DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
La sixième cause qui fait fumer les cheminées réside dans l’action du soleil el des vents directs ou réfléchis. On y pare au moyen des capes à vent décrites plus haut (page 578).
Enfin une dernière cause est spéciale aux cheminées ventilalrices, combinant le chauffage par l’air chaud avec le rayonnement, et aux calorifères. Quand il y a autour ou au-dessous d’un foyer un espace dans lequel l'air à déverser dans la pièce doit s’échauffer, si la communication n’est pas rigoureusement interdite entre cet espace et le tuyau de fumée, il peut se faire que l’air échauffé soit aspiré dans celui-ci ou qu’inversement les gaz brûlés soient attirés dans l’espace de chautre, selon l’intensité relative des appels. Le premier cas n’a que l’inconvénient d’une perte de combustible ; il se présente avec les grands calorifères à puissant tirage, quand les joints des tuyaux et gaines ne sont pas tout à fait étanches. Mais, dans les cheminées ventilatrices eL les poêles ventilateurs, il peut arriver que la vitesse d’écoulement de l’air brûlé soit très faible, par étroitesse du tuyau ou ventilation insuffisante, et que la vitesse d’écoulement de l’air échauffé soit plus grande ; le second cas se présentera, si les joints ne sont pas absolument étanches, et le grave inconvénient de la pénétration de gaz asphyxiants dans la pièce habitée aura lieu. La cause du mal indique suffisamment le moyen d’y obvier.
Malgré les objurgations des physiciens et des calculateurs qui ne visent qu’à l’économie, on ne remplacera pas les cheminées en France par le chauffage « triste et peu salubre » (Ch. Joly) des peuples du Nord. Ce serait un véritable malheur pour l’hygiène, et il n’est pas sûr que l’art et le confort n’y perdent également; la cheminée est un meuble et peut être une œuvre de goût. Il y a donc toutes sortes de bonnes raisons pour chercher à lui donner toutes les améliorations dont elle est susceptible.
Envisageons d’abord la perte de combustible. L’ouverture d’une cheminée ordinaire, à foyer carré, accolée à la muraille, laisse arriver dans l’appartement à peu près le quart de toute la chaleur rayonnnée par le combustible. Mais déjà cette chaleur rayonnée n’est que le quart de la chaleur dégagée par le bois, la moitié pour la houille et le coke. La chaleur utilisée n’est donc que de 6 p. 100 (bois) à 12 p. 100 de toute la chaleur produite.
Les dispositions prises par les divers constructeurs pour obvier à l’excessive dépense de combustible se résument en : 1° celles qui ont pour but de rendre le rayonnement plus étendu et plus efficace; 2° celles qui le complètent par l’air chauffé à l’aide du foyer et de son tuyau de fumée.
Pour atteindre à la première condition, Joly conseille d’arrondir les angles du foyer, d’incliner en avant le bord supérieur de la paroi du fond, de manière à supprimer les rayons qui se dirigent inutilement en haut, et surtout de faire entrer par-dessous le foyer l’air d’alimentation du feu, préalablement chauffé par sa circulation dans l’appartement. On était arrivé autrement à obtenir des effets de chauffage plus accentués, à l’aide « des cheminées à la prussienne » ou cheminées-poêles, qui combinent le foyer ouvert au poêle, le rayonnement lumineux au rayonnement sombre. En Angleterre, où le bon marché de la houille et les habitudes nationales font conserver la cheminée et la grille à charbon, on s’est efforcé d aider au pouvoir rayonnant par des surfaces polies, en même temps qu on
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alimente le foyer par-dessous. La figure 130 montre un des perfectionnements appliqués à la grille classique.
Un moyen tout indiqué, c’est d’avancer notablement la cheminée dans la pièce, comme le faisaient nos pères. Rumford, en 1796, appliqua cette idée à la cheminée qui porte son nom et dont les principes sont les suivants : le passage de l’âtre à la cheminée n’a que 12 à 17 centimètres d ouverture, pour diminuer le tirage et rendre la combustion plus complète. La largeur de la paroi postérieure est égale à la profondeur du foyer et elle ne représente que le tiers de l’ouverture du chambranle; les parois latérales forment avec ce dernier un angle de 43°, pour réfléchir vers l’intérieur de l’appartement la chaleur qui, dans les foyers carrés, s’échappe par la cheminée.
