‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 98 sur 106 · DES SÉCRÉTIONS ET EXCRETIONS · texte numérisé non relu

DES SÉCRÉTIONS ET EXCRETIONS

regardée avec raison comme le principe de l'énergie virile , comme la vie son* forme liquide, ou l'âme du sang, selon l'Écriture. Sages de tous les temps, philosophes anciens et modernes, fondateurs de sectes et de religions différentes, tous ont varié sur une infinité de points jamais sur celui de la continence. Les médecins surtout, plus à même d'observer les atteintes énervantes des excès de ce genre, ont tracé à cet égard des règles d'hygiène d'autant plus rigoureuses que la génération est un des plus saints mystères deîa nature providenle. Ils ont remarqué , de plus , que les plaisirs vénériens étaient singulièrement nuisibles aux constitutions nerveuses. Quibus enim nervi dolent, semper Venu* inimica, disait Celse, il y a près de dix-huit siècles. Mais combien le danger s'accroît encore, si ces mêmes individus se livrent avec ardeur aux travaux de l'intelligence ! Alors, la vie est attaquée de toutes parts, elle se consume avec une étonnante rapidité.

Les gens de lettres, les artistes, doivent donc particulièrement veiller, et veiller avec un soin extrême, sur un objet aussi important; il y va non-seulement de leur santé présente , mais de leur gloire à venir. C'est 5 eux à voir ce qu'ils préfèrent des plaisirs qui énervent le corps, qui obscurcissent la lumière de l'esprit, ou d'une santé ferme, et de la gloire attachée à de nobles travaux. Quoi qu'on dise et qu'on fasse, l'un et l'autre sont incompatibles. Il y a divorce absolu entre l'être intelligent et l'être immonde: on ne peut sacrifier en même temps à Vénus-Aphrodite et à Vénus-Uranie, c'était un précepte consacré par les anciens. Les Muses furent toujours chastes et sobres, on doit les imiter, ou renoncer à leurs faveurs. II faut en tout que l'esprit se dégage de la servitude matérielle, comme un vin généreux se dépouille de sa lie.

Et cependant, par une inconcevable fatalité, tous les hommes doués d'une extrême sensibilité organique et morale sont enclins aux voluptueux transports de l'amour. Un cœur facilement ému, une ardente imagination, des sens combustibles, ô dieux immortels! secourez-les; l'ennemi est toujours là, toujours menaçant, toujours à craindre. Cet ennemi n'est qu'un enfant, mais cet enfant a un bandeau sur les yeux et une torche à la main, frappant emblème des maux qu'il fait, des abîmes où il conduit.

On a dit que la spermatose, ou sécrétion delà semence, était à peu près nulle chez les hommes célèbres: c'est un préjugé fondé sur la continuelle excitation de leur cerveau, mais démenti par l'expérience. Beaucoup d'hommes illustres dans tous les genres ont eu, en effet, une nombreuse famille. Il est vrai aussi que certains ont vécu dans le célibat -, mais l'effroi des embarras du mariage, la crainte de prendre une femme cum omnibus suis armamentis, selon Juste- Lipse, était la seule cause probable de celle détermination, indépendamment des motifs religieux. On voit aussi des hommes qui sont convaincus que la privation absolue des jouissances vives est peut-être le seule garantie réelle contre leur séduction. Il est certain que la modération même, dans le sujet qui nous occupe, n'est pas toujours sans danger, parce qu'elle met sur la pente qui entraîne de la satisfaction du besoin dans l'abus, et de l'abus dans l'excès. «Aussi, disait un sage, il m'a toujours paru qu'il était plus facile de renoncer tout à fait , que de se modérer. C'est le parti vigoureux qu'ont pris une foule d'hommes distingués dans les sciences et les lettres, pour éviter les maladies et le repentir , ces deux poisons des voluptés humaines. Pour maintenir en eux ce bien-être, celte aptitude physique qui soutient et élève l'âme, ils ont crié anatbème à la chair. Comment faisaient-ils ? dira-t-on. D'une part, ils travaillaient sans relâche, de l'autre, ils fuyaient le danger, ou bien dans l'occasion inévitable, ils se faisaient attacher au mât par dos liens de fer. l e chaste Hippolyle saluait de loin les statues de

HYGIÈNE. - SUPPLÉMENT

Vénus, acte de haute prudence, également recommandé par la sagesse et ta médecine. Il est prouvé que parmi les anciens , beaucoup de ceux qui donnaient.da grandes espérances s'interdisaient les jouissances de l'amour. Jeûne et travail, dit un médecin , sont un puissant talisman contre les attaques de ce mauvais génie*

Si pourtant l'âge, la vigueur de la constitution, un certain feu de tempérament, forcent, pour ainsi dire, a céder aux aiguillons du désir, que ce soit toujours avec cette modération qui fait qu'on possède Lais , sans en être possédé ; mot profond , conseil excellent , beaucoup plus cité qu'il u'est mis en pratique. Il n'y a au dehors qu'une provision donnée de matière pour le plaisir, au dedans qu'une capacité vitale déterminée pour le recevoir. Il faut donc savoir se conduire dans les plaisirs, quels qu'ils soient, avec prudence, avec mesure, j'ai presque dit avec sagacité. Notre vieux poète Théophile a raison :

Il y ■ de l'adresse A bien cueillir les roses.

Toute perte de semence épuise l'économie, et par la soustraction de celte liqueur, pure essence du sang, élaborée à grands frais par la nature, et par les ébranlements nerveux qui accompagnent son émission. Omne animal triste t post coïtum; ta loi est positive, et elle doit l'être: pourquoi cela ? c'est qu'il y a un arrière-goût d'anéantissement dans le plaisir passé, mais surtout dans celui qui transmet le don de l'existence. Tout animal , après le coït, a donné avec effort une portion de sa vie, le reste est la part de la mort. Remarquez bien, en effet , que chez les anciens, Libitirâ était la déesse des plaisirs et la déesse des funérailles, Vénus ou Proserpine, la Vénus génératrice ou homicide qui donne et ôte la vie.

Toutefois les préceptes donnés sur cet objet doivent être , comme tous ceux de la médecine, relatifs à certaines circonstances : or, c'est ici qu'il faut avoir la science de soi-même, avec une rigoureuse précision. Tacher de connaître la constitution individuelle, et la connaître dans toute sa sphère organique; la santé si elle est pleine, entière, exubérante même; les forces, en faire une exacte évaluation, rester dans leurs limites , et se garder de sacrifier le présent à l'avenir ; l'âge, point d'erreur d amour-propre, elle coûterait cher. Puis quand l'heure de la retraite a sonné, allons, il faut partir, il faut quitter le pays des amours, la prudence le conseille et la nature l'ordonne. C'est en parlant des plaisirs vénériens chez les vieillards , qu'on a si ingénieusement appliqué ces mots de Virgile : Animasque in vulnere ponunt. Le poète Lainez , âgé de soixante ans, avait épousé une très-jeune femme : »» c'était selon lui une licence poétique. » De pareilles licences ne sont autorisées ni par Apollon , ni par Esculape son fils. Ainsi l'exercice de la faculté procréatrice est subordonné â des circonstances particulières, qu'il faut connaître, juger et apprécier. Il n'est peut-être, à cet égard, qu'un seul précepte général, absolu, et ce précepte est fourni par un ancien. On demandait à Pylhagore quel était le temps le plus opportun pour s'adonner aux plaisirs de l'amour; il répondit : •< Toutes les fois qu'il te paraîtra convenable de supporter une grande perte. »

fi*.

MtttmtiTHfvHtttmfm»**

Page 1