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D’HYGIÈNE

INTRODUCTION

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Définition. — Le mot Hygiène, dans le temps actuel, a quelque peu dévié de son sens littéral et primitif. Comme l’indique l’étymologie ('Yytrjç, sain ; Cytecvci;, salubre ; rx vyisivâ, les choses salubres, les préceptes de l’hygiène), les anciens l’entendaient d'un état qui était toujours bon et de conditions avantageuses qu’il n’y avait qu’à démêler et à choisir au milieu d’un vaste ensemble, comportant à la fois des circonstances favorables et d’autres nuisibles. On dit encore vulgairement d’une maison, d’une ville, que « l’hygiène y règne ou en est absente » ; et c’est par abus de langage qu’on distingue une bonne et une mauvaise hygiène; distinction, du reste, que l’on applique aussi à la santé.

Jusqu’au commencement de ce siècle, le choix des conditions naturelles les plus heureuses a constitué la meilleure part du domaine de l’hygiène ; les grandes créations d’assainissement ne faisaient, pour ainsi dire, que les copier. A mesure que se développaient les sciences physiques et naturelles et avec elles la médecine, on s’est habitué à analyser l’influence des agents extérieurs sur l’homme et à étudier la modalité des phénomènes physiques ou même biologiques, mais s’accomplissant toujours en dehors de lui, qui paraissent l’impressionner d’une façon utile ou nuisible, déterminer son état de santé ou de maladie. On en a conclu à de certains actes , par lesquels l’homme tente de régler au mieux des intérêts de sa propre conservation le mode des phénomènes extérieurs; à de certaines pratiques, au moyen desquelles il atténue ou élude l’influence des milieux qui l’entourent et le pénètrent, lorsque celle-ci devient compromettante pour la vitalité de l’individu ou de l’espèce. Aussi les Allemands substituent-ils parfois la périphrase : « soin de la santé » (Gesundheilspflege) à la vieille expression galénique, hygiène , que nous conservons ici, parce que le sens des mois suit toujours les modifications du caractère des choses.

Il ressort de là que l’hygiène se sépare absolument des sciences physiques et naturelles, tout en paraissant embrasser les mêmes objets. Les AnNoui.n, Hygiène. 2° édit. i

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premières, en effet, étudient le sol, l’air, l’eau, les êtres vivants, pour euxmêmes ou au point de vue économique, industriel, etc.; l’hygiène ne les envisage que .comme modificateurs possibles de la vitalité humaine. Elle se distingue, du reste, également de la physiologie, de la pathologie et de toute autre branche delà médecine, en ce que le champ de son étude est essentiellement extérieur ; tandis que les sciences médicales, ses sœurs, poursuivent par-dessus tout les phénomènes internes. En d’autres termes, elle est autonome. Aussi croyons-nous pouvoir la définir : la science des rapports sanitaires de l'homme avec le monde extérieur et des moyens de faire contribuer ces rapports à la viabilité de l'individu et de l'espèce.

Celte science n’est pas faite, sans doute; mais elle a un bon commencement et, depuis une dizaine d’années, on aperçoit si clairement un certain nombre des rapports qu’elle recherche, que ces rapports vont devenir des furmules invariables, des lois. Quelle est, d’ailleurs, la science qui n’ait plus rien à découvrir?

Phases historiques «le l’hygiène. — L’hygiène, soit comme ensemble de connaissances, soit sous forme d’actes protecteurs, a toujours suivi la marche de la civilisation dans les familles humaines; elle en a traduit les oscillations et le caractère.

En outre de l’aspect signalé au début, elle a été nationale, ou plutôt particularité, dans les sociétés antiques, qui vivaient d’égoïsme. Le bien-être et même la vie des individus étaient souvent sacrifiés à l’intérêt social. L’ygiène des Juifs et celle des Spartiates sont m arquées de cette empreinte jusqu’à la cruauté. Sparte honorait la frugalité et avait raison, encore que cette vertu puisse ne pas aller jusqu’au brouet noir; mais elle interdisait a chaussure aux jeunes gens, le bain chaud aux hommes, réduisait la femme au rôle de fabrique de guerriers et exterminait odieusement les faibles. Chez les Juifs, la circoncision était un acte de culte et un symbole de consécration plutôt qu’une pratique d’hygiène; à vrai dire, il est imprudent de la présenter comme une mesure de salubrité, car l’utilité en est contestable, tandis que les dangers en sont évidents. Moïse interdisait la viande de porc et celle de quelques autres animaux ( Deutéronome , chap. xiv), en alléguant des motifs d’histoire naturelle, sur lesquels la malignité de Voltaire n’a pas eu de peine à s’exercer. 11 y avait, sans doute, au fond, des raisons plus sérieuses, par exemple le parasitisme (cysticerques, trichine?) auquel le porc est sujet; il n’en reste pas moins que la prophylaxie par simple prohibition est médiocre, et qu’il eût été plus sage de ne pas fermer aux pauvres gens une source puissante de matière azotée, alors qu’il suffisait de prescrire la propreté dans l’élevage des animaux et la cuisson parfaite des viandes. En réalité, il ne s’agissait là, apparemment, que d’une de ces précautions ingénieuses, sur lesquelles renchérirent plus tard les pharisiens (isoleurs), prises en vue d’empêcher à jamais la fusion du peuple juif avec les nations voisines. Dans le même ordre d’idées, l’hygiéniste théocratique défendait au peuple élu de manger d’une bête morte, mais recommandait d’en donner ou même d’en vendre la chair aux étrangers de

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passage. Quant à la prophylaxie des maladies contagieuses, on n’a pas imaginé de quarantaine aussi vexatoire que celle qu’il imposait aux lépreux. Dans d’autres cas, il faisait massacrer les malades ou môme ceux qui étaient soupçonnés de l’être, comme il arriva des filles Madianites, à Sittim, et de leurs amants. La tradition de cette désinfection radicale s est heureusement perdue.

