‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 97 sur 106 · EXERCICE ET REPOS · texte numérisé non relu

EXERCICE ET REPOS

être, cette harmonie des forces physiques, solide base de la santé. Enfants de la mollesse, ne comprendrez-vous jamais que le corps devient tout ce que la volonté le fait et le façonne ? — Ces vérités me frappent quelquefois; alors je m'exerce , je marche ; mats j'éprouve aussitôt un sentiment de faiblesse et de lassitude qui m'oblige à renoncer à vos préceptes. — Mon ami, l'homme qui pense n'est pas un animal dépravé , comme l'a dit Rousseau ; c'est celui qui pense trop, parce qu'il est hors des lois de la nature ; penser et agir, voilà le lot de l'humanité. L'organisme humain est composé de ressorts si délicats et si fins, que l'inaction en détruit très-aisément la force et l'énergie. Agissez donc, et vous verrez votre puissance d'action augmenter progressivement. Continuez , persévérez, le prix est au bout de la carrière. — Cela peut être; mais quand mon corps est fatigué, je n'exerce que péniblement mes facultés intellectuelles. — Eh bien ! laissez-les reposer ces facultés, elles n'en seront que plus vives et plus aptes dans la suite. Et le plaisir de ne pas trop penser , le comptez-vous pour rien ? 11 en faisait grand cas, de ce plaisir , le philosophe dont je vous ai cité ïe paradoxe célèbre. Après ses longues promenades, ses délicieuses herborisations , il revenait trouver dans son lit « un repos de corps et d'esprit cent foi* préférable au sommeil même. * — Vous conviendrez pourtant que toutes ces promenades font perdre un temps considérable pour l'étude et le travail , le temps, ce trésor du sage! — Quoi ! c'est perdre son temps que de rétablir et de fortifier sa santé , d'étendre sa vie, de soutenir la force de^'âme par la vigueur du corps, de se rendre par là plus capable de supporter les travaux qui doivent nons illustrer! Prenez-y garde, voilà le plus dangereux des sophismes. Les anciens, qui certes n'ont pas négligé la culture morale , n'en jugeaient pas ainsi. L'épilhète favorite qu'Homère donne à son héros, est celle & 4 chiite aux pieds légers. Socrate exerçait soigneusement le corps ; à Rome, ne disait-on pas, pour caractériser un ignorant, il ne sait ni lire ni nager? Rappelez-vous encore que Platon conseillait d'exercer le corps et d'en prendre soin comme de l'âme , afin que, semblables à deux coursiers robustes et bien attelés devant un même char, l'un et l'autre puissent concourir à le traîner avec une égale force. —Soit ; mais n'est-il pas à craindre qu'à la fin un de ces coursiers ne l'emporte sur l'autre , en an mot, que le corps ne prenne un ascendant trop marqué ? — Cette crainte, qui vous préoccupe sans cesse, est chimérique. Est-ce que le développement des forces physiques n'exerce aucune influence sur les facultés intellectuelles ? La vigueur du corps ne se communique-t-elle pas à l'esprit ? le corps maladif ne rend-il pas l'âme inerte, l'imagination souffrante ? Il ne s'agit d'ailleurs que de maintenir un équilibre favorable à la santé. Quand le principe vital organique, celte intelligence de la chair, jouit de toute son action, l'âme parcourt librement sa sphère. D'ailleurs, croyez-moi, la maladie et la douleur, sa redoutable compagne, venant vous assaillir, je le répète, malheur à votre esprit, à votre intelligence, si l'organisme est faible, épuisé, sans énergie. L'imagination s'élève bien rarement quand le corps se courbe vers la terre. Restons ce que Dieu nous a faits, éclairons l'esprit, maintenons son activité , mais fortifions les organes , c'est le conseil d'une sage philosophie.