La grille est reportée le plus possible en avant, mais elle se trouve encore sous le tuyau de fumée.
Les parois sont composées de matériaux mauvais conducteurs et revêtues de carreaux émaillés. 11 ne manque à ce système que d’assurer un orifice d’entrée à l’air; il ventile par extraction, & tle reproche qu’on lui fait de ne pas introduire d’air chaud est précisément son mérite. Bronzac a rendu le foyer mobile et susceptible d’être avancé ou reculé dans la pièce.
Franklin (1745) avait imaginé de disposer comme une S. couchée le tuyau d’évacuation des gaz; dans la première anse se trouvait une gaine verticale avec une bouche de chaleur à sa partie supérieure et communiquant avec une prise d’air extérieure; c’est déjà un essai d’introduction méthodique d’air chaud; mais la seconde anse et la dernière branche verticale de l’S chauffaient seulement la paroi enveloppante de la cheminée. En 1793, le marquis de Monlalembert répéta d’une façon plus expresse et plus exclusive cet échaufi’ement d’une maçonnerie par le tuyau de fumée replié plusieurs fois sur lui-même. Il semble que le résultat dut être cet emmagasinement de chaleur dans la paroi et ce rayonnement obscur, mais très doux, d un mur chautlé, en briques ou en pierres, que l’on ne saurait qu’approuver et qui est justement un des mérites et une compensation du chauffage par les cheminées.
Les cheminées modernes visent toutes à ajouter au foyer ouvert le chaulfage de 1 air par contact et la combinaison de la ventilation avec le chauffage. Cet effet, d ailleurs regrettable, est obtenu par l’enveloppement du foyer et du tuyau de fumée dans une deuxième gaine où vient s’ouvrir le canal, pratiqué sous le plancher, qui prend 1 air à 1 extérieur ; l’air, échauffé par contact, se déverse dans 1 appai tement a une certaine hauteur et revient encore chaud, après avoir servi à la respiration, alimenter le foyer. « La section des ventouses, dit Joly, doit être combinée de (elle sorte que I air neuf introduit fasse équilibre à l’air ascendant de
Fig. 130. — Grille.
636 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. [Hygiène
la cheminée. » Or, dans les pièces ordinaires, pour faire passer 100 mètres cubes par kilogramme de bois brûlé, il faut une ouverture circulaire de 3,5 à 4,5 déci-
Fig. 132. — Cheminée (système V. Cli.-Joly). Coupe latérale.
mètres carrés au tuyau de cheminée; 7 ûécim. carrés au plus, tant qu Ç11 'eul faire en poterie. Si l’on admet que la cheminée brûle 2 kilogrammes a mure, e
Fig. 131. — Cheminée (système V.-Ch. Joly). Élévation.
générale.] L’HABITATION, MILIEU THERMIQUE. 037
évacue 200 mètres cubes, il est évident que ce volume d’air ne peut passer aisément et sans vitesse exagérée par une ventouse de 0m,20 sur 0m,10, comme on en fait souvent, avec cette circonstance aggravante que la grille qu’il faut placer à l’ouverture rétrécit de moitié l’orifice réel. Avec une ventouse de 0m,30 sur 0m,20 et une vitesse de 1 mètre à la seconde, il passe par heure 0n"i,0G X 1 mètre X 3600" = 216 mètr. cubes.