Athènes, la ville des arts, des lettres et du beau langage, amoureuse de la forme et idolâtre de la beauté, déroge notablement aux rudes habitudes de l’ancien monde. Elle eut la palestric/uc et Yoplomachie pour les hommes; mais elle réservait aux femmes Yemmélie gracieuse, ouvrait ses jardins aux infirmes et accordait aux esclaves les cynosages. La voirie y laissait pourtant à désirer et peut-être l’habitation; il n’y avaii ni latrines publiques ni égouts (Hermann Baas). Ces circonstances ont pu ne pas être indifférentes dans l’intensité effroyable de la peste de Thucydide (425 av. J.-C.), que l’on combattit d’ailleurs surtout par des prières publiques et des processions. On ne saurait oublier, pourtant, que la Grèce a produit l’auteur du livre De l'air , des eaux et des lieux, Hippocrate, ou les hommes que ce nom résume et qui avaient déjà entrevu la vaste triade sur laquelle reposent l’hygiène et l’étiologie.

L’ancienne civilisation Indoue ne resta pas étrangère aux études ni aux institutions sanitaires. Le roi Pyiadasi, contemporain d’Antiochus II, deux siècles et demi avant notre ère, créait des hôpitaux et une organisation d’assistance publique. Il y avait une médecine et une hygiène des camps, nécessairement relevées de pratiques religieuses et d’astrologie. L’usage du bain était habituel; il ne lui manquait que de ne pas être, dans certaines circonstances, une prescription sacrée. Un voyageur du septième siècle rapporte que « les bouchers, les pêcheurs, les comédiens, les bourreaux et ceux qui enlèvent les ordures », étaient relégués en dehors des villes et villages. Suçruta poussa loin les études d’hygiène alimentaire. Malheureusement, le boudhisme devait faire verser dans le végétarianisme ce peuple immense de l’Inde, aujourd’hui bien tombé et qui semble être une preuve qu’il est utile à l’homme d’introduire dans son régime la chair des animaux.

Rome, fille de brigands, qui ne se distinguait d’abord que par une gymnastique guerrière et barbare, prit l’hygiène aux Grecs et les dépassa de beaucoup, sous le rapport des créations d’utilité publique. Ses rues dallées, ses vastes égouts, ses aqueducs, ses thermes, son énorme approvisionnement d’eau, son organisation d’hygiène municipale, surtout en ce qui concerne l’alimentation des habitants de l’immense ville, ont trop mis en relief l’orgueil et la richesse des grands personnages en même temps que l’avilissement du peuple. Cependant, il y avait là des enseignements d’assainissement urbain qui ne devaient pas être perdus.

Cette grande civilisation allait s’écrouler sous la double invasion des barbares et du christianisme. L’hygiène parut sombrer avec elle, et l’humanité entra pour quelques siècles dans une phase d’engourdissement qui fait songer à l’état de chrysalide par lequel passent certains insectes. L’Église prêchait le renoncement aux biens terrestres, dont la santé fait partie;

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condamnait les bains, dont les payens avaient effectivement mal usé, et sanctiûaitla malpropreté volontaire. Elle ouvrait, sans doute, des asiles et des hôpitaux; mais sans souci de l’hygiène intérieure et uniquement pour cloîtrer la misère et la souffrance, comme on se cloîtrait partout et jusque dans le château féodal. Ce furent les grands jours des feux sacrés, de la famine, de la lèpre, du typhus probablement et de la peste, et aussi de ces folies lubriques des processions de femmes demi-nues, de flagellants et autres, qui cherchaient à éloigner les fléaux à la façon des bacchantes du temps de Thucydide. Dieu et le diable résumaient toute l’étiologie, avec quelques conjonctions d’astres sur lesquelles ceux qui en parlaient étaient tout aussi renseignés que sur les génies du bien ou du mal.

Cependant l’homme se fatigue, à la fin, de regarder dans le vide, et il fallut bien qu’un jour, sous les coups successifs de la lèpre, de la peste noire, de la syphilis, les gouvernements et les peuples se décidassent à se défendre par des moyens terrestres. On commença par isoler les lépreux; les rois lombards, au septième siècle, leur interdirent le mariage. Le roi Dagobert, en 630, frappait d’amende la souillure des puits, et Charlemagne réglementait le commerce des denrées alimentaires, qui a toujours attiré les voleurs. L’empereur Frédéric II, en 1224, était obligé de nouveau de protéger l’alimentation publique et l’intégrité des milieux. La peste noire fut l’occasion de la création, à Venise, des provéditeurs de santé (1348) et de la pratique des quarantaines, à Milan, Reggio, Majorque. Les papes, tout au long du moyen âge, avaient multiplié les ordonnances et les mesures de police concernant la prostitution, dont ils percevaient d’ailleurs la taxe, absolument comme les empereurs de Rome. On conçoit que ce fut un redoublement de réglementation, à l’époque où la syphilis manifesta sa réviviscence aiguë de la fin du quinzième siècle. L’arrêté du Parlement de Paris, du 6 mars 1496 est resté célèbre ; aux termes de cet arrêté, les malades (syphilitiques) étrangers à la ville devaient en sortir dans les vingt-quatre heures, sous peine d’être pendus, et se rendre soit dans leur pays natal, soit où bon leur semblerait. L’hygiène municipale aussi était particularité ; on protégeait sa ville, mais l’on dispersait volontiers les fléaux sur les voisins. Maximilien Ier, Jacques IV d’Angleterre, le pape Alexandre VI, poursuivaient, de leur côté, la même prophylaxie.