J'ai voulu faire voir, par cet essai de dialogue, combien les hommes qui s'adonnént passionnément à l'étude , sont ingénieux à trouver des motifs , des prétextes pour négliger les mouvements corporels. Et pourtant ils en reconnaissent les précieux avantages, ils les avouent; mais l'habitude, la crainte de perdre du temps, un peu de fatigue , les retiennent enchaînés dans leur fauteuil. Or, c'est là précisément qu'on s'épuise sans mouvement , qu'on se fatigue dans l'inertie du corps ; on oublie que l'activité est aussi nécessaire à la santé que

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l'agitation lui est fatale. II arrive souvent que tel homme vante sans cesse les bienfaits de l'exercice, qui se soucie fort peu d'en prendre lui-même. Il faut que le médecin insiste et persévère dans ses conseils , qu'il ait même recours à la ruse dans certaines circonstances : l'invention des fameuses et très-efficace* pilules de mie de pain du célèbre Tronchin, en est la preuve (i).

On ne saurait le nier, l'exercice corporel est le plus puissant diverticulum des forces sensitives sur les forces motrices. C'est un excellent instrument d'énergie, de plaisir et de santé. Il augmente la contraclililé , ordinairement si faible chez les névropathiques, et cette contractililé augmentée rétablit l'harmonie des fonctions. Par l'exercice, la fibre musculaire se fortifie, se roidit, acquiert celte ténacité qui constitue l'être viril, otium humectât, labor siccat, dit Celse : il n'y a pas de gymnasiarque qui n'ait observé ces effets. Tout organe qu'on exerce se fortifie, c'est une des lois fondamentales de l'organisme. Ainsi, le corps augmente de vigueur en raison des mouvements qu'on lui imprime ; par une conséquence naturelle, tout exercice musculaire répété resserre le cercle des sensations, éraousse la sensibilité, régularise son action et combat sa prédominance vicieuse. Bien plus, l'exercice physique détourne les idées fixes et habituelles, en établissant de nouveaux rapports , eu variant les sensations ; il contraint même le cerveau au repos par la fatigue générale. Voulez-vous un modérateur presque certain des passions vives? cherchez-le dans un travail matériel soutenu. Souvenons-nous que les Athéniens avaient consacré les exercices gymnastique» à Apollon, parce qu'ils adoraient en lui le dieu de la santé, de la force et du courage. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les individus parvenus à une grande vieillesse avaient tous, jusqu'au dernier moment, fait un usage constant et journalier de leurs jambes.

Les lois de l'organisme nous apprennent encore que le mouvement vital le plus favorable à la santé se fait toujours du centre à la circonférence. Or, dans la vie sédentaire, ce mouvement s'opère dans un sens absolument contraire. Ce genre de vie s'oppose donc à la libre circulation, qui stagne dans les grands viscères ; il nuit en outre à la diffusion des forces , à l'égale répartition de l'influx nerveux , qui reste concentré dans les principaux foyers de la sensibilité. On prévoit dès lors les conséquences de ces phénomènes morbifères. La circulation du sang est la fonction qui gagne le plus par l'exercice. On a calculé que chez les personnes en santé , le pouls dans la position droite est plus fréquent de 5 à 15 pulsations que dans la position horizontale. Mais combien l'accélération est plus grande, par conséquent la circulation plus rapide , plus active , quand l'exercice s'augmente , quoique dans des proportions convenables à la santé.

Quant à cet effet si redouté de diminuer l'activité des facultés intellectuelles , il n'a jamais lieu. Loin de là, ces facultés semblent acquérir un haut degré d'énergie , soit par les intervalles de repos qu'elles éprouvent alors, soit parce que le corps acquiert une vigueur nouvelle. Les grands capitaines de l'antiquité et ceux de notre époque en sont des preuves manifestes. Les anciens philosophes , on le sait, dissertaient en se promenant sous de beaux ombrages. Cicéron en a

(t) Onlit dans on conte arabe, qu'on roi, n'ayant pa se rétablir d une grave maladie, fit appeler un médecin qui le guérit de la manière suivante. Ce docteur prit un mail , et après en avoir creusé le mancbe, il le remplit de diverses drogues dont il vanta beaucoup la vertu. Il accommoda une boule de même , et le lendemain il dit au roi de s'exercer tous les matins de bonne heure, et de pousser vigoureusement la boule jusqu'à ce qu'il se sentit en sueur. La recette opéra si Lien , que le prince fut guéri de sa maladie , qui avait résisté k tous les autres remèdes.