On s’y est pris de différentes façons pour assurer et étendre le contact de l’air à chauffer avec les surfaces chauffées par le foyer. Tantôt on a donné au tuyau de fumée des inflexions multiples; tantôt on fait passer l’air extérieur dans un ensemble de tubes situés en plein foyer, verticaux (Leras, 1855) ou recourbés ou encore inclinés; cette dernière disposition caractérise la cheminée Fondet, naguère en vogue, et à laquelle on reproche aujourd’hui de carboniser l’air et de ne pas ventiler suffisamment; tantôt on établit une véritable chambre de chauffe au-dessus du foyer, et l’on arme la surface de chauffe (métallique), de nervures , qui ont le double avantage de multiplier cette surface et d’empêcher le métal de rougir. Ges deux dernières dispositions, avec quelques autres, avantageuses aussi, distinguent la cheminée Joly (fig. 131).
« Le foyer Joly (fig. 131 à 133) se compose d’une enveloppe en fonte occupant les trois faces de l’àtre et ayant en section horizontale la forme d’un trapèze dont les angles sont arrondis ; les trois faces se réunissent à la partie supérieure, en se rétrécissant et y réservant un orifice rectangulaire pour le départ de la fumée. Cet orifice communique soit directement à la cheminée, soit à un coffre ou tambour supérieur muni de chicanes mobiles destinées à former une surface de chauffe utilisable, représentée en coupe dans la figure 131. La partie supéi ■ieure du coffre en fonte formant le foyer proprement dit est munie [de cannelures destinées à augmenter la surface de chauffe, et la partie extérieure de la coquille est munie de
Fig. 133. Cheminée (système V.-Cli. Joly). Coupe du foyer.
nervures qui non seulement augmentent la surface de chauffe, mais encore ont l’avantage d’abaisser la température de la surface de chauffe en contact avec l’air neuf. Le conduit d’air neuf établi dans le plancher est de large section et débouche dans la partie qui entoure la coquille (en fonte). L’appareil est muni d’une trappe mobile qui permet de régler le tirage. » (Péclel-Hudelo.) Il est d’ailleurs facile à installer, à déplacer et à ramoner.
Ce genre de cheminée n’a pas seulement reçu les éloges de son inventeur, mais ceux des hommes les plus compétents. La cheminée Wazon parait aussi construis d’une façon rationnelle. L’inventeur a fait partir le conduit récupérateur, unique, d’une seule ouverture pratiquée au bas du dossier de la grille du foyer découvert; celte disposition oblige les gaz brûlants et la fumée à passer sur le combustible en ignition et rend la cheminée fumivore; l’effet utile serait de 75 p. 100. La première partie est entourée par le tuyau de cheminée ordinaire, pour prévenir le dégagement d’oxyde de carbone au contact de la fonte rougie. Un agencement ingénieux du coffrage d’air pur et un jeu de soupape se réglant par de simples tours de clefs permettent : 1° de chauffer la pièce sans ventilation; 2° de régler instantanément le volume et la température de l’air entrant; 3° de régler instantanément le volume et le sens d’extraction, par en haut ou par en bas, de l’air vicié. Un détail nous inquiète; c’est précisément le règlement des soupapes, dont l’opportunité et le sens sont abandonnés aux hôles des appariements. Mais la cheminée Wazon permet de ne chauffer que très peu ou point du tout l’air entrant; c’est une supériorité que la cheminée Joly n’atteint pas au même degré.
Nous ne reviendrons pas sur les cheminée s ventilatrices dont il a été question, page 581.
Poêles simples. — Ce sont des appareils que l’on peut aisément établir dans un point central des pièces à chauffer. On les fait en tôle, en fonte, en faïence ou en briques. Ils chauffent par rayonnement obscur, mais pour une part aussi par contact et convection, car l’air s’échauffe en passant à la surface du poêle allumé, s’élève par diminution de densité, s’étend horizontalement et redescend le long des parois de la pièce.
Les poêles en métal s’échauffent vite, à un haut degré, et se refroidissent de même; les poêles en faïence s’échauffent lentement, mais conservent longtemps le calorique emmaganisé. D’où l’indication de chauffer lentement et d'une façon continue les premiers, tandis qu'il est bon que la combustion soit vive dans les seconds, et précède l’arrivée des habitants dans la pièce.
