I. Ouvrier robuste, 28 ans, II. Ouvrier tailleur, frêle
poids : 72 kilogrammes. 26 ans : 53 kilogrammes.
Au repos. Travaillant. Au repos.
De jour 22>il,6 3Gm,3 16lu,8
De nuit IG .7 15 ,0 12 ,7
Production de CO2 par heure, d’après les observations de Scharling :
Age. Poids. C02 par heure.
kil. lit.
Garçon 9 ans 22,00 10,3
Fille 10 — 23,00 9,7
Jeune homme 16 — .57,75 17,4
Jeune fille 17 — 55,75 12,9
Homme 28 — 82,00 18,6
Femme 35 — 65,50 17,0
La production d’acide carbonique diminue pendant le sommeil, dans les élats algides, le choléra (Doyère) ; elle augmente de moitié ou du double par la, fièvre.
générale]. L’HABITATION, MILIEU RESPIRATOIRE. o;î7
Nous avons vu précédemment (page .‘{77) que, dans les conditions moyennes, un adulte rend par les poumons 286 grammes d’eau en vingt-quatre heures. Quant ù la « matière organique » rejetée par le poumon, il est probable qu’elle a été souvent une pure vue de l’esprit de la part des hygiénistes et qu’on a pris pour telle la matière des excrétions de la peau ou du tube digestif (voy. p. 31G). Le poison pulmonaire de Brown- Séquard et de d’Arsonval est assurément dans l’air expiré; mais il n’est pas encore absolument certain qu’il vienne du poumon et non point du pharynx ou de la bouche.
2° Les fonctions de la peau. — La peau rend un peu d’acide carbonique et beaucoup d’eau : de 500 à 1,500 grammes environ en vingt-quatre heures, chez un adulte, selon la température du moment et l’activité des individus. Gela suffit à amener la saturation aqueuse de l’air dans un local clos et môme la condensation de la vapeur. La sueur n’est pas un liquide tout à fait indifférent. Le produit des glandes sébacées ne l’est pas non plus. En outre, le mouvement vital intense qui s’accomplit dans le revêtement épidermique tégumenlaire fait tomber dans l’air des locaux de réelles particules organiques. La malpropreté des sujets aggrave le fait, sans parler des odeurs spéciales du corps humain ni de celles des excrétions cutanées, fermentées sur place.
3° Les fonctions du tube digestif. — Il s’échappe des deux extrémités du tube digestif, surtout delà part des gens chez qui ces fonctions ne sont pas absolument normales, des gaz fétides et plus ou moins toxiques.
La fameuse expérience de Mantegazza, dans laquelle, des animaux de môme espèce et de même poids étant placés sous des cloches de dimensions égales, on voyait vivre beaucoup plus longtemps que les autres ceux dont il absorbait les émanations organiques, au moyen du charbon animal, prouve la toxicité des excréLions cutanées et digestives au moins autant que celle des produits de respiration.
4° Les divers foyers de fermentation organique et de putridité. — Tout conspire, autour de l’homme, à multiplier dans ses abris les émanations, les gaz de décomposition organique (carbonés, azotés, sulfurés), les germes des organismes inférieurs qui vivent et se reproduisent dans la putridité. Nos aliments, les ordures ménagères, sont des foyers où ce mouvement biologique inférieur naît et se poursuit sans trêve. Les appareils où se déposent les produits excrémentitiels, solides ou liquides, ceux surtout où on les conserve, sont d’autres foyers d’une intensité plus grande encore. A vrai dire, ces produits ne devraient pas séjourner un seul instant dans l’habitation et il devrait y avoir une interception absolue de tous les de retour à l’orifice des tuyaux qui les éloignent des pièces habitées. Mais comme cette règle d’hygiène est loin d’être appliquée partout, il faut bien tenir compte, dans la ventilation, de la présence possible de ces éléments étrangers.
11 entre des microorganismes du dehors dans nos maisons avec des poussières de toute sorte ; mais comme les pièces habitées en ont plus que la rue, ce sont encore les foyers dont nous venons de parler qui doi-
DES A ItUIS ET DU VÊTEMENT
Consommation
Pouvoir Production de C02
par heure.
éclairant.
par heure.
gr. lit.
lit.
4 (environ)
140 lit.
[Hygiène
vont être regardés comme la source des bactéries dans les habitations, de môme qu’ils sont, avec l’homme lui-même, la source de ce que nous avons appelé (page 325) Y animalisation de l’air.
5° L'éclairage et le chauffage. — L éclairage, tel qu’il reste vulgaire jusqu’aujourd’hui, c’est-à-dire on dehors de la lumière électrique, altère l’air d’une façon sérieuse. Il y introduit surtout de l’acide carbonique, et c’est une des raisons que l’on fait valoir pour substituer l’électricité à la lumière du gaz. Le qui tendrait à prouver que les hygiénistes ne regardent pas tous GO- comme inoffensif. En prenant pour unité le pouvoir éclairant d’une bougie, Erismann a fait les calculs ci-dessous :
Mode d’éclairage.
Hougie 20,7
Pétrole : bec fendu
— bec rond
Lampe à huile
Gaz d’éclairage : bec en fonte...
— bec plat
De plus, tous les modes d’éclairage possible ajoutent à l’air des vapeurs ou des gaz étrangers, dont quelques-uns sont dangereux par eux-mêmes, comme on le verra plus loin. Il en est de même du chauffage.
6° Les êtres gui entourent l'homme. — Les animaux domestiques, dont quelques-uns vivent dans des rapports beaucoup trop intimes avec leur propriétaire, vicient l’atmosphère de la même façon que l’homme. Les plantes en fleur l’impressionnent d’une autre façon, qui a été déûnie.
Enfin il convient de signaler, parmi les modes d’altération de l’air, quoique ce soit un des moins graves, Yéchauffement que lui communique la présence d’êtres vivants, la siccité et quelques autres défauts qui lui viennent des appareils de chauffage, etc.
Nous avons suffisamment étudié, au chapitre III, les conséquences sanitaires de ces diverses altérations de l’air pour n’avoir plus à y revenir. Il nous reste à examiner les moyens de prévenir ou de contrebalancer ces altérations.
Cubage «le place. — On s’est dit, d’instinct, que le premier moyen de retarder, dans un espace clos, l’arrivée du degré dangereux de l’altération de l’air est de donner d’emblée à cet espace de vastes dimensions. Cette intuition vague est loin d’être une erreur. Malheureusement il est difficile de fixer le chiffre moyen du cube d’espace qu'il faut assurer à chaque habitant, dans les demeures privées ou collectives. Sans compter que l’espace a trois dimensions et que la question de leurs rapports entre elles n’est pas non plus indifférente.