Néanmoins les villes restaient matériellement encombrées, étouffant dans leurs murailles, avec des rues tortueuses, sans pavé (Francfort eut la première rue pavée en 1399), étroites et sombres, chargées des excrétions des hommes et des animaux. Des ruelles ignobles, entre les maisons, recevaient les ordures ménagères et d’autres immondices. L’eau était fournie par de rares fontaines et par des puits; on ne connut pas le savon avant l’an 1000, et l’on fut plus longtemps à apprendre à se servir de mouchoirs de poche. A Paris, en 1533, on dut encore prescrire sous peine d’amende l’installation de cabinets d’aisances dans les habitations. Antérieurement, on avait usé de la rue eL des ruelles et, jusqu’au dix-huitième siècle, on vit les soldats et les bourgeois s’aligner le long des maisons pour uriner. Cette coutume n’est pas encore déracinée en province.

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Au commencement du dix-huitième siècle, lady Montague (1721) rapportait d’Orient en Europe Y inoculation variolique; Itamazzini (1701) écrivait son traité De morbis artificum ; Frédéric Hoffmann (1713), John Howard, Pringle, Hufeland, Gardanne, Tissot, le statisticien J. -P. Süssmilch, inscrivaient à des titres divers leur nom parmi les promoteurs de l’hygiène moderne. La Société royale de médecine se fondait, à Paris, en 1776, et Jean-Pierre Frank publiait (1778) son « plan d’une organisation de police sanitaire complète » ( System einer vollstandigen medicinischen Polizeij), que les Allemands regardent, avec raison, comme une date historique.

C’étaient là des précurseurs, hommes éclairés, qui participaient à la préparation du grand mouvement humanitaire sur le point de s’accomplir, et dont la voix en d’autres temps n’eût peut-être pas eu beaucoup d’écho. Mais la Révolution française éclata sur le monde. C’en était fait de l’arbitraire, des familles privilégiées, des castes dirigeantes, des aumônes du couvent et des largesses royales ou patriciennes, qui avaient fait payer quelque élégance extérieure et quelques générosités de surface par une misère parfaite dans les. couches profondes du peuple. Désormais il n’y avait plus seulement une nation personniüée dans son chef et des institutions sociales abstraites; chaque membre de ce grand corps recouvrait une individualité, devenait un citoyen et, comme tel, acquérait des droits égaux à ceux de toute autre personne dans l’unité nationale. Parmi les « droits de l’homme » il était clair que le droit à la santé s’inscrivait de luimême, et désormais l’hygiène devenait individuelle , hvmaine; elle reposait sur le respect dû à la dignité de l’homme libre et sur la reconnaissance de sa valeur, véritable capital d’intelligence et de travail. Il n’est pas besoin de dire ici qu’aucun peuple n’a échappé à ces principes nouveaux qui, au fond, n’étaient que la vérité retenue prisonnière jusque-là, et que l’essor des institutions dirigées vers le bien-être et la santé publics a eu ce point de départ, même chez les nations qui ne s’en doutent pas ou n’en conviennent point.

Nous ne serions pas surpris que l’Angleterre, dont les créations d’hygiène ont commencé le grand mouvement qui se continue aujourd’hui sur le continent, ait cédé d’abord à cette impulsion, tout en comprenant la dignité individuelle et la valeur de la vie humaine suivant ses habitudes utilitaires. C’est l’intérêt des pauvres et celui des ouvriers qui a décidé le pouvoir central à faire, en 1834, par la création des Commissaires de la loi des pauvres, la première brèche au selfgovernment municipal ; à multiplier, depuis 1844, les lois relatives aux constructions, aux bains et lavoirs publics, à l’approvisionnement d’eau des villes, à l’assainissement urbain ; à fonder le Registrar general sous la direction de W. Farr ; enfin, à promulguer la première loi sanitaire ( public heallh Ad 1848) et à créer le general Board of health ou Administration sanitaire gouvernementale, à la tête de laquelle fut longtemps Edwin Chadwick, l’homme du monde qui a le plus énergiquement donné à l’hygiène le caractère d’une science économique et sociale. Cette direction centrale, que ses administrés trouvaient un peu rude, a disparu et fait place, en 1871, au local Government Board,

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dont nous reparlerons. Mais le caractère de l’hygiène anglaise n’a pas changé.

En France, la première République et l’Empire, qui la renversa, furent trop agités au dedans et au dehors pour procéder aux réalisations d’hygiène qu’exigeait l’ère nouvelle. Portons cependant à l’avoir du régime impérial le décret du 15 octobre 1810 sur les Etablissements insalubres, dangereux ou incommodes. 11 est assez remarquable que, dès cette époque, contrairement à ce qui se passait en Angleterre, un certain nombre de communes françaises prévenaient et suppléaient l’organisation sanitaire centrale. Paris eut son Conseil de salubrité dès 1802. Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Troyes, Rouen, Bordeaux, ne tardèrent pas à imiter la métropole. Il y eut même, en 1822, une tentative de centralisation par la création d’un Conseil supérieur de santé, rattaché au ministère de l’intérieur, en même temps que l'on organisait les Intendances et les commissions sanitaires pour le littoral (loi du 3-9 mars 1822). Lorsque, en 1848, le peuple rappela au pouvoir, qui s’efforçait de les oublier, les conquêtes de la Révolution, il y eut un effort considérable vers une organisation définitive de l’hygiène publique en France. Le caractère du Comité consultatif d' hygiène publique (10 août 1818) et celui des Conseils d’hygiène et de salubrité (18 décembre 1848) ne furent pas absolument ce qu’eût voulu Royer-Collard, dont les vues très libérales et très pratiques semblèrent trop larges à de certains esprits. Néanmoins, c’était un grand pas de fait et, vraisemblablement, les institutions existantes pourront atteindre à de grands résultats, lorsqu’elles auront la cohésion nécessaire et qu’elles seront doublées d’agents d’exécution spéciaux, avec une direction médicale à leur tête.

