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CHAPITRE PREMIER

A l'article Tact, nous avons considéré la peau comme organe de relation ; nous allons l'envisager ici comme organe sécrétoire. Nous

ajouterons aussi quelques mots , dans ce chapitre , sur les moyens hygiéniques qui peuvent régler ses fonctions absorbantes.

1° La peau fournit, dans toute son étendue , par le moyen du réseau vosculo-nerveux qui s'épanouit sur la surface du derme , la transpiration, improprement appelée insensible , fluide vaporeux que l'air dissout ou que les vêtements absorbent , qui compose la majeure partie de nos pertes, varie suivant la saison, le climat et mille autres circonstances. Cette transpiration est , outre son effet dépuratoire , un des moyens par lesquels la température de notre corps se maintient à un degré fixe. Elle se compose , d'après l'analyse d'Anselmino, de carbonate et phosphate calciques , carbonate , sulfate et phosphate sodiques , d'une petite portion des mêmes sels potassiques , de beaucoup de chlorure sodique, d'une manière analogue à l'osmazôme, des acides acétique et lactique ; dans quelques parties du corps , telles que les aisselles, les pieds, la transpiration très-odorante paraît contenir un excès d'ammoniaque. (Bebzelios, Traité de Chimie, tome vu.) Lorsque la transpiration est assez augmentée pour ne pouvoir être évaporée à mesure qu'elle est produite, elle parait sous forme liquide et elle porte le nom de sueur.

2° La peau fournit par ses follicules, qui principalement abondent à la tête, aux organes génitaux, aux pieds et aux parties qui présentent des plis et sont exposées à des frottements, le fluide sébacé, fluide huileux qui entretient la souplesse de la peau, la préserve de la macération que produisent les liquides , défend les poils contre l'humidité. Ce liquide est un peu coloré aux aines et surtout aux aisselles , huileux à la peau du crâne, épais dans le conduit auditif, où il forme le cérumen. L'humeur sébacée varie selon les climats , les âges, les tempéraments et les races d'hommes.

3° La peau fournit par cette partie intermédiaire au derme et à Tépiderme, et qu'on appelle corps muqueux , un pigmentum qui existe chez tous les hommes , excepté les albinos. Cette matière colorante est, disent les physiologistes, destinée à défendre la peau contre les rayons solaires. Pour appuyer cette assertion , Ev. Home dirige sur son bras nu et sur celui d'un nègre les rayons du soleil ; il ressent de la douleur, sa peau se couvre de phlyetènes : le nègre n'éprouve aucun de ces effets. Ev. Home couvre son bras d'un drap noir; il n'éprouve rien. Les premiers effets se manifestent de nouveau s'il se couvre le bras d'un drap blanc. Cette expérience est difficile à concilier avec cette observation curieuse de Franklin, qui avait reconnu que la neige fondait plus vite sous un morceau de drap lorsqu'il était noir que lorsqu'on le prenait de couleur blanche.

Nous avons, dans le courant de ce travail, étudié beaucoup de nio-

dificnteurs exerçant une action sur les fonctions de la peau , tels que les actes cérébraux, les exercices musculaires, les aliments ; mais ces modificateurs n'ont sur la peau qu'une action indirecte. Ici nous allons étudier tous les corps qui agissent directement et immédiatement sur cette membrane.

§ 1er. De la lumière.

La lumière est un des stimulants propres , directs et immédiats de la peau, comme elle est le stimulant propre de l'œil (roy. le chapitre Vue , page 57 ). La répétition à laquelle nous sommes obligé ici dépend donc de la nature même des choses , et non du vice dans le plan du travail. Au reste , cette répétition n'est qu'illusoire et n'a lieu que pour le titre du paragraphe ; car le mécanisme d'action de la lumière sur la peau diffère de celui qui a lieu sur l'œil.

La lumière est la principale cause de la coloration de la peau. Les personnes qui passent leur vie dans les lieux obscurs sont pâles, blafardes, décolorées. La lumière a la même action sur les plantes: celles qu'on prive de lumière (certaines salades) perdent leur couleur, deviennent d'un jaune blanc.

Les personnes , au contraire , qui passent leur vie dans les lieux où la lumière est abondante , ont la peau colorée, plus épaisse, plus rugueuse. Il en est de même des plantes: elles sont d'autant plus colorées qu'elles reçoivent plus de lumière.

La coloration de la peau ne saurait être attribuée à l'action de la chaleur seule; car les personnes qui, sous la même latitude, passent leur vie dans des appartements faiblement éclairés contrastent évidemment par la blancheur de leur teint, la finesse de leur peau, avec les personnes qui vivent exposées à la lumière du soleil. On observe cette différence parmi les Asiatiques comme parmi les habitants de nos contrées. « Qui ne remarque , dit M. Lâchai se , la décoloration que subissent tout à coup les individus qui quittent les provinces pour habiter la capitale? Certainement c'est bien ici l'effet d'une lumière moins vive, et on ne saurait l'attribuer à la température , puisque les habitants du Nord éprouvent aussi bien que ceux du Midi cette espèce de métamorphose (i). »

Mais la lumière, agissant par l'intermédiaire de la peau, ne borne pas son action à cette membrane, et l'absence ou l'accumulation du fluide lumineux a sur le reste de l'organisme une influence marquée. Ainsi, les habitants des lieux privés de lumière , comme les prisonniers renfermés dans d'obscurs cachots, les mineurs et autres ouvriers

(i) Topographie médical* do Paris. Paris, 1822, in-8, page 123.

qui travaillent au-dessous du sol, les portiers qui habitent le rez-dechaussée dans les rues étroites, sont non-seulement frappés de cette décoloration de la peau que nous venons de signaler , mais de plus sont encore atteints d'un état complet d'atonie de certains tissus, atonie coïncidant parfaitement avec un excès d'action , une irritabilité maladive de certains autres tissus: par exemple, les fonctions exhalantes delà peau, les mouvements, la respiration, la circulation générale, etc., sont frappés de langueur. 11 existe, au contraire, une grande activité dans les tissus blancs : les glandes lymphatiques superficielles ou profondes s'irritent, se tuméfient, puis suppurent ou restent indolentes. Le sang de ces individus paraît être en petite quantité , ou au moins peu coloré , peu consistant ; les fluides blancs sont , au contraire, très-abondants ; il y a excès de développement et d'irritabilité du système lymphatique , il y a véritable pléthore lymphatique. Les maladies de ces individus sont le carreau, les scrofules, les hydropisies ; je n'y joins pas les douleurs rhumatismales, parce quelles dépendent plus particulièrement du froid humide : toutes ces causes, au reste, ne peuvent guère se séparer. De mêmé que les causes opposées, elles agissent le plus ordinairement d'une manière simultanée.

L'absence de la lumière agit à peu près de même sur la texture intime des plantes. Ainsi, elles ne sont pas seulement privées de couleur, elles sont encore privées de consistance; elles deviennent spongieuses , aqueuses , tendres , et perdent leurs principes amers, acres, avec la fermeté de leur parenchyme.

On sent maintenant la cause d'une partie des effets que nous avons énoncés en parlant du sommeil pris hors les heures de la nuit. On voit que, pour recouvrer la santé, il est important de renoncer a cette mauvaise habitude. Quant aux ouvriers que leur profession oblige à passer les jours dans de» lieux privés de lumière, on ne peut que leur conseiller de sortir de ces lieux pendant les instants destines aux repas. Toutes ces professions devraient être abandonnées par les individus d'un tempérament lymphatique: elles seront à peine supportées par le bilieux ou le sanguin. Le prétexte de conserver la finesse et la blancheur de la peau ne doit jamais être un motif pour se soustraire aux toniques effets de la lumière.

§ II. Du calorique.

Bien que la température du corps humain soit , terme moyen, de ■+- $5°, 5, il ne faut pas en conclure que nous éprouvons une sensation de chaleur ou de froid dans tous les cas où nous nous trouvons plongés dans un milieu qui donne au thermomètre des indications supérieures ou inférieures à ce chiffre. Le rapport qui existe entre

ia faculté productrice de la chaleur et le refroidissement plus ou mon» rapide dû à l'évaporation dont la peau et la membrane muqueuse pulmonaire sont le siège , détermine les sensations du chaud et du froid ; c'est ce qui explique la différence d'effet d'une température à laquelle nous nous trouvons exposés dans les circonstances différentes.

Quelques professions exposent les individus qui les exercent à l'action d'une température plus ou moins élevée : ce sont particulièrement les fondeurs, les potiers, les verriers, les fabricants de porcelaine et de cristaux, les émailleurs , les forgerons, les salpetriers, les boulangers , les pâtissiers , les cuisiniers , les ouvriers des sucreries et des étuves.

Les effets produits par cette cause, ainsi que les moyens de les prévenir, ont été exposés en parlant de l'air chaud ( Section précédente).

§ III. Du calorique uni à la lumière.

C'est presque toujours le calorique uni à la lumière qui produit, dans l'action des rayons solaires , tous les bienfaits que nous avons énumérés en parlant de la lumière. La réunion de ces agents est le plus puissant préservatif de toutes les affections lymphatiques, et l'exposition prolongée du corps nu au soleil , le moyen le plus efficace auquel on puisse recourir dans ce cas. Il est probable qu'alors la modification que reçoivent les organes par la voie de la peau n'est pas seulement due au calorique et à la lumière, mais l'est encore à l'oxygène de l'air , auquel , sans doute , cette membrane est perméable.

C'est le calorique uni à la lumière très-concentrée, qui produit sur la peau ces éry thèmes appelés coups de soleil. Ces affections sont dangereuses quand elles frappent la peau du crâne ; car elles peuvent se communiquer au cerveau et à ses membranes. Elles sévissent de préférence contre les personnes dont la peau est habituellement recouverte , conséquemment fine , délicate et très-impressionnable. On peut s'en mettre à l'abri en ne se découvrant jamais la tète, soit qu'on se promène, soit qu'on* se baigne; mais il faut infiniment mieux prémunir déjeune âge et par degrés la peau contre toutes les influences extérieures. C'est l'habitude d'être toujours nu, qui rend l'habitant de la zone.torride inaccessible aux attaques permanentes que lancent contre sa peau noire, épaisse et huileuse , les rayons d'un soleil brûlant.

S IV. Du froid.

Nous avons déjà (art. Température froide et sèche, page 445, et art. Habitation, page 515) indiqué les effets du froid sur l'économie, et

les divers moyens, à l'aide desquels on peut y remédier, soi* en activant les sources intérieures de la chaleur, soit en élevant la température de l'air. Continuons ce sujet.

Les modifications qu'éprouve la peau par le froid sont les suivantes: resserrement, ridement, manifestation d'une espèce de rugosité passagère , si bien désignée sous le nom de chair de poule , admission de moins de sang dans les vaisseaux capillaires de la peau, et par conséquent, décoloration de son tissu ; diminution de volume des parties sous-jacentes les plus éloignées des grands foyers organiques de la chaleur et de la vie. C'est cette diminution de volume qui permet de mettre des gants et de chausser des souliers qui eussent été trop étroits par une température chaude. La sensibilité des parties externes diminue considérablement ; il se manifeste dans le système musculaire un engourdissement plus ou moins considérable, qui rend les mouvements pénibles ; la transpiration est supprimée et remplacée par une plus abondante excrétion de l'urine et du produit de l'exhalation pulmonaire. Si la personne qui éprouve ces effets est douée d'énergie, la réaction se manifeste ; les organes intérieurs surchargés, si je puis «l'exprimer ainsi , de calorique , de sang et de vie , se débattent et luttent violemment contre la puissance destructive qui tend à les anéantir; un mouvement centrifuge se manifeste ; la chaleur et les liquides sont renvoyés à la peau ; celle-ci se colore de nouveau , et plus qu'elle ne l'était avant l'action du froid ; l'équilibre est rétabli ; quelquefois il se rompt dans un sens contraire , et cette excitation , reportée rapidement à la peau, y devient morbide.

Ce qui vient d'être exposé prouve qu'on peut tirer parti , dans certaines affections , du froid , soit comme contre-stimulant , soit comme stimulant. Le froid longtemps et continuellement appliqué , remplit la première indication ; le froid appliquée peu de temps remplit la seconde.

Il n'est pas rationnel d'attribuer à la faculté peu conductrice de la graisse l'insensibilité que montrent à l'égard du froid les personnes très-grasses: elles sentent moins vivement le froid, comme elles sentent moins vivement toute impression physique ou morale. Georget a démontré (i) combien sont choquantes ces explications mécaniques appliquées aux phénomènes organiques.

Le froid, considéré maintenant comme sensation {voyez l'art. Tact, page 26 et suivantes), détermine d'autres phénomènes, qui sont plus ou moins prononcés , suivant l'impression plus ou moins désagréable que reçoivent les nerfs cutanés. Ainsi , le cerveau ne pa*

(i) Physiologie du système norvaux.

rait frappé que de l'impression pénible que cause le froid ; il est étranger à toute autre. C'est cette impression désagréable qui s'oppose à l'arrivée du sommeil lorsqu'on a froid aux pieds , ou lorsqu'on n'est pas assez couvert.

Si le froid est très-intense et qu'on y soit exposé plus longtemps, le cerveau se congestionne ; l'individu devient insensible à ce qui l'entoure, et bientôt il cède au perfide attrait d'un sommeil dont il ne se réveillera plus , si une main secourable ne l'arrache promptement à cet état. Que de braves, dans les champs glacés de la Moscovie, se sont endormis ainsi pour ne se réveiller jamais ! Bien plus ordinairement le froid produit les bienfaisants effets que nous avons exposés ailleurs (page 445) : alors toutes Jes fonctions s'exécutent avec plus d'énergie. Le cerveau de certaines personnes est même, pendant les temps froids, entièrement délivré désaffections tristes qui le poursuivaient sous le règne d'une haute température. Pour obtenir ces heureux effets , il faut être constamment couvert de vêtements chauds» , nourri d'aliments propres à développer la chaleur animale ; user , en un mot , des moyens que nous avons indiqués précédemment , et de quelques autres (les vêtements) qui doivent bientôt nous occuper.

§ V. Du froid humide.

Le froid humide appliqué à la peau agit, comme le froid sec, de deux manières différentes: 1° il modifie les fonctions organiques de cette membrane ; 2° il produit sur les nerfs cutanés une impression pénible. Nous avons vu (page 442) comment est produite l'humidité dans l'atmosphère, et quels sont ses effets lorsqu'elle est jointe au calorique ; voyons ceux qu'elle détermine quand elle existe avec un grand abaissement de température.

Les effets du froid humide, agissant comme modificateur des fonctions organiques de la peau, sont les suivants : l'humidité est absorbée en grande quantité, les urines sont plus abondantes que d'ordinaire, et les évacuations alvines moins sèches; cependant, en résultat ,le poids du corps augmente. Si cet état persiste, l'économie acquiert cette complexion riche de sucs blancs, qui nous frappe chez l'habitant de la Hollande.

