de cette étoffe une plus ou moins grande quantité de coton cardé.

Laine, — Très- mauvaise conductrice du calorique, la laine , outre la propriété dont elle jouit, au suprême degré , d'empêcher la chaleur de s'échapper du corps, détermine encore, par les aspérités qui la constituent, une irritation, une augmentation de circulation dans les capillaires de la peau : elle produit des démangeaisons qui , pendant les premiers jours, rendent son usage incommode. Elle augmente l'exhalation cutanée, mais se charge parfaitement des produits de cette sécrétion , les retient fortement, et ne permet jamais qu'ils se refroidissent à la surface du corps.

L'usage de la laine sur la peau est un des moyens les plus pré-

eieux que possède la thérapeutique ; niais il est eu même temps la source de la majeure partie des infirmités pour la guérison desquelles il est le plus puissant agent. Je m'explique : nous ayons dit ailleurs qu'il faut exercer graduellement l'homme à supporter les variations atmosphériques et surtout le froid ; nous avons dit que cette éduca* tion est le préservatif le plus efficace des maladies que causent journellement les impressions vives de l'air. Or, il est clair qu'une éducation opposée à celle-ci ne tend qu'à nous rendre susceptibles , impressionnables, accessibles aux moindres causes de maladies ; c'est pré* cisément là ce que produit d'abord l'habitude de se couvrir la peau avec de la laine. Aussi tous les individus qui, étant jeunes, ont, sans motifs , contracté cette habitude dont l'omission est si dangereuse , sont plus impressionnables dans un âge avancé , plus sujets que les hommes endurcis aux vicissitudes atmosphériques , à être affectés , pour la moindre cause, de rhumatismes , de catarrhes, de névralgies et de mille autres incommodités. D'un autre côté, cette habitude prive d'une des plus puissantes ressources pour la guérison de ces affections, puisque, au bout de quelque temps , l'impression de chaleur et de picotement que produisait la laine sur la peau , devient tout à fait nulle, et qu'il faut recourir à un moyen thérapeutique plus énergique. L'effet singulier de l'habitude de la laine sur la peau est de rendre nul le bien dont on jouit , et nécessaire celui dont on ne peut plus jouir. Il y a donc un grand inconvénient à adopter sans nécessité, comme le font la plupart des jeunes gens, l'usage d'un gilet de flanelle sur la peau.

On ne saurait non plus trop s'élever contre l'absurde manie qu'ont les parents de faire violence à des enfants bien portants pour leur faire supporter des bas de laine. Ce sont précisément tous les enfants qui n'en ont pas besoin qu'on est obligé de violenter, et par une raison toute simple : c'est que la laine ne démange et ne tourmente que la peau colorée, chaude et sensible de l'enfant qui se porte bien, et qu'elle ne produit que très-peu d'incommodité sur la peau pâle, froide et inerte des petits lymphatiques affectés de carreau, de tumeurs blanches ou autres maladies. J'ai toujours vuces derniers endurer, sans se plaindre, l'application de la laine , tandis que les enfants actifs et mobiles ne peuvent être couverts de cette substance, sans jeter les hauts cris. Ici donc encore, comme dans mille autres cas, ne soyons pas sourds à l'expression des sensations.

Le choix de la laine n'est pas indifférent. Si l'on ne veut obtenir qu'une excitation modérée de la peau , on choisira la flanelle anglaise, ou du moins une flanelle fine et unie. Si l'on veut stimuler davantage la peau, on usera d'une flanelle moins douce, présentant plus d'aspé-

rites, ou mieux eneore d'un gilet de laine tricotée. Mais, je le répète, et je ne saurais trop le répéter, gardons-nous d'abuser de ee précieux moyen. Que de vésicatoires , de cautères et de moxas il remplacera par la suite , si nous ne le prodiguons pas prématurément, et à quel arsenal de ces topiques ne serons-nous pas obligé devoir recours , souvent en vain , pour avoir prématurément usé sans nécessité du gilet de laine!

C'est principalement pour remédier aux rhumes, aux rhumatismes, à la goutte , aux névralgies , aux affections intestinales chroniques, aux hémorrhoïdes , à la leucorrhée , aux affections catarrhaïes de toute espèce , que l'excitation de la peau par le gilet ou le caleçon de laine devient un puissant secours. Si la face ou le crâne sont atteints de quelques maladies de la peau, la laine appliquée sur le tronc et les membres, exercera encore une action révulsive qui sera très-propre à détourner l'irritation de la peau de la tête.

Si l'emploi de la laine sur la peau pouvait être toléré chez les jeunes gens hors les cas de maladies, ce serait chez ceux qui sont obligés de séjourner dans des contrées froides et humides, chez les marins, exposés continuellement aux vicissitudes atmosphériques les plus extrêmes.

On avance généralement , et avec beaucoup de raison , que lorsqu'on a une fois contracté l'habitude des gilets de laine sur la peau, il est dangereux d'y renoncer. Cette assertion est juste ; il faut subir le joug que Ton s'est imposé. Si , au contraire, on vient à porter accidentellement un gilet de flanelle pour enlever un rhume ou une douleur rhumatismale , quand l'affection est une fois enlevée , on peut cesser de porter le gilet , de même qu'on cesse de prendre des médicaments ; on le doit même , sous peine de rentrer dans le cas de l'individu qui a pris cette habitude sans nécessité , et d'en subir toutes les conséquences que nous avons signalées ci -dessus.

11 faut renouveler les tissus de laine toutes les fois qu'ils sont imprégnés d'humidité et d'émanations animales.

Poil. — Les fourrures et pelleteries , encore plus chaudes que la laine, peuvent être mises en usage dans les cas indiqués à l'occasion de cette matière.

2° Couleurs des vêtements. — La couleur des vêtements influe sur le plus ou moins de chaleur qu'ils procurent. Nous avons déjà cité cette expérience de Franklin, de laquelle il résulte que la neige fond plus vite sous un morceau de drap noir que sous un morceau de drap blanc ; ajoutons ici celle du docteur Stark. Il a constaté qu'un thermomètre très-sensible enveloppé de laine noire mit 4 minutes 30 secondes pour s'élever de 10° à-f- 21°c. ; qu'il fallut 5 minutes pour

arrivée au même point avec la laine vert foncé ; 5 minutes $0 secondes avec la laine écarlate, et enfin 8 minutes avec la laine blanche.

Des expériences dans un sens contraire furent entreprises au moyen d'un thermomètre à air. La boule de l'instrument fut entourée, au moyen d'un pinceau, d'une couche légère de couleurs différentes. La couleur noire fut donnée avec la fumée de bougie. Dans une moyenne de quatre expériences , le thermomètre, avec la couleur noire , descendit de 1 à 88 divisions ; le brun foncé (moyenne de trois expériences) à 74; le rouge orange, à 08; le jaune, à 53; le blanc, à 43.

Les mêmes remarques ont été faites sur la promptitude avec laquelle se refroidissent les corps suivant qu'ils sont enveloppés de laine de couleurs différentes. Un thermomètre chauffé à + 82° c, et enveloppé de laine noire, mit 21 minutes pour descendre à 10° c. ; 26 minutes pour arriver au même point lorsqu'on le recouvrit de laine rouge et 27 minutes avec de la laine blanche.

Il semblerait exister une dissidence entre ces expériences et quelques autres récemment faites, si toutefois M. Chevallier ne n'est pas trompé en m'assurant avoir constaté expérimentalement que la couleur rouge est celle qui absorbe le plus de calorique. Quoi qu'il en soit , au reste, on voit que les étoffes colorées ont été à juste raison regardées comme plus facilement perméables au calorique que les blanches.

En conséquence de ce fait, on est porté à croire qu'on doit préférer pendant l'été les vêtements de couleur claire, et pendant l'hiver ceux de couleur foncée. Cependant on objecte à cette conséquence naturelle , que , si d'un côté les vêtements blancs réfléchissent par leur surface externe la chaleur atmosphérique , d'un autre côté ils réfléchissent, par leur surface interne appliquée au corps, la chaleur qui s'en dégage et qui tendait à le quitter ; ils la lui conservent, au lieu de la transmettre au dehors comme le feraient les vêtements noirs.

Que résulterait-il de ces deux assertions ? que , lorsque par une haute température nous sommes exposés au soleil, nous devons considérer comme peu importante la concentration du calorique animal par le vêtement blanc, comparativement à l'égide qu'il nous offre en réfléchissant les rayons solaires: ce vêtement dans cette circonstance sera plus frais que le noir.

Mais, quand la température est basse, les vêtements blancs sont-ils encore plus frais que les noirs , conséquent ment plus défavorables , ainsi que le prétendent plusieurs auteurs d'hygiène ? Si nous essayons de nous échauffer en nous approchant d'un foyer , il est certain que les vêtements noirs sont ceux qui nous communiqueront le plus promptement la chaleur , bien qu'ils laissent dégager celle de notre

corps, car nous n'avons qu'à gagner dans l'échange que nous faisons avec un foyer bien ardent. Mais hors cette supposition , dans tous les cas où nous sommes exposés à l'air extérieur, par une température basse, les vêtements blancs seront les plus chauds.

Si nous voulions être minutieux, nous devrions peut-être observer que dans l'été , à l'ombre , les vêtements noirs , qui laissent mieux échapper le calorique de notre corps que les blancs , ont peut-être quelque avantage sur ceux-ci, de même qu'ils en ont encore sur eux dans l'hiver, puisqu'ils admettent mieux le calorique que les blancs, quand on est renfermé chez soi devant un foyer ardent.

Quoi qu'il en soit de ces deux exceptions , on pourrait , de la discussion à laquelle nous venons de nous livrer, tirer cette conséquence, que , pour toutes les saisons et pour tous les climats , les vêtements de couleur claire auraient quelque avantage sur les noirs , sous le rapport de la quantité de chaleur qu'ils retiennent ou qu'ils transmettent à la surface de notre corps; mats cette supériorité , si elle est réelle, peut être négligée, en comparaison de celle qui tient à la nature du tissu; et les inconvénients que, pour la propreté, les vêtements de couleur claire offrent dans nos climats , pendant la saison froide, feront toujours donner la préférence à ceux de couleur foncée.

