CROUPES DES FORMATIONS ARCHAÏQUES
lluronien ou formation des schistes cristallins (avec le Cambrien).
Laurenlien, ou formation des gneiss primitifs.
Le sol primitif, avec le granité, termine naturellement la série de ces étages.
Chacun de ces terrains vient affleurer à la surface, en tel ou tel point du globe; c’est même ainsi que l’on a pu les étudier. C’est là qu’ils prennent quelque intérêt pour l’hygiène, en raison de leur structure, de leur disposition, ou de quelque autre propriété intrinsèque moins évidente. Il est probable qu’en général un terrain quelconque, depuis le granité jusqu’à l’alluvion, ne possède pas de vertu qui lui soit conférée par son âge géologique ; on peut d’ordinaire décomposer la raison de sa salubrité ou de son insalubrité et reconnaître qu’il les tient de la nature de ses éléments, de leur mode de groupement, de la disposition de ses assises, etc.
Salubrité relative des terrains anciens et des terrains modernes. — On a, du reste, rarement opposé les terrains anciens, comme tels, aux terrains de formation plus récente, au point de vue de leur influence sanitaire respective. Foucault l’a tenté, en ce qui concerne l’immunité vis-à-vis du choléra, et Magne, sur la question du développement des épidémies de fièvre typhoïde. Encore est-il apparent que l’idée de l’influence de l’humidité se joignait chez le premier à la conception d’une propriété purement géologique. Quoi qu’il en soit, Fourcault fait remarquer que le choléra s’est particulièrement développé dans les trois grands bassins tertiaires de la France : en 1832 dans ceux de Paris et de la Gironde; en 1834 et 1833 dans le delta du Rhône, après avoir longé le littoral de la Méditerranée. On sait qu’il est entré chez nous, tantôt par nos ports de l’ouest, tantôt par Marseille ; or, lorsqu’il arrivait par le Midi, il s’arrêtait au pied des montagnes volcaniques et cristallines de l’Auvergne et du Cantal ; quand il débarquait sur le littoral breton, il ravageait la côte, mais ne gravissait pas le massif granitique de la presqu’île. Bien plus, les roches anciennes circonscrivant des terrains plus jeunes ou leur servant de frontière ont paru protéger ceux-ci contre le fléau ; les Vosges ont semblé empêcher, à cette époque, son passage au bassin tertiaire de l’Alsace; les terrains de transition des Ardennes, de la Bourgogne, de la Normandie, ont joué ce même rôle de barrière sanitaire, abritant contre lui, selon le sens de ses progrès, les terrains ter-
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tiaircs et carbonifères (Loire) situés derrière eux, tandis que le choléra sévissait avec la plus grande intensité sur les bassins carbonifères de l’Angleterre, de la Belgique et du nord de la France, qui ne sont point protégés ou isolés par de semblables roches. Yial et Dechambre ont confirmé généralement ces observations par leurs remarques sur des épidémies cholériques ultérieures, bien qu’en reconnaissant çà et là quelques exceptions à la règle. On sait aussi que ce sont des faits analogues, et principalement l’immunité proverbiale des quartiers de Lyon établis en sol granitique, qui ont servi de base à Nérée Boubée et à Peltenkofer pour établir les théories qui mettent en rapport avec l’immunité cholérique, non pas précisément l’ancienneté des roches, mais l’absolue imperméabilité de la surface du sol, propriété normale du granité non altéré, du calcaire compacte, etc.