Les poêles en métal refroidissent plus la fumée que les poêles en faïence ou en maçonnerie, parce que les métaux conduisent mieux la chaleur; aussi les poêles en terre cuite doivent-ils avoir plus de volume et plus de surface de chauffe que les premiers.
Les poêles en briques ou en faïence chauffent davantage par rayonnement; les autres par contact.
Les poêles de céramique à parois minces cèdent, par heure et par mètre carré de surface de chauffe, 1000 à 1500 calories; moins, quand leurs parois sont épaisses. Les poêles métalliques donnent 1500 à 2,500 calories par heure et par mètre carré. La présenee d’ailettes augmente le rendement de 000 à 1000 calories (Putzeys).
Il est probable que les poêles les plus anciens ont été faits en briques, comme on les voit encore dans le Schwarzwald (c’est le vieux Kachelofen des Allemands),
générale.] L’HABITATION, MILIEU THERMIQUE. 639
ou même en plaques de grès ; il en existe encore de ceux-ci à l’hôpital des fous du canton de Zurich. Le poêle de faïence est évidemment un raffinement moderne ; on le modifie d’ailleurs de plus en plus en lui enlevant sa tournure massive et son épaisseur pour y substituer un appareil plus dégagé, à parois minces. Très salubres en ce qu’ils ne modifient pas sensiblement l’air des appartements, ces divers poêles céramiques ou en maçonnerie sont de grands consommateurs de bois.
Les poêles de tôle ou de fonte, très répandus aujourd’hui, sont peu coûteux, mais beaucoup moins inofiensifs que les précédents. C’est le chauffage des pauvres, et cette circonstance justifie l’intérêt que Coulier lui portait. 11 se trouve, d’ailleurs, fort heureusement, que certaines graves accusations que les poêles de fonte avaient encourues sont mal fondées. Nous avons dit (p. 613), ce qu’il en est de la dessiccation de l'air et comment on y remédie. Nous pensons, d’ailleurs, que les poêles dessécheraient infiniment peu s’ils étaient secondés par la ventilation; si, par exemple, on leur donnait une large ouverture de foyer et que l’on mit une gaine d'évacuation autour de leur tuyau, en assurant d’autre part l’entrée d’air frais. Quant aux dangers dont ces poêles menaceraient leurs clients par l’oxyde de carbone, ils pai’aissent s’être évanouis. j
Les poêles de fonte, à une température élevée, permettent l’issue de l’oxyde de carbone (par porosité) dans la pièce et peut-être même sa production à la faveur du charbon contenu dans le métal. Le fait que la fonte rougie devient perméable à l’oxyde de carbone, signalé en 1863 par Carrel (de Chambéry), puis par Sainte- Claire Deville et Troost, confirmé par Morin, Urbain, Gréhant, n’est pas contestable. La réalité de sa production dans les parois mêmes est indiquée par cette observation dePéclet qu’un enduit de plombagine augmente la quantité de CO dans l’atmosphère intérieure. Pour l’hygiène, la question est de savoir si cet accident se produit fréquemment et dans des proportions assez larges pour être une cause de danger ; c’est ce que Coulier révoquait en doute. Les expériences de Gruber lui ont donné raison (voy. p. 613). A moins d’accidents, le chauffage ne met pas d’oxyde de carbone dans l’air des appariements ou n’en met pas assez pour qu’il soit dangereux. Ceci, toutefois, n’est pas applicable au x poêles mobiles, dont il va être question.
L'anémie des gens chauffés au poêle de fonte pourrait provenir de l’insuffisante ventilation plutôt que de l’oxyde de carbone.
La production de CO peut être évitée en ne portant pas au rouge le poêle de fonte ou en construisant des poêles en tôle, ce qui est médiocre si l’on n'a pas recours à la double paroi, ou mieux, en doublant le métal, à l’intérieur du foyer, de pierres ou de briques réfractaires.