Pour terminer ce qui a rapport à la couleur des vêtements , disons que, suivant certains auteurs, des accidents auraient été produits par des teintures qui, après avoir été détachées de l'étoffe et avoir coloré la peau, ont été absorbées. Nous ne connaissons aucun fait qui établisse cette assertion ; et bien que, dans ces derniers temps, M. Chevreuil se soit, par exemple, assuré que des préparations cuivreuses sont généralement introduites par les apprêteurs dans l'opération du blanchissage des tissus de laine, dans le but d'obtenir un léger azurage agréable à l'œil, la quantité du sel de cuivre est néanmoins si minime, qu'il n'en parait rien résulter de fâcheux.

ARTICLE II

Delà forme desvêtements et de diverses pièces de Vhabillement en particulier :

La forme des vêtements, considérée en général, influe sur l'économie de plusieurs manières: 1° elle contribue à la conservation du calorique animal , ou facilite sa dispersion. Ainsi , pendant les saisons et dans les climats chauds, des vêtements très-larges, qui permettent à l'air de se renouveler souvent, conviennent beaucoup mieux que des vêtements étroits, qui s'appliquent et se moulent, pour ainsi dire, à la surface du corps, et retiennent un air chargé de calorique; ceux-ci

doivent à leur tour être préférés aux premiers pendant les saisons et dans les climats froids. L'application de ce principe se rencontre , d'une part, chez les Turcs, les Persans, les Égyptiens, etc., qui nous offrent un modèle des vêtements convenables aux pays chauds ; et , de l'autre part, chez la plus grande partie des Européens et des Américains, dont le costume est, malgré ses imperfections, mieux adapté aux climats froids. â° La forme des vêtements influe sur la santé par le plus ou moins de compression qu'ils exercent sur certaines parties; ainsi cette compression peut tantèt gêner le cours du sang et de la lymphe, comme le font souvent des cols de chemise, des jarretières, des cravates, des manches d'habits ou de robes trop serrées, et causer des apoplexies, des varices, des oedèmes, l'engorgement des glandes sous-maxillaires ; tantôt nuire à la respiration, en supposant à l'ampliation des cavités thoraciqu es ou abdominales, comme le font les corsets et les pantalons trop hauts et trop étroits de ceinture, et prédisposer aux hémoptysies, aux palpitations, aux anévrismes, aux hernies des viscères abdominaux, nuire au développement des glandes mammaires et du foie , et causer des déviations de l'épine. 3° La forme des vêtements influe encore sur la santé, par le plus ou moins de parties qu'elle laisse à découvert ou qu'elle protège contre l'action des corps extérieurs; ainsi tantôt on porte le gilet fermé sur la poitrine jusqu'audessous de la cravate, d'autres fois on le porte ouvert jusqu'au-dessous du sternum. 11 résulte de ces changements, que l'individu qui s'est habitué au gilet fermé contracte un mal de gorge ou une phlegmasie de poitrine, dès qu'il se sert du gilet ouvert. Ces divers objets, relatifs à la forme des vêtements, vont être mieux appréciés dans l'examen que nous allons maintenant faire de chaque pièce de l'habillement en particulier. Tout ce qu'on peut avancer d'une manière générale, c'est qu'un vêtement qui nuit à l'étendue d'une fonction quelconque finit par donner lieu à des accidents plus ou moins sérieux.

Chemise. — A près ce que nous venons de dire des matières destinées aux vêtements, et particulièrement du chanvre, du lin et du coton, il nous reste peu de chose à observer sur la chemise. Il est probable que l'introduction de ce vêtement chez les peuples modernes est, en grande partie , la cause de la disparition de certaines maladies dégoûtantes , telles que la lèpre , etc. , auxquelles ont été sujets tant de peuples chez lesquels la propreté n'était pas la vertu dominante, maladies qui subsistent encore, dit-on, dans les pays où l'on ne se sert pas de chemise. Quelle différence, en effet, pour la modification des fonctions de la peau, entre ces draperies en laine qu'on usait quelquefois sans les dégraisser, et cette chemise qu'on change plusieurs Ibis par semaine, et dont le tissu d'ailleurs ne produit aucune excitation!

Le col de la chemise doit être large , sous peine de faire encourir les plus graves dangers. On conçoit que ces dangers Tiennent de l'obstacle apporté, par la compression de la jugulaire, au retour du sang , qui ne cesse pas , malgré cela , d'arriver au cerveau par les artères carotides et les vertébrales, que leur position jmoins superficielle met à l'abri de la compression exercée sur la veine. J'ai quelquefois fait une observation qu'il n'est peut-être pas inutile de faire connaitre.il arrive souvent que les chemises, principalement celles que Ton vend toute faites , ont le diamètre transversal trop peu étendu , ou l'épaulette trop en avant, bien qu'elles soient suffisamment larges au cou. Si l'on se sert de ces chemises, dont on n'aperçoit pas d'abord l'imperfection, et qu'une position quelconque vienne à faire effacer les épaules, la partie antérieure du cou se trouve fortement comprimée par le col de la chemise tiré en arrière de chaque côté par les épaules , et une semblable compression peut frapper d'apoplexie , et même de mort , un individu prédisposé aux congestions cérébrales.

Cravate» — Ce vêtement de cou , introduit en France, suivant Percy, en 1660, encore inusité chez beaucoup de nations , se compose de tissus de différente nature. Quelques-uns sont soutenus par une carcasse en baleine flexible, des poils de sanglier réunis en petits faisceaux ; d'autres sont garnis de ouate; d'autres enfin sont fortement imprégnés d'empois. De toutes ces manières d'être, il résulte que les inconvénients delà cravate tiennent an degré de pression qu'elle exerce sur le cou, à son inflexibilité, enfin à la chaleur qu'elle concentre sur la région où elle est appliquée. Les cravates trop serrées et trop larges produisent sur le cou la compression mentionnée en parlant du col de la chemise. Ghex l'individu le plus décoloré, ^ui, sacrifiant à la mode actuelle, vient d'ajuster une telle cravate, les vaisseaux de la face sont distendus par l'obstacle apporté au retour du sang, le visage se colore, les yeux deviennent saillants, brillants, puis rouges 5 enfin il survient assez souvent des saignements de nez. Mais , si la compression continue, ce qui se manifeste à la face se passe également dans le cerveau : l'afflux du sang y distend les vaisseaux, la tête devient pesante; il survient alors quelquefois des vertiges, des étourdissements, et cette congestion répétée finit par disposer à diverses affections du cerveau , quand quelque cause déterminante , comme la flexion du tronc ou quelque mouvement pénible, ne seconde pas de suite l'effet de la compression en causant une apoplexie foudroyante. L'inflexibilité des cravates, indépendamment de la compression, a aussi des inconvénients: j'ai observé, chez plusieurs jeunes gens, des tuméfactions des glandes maxillaires , qui ne reconnaissaient pas d'autre cause que la hauteur et la dureté de la cravate. Percy dit avoir vu des cols cartonnés pro-

duire, chez des militaires, auxquels d'ineptes colonels faisaient serrer le cou pour simuler l'embonpoint, des ulcérations, des callosités, l'enrouement et l'évasement de la mâchoire inférieure, etc.

Enfin l'usage de la cravate produit, encore des accidents que l'on pourrait croire son invention destinée à prévenir : ces accidents sont des maux de gorge plus fréquents, résultat manifeste de l'impression- Habilité qu'a acquise cette partie, continuellement garantie des injures de l'air et souvent maintenue, par des tissus de soie ouatés , dans un état de moiteur. Les accidents ne manquent surtout jamais de se manifester, lorsque après un exercice un peu violent on vient à ôter sa cravate dans un lieu frais : un régiment d'infanterie , au rapport de Percy, voyageait par un temps orageux et chaud; les soldats étaient haletants; le colonel permet d'ôter le col; on entre dans une gorge des Vosges, ouverte au vent du nord-ouest , sans songer à faire remettre ce vêtement; le lendemain, il faut envoyer à l'hôpital soixantetreize hommes, la plupart atteints d'angine inflammatoire; les jours suivants, on y envoie plus de trois cents antres, non moins malades que les premiers. • \

Puisque la mode nous impose la cravate , sons peine d'être flétris par le ridicule, portons-la de mousseline , d'organdi ou de taffetas , peu importe; mais réduisons-en la largeur à quatre travers de doigt au plus; bannissons-en avec soin ces carcasses nuisibles de carton, de crin, de baleine ou de fils de laiton , lorsque toutefois elles sont trop hautes; ne la «errons pas assez pour qu'on ne puisse librement promener le doigt entre elle et le cou ; choisissons les plus légères , en été surtout ; gardons-nous de les enlever lorsque nous sommes en transpiration, et, par ces précautions, nous aurons évité une partie des inconvénients de la cravate. Il est inutile de rappeler qu'on en doit lâcher le nœud pendant le chant, la déclamation , le travail de cabinet ; qu'on doit là supprimer quand on se livre au sommeil ; que c'est surtout chez les vieillards que la compression des vaisseaux veineux a les plus funestes résultats ; qu'enfin les femmes ne doivent pas se couvrir sans motifs de ces chaudes fourrures désignées sous le nom de boa dont elles s'entourent le cou et qui le maintiennent en transpiration perpétuelle.