On prend toujours pour mesure de la viciation de l’air, quand il s’agit d’aération et de ventilation des locaux habités, la proportion de CO* dans cet air : 1° parce que ce produit de déchet est une impureté et la plus constante de toutes; 2° parce qu’il suppose presque nécessairement les autres souillures dérivant également de la présence des humains, poison pulmonaire, excrétions cutanées, microbes, excès
génerato.]
L’UABITATtON, MILIEU RESPIRATOIRE. 5o9
do vapeur d’eau ; 3° parce qu’il est facile à doser. Étant connue celte proportion, il est possible de calculer le cube d’air primitif — ou le cube d’air de remplacement qui est nécessaire pour maintenir l’air intérieur, non pas au taux normal de COJ (qui ne dépasse pas 4 p. 1 0,000, comme nous l’avons vu), mais à un taux qui ne s en éloigne pas trop considérablement, ou qui, tout au moins, n’inspire pas de sérieuses inquiétudes.
On ne s’expose pas moins, ainsi, h quelques illusions, et tout d’abord en ce qui concerne le cube de place. Que l'on ait, par exemple, fixé à 30 mètres cubes l’espace alloué à un soldat, en calculant que cet espace est suffisant pour que l’air ne soit pas à plus de 4 ou 5 p. 1000 de CO-’ au bout des huit heures de nuit que l’homme passera dans sa chambre, portes et fenêtres closes; la prévision est exacte au point de vue où l’on s’est placé. Mais aura-t-on assez fait pour un homme jeune, qui a été en mouvement toute la journée, dont les sécrétions cutanée et pulmonaire sont très actives, dont le tégument est peu net et qui dépose à son côté des vêtements et des chaussures imprégnés de matière organique?
Et pourtant on aura été large en ce qui concerne la consommation d’oxygène et la production de CO2. Dans un cube de 2 mètres de côté, au bout de huit heures, un adulte n’aurait encore consommé que le dixième de l’oxygène intérieur et porté l’acide carbonique qu’àl8p. 1000; ce qui n’est pas mortel, ni même compromettant tout d’abord et en soi.
Les dimensions intérieures réclamées par les hygiénistes dépendent des idées que chacun se fait sur les besoins d’air de renouvellement. Papillon (cité par Morache), se contenterait de l’introduction de 4 mètres cubes d’air neuf par heure pour un adulte ; il demande donc 32 mètres cubes d’espace par homme dans une chambre de caserne, où les soldats passent 8 heures consécutives, fenêtres et portes closes. Wiel et Gnehm, qui ne trouvent pas exagéré un renouvellement de 21 mètres cubes et même de 43 mètres cubes à l’heure, proposent en conséquence 168 ou 360 mètres cubes d’espace par habitant.
Heureusement, la perméabilité des parois rend illusoires ces calculs mathématiques danslaplupartdes habitations pour lesquelles l’hygiène n’a pas été appelée à prescrire des règles d’aération. D’ailleurs, d’autres circonstances ont indiqué avec une approximation suffisante le tarif du cube invariable de nos logements, rapporté au nombre des individus qui les occupent.
Le cubage de place doit être assez généreux pour permettre une certaine dilution de CO2 dans l’air intérieur, pendant le temps où l’on ne peut compter que sur lui. Mais dès que la proportion dépassera 1 p. 1000, il faudra des moyens de renouvellement de l’air. Or il serait inutile et même gênant que le cube intérieur fût beaucoup plus grand que le tiers de la masse d’air que l’on peut introduire par heure et par tète dans le local. Ln effet, 1 observation a démontré que l’on no saurait, à moins de courants d air, îenouveler plus de trois fois dans une heure l’atmosphère d une pièce habitée. Car conséquent, si 1 on a l’intention et les moyens d’introduire dans une pièce 60 mètres cubes d’air par heure et par tête, il tant disposer d un cubage de 20 mètres par habitant. (La réciproque est \raie, d ailleurs.) Cependant, comme il y a presque toujours un renouvel-
i'OO DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
lement insensible et imprévu, en dehors de la quantité calculée sur le débit des appareils de ventilation, on peut ajouter ces deux apports atmosphériques pour avoir le renouvellement total. A la vérité, on ne connaît pas exactement le premier; mais il est suffisamment certain pour que l’on puisse, sans enfreindre la règle, donner au cubage de place une ampleur un peu au-dessus du tiers de la masse d’air de renouvellement apparent et régulier.
Il est à peine besoin de rappeler que, dans l’estimation du cubage de place, il faut défalquer du chiffre que l’on obtient en multipliant les trois dimensions intérieures de la pièce, le volume des meubles et autres objets dont la présence dans nos appartements est inévitable.
On a quelque tendance à prendre le cubage de place en hauteur plutôt qu’en largeur et à faire, par exemple, pour l’obtenir suffisant, des salles d’hôpital d’une hauteur démesurée. Ainsi que le font remarquer Wiel et Gnehm, c’est làune pratique mal réfléchie. Sans doute l’air chaud (et vicié) sortant des poumons humains est assez peu dense pour s’élever tout d’abord vers la partie supérieure des locaux; mais il se refroidit au au bout de quelque temps, et rien n’empêche plus CO2 de se diffuser et les molécules solides de se précipiter dans les couches inférieures, lorsque le mouvement ascensionnel qui les entraînait s’est arrêté. Les humains finisent ainsi par se trouver dans les couches les plus animalisées et les plus dangereuses. Après tout, l’air vicié, même plus léger, ne saurait indéfiniment trouver place au-dessus de la bouche des habitants.
C’est l’air chaud qui, mécaniquement, transporte avec lui l’acide carbonique au plafond; quand la température n’agit plus, les gaz se diffusent et se disposent par zones conformément à leur densité. Dans une cave où CO2 était produit par la fermentation du raisin, Forster a trouvé sur le sol, 18,30 CO2 p. mille; à mi-hauteur, 11,99; au plafond 7,90.
Il ne faut donc pas exagérer la hauteur des plafonds en vue du cube de place, ce qui se concilie bien avec ce que nous avons dit de la nécessité d’un espacement généreux en surface des habitants. En assurant 10 à 12 mètres carrés de surface par lit aux salles d’hôpital, la hauteur de 5 mètres entraîne le cubage de 50 à 60 mètres cubes que l’on recherche d’habitude; la dépasser est inutile et illusoire. C’est même gênant, caria hauteur exagérée oblige à des frais de chauffage extraordinaires, avec des chances de ne pas arriver à un point suffisant.