Les poêles métalliques carbonisent les poussières organiques de l’air qui passe au contact de leurs parois. C’est encore un fait certain et auquel il n’est pas téméraire de rapporter une part de la mauvaise odeur de l’atmosphère dans les appartements ainsi chauffés. Wiel et Gnehm recommandent de faire le poule plus haut que large pour éluder la précipitation des poussières, tandis que Wolpert le voudrait plus large que haut, attendu que le chauffage tend toujours trop à se faire sentir vers la tête plutôt que sur les pieds des humains. 11 est probable que les mouvements de l’air amèneront les poussières, meme au poêle de haute taille. Nous préférons
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les moyens appropriés à modérer réchauffement des parois métalliques et surtout l’auxiliaire d’une bonne ventilation.
Fig. 134. — Poêle parisien pour salle à manger.
En France, on use dans quelques salles à manger, de poêles en briques et fonte, dont la forme est d’ordinaire celle de la figure 134. Le foyer est entouré de tuyaux de fonte qui s’ouvrent en bas à la base du poêle et en haut dans une cage en briques, où
se réunit l’air chauffé dans les tuyaux pour s’échapper par des bouches de chaleur.
En donnant des inflexions diverses au tuyau de circulation des gaz brûlés, en leur faisant parcourir un certain espace dans l’appartement, on réalise des types variés de poêles qui donnent une fraction plus ou moins grande de la somme possible d’effet utile. L’usage de registres et de clefs permet de modifier l’activité de la combustion selon le besoin. Ces registres doivent être en avant du foyer.
Le poêle, d\i calorifère français, de la maison Genesle- Herscher,a pour but d’atténuer l’intensité du rayonnement, de pourvoir à la siccité de l’air et d’emmagasiner de la chaleur. Il est muni (fig. I3o) d’un foyer garni de terre réfractaire, qui empêche la fonte de rougir au voisinage du feu. Ce foyer repose sur un socle formant cendrier et portant un vase annulaire qu’on peut remplir d'eau. 11 est surmonté de plusieurs bagues annulaires en fonte, munies de nervures verticales qui multiplient la surface de chauffe.
Fig. 135. — Calorifère français.
générale.] L’HABITATION, MILIEU THERMIQUE. 041
Cet appareil peut se placer dans l’appartement ou au-dessous et être revêtu d une double enveloppe avec prise d’air extérieure, ce qui le fait rentrer dans la catégorie dont nous parlerons plus loin et dont le modèle figure 134 est déjà lui-même une ébauche.
Wolpert, qui décidément ne partage pas l’affection générale parmi ses compatriotes pour le chauffage à l’air chaud, a construit un « poêle à chambre de rayonnement » ( Strahlenraumofen ), à enveloppe, comme les autres, mais disposé de façon à utiliser le plus complètement possible le rayonnement de chaleur fourni par le coke que l’on y brille. On le fait d’ailleurs aussi sans enveloppe.
Poêles mobiles. — Nous comprenons sous ce titre toute une classe de dangereux appareils, calorifère Phénix, calorifère Mousseron, poêle Américain, poêle Chouberski, portatifs, sans tuyau ou munis d’un tuyau très court, destiné à être mis en communication avec une cheminée, mais dont le tirage reste nul si la cheminée elle-même tire mal, soit par défaut de construction, soit parce que la température reste basse dans son intérieur.
