‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 15 sur 268 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DU SOL

Définitiou. — Le mot sol veut dire proprement surface ou support. La surface terrestre, rien qu’au point de vue de l’hygiène, serait déjà une vaste étude. Mais, de même qu’en agriculture, on a été conduit ici à étendre notablement le sens du mot et à l’entendre de toute la partie de la croûte terrestre qui peut avoir une influence sur la santé des humains. C’est plutôt la signification du latin tellus, auquel ne répond pas tout à fait notre mot : terre ; mais l’adjectif tellurique est passé dans la langue de l’étiologie. (Les termes allemands: Boden , Grund, et même Erclc, adaptés à des nuances un peu différentes, renferment plus que notre mot sol l’idée à laquelle se rattachent les études de l’hygiène. 11 en est de même de l’anglais ground, soil.) Dans tous les cas, l’eau qui imprègne les premières couches terrestres rentre dans le sujet actuel.

importance «le cette étude. — Les êtres vivants sont sortis du sol et y retournent. L’homme n’est pas un de ceux qui y soient le moins rigoureusement fixés par un contact plus ou moins immédiat et permanent. « Tout ce que la terre produit est conforme à la terre elle-même », ont répété Hippocrate et Montesquieu, à deux mille ans de distance : cet axiome est passible de puissants correctifs qui se présenteront d’eux-mêmes un peu plus tard ; mais il conserve une grande part de vérité. Le sol ne fait pas, à lui seul surtout, les différences ethniques non plus que les affinités pathologiques, que poursuit la géographie médicale; mais il y contribue.

En fait, l’homme emprunte d’abord aux produits du sol la part la plus constante, sinon la plus essentielle, de sa nourriture; et, puisque tous les sols ne sont pas également fertiles, ce qui est par trop évident, et qu’ils ne le sont pas de la même manière, il est clair que les propriétés naturelles du sol doivent nuancer profondément les caractères ethniques et peser d’un grand poids dans le mouvement de la population, selon les groupes. Ce qui arrive.

[Hygiène générale.] IMPORTANCE DE CETTE ÉTUDE. 17

Il convient que nous nous rendions compte de l’influence que peuvent avoir sur la santé les qualités visibles, la configuration de cette surface sur laquelle nous marchons, quoique, comme on le verra souvent, la question des influences de contact soit la moins importante et la moins difficile. Mais il faut surtout que nous sachions quels phénomènes nous menacent ou nous favorisent dans l’intimité de ces premières couches, où rien ne se passe sans que les êtres qui vivent à la surface ne risquent d’en recevoir le contre-coup. Ce qui retourne au sol n’a pas moins d’intérêt peut-être, pour nous, que ce qui en vient. Le sol reçoit, à sa surface ou à des profondeurs variables, les cadavres de tout ce qui a eu vie et les excrétions de l’homme et des animaux, masse énorme de matière organique qui, pour redevenir utilisable, doit être décomposée en ses éléments chimiques à l’aide d’opérations probablement redoutables. Il y a ici une action simultanée et réciproque de l’atmosphère et du sol; si la première fournit les agents de ces décompositions, c’est d’ordinaire dans le second ou à sa surface qu’ils accomplissent leur œuvre et se multiplient; puis, ils reviennent à l’atmosphère avec les gaz et les particules issus de la désorganisation ; le sol rend à l’air plus qu’il n’en a reçu. Ce n’est pas dans notre temps, où les phénomènes de putridité et de fermentation retiennent si puissamment et à si juste titre l’attention des médecins, que l’on peut hésiter à rechercher dans quelles conditions le sol se prête ou fait obstacle à ces processus, les rend inoiïensifs ou en favorise la nocuité.

De nos jours, on a posé définitivement le principe du respect des cours d’eau publics; mais c’est le sol qui doit purifier les eaux d’égout, rivières artificielles, chargées des déjections humaines et des résidus de l’industrie. Il est urgent de savoir dans quelles conditions de terrain, naturelles ou voulues, on pourra compter sur une filtration et une épuration irréprochables.

Les peuples d’Europe prolifèrent sur place et sont forcés de déverser leur trop-plein de population dans le courant de la colonisation lointaine. Comment reconnaître les qualités de la terre nouvelle, comment l’aborder si elle est meurtrière, et que doit-on attendre de sa mise en culture?

Sur quel terrain, haut ou déprimé, faut-il que l’homme élève sa maison, que le soldat plante sa tente? Si l'on n’a pas eu le choix ou que l’on ait commis des erreurs, que doit-on craindre et quels sont les moyens de parer au danger? Et puisque, dans nos mœurs, c’est encore la terre qui est la dernière demeure des humains, dans quelles couches est-il préférable d’installer cette putréfaction méthodique?

Le sol, par lui-même, immobilise les nuisances, tandis que l’air les dissémine. Ce n’est pas tout avantage, puisqu’il y a concentration dans le premier cas, dilution dans le second. Mais encore, cette concentration, sur laquelle on croirait avoir prise commodément, n’est peut-être pas très rigoureuse; l’air et l’eau du sol pourraient opérer une certaine diffusion des impuretés qu’il contient. La question, au moins, est à examiner.

Division. — Le sujet actuel comprendra les divisions suivantes : i° Constitution du sol;

AnNOüLü, Hygiène. 2e édit.

DU SOL

2° Rapports du sol avec l’air;

3° Rapports du sol avec l’eau;

4° Nappe souterraine;

5° Thermalité du sol;

6° Microorganismes du sol ;

7° Souillures du sol. Leur transformation.

8° État de la surface. Culture. Boisement. Marais.

Données géogéniques et géologiques. — L’histoire des premiers âges de la terre et des révolutions du globe ne s’est pas jusqu’ici montrée comme positivement utilisable pour l’hygiène. Contentons-nous de lui emprunter ce qu’il nous faut de lumière pour nous guider dans les conditions modernes. Il y a eu et il y a encore : 1° des formations ignées ; 2° des formations aqueuses; 3° des modifications métamorphiques des unes et des autres et souvent les unes parles autres. Dans l’hypothèse d'un état primitivement incandescent de notre planète, ce sont naturellement les formations ignées qui ont été fixées les premières; puis aussitôt, mais à leurs dépens, l’eau a précipité sur elles des sédiments qui, en raison de la proximité du feu central à cette époque, n’ont pu échapper au métaphorphisme ; enfin, les formations aqueuses sont devenues plus générales et plus nettes ; elles se continuent sous nos yeux (alluvions, deltas, dunes, etc.), sans préjudice des spécimens également contemporains de formation ignée, que nous offrent en petit les volcans ; ce qui, nécessairement, entraîne aussi, par points, la réapparition du mode intermédiaire, le métamorphisme.

Le fait que des roches d’origine ignée et massives se constituent encore aujourd’hui, simultanément avec les stratifications les plus modernes; la difficulté de savoir si jamais, en un point quelconque du globe, le géologue a pu contempler la portion réellement primitive de la croûte terrestre; la grande probabilité que le gneiss et même le granité ne sont pas les premières roches de fusion; toutes ces circonstances ont fait que les savants abandonnent peu à peu l’ancienne division des terrains en : primitif, de transition, secondaire, tertiaire , quaternaire, moderne, pour une classification plus fructueuse et plus vraie, reposant sur l’époque relative de l’apparition de la vie à la surface du globe et ses phases successives, révélées par les débris fossiles. D’où quatre grandes divisions de temps : Temps cosmiques, T. azoïques, T. paléontoniques, T. contemporains (J. Gosselet), et cette classification des couches sédimentaires, empruntée à Credner :

1° Constitution du sol.

Page 1