L'humidité rend plus intenses les impressions que le froid produit sur la peau. Ainsi, le froid humide détermine une sensation de froid beaucoup plus considérable que celle que produirait le froid sec , au même degré de température, parce que l'eau a pour le calorique une capacité de beaucoup supérieure à celle de l'air.

Les maladies déterminées par le froid humide, lorsqu'il n'a lieu que pendant un certain temps , sont les rhumatismes , les inflamma*

tions de» membranes muqueuses, celles des poumons, du gros intestin , etc. Si la température froide et humide règne habituellement , elle détermine des maladies du système lymphatique. Je n'ai pas lu un seul article d'hygiène qui n'avançât d'une manière absolue, que le froid humide est nuisible à tous les individus sans exception : cette assertion est inexacte : il est quelques personnes qui ne se portent jamais mieux que par un froid humide. Elles éprouvent , lorsque la température est basse, et que l'air laisse précipiter un brouillard épais, un bien-être physique et moral indicible, qui, en peu de jours, donne à leur teint de la coloration , à leurs mouvements de la vigueur , et modifie avantageusement leur constitution. Cet effet n'a lieu que chez les individus doués d'une grande vigueur, chez les bilieux secs qui dégagent beaucoup de calorique , dont les muscles sont fermes , dont la peau est brûlante, dont les voies aériennes ne sont nullement disposées à l'inflammation. Le froid humide est contraire dans les circonstances opposées : il cause aux personnes d'un tempérament sanguin , dont la poitrine est irritable, de violentes pneumonies ; il entretient et perpétue les catarrhes bronchiques, détermine des aphthes et des maux de gorge. Les hommes sujets aux rhumatismes voient cette affection se renouveler pendant cette température , qui règne souvent a Paris. Beaucoup de personnes ne peuvent rester exposées un instant à l'humidité sans tousser aussitôt. Le froid humide est donc, généralement parlant, la plus défavorable des températures; il est nuisible a presque tous les individus ; il l'est incontestablement à ceux dont les organes thoraciques ou locomoteurs sont irritables ; les bilieux ardents sont les seuls qui le supportent sans inconvénient , et même qui peuvent éprouver son *nfluence avec quelque avantage.

Les professions qui exposent particulièrement au froid humide sont celles de marin , de marinier, de déchireur de bateaux, de blanchisseur, de porteur d'eau, de pêcheur , de maraîcher , de cultivateur de riz. Parent-Duchâtelet a établi, dans ses Mémoires, que les dcchireursde bateaux, les conducteurs de trains de bois, n'étaient pas plus atteints d'ulcères aux jambes que les autres individus ; qu'ils étaient seulement sujets à des gerçures qu'ils appellent grenouilles.

On évite les inconvénients du froid mmide, l°en prenant les mesures d'hygiène privée et publique déjà indiquées, ainsi que celles qui le seront encore (art. Fêtemcnts); 2° en usant des aliments, assaisonnements et boissons qui développent beaucoup de réaction, et que nous avons signalés comme convenables aux lymphatiques et aux habitants des climats froids et humides (voyez les Articles consacrés aux aliments fibrineux, aux assaisonnements stimulants, aux boissons fermentées distillées).

§ VI. Vicissitudes atmosphériques.

Ces vicissitudes, quelles qu'elles soient , frappent en premier lieu la peau, et ce n est que par cette voie qu'elles agissent secondairement sur le poumon ou sur les autres organes ; voilà pourquoi nous avons placé ce paragraphe plutôt ici que dans la section précédente. Userait sans doute possible que le passage du chaud au froid affectât le poumon par une action directe, mais je ne crois pas qu'il existe beaucoup d'exemples de ce cas, survenus chez des personnes en santé. Si un homme passe rapidement d'un lieu très-chaud dans un lieu trèsfroid, et que sa peau, couverte d'épais vêtements, reste chaude, continue ses fonctions et n'éprouve aucune espèce d'impression , il sera bien rare , quelque considérable que soit le froid , qu'il se fasse sentir au poumon et qu'il y détermine la plus légère affection.

Le passage brusque d'une température à une autre qui lui est extrêmement opposée, offre des dangers qui sont dus à ce que l'organisme n'a pas eu le temps de proportionner ses moyens d'échauffement ou de refroidissement aux influences extérieures. Le froid succédant au chaud , surprend l'économie dans le travail propre à résister à la chaleur, c'est-à-dire versant avec profusion , pour se débarrasser du calorique, les liquides perspiratoires ; il trouve inactives les sources de la chaleur animale , dont le travail serait à la vérité superflu. De tout cela il résulte une agression contre laquelle l'économie n'a pu préparer de résistance. La sensation du froid et ses effets sont donc, dans ce cas, beaucoup plus marqués que si l'économie eût été disposée pour résister à cette attaque; c'est-à-dire que si les sources de la calorification eussent été en pleine activité, et que celles qui procurent le refroidissement eussent été en repos (i). La même chose a lieu pour la vicissitude opposée.

1° Vicissitude du chaud au froid. — Le passage subit du chaud au froid supprime le plus ordinairement les fonctions sécrétoires de la peau, et augmente celles de la muqueuse pulmonaire et du rein ; il occasionne des inflammations, principalement dans les membranes muqueuses nasale , pharyngienne , laryngienne, bronchite et intestinale, dans les membranes séreuses , telles que la plèvre et les .synoviales articulaires, dans le système musculaire ; d'autres fois dans le parenchyme du poumon , et quelquefois même dans le cerveau. Le maximum de fréquence de l'affection des organes respiratoires ne s'observe pas, même ehei les vieillards, à l'époque des plus gratfd» froids, mais bien à l'époque des brusques vicissitudes atmosphériques,

(i) Nous venons plus loin que cette proposition cesse d'être applicable au cas où il y aurait une grande accumulation de chaleur.

c est-à-dire, à Paris, dans le mois de mars et dans la première moitié d'avril, et relativement à la direction des vents pendant ceux de nordest (voir à ce sujet le Relevé des cahiers de la Salpêtrière par MM. Hourman et Dechambre).

Le mode d action du froid dans la production de ces maladies est différemment présenté. Les gens étrangers à la médecine s'imaginent que c'est l'humeur même de la transpiration qui, brusquement répercutée de l'extérieur à l'intérieur, va irriter les organes, par uneâcreté particulière. En conséquence , pour soulager les organes intérieurs enflammés à l'occasion du froid, ils ne veulent entendre parler d'aucun autre moyen que du rappel de la transpiration. Or, comme celle-ci n'est pas disposée à reparaître tant qu'un organe intérieur est violemment enflammé, il résulte souvent de cette fausse théorie, si l'inflammation est grave, que le malade expire plutôt que de suer. La plupart des physiologistes, appliquant au corps humain la manière d'agir du froid sur les corps inanimés , considèrent le froid comme une force astringente rétrécissant le calibre des vaisseaux capillaires extérieurs, refoulant le sang vers le centre, de telle sorte que ce fluide surprend et surcharge les organes intérieurs, les irrite par sa présence subite, et les enflamme. Georget , qui s'élève toujours contre les théories mécaniques, explique le mode d'action du froid dans la production de la plupart des maladies précitées, par la sensation qu'il produit. Le froid, dit-il, prédispose à l'apoplexie, non pas en refoulant le sang à l'intérieur, mais en excitant plus ou moins le centre sensitif. Faut-il maintenant rejeter entièrement l'explication généralement admise, pour adopter uniquement celle de Georget? Nous croyons qu'on peut les admettre toutes les deux; mais, nous le répétons encore ici , quelque brusque que soit la suppression de l'action cutanée , elle ne donne lieu à l'inflammation d'un organe intérieur, que parce que cet organe, ayant été plus excité que les autres, est plus disposé à admettre, à attirer même, le sang qui surabonde dans les vaisseaux, et conséquemment à s'enflammer. Ensuite, il peut bien arriver que ce ne soit pas plutôt le froid que toute autre cause , qui ait excité l'organe ; car si un homme qui a stimulé préalablement son intestin, contracte la diarrhée par une vicissitude du chaud au froid, qui a supprimé l'action de la peau, certainement, dans ce cas, aucune sensation de froid n'a été perçue dans l'intestin.

2° Vicissitude du froid au chaud. — Le passage brusque du froid au chaud produit des accidents moins graves que la vicissitude opposée, à moins pourtant que l'intervalle qui sépare ces températures ne soit marqué par un grand nombre de degrés. Quand le froid n'est séparé de la chaleur que par un petit nombre, les phénomènes qui survien-

nent se bornent à une légère expansion des fluides et particulièrement du sang. Ce liquide distend les vaisseaux, et bientôt la sueur ruisselle de la surface de la peau, et débarrasse l'économie du calorique excédant.

Si l'intervalle qui sépare le froid de la chaleur est plus considérable , alors surviennent tous les phénomènes énumérés en parlant de l'excessive chaleur : difficulté de respirer , sentiment d'oppression , d'angoisse; imminence de suffocation , évanouissement , et souvent apoplexie. Si l'estomac est chargé d'aliments, la digestion est troublée, ceux-ci sont rejetés , et ce sont souvent les efforts déterminés par ce rejet qui produisent la congestion cérébrale. D'autres fois, les accidents consistent dans un saignement de nez , un crachement de sang, un mal de tète intense. Ils surviennent ordinairement lorsque, après un ample dîner, on va, par un temps de gelée, s'enfermer dans une salle de spectacle, ou dans tout autre lieu échauffé par des poêles et par la présence d'un grand nombre d'individus. Cependant ces effets ne sont pas seulement produits par une température artificielle : une variation brusque dans la température naturelle de l'atmosphère y peut aussi donner lieu. L'expérience m'a même convaincu, comme je l'ai dit ailleurs, qu'il suffit pour cela, dans une contrée méridionale, de descendre d'une montagne , et que dans une heure de marche la différence de température peut se trouver être d'un assez grand nombre de degrés pour donner lieu à tous les phénomènes énoncés.

Si le passage du froid au chaud n'est que local, comme, par exemple, cela a lieu lorsque, pendant l'hiver, on approche du foyer d'un appartement où la température n'est pas échauffée , les parties du corps les plus sujettes à se refroidir, comme les pieds et les mains , il survient des engelures à ces parties.

Si l'intervalle du froid au chaud est marqué par un plus grand nom. bre de degrés , comme lorsqu'un individu gelé est tout à coup rapproché d'un foyer, les parties du corps que frappe la chaleur tombent en gangrène ; des membres entiers sont frappés de sphacèle, et souvent l'infortuné n'a été rappelé à la vie que pour la perdre d'une manière beaucoup plus douloureuse.

Dans ce cas, les liquides dilatés ont rompu leurs canaux , se sont extravasés, l'organisation a été détruite , et tout cela s'est passé sans que la sensation y ait eu aucune part, puisque les principaux foyers de la vie étaient éteints ; enfin l'action a été tout à fait physique, puisque les parties sur lesquelles le calorique agissait étaient séparées de la vie. Ce qui précède montre, pour le dire en passant , combien il est dangereux, lorsqu'on donne des soins à des individus trouvés engourdis par le froid, de chercher à rétablir la chaleur de la périphérie

du corps. C'est sur le centre que doivent être dirigés les moyens de produire la chaleur ; mais la peau doit en être préservée par des an ptteations de neige ou d'eau froide : l'examen de tous ces soins sort de mon sujet.

Les individus exposés par leurs professions aux vicissitudes duchaud au froid , ou du froid au chaud, sont les soldats en temps de guerre les postillons, les marins, les blanchisseuses, etc., etc. '

Quelque graves que soient les accidents auxquels donnent souvent lieu les changements naturels de température, il n'en reste pas moins constant que ces changements sont inévitables. Il y a plus , ils sont nécessaires pour l'économie: un état atmosphérique permanent imprimerait auxindividusuneconstitutionparticulièreexagérée(i) qui disposerait certainement à une affection quelconque , tandis que les changements de température rétablissent en quelque sorte l'équilibre Ainsi les fluides blancs accumulés dans nos organes par une atmo-

sphère humide et froide , et en rendant imminentes les hydre t s et autres affections du système lymphatique , seront dissipés par une atmosphère chaude et sèche; et vice versé, la sécheresse de la consti-

tution et l'irritabilité du foie, du cerveau, etc., dues à une atmosphère sèche et à une température élevée, diminueront dans une atmosphère humide et froide, qui imprimera une langueur à toutes les fonctions rendra de l'embonpoint à toute l'économie , et calmera l'irritabilité de ces organes.

S VII. Des bains.

Les bains sont l'immersion et le séjour plus ou moins prolongé du corps dans l'eau. On se sert des bains, dans l'état de santé, ou pour nettoyer la peau et en faciliter les fonctions, ou bien pour se rafraî cbir. Pris à des températures exagérées comme les prennent certains pcuples,les bains ne doivent plus être regardés comme agents hygiéniques; il n'y a qu'une sorte de bains qui mérite réellement ce titrece sont ceux qui , pris en tout temps , dans le double but que nous venons d'énoncer, ne produisent jamais sur la peau qu'une impression agréable. Ces bains, de même que nos vêtements , varient avec la température extérieure: ils sont frais en été pour nous enlever du calorique, chauds en hiver pour en empêcher la déperdition. Tous les

(i) On « appelé du nom de constitution médicale l'ensemble des conditions météorologiques , sous l'influence desquelles se développent certaines maladies plutôt que d'autres. 1

La constitution médicale régnante est dite asthénique, inflammatoire, bilieuse, etc. , suivant qu'elle prédispose aux maladies asthéniques, inflammatoire.

ou

bains qui sortent de cette catégorie et qui déterminent des sensations pénibles , doivent être rejetés du domaine de l'hygiène ; car , pour l'homme et pour les animaux, une sensation pénible n'est, ainsi que nous l'avons dit en autre lieu , qu'un avertissement dont l'objet est de faire éviter, comme nuisible à l'existence, ce qui détermine cette sensation.

Les effets communs des bains , quelle que soit leur température , sont les suivants: 1° Tous les bains forment autour du corps de l'homme une atmosphère plus pesante , plus dense que l'air, et qui présente , dans une étendue déterminée , un plus grand nombre de molécules au contact du corps ; c'est pour cela, et à cause de sa capacité plus grande pour le calorique , qu'à température égale l'eau nous fait éprouver, à un plus haut degré que l'air, les sensations de chaud et de froid ; la soustraction ou l'addition du calorique se fait donc beaucoup plus rapidement par l'eau que par l'air. C'est sans doute cette même densité de l'eau qui fait éprouver à certaines personnes une espèce d'oppression à l'épigastre, et les empêche de prendre des bains entiers. Cette oppression épigastrique est néanmoins beaucoup plus fréquemment produite par la sensation à laquelle donne lieu la température. 2° Les bains empêchent le contact de l'air sur la peau et s'opposent aux effets, d'ailleurs peu connus, de la décomposition de ce fluide. 3° Les bains fournissent à l'économie, par le moyen de l'absorption, plus ou moins d'eau suivant leur température. 4° Certaines espèces de bains (les bains chauds) agissent plus ou moins sur la peau , par une espèce d'imbibition de l'eau qui gonfle cette membrane , la ride , la macère , l'assouplit , l'adoucit , la rend sans doute plus impressionnable, tandis que d'autres espèces de bains (les froids) la rendent sèche, peu souple, peu impressionnable; quelquefois mèroé, suivant Marcard , dure et écailleuse chez les enfants. 5° Les bains agissent par la sensation que déterminent les diverses températures auxquelles ils sont pris.