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fait la remarque : Quidquid conficio aut cogito , in ambulationis fere tempus confero. (Ad Quintil., 3. 3.) Aristote appelait promenade du matin la leçon qu'il donnait après le lever du soleil, et promenade du soir, celle qu'il donnait après le coucher de cet astre. Le régime péripatéticien n'est pas à négliger.

Parmi cette foule de préceptes connus sur l'exercice, ne choisissons maintenant que les plus essentiels. Il y a ici trois choses à considérer : 1° quel est le genre d'exercice le plus convenable ; 2° quel temps y est le plus favorable ; 3<> dans quelle saison on doit le prendre. Ce dernier point surtout est très-important. On ne doit jamais s'exercer que selon la mesure de ses forces ; mais j'ajoute immédiatement, il faut que cet exercice soit journalier, soutenu. Fatiguer brusquement le corps, puis retomber dans une longue inaction, est la pire chose de toutes. Je dis que l'exercice doit être modéré, mais on ne doit pas non plus s'effrayer d'un peu de fatigue. L'économie ne s'invigore que peu à peu , il faut donc de la persévérance. Voici un fait médical qui le prouve. Un jeune homme de vingt-cinq ans tomba dans une obésité presque difforme ; il éprouva de plus une violente attaque de goutte. Riche, fils unique, sa position l'effraya. Prenant alors son parti , il chercha dans Pexercice le remède à ses maux. Le lundi, il jouait à la paume pendant trois ou quatre heures de la matinée ; le mardi, il donnait le même temps a jouer au mail ; le mercredi , il allait à la chasse; le jeudi, il montait à cheval ; le vendredi, il faisait des armes; le samedi, il allait à pied à une de ses terres, éloignée d'environ trois lieues , et il en revenait le dimanchè. Certes voilà une semaine bien remplie. Le remède fut si bon , qu'au bout d'un an et demi , ce malade se fil un homme dispos , vigoureux, de faible et impotent qu'il était. (Loobet, Lettres sur la maladie de la goutte. Paris, 1760.)

Surtout point d'idée fixe, point de méditation profonde pendant l'exercice du corps, ce serait une double fatigue ; que l'esprit se repose quand les membres agissent. Le mieux est d'exercer alternativement, de relayer l'esprit et le corps, l'un par l'autre '.

Qu'on se garde bien d'imiter ces promeneurs à calcul, qui se prescrivent de faire tant de fois le matin et tant de fois le soir le tour d'un jardin. Abandonnezvous sans soins, sans soucis, sans but même, à ce doux laisser-aller de rêveries et d'émotions paisibles, à ce je ne sais quoi qui vous conduit ici plutôt que là , sans souci, sans affaires, sans même s'occuper de l'heure ; marchez , sans vous proposer autre chose que le plaisir de marcher ; faites, en un mot, comme Montaigne, « qui n'allait jamais que là où il se trouvait. »

L'exercice est tellement important à la digestion , qu'un physicien déclare qu'un exercice modéré est un second estomac. Quoi qu'il en soit de l'expression, on peut dire que l'exercice est l'ami, le protecteur et l'auxiliaire le plus puissant <le l'estomac; sans lui, rien de plus rare qu'une bonne et complète digestion.

Faut-il prendre de l'exercice avant ou après le repas? Véritable question oiseuse ; il n'y a que l'expérience de soi qui puisse servir de guide ici. Je crois

On sait que Thomas n'eut presque jamais de santé ; son existence fut une continuelle douleur. Mais comment s'en étonner , en examinant bien sa manière de vivre ! En voici un échantillon : « Thomas, au lieu de se promener, s'appuyait le dos contre une charmille , travaillait à voix basse, tenant la tête baissée, une prise de labac à la main, qu'il portait continuellement à son nea, sans s'apercevoir que c'était toujours la même. Une fois en travail , il y tenait si fott, que même en montant à cheval pour se promener, il travaillait encore. En sortant de sa chambre, il avait l'air agité, poursuivi par sa pensée ; en arrivant auprès de son cl>eval , il le caressait, et même, dans sa distraction, il demandait au cheval lui-même comment il avait passé la nuit. » (Notice sur Thomas, par Héraut dz SÉchki.les.)