Dans les habitations collectives d’individus en santé, casernes, lycées, écoles, 8 mètres carrés de surface par tête avec une hauteur intérieure de A mètres donneront les 32 mètres cubes auxquels n’arrivent pas beaucoup de casernes. Ces mêmes 4 mètres de hauteur seraient bien accueillis de l’hygiène dans les habitations particulières ; une chambre à coucher représentant un cube de A mètres sur toutes les dimensions, destinée <\ un couple, ne fournitque les32 mètres cubes classiquesù chacun des deuxindividus qui dorment ; qu’un berceau s’y ajoute, et c’est presque une pièce exiguë. Combien de chambres à Paris, je dis dans les familles aisées, n’ont pas cet espace ni celte hauteur !
generale]. L’HABITATION, MILIEU RESPIRATOIRE.
La Commission des logements insalubres de Paris, (le 1870 à 1870 (E. -11. Perrin, rapporteur), propose judicieusement au préfet de la Seine d interdire toute pièce destinée à l’habitation permanente de jour et de nuit, qui offre moins de 14 mètres cubes de capacité par personne, et de n’en tolérer aucune au-dessous de 10 mètres.
A ceux qui ont cru que la question du cube de place pouvait être simplement remplacée par la question de ventilation, de Chaumont répond très judicieusement que la première domine la seconde, car c'est le cube de place qui rend possible la ventilation (Wilson).
Mais on ne saurait trop répéter que le large espace et le cubage généreusement distribué ne dispensent point d’instituer des mesures àl’effet de remplacer par de l’air neuf les couches atmosphériques qui ont séjourné quelque temps à l’intérieur des locaux habités.
Ce n’est pas, en général, dans les habitations privées que les besoins sont les plus grands ou les plus urgents, c’est dans les habitations collectives où, précisément en raison du développement coûteux que réclament les bâtisses, on est porté à économiser l’espace. Aussi les hygiénistes semblent-ils leur réserver la meilleure part de leur attention. Des situations particulières, dans cet ordre d’idées, exigent encore plus impérieusement un cube d’air normal, soit parce que la viciation atmosphérique est plus certaine et plus grave, comme de la part des malades aux hôpitaux, soit parce que le séjour des habitants est plus fatalement prolongé, comme dans les prisons. (Les prisonniers, depuis longtemps, ont le privilège d’attirer particulièrement la sollicitude de l’hygiène et quelques-uns lui en ont fait un reproche ; cependant, la justice n’a l’intention de priver les coupables que de leur liberté et non d’air respirable.)
Hæsecke a relevé le tarif du cubage de place, par individu, dans un certain nombre d’habitations collectives du genre qui vient d’être indiqué.
Hôpitaux militaires prussiens (règlement de 1852)
Hôpital Betlianion (Berlin)
La Charité (id.)
Selon Degen, l’expérience demande, par lit
(Avec une hauteur de plafond d’au moins 4m,8).
Pavillons do l’hôpital Lariboisière, environ
Saint-Thomas Hospital (Londres)
Episcopal-Hospital (Philadelphie)
Hôpitaux militaires anglais
Hôpitaux militaires français (blessés)
Grand hôpital de Milan
Hôpitaux de Turin et do Pavie
Hôpital (nouveau) de Friedrichshain
A Plôtzensée, cellules isolées
Cellules pour 5 à 11 détenus
Dortoirs
Salles d’écolo et de prière
Ateliers, environ
Hôpital
Chambre des députés, salle pleine
Palais provisoire du Reichstag (tribunes non comprises)
Arnould, Hygiène. ’1K édit.
Mètres cubes.
18 à 22 Va
11 il 12
37 il 30 10 il 11 10 il 20
502 DES AURIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
Mètres cubes.
Palais provisoire du Reiclistag (tribunes comprises et entièrement occupées) 11 à 12
Les écoles du pays 4 5, 5,5
Les grands théâtres, quand ils sont remplis 10 à 12
(Les petits ont bien moins d’espace relatif.)
Le général Morin, appuyé sur une longue expérience, exigeait comme chiffres normaux, par tôle et par heure:
Mètres cubes.
Hôpitaux à maladies communes GO à 70
— pour blessés et femmes eu couches 100
— recevant des maladies épidémiques. 150
Prisons 50
Ateliers ordinaires 60
— avec des causes spéciales de viciation de l’air 100
Casernes, pendant le jour 30
— pendant la nuit 40 à 50
Théâtres 40 à 50
Lieux de réunion (pour un court séjour) 30
— (pour un long séjour) 60
Écoles d’adultes 25 à 30
— d’enfants 12 à 15
L’hôpital maritime de Cherbourg possède un cubage de 22 mètres cubes; celui de Rochefort,4l mètres cubes. Les hôpitaux civils de Paris présentent une moyenne de 43 mètres ; les hôpitaux anglais 52 (Le Fort). On demande, en France, 40 mètres pour les hôpitaux de l’armée.
'Ventilation. — Malgré le principe dont il faut évidemment poursuivre le plus possible la réalisation, l’introduction d’air extérieur dans les locaux, pendant le temps de la présence des habitants, est encore plutôt une dilution des impuretés produites qu’un renouvellement parfait de l’atmosphère. S’il était possible d’expulser et de remplacer à chaque instant l’air rendu parla respiration, ce renouvellement idéal serait atteint, et il suffirait de 500 litres d’air nouveau par heure. Mais nous ne disposons d’aucun moyen de pratiquer cette ventilation exacte; force nous est de chercher seulement à maintenir les impuretés au taux le plus bas possible, sauf à opérer le renouvellement complet après la sortie des habitants ou même pendant leur séjour, mais dans un moment favorable et d’une façon intermittente.
C’est toujours la proportion d’acide carbonique qui sert de base dans l’appréciation de la souillure de l’air ; non que l’acide carbonique soit plus dangereux que d’autres produits d’exhalation, mais parce que l’on peut admettre que l’accumulation de ceux-ci marche parallèlement à l’augmentation relative de CO2. Quelques hygiénistes ont prétendu pouvoir reconnaître par les sens la présence de 1 p. 100 (Pettenkofer) et même de 0,66 p. 1000 (Degen), 0,6 p. 1000 (de Chaumont) de CO2 dans l’air des locaux habités. Comme, en pareil cas, on parle habituellement d’odeur perçue, il est à croire que les auteurs ont remarqué moins l’acide carbonique que ce qui l’accompagne. Et le danger d’un air pareil ressort, non de l’impression légère et désagréable qu’il produit, mais des qualités que cet avertissement révèle.
générale.] L’HABITATION, MILIEU RESPIRATOIRE. ''>6:î
Il fui un temps où l’on rapportait aussi la quantité d’air de renouvellement à la vapeur d’eau fournie par la peau et le poumon et qu’il faut diluer suffisamment pour que l’air intérieur ne dépasse pas beaucoup la demi-saturation. Bien que le chiffre de mètres cubes d’air nécessaire à cet effet soit moindre que celui qu’il faut pour réduire CO2 au taux admis, on additionnait les deux chiffres comme si le même air ne pouvait à la fois diluer l’acide carbonique et la vapeur d’eau.