Corset. — La raison a toujours proscrit les corsets , mais la mode les a toujours maintenus. Cette espèce de constricteur circulaire de la poitrine et du ventre a mille inconvénients qui ont été mille fois signalés. Voici les principaux : le corset tend à maintenir dans l'immobilité deux cavités dont les dimensions varient sans cesse; à transformer en sommet la base du cône que représente la cage osseuse de la poitrine; par cette compression, le corset nuit à la libre exécution

de trois importantes fonctions, la respiration, la circulation, et ta digestion ; il détermine la stase du sang dans le poumon et le cœur ; il est une cause prédisposante d'hémoptysie, de phthisie, de palpitations , d'anévrismes , de trouble dans la digestion et les hernies des viscères abdominaux. Le corset détruit la fermeté de la gorge, s'oppose quelquefois au développement des mamelons , donne naissance à beaucoup d'indurations de glandes mammaires , auxquelles on ne sait à quoi attribuer la cause. M. Ferras a remarqué que l'usage du corset, chez les femmes, pousse vers l'extrémité inférieure de la poitrine les organes contenus dans cette cavité, de telle sorte que, chez elles, le foie dépasse souvent de plusieurs pouces les dernières côtes, et que celles-ci impriment sur la face supérieure de cet organe un sillon plus ou moins profond. Le moindre inconvénient de cette compression est de nuire au développement du foie. Fournier prétend que l'usage ducorset rend souvent l'épaule droite plus grosse que la gauche, parce que la première, ayant à exécuter des mouvements plus fréquents, parvient plus facilement à se mettre en liberté, et prend par cette raison un accroissement dont est privé le côté gauche , assujetti à une compression perturbatrice. On ferait un volume entier si l'on voulait réunir tous les inconvénients qu'on a reprochés aux corsets ; mais, comme les plumes éloquentes de Buffon et de Rousseau ont échoué dans le louable but de supprimer cette pièce de vêtement ; il n'est plus permis de compter sur une réforme à cet égard : bornons-nous donc à indiquer ce qu'il y a de moins mauvais dans une chose essentiellement mauvaise.

Les femmes qui font usage du corset , prétendent que, lorsqu'elles en sont dépourvues, elles manquent de soutien. Cet aveu démontre tout le pouvoir qu'a cette machine pour atrophier les muscles du tronc et leur faire perdre leur force, et l'on en peut, jusqu'à certain point, inférer que, loin de prévenir les déviations plus ou moins considérables qu'un œil exercé peut remarquer, à Paris, chez les quatre-vingtdix centièmes des jeunes filles, le corset destiné au redressement, favorise , au contraire, ces déviations, en prêtant un appui à des muscles déjà trop peu exercés et trop faibles (voyez ce que nous avons dit page 2Î7). Il est donc très-dangereux de faire usage du corset avant que les organes musculaires et thoraciques aient acquis un certain développement. Quand cette époque approche et que l'ascendant d'une coquetterie erronée exige ce vêtement, on doit au moins le dépouiller de tout ce qui peut le rendre trop dangereux. Par exemple, on pourrait rendre les buses plus souples, et remplacer la simple toile du corset par des tissus élastiques , qui , sans cesser de s'appliquer au corps et de soutenir la gorge, se prêteraient aux mouvements

continuels du thorax et de l'abdomen , et ramèneraient légèrement les épaules en arrière, sans laisser empreints sur la peau de la partie antérieure de l'articulation scapulo-humérale, les stigmates d'une pression douloureuse. Ce qu'il y aurait de mieux à faire encore serait de se passer du corset et de rendre superflu ce soutien artificiel , en augmentant, par une gymnastique bien dirigée, la force des soutiens naturels, c'est-à-dire, des muscles de la partie postérieure du tronc.

Ceinture. — Elle est employée par les hommes très-gros pour soutenir les viscères abdominaux, par les hommes qui , se livrant à de grands efforts musculaires, ont pour but de fournir un point d'appui à la masse sacro-lombaire. Elles peuvent favoriser la production des hernies inguinales, en agissant dans le sens des causes qui diminuent l'étendue de la cavité abdominale.

Bas. — Les bas forment le vêtement qui est appliqué sur la jambe et le pied. Ce vêtement était ignoré des anciens, et Test même encore de quelques peuples modernes. Les bas sont confectionnés avec le chanvre ou le lin, le coton, la soie ou la laine. L'usnge des différentes espèces de bas doit être entièrement subordonné à l'état de l'individu. Il est absurde de croire qu'il faille s'habituer à porter des bas de laine ou des chaussons de flanelle dans l'état de santé, sous peine d'être atteint de maux de gorge, de coryzas et de catarrhes. Les hommes les plus exposés à ces accidents sont, au contraire, ceux qui, par de mauvaises habitudes, se sont rendu nécessaires ces ressources, qu'on devrait conserver pour l'état de maladie. Nous renvoyons à ce que nous avons dit des divers tissus employés aux vêtements, particulièrement à ce que nous avons dit de la laine.

Jarretières. — L'invention des jarretières est une conséquence de celle des bas, qu'elles sont destinées à maintenir en place. Leurs inconvénients , lorsqu'on les porte habituellement trop serrées et dénuées d'élasticité, sont de causer des varices , et chez quelques individus l'œdème des pieds et de l'extrémité inférieure delà jambe. On devrait se débarrasser des jarretières lorsqu'on pratique ceux des exercices de corps qui emploient fortement les membres abdominaux. Dans ces exercices, les muscles de la jambe, contractés, expriment avec force le sang veineux contenu dans leur tissu, les veines sous -cutanées reçoivent en plus grande quantité ce fluide; mais il ne peut franchir la ligature : les vaisseaux alors se dilatent, cèdent au-dessous de celle-ci, et des varices finissent par être le résultat de ces liens. Les hommes commencent à les bannir depuis la mode des pantalons, parce qu'alors on remplace les bas parles chaussettes. Comme les femmes n'ont encore rien qui supplée aux jarretières, elles doivent avoir soin de n'en porter que d'élastiques, faites avec le caoutchouc (gomme élastique)

découpé en lanières et formant un cercle d'une seule pièce ; ou avec la laine tricotée , ou encore avec la peau dans laquelle on renferme du fil de laiton roulé en spirale. Les jarretières doivent être portées très-peu serrées et au-dessus du genou : à cette place , elles gênent moins le retour du sang , parce que les vaisseaux sont protégés par beaucoup de parties, et , malgré la déférence que Ton doit montrer pour les décisions prononcées à ce sujet par les casuistes , il est impossible de ne pas reconnaître que c'est au-dessus et non au-dessous du genou qu'est le lieu d'élection de la jarretière.

Culottes , pantalons , bretelles , caleçons. — Les anciennes culottes avaient l'inconvénient d'exercer au-dessous du genou la constriction que nous venons de reprocher à la jarretière. Elles entraînaient encore beaucoup d'autres inconvénients , par la compression qu'elles exerçaient sur les cuisses, l'abdomen, etc. La raison a fait justice de ce vêtement. Le pantalon , qui depuis quelques années lui a été si heureusement substitué, peut aussi avoir quelques inconvénients , mais ils sont faciles à éviter. Nous allons reproduire ici ce que nous avons dit à ce sujet dans un autre travail : le pantalon monte généralement aujourd'hui trop haut, exerce une constriction sur la base de la poitrine , empêche la dilatation horizontale de cette cavité , oblige par conséquent le diaphragme à s'abaisser plus qu'il ne devrait le faire pour l'accomplissement de la respiration. Ce vêtement , forçant d'un côté le muscle précité à pousser les viscères abdominaux vers la partie antérieure et inférieure du bas-ventre , parce que c'est celle qui offre le moins de résistance, et, d'un autre côté, n'offrant aucun soutien à cette région , parce que la compression exercée au moyen de la patte et de la partie qui se trouve sous le pont n'étend pas son action assez près du pubis, laisse triompher plus facilement les viscères des obstacles que la nature a apportés à leur sortie de l'abdomen. H faut joindre à ces inconvénients , lorsque le pantalon est à petit pont, la difficulté qui résulte , pour l'émission des urines, du trop d'élévation de ce pont au-dessus du pubis , difficulté qui nécessite chez l'individu qui satisfait le besoin d'uriner , une position aussi choquante qu'elle est incommode. Si la ceinture du pantalon n'exerce pas de compression, les bretelles, qui n'en sont pas moins une très-heureuse innovation , transmettent aux épaules tout le poids du pantalon , fatiguent par leur pression les individus faibles qui portent ce vêtement large, long , et fait de gros drap.

Voici donc, ce me semble, la meilleure manière de porter le pantalon : 1° il ne doit pas ou presque pas dépasser en hauteur les deux dernières côtes asternales ; 2° le rang vertical de boutons qui fixe la ceinture , et se trouve placé derrière le pont , doit descendre le plus

près possible du pubis; S° les pattes, espèce de demi-ceinture qu'on serre au; moyen d'une boucle , doivent être larges , placées sur l'os iliaque, et non au-dessus de cet os. De cette manière elles fourniront un point d'appui à l'hypogastre. Les bretelles alors , partageant avec la patte le poids du pantalon, n'exerceront plus sur l'épaule une aussi forte pression ; elles n'auront plus guère à supporter et à redresser que la légère portion du vêtement qui se trouvera placée au-dessus de la patte. Il n'est pas besoin de dire qu'elles devront être élastiques, c'est-à-dire être garnies dans leurs extrémités de fil de laiton roulé en spirale , ou de tout autre corps remplissant le même objet. Les pantalons, ordinairement confectionnés pour l'été avec des tissus végétaux, doivent, pour cette saison, avoir les canons larges et flottants ; faits avec des tissus de laine en hiver, ils auront les canons plus étroits, surtout l'extrémité inférieure, qui est la principale entrée de l'air. Ceci , au reste , peut être subordonné à l'habitude que l'on a contractée , car le tonnelet des robustes montagnards écossais , ou le jupon .des boulangers de Paris , nous prouve que, chez l'homme endurci déjeune âge aux rigueurs de l'atmosphère, l'usage de la culotte n'est pas indispensable pour se bien porter. Les personnes affectées de rhumatismes ou de sciatiques devront rarement quitter les pantalons de laine, ou bien porter sur la peau des caleçons de cette substance, peu serrés de ceinture , et supportés par la partie du pantalon qui unit les canons. Quant aux femmes , auxquelles les caleçons de laine peuvent devenir nécessaires dans les mêmes cas, elles pourront les fixer, soit à leur corset, soit avec des bretelles, soit tout simplement en les boutonnant lâchement au-dessus de la crête de l'ilium , plus évasée chez elles que chez l'homme.

Gilet. — Ce vêtement, court et sans manches , placé sur le thorax est une des pièces de l'habillement dont les changements de forme occasionnent peut-être le plus d'accidents. Nous les avons signalés page 581. On les évite , ou en s'habituant à porter le gilet ouvert , c'est-à-dire, à rester la poitrine nue, ou en faisant continuer jusqu'à la partie supérieure du gilet , les boulons ou agrafes qui doivent le fermer.