Le poêle américain consiste en un cylindre à double enveloppe, dont l’intérieur est occupé par une colonne de coke en petits fragments et dont l’autre partie, qui communique par le haut avec la première, laisse redescendre les gaz provenant de la combustion jusqu’à un tuyau de sortie, fixé assez bas dans les flancs du poêle et mis en communication avec une cheminée ordinaire d’appariement. Le cylindre se charge par la partie haute et est ensuite bouché au moyen d’un couvercle pesant qui s’enfonce dans une rainure de sable fin. On allume le poêle en plaçant dans le conduit, à la base de la colonne de coke, une pelle remplie de charbon de bois incandescent (E. Boutmy). Dans ces conditions, le tirage est assez faible pour que le coke brûle très lentement; s’il était fort, le poêle deviendrait rouge. Mais justement, ce faible tirage, qui fait l’économie de l’appareil, assure une combustion incomplète du coke et le retour de CO2 produit à l'état d’oxyde de carbone. Au sortir du tuyau du poêle américain, selon Boutmy, les gaz sont :
Volume
Oxyde de carbone 16,7050
Acide carbonique 9,3400
— sulfureux 0,0004
Azote, hydrogène, vapeur d’eau 73,9546
Total 100,0000
L'oxyde de carbone peut refluer dans l’appartement si, pour une raison ou pour une autre, il y a refoulement des gaz dans la cheminée. Il s’échappe même par la rainure du couvercle, si la couche de sable n’est plus suffisamment épaisse. C’est là un engin dangereux qui a déjà fait des victimes, quelques-unes éclatantes, ainsi qu’il résulte des communications de Le Roy de Méricourt, Lagneau, E.-R. Perrin, Mathelin, à la Société de médecine publique, de celle de Henry de Boyer, etc. Le Conseil d'hygiène de la Seine a rédigé (1880) une Instruction sur le mode de chauffage des habitations, dans laquelle sont particulièrement visés les poêles mobiles. Nous eussions préféré la réprobation pure et simple. Peut-être subissons-nous le contrecoup de nos habitudes flamandes, avec le chauffage généreux au feu flambant de charbon de terre; le fait est que, quand nous descendons, en hiver, chez quelqu’un de nos amis à Paris, nous sommes frappé de l’air lugubre que donne à une chambre cet appareil économique et sans regard, et que l’atmosphère de la pièce nous semble lourde et énervante. Les Parisiens, sans doute, sont faits à cet air fade et à l’anémie.
Les recherches de Vallin ont montré que la température des locaux chauffés au Arnould, Hygiène. 2e êdit. 41
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[Hygiène
poêle mobile esl exagérée, 18 à 19° dans une chambre dont la porle était entrebâillée de 20 centimètres. D’autre part, « dans un poêle mobile du modèle ordinaire, le tirage ne fait arriver au foyer, que 4 mètres cubes d’air par kilogramme de coke brûlé, alors que cette quantilé de combustible exige au moins 9 mètres cubes d’air pour que tout le carbone soit transformé en acide carbonique. I! n’est donc pas étonnant que l'on trouve dans le tuyau de fumée une quantité énorme (10 p. 100) (l 'oxyde de carbone ». Il ne l’est pas davantage que l’air de la pièce soit fade et lourd; le poêle en évacue à peine.
Godefroy (de Versailles), a proposé d’ajouter au poêle mobile un second tuyau qui introduirait assez largement l’air de la cheminée dans l’appareil pour y provoquer du tirage. Nous ne croyons pas que ce perfectionnement se soit répandu. Il ne peut même pas l’être; car il mettrait le poêle constamment en grande marche, c’est-à-dire qu’il le ferait rougir et surtout diminuerait l’économie de combustible qui est son seul mérite.
Poêles à double enveloppe. — Ils ont tout d’abord pour but d’amoindrir l’intensité du rayonnement. On remplit quelquefois de sable l’espace intermédiaire aux deux parois. Mais l’on s’est aperçu que le plus sûr moyen d’atténuer le rayonnement est d’introduire dans les parois du poêle, entre deux enveloppes, de l’air en mouvement ; de là à utiliser cet air, échauffé par contact, pour le chauffage même et pour la ventilation, il n’y avait qu’un pas à franchir.
Le poêle de Walker réalisait avantageusement la conception du poêle à double enveloppe, sans chauffage par déversement d’air chaud. L’air extérieur n’est dirigé que sur le foyer; seulement les gaz brûlés circulaient entre le cône à charbon et l’enveloppe de tôle, avant de s’échapper. Le poêle de Meidinger, au contraire, fait passer de l’air entre les deux enveloppes pour le rendre à la pièce à chauffer. Cet appareil, qui a été construit pour une expédition polaire, a servi de point de départ aux nombreux modèles de poêles à double paroi (Mantelôfen) qui existent aujourd’hui en Allemagne.