Il n’est que juste de reconnaître la part qu’ont prise au développement de l’hygiène, scientifique ou pratique, par la parole ou par le livre, nos illustres devanciers : Hallé, Desgenettes, Parent-Duchâtelet, Rostan, Londe, Michel Lévy, Tardieu, Bouchardat. D’autres, heureusement, sont encore sur la brèche .

Nos contemporains ont adopté, pour l’hygiène et d’autres spécialités, un procédé qui n’a pas peu contribué à provoquer un vaste mouvement, à vulgariser les notions utiles et à y intéresser le public, â savoir, les Congrès nationaux et internationaux, habituellement accompagnés d’une Exposition, qui matérialise les préceptes. D’ailleurs, l’expansion moderne de toutes les sciences physiques et naturelles a bénéficié à l’hygiène ; la physique, la chimie, la physiologie, lui ont rendu tant de services qu’elles ont semblé parfois l’absorber ; aujourd’hui, c’est le tour d’une science encore jeune, mais déjà riche de faits, la bactériologie. Mais l’absorption de l’hygiène n’est pas à redouter; s’il arrivait que quelqu’un l’identifiât avec l’une des sciences qui ne sont que ses moyens, l’hygiène romprait d’elle-mêmc ce cercle étroit, par la complexité des études qu’elle embrasse.

Nous retrouvons encore, à l’époque actuelle, en France, l’initiative municipale complétant le mécanisme administratif de l’hygiène publique par l’atcion des bureaux d'hygiène (le Havre, Nancy, Reims, Amiens, etc-), imités de ceux de Turin et de Bruxelles. L’autonomie municipale, sur le

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terrain de l’assainissement urbain, n’a d’inconvénients que quand on en profite pour ne rien faire.

En fin de compte, l’Europe entière et le Nouveau-Monde sont entrés dans la même voie. 11 est même des nationalités jeunes, ou récemment sorties d’un long sommeil, qui d’emblée ont fait mieux que la France et que l’Angleterre, tant au point de vue de l’organisation sanitaire que sous le rapport des grands travaux d’hygiène publique. Nous n’avons pas de peine à le reconnaître et ne trouvons pas mauvais qu’elles s’en vantent. Il est plus difficile de remettre sur pied un vieil outillage, et surtout de le remplacer, que d’en installer un tout neuf, là où il n’y avait rien et que l’on peut profiter des écoles des autres. Le mal ne commencerait que le jour où nous prendrions notre parti d’être devancés par l’étranger. Mais ce jour ne se lèvera pas; le peuple qui a toujours été à la tête de la civilisation peut mesurer sans faiblesse la distance qu’il faut regagner et marcher avec confiance vers l’avenir nouveau.

L’Allemagne unifiée, montrant avec un légitime orgueil les travaux d’assainissement de Berlin, Danzig, Breslau, Francfort-sur-Mein, poursuit l'évolution de son organisation sanitaire sous la surveillance de l’Office impérial de santé ( Reichsgesundheitsamt ), créé en 1875. Elle a passé comme une grande revue de ses forces, dans ce cadre pacifique, à l’Exposition de Berlin (1883). Les États-Unis d’Amérique, où les bureaux sanitaires d’États ( State Boai'd of kealth) ont déjà une remarquable activité, se sont donné un organe central d’administration sanitaire, le National Board of heallh (3 mars 1879). Le gouvernement italien vient de créer (juin 1887) la première direction de la police sanitaire d’un grand État et l'a confiée à un professeur d’hygiène, L. Pagliani (Y. IIIe Partie. Législation sanitaire).

Dans l’ordre de l’enseignement et des recherches, l’Allemagne a carrément mis l’hygiène sur le même pied que les autres sciences médicales en lui élevant des Instituts dans ses universités (Munich avec Pettenkofer ; Berlin avec II. Koch; Gœttingen — aujourd’hui Breslau — et C. Fliigge; Ilostock et J. Uffelinann, etc.). C’est là un levier d’une extrême puissance. Nous ne manquons pas, en France, d’établissements et de laboratoires dans lesquels on poursuit de fructueuses recherches d’hygiène, à des titres divers. Mais ces moyens sont un peu épars, ces foyers presque étrangers 1 un à l’autre et n’obéissant pas à la même pensée. Le jour est prochain, sans doute, où l’Université de France, quoique gardienne des traditions, accomplira aussi ce progrès, d’outiller les chaires d’hygiène pour des travaux pratiques.

Les maladies évitables. — John Simon, en 1858, relevant la mortalité de 023 districts d’Angleterre et du pays de Galles, constatait une mortalité moyenne de 22.4 p. 1000; mais remarquait que, dans 54 d’entre eux, la proportion obituaire n’était que de 15 à 17 p. 1000. Or, à cette date, si tous les individus n’avaient succombé qu’à la vieillesse, soit à l’âge de quatre-vingts ans, la mortalité n’eût été que de 12.5 p. 1000. La différence a donc été fournie : 1° par des maladies évitables, celles qui ont porté de 15

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ou 17 à 22.4 ou au delà la mortalité de la plupart des districts; 2° par des maladies inévitables, celles qui ont fait que les districts favorisés ont eu cependant 15 à 17 décès p. 1000, au lieu de 12.5. L’honorable Medical Officer range parmi ces maladies, non évitables : les malformations, la faiblesse native, les accidenls, les maladies contagieuses des enfants, les maladies de misère eL celles qui proviennent de l’hérédité.