Les effets particuliers des bains sont relatifs aux diverses températures et à quelques autres circonstances dont nous tiendrons compte en parlant de chaque espèce de bains. Notons toutefois que l'on doit tenir compte, avant tout, de la constitution individuelle qui domine les conditions physiques les plus tranchées. Qu'on fasse entrer en même temps dans des bains d'une égale température cet homme vigoureux dont le teint est fleuri, dont la peau rosée , toujours en partie découverte , laisse apercevoir d'énormes muscles arrondis par un certain embonpoint , et cet homme pâle , irritable , maigre , habituellement recouvert de tissus de laini et ne pouvant supporter la plus légère vicissitude atmosphérique ; que, sans les interroger ni l'un ni l'autre

DMA. PEAU.

sur les sensations qu'ils éprouvent , on se borne à les observer : le premier ne laisse apercevoir aucun changement extérieur ; cependant le second tremble , sa mâchoire inférieure est agitée d'une manière remarquable, ses yeux semblent s'exca ver, son nez s'effiler, etc. Si vous augmentez la température des deux bains, et qu'alors vous interrogiez vos deux individus, le sujet énergique dont la tête est déjà couverte de sueur, vous dira qu'il étouffe, et le sujet irritable qu'il souffre encore du froid. Les effets consécutifs de ces deux bains seront ensuite totalement différents , puisque l'un des deux individus aura éprouvé les effets du bain chaud , et l'autre ceux du bain froid. Je ne parle pas des différences apportées dans les effets du bain, à la même température, par les individus de divers climats, de divers âges , d'habitudes opposées. Pour éviter donc les erreurs des observations faites, le thermomètre à la main , et pour s'épargner la peine de tenir compte , lorsqu'on étudie les effets du bain, de mille circonstances éventuelles, telles que l'âge, l'habitude, etc. , il faut user due thermomètre qui tient lieu de toutes ces indications, et mesure mieux que tous les instruments de physique imaginables la chaleur relative des bains. Ce thermomètre est la sensation, c'est-à-dire, l'impression qui frappe la peau et qui est perçue par le cerveau. Quand donc nous parlerons des effets du bain froid, nous entendrons, par cette épithète, te bain qui, à quelque température qu'il soit, fait éprouvera un individu la sensation du froid ; et de même, quand il sera question des effets du bain chaud, nous entendrons le bain qui fait éprouver la sensation du chaud.

ARTICLE PREMIER

Des bains froids.

Le bain froid , considéré sous le point de vue hygiénique , ne peut être que celui qu'on prend à la température à laquelle se trouvent les rivières pendant Tété: il serait peut-être , à plus juste titre , nommé bain frais, puisque c'est plutôt la sensation agréable de fraîcheur, que celle toujours pénible de froid , qu'on recherche dans ce bain. C'est aux individus qui en usent, à avancer ou à reculer l'épocjue à laquelle ils le prennent, suivant ta susceptibilité dont est douée leur organisation. Quand ces bains sont pris en temps convenable, leurs effets primitifs sont les suivants : soustraction prompte du calorique , léger spasme de la peau , resserrement de tous les orifices exhalants et sébacés, etc., contraction ou resserrement des extrémités capillaires, suspension de l'exhalation, effacement des veines superficielles , pâleur, léger tremblement convulsif ; respiration irrégulière et plus ou

moins précipitée ; petitesse du pouls , qui d'abord est plus fréquent, qui ensuite se ralentit, si Ton reste longtemps dans le bain et que Ton ne fasse aucun mouvement ; surcharge sanguine des organes intérieurs , sécrétion d'urine manifestement augmentée.

Si les bains sont pris par une température trop froide pour l'indi- Tidu, il y a souffrance réelle ; les phénomènes énoncés sont portés à un plus haut degré ; il y a , comme on dit , claquement des mâchoires; le tremblement convulsif est considérable; les membres s'engourdissent , les traits du visage se retirent comme chez un agonisant ; les yeux se cavent; le nez devient effilé, la peau plombée; les doigts se présentent décolés et tellement diminués en circonférence , que les bagues les plus étroites en tombent sans peine. 11 survient une douleur à l'épigastre et à la tête, un resserrement dans les mâchoires. Le cœur redouble d'efforts pour vaincre la résistance que le resserrement de toute la périphérie du corps oppose à l'abord du sang: delà les douleurs sous- stern aies , le trouble dans la circulation des gros vaisseaux, le sentiment de constriction à la poitrine.

A la sortie du bain et après que la peau est essuyée, ce refoulement des fluides cesse; il se manifeste ce qu'on appelle une réaction :le sang revient à la peau ; celle-ci rougit ; on y éprouve même un léger sentiment de cuisson et de chaleur ; la transpiration augmente ; le pouls a repris sa plénitude; enfin les sources organiques de la chaleur animale redoublent d'activité. Ces phénomènes de réaction sont en raison de la température des bains. Si ceux-ci n'ont produit, ainsi que cela devrait toujours être, qu'une sensation de fraîcheur agréable, il n'y a pas ou presque pas de réaction ; l'impression rafraîchissante causée par le bain dure longtemps, elle en devient même l'effet consécutif. Les phénomènes de réaction sont, au contraire, (rès-considérables, si le bain a causé une sensation de froid pénible. Ces phénomènes, enfin, sont en raison de la vigueur de l'individu: ils apparaissent lentement chez l'homme faible , rapidement chez l'homme vigoureux. M. Bégin a pris, du 12 au 20 octobre 1819, neuf bains froids, en se jetant dans la Moselle , sous les remparts de Metz, à huit heures du matin, par une température qui varia du deuxième au sixième degré du thermomètre de Réaumur. Après avoir décrit les phénomènes dus au refoulement des liquides dans les grandes cavités, cet observateur s'exprime ainsi : « Après deux ou trois minutes au plus, le calme renaît et succède à cet état pénible et presque insupportable; la respiration s'agrandit, le thorax se dilate, les mouvements sont redevenus libres et faciles , la chaleur se répand sur la peau , toutes les actions musculaires sont vives , légères et assurées ; on croit sentir que les téguments et les aponévroses sont appliqués avec plus de force sur

les muscles , et que ceux-ci , mieux soutenus , agissent arec plus de précision, plus de force, plus d'énergie que dans l'état naturel ; bientôt une vive rougeur couvre toute la surface du corps ; une sensation très-prononcée et très agréable de chaleur se répand sur la peau ; il semble que Ton nage dans un liquide élevé à 80 ou S6 degrés de chaleur ; le corps semble vouloir s'épanouir afin de multiplier les surfaces du contact ; le pouls est plein , grand , fort , régulier ; peu de sensations sont aussi délicieuses que celles qu'on éprouve en ce moment; tous les ressorts de la machine animée ont acquis plus de souplesse, de vigueur et de fermeté qu'ils n'en avaient précédemment ; les membres fendent avec facilité le liquide , qui ne leur offre plus aucune résistance; on se meut sans effort, avec vivacité, et surtout avec une légèreté inconcevable. Cette sensation, ou plutôt cet état, dure quinze ou vingt minutes; le bien-être diminue ensuite graduellement , et bientôt le froid se fait ressentir. Alors, si l'on ne s'empresse de sortir de l'eau, des frissons, et bientôt après, un tremblement général, s'emparent de la machine ; les mouvements deviennent si pénibles que certaines personnes courraient le danger de se noyer, surtout lorsque le bain se prend dans un fleuve profond. H ne faut donc jamais attendre le renouvellement complet du froid et la chute entière de la réaction. En sortant un peu auparavant, on n'éprouve aucune sensation désagréable ; et en passant de l'eau à l'air, la mutation presque insensible occasionne plutôt un sentiment de chaleur que de froid, malgré le vent et malgré l'évaporation du liquide qui couvre la peau. On observe un fait fort remarquable , c'est que les téguments sont presque insensibles au contact des corps ; ce phénomène est tel que le passage du linge avec lequel on s'essuie n'est pas senti, et il est arrivé plusieurs fois que dans cet état d'orgasme et de constriction du derme , des frictions assez rudes pour enlever l'épiderme n'ont produit aucune sensation perceptible. H semble qu'on se rapproche alors de l'état de ces peuples septentrionaux qu'on voit demeurer étrangers aux sensations les plus vives et même aux blessures les plus cruelles. »

M. Bégin a observé que pendant les premiers bains qu'il a pris, la réaction a été plus prompte que dans les derniers ; mais que , dans ceux-ci , elle a été plus durable. Il n'a pu supporter le bain en y entrant lentement et en y restant dans l'inaction. On peut supposer que c'est à l'exercice qu'est due l'innocuité d'une espèce de bain si dissemblable des agents hygiéniques. Enfin , quand M. Bégin s'est jeté dans l'eau immédiatement après une promenade assez longue pour exciter la rougeur de la peau, et même couvrir celle-ci de sueur, loin d'en éprouver quelque inconvénient , il a remarqué que la réaction

était plus prompte, plus facile et plus complète. Cette manière d'agir pourrait, chez beaucoup de sujets, avoir de graves dangers.

Quels sont maintenant les effets consécutifs du bain froid pris à une température convenable ? son usage est-il tonique ou débilitant ? Nous avons dit, en parlant de l'exercice de la natation (p. 227 ), que c'est principalement dans des mouvements qui n'occasionnent aucune perte, à cause du milieu froid et dense dans lequel ils ont lieu, que sont dues, dans la natation, et l'augmentation considérable des forces générales, et la sédation du système nerveux ; que l'effet tonique du bain froid sans mouvement ne serait que momentané, ou plutôt que ce bain froid ne serait que stimulant , si Ton ne considérait que la réaction, puisque Sanctorius a prouvé qu'après le bain froid les corps transpirent davantage et deviennent sensiblement plus légers. Ce bain, si Ton ne tient compte que de la réaction , n'a donc pas les effets restaurateurs que lui attribuent Halle, Nysten, et tous ceux qui ont copié ces savants : il n'est ni tonique ni débilitant. Mais si, laissant de côté ce phénomène consécutif de réaction, qui , comme nous l'avons vu, n'est que le phénomène le moins saillant quand on prend le bain à la température convenable, Ton tient compte de l'effet immédiat et principal du bain froid, la soustraction d'une portion du calorique qui surcharge et opprime l'économie, on trouvera dans le bain un fortifiant ou plutôt un moyen de rendre libres des forces qui ne sont qu'enchaînées. Ce moyen n'apporte pas de nouvelles molécules nutritives à nos organes, mais il leur rend, en les délivrant de leurs entraves, le pouvoir d'exécuter avec énergie des actes devenus languissants. Il agit d'une manière semblable à la soustraction du sang , qui rend le mouvement à l'apoplectique et lui permet d'user de ses forces sans lui en donner de nouvelles. Si l'on a pris les précautions convenables pour que les premiers effets du bain froid, la sonstraction du calorique et le refroidissement du corps, durent assez longtemps, les bains froids, souvent répétés dans le jour, seront le moyen le plus avantageux de combattre les effets nuisibles d'une température trop élevée. Mis en usage dans l'été , quand les chaleurs sont considérables , ils renouvellent l'action nerveuse épuisée, rétablissent la myotilité,diminuent la transpiration cutanée, s'opposent à la faiblesse qu'amènent des sueurs abondantes, et surtoutrétablissent l'appétence de l'estomac. Pour obtenir ces effets, il faut renouveler le bain froid plusieurs fois par jour, et s'abstenir de tout ce qui pourrait , après le bain, provoquer trop la réaction. L'on sait qu'aux Antilles, l'un des meilleurs moyens hygiéniques employés pour préserver delà fièvre jaune les équipages et les troupes , consiste à les faire baigner plusieurs fois par jour.

Le bain très-froid et qui détermine une sensation pénible , n'est

Le bain froid, pris dans l'eau courante, déterminera a température . égale, à cause du renouvellement continuel de l'eau, un enlèvement plus prompt de calorique que celui qui est pris dans une baignoire. Beaucoup d'auteurs attribuent des effets toniques à la percussion que l'eau courante exerce sur le corps. Cette percussion est très-forte dans le bain de mer, et les effets qu'elle produit sont accrus encore par la plus grande densité de l'eau : celle-ci , par les substances salines qu'elle contient, stimule aussi plus fortement la peau, que ne le fait l'eau des fleuves. De plus , il est probable que quelques-unes de ces substances sont absorbées et agissent comme toniques ; disons pourtant que la belle constitution qu'acquièrent tout à coup les personnes lymphatiques qu'on soumet aux bains de mer , tient autant aux effets de l'air qu'à ceux du bain.

L'assertion du voyageur Bruce n'implique pas contradiction avec ce que nous venons de dire de l'effet fortifiant du bain froid, u Que le bain froid, dit-il, doive agir comme fortifiant dans un climat trèschaud, c'est une opinion qui n'est pas fondée sur la vérité; j'ai souvent observé que, lorsque j'étais échauffé par de violents exercices du corps, un bain tiède me rafraîchissait et réparait mes forces beaucoup mieux qu'un bain froid de même durée. » L'assertion de Bruce est vraie, et tout le monde peut l'avoir vérifiée; mais elle n'est vraie qu'appliquée aux bains pris dans de l'eau trop froide , mais elle n'est vraie que pour l'homme qui est échauffé par de violents exercices du corps. Dans ce cas, le bain tiède est celui qui délasse le mieux; l'état d'expansion, de relâchement qu'il permet aux tissus , est bien plus propre, en effet, à leur rendre leur vigueur, que l'état de contraction dans lequel les jette le bain trop froid : ce dernier état est une espèce de fatigue. Sous ce point de vue, le bain tiède est infiniment plus fortifiant et plus réparateur que le bain froid ; il a, dans sa manière d'agir, quelque ressemblance avec le repos, et même avec le sommeil. Mais, lorsqu'au contraire l'accablement n'est occasionné que par la sensation de chaleur, ou par la dilatation des fluides, le bain frais est beaucoup plus avantageux. Au reste , on peut voir , par ce que nous avons dit, que les effets des bains froids ont été souvent confondus, avec ceux de 4a natation : les bains froids, sans mouvement, ont des propriétés fortifiantes aussi faibles que cet exercice en a de puissantes.

Appliquons maintenant aux différents individus, en particulier, les préceptes que nous venons d'émettre sur les bains froids.