Habits , redingotes , carriks , manteaux, robes. — Quelle que soit la mode qu'on adopte dans la matière et la couleur de ces vêtements, on doit se conformer aux règles générales que nous avons données en commençant cet article. Ainsi les manches des habits, des redingotes et des robes , doivent toujours être assez larges dans la partie qui répond à Vaisselle, pour ne pas comprimer les nerfs et les vaisseaux qui passent dans cette région. Ces vêtements, trop étroits dans cette partie, contribuent , pendant l'hiver , et beaucoup plus qu'on ne le

pense, en «opposant au retour du sang de l'extrémité des membres thoraciques , au développement des engelures. Les manches trop étroites causent , en tout temps , la rougeur des mains en y déterminant une espèce de stagnation du sang.

Les manches des robes sont encore une de ces pièces de vêtement à la forme de laquelle la mode ne devrait jamais porter atteinte. Il est indifférent de porter ou de ne pas porter des manches aux robes ; mais ce qui n'est pas indifférent , ce qui est extrêmement dangereux, et ce que Ton fait chaque jour, c'est déporter, dans certaines circonstances, des robes à manches courtes, quand on a une fois contracté l'habitude d'avoir les bras couverts. Il est pourtant bien facile de concevoir que la peau sera d'autant plus vivement impressionnée par le froid, qu'on met ordinairement plus de soin de s en garantir.

Le carrick est préférable au manteau, en ce que ce dernier ôte a celui qui en est revêtu la liberté de se servir de ses bras pour le mouvement de progression, et les lui fait rapprocher de la partie antérieure de la poitrine* ce qui est toujours nuisible à l'ampliation de cette cavité. Du reste, ces deux vêtements ont cela d'avantageux, quêtant toujours déposés lorsqu'on entre dans les appartements, et repris lorsqu'on en sort, ils préservent ceux qui s'en servent du pernicieux effet des changements brusques de température.

Bottes, brodequins, bottines, souliers, sabots, socques articulés, etc. — Le Français, se trouvant dans un climat dont les saisons sont assez tranchées, ne pourrait- il pas emprunter pendant Tété la chaussure légère des méridionaux, et laisser pour l'hiver celle des nations hyperboréennes ? Sans couvrir ses pieds de cette spardille légère, adoptée par l'Espagnol et par quelques habitants des Pyrénées, dont nous avons souvent admiré la vitesse à la course et l'adresse à gravir ou à descendre les pics les plus élevés , sans faire revivre le brodequin élégant ou le riche cothurne des héros d'Athènes ou de Rome, le Français ne pourrait-il pas abandonner pendant l'été ces bottes qu'il tient des peuples du Nord, et remplacer, par une chaussure plus légère et plus souple, à l'époque des chaleurs, ces chaussures dans lesquelles les pieds se gonflent, se baignent de sueur, se ramollissent, s'essavent ou se couvrent d'ampoules ; dans lesquelles les orteils comprimés chevauchent, se contournent, finissent par empiéter l'un sur l'autre, et se couvrent de cors douloureux ? Que dire encore de ces talons élevés qu'on pourrait supposer n'être inventés que pour le profit des chirurgiens ? Cette inepte invention, qui diminue la base sur laquelle repose le centre de gravité, est-elle en effet propre à autre chose qu'à déterminer des entorses ou à occasionner des chutes ?

La botte ou la bottine est la chaussure d'hiver. Elle protège, mieux

que les souliers , le pied contre l'humidité, et la jambe contre le renouvellement continuel de l'air qui s'engouffre sous les pantalons. La botte ne doit comprimer ni le pied ni la jambe , sous peine de nuire à la progression et de produire des varices et autres infirmités. La tige et l'empeigne en doivent être d'un cuir souple, peu résistant, et imperméable. Le cuir de la semelle doit surtout être sec et bien battu : alors il absorbe moins l'humidité, et le dedans de la botte reste toujours jaune. Pour rendre l'empeigne et la tige imperméables, un médecin anglais, Willich, a conseillé le mélange suivant : huile siccative, une pinte ; cire jaune, deux onces ; esprit de térébenthine, deux onces ; poix de Bourgogne, une demi-once : on place sur un feu doux ces substances, auxquelles on peut ajouter deux gros d'huile essentielle de bergamote ou de citron, pour masquer leur odeur désagréable. On frotte avec une brosse molle imbibée du mélange les souliers et les bottes. On les fait sécher , et on répète l'opération jusqu'à ce que le cuir soit complètement saturé. Un moyen qui vaut peut-être celuici, est d'avoir un certain nombre de chaussures numérotées, dont le tour de service ne revienne qu'après qu'elles ont eu le temps de sécher complètement, et les garnir d'une semelle de liège. Ce moyen est à la fois économique et salubre.

Les souliers réclament dans leur confection les mêmes précautions que les bottes. 11 en est surtout une commune, de laquelle on ne doit jamais s'écarter ; c'est de faire faire chacun des souliers ou chacune des bottes sur une forme séparée. Le côté interne du pied diffère trop de l'externe par sa conformation pour qu'on puisse être à l'aise et bien chaussé dans des souliers ou dans des bottes faits sur une seule forme. Confectionnées, au contraire, sur deux formes distinctes, ces chaussures se moulent exactement aux courbures du pied , ne le gênent plus, et contribuent à lui donner cette grâce et surtout ces dimensions étroites que désirent si vivement les femmes , qui pourtant encore négligent la précaution que nous venons d'indiquer.

Les sabots sont une excellente chaussure pour isoler les pieds du sol et les préserver de l'humidité ; mais leur inflexibilité les rend peu propres à la progression.

Les socques articulés consistent dans une semelle de bois composée de deux pièces d'égale longueur, réunies par un morceau de cuir qui, fixé à l'extrémité de chacune d'elles, forme une brisure correspondante à l'articulation des orteils , et permet à la semelle de se plier aussi facilement qu'un soulier. Doublé de cuir par sa face inférieure pour lui donner plus de durée, le socque est terminé en devant par une courte empeigne , dans laquelle est reçu le bout du pied, en arrière par un petit quartier pour arrêter le talon. Enfin il présente, un peu

en devant de ce quartier, une courroie élastique qui, embrassant la partie supérieure du pied, se fixe par une boucle ou une agrafe du côté opposé , et sert à maintenir le pied dans le socque. Certains socques sont construits de manière à ce que la semelle puisse , au moyen d'une clef, s'allonger à volonté pour s'adapter aux chaussures de toute espèce ; les socques isolent du sol et préservent de l'humidité les bottes et les souliers , et on ne saurait trop en recommander l'asage aux personnes qu'incommode le froid humide.

Coiffure, — Les anciens avaient habituellement la tète nue. Percy prétend que cette habitude ridait de bonne heure le front et le tour des yeux, produisait un clignotement désagréable, occasionnait des fluxions, des catarrhes, des ophthalmies, la cécité. Si ces inconvénients existaient réellement, et l'autorité de Percy, ainsi que les nombreuses recettes de la médecine oculaire des anciens ne permettent pas d'en douter, cela tenait peut-être moins à ce que les anciens allaient tête nue qu'à ce qu'ils se privaient en même temps d'une certaine quantité de leurs cheveux ; car la chevelure naturelle vaut certainement toutes les coiffures imaginables , comme la barbe des Orientaux vaut toutes les cravates possibles. Puisque nous nous sommes privés d'une coiffure inamovible et dont l'abri devrait préserver de bien des accidents, nous aurions au moins dû, en adoptant une coiffure artificielle, prendre pour règle de ne la quitter que pour la changer, lorsqu'elle est salie par la perspiration. Croit-on que l'habitude de saluer au milieu des rues, et de s'y tenir, souvent assez longtemps, la tête découverte, ne soit pas pour le Français, et pour tous les peuples qui, avec une chevelure courte, partagent avec lui cette manie regardée comme signe de respect , ne soit pas une des causes des maux d'yeux , des fluxions de toute espèce, et surtout de la perte des dents ? Si l'Oriental croit devoir remplacer sa chevelure d'ébène, qu'il coupe jusqu'à la racine , par les riches tissus de Cachemire et du Thibet , au moins il est conséquent ; jamais il ne prive sa tête rasée du lourd turban qui la surcharge. Comme à cet égard , ainsi qu'à tant d'autres , la mode sera toujours dominatrice de la raison et du plus simple bon sens, indiquons ce qui peut être le moins nuisible dans nos coiffures. Le chapeau ne doit jamais exercer de constriction sur la tète , 1° parce que la compression des filets nerveux des paires cervicales et de la branche frontale de l'ophthalmique de WilÛs peut avoir des inconvénients ; 2° parce que l'air ne peut se renouveler sur la tête et qu'il finit par y devenir très-raréfié. Les chapeaux devraient, en toute saison , être aussi légers que possible, perméables même à l'air, si cela se pouvait. Ceux de soie sont, à cause de leur légèreté, préférables à ceux de feutre , et dans Tété, ceux de paille à ceux de soie. Quant à

la couleur, si l'on se rappelle ce que nous avons dit ailleurs, on adoptera les noirs pour l'hiver , et les blancs ou ceux de couleur claire pour l'été.

ARTICLE 111

Applications individuelles, et précautions relative» aux vêtements.

Enfance, — « Au moment, dit Jean-Jacques , que l'enfant respire en sortant de ses enveloppes, ne souffrez pas qu'on lui en donne d'autres qui le tiennent plus à l'étroit. Point de têtières, point de bandes, point de maillot ; des langes flottants et larges, qui laissent tous ses membres en liberté et ne soient ni assez pesants pour gêner ses mouvements , ni assez cbauds pour empêcher qu'il ne sente les impressions del' air 5 placez-le dans un grand berceau bien rembourré , où il puisse se mouvoir à l'aise et sans danger. Quand il commence à se fortifier , laissez-le ramper par la chambre ; laissez-lui développer, étendre ses petits membres : vous les verrez se conforter de jour en jour. Comparez-le avec un enfant bien emmaillotté du même âge, et vous serez étonné de la différence de leurs progrès. » (ÉmUe, liv. 1er.)