Or, à coup sûr, il en est déjà beaucoup, parmi celles auxquelles John Simon se résigne si bénévolement, qui sont parfaitement évitables : les maladies contagieuses des enfants ne diffèrent pas sous ce rapport des contagieuses des adultes, qui sont précisément très évitables par la désinfection et l’isolement. Quant à la faiblesse native, les malformations, elles se confondent avec l’hérédité, si l’on veut bien se souvenir qu’un générateur malade ne lègue pas toujours à sa descendance exactement la même forme morbide qui avait été sa caractéristique pathologique; il y a des transformatioms, quelquefois très inattendues. Mais, outre que l'hérédité ne s’exerce pas toujours fatalement et que nous disposons de moyens propres à lutter contre les tendances morbides, nous pouvons couper court à l’hérédité dès le début, en empêchant l’héritage funeste de se constituer.

Que nous arrivions à déraciner la syphilis et l’alcoolisme, maladies essentiellement évitables, et il est probable que beaucoup de difformités et de maladies nerveuses disparaîtront, qui n’étaient que du transformisme héréditaire. L’hygiène ne prétend pas donner à tous l’abondance et les loisirs; mais elle cherche la meilleure réglementation du travail, la protection des ouvriers, l’intégrité des substances alimentaires; elle entend que l’air et le soleil pénètrent dans l’atelier, dans l’habitation du plus pauvre ; que les immondices en soient éloignées exactement et sans retard; qu’il n’y entre qu’une eau sans soupçon. Plus elle approchera du but, plus rares se feront aussi les accidents et les maladies de misère, le lymphatisme, le rachitisme, la scrofule, l’anémie, les dégérescences.

Ces réflexions s’appliquent encore pour une part à la scrofule , môme lorsqu’elle n’est autre qu’une tuberculose réelle, et à la tuberculose ellemême, le plus meurtrier de tous les fléaux, puisqu’elle entraîne, rien que par phthisie pulmonaire, pour 100,000, habitants, 216 décès à Londres, 326 à, Berlin, 360 à Bruxelles, 422 à Paris, 425 à Lille, 695 à Vienne, 776 à Budapest. Naguère, on pouvait encore supposer que la phthisie est l’aboutissant banal de toutes les causes de dépression, mauvais air, mauvais aliments, excès divers, chagrins, tellement on la voit moissonner dans les groupes sur qui ces plaies existent en permanence. Aujourd'hui, la tuberculose est une maladie parasitaire avérée et ne se propage que par infection ; mais alors, comme les germes eh sont excessivement répandus et flottent dans l’air pour tout le monde, si ces germes se développent particulièrement chez les misérables, c’est que les causes banales, sans créer la tuberculose, lui sont une merveilleuse préparation. Or, l'hygiène a prise sur ces causes et reste, par conséquent, une sauvegarde, au moins relative, contre la phthisie. N’est-ce point ainsi que s’explique la diminution de la fréquence de la tuberculose à la suite du drainage du sol des lieux habités,

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constatée par Bowditch, en Amérique, et par Cf. Buchanan, en Angleterre?

Du reste, vis-à-vis des maladies infectieuses, dont la tuberculose fait partie, il y a des défenses plus positives que la soustraction du terrain aux germes, opération souvent difficile. De nos jours, on dispose de i isolement des malades, de la désinfection et de quelques vaccins. Les deux premiers moyens sont applicables à la tuberculose.

Les maladies infectieuses qui, non compris la précédente, causent moyennement 5 décès pour 1000 vivants chez la plupart des nations européennes, sont celles que l’on regarde comme le plus essentiellement évitables. C’est sur leur domaine, dans tous les cas, que se rencontrent les efforts de l’hygiène en faveur de l’homme, et son action sur les milieux extérieurs.

A l’heure qu'il est, infectieuses et 'parasitaires sont des termes peu éloignes d’ètre synonymes, bien qu’il règne encore une profonde obscurité à l’égard du parasite de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la syphilis, de la'rage. Aussi les distinctions classiques entre les virus et les miasmes , entre Y infection et la contagion, tendent-elles à perdre beaucoup de leur ancienne valeur, comme ne consacrant désormais guère plus que des vues de l'esprit. Les organismes inférieurs pathogènes ont de certaines lois communes et peuvent être classifiés, comme tous les êtres qui relèvent de l'histoire naturelle; mais leur individualité, qui fait précisément les maladies distinctes, a plus d’importance que les traits communs. Il n’y a pas deux espèces morbides qui suivent exactement les mêmes lois. Nous conserverons les trois classes suivantes, pour ne pas rompre encore avec le passé et jusqu’à plus ample information.

a. Les contagieuses , dont l’homme régénère le principe ou germe et qui sont directement transmissibles. Exemple, la variole.

b. Les miasmatiques, que l’homme subit, sans en régénérer le germe ni le transmettre (c’est déjà contesté). Type, la fièvre malariale.

c. Les contagieuses-miasmaliques , dont les germes se développent et se multiplient chez le malade, mais ne peuvent, d’ordinaire, contaminer les individus sains qu’indirectement et après avoir passé par un milieu extérieur. Ce groupe, aussi, devient de plus en plus discutable. On y rattachait la fièvre typhoïde et le choléra, qui paraissent assez souvent susceptibles de transmission directe.