« Il se compose esserftiellemenl (fig. 136) d’un cylindre en fonle dont la surface esl munie de nervures, d’un socle en fonle el d’un double manteau en tôle. Le cylindre central est composé de plusieurs anneaux dont l’inférieur repose sur une plaque de fer et présente le col obliquement ascendant. A son entrée, le col, desliné à conduire l'air au foyer, possède une porte de réglage fermant hermétiquement. L’anneau cylindrique supérieur reçoit le tuyau de fumée; il est fermé par un couvercle dont une moitié, comme la partie correspondante du couvercle du manteau, peut être relevée pour le chargement. Le manteau intérieur ne répond pas à toute la hauteur du poêle; il a pour but de protéger contre la chaleur rayonnante du cylindre où s’opère la combustion. L’enveloppe extérieure entoure la totalité de ce cylindre. L’air de la chambre pénètre à travers les ouvertures du socle dans l’espace compris entre les deux enveloppes, s’échauffe et s’échappe en haut, parles orifices du couvercle qui termine le manteau extérieur. » (Putzeys.) C’est donc la un appareil de circulation, chauffant toujours le même air, par conséquent inférieur encore aux poêles Péclel.
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On peut y brûler du coke ou de l'anthracite. Dans le modèle de la ligure 13/, également fabriqué à Kaiserslautern, on peut brûler toute sorte de combustible. Le principe et le fonctionnement de cet appareil sont les mêmes que ceux du précédent, sauf qu’on le charge par le corridor et non par la chambre même. Il répond à la catégorie des poêles qu'on appelle, en Allemagne, Schachtôfen ou Schürôfen, et qui se
Fig. 137. — Poêle d’appartement.
Fig. 138. — Poêle de Francfort.
chargent par une ouverture latérale; tandis que le premier (Füllôfen) se charge par la partie supérieure.
Le poêle du Palatinat possède deux cols de chargement; quand on n’a pas besoin d’un feu continu, on ne se sert que de celui d’en bas; le réglage se fait par la porte du cendrier. Dans le poêle de Francfort (fig. 138), les gaz de la combustion ne traversent pas le combustible, mais se dirigent en bas, au-dessus de la grille, dans un canal de chaleur où ils se mélangent avec de l’air déjà chaud. L'air de la chambre ou l’air extérieur pénètre latéralement et en bas dans le manteau et, arrivant échauffé à la partie supérieure, se disperse dans la pièce. Le poêle de Schmcelcke se distingue par une grande puissance de chauffage et de ventilation. Quelques autres poêles s'intitulent plus particulièrement poêles calorifères, à cause de la continuité de leur action. Ainsi, le poêle calorifère Musgrave (de Belfast), qui se charge par en haut et peut durer 24 heures. La construction de ce poêle est telle que les gaz de la fumée abandonnent la plus grande partie de leur chaleur dans une chambre chauffante sur laquelle passe, d’ailleurs, l'air entrant pour être déversé chaud dans la pièce.
On voyait, a l’Exposition de Berlin de 1883, beaucoup de ces poêles et d’autres encore, auxquels K. Hartmann reproche de s’être trop préoccupés des ornements extérieurs eri fer, en céramique, au risque d’oublier que le poêle est un instrument de physique et d hygiène. Parmi eux, les poêles Lonholdt, quoique très élégants, ont paru mériter une mention honorable. Ils se chargent par en haut; le manteau est excentrique au cylindre intérieur; l’air d’alimentation de la combustion s échauffe avant d arriver au foyer; 1 appareil introduit l’air extérieur, le chauffe et le verse à 1 appartement, mais évacué aussi l’air vicié dans une gaine avec valve en mica, qui le dirige dans la cheminée.
En dehors du soin très légitime de diminuer l’intensité parfois incoin-
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mode, au moins pour quelques habitants des pièces, du rayonnement des poêles, on voit que le but de ces diverses constructions est toujours le même : récupérer la chaleur que les gaz de fumée emportent d’ordinaire et l’utiliser à chauffer l’air de ventilation. La première moitié de ce double effort est absolument légitime; l’autre a été jugée par ce que nous avons dit de la ventilation et du chauffage à l’air chaud.