Ce maillot, contre lequel Rousseau s'élève, dans d'autres passages avec une sublimité d'éloquence et une vigueur de logique qui heureusement n'ont point été infructueuses, consistait à entourer de langes serrées tout le corps de l'enfant, depuis le haut des épaules jusqu'à la plante des pieds, après l'avoir forcé de quitter la position naturelle demi-fléchie , c'est-à-dire après lui avoir allongé les bras et les jambes. Ces langes, fortement croisés sur la poitrine et le ventre, etassurés avec huit ou dix épingles, ne suffisaient pas encore ; on avait recours à une bande de toile , large de quatre à cinq travers de doigt , et dont la longueur égalait sept à huit fois celle du corps de l'enfant. A l'aide de cette bande, on le serrait étroitement depuis la plante des pieds jusqu'aux épaules , de manière qu'il formât un paquet inflexible et dur. Au bout de six semaines, on laissait en liberté, pendant le jour seulement, les bras, jusqu'à cette époque enfermés dans le maillot, allongés sur Je côté du tronc et soumis à la même pression. Après la connais, sance d'une pareille invention , une chose étonnera beaucoup de monde, c'est qu'on ait pu se plaindre de la mortalité des enfants. Quel homme robuste , ficelé dans un maillot , ne périrait pas d'angoisse et de rage plutôt que de parvenir à se délivrer d'une pareille torture ? Qu'on se figure, si l'on peut, la position du malheureux enfant ! Lui qui, dès le sein de sa mère s'agitait et préludait aux mouvements continuels qu'exige son organisation , le voilà condamné à la gène , au malaise, au supplice d'une immobilité absolue , et dans une position

opposée à celle qu'il prendrait s'il était libre , à celle qu'il prenait il y a peu d'instants encore au milieu des eaux de l'amnios ; à la priva* tion de mouvements, se joignent de vains efforts pour se délivrer de ses entraves; une déchirante angoisse, causée par la résistance qu'il éprouve : des cris continuels, qu'on a la sottise de croire dépendants de son âge , comme si l'enfance, plutôt que la vieillesse, devait être nécessairement tributaire de la douleur ! « Ils crient , dit Rousseau, en parlant des enfants , du mal que vous leur faites : ainsi garottés, vous crieriez plus fort qu'eux. » (Émile, Hv. 1er.) L'expérience journalière ne prouve-t-elle pas, en effet, que vos aveugles soins sont la cause de leurs cris? Voyez l'enfant délivré du maillot : il ne se borne pas à cesser ses larmes; il vous annonce encore par son sourire et par l'agitation de ses membres, le bien-être et le contentement qu'il éprouve d'avoir recouvré la liberté. Les cris ne recommencent que quand vous recommencez d'exercer la torture, que lorsque vous étendez de nouveau des membres qui doivent être demi -fléchis , que lorsque vous paralysez par la compression, des muscles qui ont besoin de se mouvoir, et dont la texture est si délicate , que lorsque vous changez la figure et la direction des os, encore tendres et gélatineux ; que k>rsqu'en empêchant les côtes de s'élever et en vous opposant en même temps, par la compression du ventre, à l'abaissement complet du diaphragme, vous ne permettez aux poumons qu'une inspiration imparfaite, vous ne leur acoordez qu'une portion de l'air dont ilsont besoin. Croyez-vous que tous ces effets du maillot ne soient pas suffisants pour arracher des cris? Ajoutez-y l'impossibilité où il place la nourrice la plus compatissante, ou la mère même, de délivrer l'enfant, aussitôt que le besoin l'exige, des matières fécales cachées et recouvertes par tant d'enveloppes ; le séjour prolongé de ces matières ; leur acrimonie, les excoriations qu'elles produisent ; mais cessez d'être étonnés des cris de l'enfant et même des congestions de cerveau, des convulsions ou des hernies auxquelles ces cris donnent lieu.

Que les enfants soient couverts de vêtements propres à les tenir chauds et à ne pas noire à leur développement, c'est tout ce qu'il faut.

Lorsque l'enfant n'a point encore de cheveux, et que Ton croit devoir lui donner une coiffure qui lui en tienne lieu, que cette coiffure ne soit ni chaude ni pesante : chaude , elle augmente l'action perspiratoire de la tête jusqu'à un degré morbide , produit ces prétendues gourmes qu'on n'observe jamais sur l'enfant dont la tète reste découverte, qui ne sout point une dépuration nécessaire et préservatrice de maladies, comme le croit le vulgaire, mais dont, au contraire, l'apparition introduit une chance très-défavorable à la sanlé, parce qu'elles peuvent se supprimer, et que la disparition d'une éva-

cuation, même vicieuse, pour peu que Ton y soit accoutumé, devient souvent une cause de maladies. Les coiffures qui sont moins destinées à conserver la chaleur qu'à préveuir l'effet des chutes, comme les bourrelets à jour , espèce de couronne de carton matelassée , sont encore inutiles ; car l'enfant qui ne marche pas ne peut tomber ; et quand il marchera, ses chutes n'auront aucune espèce d'inconvénient si la nature seule a été son gymnasiarque , et qu'on ne lui ait point appris à marcher à l'aide de lisières, ou de quelque autre invention que ce soit ( voyez ce que j'ai dit à cet égard, 497 ). La coiffure de l'enfant sera donc un bonnet de toile , recouvert d'un autre de mousseline. Que sous prétexte de mieux maintenir ces bonnets, on ne les fixe par aucun cordon passant sous le menton : si Venfant fait peu de mouvement, il ne se décoiffera pas ; s'il fait assez de mouvement pour déranger ses bonnets , et qu'on veuille maintenir ceux-ci par une mentonnière, ses bonnets dérangés feront exercer par celle-ci une dangereuse compression sur les vaisseaux du col , et tout bien considéré , il vaut encore mieux que l'enfant soit exposé à rester quelques minutes la tête découverte , qu'à mourir d'une congestion cérébrale. Si l'on plaçait une mentonnière, il faudrait l'écarter du menton au moyen d'une bandelette formant une anse, dont les deux chefs seraient fixés au-devant de la poitrine.

Après le second mois , lorsque la saison est belle, on peut laisser la tête de l'enfant découverte. Plus tard , sa chevelure , dont on ne doit rien retrancher sous prétexte de la faire épaissir (voyez ce que nous avons dit des cheveux, p. 882) sera la coiffure la plus saine. L'habitude de rester tète nue mettra l'enfant à l'abri des coryzas, des angines, etc. Quand il sera exposé à un soleil trop ardent, on pourra lui donner un chapeau de paille.

Les brassières de l'enfant doivent être assez larges pour que ses doigts ne puissent y être arrêtés ni luxés , ses langes , composés d'une pièce de toile recouverte d'une de laine, assez lâchement roulés pour que la poitrine et le ventre n'en soient pas comprimés, pour que l'enfant puisse relever à volonté ses genoux , et librement mouvoir ses jambes. Excepté dans les deux premiers mois qui suivent la naissance, les langes ne sont guère nécessaires que pendant le sommeil. Dans tout autre moment, une brassière et une petite jupe sont les seuls vêtements qui puissent permettre à l'enfant de se rouler sur la natte, le tapis ou l'herbe qui, suivant la saison et le temps, lui serviront à faire les premiers essais de ses forces ; encore cette petite jupe sera-t-elle souvent imprégnée d'urine , et devra- t-elle être souvent changée. Point de pelleterie ni de fourrures propres à conserver la chaleur ; car non-seulement elles détruiraient le bon effet des lotions

et des autres pratiques du régime, mais encore elles contribueraient, en accroissant toute la susceptibilité de l'enfant , à rendre dangereuses ces autres pratiques.

L'enfant, pour l'ordinaire , sait déjà marcher avant de savoir exprimer ses besoins. Tant qu'il ne marche pas, les souliers et les bas lui sont donc inutiles ; car imprégnés par les urines et les matières fécales , ils ne font que prolonger sur la peau le contact nuisible de ces excrétions. Quand l'enfant marchera et pourra exprimer ses besoins, on le vêtira d'une blouse , on lui donnera des chaussettes de fil, des souliers larges , plats, faits d'un tissu de drap ou de castor placé sur une mince semelle de cuir. A cet âge , des souliers trop résistants déforment les pieds : d'ailleurs , la chaussure se conserve toujours assez à une époque où l'accroissement rapide exige qu'elle soit souvent renouvelée.

Terminons enfin ce qui a rapport à l'habillement du jeune âge par une citation de M. F. S. Ratier, qui, dans son Mémoire sur l'éducation physique des enfants, a su réunir avec concision d'excellents préceptes : «( Les habits des enfants, dit ce médecin, doivent être suffisants pour les garantir du froid , confectionnés de manière à n'exercer aucune constriction, être assez nombreux pour pouvoir être souvent changés, et n'être jamais assez précieux pour que la crainte de les gâter empêche les enfants de se livrer aux jeux de leur âge.

Tels sont les vêtements qui conviennent jusqu'à Vâge où chacun des enfants prend le costume de son sexe. C'est à cette époque principalement que le médecin doit rappeler aux mères que si les corsets ne sont pas la cause déterminante des déviations, ils en sont certainement au moins , comme tout moyen propre à atrophier le système musculaire , la cause prédisposante la plus efficace, et que si des jeunes filles ne se tiennent pas droites sans corset , elles se courberont encore davantage si on cherche à les redresser par ce seul moyen. Le corset faisant, en effet, comme nous l'avons dit, l'office des muscles, ceux-ci , restés dans l'oisiveté , deviennent plus faibles qu'ils n'étaient, et lorsqu'on l'enlève, on trouve contrefaites des jeunes filles qui n'étaient que légèrement courbées. Les courbures ne sont véritablement redressées que lorsque plus de force a été acquise par les muscles placés sur le point opposé à celui du côté duquel est entraîné le corps. Les moyens mécaniques les plus habilement appliqués ne font que préparer ce résultat. « L'action de tout appareil qui fait partie d'un vêtement quelconque, dit M. Bricheteau , ne doit jamais s'exercer que sur les muscles auteurs de la déviation , et laisser aux autres organes moteurs la faculté de récupérer leurs forces, d'opposer une résistance efficace à leurs antagonistes, en un mot, de se remettre

en harmonie avec le reste de l'économie animale. » (Dictionnaire d*t Se. méd.)