Parmi les contagieuses, la variole, au siècle dernier, entraînait probablement 6 à 8 p. 100 de tous les décès (à Berlin et à Copenhague, 3 décès p. 1000 hab.) et aveuglait bon nombre des survivants. Or, c’est une maladie parfaitement évitable. L'individu, pour s’en protéger, a la vaccine et la revaccinalion ; les sociétés ont la vaccination obligatoire, que l’Allemagne a promulguée et qu’elle applique avec une rigueur intelligente, alors que l’Angleterre ne sait pas s’en servir et que nos législateurs n’ont pas encore su nous la donner. Notre armée, où l’obligation existe et est prise au sérieux par les médecins militaires, n’a eu, en 1883 (la dernière année dont la statistique ait paru), que 371. cas de variole et 15 décès pour 436,000 présents, soit 0,03 décès p. 1000 hommes. Si nos soldats n’étaient assaillis par

INTliODUCTION.

les contages varioliques de la population civile environnante, qui, elle, n’est pas vaccinée et revaccinée avec la même exactitude, nul doute qu’ils ne fussent aussi indemnes que l’armée allemande où, pour les deux années 1880-1881, il n’y a eu que 30 cas de variole.

Contre la variole et aussi contre la rougeole , la scarlatine, la diphtérie, les groupes disposent encore de l 'isolement des malades, des hôpitaux spéciaux, de la désinfection des locaux et des effets. Un jour peut-être, chez les nations civilisées, l’individu qui, par sa faute, aura été l’origine d’un foyer épidémique sera responsable et pourra être poursuivi judiciairement. Enfin, il n’est pas dit que l’on ne trouvera pas un vaccin, ou quelque chose d’approchant, pour d’autres contagieuses que la petite-vérole. Déjà, Pasteur diminue considérablement les cas de rage humaine à l’aide d’inoculations préservatrices, qui sont pourtant faites, parce qu’il s’agit de l’homme, dans des conditions défavorables, c’est-à-dire après l’introduction, chez les sujets, du virus même qu’il faut combattre.

D’autre part, et surtout vis-à-vis des maladies spécifiques des deux dernières classes, les études d’hygiène ont établi que le milieu naturel de conservation et de multiplication des germes, infectieux et autres, ce sont les souillures du sol, de l’eau, de l’air, des habitations : la malpropreté ou la putridité, ce qui revient à peu près au même. On a, avec raison, qualifié de « maladie de malpropreté » ( Filthdisease , Schmutzkrankheit ) la fièvre typhoïde, cette plaie de nos grandes villes et de l’âge auquel l’homme touche à son plus grand rendement en travail. Eh bien ! nous savons comment le sol, l’eau et l’air s’infectent, et il est en notre pouvoir, dans de grandes limites au moins, d’empêcher ce résultat, qui est toujours le fait de la présence de l’homme; de blinder, de drainer, d’assainir le sol; de prendre l’eau de consommation à des sources pures et d’en abriter les conduites et les réservoirs; d’épargner à l’air des rues et des maisons, par l'éloignement immédiat des immondices, les émanations putrides; d’éviter l’encombrement, de prévenir le confinement de l’air. Là où l’on a pris ces précautions (Londres, Bruxelles, Berlin, Danzig, Francfort-sur-le-Mein, Munich), la fièvre typhoïde a baissé dans des proportions énormes.

Le choléra n’a pas reçu la même épithète que la fièvre typhoïde et la pathogénie en est encore indécise sur quelques points importants. Cependant, il a été évident pour tous que, dans la dernière épidémie (1884-1887), il visitait de préférence nos villes du Midi, trop indifférentes à l’intégrité des milieux, la Bretagne et la Vendée, qui partagent ces habitudes et, en Bretagne comme en Provence, les quartiers les plus sales, les plus encombrés, les plus négligés de chacune des villes atteintes. Nos hygiénistes officiels ont été absolument dans le vrai en condamnant d’abord les immeubles sordides, les fontaines souillées d’immondices, les collectionnements d’ordures, et en réclamant l’assainissement urbain comme prophylaxie contre le choléra à venir. Il n’est pas téméraire de soupçonner que certaines villes d’Italie et d’Espagne, très éprouvées par le fléau, sont en situation de profiler des mêmes leçons.

On ne perdra pas de vue que la propreté, l’objectif capital de l’hygiène,

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L’HYGIÈNE. H

prévient à la fois la souillure spécifique et la souillure banale; empêche que l’on sème les germes pathogènes sur le sol ou dans les eaux, tout comme elle lutte contre la putridité vulgaire. Vis-à-vis des souillures spécifiques, l’hygiène a mieux que l’abstention, qu’il serait difficile d’obtenir rigoureuse; elle poursuit les organismes infectieux eux-mêmes, et les tue ou les paralyse parles antiseptiques et les désinfectants.

On commence il entrevoir le moment où ces moyens, appliqués aux navires, aux objets transportés et même aux passagers, en les aidant de la la surveillance médicale continue et du temps d’observation nécessaire, permettront de réduire beaucoup, sinon de supprimer les incommodes quarantaines d’autrefois, vis-à-vis du choléra, dont la provenance est d’abord exotique, et vis-à-vis d’autres infectieuses affecLant les mêmes allures [peste, fièvre jaune, etc.).