Une telle loi s’est trouvée en défaut sur divers points. Mais celle de Magne l’est plus visiblement encore, puisqu’il s’agit de la fièvre typhoïde, dont les épidémies sont d’observation incessante en France. Cet auteur affirmait la fréquence infiniment plus considérable de la fièvre typhoïde sur les terrains modernes ; en particulier sur les terrains de formation postérieure aux terrains houillers, notamment ceux qui appartiennent au trias et à la formation oolilhique. Or, la prolongation forcée des observations a démontré que cet heureux privilège des terrains anciens est une illusion : « Je ne crois pas, dit Léon Colin, qu’il existe en France une garnison ou une ville qu’on puisse déclarer inaccessible à la fièvre typhoïde ; elle apparaît à toute altitude, sur des sols de toute formation, sur ceux-là même qu’on a considérés comme réfractaires par leur constitution. »
Du reste, l’idée qui est derrière ces formules se décèle facilement; la question se réduit, en somme, à la réceptivité du sol pour l’eau et les matières organiques. Mais il est bien clair qu’il faut entrer dès lors dans l’analyse des propriétés du sol. Si le granité accepte malaisément l’eau et les détritus putrescibles, c’est moins parce qu’il est granité que parce qu’il est imperméable. Le granité désagrégé cesse d’être réfractaire aux infiltrations et, par conséquent, d’être salubre. Kratter affirme que le crétinisme et le goitre endémique, en Styrie, sont attachés aux formations primitives et aux vallées d’alluvion où les détritus de ces roches se sont déposés.
Fécondité relative des terrains. — Il a pu arriver que les massifs granitiques interrompissent parfois la marche envahissante du choléra, simplement parce que l’aliment naturel des fléaux épidémiques, l'homme, manquait. En effet, le granité est infertile, ainsi que la plupart des autres roches primitives, et par conséquent n’attire pas la population. La culture exige la présence de la chaux, et le granité, les gneiss, les schistes, non plus que les coulées volcaniques, n’en possèdent une proportion suffisante. Notre grand plateau central, vaste masse granitique trouée par des volcans, dont les laves sont superposées çà et là au terrain primitif, n’est cultivé que dans les vallées; il est boisé sur les pentes, mais les sommets sont stériles. Ce n’est pas la fécondité du sol, mais l’industrie, qui peuple certains des départements appartenant à cette zone (celui de la Loire, par exemple), de même que c’est l’Océan et non la terre qui vaut à nos populations bretonnes
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leur densité. La facilité à l’émigration, traditionnelle chez les habitants de l’Auvergne, du Forez, du Limousin, est la conséquence de l’improductivité de leur sol. Ce n’est pas le manque d’eau qui entretient cette infertilité, car les phénomènes géologiques qui ont tourmenté le pays y ont précisément multiplié les sources, et plusieurs fleuves ou rivières s’en échappent. Mais, à aridité égale, les plateaux calcaires sont plus généreux à la population que les croupes granitiques. La différence se remarque précisément aux limites du Plateau central, où les assises calcaires de la Lozère et du Rouergue succèdent au granité. « Au nord du plateau calcaire de Larzac, aux assises unies, revêtues d’herbes fines (il n’y a d’eau que celle de l’atmosphère), s’élèvent les croupes inégales, couvertes de fougères, du Lévezou granitique; d’un côté sont les champs d’avoine et d’orge, çà et là même des fromentals; de l’autre sont les ségalas ou terres à seigle. Les paysans du calcaire, les Caoussenaous ou « Caussenards » se distinguent aussi à première vue, et fort à leur avantage, de leurs voisins du granité, les « Ségalains ». Le Caussenard, mangeur de pain d’orge et d’avoine et buveur d’eau claire, est grand, osseux et fort. L’habitant des terres cristallines, mangeur de seigle et de châtaignes, buveur de cidre, est beaucoup moins vigoureux. » (Élisée Reclus.)
Le seigle et le sarrasin, céréales pauvres, sont en effet la culture principale des sols granitiques. C’est encore là que le châtaignier prospère au mieux et donne les meilleurs fruits. On sait le rôle que jouent le sarrasin et la châtaigne dans la Bretagne, cette «terre de granité, recouverte de chênes » (Brizeux), avec ses landes et ses bruyères sur terrain cristallin, ses grandes collines à croupe infertile. Les indigènes fertilisent des parcelles de leur sol avec la vase appelée tangue , un véritable engrais de plantes marines et de coquillages, abandonné par l’Océan; ou encore avec le sable calcaire des dunes, le Iraez.
Il suffit de mentionner l’infertilité des hautes Vosges, des Ardennes, et d’y opposer la productivité des saillies parallèles du Jura. Toutefois, le privilège du terrain calcaire se perd par une perméabilité excessive: ainsi en est-il de la craie, en Champagne Pouilleuse, qui laisse filtrer jusqu’aux engrais et évaporer l’eau qui ne disparaît pas dans la profondeur.