Adolescence et âge adulte. — L'adolescent ne doit pas perdre l'habitude des vêtements légers, au moyen desquels, étant encore enfant, il a dû être familiarisé avec l'intempérie des saisons; et l'adulte n'a aucune raison pour renoncer à cette habitude, quand il jouit d'une bonne santé.

Vieillesse. — C'est pour cet âge, dans lequel, ainsi que nous venons de le dire , les sources productrices de la chaleur deviennent moins actives, et dans lequel l'homme se réchauffe si difficilement, que doivent être réservés les vêtements qui s'opposent à la dispersion de la chaleur animale ; mais que des préjugés ou de vains raisonnements, comme tout ce qu'on a dit sur la sécheresse de la fibre, ne déterminent pas le vieillard à se faire un rempart des plus chaudes fourrures tant qu'il n'en sentira pas le besoin. Si, tandis qu'il jouit d'une parfaite santé, il charge, sans nécessité, son corps de toutes les productions de la Sibérie , quelles ressources lui restera-t-il à opposer aux affections dont le traitement réclame de la chaleur ? Que le vieillard évite toute sensation de froid, et il aura satisfait sur ce point aux préceptes de l'hygiène ; il aura éloigné une cause fréquente et puissante des congestions intérieures qui frappent particulièrement les pou* mons et le cerveau. C'est pour le vieillard que sont faites les chaussures fourrées, les semelles de liège qu'on place à l'intérieur des souliers, etc., etc.

Femmes* — Si, dans tous les temps, la femme doit remplacer par des vêtements commodes ces durs corsets qui empêchent le développement naturel de ses organes et ont tant d'inconvénients, c'est particulièrement encore durant le temps de la grossesse qu'il est urgent d'agir ainsi. La femme, pendant cet état , devra d'abord se couvrir assez pour se mettre à l'abri des vicissitudes atmosphériques, si elle a le malheur de n'y pas être habituée : un rhume survenu pendant la grossesse peut, par les efforts de la toux, déterminer des accidents de toute autre nature qu'il ne le ferait à une autre époque. En second Heu, les femmes grosses doivent abandonner les vêtements qui exercent la moindre compression sur quelque partie du corps que ce soit. Si la constriction de la poitrine , chez les personnes qui ne sont pas enceintes, dispose aux congestions du poumon et aux affections chroniques de cet organe, cet effet doit être plus sûrement produit encore dans l'état de grossesse , pendant lequel les viscères du bas-ventre refoulent les poumons , diminuent l'ampliation de la poitrine dans son axe vertical, et produisent des difficultés de respirer. La pression des vêtements sur la poitrine détermine, suivant la hauteur qu'ont le

corset et le buse , ou l'engorgement inflammatoire des mamelles ou leur affaissement ; elle rend la sécrétion du lait imparfaite , produit souvent l'aplatissement du mamelon et les inconvénients qui en résultent pour la mère et pour l'enfant; enfin, elle peut donner lieu à des hémorrhagies mortelles et à l'apoplexie.

La pression des vêtements sur le bas-ventre n'est pas moins pernicieuse: ou elle force l'utérus à suivre dans son développement une direction verticale, et amène tous les accidents dont nous venons de parler; ou bien elle s'oppose à son développement, à l'accroissement du fœtus, et même cause ravorteraent. Tels sont les résultats des corsets et des buses. Tous ces hochets d'une vanité déplacée ne doiventils pas être sacrifiés par une bonne mère au plus sacré des devoirs, à l'intérêt de l'enfant qu'elle porte dans son sein? Gomment ce malheureux y recevra-t-il le sang nécessaire à son accroissement, quand les vaisseaux qui charrient ce sang seront comprimés? Et, le croirait-on, c'est uniquement pour suivre les caprices de la mode que la mère intercepte le fluide qui porte à son enfant et la vie et les forces. * La compression exercée par les jarretières, qui en tous temps est une cause de varices, le devient encore plus particulièrement pendant Ja grossesse, puisque la matrice développée exerce sur l'origine des vaisseaux cruraux une compression qui est déjà un obstacle à la circulation.

Les femmes, pendant la grossesse, devraient porter, pour tout vêtement , une espèce de robe de chambre ouatée pour l'hiver , d'une étoffe légère pour l'été. Les plis nombreux et bouffants de ce vêtement serviraient d'égide à la vanité des coquettes , sans nuire au bon état des organes. Il en résulterait cet avantage pour la mère, d'un accouchement plus facile , comme cela a lieu dans les pays où les femmes ne se lacent jamais, et pour l'enfant, une constitution plus forte.

Professions $ tempéraments , veille et sommeil 7 etc. — Les professions dans lesquelles l'individu développe peu de chaleur par l'exercice , réclament des vêtements qui empêchent la déperdition de la chaleur animale ; par la même raison on doit être plus couvert pendant le sommeil que pendant la veille , dans la convalescence que dans l'état de santé, lorsqu'on est d'un tempérament lymphatique, que lorsqu'on est d'un tempérament sanguin ou bilieux. Le mode différent de sentir propre à chacun de ces états individuels indique, au reste , le précepte que nous émettons ici. Les professions dans lesquelles une partie du corps est dans l'inaction , tandis que les autres s'exercent, réclament des vêtements plus chauds sur cette partie du corps que sur les autres. Celles dans lesquelles , avec des exercices violents, on est néanmoins exposé à des vicissitudes atmosphériques, comme, par

exemple , celle de matelot , réclament sur la peau des vêtements de laine qui absorbent et conservent le mieux l'humidité.

Précautions relatives à l'usage des vêtements. — Il ne faut jamais chercher à faire sécher sur soi le linge mouillé , car levaporation qu'on détermine soustrait au corps, pour s'effectuer avec rapidité , une somme considérable de calorique.

Les vêtements de matières animales doivent être lavés avec plus de soin que tous les autres , parce que ce sont ceux qui retiennent avec le plus de force les principes des maladies contagieuses et les qualités nuisibles des fluides perspiratoire et atmosphérique.

La mutation des vêtements produit sur l'homme l'effet des vicissitudes atmosphériques, moins l'action directe de celles-ci sur le poumon, action qui, comme nous l'avons dit, au reste, est peu sentie chez l'homme dont cet organe est sain. Or , comme nous avons traité des effets des vicissitudes atmosphériques (voyez l'art. Air), il nous reste peu de choses à dire. La suppression de la laine portée sur la peau , lorsqu'on y est habitué, produit, par exemple, l'effet d'une vicissitude du chaud au froid ; ainsi elle fait reparaître les rhumatismes, les névralgies, les maladies de poitrine, etc., chez un individu sujet à ces affections.

Il n'est pas indifférent qu'un homme bien portant , qui , en hiver, veut se préserver du froid, multiplie les vêtements de laine placés sur son linge , ou bien use de ces vêtements en moindre quantité , mais se les applique immédiatement sur la peau ; car lorsque la température s'élève, elle peut remplacer la quantité des vêtements qu'exigeait la saison froide , mais elle remplace plus difficilement l'action précédemment indiquée de la laine sur la peau. Ce ne peut être que de ce remplacement imparfait d'une action irritative à laquelle on est accoutumé, que vient le danger attaché à l'abandon d'un gilet de flanelle sur la peau ; caron n'éprouve pas le même danger en quittant les vêtements d'hiver pour ceux d'été, ou en diminuant simplement la quantité des vêtements qu'on porte.

Il n'est pas toujours prudent de faire usage de vêtements qui ont servi à d'autres personnes, à moins qu'ils ne soient, comme le linge, de nature à pouvoir être lessivés : car on sait que le contact de vêtements imprégnés de la matière qui a donné lieu à certaines maladies, suffit pour reproduire des affections semblables chez des individus sains.

§ XI. Moyens préservatifs des maladies dont le principe peut être reçu par la peau intacte. — Gaz. — Poussières ou pâtes minérales et végétales. , — Principes contagieux.

1° Gaz, poussières et pâtes minérales et végétales. — Plusieurs gaz, le gaz acide carbonique , le gaz hydrosulfuriquc , etc. , etc. , tous les

composés métalliques que nous avons étudiés ( p. 802 et suivantes ) , * peuvent agir par absorption cutanée , causer de graves accidents et même déterminer la mort. C est , dans un grand nombre de cas , par cette voie seule qu'agissent les composés de plomb, et tous les cosmétiques dans lesquels il entre des substances minérales nuisibles.

On attribue à l'action sur la peau, de la poussière du sucre chez les épiciers . de celle de la chaux chez les maçons , l'ecthyma qui leur survient aux mains (voye* P. Rayer, Alph. Cazenavk et Scaedel, Maladies de peau); aux mêmes poussières, l'impétigo (mêmes ouvrages), le lichem.

Les moyens les plus certains de s'opposer aux affections produites par les agents énoncés , sont ceux qui mettent entièrement la peau à l'abri du contact de ces agents et que nous indiquerons plus loin. Dans ces derniers temps , cependant , on a proposé les lotions sulfureuses et même la limonade sulfurique, comme propres à neutraliser les composés de plomb que peuvent absorber par la peau les ouvriers employés dans les fabriques de céruse , les peintres , etc. Nous tenons d'un peintre en bâtiment , exerçant depuis plus de quinze ans cette profession , que la seule propreté l'a préservé jusqu'ici des accidents saturnins.

2° Principes contagieux. — Certaines maladies peuvent être transmises par le seul contact plus ou moins prolongé , entre la peau d'un individu malade ou des objets qui lui ont servi , et la peau d'un individu sain. La loi range cinq maladies dans ce cas, et va jusqu'à punir de mort quiconque enfreint le règlement qu'elle a tracé pour empêcher leur importation. Ces maladies sont, ensuivant l'ordre adopté dans les instructions concernant la police sanitaire: la peste d'Orient, la fièvre jaune , le typhus des camps et des prisons, des hôpitaux et des vaisseaux, la lèpre, le choléra-tnorbus.