Aujourd’hui, l’on se borne aux indications fournies par la proportion de CO2, et l’on demande qu’elle ne dépasse pas 0,0 p. 1000 (Roth et Lex), 0,8 p. 1000 (Parkes), ou tout au moins pas 1 p. 1000 (Petlenkofer). Il est clair que les exigences seront d’autant plus rigoureuses que les chances d’accompagnement de CO2 par des souillures plus graves, comme dans des salles de malades ou de blessés, seront plus considérables et plus menaçantes.
Le calcul suivant, de Putzeys, montre avec quelle rapidité l’air d’une pièce atteint le taux de viciation. Si l’on suppose un salon de 200 mètres cubes, le taux initial de CO2 il 0,0004, le taux de viciation à 0,0007, et un homme rejetant 22 lit. 6 (ou 0mc,0226) d’acide carbonique par heure, le temps au bout duquel le taux de viciation sera atteint est donné par la formule :
2,65 ou 2 heures 39 minutes.
Et, toujours en se basant sur le taux de 0,7 p. 1000 d’acide carbonique à ne pas dépasser, les auteurs arrivent à exiger un volume d’air neuf de 75 mètres cubes par heure. En adoptant le taux de 0,6 de CO2 p. 1000, on a le volume d’air à fournir par le calcul ci-après (où l’on suppose que l’homme rend 20 litres CO2 par heure) :
La même équation peut donner le tarif de ventilation dans le cas où l’on ne tolérerait que 0,5 p. 1000 de CO2 ; ce serait alors 200 mètres cubes. Si l’on admet 0,8 p. 1000, il deviendrait 50 mètres cubes. Parkes, ne comptant que 17 litres (au lieu de 20) de CO2 produit en une heure, obtient un résultat un peu différent, tout en prétendant maintenir l’air à 0,6 p. 1000 d’acide carbonique; son tarif normal de ventilation n’est que de 85 mètres cubes à l’heure.
On peut remarquer (Roth et Lex) que, dans celte façon de calculer, le cube intérieur n a pas d influence sur le tarif de ventilation ; supposons le premier de lOOmètrescubes par tête; on pourrase passer de ventilation pendant la première heure sans que la proportion de CO2 s’élève au-dessus de 0.6 p. 1000; mais, à partir du moment où ce chiffre sera atteint, il faudra fournir 100 autres mètres cubes par heure, absolument comme si l’espace était plus petit. C’est aussi l’avis de Ch. llerscher, et de Putzeys. Nous pensons devoir accepter la môme formule, bien qu’elle ne soit pas celle des professeurs Layet et Bertin-Sans.
Layet fait intervenir la capacité des locaux dans le calcul du coefficient de ventilation, en raisonnant de la façon suivante : Supposons d’abord un espace de
üüi DES AltHIS ET DU VÊTEMENT. lllygiène
10 mètres cubes, dans lequel respire une seule personne; ces lu mètres cubes d’air ont la viciation normale, soit LO- 0,000o. Au bout d une heure, la respiration y ayant versé 20 litres de CO2, la viciation sera : 20 -f- 5 CO2 pour 10,000 = 0 002b. Au hou t de dix heures, elle sera: 20 X 10 + o CO2, ou 20Ü p. 10,000= 0,020b. Pour ramener l'air à l’état du début, c’est-à-dire à 0,000b CO2, il faut fournir une quantité d’air
nouveau indiquée par la proportion : ‘ 1 d’où x = 41 0,000 =410 mètres
cubes; el, en divisant par 10 (puisqu’il s’agit de l’air nécessaire il dix heures), 41 mètres cubes à l’heure. Par ce procédé, et èn tenant compte de 10 litres de vapeur d’eau fournis par heure en moyenne, Layet indique, pour un homme el par heure, les coefficients de ventilation ci-dessous :
Espaces
en mclres cubes.
Coefficient par heure en litres d’air.
(iO
t!ooo
Au raisonnement qui a servi de base à ces calculs, Bertin-Sans objecte que l’air à introduire pour ramener l’air intérieur à 0,000b de CO2 contient déjà précisément cette proportion; par conséquent, peut bien diluer les 20b dix-millièmes de CO2 de cet air intérieur, mais en laissant nécessairement toujours la proportion au-dessus de b p. 10,000. Mais il y a probablement ici un malentendu, provenant de ce que Bertin-Sans regarde comme taux de l’air normal 0,000b de CO2 (qui est une proportion un peu forte), tandis que Layet a entendu par viciation normale 0,000b de CO2 surajoutés aux 3 ou 4 dix-millièmes qu’en renferme régulièrement l’air atmosphérique pur.
Quoiqu’il en soit, Ch. Herscher démontre très clairement qu’avec une ventilation de 60 mètres cubes à l’heure, la viciation de l’air esL la même, à quelques millionièmes près, au bout d’une heure, dans un local habité, que sa capacité soit de 4, de 10 ou de 20 mètres cubes par individu. La seule différence est qu’elle marche plus rapidement dans les quinze premières minutes dans le local de 4 mètres que dans celui de 10 mètres, et plus rapidement dans celui-ci que dans le local de 20 mètres pendant la première demi-heure. Il nous a semblé que le calcul au moyen duquel Bertin-Sans cherche à infirmer celui d’Herscher néglige un élément important du problème, à savoir, que le degré de viciation, à un moment donné, de l’air d’un espace ventilé, n’est pas du tout celui qu’aurait à ce moment l’air du même espace supposé clos. En effet, l’air de ventilation fournit, d’instant en instant, des fractions de celui qui sort du local; la marche de la viciation n’est nullement ce qu’elle serait dans un espace clos, et l’on ne saurait en juger simplement d’après la proportion de CO2 qui existerait dans un mélange de 60 mètres cubes d’air pur avec 4, 10, 20 mètres d’air vicié par une habitation d’une heure.
Le professeur Vallin a, depuis, confirmé le théorème de Herscher, dit aussi de Donkin (d’Oxford) et de Lenz (de Pétersbourg). Il en a même donné fort ingénieusement la démonstration expérimentale. Deux ilacons à tubulures, d’une contenance l’un de 1 demi-litre, l’autre de 2 litres, sonl remplis d’eau. La tubulure cen-
générale.] L'HABITATION, MILIEU RESPIRATOIRE. 365
Irale est surmontée cl’une pipette remplie d’une solution de bleu d’aniline, qui laisse tomber dans chacun des flacons 00 gouttes par minute (c’est la viciation intérieure). L’autre tubulure reçoit la longue branche d’un siphon qui lait passer par chaque flacon le même volume d’eau en un temps donné; ce volume s’écoule par un tube de trop-plein partant du fond du llacon (c’est l’image de la ventilation continue). Or la coloration, au bout de quelques minutes, est la même clans les deux vases et reste telle.