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pourtant que l'école de Salerne a raison : Post prandium «ta. Une conversation vive sans être trop animée, des entretiens agréables facilitent beaucoup la digestion. On les connaissait autrefois sous le nom de dessert des gens de lettres.

Une question plus importante est de savoir s'il y a des exercices propres aux personnes studieuses ; je réponds négativement. Il ne s'agit pas de descendre dans la Palestre, d'être expert dans les cinq joutes ou le Pentathlion des anciens ; il ne faut qu'activer la circulation par le mouvement du corps , tandis que l'intelligence se repose. L'âge, les forces, les goûts particuliers , la saison , le climat, les localités, doivent être consultés. La promenade à pied ou Péquitalion me paraissent très-convenables et suffisantes ; on peut y ajouter , quand on est jeune, la danse, la course et la natation, la paume et le ballon, jeu si aimé des anciens : Folle decet pueros ludere, folle senes. (Martial, lib. 14, 7.)

Il est encore un exercice dont a vu d'étonnants effets pour la santé des hommes affaiblis par les travaux de la pensée , c'est l'horticulture. Un médecin a soutenu, non sans raison, que la plus saine des professions était celle d'un jardinier sobre, et tout démontre celte vérité. L'air pur, l'exercice modéré et pourtant continuel, entretiennent et rétablissent les forces. C'est bien alors que la vie parait pleine et entière, qu'on en jouit,. qu'on la savoure. L'esprit participe à cet état de bien-être, car les soins et le matériel obligés de la vie d'un horticulteur lettré animent l'âme sans la troubler 5 ils la rendent calme, heureuse, au contraire des inquiétudes de la vie sociale urbaine , qui l'agitent, l'exaltent, l'asservissent en la pressant de toutes parts. Sait-on combien un labeur modéré, uniforme , contient de sagesse et de bonheur, combien il est puissant pour établir la sublime convenance delà virilité du corps et de la force de l'esprit ? Toutefois, suffit-il d'avoir le goût du jardinage pour en obtenir de bons résultats ? Non, sans doute, si Ton se contente du plaisir des yeux. Il faut mettre la main à l'œuvre, il faut avoir les bras travailleurs, planter, semer, greffer, en un mot , avoir soin de son parterre , de son petit jardin, comme de sa bibliothèque. Homme d'État, qui venez de méditer sur un projet d'où dépend le bonheur ou l'infortune de plusieurs millions d'individus; vous, illustre savant, qui avez mesuré la distance des astres, analysé jusqu'aux éléments des corps , quittez vos pénibles travaux ; et vous surtout, noble enfant des Muses, qu'une ardente imagination a transporté dans les sphères célestes, maintenant détendez les ressorts de votre esprit, comme ceux de votre lyre, d'autres occupations vous attendent. Revêtu de la veste et du chapeau rustiques, allons, armez votre main du râteau ou de la serpe ; il vous faut émonder un espalier, sarcler une allée , butter des céleris, etc., voilà votre besogne, votre nouvelle tâche , ou bien encore , bâtezvous de cueillir ces fruits vermeils, d'arroser ces fleurs desséchées, d'abriter ces tendres plantes que l'aquilon menace, etc. Votre récompense est prêle , et vous ne l'attendrez pas longtemps. L'appétit vif, la digestion facile , l'esprit gai , le cœur content, puis un sommeil franc et profond , que désirez-vous de plus pour embellir l'existence? Si vous voulez davantage, imitez Dupont de Nemours, qui eut en tout la douce passion du bien et du blen-faire. « Et pourquoi , dit cet excellent homme , renoncerais-je à l'honneur d'attacher mon nom à quelque agréable variété de poire ou d'abricot ; Martin-Sec et Messire-Jean sont encore célèbres ; la pêche de Chevreuse est le seul litre à jamais durable et toujours honorable de la famille qui eut la duché-pairie ; je ne suis pas dégoûté de la vraie gloire '.