On dit que les peuples du Nord plongent les nouveau-nés dans l'eau froide ou dans la neige : ce fait peut être vrai ; cependant Martin ,

médecin suédois (Mém* de VAcad. des sciences de Suède), avance tout à fait le contraire , au sujet des habitants de la Finlande. Tous les auteurs répètent que Rousseau conseille cette pratique : c'est là une absurdité qu'on prête à l'homme qui, en hygiène, n'anima jamais de sa brûlante éloquence que la raison et la vérité : nous prouverons plus loin la fausseté de cette assertion que nous avons vue répétée par beaucoup d'auteurs trop confiants, dont nous n'estimons pas moins le mérite et la bonne foi. Continuons. Ce n'est pas, comme le disent Hallé et Nysten, parce que l'enfant est assujetti à des éruptions cutanées, que le bain froid lui est contraire (car une fatalité nécessaire ne lui impose pas ces éruptions) ; c'est tout simplement parce que la sensibilité encore excessive de la peau du nouveau-né serait douloureusement affectée de l'impression d'un modificateur qui n'est point fait pour elle : ces auteurs semblent confondre le bain froid hygiénique, qui ne doit produire qu'une sensation agréable , avec le bain froid capable de produire une sensation pénible. Le premier , loin d'être nuisible à l'enfant, lui sera, au contraire, très -avantageux. Quant au bain très-froid, une habitude tellement graduée que l'enfant n'éprouve rien de pénible en entrant dans l'eau , pourrait seule le rendre sans danger. Sans cette précaution , il n y aurait qu'absurdité et barbarie à soumettre à un pareil bain l'enfant bien portant : il y expirerait de douleur. Des journaux ont rapporté , il y a quelques années, qu'une femme atroce employait ce moyen pour faire périr ses enfants, persuadée que la justice ne pourrait découvrir les traces du crime. Nous avons déjà dit, en parlant des vicissitudes atmosphériques, comment on peut rendre, après les premiers temps de la naissance, la peau de l'enfant moins susceptible : nous reprendrons cet objet en parlant des lotions.

Le bain froid est encore très-avantageux à l'adolescent et même aux adultes. Quant aux vieillards, comme chez eux les facultés productrices de la chaleur ne sont plus très-actives, et qu'une fois refroi* dfs, ils se réchauffent difficilement, ils devront, ou s'abstenir du bain froid, ou du moins prendre, pour l'adapter à leur sensibilité, beaucoup plus de précautions que n'en prennent les jeunes gens ; c'esi-àdire, n'user des bains d'eau courante que lorsque la température des rivières sera très-élevée, rester moins de temps dans l'eau, ne se baigner qu'au milieu de la journée, prendre un peu d'exercice après le bain , etc.

Pour nous résumer , nous dirons que le bain froid hygiénique, ou bain frais, convient à tous les individus auxquels la température de l'eau ne fait pas éprouver une sensation désagréable , à ceux que la chaleur de l'atmosphère affecte assez péniblement pour leur rendre

indispensables tous les moyens propres à délivrer l'économie de l'excédant du calorique qui l'opprime.

Ce même bain sera dangereux pour toute personne qui se trouve , dans le moment même , sous l'influence de sécrétions naturelles ou d'affections morbides, susceptibles d'être répercutées , telles que les règles , une sécrétion abondante de sueur ou d'humeur sébacée , les dartres et autres éruptions , la goutte et les hémorrhoïdes ; enfin , le bain froid sera nuisible aux individus dont la poitrine est irritable , à ceux qui sont sujets aux affections du cœur , aux rhumatismes ou à d'autres affections facilement reproduites par le froid.

Les précautions à prendre lorsqu'on use du bain froid, sont de sortir de l'eau avant qu'un second frisson ne soit venu remplacer l'impression agréable qui suit le premier frisson qu'on éprouve au moment de l'immersion dans le liquide. Il faut , en sortant du bain , s'essuyer prompte ment et s'habiller. Si l'on prend , comme cela doit être , le bain froid pour se rafraîchir , il faut se garder de tout ce qui pourrait produire trop de réaction , comme l'exercice , etc. ; car ce serait le moyen de perdre promptement l'effet rafraîchissant du bain. Les autres précautions relatives au bain froid étant* absolument les mêmes que celles qui ont été indiquées en parlant de la natation, nous renvoyons à la page 227.

On a conseillé le bain froid comme moyen thérapeutique dans beaucoup de maladies, principalement dans les affections nerveuses, comme la chorée, la catalepsie, l'hystérie, l'épi lepsie, le priapisiue, la nymphomanie, la rage, etc. Il suffît d'avoir observé combien quelques* unes de ces maladies s'exaspèrent sous l'influence d'une température élevée , pour avoir quelque confiance dans l'efficacité de ce moyen.

Nous n'avons pas à dire ici dans quel cas on doit employer le bain très-froid , puisque ce bain n'est pas un agent hygiénique. Nous renvoyons, pour cet objet , à l'article Bais , Diction», de Méd. prat. , tome m.

ARTICLE II

Des bains chauds.

Nous comprenons sous le nom de bain chaud, celni qu'on prend en hiver , comme moyen d'hygiène , et dont la température varie de -4-28° à 35° c. , suivant la susceptibilité des individus. C'est ce bain qu'on appelle communément bain tiède; quelques auteurs l'appellent bain tempéré. Ses effets sont les suivants : au moment de l'immersion, sensation de chaleur douce et agréable perçue à la surface du corps, et qui semble se répéter dans les viscères; expansion des liquides de l'é-

conomie, imbibition et gonflement de la peau, dont les débris épidermoïques se détachent et viennent flotter à la surface de l'eau ; ralentissement des battements du cœur et des mouvements respiratoires ; état de calme, qui finirait par conduire doucement au sommeil, pour peu qu'on y fût disposé. Pendant ce bain, néanmoins, quelques fonctions paraissent avoir acquis de l'activité : l'absorption cutanée et la sécrétion rénale sont dans ce cas. Au moins, Falconner prétend, d'après ses expériences, qu'un adulte peut absorber dans un bain, quarante-huit onces d'eau par heure. Ce qu'il y a de positif, c'est que pendant cet intervalle le besoin d'uriner peut se manifester plusieurs fois, et que l'urine excrétée est claire et limpide. Les observations de M. Dutrochet sur l'endosmose donnent une explication satisfaisante de ces divers effets.

Les effets consécutifs de ce bain sont calmants et relâchants : il délasse parfaitement, et mieux que le bain froid. On sent, après en avoir fait usage, toutes les fonctions s'exécuter , sinon avec plus de force , du moins avec plus de liberté et d'aisance.

Considéré comme moyen hygiénique, le bain chaud convient à tout le monde ; car quel que soft le sexe , le tempérament , la profession d'un individu , la propreté lui est indispensable ; mais c'est particulièrement aux tempéraments secs, irritables, aux vieillards, aux enfants, aux femmes, et même à celles qui sont dans l'état de grossesse , ou qui nourrissent, que les bains chauds sont avantageux.

Depuis l'usage du linge, les bains sont devenus moins indispensables qu'ils ne l'étaient chez les anciens, dont les draperies flottantes laissaient exposées à la poussière plusieurs parties du corps. C'est parce que les Orientaux ne portent pas de chemise ou autre linge susceptible d'être renouvelé, que leurs législateurs ont attaché aux bains et aux ablutions une importance asseï grande pour exiger du peuple ces pratiques, au nom de la divinité.

Les précautions relatives au bain chaud* consistent : 1° à s'assurer de la propreté des baignoires ; 2* à user des moyens convenables pour prévenir l'asphyxie à laquelle pourrait donner lieu la vapeur du char* bon , dans le cas où l'on échaufferait les baignoires au moyen d'un cylindre rempli de ce combustible ; 8° à veiller à ce que le cou et les épaules ne restent pas exposés à l'air pendant le bain , après avoir été préalablement plongés dans l'eau ; -4° à s'essuyer de suite en sortant du bain avec des linges bien secs et chauffés , et à se garantir des effets du froid; car la peau , débarrassée des débris d'épiderme et de l'enduit qu'y avait laissé la sueur , reste quelque temps plus impressionnable qu'elle ne l'était avant le bain.

L'espèce de bain que nous venons de mentionner convient dans les

maladies caractérisées par un état d'éréthisme, dans les maladies nerveuses, dans les phlegmasies aiguës et chroniques. Ce bain est un des moyens les plus propres à produire la détente et le relâchement des tissus, et à ramener le calme dans l'organisme. On l'emploie ordinairement dans cette vue, de concert avec les antiphlogistiques ; sa durée, surtout dans les phlegmasies externes , doit être de quatre , six , et même dix heures. Si Ton n'obtient pas toujours, dans les phlegmasies, les résultats qu'on attend de ce bain , c'est parce qu'il survient trop fréquemment, dans les hôpitaux surtout, l'un des cas suivants : ou il est de trop courte durée , ou il est pris trop frais , ou il est pris trop chaud , ou enfin les malades qui les prennent se refroidissent en le quittant pour regagner le lit. Si le bain est de trop courte durée , il ne produit pas d'effet notable ; car la détente qu'on cherche à obtenir dans les tissus, est toujours précédée de la légère stimulation cutanée à laquelle donne lieu l'immersion dans ce bain , et ce n'est qu'après cette légère stimulation que se manifeste l'effet émollient de celui-ci. S'il est pris trop frais, il augmente les congestions intérieures, en produisant les phénomènes exposés à l'occasion du bain froid. S'il est pris trop chaud, il augmente encore la congestion intérieure, mais il l'augmente par un mécanisme différent dont nous allons maintenant tenir compte.

Quand le bain est pris à une trop haute température, on éprouve, au moment de l'immersion, une sensation de chaleur piquante et incommode , au lieu de cette sensation agréable de chaleur douce que faisait éprouver le bain échauffé dans une juste mesure : la peau est le siège d'une espèce de spasme , de contraction presque analogue à celle qu'on ressent dans le bain froid ; ce phénomène disparaît promptement, et si l'on reste dans le bain, cette membrane, vivement excitée, rougit de suite par l'afflux du sang; elle se gonfle, ainsi que toutes les parties sous-jacentes ; le sang se trouve considérablement raréfié par la présence du calorique , qui , dans ce bain , ne peut plus être soustrait à l'économie ; le cœur se contracte avec rapidité ; les artères carotides et temporales battent avec violence ; la face est rouge ; les yeux sont injectés ; la respiration est fréquente et embarrassée : alors, pour peu que l'on soit disposé aux congestions cérébrales , on peut périr d'apoplexie. Cependant, après dix minutes d'immersion, et tandis que ces phénomènes se passent , la sueur ruisselle de la face, et enlève une prodigieuse, mais insuffisante quantité de calorique à l'économie. J'ai, dans des expériences que je faisais sur les bains, supporté , le 9 août 182-4 , en présence de plusieurs personnes , un bain à H° c, dont j'ai pu, en me taisant une forte saignée, élever encore de 3 degrés la température. Les effets de ce bain , ont été uu

spasme périphérique en entrant dans l'eau, une plus grande fréquence du pouls, une exhalation de sueur abondante, etc.; mais en sortant du bain, et en reprenant la position verticale, j'ai de suite éprouvé l'effet de la triple perte que je venais de faire en sang, en sueur et en calorique: une défaillance m'a prouvé que la pléthore factice qu'avait produite le calorique en dilatant le sang, venait de cesser, et qu'il existait pour l'économie , et surtout pour le cerveau, une déplétion réelle. Pendant un bain trop chaud l'exhalation de sueur sur les parties qui sont hors de l'eau est d'autant plus abondante, que le milieu qui environne le reste du corps est plus chargé de calorique , en soustrait conséquemment moins à l'économie, ou même lui en communique davantage. Si cette exhalation n'avait pas lieu pour débarrasser l'économie du calorique surabondant , la mort surviendrait promptement par l'effet de cette pléthore accidentelle extraordinaire.

On conçoit, d'après cela, que l'effet immédiat d'un bain trop chaud, abstraction faite des dangers qu'il fait encourir sur le moment même, est stimulant et phlogistique ; aussi M. Broussais a-t-il soin de rappeler souvent cette vérité, méconnue de trop de praticiens, que rien n'est plus propre à réveiller la goutte, les rhumatismes, les gastrites, et mille autres affections, qu'un bain pris à une trop haute température. J'ai eu plusieurs fois occasion d'observer ce fait.

Quant aux effets consécutifs du bain trop chaud, ils sont évidemment débilitants. Ce bain produit trop de pertes pour qu'il en puisse être autrement. Ce sont ces pertes , la sensation de chaleur qu'on vient d'éprouver à un haut degré , l'expansion de nos fluides, etc., qui rendent compte du sentiment de fatigue, d'abattement, du défaut d'appétit, et de l'espèce d'engourdissement des facultés intellectuelles, qui résultent d'un bain trop chaud.

Si le bain a été pris à une température excessivement élevée , il reste, pendant quelques instants, dans l'économie, une surabondance de calorique telle, que l'impression du froid extérieur le plus considérable n'est pas perçue, et que, malgré ce froid, le travail qui doit débarrasser l'économie de l'excédant du calorique, continue d'avoir lieu : ceci explique pourquoi les anciens Romains pouvaient se plonger dans un bain froid au sortir d'un bain chaud , et pourquoi de nos jours, les Russes et les Finlandais se roulent sans inconvénient dans la neige en sortant de leurs étuves brûlantes. Du reste, cet usage, après un bain chaud, de prendre un bain froid, de se rouler dans la neige , ou de se faire faire des lotions froides , est conservé par beaucoup de peuples. On peut présumer qu'il a pour effet de faire rentrer dans des limites moins éloignées de l'état normal, l'excitation produite par la haute température du bain très-chaud.

Nous n'avons pas à spécifier dans quel cas on peut employer le bain très-chaud, puisque ce bain n'est pas un agent hygiénique ; nous renvoyons donc, pour cet objet, à l'article précédemment indiqué (DicHonn. de M éd. prat.).

» — ARTICLE III

Des èluves , des bain* partiels et des lotions.

1° Étuves. — Nous traitons ici des étuves parce qu'elles sont, dans beaucoup de pays, un moyen hygiénique. On les distingue en sèches et en humides.

Les etuves sèches ne sont autre chose que des appartements fortement chauffés, où l'on se place pour suer. Ces étuves, en usage chez les anciens Romains , sont conservées aujourd'hui comme moyen hygiénique chez les Turcs , les Finlandais et les Russes. Les étuves des premiers sont des appartements en pierre de taille, pavés de marbre, chauffés au moyen de tuyaux qui parcourent leurs parois et portent la chaleur partout. Le Turc, déshabillé, enveloppé d'une serviette de coton, ayant des sandales à ses pieds pour les préserver de la chaleur du pavé, entre dans Tétuve, y sue, y est lavé, essuyé, frictionné et massé. Au luxe près , sans doute , la même chose a lieu chez les autres peuples.