Du reste, nous blâmerons volontiers, avec Bertin-Sans, Layel, aussi bien qu’IIerscher et Vallin, les locaux à 4 mètres cubes par tête, parce qu’ils sont très difficiles à ventiler d’une manière continue. A CO mètres d’air introduit par heure dans un local de celle sorte, c’est remplacer quinze fois le volume d’air primitif. On risque fort, dans ces conditions, sinon de déterminer des courants d’air sensibles, au moins d’obliger l’air neuf à sortir aussitôt qu’il est entré, c’est-à-dire à ne pas se diffuser dans la masse où il y a des impuretés à diluer. Pour qu’un tel local fût salubre, il faudrait qu’il lui manquât deux des parois latérales en regard. Ce ne serait plus une habitation, et c’est ce que nous voulions démontrer.
Pour en finir avec ces calculs, auxquels il convient de ne pas attacher une importance exagérée, nous reproduisons encore la formule que Lang, Wiel et Gnehm ont empruntée à Seidel :
y = 2,302 58 m log - - ,
dans laquelle loçj signifie le logarithme des tables, que l’on trouvera comme différence de deux logarithmes : log (p — q) — log (a — q); m est le volume donné de l’air de la pièce; p sa proportion de CO2 p. 1000 au début; a la proportion de CO2 p. 1000 qu’il ne faut pas dépasser; q la proportion de CO2 de l’air frais; y le volume d’air frais qui devra être introduit pendant le temps déterminé pour empêcher la proportion p d’acide carbonique du volume m de dépasser la proportion a.
Sur ces bases, en prenant 0,7 p. 1000 de CO2 comme limite d’impureté de l’air, l’échange atmosphérique par heure devrait atteindre à 113 mètres cubes par personne; en se contentant d’une dilution de CO2 à 1 p. 1000, 43 mètres cubes; dans la situation la plus mauvaise, on ne pourrait exiger moins de 21 mètres cubes.
Mais l’on ne peut que répéter, avec les hygiénistes qui ont vu combien la complexité réelle des choses déroute les prétentions à l’exactitude de toutes les formules, que ces calculs ne sont rien de plus qu’une indication moyenne et générale. La pratique introduit à chaque pas des éléments que la théorie n’avait pas prévus. Cent blessés dans une salle ne font pas plus d’acide carbonique que cent individus sains; osera-l-on dire, cependant, que les premiers n’ont pas dix fois plus besoin d’air neuf que les seconds? La seule formule que les médecins et les chirurgiens puissent accepter est celle, bien plus rigoureuse encore dans le cas actuel, que l’on se plaît à redire en ce qui concerne l’eau : « Pour qu’il y ait assez d’air, il faut qu’il y en ait trop. »
On 1 a dit bien des fois et depuis longtemps, ce dont les mathématiques n ont pas soupçon : La quantité de l’air introduit par la ventilation ne résout point tout le problème; la provenance et la qualité de cet air ne sont pas moins décisives. Aussi, des hôpitaux parfaitement ventilés, dans les quartiers populeux des villes, peuvent-ils être médiocrement salubres pat ce fait qu il ne reçoivent, abondamment c’est vrai, qu’un air médiocre,
1 air animalisé du quartier. Bien plus, aujourd’hui que les établissements industriels se multiplient de jour en jour cl que les décisions des Gon-
!>60 DES ADMIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
seils d’hygiène les tiennent sévèrement à distance du centre des cités, la zone suburbaine elle-même devient suspecte, et tel hôpital, telle caserne, tel pensionnat, placé primitivement dans un milieu atmosphérique irréprochable, se trouve un jour, quelquefois sans que l’on y prenne garde, dans des conditions de ventilation qualitativement insuffisantes.
On lait bien de prendre l’air au centre des squares pour la ventilation des théâtres, de le faire passer sous une pluie d’eau finement pulvérisée pour le débarrasser des poussières ; mais ce n’est jamais que de l’air urbain. D’autres fois on va chercher l’air dans des couches déjà élevées audessus du sol, à 15 ou 20 mètres; pratique fondée sur la croyance à ■priori que les impuretés sont plus abondantes dans les couches qui rasent la terre. Le fait est que l’air le plus pur est entre 2 et 15 mètres. Il ne faut donc pas le prendre au ras du sol ; quant aux prises d’air à 15 ou 20 mètres de hauteur, je pense qu’elles s’ouvrent dans la zone d’évacuation des tuyaux d’évent, circonstance au moins suspecte dans les villes à fosses fixes. Il semblerait inutile de déconseiller l’air des caves, souvent influencé par les gaz du sol, s’il n’existait des installations réalisant cette mauvaise pratique. Enfin, il importe d’introduire de l’air frais (10 à 12°) et non de l’air surchauffé (30° et plus).
Règles générales. — L’une des premières est que l’air de ventilation pénètre dans les locaux d’une façon insensible et jamais sous forme de courant. On admet que la vitesse de 0m,50 par seconde est, à cet égard, un chiffre qu’il ne faut pas dépasser.
Pour satisfaire à cette condition, tantôt on fait monter les tuyaux d’arrivée de l’air verticalement dans l’épaisseur des murailles et s’ouvrir, à une hauteur supérieure à la taille d’un homme, par un orifice percé obliquement de telle sorte que la veine gazeuse soit poussée à la fois en dedans et en haut. L’air frais se diffuse donc d’abord dans les couches supérieures et son mouvement ne peut être perçu lors même qu’il entrerait avec une vitesse notable. D’autres fois on multiplie les orifices d’accès pour éviter de les faire trop larges ; ou bien on les garnit de plaques criblées de trous, qui brisent le courant, de grilles à fines mailles. Il est bon, dans tous les cas, de ménager aux orifices, ou’mieux dans la longueur des canaux d’arrivée, des registres qui permettent d’augmenter ou de diminuer à volonté la force du courant.
Le moyen le plus sûr d’éviter les courants d’air à l'intérieur est de faire que l’introduction soit au moins égale à l’évacuation, ou même prédomine sur celle-ci. Dans le cas contraire, on peut être certain qu’il y aura des courants, ne fût-ce que par les joints des portes et des fenêtres, circonstance particulièrement désagréable et fâcheuse. La traditionnelle ventouse de 0m,li x 0m,22, qui débite 20 à 30 mètres cubes d’air à l’heure est évidemment hors de proportion avec une cheminée évacuant de 400 à 500 mètres cubes (Bouvet).