Pour ce qui concerne celles de ces affections sur les propriétés contagieuses desquelles on pourrait conserver quelques doutes, on peut dire que lorsqu'elles seraient transmissibles , elles ne le seraient pas seulement par voie de contact cutané , et il est difficile, pour parler de la maladie placée en première ligne, la peste d'Orient, de supposer qu'on peut impunément visiter des pestiférés , respirer l'air qu'ils ont respiré et qui s'est chargé de leurs émanations, et cependant que l'on ne court le danger de contracter la peste, qu'autant qu'on a touché les vêtements et la peau de ces malades. Il est en effet contraire à l'expérience et à toutes les lois physiologiques , d'admettre que le principe de ces affections peut être absorbé par la peau recouverte de son enveloppe épidermoïque, plutôt que par la membrane pulmonaire humide , nue , et dont toute la surface est si favorablement disposée

pour l'absorption. Tous les faits que nous avons cités dans notre article Quarantaine (1), ceux même que nous avons empruntés aux oontagionistes les plus ardents , Papon (2) , Savary (3) , etc. , prouvent que si |a peste est transmissible, il est douteux qu'elle le soit par la peau. Dans les questions de cette importance, on ne saurait, au reste, avoir trop de faits.

Quant à la fièvre jaune , les documents de M. Chevin , prouvent , d'une manière incontestable, qu'elle n'est transmissible ni par la peau ni par les vêtements , et , dans les hôpitaux de la Havane , où l'on est très-méticuleux sous le rapport de la contagion et où l'on isole encore les personnes attaquées de la phthisie pulmonaire, Von ne prend absolument aucune précaution contre les individus atteints de la fièvre jaune , qui sont placés pèle-méle avec les individus malades d'affections diverses. On sait que M. Magendie, dans notre climat même, a pu produire le phénomène le plus constant de cette affection , le vomissement de matières noires précédé de fièvre , de refus d'aliments, etc., en introduisant dans le système sanguin d'un chien quelques gouttes d'eau qui avaient séjourné sur des débris putréfiés de poisson, et l'on a vu la fièvre jaune éclater sur un bâtiment chargé de morue quand celle-ci est venue à se putréfier , et la maladie cesser après que l'on a eu jeté la cargaison à la mer.

On sait que le typhus résulte de l'encombrement d'une localité par un grand nombre d'individus; le moyen infaillible de s'opposer à sa propagation, c'est de disséminer les malades, c'est-à-dire, de faire le contraire en tous points de ce qui est prescrit par la loi sur les quarantaines et les lazarets. Ces mesures , par l'ennui et la tristesse qu'elles déterminent, secondent puissamment l'action des causes prédisposantes du typhus. Si cette maladie est transmissible , la peau n'est certainement pas l'intermédiaire de cette transmissibilité, et tant que lepiderme est intact, les particules animales provenant des individus atteints de typhus sont, préférablement à toute autre voie, absorbées par la membrane muqueuse pulmonaire : aussi , pour l'homme qui connaît quelles conditions sont nécessaires à l'inoculation des maladies dont le germe est en quelque sorte manifestement établi à la peau, il est bien certain que tant qu'un individu respirera un air pur, sa peau peut rester impunément appliquée sur celle d'un autre individu atteint de typhus, sans contracter cette maladie.

C'est donc , relativement aux trois premières maladies désignées dans les instructions concernant la police sanitaire, peste, fièvre

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, tome xiv, p. 1 et suiv. (a) De la Peste, et des époques mémorables de ce fléau. Paris , an vm, 2 vol. in-8. (3) Lettres sur V Egypte f 2< édit., in-8, tome 111.

jaune et typhus, c'est donc sur les modificateurs du poumon et non sur ceux de la peau, que l'hygiène doit agir, et nous renvoyons, pour les moyens préservatifs, aux préceptes que nous avons tracés pages 497 et 593.

Quant au choléra , que, le premier en France , à notre arrivée do Pologne, nous avons établi sans réplique n'être transmissible d'aucune façon (Rapport à M. d'Argout, %k octobre ,i8Sl) , on pourrait, à son égard, ajouter à ce que nous venons de dire sur la non-transmissibilité du typhus par la peau, que les émanations cutanées et pulmonaires d'un cholérique altèrent moins l'air que ne le font celles d'un individu sain, par la raison toute simple que ces exhalations sont considérablement diminuées chez cette espèce de malades, et pour moi qui , dans certaines observations étrangères à notre objet , ai mille fois respiré l'haleine glacée des cholériques , je ne crains pas d'avancer que dans un espace circonscrit et pendant un temps limité, il serait plus avantageux , pourvu qu'on enlevât avec soin les sécrétions gastriques et intestinales , de partager la même quantité d'air avec un cholérique cyanosé , qu'avec un individu bien nourri , robuste, et dont toutes les fonctions sont en pleine activité. Bien certainement celui-ci consommerait plus d'oxygène que le premier, altérerait davantage les principes constituants de l'air et le vicierait davantage par ses émanations. En résumé , ni en Pologne , ni en France , je n'ai pu rencontrer un seul cas qui pût me faire supposer la propagation du choléra par contagion , et même sa transmissibilité d'un individu à un autre par quelque moyen que ce soit. Voilà donc encore une maladie contre laquelle les précautions p réserva Uves empruntées à l'hygiène de la peau ne peuvent rien , mais contre laquelle aussi, il faut bien l'avouer, les moyens empruntés à l'hygiène des poumons ne peuvent pas davantage.

Ne pourrait-on pas avancer, relativement à la transmissibililé de quelque maladie que ce soit , que , pour qu'elle ait lieu par la peau, cette membrane, chez l'individu qui transmet le germe, doit être au moins malade elle-même, doit être au moins le siège de quelque surcroit de vitalité ? Cette supposition nous paraît en rapport avec le plus gros bon sens. Or, dans les maladies que nous venons de passer en revue, la peau est elle-même le plus légèrement altérée (je ne suppose pas qu'on oppose à notre opinion les bubons des pestiférés , ni les pétéchies du typhus)? Non certainement, elle ne l'est pas ; et l'on peut , de plus , avancer que, dans le choléra , la peau est moins vivante même que dans l'état de santé, incapable, conséquemment, d'exhaler ni virus, ni germe, ni gaz.

La lèpre enfin, dont le siège est à la peau, a cessé d'èlre regardée

comme une maladie contagieuse (voyez les Traités des Maladies de la peau, et, entre autres, celui de M. P. Rayer (i) ; les dispositions prises contre les lépreux ont été abolies, et ces malades sont admis parmi les autres dans nos hôpitaux, sans que jamais on se soit aperçu de la transmission de leur affection.

Il résulte de ce que nous venons d'exposer, que , si quelques-unes des maladies regardées comme transmissibles par les lois sanitaires, le sont réellement, le transport du miasme a lieu principalement par l'air atmosphérique, d'après les lois que nous avons exposées (article xi, p. 497), et que les préservatifs empruntés à l'hygiène de la peau ne devraient être considérés que comme accessoires.

Il existe cependant des maladies transmissibles par la peau, mais la loi n'en fait pas mention. On range communément dans cette catégorie la variole, la rougeole, la scarlatine. Or, dans ces affections, il existe à la peau un état morbide manifeste. La première offre une énorme pustule renfermant le poison ; néanmoins on peut dire que s'il n'est pas nécessaire que la peau soit entamée pour qu'il y ait absorption, ce qui est douteux , il est probable au moins qu'il faut un certain frottement pour favoriser l'imbibition du virus. Ces maladies, d'ailleurs, se transmettant également, et même plus certainement, et beaucoup plus souvent, pour ne pas dire toujours, par l'air chargé de leurs émanations contagieuses, leurs véritables préservatifs ne sont donc pas seulement les moyens qui empêchent le contact cutané, mais bien ceux qui séquestrent entièrement les malades de la vie commune. C'est à celles-là que pourraient être véritablement applicables les quarantaines, et l'hygiène de ces affections eût encore été renvoyée aux chapitres désignés ci-dessus, si le moyen préservatif de l'une d'entre elles , la vaccination , pouvait se placer autre part que dans l'hygiène de la peau.

11 en est tout autrement de la galo : cette maladie se communique bien manifestement par la peau. Ici la certitude de la transmissibilité par cette voie ne peut donner lieu à aucun doute , à aucune dissidence, et la transmissibilité ne peut avoir lieu que par la peau : tout le monde, la loupe à la main, peut voir agir la cause de la gale, c'està-dire l'insecte passant de l'individu malade à l'individu sain, se logeant sous son épiderme et y traçant son chemin. Pour que cette maladie soit contractée , il suffit donc du contact d'un individu malade ou de ce qu'il a touché, mais ce contact est de toute nécessité et encore souvent a-t-il lieu sans que l'insecte ait le temps d'opérer sa transmigration et que la gale se manifeste.

(i) Traité théorique et pratique des Mnlndiesdela Peau, 2' édition. Pori*, 183R, tome il, page 110.

Les autres affections contagieuses, telles que la maladie vénérienne, la rage, ont un mode de transmission qui nous occupera plus loim

8° Moyens de mettre la peau à l'abri des maladies quelle peut recevoir sans avoir été préalablement lésée. — Ces moyens sont d'abord tous les corps capables de modifier la porosité de l'émderme , par exemple : les vêtements imperméables, les tissus de taffetas ciré ; les bottes de cuir dont se serrent les égouttiers, etc. ; ensuite les onctions avec l'huile , les graisses, etc. Les autres moyens n'agissent qu'en neutralisant la cause. C'est là le mode d'action des solutions sulfureuses proposées pour neutraliser la céruse , celui des lotions sulfuriques et raereurielles employées pour détruire l'insecte de la gale ; de la vaccination, enfin , pour préserver de la variole. Cette opération , que nous ne saurions indiquer ailleurs, consiste dans l'inoculation du fluide vaccin, ordinairement au moyen de trois piqûres faites à chaque bras , assez superficiellement pour teindre à peine en rouge la pointe de la lancette, qui doit se borner à présenter le fluide vaccin à l'action absorbante des vaisseaux lymphatiques, qui peut-être aussi l'introduit directement dans le système sanguin. Aucune saison, aucun âge , aucune température ne mettent obstacle à la vaccination. Aucun motif raisonnable ne saurait la foire rejeter, 1* parce qu'elle n'a aucun inconvénient; 2* parce que des calculs exacts prouvent qu'avant la vaccine, la petite vérole moissonnait annuellement un huitième de population ; que, dans une des premières années du siècle actuel , une épidémie de cette affection enleva , à Paris seulement , vingt mille individus ; qu'en 1810, la vaccine réduisit ce nombre à deux cent troiae ; 8* enlin parce que , sans tenir compte de tous les individus arrachés à la cécité, à la surdité et à d'autres infirmités, la vaccine, d'après les calculs de La Condamine, sauve , en France seulement , la vie à trois millions d'individus dans un siècle.