Les étuves humides sont des lieux également très-échauffés , mais où Ton s'expose à la vapeur de l'eau. Connues en France sous le nom de bains de vapeurs , elles n'y existent que comme moyen thérapeutique : elles subsistent, au contraire, chez beaucoup de peuples, comme moyen hygiénique. Le Russe , en pleine santé , s'étend sur une large banquette, dans une salle construite en bois , s'y expose à ia vapeur de l'eau que l'on projette, toutes les cinq minutes, sur des cailloux devenus incandescents par le feu d'un fourneau. Après être resté quelque temps dans cette étuve, dont la température s'élève de -*- o0° à 56° c, le seigneur russe se fait fouetter avec des verges de bouleau assouplies dans de l'eau très-chaude , frotter avec du savon, puis il reçoit des douches d'eau froide, prend sa rôtie au vin et à la bière, et s'étend sur son lit. L'esclave , qui ne peut se faire rendre de pareils soins , court, au sortir de l'étuve, se rouler dans la neige ou se plonger dans un étang, puis il boit un verre d'eau-de-vie de grain et reprend ses travaux. Le Finlandais fait usage des étuves sèches et humides, plus fortement chauffées encore que celles du Russe ; et le sauvage de l'Amérique, si Ton en croit le missionnaire Lorskiel, se procure, dans un trou pratiqué sous terre , un bain de vapeurs à la manière des peuples précités.

En France, on reconnnit aujourd'hui l'insalubrité de celle des étu-

ves où plusieurs individus renfermés respirent un air imprégné de leurs émanations réciproques, chargé de l'exhalation pulmonaire, de la perspiration cutanée, d'une proportion surabondante de gai acide carbonique, et enfin de tout ce qui peut rendre l'atmosphère insalubre; la raison a donc fait abandonner l'usage de ces antres impurs importés des hôpitaux de Londres dans ceux de Paris. On a également reconnu que si l'étuve, soit sèche, soit humide, dans laquelle s'enferme un seul individu, a des avantages sur celle où l'on se renferme en compagnie, elle présente encore l'inconvénient qui résulte de Faction immédiate de la chaleur, sur le poumon. Pour faire disparaître cet inconvénient, qui peut bien pourtant, dans certains cas, devenir un avantage, on a imaginé divers appareils au moyen desquels tout le corps ( la tète, ou seulement la face exceptée ) est exposé à l'action des vapeurs, tandis que les poumons continuent de recevoir un air pur et frais. Celui de M. Monroy, qui nous a servi dans les observations que nous avons faites, consiste en un fourneau de tôle, sur lequel se place un sphéroïde de cuivre d'où partent des tuyaux flexibles destinés à conduire la vapeur ; en un réceptacle d'osier et une toile imperméable destinés à envelopper le corps jusqu'au cou. On peut prendre ces bains assis ou couché : dans le premier cas, la personne est assise sur une chaise, les pieds posés sur un tabouret, enfermée dans l'enveloppe d'osier recouverte immédiatement d'une toile imperméable, par-dessus laquelle on place une couverture de laine : dans le second, elle est couchée sur un lit de sangles garni de son matelas, des toiles imperméables, et dont les couvertures sont maintenues écartées du corps à l'aide de cerceaux. Ces objets ainsi disposés, on fait arriver la vapeur sur le corps au moyen d'un tuyau, et l'on peut en augmenter ou en diminuer à volonté le passage, et conséquemmeut élever ou abaisser instantanément la température de la chambrette, en ouvrant ou en fermant un robinet placé près du sphéroïde.

Après le bain, dont la durée est communément de 25 à 40 minutes, on est enveloppé dans une couverture de laine, et l'on y reste plusieurs heures, afin de compléter les effets du bain, et surtout afin de ne pas supprimer brusquement l'écoulement des fluides perspiratoires que verse avec profusion l'économie, pour se débarrasser du calorique.

Examinons maintenant les effets des diverses sortes d'étuve. Pour préciser ces effets, tenons d'abord compte de ceux qui sont produits par le bain d'étuve, qui n'agit immédiatement que sur la peau et nullement sur le poumon: il nous sera facile ensuite de réunir ceux qui sont le résultat de l'étuve frappant à la fois les surfaces cutanées et pulmonaires.

Les effets des étuves dans lesquelles le corps est plongé jusqu'au cou, qu'elles soient sèches ou humides , sont ceux du bain chaud , moins ceux que déterminent la pression et la densité ; or, comme la pression et la densité rendent plus prononcés les effets déterminés par une température quelconque, il en résulte qu'on peut supporter l'étuve à un degré de chaleur auquel on ne supporterait pas le bain liquide, et que, pour produire les effets de celui-ci, il faut que l'étuve lui soit de beaucoup supérieure en température. Par la même raison, on résiste davantage à la chaleur dans une étuve sèche que dans une étuve humide. Aucun individu, certainement, ne supportera dans une étuve humide, à plus forte raison dans un bain, l'excessive température de 160° c, supportée pendant douze minutes, dans une étuve sèche, par la jeune fille dont parlent Tillet et Dehamel , ou la température de-t- 125°c, supportée par l'Espagnol qui se donnait en spectacle à Paris en 1828. La température ordinaire observée sur 3,000 bains de vapeurs fournis depuis deux ans par l'établissement de la rue Montmartre, est de h- 45 à 50° c.

Quant aux rapports qui existent entre les divers bains, on peut , je crois, établir les suivants : la température de l'étuve humide, •chauffée à 37°, 5 c, m'a paru répondre à la chaleur du bain d'eau de -+- 31° c. La température de la même étuve , chauffée à ■+- 50° c, m'a fait éprouver une sensation de chaleur égale à celled'un bain d'eau à 37°, 5 c. Voici, du reste , les effets que j'ai ressentis en prenant , assis sur une chaise, le bain de vapeurs avec l'appareil de M. Monroy : à mon entrée dans la chambrette (c'était dans le mois de janvier), mon pouls présente 70 pulsations. Après cinq minutes de séjour (le thermomètre tenu sur mes genoux marque -+- 37°, 5 c), la sensation éprouvée est celle d'une chaleur douce , comme celle que donne le bain tiède ; nul changement dans le pouls. Après un quart d'heure, le thermomètre marque + 60° c; cuisson à la face antérieure des cuisses et aux mamelons , pouls à 100 pulsations, exhalation de la sueur sur le front. Après une demi-heure d'immersion : thermomètre à h- 53°, 7 c, pouls à 120 pulsations, respiration accélérée, sentiment d'oppression, palpitations ; enfin, l'oppression va en augmentant ; ma main n'est plus assez sûre pour que je puisse apprécier les pulsations de mon pouls. Le thermomètre monte à ~+- 56° c. ; alors impossibilité de rester plus longtemps exposé à la vapeur ; sortie après trois quarts d'heure d'immersion , station difficile, battement très-prononcé des artères carotides, sifflement des oreilles, etc. ; une demi-heure après la sortie du bain, le pouls marque encore 100 pulsations à la minute, la sueur continue de couler abondamment ; une heure après, il marque 95 pulsations j enfin il revient peu à peu à l'état naturel. Ce sont

là, à peu de variations près, les phénomènes que j'ai éprouvés toutes les fois que j'ai pris le bain de vapeurs, étant assis sur une chaise ; ce sont là ceux que j'ai observés sur les sujets auxquels j'ai prescrit de le prendre de la même manière pour quelque affection qui n'intéressait aucun viscère et ne diminuait pas les forces.

Les effets du bain de vapeurs, pris dans une position horizontale, la tête légèrement élevée, sont un peu différents. Pour les recueillir d'une manière aussi exacte que possible , j'ai prié MM. Bégin et Lachaise de m'accorder leur présence pendant un de ces bains* M. Bégin a bien voulu prendre note des phénomènes suivants : 1° A l'instant où je me place sur le lit , mon pouls offre 78 pulsations (c'était dans le mois de mars) ; après dix minutes, le thermomètre, tenu entre mes mains placées sur ma poitrine, s'élève à 37°, 8 c. ; le pouls n'offre aucun changement. Après 15 minutes , le thermomètre marque -4- 56° c. ; le pouls donne 92 pulsations ; la chaleur est vive aux orteils, aux genoux et aux mains, parties qui se trouvent un peuplas élevées que le reste du corps. Après 23 minutes , le thermomètre marque -+- 67°, 5 c. ; le pouls présente 98 pulsations , la sensation de chaleur augmente beaucoup , mais seulement aux mêmes parties. Après 80 minutes , le thermomètre marque -+- 72° c. ; le pouls offre 104 pulsations ; la chaleur est si vive que si une partie du corps est un peu élevée au-dessus du plan horizontal qu'il présente, cette partie semble plongée dans le feu. Après 35 minutes , le thermomètre marque ■+- 75° c. ; le pouls présente 112 pulsations. Mes confrères peuvent à peine passer la main dans la chambrette pour le toucher, tant la chaleur leur parait vive. Alors seulement j'éprouve quelques battements de cœur assez violents ; du reste, je ne ressens aucune pesanteur de tète et aucune espèce de faiblesse (j'avais, le matin même, pris un bain d'eau chaude dont la température avait été graduellement élevée à 45° c). On ferme le passage de la vapeur; 8 minutes après être débarrassé de l'appareil, le pouls offre 94 pulsations; la sueur coule modérément.

Si maintenant à ces effets produits par le bain d'étuve humide , n'agissant que sur la peau, on réunit l'action de l'étuve sur les voies aériennes , on aura des résultats plus prononcés , plus prompts . et étendus à plus de parties : ainsi, Sanchez, médecin de l'impératrice de Russie, avance, dans son Mémoire sur les bains, qu'il suait excessivement dans une étuve humide qui n'était chauffée qu'à 36°, 5 c. ; et Martin, médecin suédois, ne fixe que de ■+■ 45° à 50° c, la chaleur ordinaire des étuves humides russes, citées comme excessivement chaudes, et auxquelles il faut, dit-on, être habitué pour pouvoir les supporter ; ainsi la sensation de chaleur brûlante que, dans l'appareil

moderne, on n éprouvait qu'à la peau, est, dans un appartement rempli de vapeurs, ressentie aux yeux, aux narines, ete. ; il Semble qu'on va périr de suffocation : et si je me souviens encore de ce que j'ai éprouvé en prenant, aux néotherraes, cette espèce de bain, qu'on y désigne, je crois, sous le nom de bains égyptiens, et qu'on fait suivre du massage et des affusions froides , elle ne serait pas sans danger pour les sujets atteints de quelque embarras dans la circulation , ou disposés à l'apoplexie.

En renonçant , et avec raison . à ces chambres fortement chauffées sans vapeur aqueuse, où l'on suait de compagnie dans une atmosphère insalubre, on aurait peut-être dû adopter, pour remplacer cette étuve sèche, un moyen analogue à celui mis en usage pour obvier à l'inconvénient des appartements d'étuve humide. Un appareil propre à entourer le corps d'une chaleur sèche, sans s'opposer à la respiration de l'air extérieur , remplacerait peut-être avec avantage le bain de sable et tous les moyens proposés contre l'excessif développement du système lymphatique. Ce moyen serait rois en usage contre les maladies dans lesquelles surabondent, en quelque sorte, les fluides blancs, contre l'asphyxie par submersion , etc. Nous avons dit que l'étuvc sèche, à température égale , fait éprouver une sensation de chaleur moins forte que l'étuve humide; mais elle agit autrement encore: dans L'étuve sèche, la peau ne s'humecte que par la sueur, et ne peut s'humecter de suite, puisque l'air sec facilite 1 evaporationde la transpiration ; dans l'étuve humide , au contraire , la peau est de suite humectée par la vapeur d'eau qui vient se condenser à la surface du corps, de sorte que ces deuxétuves, tout en déterminant une abondante exhalation, peuvent, la première, portera un état d'éréthisme plus ou moins durable , l'extrémité des vaisseaux capillaires ; la seconde, disposer de suite ou du moins plus promptement à l'exhalation. On pourrait employer l'étuve sèche dans les cas où il s'agit plutôt d'irriter la peau, que de déterminer beaucoup de pertes, et l'étuve humide dans les cas opposés.

Nous ne rapporterons ici ni les expériences de Blagden , ni celles de MM. Berger et Delaroche , qui tous ont tenu compte , jusqu'à un demi-grain près , de la différence du poids de leur corps à l'entrée et à la sortie des différentes étuves : ces expériences ont été faites dans des étuves où le corps entier était plongé, et où , conséqueminent, la respiration de l'air chargé de vapeurs changeait les phénomènes éprouvés, tandis que ce que nous venons d'exposer ne s'applique qu'aux étuves perfectionnées, telles qu'elles sont en usage aujourd'hui ; mais des calculs réunis de ces médecins, nous tirerons cette conséquence, applicable aux étuves modernes, que les pertes faites par les vaisseaux

exhalants , de même que l'intensité des autres phénomènes , sont en raison de la densité des mUieux. Ces phénomènes, cependant, peuvent varier, suivant les matières plus ou moins stimulantes , aromatiques , acides, alcooliques , etc. , qui peuvent être vaporisées, et qui constituent les étuves médicamenteuses , dont nous n'avons pas à nous occuper.

S'il était possible de tolérer, comme moyen hygiénique, les bains d 'étuves, soit secs, soit humides , nous dirions qu'on peut employer les premiers, dans les pays froids et humides, chez les personnes qui , dans l'impossibilité de se livrer à l'exercice musculaire , sont opprimées par une pléthore lymphatique considérable ; qu'on peut employer les seconds à une température très-basse , comme celle , par exemple, de 87°, 8 à -45* c. , chez des individus irritables qui, à raison d'une grande susceptibilité épigastrique , ne peuvent, quoique sains d'ailleurs , supporter \sc pression exercée par la densité de l'eau ; qu'on peut les employer à un degré un peu plus élevé chei les femmes qui viennent d'accoucher et ne nourrissent pas. Cette pratique est usitée en Russie.

Quant aux étuves considérées comme moyen thérapeutique , elles sont d'un emploi fréquent. On en use dans tous les cas où l'on veut exciter fortement la peau pour obtenir un effet dérivatif, et même dans ceux où la peau est elle» même malade. Ainsi, on fait usage des étuves dans les douleurs rhumatismales, dans les sciatiques , les péritonites, les douleurs des articulations, et dans celles des os. On ne doit guère faire usage de l'étuve dans ces affections , que lorsqu'elles sont passées à l'état chronique , et qu'on a usé sans succès des antiphlogistiques. Il faut renoncer de suite à ce moyen, si l'on s'aperçoit que l'irritation de la peau , loin d'être dérivative des irritations intérieures , vient, au contraire, à les reporter à l'état aigu.

On peut employer les étuves pour exciter les exhalants cutanés dans les cas d'hydropisie et d'oedème. Les pertes considérables qui se font alors par la peau, et surtout la stimulation de cette membrane, doivent faciliter la résorption des liquides épanchés ou infiltrés dans l'économie.