En donnant aux orifices d’entrée et de sortie la plus grande section possible, on assure à l’air de ventilation la plus faible vitesse (Iludelo).
On ne saurait, du reste, fixer de règle invariable quant à la disposition
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respective des orilices d’entrée et de sortie, lludelo fait remarquer que, pour un même orifice d’introduction, la température de l’air du dedans, son humidité, la température de l’air de ventilation, la saison, le chauffage, la nature des parois, font varier l’étendue des bénéfices qu’on peut recevoir de la ventilation artificielle. Ainsi :
a. L’air entrant a la même température que celui de la salle. — Si l'orifice d’entrée est vertical, le courant se produira horizontalement en s’étalant rapidement vers le haut et vers le bas, à moins que l’orifice ne soit placé près du plafond ou près du plancher. Si l’orifice est horizontal (c’est-à-dire pratiqué dans le plafond ou dans le plancher), le courant aura une direction verticale, sa section s’accroissant latéralement dans tous les sens.
b. L'air entrant est plus chaucl que l'air intérieur. — Si l’oriüce d’entrée est placé au plafond, la force ascensionnelle dépendant de l’excès de température tendra à détruire la vitesse de l’air ; l’air chaud, restant à la partie supérieure de la salle, n’en sera déplacé que par l'air de ventilation, qui y arrive d’une façon continue ; il descendra donc lentement, par couches horizontales sensiblement isothermes, jusqu’à la partie inférieure, si les orifices de sortie y sont placés. Dans le cas où ceux-ci seraient également en haut, l’air chaud s’écoulerait immédiatement et il n’y aurait aucun renouvellement dans les parties basses de la pièce. — Si l’oriûce d’entrée est dans le plancher, la vitesse d’arrivée et la température, ainsi que réchauffement par la respiration des habitants agiront dans le même sens pour faire monter l’air. Que l'orifice d’évacuation soiLen haut, le courant s’y dirigera tout droit sans s’étaler et sans renouveler l’atmosphère intérieure. Si au contraire l’issue est également dans le plancher, l’air de ventilation n’y parviendra qu’après s’être étalé en haut, en cône renversé, et après être redescendu.
c. L'air introduit est plus froid. — Avec un orifice d’entrée au plafond, le courant et la différence de température le poussent également à descendre ; il arrive en bas plus ou moins vite selon que la différence de température est plus ou moins grande, la salle plus ou moins haute. Si les orifices d’évacuation sont régulièrement distribués sur la surface du plancher, les colonnes descendantes ont pu s’étaler et faire un bon renouvellement d’air. Souvent les personnes placées près de tels orifices ressentent désagréablement le courant d’air froid ; il vaut mieux reporter ces ouvertures à une certaine hauteur, l’air froid n’y parviendra qu’aprôs s être étalé sur le plancher et avoir opéré un renouvellement complet, sans manifester de courants énergiques.
Si, dans ce cas, les orifices d’entrée sont pratiqués dans le parquet, la différence de température combat l’impulsion initiale; l’air de renouvellement ne peut monter que poussé par celui qui arrive derrière lui. L aération, efficace si les orifices de sortie sont à la partie supérieure, reste limitée aux couches inférieures lorsque ces orifices sont également au ras du plancher.
Lorsque les orifices d entrée sont placés latéralement, le mouvement de 1 air prend la forme d une courbe, résultant à la fois delà vitesse horizontale
DES ABRIS ET DU VETEMENT
[Hygiène
avec laquelle il pénètre et de la force ascensionnelle due à la température.
Il en résulte, suivant Hudelo, que dans le cas (à éviter) d’arrivée d’un air chaud, on placera les orifices d’introduction à la partie supérieure de la salle et les orifices de sortie à la partie inférieure. C’est la ventilation d’hiver. Dans le cas de l’air froid, on disposera les orifices d’une façon inverse, à moins que la grande hauteur de la salle, la faiblesse du courant, le peu de différence do température entre l’air neuf et l’air du dedans, ne permettent de conserver la même diposition que dans le premier cas. C’est la ventilation d’été.
Du sens du courant de ventilation. — D’après ces considérations et, d’ailleurs, de par la nécessité des choses, le courant de ventilation est ascendant, descendant ou horizontal. Ce qui vient d’être dit permet déjà de soupçonner qu’aucune de ces directions ne peut être la règle et que, selon les circonstances, il peut y avoir un choix à faire. Voici d’autres raisons dont il faut tenir compte :
Dans les conditions les plus habituelles, l’atmosphère des locaux habités ne dépassant pas 20°, l’air expiré est plus chaud et, par conséquent, moins dense que l’air ambiant ; il tend donc à s’élever, au moins en ce qui concerne ses éléments gazeux. L’air le plus altéré chimiquement est donc plutôt dans les zones supérieures de la pièce, la bouche des humains dans une couche relativement pure et, quelle que soit la porte ouverte à 1 air extérieur, s’il n’est par lui-même plus chaud que l’air de la pièce, il se place naturellement en bas (zone froide) pour s’élever ensuite, à mesure qu’il s’échauffera à son tour par la respiration et la présence des individus. Les phénomènes naturels semblent donc indiquer la ventilation de bas en haut plutôt que l’inverse, que l’on appelle aussi « renversée ». On a dit encore avec raison (Hudelo) que l’air venant de haut en bas ramène l’air vicié des couches supérieures vers les personnes présentes et que par là, ces personnes se trouvant assez près de l’orifice d’évacuation, sur le passage de l’air expulsé, sont précisément toujours dans la couche la plus impure. C’est au point que parfois on a même fait arriver 1 air neuf et chaud, en hiver, par la partie inférieure des salles à ventiler. Enlin il est évident qùe, dans ce système, on lutte contre les forces naturelles, au lieu de les utiliser, que l’on se crée des difficultés et que l’on s impose des dépenses dont une bonne part est inutile. De fait, il existe à f aiis un certain nombre de locaux d’intérêt public, la salle du conseil d État, la Chambre des députés, qui ont la ventilation descendante , suivant « les idées paradoxales du général Morin » (Javal), et, malgré une dépense formidable, ne sont ni bien ventilés ni bien chauffés. Les hygiénistes de nos jours sont fort disposés à brûler ce que nous adorions naguèie et a abandonner la ventilation renversée, qui pourtant s appliquerait peutêtre à des cas particuliers et serait moins extraordinaire qu elle m paraît, si l’air introduit, comme cela doit être même en hiver, n est pas plus chaud que celui du dedans.