' Quand Auguste , dit Linnée , voulut ériger det monuments à Nasa «t a ion frère Euphorbe, le premier eut une colonne de bronse sur le forum, tandis qu' Evphorbm n'obtint que la dédicace d'une plante. Cependant le temps • renversé le monument qu'on croyait éternel, et conservé l'euphorbe, simple plante qui »it et qui meurt dans un même printemps.

DES SÉCRÉTIONS HT EXCRÉTIONS. <J5l

Cependant la saison n'est pas toujours favorable aux travaux de la campagne ; l'hiver vient, et il faut se réfugier à la ville. Là , il est encore des délassements convenables pour le corps ; et le billard , comme on Ta déjà remarqué , est un des plus avantageux. J'ajouterai encore la conversation, mais une conversation familière, sans prétention, où, comme dit Montesquieu, il ne faut que son esprit de tous les jours. Au reste, quel que soit l'exercice ou le délassement qu'on pré • fère, la règle essentielle est qu'il n'exige point une trop grande contention d'esprit. Mallebranche ne se livrait jamais qu'à des jeux enfantins; aussi, quand l'heure de la méditation avait sonné , son esprit vigoureux s'élevait sans peine aux plus hautes conceptions. Souvent Machiavel , dans sa retraite de San Casciano, s'amusait avec des paysans avant d'entrer dans le sanctuaire de ses éludes. Il y en a qui jouent aux boules , aux quilles , au petit palet , qui sautent , dansent et se divertissent , sans autre but que celui d'agiter le corps et les membres. Ne traitons pas ces amusements de puérils : le sévère Lycurgue éleva un autel au Rire; or, qui connut mieux le cœur humain que Lycurgue?

ARTICLE VI

Des sécrétions et excrétions.

Le célèbre Sanctorius comptait jusqu'à quatre-vingt mille humeurs faisant partie de l'économie animale ; si Tune d'elles venait à se dépraver , la santé se trouvait aussitôt compromise. Cela fait frémir, et Ton ne doit pas s'étonner , si le médecin que nous venons de citer a passé trente ans de sa vie dans une balance pour connaître avec exactitude ses acquis et ses pertes, sous le rapport de la transpiration. Il est aujourd'hui prouvé que le médecin vénitien a exagéré ; cependant il ne faudrait pas pousser trop loin le scepticisme sur cet objet. Toutes les humeurs émanent du sang, et toutes influent sur la santé, par leur quantité comme par leur qualité, voilà qui est très-positif.

Les sécrétions et excrétions méritent donc de fixer notre attention. Toutefois, nous nous garderons de parcourir l'étendue de ce champ immense. Contentonsnous de signaler les points principaux.

J'ai déjà remarqué que la bile, dans certaines constitutions , se sécrétait avec une abondance extrême et que la moindre altération de ce fluide influait d'une manière fâcheuse sur la santé. La prédominance hépatique demande donc une surveillance particulière. Faire couler la bile, quand elle est âcre et abondante , est certainement , quoi qu'on dise , un précepte excellent pour se bien porter. L'hygiène offre ici trois moyens dont le succès est presque infaillible , si l'on ne tarde pas trop à les employer. Manger peu de viande , et même se mettre au régime végétal pendant quelques jours , prendre de l'exercice , enfin recourir à l'emploi des boissons acidulées, mieux encore à celui des fruits rouges et des raisins, si la saison le permet, puis à de légers purgatifs. Que de maux on évite souvent par ces simples précautions , pourvu qu'on sache les prendre à temps et à propos !