On use des bains de vapeurs à la suite des rougeoles et même pendant beaucoup d'affections cutanées anciennes ; enfin l'on a employé avec succès l'étuve partielle, dans le cas d'asphyxie produite par submersion.

1° Bains partiels, — Comme les bains dans lesquels le corps est plongé dans l'eau jusqu'au cou ontété appelés bains entiers, on entend par bains partiels : les de mi-bains, c'est-à-dire ceux ou l'eau n'arrive qu'à l'ombilic ; les bains de siège, c'est-à-dire, ceux où le bassin et la

partie supérieure des cuisses plongent dans l'eau, tandis que le reste du corps se trouve hors du liquide ; les pédiluves et les manuluves , c'est-à-dire, l'immersion dans l'eau, des pieds et des mains. Le demibain et le bain de siège sont les seuls bains qui soient employés comme moyen hygiénique ; ils ^produisent sur une partie du corps l'effet que les bains entiers produisent sur la totalité. Le demi-bain est employé, pour faciliter les fonctions de la peau, par les personnes que le bain entier gêne et oppresse trop. Le bain de siège est employé pour faciliter l'établissement de l'exhalation menstruelle ; dans ce cas, on l'emploie ou très- froid, et alors on compte sur son effet secondaire, la réaction; ou bien très-chaud , et alors il agit par son effet immédiat , qui est d'attirer directement le sang vers les parties sexuelles. Si on l'emploie froid , on doit , quand cela est possible , le prendre dans les rivières, ou , mieux encore , dans la mer : la stimulation qui le suit dans ces cas et surtout dans le dernier , est plus prompte et plus durable. Les autres bains partiels ne sont point employés comme moyen hygiénique , car c'est d'une lotion , plutôt que d'un pédiluve ou d'un manuluve , que l'on use , lorsqu'on nettoie ses pieds ou ses mains.

Quant à leur emploi thérapeutique , les bains partiels sont d'une ressource fréquente ; les bains de siège froids et chauds sont employés dans les affections des organes de la génération , tant chez l'homme que chez la femme ; les premiers sont utiles dans bien peu de cas ; on s'en sert quelquefois avec succès pour arrêter une hémorrhagie utérine ; mais ce moyen n'est pas sans danger. Les pédiluves et les manuluves sont également employés froids ou chauds. On les emploie froids pour empêcher le développement d'une inflammation dans les cas d'entorse, dans le début d'un panaris , etc. Dans ces circonstances, comme ce n'est pas l'effet stimulant, mais bien l'effet répercussif, que l'on cherche à obtenir, on ne doit pas se contenter d'un pédiluve ou d'un manuluve de quelques minutes ; les parties doivent rester plongées dans l'eau pendant plusieurs heures , et même pendant une journée ; l'eau doit être renouvelée assez souvent pour que* sa température n'ait pas le temps de s'élever. Sans ces précautions la réaction survient, l'effet répercussif du bain est annulé , et l'inflammation qu'on avait pour but de faire avorter , ne s'en développe qu'avec plus d'énergie. Ces bains , employés chez la femme pendant le cours des règles, peuvent supprimer tout à coup cette évacuation, et causer des accidents plus graves que ne le seraient ceux de la maladie qu'on avait pour but d'arrêter. Les pédiluves froids ne doivent donc pas être employés pendant cette époque , ni pendant une exhalation cutanée considérable. Une phlegmasie de la peau , un flux

556 UYG1ÊNE DES ORGANES SÉCRÉTEURS.

d'hémorrhoïdes, une inflammation intérieure, surtout des organes thoraciques , devront également en contre-indiquer l'emploi. Le pédiluve ou lomanuluve lorsqu'il est très-chaud , est un révulsif fréquemment employé ; s'il n est que tiède , son effet dérivatif cesse ; il n'est plus qu'un relâchant partiel. Dans le premier cas , on en fait usage contre une série de symptômes encéphaliques, tels que les éblouissements , les céphalalgies , les tintements d'oreilles , etc. ; contre les phlegraasies des yeux, de la gorge , etc.' , contre l'imminence de suffocation , qui survient dans l'asthme convulsif , enfin dans tous les cas où l'on veut diminuer par la révulsion une irritation quelconque.

8° Lotions. Les lotions sont l'action de laver les différentes parties du corps , soit en les plongeant dans l'eau , soit en recevant sur elles l'a fins ion de ce liquide , mais toujours en accompagnant l'un ou l'autre de ces actes , de frictions propres à débarrasser la peau des matières étrangères dont elle peut être couverte.

Les lotions se pratiquent avec la main seule , avec des éponges ou avec du linge. Elles sont , même en hygiène, simples ou composées , c'est-à-dire qu'on y fait entrer l'eau simple , froide ou chaude , ou bien l'eau mêlée à diverses substances ( voyez , pour ce dernier cas , l'art. Cosmétique).

A l'époque ou l'ignorance presque universelle rendait nécessaire l'intervention des religions pour obliger l'homme à ce qui est utile à sa santé, les lotions faisaient partie des pratiques religieuses. On a souvent à regretter qu'il n'en soit pas encore de même aujourd'hui, quand on songe au petit nombre d'individus qui se rendent aux simples conseils de la raison.

La négligence à user des lotions , outre le juste dégoût qu'elle inspire , occasionne toutes les affections qui naissent d'une dépuration imparfaite , et toutes celles qui résultent de l'absorption des matières qui se trouvent , dans mille circonstances différentes , déposées à la surface de la peau.

Les lotions trop souvent répétées avec l'eau très-froide, ou pratiquées avôc des eaux trop stimulantes, ternissent prématurément la fraîcheur de la peau , par l'abus des réactions qu'elles y déterminent. C'est du moins là , je crois , la raison pour laquelle une personne habituée à se laver la figure à l'eau froide nous parait le matin , avant cette pratique , beaucoup moins fraîche et beaucoup moins colorée que la personne qui n'a pas celte habitude, ou qui ne lave sa figure qu'à l'eau tiède.

L'eau pure, dont la température sera, comme pour les bains, variée selon l'âge, les tempéraments et les saisons , doit être , dans 1 état de santé, la seule matière des lotions.

Les régions cutanées où doivent être pratiquées les lotions , sont

celles qui sont le plus exposées aux agents capables d'engendrer la malpropreté : par exemple, les mains, les pieds, la figure ; celles où se trouvent beaucoup de glandes sébacées et de poils, comme la tête, les parties génitales, le périnée , l'anus , etc. Les pieds doivent être lavés chaque jour , ou au moins chaque fois que l'on change de bas. Les autres parties doivent être lavées chaque fois qu'elles sont exposées à des causes de malpropreté. Les lotions devraient surtout être fréquentes chez ces ouvriers qui travaillent aux couleurs métalliques, chez ceux qui manient des substances putrides. Dans ce cas, l'usage des lotions ne facilite pas seulement l'exhalation de la peau , il débarrasse encore cette membrane de substances vénéneuses qu'elle ne tarderait pas à absorber.

On ne doit pas employer, sans y être habitué de très-jeune âge, les lotions à une température très au-dessous de celle du corps. Des lotions froides , pratiquées à la tête chez une personne qui n'y est pas habituée, peuvent, soit par la suppression de la sécrétion sébacée, soit par la sensation pénible quelles déterminent , occasionner des maux de tête, des angines, des coryzas et des fluxions dentaires. L'impression qu'occasionne une lotion froide des pieds peut supprimer les règles ou les empêcher de paraître. La sensation du froid agit dans ce cas comme une impression morale vive, la peur, etc. : aussi, une personne habituée à laver ses pieds, à l'eau froide, et n'en éprouvant pas d'impression pénible, n'encourt pas de danger.

L'impression de la chaleur sèche, causée par le feu, immédiatement après qu'on s'est lavé la face avec l'eau froide, accroît la réaction de la peau, augmente et altère la sécrétion de l épiderme, et souvent produit , aux sourcils principalement , des squammes accompagnées de vives démangeaisons, une exfoliation continuelle de petites écailles furfuracées qui se renouvellent sans cesse, ne se suppriment quelquefois que dans l'été, et même dont la cure complète peut devenir difficile. Ce sont encore les lotions froides suivies de l'exposition des mains au feu, qui déterminent des gerçures. Il faut donc éviter le feu, après les lotions froides faites sur les parties qui restent découvertes.

Les lotions conviennent beaucoup mieux aux tempéraments lymphatiques que les bains : il en est de même dans tous les cas de maladies où l'économie semble être chargée d'humidité , comme dans l'œdème , dans l'anasarque. Dans ces cas , il vaut beaucoup mieux user des lotions et essuyer promptement les parties, que de les plonger dans l'eau même pendant le temps le plus court.

Les lotions sont utiles aux enfants ; mais doivent-elles être chaudes ou froides? J'ai promis , en parlant du bain froid , d'achever de dis- .

culper Rousseau de la ridicule idée qu'on lui a prêtée ; je dois le faire. Dans le nombre des auteurs qui ont critiqué ce grand homme , il se trouve des gens qui ne Vont pas compris, d'autres qui lui ont prêté des inepties pour le réfuter plus facilement, d'autres qui ne l'ont pas lu et l'ont cité de confiance ; ceux-ci forment le plus grand nombre. Ainsi donc, pour ce qui regarde notre objet, Ton entend répéter tous les jours que Rousseau conseille de plonger dans Veau froide l'enfant sortant du sein de sa mère, et ceux qui répandent de pareilles assertions (elles sont répétées dans beaucoup de livres d'hygiène et dans beaucoup d'autres ouvrages de médecine), avancent que ce liquide, si différent en température des eaux de l'amnios, doit causer la mort de l'enfant. Yoilà ce que l'on prête à Rousseau; voici maintenant ce qu'il dit : « Lavez souvent les enfants ; leur malpropreté en montre le besoin. Quand on ne fait que les essuyer, on les déchire ; mais à mesure qu'ils se renforcent, diminuez par degrés la tiédeur de l'eau {la tiédeur de l'eau : ceci est positif !) jusqu'à ce qu'enfin vous les laviez, été et hiver à l'eau froide, et même glacée. Gomme pour ne pas les exposer, il importe que cette diminution soit lente, successive et insensible, on peut se servir du thermomètre pour la mesurer exactement. » ( Emile, liv. 1, p. 57, in-8°, édition de Lequien.) Peut-on , je le demande à présent, donner un conseil plus sage que ne le fait Rousseau, dans ce passage? Pour moi, je n'y vois rien à ajouter. On devra donc laver chaque jour, delà tête aux pieds, l'enfant bien portant. Endurci par cette pratique, il sera à l'abri des rhumes, du croup, des inflammations intestinales, etc., et s'élèvera florissant de force et de santé. Si l'enfant pousse des cris pendant la lotion, c'est que leschangements qu'on fait éprouver, chaque jour, à la température de l'eau n'ont pas été assez gradués. Élevez cette température, car ce serait faire souffrir l'organisme en pure perte , que de laisser éprouver au cerveau une sensation pénible.

Je dois, avant de terminer cet article, faire une nouvelle observation qui pourra contribuer encore à justifier Rousseau des reproches faits à sa manière d'élever les enfants. La plupart des gens n'ont pas assez de patience et de persévérance pour suivre longtemps un régime prescrit ; d'autres le suivent sur un point en le négligeant sur un autre, croyant cette manière d'agir indifférente. Cette négligence détruit les bons résultats qu'on devait attendre de ce régime et plus souvent encore lui en substitue de funestes. Alors on attribue lemal a la méthode, tandis qu'il n'est dû qu'à la transgression de cette méthode. Faut-il fournir un exemple de ce que je viens d'avancer? Tel homme nourrit ses enfants comme le fait le villageois; mais il les tient oisifs et renfermés ; puis il se plaint que leur digestion se fait mal. Tel autre

DE LA FEAU.

veut habituer les siens aux lotions froides ; mais en même temps il les tient couverts de fourrures, les préserve de la moindre vicissitude atmosphérique, les renferme dans une chambre chaude ; puis vient se plaindre que ses enfants ont été victimes de la meurtrière méthode de l'auteur d'Emile. Telles sont , pourtant , les bases sur lesquelles sont fondés la plupart des reproches adressés à Rousseau.

§ VIII. Des pratiques dites accessoires des bains.

Ces pratiques, dont quelques-unes seulement , et depuis très-peu de temps, sont usitées en France, comme moyen hygiénique, sont les affûtions, Vépilation, la flagellation, le massage, les frictions et les onctions.

4° A /fusions. — Les affusions se font avec l'eau froide. Administrées sur tout le corps après le bain, comme elles le sont chez le Russe et le Finlandais, elles détruisent l'excitation qu'avaient développée à la peau la flagellation et la friction. L'effet de cette succession de deux pratiques contraires a été indiqué page 540. Faites sur la tète pendant le bain chaud, comme elles Tétaient chez les Romains, les affusions froides peuvent prévenir des congestions cérébrales.

2° Épilation. — C'est une pratique déraisonnable fort anciennement mise en usage chez beaucoup de peuples , pour débarrasser la peau des poils ou surabondants ou accrus sur des parties qui en sont le plus ordinairement dépouillées. Les Juifs, regardant comme un signe de beauté un front élevé, faisaient tomber les cheveux du front de leurs jeunes filles avec une bandelette écarlate de laine. Les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Perses et les Arabes ont tous eu des préparations pour les débarrasser d'un luxe de poils qu'ils regardaient comme superflu. L'une de ces préparations, le rusma, est un mélange d'orpiment (sulfure d'arsenic) et de chaux vive. On môle avec une certaine quantité de chaux, une proportion d'orpiment, qui varie d'un cinquième à un huitième. L'activité du mélange augmente en proportion des quantités d'orpiment. Cadet mêle deux onces de chaux vive avec une demi-once de sulfure d'arsenic, fait bouillir ce mélange dans une livre de lessive alcaline forte , jusqu'à ce qu'il soit capable de faire tomber les barbes d'une plume qu'on y plonge. On en frotte les parties velues dont on veut détruire les poils ; on les lave ensuite avec de l'eau chaude. Si l'on veut que le caustique soit moins actif, on se borne à mélanger les deux corps, et à les humecter avec de l'eau tiède au moment de s'en servir. On les mêle aussi avec un peu de graisse et on en fait une pommade.

Pour faire tomber les poils , on applique le rusma sur les endroits velus ; on l'y laisse séjourner pendant quelques minutes; on l'humecte

afin qu'il ne sèche pas trop promptement ; on essaye de détacher les poils, et lorsqu'ils le sont, on nettoie bien la partie avec de l'eau tiède.

Le r usina employé trop concentré, ou trop abondamment, ou bien laissé sur la peau pendant trop de temps, peut avoir des inconvénients, et même des dangers. Il peut altérer la peau, ou agir par absorption comme tous les composés d'arsenic. Si les anciens étaient à l'abri du mauvais effet du rusma , c'est qu'ils ne l'employaient qu'après que l'étuveou le bain chaud avait mis la peau en transpiration; c'est qu'ils enlevaient parfaitement cette pâte épilatoire avec le strigil , continuaient de suer, et se lavaient de nouveau. Malgré toutes ces précautions, Galien, qui donno {de Comp. med.) plusieurs recettes épilatoires, regarde ces moyens comme dangereux. Quand on fait usage du rusma, il faut, avant de l'appliquer , pratiquer une onction d'huile ou de graisse sur les parties que Ton veut épiler, enlever ensuite, avec du linge et de l'eau tiède, les débris du rusma, des poils et de l'onction.