S XII. Moyens préservatifs des maladies dont le principe peut être reçu par

la peau entamée. — Venins.

Tous les agents que nous avons vus capables de donner lieu à des maladies par la voie de la peau recouverte de son épiderme , ont , à plus forte raison , ce funeste privilège lorsque la peau est entamée. Nous n'avons à nous occuper ici que de venins ; les autres agents ont été ou seront traités ailleurs.

Les venins paraissent, au premier coup d'oeil, sortir des attributions de l'hygiène; cependant on n'hésitera pas à les y faire rentrer, si l'on considère que dans les cas les plus graves le salut repose entièrement snr le préservatif employé, et employé à l'instant même ; car, eomme on ne connaît aucun moyen infaillible de neutraliser l'action des ve-

nins, il faut de nécessité en empêcher l'absorption , et Ton n'a pas toujours le temps de recourir au médecin.

Les venins résultent, dans nos climats , de la piqûre et de la morsure des insectes, de la morsure de la vipère , de celle des animaux enragés, et, dans certaines circonstances exceptionnelles , de celle des serpents à sonnettes qu'on amène dans nos contrées pour être livrés à la curiosité publique.

1° Insectes venimeux. — Scorpion. — C'est sa queue qui lui sert d'aiguillon. Sa piqûre produit , au dire des auteurs, une marque rouge qui s'agrandit peu à peu, noircit à son centre, est suivie de douleur, inflammation, frissons, fièvre, vomissements , hoquets, etc. Ces phénomènes sont sans doute ceux qu'on observe, après la piqûre du scorpion d'Afrique, cinq ou six fois plus long que celui de nos climats , et sans doute aussi plus dangereux que ce dernier ; car j'ai vu à Montpellier des personnes piquées par des scorpions , ressentir au moment la piqûre, comme si une épine leur fût entrée dans le doigt, et n'en éprouver cependant nul effet consécutif. On conseille de frotter avec de l'ammoniaque la partie piquée.

Tarentule. — Espèce d'araignée velue qu'on trouve surtout aux environs de Tarente. Sa morsure produit une inflammation avec des phlyetènes , qui se dissipe facilement. On a longtemps supposé que cette piqûre produisait un assoupissement , excitait à danser, et que les accidents qu'elle causait ne se dissipaient que sous l'influence de la musique et de la danse. Ces suppositions n'ont pour base que des contes populaires, et toute espèce d'accident est prévenue par quelques lotions d'eau fraîche qui entraînent les particules venimeuses , ou encore par une légère cautérisation instantanée. Araignée de cave. — Même effet que la tarentule. Abeille domestique. — Sa piqûre produit une vive douleur et une tuméfaction érysipélateuse fort dure dans son centre , qui blanchit et persiste tant que l'aiguillon reste dans la plaie. La mort a pu être le résultat de cette piqûre, quand un essaim d'abeilles s'abattait sur un même individu. Chaumeton ( art. Abeille, Dictionn. des Sciencesmèdic.) cite des cas où une seule piqûre a suffi pour donner la mort. On prévient les accidents par l'extraction de l'aiguillon , les lotions , la succion ou une ventouse. S\ l'abeille avait piqué le pharynx ou avait été avalée, on administrerait de l'eau fortement salée.

Les mêmes effets sont à peu près produits, et les mêmes précautions réclamées par le bourdon des pierres et les diverses espèces de guêpes.

Vipère commune. — u Sa morsure produit une douleur aiguë, lancinante, cfcnsla partie blessée, qui augmente par la pression , qui ne tarde pas à se répandre dans tout le membre , qui se propage même

aux organes intérieurs ; la partie piquée se gonfle, la tumeur, d'abord ferme et pâle, devient rougeàtre, livide, comme gangréneuse, et d'une dureté excessive ; elle augmente et gagne peu à peu les parties voisines ; il survient ensuite des défaillances, des vomissements bilieux, des mouvements convulsifs, suivis quelquefois de jaunisse ; l'estomac, dans certains cas, rejette toutes les boissons; des douleurs se font sentir dans la région ombilicale; le pouls est fréquent, petit, concentré , irrégulier , la respiration difficile ; le corps se couvre d'une sueur froide ; la vue et les facultés intellectuelles sont troublées. La plaie fournit d'abord un sang noirâtre, puis une humeur fétide , puis cesse d'exhaler aucun liquide; alors le peau se refroidit, les forces du malade s'affaiblissent, et la mort arrive. » Cette description, textuellement la même dans les ouvrages de MM. Orfila et Devergie, parait exagérer un peu ce qu'apprend l'observation journalière sur les effets de la morsure de la vipère commune. L'auteur auquel est due la description, Ta composée de manière à ce qu'elle pût s'adapter à ce qui concerne le venin des serpents les plus dangereux tout aussi bien qu'à ce qui a trait à celui de la vipère, et cependant le venin de ce reptile n'est point, d'après M. Magendie (i), assez actif pour compromettre la vie du blessé.

La morsure du serpent à sonnettes produit donc à peu près les symptômes qui viennent d'être exposés. M. le docteur E. Rousseau, chef des travaux anatomiques au jardin du Roi, a fait des expériences avec le venin d'un serpent à sonnettes tué depuis trente heures et conservé depuis ce temps dans l'alcool. Un pigeon fut piqué à la poitrine avec le crochet qui avait déjà servi à une expérience sur une grenouille; on introduisit sur un autre pigeon un tiers de goutte de venin ; il se manifesta d'abord autour de la piqûre une ecchymose violette qui acquit la dimension d'un écu de six livres. Au bout d'un quart d'heure les animaux devinrent tristes, restèrent immobiles dans un coin, clignotant les paupières, allongeant le cou , paraissant ne pouvoir supporter la tête , ayant une respiration stertoreuse ; enfin ils moururent au milieu de convulsions générales , le premier en 35 et le second en -45 minutes. Mêmes résultats à peu près sur un chien , un hérisson , une souris (2). Qu'on juge maintenant, parles effets de ce venin recueilli sur un animal mort, de ce venin coagulé par l'alcool, inoculé en quantité aussi minime, qu'on juge de ce que doit être son activité, lorsqu'il est inoculé en quantité suffisante par l'animal lui-même vivant et en colère. J'ai perdu le souvenir du temps que dura l'agonie de l'infortuné Drack , mordu à Rouen par un des serpents qu'il faisait

(1) Leçons sur les Phénomènes de la vie. Taris, 1830, tome lc>*, page 48.

(2) Jovrnal hebdomadaire de Médecine. Paris, 1828, tome l<f, page 291.

voir; tout ce que je me rappelle , c'est qu'elle fat affreuse, et que du moment où il fut mordu, il se regarda comme mort.

La morsure des animaux enragés produit des symptômes qui, pour être différents de ceux dus au venin du serpent, et n'apparaissant souvent que fort longtemps après la morsure, n'en sont pas moins mortels.

On prévient le danger qui résulte de la morsure de ces animaux en supposant à l'absorption du venin.

Deux moyens sont communément employés pour arriver à ce but: par l'un on enlève directement le venin de la surface vivante qui l'a reçue ; par l'autre on désorganise cette surface, on détruit ses rapports physiologiques avec le reste de l'économie. Au premier de ces moyens *e rapporte la succion des plaies empoisonnées ; par cet acte on humecte desalivelapIaieetlevenin;onexprimecelui-cidelaplaie; on imprime enfin à la circulation qui se fait à la circonférence de cette plaie, un mouvement centrifuge qui s'oppose à l'absorption , ou du moins on y suspend la circulation. Ce moyen, usité chez les peuples barbares , répugnerait à notre délicatesse ; il n'est peut-être pas non plus sans danger : malgré les expériences qui tendraient à prouver l'innocuité du venin introduit dans les voies digestives, la plus légère excoriation de la langue ou des parois delà bouche suffirait même, dans cette hypothèse, pour amener les accidents qu'on veut éviter; on a remplacé la succion par les lotions et les ventouses.

Si l'on n'a été atteint que par une vipère, on peut se borner à l'emploi de ces préservatifs. M. Pravat a imaginé un instrument extrêmement ingénieux, bien préférable À la ventouse, puisqu'il remplace simultanément tous les actes dont se composé la succion : lotions, aspiration, etc., et que , de plus , il sert à cautériser dans le vide, soit à l'aide du muriate d'antimoine, soit par l'action du galvanisme, au moyen de deux conducteurs en platine.

Si l'on a été mordu par un animal enragé , par un chien ou un loup dont les dents pénètrent profondément les chairs, il ne feut pas se reposer sur l'action de la ventouse, qui ne suspend la circulation qu'à la superficie du derme, mais bien détruire sur-le-champ le poison et le tissu sur lequel il a été déposé. Cette destruction comprend le second moyen : elle se pratique avec le fer rouge. On a conseillé le muriate d'antimoine pour les personnes que le fer rouge effraie ; mais la gravité des accidents qui peuvent survenir est telle, que Ton doit passer par-dessus toute considération pour arriver au préservatif le plus efficace. La rapidité avec laquelle s'opère l'absorption du venin nécessite l'emploi immédiat d'une ligature que l'on pratique avec une corde ou un mouchoir. Cette ligature a pour but d'intercepter la circulation veineuse.

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