Qu'on ne néglige point surtout la transpiration : elle n'est pas seulement une é va poralion d'humidité, elle est aussi, à d'autres égards, une fonction analogue à la respiration, qui enlève le carbone du corps en le combinant avec l'oxygène de l'atmosphère. Ainsi, la peau tout entière respire jusqu'à un certain point. Les pores cutanés exportent continuellement de l'économie les produits de cette sécrétion. On conçoit donc le danger de toute suppression de transpiration, quand

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la peau est en travail de diaphorèse, notamment chez les hommes doués d'une grande sensibilité ; car c'est sur les téguments que les agents extérieurs exercent d'abord leur action. Les précautions qu'exige la pleine intégrité de cette fonction, sont d'autant plus importantes, qu'elle a lieu dans tous les instants de la vie, et ses variations sont telles, que Sanctorius a posé ce principe que nous tenons comme exact et vrai : Non quâlibet horâ , corpus eodem modo perspirat. De bons observateurs ont aussi remarqué que la santé paraissait plus ferme dans la journée, quand le matin, dans le lit, avait eu lieu une petite transpiration , sorte de crise qui maintient l'équilibre des fonctions. Un médecin recommandable de notre époque, consacre même un des jours de la semaine à ce qu'il nomme pousser une sueur. Ses amis les plus intimes ont peine à le voir ce jour-là, car il est très-occupé à pousser sa sueur ; or, il y a plus de quarante ans que ce médecin jouit d'une santé inaltérable. Des exemples contraires sont trèsfréquents. Descaries donnait des leçons à la reine Christine , à cinq heures du matin, par un hiver très-rude ; il succomba à une péripneumonie déterminée par une suppression de transpiration. On sait ce qui arriva à Scarron. La même cause et les mêmes effets eurent lieu chez Cou thon, ce célèbre terroriste cul-dejalle de 93.

L'excrétion des fèces, ou matières fécales, mérite aussi de fixer l'attention. En raison de la force zoo-organique qui est en nous , un double mouvement s'exécute dans l'économie : l'un compose sans cesse l'organisme, l'autre le décompose, d'où il résulte que la matière, qui toujours s'animalise, parvient enfin au terme le plus élevé, et que là se dépouillant de toute sa viabilité pour la machine qu'elle a parcourue, elle devient nécessairement un corps étranger que la nature rejette au dehors. 11 est maintenant aisé de concevoir le haut degré d'utilité de la défécation dans l'ordre des fonctions. Sénèque disait que le bene moratus venter est un des principes de la liberté de l'homme ; à plus forte raison il aurait pu y joindre la santé. Ainsi , les deux plus grands biens de l'humanité sont liés à celle fonction. Que rien donc n'en gêne l'exercice, qu'il soit constamment libre, facile et complet. Malheureusement l'exécution de ce précepte est assez difficile à obtenir chez les hommes d'un tempérament chaud, sec et irritable, notamment si leur vie est sédentaire. Bonaparte dit quelque part que sa constipation habituelle avait été un des grands déplaisirs de sa vie. Talma se plaignait souvent de la même infirmité, et ce grand acteur finit même par en être victime. C'est donc avec raison que les médecins ne cessent de rappeler l'importance de cette excrétion ; ils le font sans s'arrêter à celle fausse délicalesse qu'ont ici la plupart des hommes. Bordeu fait à ce sujet une excellente remarque. « L'homme, dit cet illustre médecin, n'existe presque que parcelle fonction , et il n'existe presque que pour elle. Continuellement occupé à se vider et à se remplir, il ne peut se dérober à l'espèce d'humiliation qu'inspire une destination pareille. La philosophie, détournant la vue de ces objets , suit à cet égard les idées communes , ou cherche à se tromper et à s'étourdir. La médecine franchit courageusement tous les obstacles ; elle prend l'homme pour ce qu'il est, et lui prêle une main secourante au milieu des misères qu'il voudrait mais qu'il ne peut oublier. »

Terminons en rappelant l'observation déjà faite précédemment, que la conslipalion dépend quelquefois, chez les individus nerveux et d'une faible coraplexion, du défaut de contraclilité intestinale. Cette espèce de constipation a lieu aussi chez beaucoup de vieillards, chez les femmes hystériques et d'une grande débilité musculaire, etc.

Mais quelle que soit l'importance des excrétions dont nous venons de parler, il en est une qui tient le premier rang : c'est celle de la liqueur séminale qu'on a

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