3° Flagellation. — C'est sur la fin de son bain, pris dans une étuve humide , et avant de se faire laver à l'eau tiède et froide , que le Russe se fait fouetter avec des verges de bouleau assouplies dans l'eau. Quand la flagellation a duré quelque temps , le flagella te ur prend les verges avec ses deux mains par les extrémités , et de leur partie moyenne frotte la peau avec vigueur. Cette pratique, qui monte cette membrane, déjà excitée par la chaleur de l'étuve à un véritable état dephlogose, paraît irrationnelle, puisque tout ce qui est ensuite pratiqué a pour but d'abaisser l'excitation cutanée.

4° Massage. — Pour donner idée de cette pratique mise en usage chez beaucoup de peuples , nous reproduisons ici textuellement ce que dit Anquetil du massage chez les Indiens : « Un des serviteurs du bain vous étend sur une planche et vous arrose d'eau chaude ; ensuite il vous presse tout le corps avec un art admirable. 11 fait craquer les jointures de tous les doigts, et même celles de tous les membres ; il vous retourne et vous étend sur le ventre, il s'agenouille sur vos reins , vous saisit parles épaules, fait craquer l'épine du dus « en agitant toutes les vertèbres, donnent de grands coups sur les parties

les plus charnues et les plus musculaires , etc. » Si l'on ajoute foi à ce que disent de cette pratique tous les. voyageurs qui y ont été soumis , elle procure un grand bien-être , elle est propre à enlever entièrement la fatigue , elle dissipe aussi la gêne qu'éprouvent de.* muscles trop longtemps restés dans le repos. Après trois quarts d'heure de cette pratique, disent-ils, on se sent un homme nouveau, etc., etc. A travers tous les effets merveilleux attribués au massage, le physiologiste , dans ce pétrissement du corps , dans ces tiraillements de la peau, des muscles , du tissu cellulaire, le physio-

ÔIJl

logiste voit des manœuvres propres à activer les fonctions de la peau, à rendre plus faciles les glissements des muscles les uns sur les autres, à favoriser l'abord du sang dans les parties atrophiées par un trop long repos, à rendre plus souples les tendons et les ligaments.

Le massage est avantageux comme moyen thérapeutique dans les gonflements chroniques delà peau, du tissu cellulaire, dans les fausses ankyloses.

Le craquement qu'on fait éprouver aux articulations serait peutêtre susceptible d'avoir quelque inconvénient, surtout lorsque le tiraillement est produit sur la colonne cervicale. Les masseurs de profession , chez les Chinois, font, au rapport d'Osbeck, éprouver aux articulations un craquement que Ton peut entendre à une assez grande distance. Dans les Indes , d après Gosse , indépendamment des pratiques énoncées, l'opérateur termine le massage en faisant, craquer les articulations du poignet, des doigts et même celles du cou, si on le leur confie. C'est précisément cette confiance qui n'est pas prudente.

5° Frictions. — On entend par ce mot , des frottements exécutés sur toutes les parties du corps, ou sur quelques-unes seulement, avec la main , avec des brosses à poil fin ou avec de la flanelle. Beaucoup de peuples ont employé les frictions pour servir d'intermédiaire entre les bains chauds et les lavages à l'eau froide, le Turc se fait frotter dans ses étuves sèches avec un morceau de camelot pour débarras* ser sa peau des débris d'épiderme.

Le premier effet des frictions après le bain est d'achever le nettoiement de la peau; ensuite, elles appellent le sang dans les capillaires de cette membrane, titillent légèrement ses houpes nerveuses , excitent ses suçoirs absorbants, débarrassent ses exhalants de tout ce qui pourrait s'opposer à leur action, augmentent, en un mot, tous les phénomènes organiques delà peau, et remédient à la faiblesse et à l'atonie.

Pratiquées après le bain froid , les frictions favorisent le développement de la réaction, et après le bain tiède s'opposent au refroidissement.

Les frictions doivent être employées comme moyen hygiénique par les personnes qui, à raison de circonstances particulières, sont dans l'impossibilité de pratiquer les exercices musculaires indispensablement réclamés pour l'entretien de la santé. Les frictions sont trèsutiles aux individus d'un tempérament lymphatique, aux vieillards, et généralement à toutes les personnes dont la peau manque d'action. Elles sont employées avec beaucoup de succès en thérapeutique, comme un révulsif à la fois doux et très-puissant dans toutes les maladies chroniques, mais particulièrement dans les irritations lymphatiques , et surtout dans celles des glandes mésentériques.

Les frictions, comme toutes les actions exécutées sur la peau, apportent diverses modifications dans les organes éloignés de cette membrane ; ainsi elles ém on s sent certaines douleurs , procurent le sommeil , etc.

6° Onctions. — On entend par ce mot l'action par laquelle on applique des substances grasses, telles que l'huile, la graisse, le beurre, sur les parties préalablement ou en même temps soumises aux frictions.

Les onctions ne sont plus usitées de nos jours comme moyen hygiénique. Les anciens les employaient avant et après le bain chaud pour s'opposer à la déperdition rapide de la sueur. C'est pour une raison semblable , et pour rendre leur corps plus souple et plus glissant que les athlètes employaient les onctions avant de se livrer à la lutte. Nos exercices actuels, que nous pratiquons tout habillés, nous dispensent des onctions. Il n'est d'ailleurs pas prouvé que les onctions puissent empêcher la transpiration, et MM. Delaroche et Berger , dans leurs expériences , n'ont pas éprouvé que l'axonge s'opposât à l'exhalation de la sueur. Les onctions peuvent mettre obstacle à la transmission des maladies contagieuses, en empêchant l'absorption ; elles préviennent les gerçures de la peau, éloignent et même font périr les insectes ; elles préviennent et dissipent, si Ton en croit Celse, les douleurs que les variations de l'atmosphère font éprouver aux personnes qui ont eu des membres fracturés, qui portent des cicatrices larges et adhérentes, suite d'anciennes blessures.

Quant à leur action thérapeutique , les onctions d'huiles ou de graisse sont employées sur les membres contre les douleurs rhumatismales , sur la poitrine contre les rhumes, sur la racine du nez et le bas du front contre les coryzas. Si les bons effets des onctions , dans tous ces cas, peuvent paraître avec raison un peu hypothétiques , il n'en est certainement pas de même dans les circonstances nombreuses où les onctions sont pratiquées avec des corps gras , qui servent d'eicipient aux substances médicamenteuses ; mais alors ce cas sort de l'hygiène, car ce n'est qu'à celles-ci que les onctions doivent leur propriété.

§ IX. Des soins qu'exigent les productions épidermoïques , et des

divers cosmétiques.

Les productions épidermoïques que nous avons à examiner sont les cheveux, la barbe et les ongles. On comprend le plus ordinairement sous le nom de cosmétiques , root dont l'étymologie grecque signifie orner, toutes les préparations qui sont destinées à entretenir la fraîcheur de la peau, à revêtir l'extérieur du corps, des apparences de ce qu'il a perdu, à redonner à certaines parties de la fermeté, de la contractibilité, etc.

1° Cheveux. — Mauvais conducteurs du calorique, les cheveux forment un des abris de l'organe le plus important de l'économie. Ils le préservent du froid et du chaud, de même qu' ils amortissent les percussions qui pourraient altérer son enveloppe osseuse. Les usages des cheveux et l'avantage d'être un des ornements de la figure, leur donneraient donc droit à des soins particuliers, quand même la négligence ou la mauvaise direction de ces soins n'entraînerait pas des inconvénients, et même des dangers bien réels.

Quels sont les effets de la coupe des cheveux ? Elle augmente la vitalité du bulbe et surexcite légèrement la peau de la tète ; elle fait pousser plus vite les cheveux. Quand cette coupe a lieu chez un individu bien portant, dans un climat tempéré, à des époques régulières, quand le cheveu n'est pas coupé très-près de la racine, la tête devient, pour le moment , un peu plus chaude ; on y éprouve une légère démangeaison. Du reste, la coupe des cheveux n'a , dans ces circonstances, aucun effet désavantageux ; mais, si elle est trop souvent réitérée, si l'individu est très-jeune, s'il est mal portant , si le climat est très-froid , si les cheveux sont coupés très-près du bulbe , par exemple, s'ils sont rasés, alors les effets sont autrement marqués.

Si la coupe est souvent réitérée chez un enfant, dans le but, comme on le dit, de lui faire épaissir les cheveux , elle augmente l'appel des fluides vers la tète et favorise le développement de ces affections variées auxquelles le vulgaire donne le nom de gourme, et qu'il croit important d'entretenir par des coiffures chaudes, pour débarrasser l'enfant de prétendues humeurs malfaisantes. Cet accroissement exagéré de la vitalité de la téte , s'il persiste longtemps , a toujours l'inconvénient d'amener la chute prématurée des cheveux , quand il ne cause pas d'accidents plus graves. Un étudiant en médecine, jeune et plein de vigueur, consultant, en ma présence, Chaussier sur les moyens de remédier à la chute de ses cheveux, lui dit qu'il venait de les faire raser. «11 fallait aussi, lui répondit ironiquement le savant professeur, vous faire appliquer un vésicatoire sur toute la téte. » Cette réponse de Chaussier me frappa, malgré l'opinion contraire généralement répandue, par la profonde sagacité dont elle était empreinte. Ce n'est jamais, en effet, dans l'état de santé et de vigueur, la faiblesse ou l'atonie du bulbe , qui détermine la chute des cheveux : cette cause peut tout au plus être admise dans l'état de maladie ; mais alors les cheveux repoussent toujours , quand la maladie esjt terminée et que la nutrition a repris son activité. Au contraire , les phénomènes qui accompagnent la chute des cheveux chez l'homme en santé , comme la démangeaison de la téte , les petites écailles blanches répandues dans la chevelure, etc., caractérisent tous un excès de vitalité mal»-

dive. Or, je le demande maintenant, de tous les moyens, le plus certain pour faire tomber les cheveux n'est-il pas celui qui accroît encore l'irritation du bulbe, celui que conseillent généralement tous les médecins , n'est-il pas enfin la coupe réitérée des cheveux par le rasoir? Aussi c'est précisément parce qu'on emploie toujours ce moyen ou d'autres analogues, comme des lotions stimulantes, qu'il est extrêmement rare que l'individu qui, en pleine santé, perd ses cheveux , les recouvre jamais.

Si les cheveux, au lieu d'être habituellement coupés avec les ciseaux, sont rasés, alors les phénomènes qui caractérisent un excès de vitalité s'accroissent à la tête; cette habitude, pourtant, n'a nul inconvénient, si elle a lieu chez les Orientaux , probablement parce que la peau de tout le corps aide puissamment celle du crâne dans le travail d'exhalation nécessaire à l'organisme ; mais si cette habitude a lieu chez l'habitant d'un pays froid et humide, chez un individu mal nourri, dont la peau du corps fait mal ses fonctions ; si la surexcitation locale de la tête est augmentée encore par l'usage d'un bonnet de laine ou d'une fourrure très-chaude , ainsi que cela a lieu chez les habitants de la Pologne et de l'Ukraine, cette hygiène vicieuse ne pourra-t-elle pas concourir à l'exsudation fétide du bulbe , à l'hypertrophie morbide du cheveu, ou plutôt à son gonflement par la surabondance de l'humeur qui remplit son canal, en un mot, à cette affection que l'on appelle plique polonaise? Cette opinion, qui peut paraître hasardée, ne sera pas dénuée de probabilité si l'on fait attention à ce que l'apparition de la plique, en Pologne, date, dit-on, de 1 époque ( 1041 ) où un pape, pour relever de ses vœux Casimir 1*', qui était diacre dans l'abbaye de Cluny, en France, et qu'on redemandait pour régner après la mort de Micislas II , exigea que tous les hommes se rasassent désormais la tête , ainsi que le faisaient alors les bénédictins de la congrégation à laquelle appartenait Casimir. Celui-ci, en montant sur le trône , ne manque pas d'ordonner une tonsure générale dans son royaume, où elle est devenue, depuis ce temps, dit-on, une mode nationale , et à laquelle même est encore astreint un septième de la population.

La coupe des cheveux pratiquée à une certaine distance de la tête, à un pouce et demi , par exemple , dans un pays tempéré , où Ton n'ait pas, comme en Pologne, l'habitude de l'épais bonnet, produit quelquefois un gonflement des glandes du cou, des maux d'yeux, des douleurs d'oreilles , un écoulement séreux par le conduit auditif, des maux de dents et de gorge, et des rhumes dits de cerveau; mais ces accidents sont peu fréquents, et n'arrivent guère que pendant un hiver froid et humide : ils surviennent rarement chez l'adulte et chei

l'individu bien vêtu, et dont la peau du corps fait bien ses fonctions. Ils se manifestent de préférence chez les personnes qui avaient contracté l'habitude de porter leurs cheveux très-longs. Ainsi on les a remarqués , suivant Percy , à l'époque où l'armée supprima sa longue chevelure pour adopter la mode dite à la Titus.

La coupe des cheveux, pendant les maladies et les convalescences, peut occasionner des accidents graves. Plusieurs observations prou» vent qu'elle a causé la mort dans quelques heures. Il est vraisemblable que la mort est due, dans ces cas , à une congestion du cerveau.

De ce que nous avons exposé jusqu'ici sur les cheveux , on pourra conclure que, tout en rejetant avec raison, d'un côté la mode de nos aïeux, de l'autre la dangereuse coutume à laquelle est astreint le serf polonais , on devait se garder avec autant de soin de priver l'enfant de ses cheveux, que de lui charger la tète de bonnets. La chevelure naturelle vaudrait toujours bien pour lui les tissus de nos manufactures , quand nous n'aurions pas démontré que la coupe de la première et l'usage des seconds ont tant d'inconvénients. Ensuite, pourquoi l'adulte ne se borne-t-il pas à ne retrancher de sa chevelure que ce qui est nécessaire pour qu'elle ne soit point incommode. De cette manière, elle aura l'avantage de mettre à l'abri des odontalgies et des maux de gorge si fréquents qui résultent des vicissitudes atmosphériques de nos climats , et n'exigera pas pour cela plus de soins que notre mode actuelle.