Les maladies des armées en campagne, jadis si meurtrières, sont entièrement susceptibles de la prophylaxie moderne. La démonstration en a déjà été faite d’une façon remarquable pour le typhus exanthématique. Ce fléau fournissait, en 1780, 5,000 malades aux hôpitaux de la marine anglaise ; il mourait 1 homme sur 8 dans la flotte entière. En 1830-36, il n’y avait plus qu’un mort sur 72 hommes, et le typhus des vaisseaux est devenu une rareté. Or, ç’a été un résultat voulu ; il a suffi de veiller à la propreté des navires et à l’aération des locaux occupés par les matelots. Le typhus des camps avait également maltraité l’armée française et anglaise de Crimée, dans l’hiver de 1854-1855; il épargna la seconde pendant la formidable recrudescence de 1855-1856. Celle-ci s’était donné des logements de troupes et des ambulances conformes aux règles de l’hygiène. En 1870-71, l’armée allemande, où l’hygiène est dirigée par les médecins, sut ne pas avoir le typhus, bien qu’elle possédât des Silésiens et des Polonais dans ses rangs. Elle réalisa, d’ailleurs, ce phénomène sans exemple jusque-là, d’avoir, pour toute la guerre, deux fois moins de morts par les maladies que par le feu.

La mention des blessés de guerre amène naturellement à la pensée les infections traumatiques, infection purulente, pourriture d’hôpital, septicémies diverses, érysipèle, toutes complications évitables, naguère effroyablement meurtrières, aussi bien dans les hôpitaux urbains que dans les ambulances, et aujourd’hui évitées, grâce à l 'antisepsie chirurgicale , d’une façon si complète qu’elles vont n’être plus qu’un souvenir. D’ailleurs, en appliquant cette antisepsie non seulement au blessé et au pansement, mais à l’opérateur, à ses aides, aux instruments et aux locaux, la chirurgie arrive à guérir ou à traiter avantageusement des affections auxquelles les maîtres d autrefois n’osaient toucher et à inaugurer une médecine opératoire qui eût semblé un rêve à nos devanciers.

Delà même manière ontélé supprimées les infections puerpérales.

Pourtant la vie et la mort des animaux et des plantes accumulent une masse effroyable de substance usée, naturellement vouée à la décomposition. Celle-ci ne peut s’accomplir que par des oxydations rapides ou lentes, cest-à-dire par des processus fort voisins de la fermentation et de la pu-

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tréfaction, si ce n’est la putréfaction elle-même. Faut-il chercher un moyen de supprimer cette loi de la nature? Nullement ; mais il importe d’en régler l’exécution. C’est d’abord le sol qui est le foyer normal de ces combustions organiques; il n’y arien de mieux que d’en user. Mais il ne convient point que la portion de sol choisie pour cet effet supporte des abris humains, et il importe que le sol soit aidé dans son rôle d’épurateur par le drainage, par l’aération que donne la culture, par la réglementation dans l’apport des détritus, par l’utilisation de la matière organique morte à la nourriture d’arbres, de céréales, de plantes fourragères. De telle sorte que cette autre loi ressorte immédiatement et dans toute sa vérité : que rien ne se détruit, mais que tout se transforme.

A cette mesure, la malaria, qui prospère sur les sols abandonnés à leur activité propre, est une maladie évitable. On la réduit notablement en soustrayant l’eau à la putridité spéciale et spontanée du sol, à l’aide de canaux, du drainage systématique, des puits absorbants, dçs plantations d’arbres. C’est ainsi que l’Algérie est devenue habitable. En France môme, l’assainissement de la Dombe, de la Sologne, des Landes, montre tous les jours que la chose est possible et comment il faut s’y prendre.

En dehors des maladies de la putridité, sont encore évitables toutes les maladies d'alimentation. Celles qui relèvent du parasitisme n’exigent que la diffusion des premières notions d’hygiène et une bonne police sanitaire sur le commerce des denrées, aidée de laboratoires municipaux d’analyse. L’étude et l’expérience ont suffisamment éclairé la question des viandes putréfiées, charbonneuses, trichinées, de la viande et du lait tuberculeux, pour que les autorités sanitaires instituent des mesures de protection. L 'ergotisme se fait rare, grâce à la diminution des terrains semés en seigle, grâce à de meilleurs procédés de culture, à la facilité des transactions, qui permet de restreindre l’usage de cette céréale sous forme de pain. En France, au moins, on ne consomme guère que du blé et de la meilleure qualité. Il faut bien que des améliorations analogues, avec l’assainissement du sol et, peut-être, certaines modifications daus l’état social, parviennent à éteindre la pellagre dans ce beau pays de Lombardie qu’elle désole encore. Le scorbut est tout à fait à notre merci ; on en connaît parfaitement l’origine et le remède, et il ne faut qu’un peu de surveillance et de jus de citron pour le prévenir. Sur 50,000 marins qui voyagent sous pavillon britannique, il n’y a plus que 3 ou 4 scorbutiques par an. Quant à la famine et aux désastres qui en dérivent, la prophylaxie en est faite de plusieurs éléments dont beaucoup échappent aux sciences médicales pures. Mais l’hvgiène se montre ici comme un trait d'union entre les sciences biologiques et les sciences sociales; elle entrevoit la prophylaxie de la lamine dans le développement de l’agriculture, dans l’exercice des libertés publiques, dans la liberté du commerce, dans l’acheminement des peuples vers la suppression de la guerre et l’effacement moral des familles qui font la guerre et s’élèvent par elle. Dans tous les cas, elle prescrit de ne point agglomérer les faméliques, sous peine de voir le typhus éclore dans la putridité multiforme qu’ils traînent avec eux.

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Double caractère de l'hygiène. — Celte rapide revue des maladies évitables révèle la préoccupation capitale des hygiénistes contemporains : la lutte contre les agents extérieurs des maladies. Mais il est un côté par lequel il importe non moins de songer à l’homme lui-même, qui est le terrain de ces maladies.

Les agents infectieux sont très répandus; pour bien dire, ils nous pénètrent; ce que Verneuil a exprimé par le terme heureux de microbisme latent. Cependant, ils sont bien loin de réussir toujours; il faut une adaptation réciproque du germe et du terrain, une prédisposition de celui-ci. Même quand ils ont réussi à s’implanter chez l’individu et à provoquer une maladie, il arrive que, dans la lutte pour l’existence entre la cellule animale et le microorganisme pathogène, la première l’emporte ou succombe selon que l’événement l’a trouvée plus ou moins robuste.