Nous ne croyons pas devoir insister beaucoup sur l’application de principes qui ne sont pas les nôtres. Cependant nous indiquerons encore des réalisations françaises qui paraissent plus réussies, et où l’on sent déjà le besoin de changer entièrement d’inspiration, comme en sont probablement persuadés les ingénieurs eux-mêmes qui ont, dans ce temps-là, cédé aux habitudes régnantes.
La figure 139 représente un poêle métallique, à nervures extérieures, avec enveloppe et large passage à l’air de renouvellement. Un double vase plein d’eau, placé
Fig. 139. — Poêle à circulation d’air (Genestc-Herscher) .
Fig. MO. — Poêle céramique à foyer apparent (Geneste-Herscher).
sur le parcours de cet air, des orifices d’émission munis de fermetures mobiles et d’une porte de cendrier, réglant à volonté l’intensité de la combustion, complètent, dit Pulzeys, cetapparei! portatif, simple, commode lorsqu'on veut chaufler promptement, mais qui est de l’ancienne époque.
L’appareil de la figure 140 est un pocle calorifère. Il se distingue par ceci, que
générale.] L'HABITATION, MILIEU THERMIQUE.
l’air chauffé, eu traversant le poêle, est en contact avec des surfaces métalliques lisses et étanches, protégées contre l’action directe du foyer et des gaz chauds par des parois réfractaires. En outre, le foyer peut être ouvert et rayonnant à volonté, ce qui est le meilleur caractère de ce poêle.
Le Dr Wiel a choisi l'ouverture latérale ( Schürofen ), comme rendant le service du poêle plus facile, pour celui qui porte son nom et qui se distingue par la présence, dans le cylindre qui continue le foyer, de cloisons horizontales incomplètes, destinées à ralentir l’ascension des gaz brûlés. Celle disposition augmente l’effet utile de la combustion.
Le calorifère à anthracite de F. Murez a pour but d’utiliser, même dans les appartements privés, ce combustible très riche (carbone 87 à 94 p. 4 00), mais gênant pour l’usage en ce qu’il nécessite un apport très généreux d’oxygène dans sa combustion, et que l’anthracite, sous l’influence de la chaleur, décrépite et se transforme en une poussière qui éteint les foyers.
Le problème parait avoir été résolu par l’inventeur. Mes calorifères d’appartement, chargés par en haut de H à 12 kilogr.
d’anthracite, se maintiennent chauds pendant 12 heures et portent de 5° à 15° 252 mètres cubes d’air par heure (Arnoux).
Ce poêle est à double enveloppe, comme le montre la figure 141, et chauffe par l’air de ventilation. Les flèches indiquent suffisamment le sens de son parcours.
Les poêles en général, mais surtout ceux qui se chargent par en haut et qui pourraient atteindre une température insupportable, ont besoin de régulateurs de la combustion, ou plutôt de l’accès de l’air du foyer. Ces régulateurs sont des registres à coulisse ou des soupapes à charnière que les habitants manient eux-mêmes, ou qui se ferment automatiquement quand le Fig- 141. — Calorifère de mirez. poêle atteint à un certain degré de chaleur. Il est évident que la fermeture arbitraire est bien préférable à l’occlusion automatique, puisque 1 intensité du chauffage doit être réglée sur celle du froid et que c est la température de la pièce, non celle du poêle, qu’il convient de maintenir à un degré déterminé.
Autant les régulateurs en amont du foyer sont louables, autant ceux en aval, c’est-à-dire au-dessus du foyer, sont à condamner. A la faveur d’imprudences ou d oublis peu évitables, ces soupapes sont l’occasion d’asphyxtes. En quatre ans, de 1867 à 1870, il y eut de ce fait 170 cas d’empoisonnement, dont 4o mortels, dans l’armée prusienne (Roth et Lex). On cite beaucoup d observations semblables. Poltschick a conseillé les soupapes perforées qu emploient souvent les constructeurs. Coulier préfère la sup-