Les soins réclamés par les cheveux se réduisent à ce qui peut maintenir dans un juste degré d'activité les fonctions de la peau du crâne. L'action journalière et très-modérée du peigne et de la brosse, jointe, si la propreté le réclame, à quelques lotions d'eau pure ou savonneuse, à une température telle qu'elle ne détermine ni chaleur ni froid, sont les seuls cosmétiques qui devraient être en usage pour la chevelure. Les pommades et les huiles employées en très-petite quantité pour assouplir les cheveux sont sans inconvénient , à moins que l'arôme végétal dont elles sont quelquefois chargées n'incommode quelques personnes délicates (voyez Odorat, page 41; Émanations végétales , page 458 ). Le médecin plus que toute autre personne , devra s'abstenir de porter rien d'odorant dans sa chevelure. La poudre d'amidon est employée par quelques individus pour absorber la matière grasse dont leurs cheveux sont pénétrés à un haut degré : le son est ce qui convient le mieux dans ce cas. La poudre de racine d'iris , mise en usage pour le même objet , peut causer des accidents : Âumont a présenté, en 1825, à l'Académie, l'observation de deux jeunes filles, frappées de narcotisme pour avoir mis de cette poudre sur leurs cheveux. Quant à la pommade mêlée

à la poudre , comme cette association hétérogène ne peut avoir aucun effet utile , et qu'elle n'a été dans l'origine, que le résultat d'une mode bizarre, tout homme raisonnable doit l'abandonner. Ce mastic d'amidon, de pommade et de sueur s'oppose à l'exhalation ordinaire du la peau de la tête, ou bien s'écoule sur le visage avec la sueur.

Pendant les quatre premiers mois qui suivent la naissance, l'enfant n'a besoind être ni peigné ni brossé. On peut débarrasser avec précaution la tête des croûtes qui couvrent la peau, lorsque ces croûtes se détachent d'elles-mènies ; pratiquer de légères lotions avec l'eau tiède; mais toutes les frictions conseillées, soit avec la brosse de chiendent, soit avec tout autre corps, ne tendent qu'à attirer le sang à la téte, causer des éruptions à la peau du crâne ou des congestions sur le cerveau.

Les cheveux, ceux des grandes personnes comme ceux des enfants deviennent quelquefois le siège d'un insecte parasite qu'on appelle pou» C'est un préjugé de considérer l'apparition du pou, chez les enfante, comme un moyen de dépuration dont se sert la nature pour les débarrasser des humeurs* Les poux sont , au contraire, le stimulus le plu» propre à foire naître à la tête ces prétendues humeurs, lis causent d'abord de la démangeaison ; l'enfant se gratte , se déchire même avec ses ongles , le prurit qui suit cette démangeaison devient insupportable; les poux pullulent à l'infini. Dans six jours , un pou peut pondre cinquante œufs, et il lui en reste encore dans le ventre: les petits sortent des œuf* au bout de sixjours, et environ dix-huit jours après ils peuvent pondre à leur tour. D'après les calculs auxquels a donné lieu cette reproduction, deux femelles peuvent avoir dix-huit miUe petits dans l'espace de deux mois. Cette pullulation extraordinaire fait donc quelquefois de la peau de la tète, si Ton n'y donne attention, un foyer d'inflammation véritable, qui produit des ulcérations inondant tonte la tête d'un pus ichoreux et fétide. Celui-ci se sèche par la chaleurou par l'air, et forment des croûtes qui servent de retraite à des milliers d'insectes inaperçus , mais dont le mouvement continuel entretient de cruelles démangeaisons, et pourrait déterminer des accidents graves. Il faut donc s'empresser de détruire les poux aussitôt qu'on en aperçoit. Les hommes les plus sauvages, les animaux eux-mêmes donnent à l'homme civilisé l'exemple de se débarrasser de ces hôtes incommodes. Les oiseaux tuent et mangent leurs poux ; les singes mangent les leurs et ceux de leurs semblables , et parfois ceux de l'homme. Les nègres de la côte occidentale d'Afrique, les Hottentots, au rapport de Kolbe, les femmes sauvages de la Nouvelle- Hollande , au rapport de Labillardière, mangent leurs poux et ceux de leurs enfants.

On peut employer raille moyens pour débarrasser la tête des poux. Je crois avoir entendu dire à Chaussier qu'il faisait frotter légèrement une feuille de papier avec l'onguent mercuriel et la faisait placer sur la tête des femmes dévorées de poux. Tout le monde sait en effet qu'une ou deux légères frictions d'un demi-gros d'onguent mercuriel, ou du même onguent plus étendu de graisse, et que le peuple appelle onguent gris , sont le meilleur moyen de détruire l'insecte qui s'accroche aux poils dit pubis. L'activitéde l'absorption est trop considérable chez l'enfant pour qu'on doive faire usage chez lui du mercure, ou bien il ne faut user de cet onguent qu'en très-petite quantité et avec de grandes précautions.

Il ne faut jamais employer les décoctions de tabac ; j'ai vu des accidents survenir par l'emploi de ce moyen. Tout ce qu'on peut faire do mieux chez l'enfant, c'est de couper ses cheveux assez courts pour apercevoir ses poux et les tuer avec la main. On conseille encore de laver la tête avec une lessive préparée avec l'absinthe , le staphisaigre , le marrube, la petite centaurée , les cendres de chêne , le sel commun et le sel d'absinthe. L'emploi de plusieurs de ces préparations , ainsi que celui de la cévadille et de la coque du Levant, exige la plus grande circonspection. Une forte décoction de petite centaurée ou d'absinthe sont les substances avec lesquelles on doit de préférence faire les lotions. Malgré l'emploi de ces préparations, si l'on ne met en pratique la plus exacte surveillance et la plus grande propreté, les poux ne tardent pas à reparaître.

Chez quelques personnes , la perte des cheveux donne lieu , dans notre pays surtout, où l'on est, pour saluer, dans l'habitude de se découvrir la tête, à des rhumes, un enchifrènement presque continuel, des ophthalmies, des otites, des odontalgies. Le meilleur moyen qu'on puisse employer pour se préserver de ces accidents est la perruque. Elle ne doit pas être trop serrée , car la résistance du crâne offrant un point d'appui solide aux vaisseaux qui rampent à sa surface, donnera le moyen à une perruque trop collante de les aplatir, d'y intercepter la circulation, de faire refluer le sang vers le cerveau, et d'occasionner dés accidents graves , tels que des éblouissements , des tintements d'oreilles , des vertiges , des céphalalgies , et même de la somnolence. Les perruques à la mode sous Louis XIV, occasionnaient, dit-on, par leur poids , joint à la chaleur qu'elles concentraient , des maux de tête qui cessaient facilement aussitôt qu'on était débarrassé du fardeau. Ces accidents sont disparus , aujourd'hui que des corps élastiques, et qui ne pressent que sur un seul point du crâne, remplacent le lien circulaire que l'on était obligé de serrer derrière la tête, au moyeu d'une boucle.

Il peut y avoir de l'inconvénient à envoyer chez un coiffeur ses perruques pour les faire friser : la tête de bois sur laquelle on les place pour cette opération pourrait avoir reçu la perruque d'un individu atteint de maladie contagieuse ; et, s'il fallait s'en rapporter à Percy et Laurent, on aurait vu la teigne transmise par cette voie.

Lorsqu'une partie du crâne seulement est dénuée de cheveux, à la place d'une perruque on fait usage d'un faux toupet. L'usage de cette pièce artificielle , formée de quelques mèches de cheveux implantés sur un clair réseau , suffit souvent pour délivrer de la sensation pénible du froid qui , chez certains individus , se manifeste à la partie supérieure du crâne., tandis que chez d'autres c'est seulement vers la région des oreilles. Le faux toupet 'doit être fixé au moyen de deux ou trois petits ressorts dans lesquels on enclave un même nombre de mèches de cheveux naturels. L'agglutination à l'aide de la solution de gomme ou de l'œuf, n'a peut-être pas un grand inconvénient relativement â l'obstacle qu'elle apporte à la transpiration , si elle ne comprend qu'une surface du crâne peu étendue ; mais elle empêche d'enlever, chaque soir, le toupet, pour se livrer commodément au sommeil ; elle exige, en outre, des soins de propreté , et des lotions qui peuvent ne pas être sans inconvénient pour les personnes susceptibles d'être incommodées par l'impression du froid et de l'humidité.

Aucun cosmétique n'a le pouvoir de faire repousser les cheveux.

Quand ils sont tombés après une maladie, on les voit repousser lorsque l'économie a réparé toutes ses pertes ; mais il faut bien «e convaincre que la graisse d'ours , la moelle de bœuf, les préparations appelées philocomes, les huiles de Macassar et de Sévigné, et raille autres inventions modernes, n'entrent pour rien dans cette répullulation, et ne pourraient que lui nuire. L'action du rasoir même ne peut être, dans ce cas , d'aucun avantage : elle donne au bulbe une excitation passagère prématurée , quand elle n'a pas les inconvénients précédemment énoncés.

Lorsque la chute des cheveux survient dans l'état de santé, et doit être attribuée à une altération purement locale du cuir chevelu, ils ne repoussent ordinairement pas ; dans ce cas, leur chute n'est suspendue par l'action du rasoir que momentanément ; souvent même, cette pratique accroit, comme nous l'avons dit, l'intensité de la cause qui détermine la chute ; celle-ci pourrait être plus efficacement retardée alors par l'emploi des lotions mucilagineuses et répercussives, en même temps qu'on établirait une irritation dérivative sur une autre partie de la peau, au moyen d'un gilet de laine ou de quelque rubéfiant.

Certaines personnes, pour remédier aux ravages du temps, ou pour

faire disparaître une couleur de cheveux qui leur déplaît, emploient divers cosmétiques, par exemple : immédiatement après s'être servies d'un peigne de plomb , elles font des lotions avec les infusions , dans le vin blanc, les écorces de saule, de noyer, de sumac, de fèves , des cônes de cyprès et des grappes de lierre, ou bien elles se graissent la tète avec de l'huile dans laquelle elles ont lait macérer des feuilles de viorne, ou bien enfin, ce qui est beaucoup plus commun et plus infaillible, mais, en môme temps, plus susceptible d'occasionner des accidents, elles emploient la solution aqueuse de nitrate d'argent connue sous le nom d 'eau d'Égypte, ou étendent avec un pinceau, sur chaque mèche de cheveux, un mélange de blanc de céruse (carbonate de plomb) et de chaux éteinte , dans les proportions d'une livre de chaux sur deux onces de blanc de céruse. Comme l'accroissement des cheveux se fait par la base et ne se fait que de cette manière, la portion la plus récemment accrue décèle , par sa couleur disparate , la supercherie employée, si l'on ne renouvelle celle-ci de temps en temps. Nous avons d'ailleurs vu (section précédente) combien il est dangereux de laisser séjourner sur la peau les composés de plomb qui entrent dans les cosmétiques indiqués. Les personnes qui se servent de ces cosmétiques les^placent, il est vrai, sur les mèches de cheveux qu'elles prennent la précaution d'envelopper de papillotes ; mais il serait beaucoup plus prudent de renoncer à ces moyens. La solution aqueuse de nitrate d'argent appelée eau d'Égypte, eau de Perse, et qu'on emploie pour teindre en noir les cheveux et les favoris , a déterminé, suivant MM. Chevallier, Marc et Planche , des érysipèles et des maux de tète ; suivant Butini, des méningites aiguës , et suivant M. Gaultier de Claubry , a fait tomber les poils de la queue d'un cheval, qu'on avait voulu teindre en noir avec cette solution.

2° Barbe, — Tout ce que nous avons dit des cheveux peut s'appliquer à la barbe. Son accroissement est activé par la coupe ; cependant cette coupe, quelque fréquente qu'elle soit, ne détermine jamais aucune affection sur la peau , à moins que le rasoir ne soit malpropre ou le savon trop alcalin. Chez l'homme qui se rase, la barbe pousse d'une ligne par semaine , de quatre pouces par an , de sorte qu'en multipliant ces quatre pouces par cinquante, on voit que l'homme de soixante-huit à soixante-dix ans s'est successivement retranché plus de seize pieds de barbe. Habituellement coupée, elle détourne donc, par son accroissement, une certaine somme de matériaux organiques, et donne en même temps à la partie oû se trouvent les bulbes une augmentation d'activité. Ce fait démontre que la section ou la non section de la barbe peut, dans quelques cas de maladie ou de convalescence, agir par un mécanisme autre que celui qui est produit par l'absence

ou la 'présence d'un vêtement. C'est principalement néanmoins par ce mode d'agir, que la section mal dirigée de la barbe paraît avoir de l'influence dans la production de certaines affections. L'homme, par exemple, qui porterait alternativement la barbe très-longue et trèscourte, et qui, par là, priverait par instants la face et le cou de l'abri formé par un corps mauvais conducteur du calorique x courrait le risque de perdre de bonne heure ses dents, et serait exposé à de fréquents maux de gorge : il peut donc être nuisible de raser, principalement dans l'hiver, d'épais favoris qu'on a laissés croître dans l'été. Pour celui qui rase habituellement toute sa barbe, sa peau, comme celle de la femme , est habituée à être découverte , et il n'éprouve d'inconvénient que s'il continue cette pratique immédiatement au sortir d'une maladie grave. 11 serait néanmoins possible que la section de la barbe, même lorsqu'on y est habitué , donnât lieu à des inconvénients dont sont peut- être exempts les peuples qui la conservent: par exemple, à des odontalgies, à des névralgies , à la perte prématurée des dents, etc., mais c'est ce qu'il faudrait vérifier.

L'eau qui sert à faire la barbe doit être tiède ; la section sera plus facile et l'enduit huileux que déposent les fluides sébacés, mieux enlevé. Quant au choix des savons, les plus simples sont les meilleurs. On doit renoncer à ceux qui contiennent par trop de soude : il nous semble, du moins , que c'est à cette surabondance d'alcali que sont a1 us la cuisson, le ridement, les gerçures qui se manifestent à la peau aussitôt que la barbe est faite ; quelques essences de savon produisent aussi ce mauvais effet. H se dissipe par d'abondantes lotions d'eau et l'on doit se borner à ce moyen, car les corps onctueux que quelques personnes ont l'habitude d'appliquer sur la peau dans ce moment , doivent être rejetés tant qu'on en ignore la composition : une personne consulte son médecin pour des coliques et une constipation opiniâtre ; celui-ci, après bien des recherches, soupçonne qu'une pommade dont cette personne fait usage pour se hlanchirla peau, peut être la cause de ces accidents ; M. Chevallier fait l'analyse de la pommade ; elle se trouve composée de : cérat , cinq parties ; blanc d'argent , trois parties ; or, ce soi-disant blanc d'argent n'est autre chose que du carbonate de plomb ; les accidents ne reparurent plus lorsqu'on remplaça ce sel par du talc (silicate d'alumine).

3° Ongles, — Soutiens de l'extrémité des doigts et des orteils , ces productions épidermoïques ne demandent d'autre soin que de n'être pas coupés trop court. De plus, les ongles des orteils ne doivent pas être arrondis comme ceux des doigts, mais bien coupés carrément* afin d'éviter , dans leur pousse , cette infirmité connue sous le nom d'ongle entré dans les chairs.

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