La ventilation de bas en haut, n’est pas sans reproches et réclame aussi des précautions. Si elle est un peu active, elle soulève les poussières
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du plancher et des couches inférieures. Mais, par-dessus tout, elle aboutit à « faire passer, dans la pièce à ventiler, un volume d’air nouveau dans un temps donné, en déplaçant le moins possible l’air vicié préexistant » (Ch. Joly). C’est par celte méthode que l’on court le risque d’obtenir de minces tilets d’air, d’ailleurs froids, courant tout droit de l’orifice d’entrée vers l'orilice de sortie, sans renouveler la masse d’air qui les entoure, sans se diffuser dans les locaux. On n’en sent les inconvénients nulle part mieux que dans ceux de nos théâtres qui sont ventilés par l’air chaud et par le « trou » du lustre ; l’air s’engouffre dans ce trou, et les spectateurs des loges reçoivent des courants glacés quand on en ouvre les portes, sans que l’intérieur de la salle soit aéré. Les architectes, qui avaient abandonné cette méthode, il y a vingt ans, y reviennent aujourd’hui (nouvel Opéra), par suite de la difficulté d’exécution du procédé Morin. Mais on n’échappe pas complètement aux inconvénients de l’autre. La ventilation ascendante, absolument conforme aux lois de la physique, convient dans la plupart des cas, pourvu qu’on lui impose un mode entièrement inoffensif. Ce mode peut être institué, comme nous le dirons.
La ventilation horizontale ne nous paraît en aucune façon mériter la réprobation à laquelle Bertin-Sans déclare la vouer. Le tout est de ne pas l’exécuter sous forme de courants d’air ; ce à quoi elle n’expose ni plus ni moins que les autres formes, pourvu que les différences de température ou de pression ne soient pas excessives entre l’air intérieur et l’air extérieur, et que la section des orifices d’entrée et de sortie soit exactement calculée. Le courant d’air qui se rend d’une ventouse latérale, située à 2 mètres de hauteur, aune autre ventouse placée en regard sur la paroi opposée, se met en courbe vers le sol ou vers le plafond, selon qu’il est plus froid ou plus chaud que l’air intérieur, et se diffuse assez largement, si sa vitesse reste dans la règle. En définitive, c’est la façon dont s’opère la ventilation continue de nos demeures par les parois perméables, puisque nous avons admis que les murs extérieurs, verticaux, doivent posséder cette perméabilité, que nous refusons absolument aux cloisons horizontales. C’est surtout le mode de la ventilation intermittente — et excellente (si ce n’est la meilleure de toutes) — par les fenêtres des habitations privées ou collectives, lesquelles ne sont jamais bien aérées, si elles n’ont pas de fenêtres en regard les unes des autres.
Les orifices d entrée de 1 air pur, suivant Herscher, doivent être le plus près possible des individus qui vicient l’air. La règle est bonne, si l’on suppose, comme Herscher, que 1 air vicié s’en ira tout seul par la partie supérieure. Mais si 1 on applique un procédé d 'extraction, la règle ancienne redevient rationnelle : que les orifices de sortie soient au plus près des cndioits où il existe des causes spéciales de viciation. Les orifices d’arrivée ne doivent jamais être une cause d’incommodité pour les personnes qui
en sont voisines, soit par la vitesse du courant, soit par la température froide ou chaude.
L air introduit par n importe quel procédé se refroidit, en hiver, en glissant le long des parois vitrées, par lesquelles le calorique se transmet aisé-
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ment à l’extérieur. Les personnes placées près des fenêtres remarquent désagréablement qu’il leur descend un courant froid sur les épaules. On pare à cet inconvénient par l’emploi des doubles vitres; on peut môme faire passer de l’air chaud entre les deux parois de verre, et plutôt de l’air d’extraction que de l'air neuf, pour éviter une perte économique. Aujourd’hui, comme nous le dirons, il y a une tendance à porter le chauffage précisément sur ces points d’élection du refroidissement; l’air d’entrée luimême est décrudi au passage, par la rencontre des tuyaux de distribution de la chaleur.
La vitesse des courants de ventilation, lorsqu’elle est exagérée, et elle l’est quand elle est perçue par les habitants, dépense inutilement du travail et, de plus, est une cause de déperdition de chaleur en hiver.
Il doit y avoir une conduite d’air spéciale à chaque étage et môme à chaque pièce. Autrement il pourrait arriver qu’un des compartiments prît une large part de ce qui doit revenir à son voisin. De même les tuyaux d’évacuation doivent être séparés le plus possible et ne se réunir en un canal commun qu’à l’endroit où tout l’air expulsé est rejeté dans l’atmosphère. Plus ce réceptacle est loin et court, moins il y a de chances de retour d’air vicié d’une pièce dans l’autre.
Malgré la solidité des principes qui viennent d’être posés, il serait oiseux et trompeur, en raison île diverses circonstances que nous avons fait pressentir, de chercher à se rendre compte de la puissance d’un système de ventilation, en mesurant, aux orifices, comme on le faisait autrefois, la quantité d’air qui entre dans une pièce ou qui en sort. Ce sont les déplacements intérieurs de l’air, la diffusion, la perfection du renouvellement ou, au contraire, les points morts, qu’il faudrait pouvoir reconnaître et apprécier. Malheureusement, ni les anémomètres, ni l’observation de la flamme d’une bougie, ni les ballonnets d’hydrogène ne donnent, à cet égard, d’indications exactes (Hudelo).
Des différentes espèces de ventilation. — Il n’y a que deux sortes de ventilation; la ventilation naturelle et la ventilation artificielle. Encore diffèrent-elles moins qu’on ne pourrait croire, car la seconde utilise souvent des forces naturelles, qui sembleraient réservées à la première. Nous pensons que l’on peut appeler naturelle toute ventilation qui n’emploie pas d’appareil spécialement disposé pour cet effet; toute autre est artificielle.
I. Ventilation naturelle. — La ventilation naturelle est incontestablement celle qui se fait à travers les parois de nos demeures, grâce à leur porosité, et par les joints des portes et des fenêtres, grâce à l’écartement à peu près fatal qui s’opère quelque part entre le cadre et l’opercule mobile. Dans l’un et l’autre cas, il va sans dire que c’est la différence entre la température intérieure et l’extérieure qui est la raison physique des échanges gazeux. La combustion de 1 kilogramme de bois peut ainsi appeler 100 mètres cubes à l’heure (Morin). On voit déjà que les cheminées d’appartement complètent le circuit.
On ne peut faire de difficulté contre l’adjonction, à celle ventilation tout
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à fait automatique et par conséquent naturelle, de celle qui s opère par 1 ouverture des portes et des fenêtres. En effet, d’ordinaire, les portes et les fenêtres ne sont pas faites, primitivement au moins, en vue de la ventilation, et la moitié du temps ce n’est pas dans ce but qu’on les ouvre; si bien que la ventilation se produit en réalité à la faveur de cette ouverture, mais à l’insu des habitants.