En règle générale, les terrains stratifiés ont plus de chances d’être fertiles que les terrains massifs, puisqu’ils proviennent de la désagrégation et du mélange des éléments de roches primitives variées : ils sont, pour l’agriculture, plus complets. Peut-être pourrait-on ajouter que les sédiments les plus jeunes présentent cet attribut dans son plus haut degré, en raison de leur richesse de plus en plus grande en débris ayant eu vie et, par conséquent, formant déjà un ensemble bien équilibré d’éléments propres à la vie, y compris même de la substance organique. La « Vallée » de la Loire, ou plutôt la large plaine alluviale de l’Authion (Maine-et-Loire), peut passer pour un exemple de ces aptitudes.
Eléments principaux «lu sol. — Hoches. — La silice, la chaux, Y alumine sont les éléments constituants essentiels et à peu près constants de toutes
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les formations géologiques; il s’y joint, moins régulièrement et dans des proportions moins importantes, de la potasse, de la soude, de la magnésie, du Fer et du manganèse. Les trois premières surtout se retrouvent dans toutes les roches, massives ou stratifiées, et la différence entre les roches ne repose pas sur la présence ou l’absence de l’une ou de l’autre, mais sur la variabilité des proportions dans lesquelles chacune d’elles entre dans la constitution du terrain et sur le mode d’union des molécules constitutives. Un terrain, dans lequel ces divergences s’effacent, parce que l’industrie humaine est intervenue et que les débris organiques qui s’y mêlent tendent à équilibrer les proportions de chaque élément, c’est la terre arable, le terrain humifère ou humus.
Roches siliceuses. — La silice et les silicates d’alumine et de potasse prédominent dans certaines roches compactes ou fragmentées; sous le premier état, ces roches s’appellent granité, gneiss, grès; sous le second, cailloux, graviers, grève, sable.
Le sol où la silice prédomine est généralement salubre. L’imperméabilié et les fortes pentes des roches primitives qui en sont formées empêchent la stagnation des eaux et l’imbibition des couches superficielles; par conséquent, pas de foyer de putréfaction possible, ni d’humidité permanente; c’est plutôt l’excès contraire qui est à craindre. L’eau qui jaillit à la base des saillies granitiques est irréprochable. Cependant, les granités schisteux, facilement désagrégés par la pluie, sont capables de créer, dans les points déclives, dans le fond des vallées, un terrain nouveau, perméable et qui, sur quelques points (Bretagne), donne lieu à la formation de marais particulièrement dangereux. Il est à croire que ce danger résulte de l’imperméabilité du sol primitif qui a reçu les débris et devient dès lors le sous-sol : la couche perméable est trop peu épaisse pour faire disparaître toute l’eau, elle reste imprégnée, humide et d’ailleurs naturellement accessible à l’air nécessaire aux fermentations.
En effet, le sable siliceux, à grains plus ou moins gros, est salubre par lui-même, s’il est en couches de grande épaisseur ou si, étant même en couche mince, il ne repose pas sur un sous-sol imperméable. Partout, le sable est un support d’engrais, où la charrue n’a presque rien à faire. Autour de Versailles, des terrains sans valeur donnent ainsi de belles moissons, grâce aux fumiers d’une garnison de cavalerie. Les sables de la .Marche de Brandebourg, dit Pfeil, sont une supériorité de la Prusse et permettent, en effet, les irrigations autour de Berlin. Les sables de Gennevilliers et d’Achères sont, de même, un des côtés heureux de la situation de Paris.
Dans nos Landes françaises, dont le sol est un ancien lit de la mer recouvert par des sables de l’époque pliocène, il se passe un phénomène curieux, bien décrit par Élisée Reclus et qui a paru aux hygiénistes digne d’être relevé. « Les masses sableuses, qui ont en maints endroits une puissance de plus de 80 mètres, renferment seulement quelques couches d’argile; mais, à une faible distance audessous de la surface, les infiltrations de tannin et d’autres matières organiques ont changé le sable en une couche de grès d’un brun noirâtre qui présente 1 aspect et quelquefois la dureté du fer; en certaines régions, des veines de ce métal s’y