Or, l’adaptation de l’individu et la débilité de la cellule animale sont liées à un même état d’infériorité vitale chez l’individu, état qu’il faut empêche de se produire et remplacer constamment par le plus large épanouissement possible de la vitalité humaine.

En poursuivant ce but, l’hygiène ne cesse pas de s’occuper des milieux extérieurs ; elle serre seulement de plus près leur action sur l’homme; elle vise toujours à conserver la santé et, de plus, à X augmenter. Il va sans dire que l’intégrité des milieux, qui était déjà le préservatif contre les germes nuisibles, est encore le tonique le plus sûr, à ce point de vue général. L’air qui sent mauvais, l’eau affadie par les matières organiques, la misère et le surmenage, n’engendrent pas la fièvre typhoïde; mais ils allanguissent les fonctions et la vitalité du consommateur; ils le disposent à la fièvre typhoïde et à beaucoup d’autres, dès que le germe se présentera. C’est donc faire de l’hygiène positive, que d’assurer aux groupes l’air pur, l’eau pure, une alimentation salubre et suffisante, un travail bien équilibré.

Mais, en outre, nous disposons de moyens scientifiquement institués de provoquer le développement des forces et de la résistance. C’est l’exercice méthodique, X entraînement, la gymnastique. Nous dirons, en son lieu, ce qu’il faut entendre par ces mots. Dès maintenant, retenons la nécessité de l’hygiène active, qui est la meilleure manière de se défendre. Les anciens en avaient grand souci; les Grecs ont été les maîtres de la gymnastique. Il est possible qu’elle n’ait été, pour ainsi dire, qu’un des modes du culte du beau, chez ce peuple idolâtre de la forme humaine. Soit; il ne serait nullement à regretter que nous revinssions à ce culte, décidément trop négligé à notre époque d’usines et de fabriques.

Division. — Les divisions introduites dans l’étude de l’hygiène ne valent que par la clarté qu’elles y apportent; il est des distinctions, peut-être logiques, qu il faut sacrifier à ce but essentiel. Nous croyons, d’ailleurs, que la distinction en hygiène privée et hygiène publique repose, toute classique quelle soit, sur un simple abus du mot privée. En médecine, il n’y a que laclinique qui fasse du particularisme; l’hygiène s’y prêterait certainement, mais en pratique et non dans un livre. En réalité, l’hygiène privée des au-

INTRODUCTION

teurs traite du sol, de l’eau, de l’air, etc., et se trouve être l’hygiène de tout le monde, que nous préférons appeler générale. A la vérité, cette conception entraînait à séparer aussi le sujet et la matière de l’hygiène. Nous pensons qu’il faut laisser le sujet (l’homme) à la physiologie et ne particulariser qu’en faveur de certains groupes naturels, qui usent effectivement d’une façon spéciale des objets de l’hygiène commune.

A notre sens, cette vaste étude pourrait être fructueusement répartie en trois branches :

1° Hygiène générale ;

2° Hygiène spéciale ;

3° Législation et police sanitaires.

A. L’hygiène générale prend l’homme comme le résumé d’attributs absolument communs à tous les individus de l’espèce, et envisage les rapports nécessaires de cet être abstrait avec les agents ou milieux cosmiques qui peuvent influencer la santé, soit naturellement, soit par suite de la présence même de l’homme. Il est facile de voir que cette série de rapports est également commune et fatale ; tous les hommes la subissent et même la partagent avec le reste des êtres vivants, tandis que les rapports qui feront l’objet de l’hygiène spéciale sont particuliers et habituellement libres , impliquant des situations que l’homme seul est apte à se créer.

Ces rapports nécessaires comprennent les objets suivants, énoncés dans un ordre qui a paru naturel, mais qui pourrait être dérangé sans le moindre inconvénient :

1° Le sol, ou support commun;

2° L’eau, modificateur commun ;

3° L’atmosphère, milieu commun, dans le sens le plus vulgaire du mot;

4° Les organismes inférieurs, qui pénètrent tous les milieux;

5° Les abris, comprenant l’ habitation et le vêtement, qui est un abri portatif; tous deux, modifcateurs communs à l’homme et aux animaux, quoique à des degrés différents ;

6° Les soins corporels;

7° Les aliments. On y joindra les boissons artificielles, seul objet qui soit exclusif à l’homme ;

8° L’exercice et le repos.

B. L’hygiène spéciale sépare absolument l’homme du reste des êtres et en fait tout d’abord, dans la série animale, un groupe social. Dans ce groupe, elle en distingue un certain nombre d’autres, très réels, dont les rapports sanitaires avec le monde extérieur ont une nuance qu il convient de marquer, en approfondissant certains détails et en formulant des règles qui adaptent les principes généraux à une situation caractérisée.

Elle paraît devoir embrasser les études suivantes :

1 a Hygiène sociale (anthropologie, ethnologie, démographie);

2° Hygiène de V enfance ;

3° Groupe scolaire ;

4° Groupe rural;

5° Groupe urbain ;

CARACTÈRES ET PORTÉE DE L’HYGIÈNE. la

6° Groupe industriel;

7° Groupe militaire ou marin ;

8° Hygiène des prisons (groupe carcéraire);

9° Hygiène des malades (hôpitaux, assistance, prophylaxie spéciale).

C. La troisième partie comprendra l’organisation de Y hygiène publique dans les divers pays, tant au point de vue national qu 'international, les autorités et agents sanitaires, les lois et pénalités.

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