Il va sans dire que c’est encore une ventilation naturelle, car elle est bien imprévue par les constructeurs, que celle qui s’effectue, malencontreusement d’ailleurs, par les fissures et crevasses accidentelles que les murs subissent parfois, à la suite de l’âge ou autrement, par les longues fentes que les planches des baraques ne tardent pas à présenter, sous l’action des alternatives climatiques. Il est clair enfln que c’est toujours une ventilation naturelle, lorsque la propulsion de l’air par le vent s’ajoute à la pression provenant de la différence de température.
Ventilation à travers les parois. — Cette ventilation est constante, à moins que les parois de nos demeures ne soient à dessein revêtues d’enduits imperméables. Elle aurait une très grande valeur si l’on pouvait en apprécier le rendement et surtout si celui-ci restait invariable, au lieu d’être subordonné à l’assèchement des matériaux de construction, aux oscillations de température, à la force et à la direction du vent (Voy. page 384).
Le vent l’influence considérablement (Lang). S’il arrive perpendiculairement sur les murs, ce qui est rare, il donne à la ventilation de porosité son maximum d’effet; s’il donne en sens contraire de la façade exposée, il ventile par appel, en diminuant la pression. D’ailleurs on conçoit que cette ventilation se constitue le plus ordinairement d’un courant double, introduisant de l’air et en expulsant; supposons que l’air extérieur soit plus troid que l’air intérieur, le courant d’entrée est en bas et le courant de sortie en haut; s’il y a une cheminée dans la pièce, elle devient naturellement l’orifice de sortie. Peut-être qu’elle pourrait aussi, en été, devenir orifice d’entrée et amener une odeur de suie dans l’appartement.
Les fentes accidentelles jouent évidemment le même rôle que les pores des matériaux; mais elles ventilent d’ordinaire beaucoup moins et surtout beaucoup plus désagréablement; elles donnent accès à des filets d’air rapides et froids, l’idéal du courant d’air.
La ventilation de porosité est celle des habitations qui n’en n’ont pas d autre, et il ne faut peut-être pas la dédaigner pour les maisons particulières, celles des pauvres spécialement. Ceux-ci bénéficient de leur médiocrité, qui ne leur permet pas la peinture à l’huile, en dedans ou en dehors de leurs demeures. Elle a de grands avantages, quand elle existe. Cette infinité d ouvertures microscopiques par lesquelles l’air neuf pénètre équivaut aux vastes orifices d’entrée pour rendre insensible la vitesse du courant. La lenteur du cheminement de l’air dans les parois lui permet de prendre la température de celles-ci, qui est également assez rapprochée de celle de l’intérieur; en tous cas, lorsqu’on a échauffé les murs, pendant hiver, 1 air qui les liaverse n arrive pas froid dans les appartements. Ce sont là précisément des conditions que doit remplir une ventilation artificielle bien entendue et exécutée.
DES AlilUS ET DU VÊTEMENT.
Toutefois, il convenait grandement de se rendre compte de la portée réelle de celte sorte de ventilation. Nous avons déjà vu (pag. 520) que, d’après Mârker, avec une faible différence de température entre le dedans et le dehors, il peut passer plusieurs mètres cubes d’air à l’heure par chaque mètre carré de muraille. Les chiffres de Marker ont été trouvés trop forts. Schürmann les réduit à 0mc,257 pour la brique cuite; 0,498 pour les grés; 0,510 pour l'argile ; 0,047 dans le tuf calcaire; 0,869 dans les moellons calcaires. L’estimation de Pettenkoffer était de 0mo,400 pour la chambre dans laquelle il a fait ses expériences, soit 8 mètres cubes à l’heure à travers un mur de 5 mètres de long sur 4 de hauteur. Si l’on suppose ce mur appartenir à une chambre de 5 mètres de profondeur, c’est-à-dire cubant 100 mètres cubes, on voit que, dans les conditions déterminées, le renouvellement de l’air pourrait se faire environ deux fois par jour; ce n’est guère, mais c’est déjà quelque chose pour une habitation particulière, et ce serait mieux s’il y avait du vent sur l’un des deux murs qui peuvent respirer, la pression du vent aidant nécessairement la pénétration de l’air. lien serait de même avec un grand excédent de température intérieure.
Les expériences de Hudelo et Somasco ont fourni àEm. Trélat des conclusions moins favorables. Les résultats obtenus par les premiers se résumaient ainsi qu’il suit :
1° Les quantités d’air qui passent à travers les murs ou à travers les matériaux sont sensiblement proportionnelles aux pressions qu’elles subissent;
2° Le passage de Pair à travers les matériaux perméables est faiblement modifiée par l’épaisseur traversée. Dans le même temps et sous la même pression, une pierre de liais laissera passer :
Avec une épaisseur 1 Air 4
D’où l’on peut inférer qu’avec des malériaux perméables, on peut accroître l’épaisseur des murs sans réduire notablement le volume de l’air qui les traverse.
3° Sous des pressions variant entre 1 et 30 millimètres d’eau, une paroi de pierre tendre de 0m,50 d’épaisseur laisserait passer, par mètre carré et par heure, des quantités d’air variant entre 12 litres el 350 litres;
4° Quand les matériaux perméables sont mouillés, ils ne laissent guère passer que les 0,4 ou les 0,5 de Pair qu’ils laissent passer quand ils sont secs (Hudeloi,
5° Les ciments sont très peu perméables. Les marbres et les bois (dans le sens perpendiculaire aux fibres) ne sont pas perméables sous les pressions qui ne dépassent pas 30 millimètres d’eau. Le plâtre sec, qui laisse passer 1 air à peu près comme le calcaire très tendre, est protégé et rendu presque imperméable par deux couches de peinture à l’huile (Somasco).
Sur ces bases, Ém. Trélat calcule qu’un vent équivalent à la pression de 30 millimètres d’eau, et qui serait une tempête, ne ferait entrer a l’heure que 5m3,862 d’air, à travers un mur d’une surface de 1 , / 5 (dé-
duction faite des fenêtres), appartenant à une pièce de 120 mètres cubes de capacité. Dans les conditions ordinaires, c’est-à-dire avec un vent faible ou nul, c’est assurément « une ressource nulle ».
Malgré notre confiance dans les mathématiciens et les ingénieurs, nous hésitons à admettre cette nullité de la ventilation interstitielle fIu' 110 serait nullement, d’ailleurs, la condamnation des parois perméables, puisqu’elles ont d’autres avantages. — En fait, nous pouvons, jusqu a plus
générale.