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On se rappelle que 1,234 grammes de l’urine d’un ouvrier robuste renferment 65 grammes de matières fixes, tandis que les 131 grammes que représente sa défécation journalière n’en contiennent que 33 grammes (Voit); la moyenne d’azote de l’urine et des selles, pour la population dans son ensemble, étant de HS'joO, d’après Wolf eL Lehmann, cet apport ne constitue que la proportion de 57 milligrammes d’azote par litre, si l’on suppose qu’il sort de chaque maison 200 litres par habitant et par jour. Nous savons que Paris est destiné à recevoir plus de 230 litres d’eau par jour et par personne; en admettant une perte de 25 à 30 p. 100 par évaporation ou par infiltration dans le sol, la proportion sera bien celle indiquée. Or, en 1875, Vaulhier comptait une proportion de 43 grammes d’azote par mètre cube dans les eaux que la plaine de Gennevilliers était chargée d’épurer. Le travail sera-t-il vraiment plus compliqué par une richesse en azote plus élevée d’un tiers? Et surtout l’infection des eaux d’égout en sera-t-elle sensiblement aggravée?
En 1883, la Commission technique évaluait la proportion d’azote des eaux d’égout de Paris à 51 grammes par mètre cube. Scblœsing et Durand-Claye, en 1 878, comparant celte proportion avec celle des eaux-vannes de Londres, estimée par Frankland à 80 grammes, la fixaient à 45 grammes. Dans l’ensemble, les matières étrangères, qui sont aux environs de 1,300 grammes par mètre cube dans l’eau de Londres, approchaient de 3,000 dans les collecteurs de Paris, à cause du macadam, qui envoyait énormément de sable dans les égouts. Aujourd'hui, ces dépôts diminuent, avec l’extension du pavage en bois.
A Londres, le volume moyen des eaux rejetées à la Tamise par les usines de Barldng et de Crossness est de plus de 600,000 mètres cubes par jour; à Paris, Bourneville l’estime, pour les trois collecteurs, à 379,000 mètres cubes, avec une proportion de 41 grammes d’azote par mètre cube. Or, au 1er septembre 1886, on comptait 32,353 tinettes-filtres et 316 chutes directes (École' militaire, Invalides, Monnaie, chalets de nécessité, quelques maisons particulières); en tout 13,700 maisons et 616,000 habitants déversant leurs excrétions à l’égout. Si les 1,500,000 autres habitants de Paris projetaient aussi tout l'azote de leurs excrétions dans le cube d’eau actuel (en supposant même qu’il n'y en ait pas déjà une part), cela doublerait à peine la proportion d’azote indiquée plus haut. Et si Paris recevait les 520,000 mètres cubes d’eau que les projets lui promettent, la souillure actuelle, dit Em. Trélat, n’augmenterait que de 20 à 30 p. 1,000.
générale.] ÉLOIGNEMENT DES IMMONDICES. 753
En réalité, l’eau des égouts d’où l’on exclut les matières fécales a reçu avec les eaux de rue une bonne part des excréments abandonnés par les animaux sur la chaussée, ou par des hommes clandestinement ; l’urine des urinoirs publics, réguliers ou irréguliers; des eaux domestiques qui ont servi souvent à laver des linges d’enfants, souillés de matières intestinales, parfois des linges d’adultes dans le même cas; des eaux de vidoirs, dans lesquels il n’est pas rare, comme à Lille, que l’on verse les vases de nuit emplis de matières fécales. Ne sait-on pas aussi que les vidangeurs des fosses fixes, payés au mètre cube extrait et non au volume apporté à l’usine, laissent couler, de temps à autre, le contenu de leurs tonneaux dans la plus prochaine bouche d’égout; pratique détestable, qui cause dans les canaux des dépôts putrides imprévus et des foyers d’émanations gazeuses, très redoutables pour les égoutiers. On a attribué (Vallin) à une circonstance de ce genre la mort de quatre ouvriers dans l’égout du boulevard Rochechouart, en 1880.
Tout l’azote des urines et des matières fécales des 200,000 habitants de Lille, dilué dans les 133,000 mètres cubes d’eau qui en sortent chaque jour, représenterait environ 20 grammes par mètre cube. Or, le chimiste Ladureau a constaté 19gr,17 d’azote par mètre cube dans l’eau de la Basse- Deule, l’égout collecteur de cette ville à fosses fixes. Il est vrai que l’Espierre, à Roubaix, non moins attachée aux fosses fixes, en renferme 71 grammes.
Les eaux d’égout s’éloignent de la cité que drainent ces canaux; nous aurons à nous en occuper à leur point d’arrivée. Mais sont-elles de nature à semer quelques dangers sur leur passage?
Ce ne sera point par les émanations. D’abord parce que ces émanations, en dehors des canaux eux-mêmes, sont assez diluées pour être inoffensives ; puis parce qu.e ce ne sont que des gaz, capables d’intoxiquer à un degré plus ou moins profond, mais non d’engendrer une maladie véritable ; enfin, parce que, dans des égouts bien lavés et ventilés, où les liquides circulent, il y a des oxydations incessantes et non des réductions , ainsi que l’a constaté Wiirtz, ou, s’il y a des réductions, les sulfures (hydrogène sulfuré spécialement) qui en résultent sont immédiatement oxydés par l’air.
On ne boit pas ces eaux; mais il se pourrait qu’on les bût diluées, après leur chute à une rivière. Nous pensons que c’est une extrémité des plus fâcheuses. Cependant, R. Emmerich a bu, pendant quinze jours, d’un demilitre à un litre d’une dissolution d’eau d’égout à 1 p. 100,000, sans en être incommodé. Il estime que la dose pourrait même être poussée à 1 sur 20,000 sans inconvénient.
Les eaux d’égout renferment des bactéries par millions (Voy. p. 187); c était certain d’avance. Mais le point capital est de savoir si les bactéries palhogènes, qui ont quelques raisons de s’y rencontrer, y trouvent le véritable milieu de leur culture spontanée. Nous avons vu que les chances sont plutôt pour le contraire. Mais encore, les bactéries pathogènes de l'eau d egout, peu torrentueuse, n’ont pas l’occasion de s’en échapper et de se répandre dans l’air libre.
AnxouLD, Hygiène. 2e édit.
754 DES ABRIS ET DU VÊTEMENT. IHygicne
Eau du collecteur de la caserne de la Pépinière (Wurtz, 1880).