CALCULÉ
Angleterre, Écosse et Irlande
France
Belgique
Pays-Bas
Dauemark
Norvège
Suède
Russie d'Europe (1884)
Autriche
Hongrie
Allemagne
Suisse
Italie
1142 HYGIÈNE SOCIALE. [Hygiène
11 résulte de ce tableau que 1 accroissement annuel de notre population est actuellement de 3,43 p. 4000; mais si nous ne le devions qu’à nos naissances, il serait seulement de 2,32. Nous recevons plus d’un quart de notre augment par l’immigration. Quelle différence avec l’Allemagne qui, rien que par ses naissances, augmente de 8,3 pour 1,000 et trouve encore moyen d’envoyer chez ses voisins ou au delà des mers 434,700 personnes par an, de quoi porter à plus de 14 p. 1,000 son croît annuel!
■Influences qui règlent la natalité. — La mortalité et Y émigration sollicitent la natalité, en laissant du travail et du pain disponibles. « Dans un pays salubre , dit Bertillon, pour un même groupe ethnique et pour un même état mental la population et par suite sa multiplication ou sa natalité tend à se proportionner à la quantité de travail productif et disponible, pour le type humain étudié et pour un même degré de culture. » Ou encore : « Là où naît un pain naît un homme ». Seulement, nous verrons que le « pain », sous le rapport de la quantité ou de la qualité, n’est pas entendu partout de la même manière.
L’appel à la natalité par l'émigration est très énergique en Angleterre et en Allemagne, presque nul en France. L’appel par la mortalité est aussi moins intense chez nous qu’à l’étranger. On le voit néanmoins se révéler après les grandes épidémies, les guerres meurtrières.
Les peuples agriculteurs ont plus de naissances que les peuples pasteurs ou chasseurs, à qui il faut beaucoup d’espace.
L 'immigration ralentit la natalité, par la même raison que l’émigration l’excite, mais appliquée en sens inverse. L’immigration des ruraux dans les villes dispense les citadins de réparer eux-mêmes leurs pertes.
Certains climats sont une cause de dépopulation (Martinique, Islande). D’autres fois, c’est l’état politique (Irlande).
La faible natalité française est d’autant plus frappante qu’elle ne dépend évidemment pas de la faiblesse de la nuptialité. Il y a même des départements, comme le Gers, où la natalité continue à décroître en même temps que la proportion des mariages s’élève. Elle est un peu au-dessus de la moyenne dans le Nord (433 naissances), en Bretagne (4 10 à 413), en Alsace (126); mais fort au-dessous en Normandie (73 à 90) et dans le bassin de la Garonne (73 à 80).
Natalité comparée à la nuptialité.
Enfants par mariage.
Lozère 4,3
Nord 4,26
Hautes-Alpes 4,2
Gard 4,0
Pas-de-Calais, Morbihan, Finistère, Bouches-du-Rhôue 3,90
Orne, Gironde, Eure, Sarthe, Charente 2,5
Lot-et-Garonne 2,23
Il y avait, en 1883 (Lagncau), 30 départements où les naissances ne couvraient pas les décès. Malgré l’axiome cité plus haut, ce sont en général les plus riches et surtout ceux qui comptent le plus de propriétaires. Les Normands, prodigieusement féconds au Canada, ont donc
spéciale.] DÉMOGRAPHIE ET STATISTIQUE- H 43
quelque raison de ne plus l’être dans l’Orne, l’Eure, le Calvados. Cette raison n’est pas la perte d’un attribut ethnique.
Il y a une résistance instinctive, de la part de celui qui possède, contre la loi qui partage les biens du père entre tous ses enfants; pour éviter la « division de la propriété », on n’a qu’un héritier. Ce seraient des Malthusiens sans le savoir, si c’était là ce que Malthus a voulu dire. Nous ne croyons guère à la diminution de fécondité des femmes françaises de certaines zones, dénoncée par Hardy, quoique le savant professeur ait raison de constater l’excessif affinement de la nation. La contrainte morale [moral restreint), la limitation volontaire (Layet, Lagneau, Javal, Rochard) des conceptions et des naissances est, malheureusement, passée dans les habitudes de notre pays. C’est grave à tous égards.
L’Allemagne, dit Jacques Bertillon, qui a chaque année 500,000 enfants de plus à élever, en amène environ 343,000 à l’âge de vingt ans, en dépensant 4,000 francs pour chacun d’eux, soit : 1 milliard 376 millions. Nous économisons assurément ce milliard et demi; mais l’Allemagne a les soldats. Il importe de se « demander s’il vaut mieux avoir des soldats pour combattre l’ennemi et pour le vaincre, ou des écus pour le payer. »
Natalité illégitime. — Elle est dans les conditions suivantes, dans divers pays de l’Europe :
Enfants naturels pour 1 ,000 naissances.
France 78
— population rurale 44,5
— Seine ;... 268
Belgique 75,5
Bavière 150 à 222
Prusse 77,5
Saxe 152
Suède 92
D’une autre façon, pour 1 ,000 filles et veuves de 15 à 50 ans, il y a, par an, naissances illégitimes : Irlande, 6; Hollande, 10; Suisse, 11 ; Belgique, 16; France, 17; Angleterre, 17; Norvège, 19; Italie, 20; Suède, 22; Prusse, 23; Danemark, 29; Bavière, 42. C’est de 25 à 35 ans que les filles fournissent le plus d’enfants naturels (environ 43 p. 1,000 filles ou veuves, en France). La plus forte natalité illégitime est au nord d’une ligne qui, partant de l’embouchure de la Seine et de Rouen, passerait par la Champagne pour aller aboutir en Franche-Comté. Le département industriel du Nord en a une forte part. Il est vrai qu’ici, assez fréquemment, il s’agit de deux amants qui se sont essayés, et que le mariage suit la première naissance (Lafabrègue).
Il convient de remarquer que partout \q nombre des mort-nés illégitimes est supérieur à celui des mort-nés légitimes. En France, il est double. Il n’y a qu’une façon d’expliquer ce fait étrange : c’est que cette prétendue morli-natalité dissimule fréquemment l’infanticide.
Remèdes à la faible natalité en France. — La crainte du partage égal des biens entre les enfants paraît être la principale raison qui stérilise les pères. Il se trouve, d’ailleurs, parfois que ces biens sont une usine — impartageable et qu’il faut vendre à perle, à la mort du père, s’il y a plusieurs enfants. Oi , le rétablissement du droit d’ aînesse est impossible; le droit de tester est
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fort dangereux ; peut-être, cependant, pourrait-il Être réintroduit à la condition de ne s’exercer que dans la descendance directe. Un remède plus facile, et que conseille Jacques Bertillon, consisterait à changer l’état de choses actuel, en vertu duquel les impôts les plus lourds, les impôts de consommation, pèsent précisément davantage sur ceux qui acceptent d’élever des défenseurs à la patrie. Tous les agréments sont pour les célibataires et les ménages sans enfants; toutes les charges pour les pères de familles nombreuses. La loi de 1872 exempte des 28 jours le réserviste qui a quatre enfants. On n’a qu’à élever la prime, soit dans ce sens, soit dans celui qui vient d’être indiqué.
L’instruction et la moralisation (qui se ressemblent infiniment) pourront peut-être couper court aux étranges applications actuelles de la doctrine de Malthus. Lunier et J. Rochard ont fait ressortir très justement les maladies graves du système nerveux et de l’appareil génital, chez la femme particulièrement, qui résultent de ces tricheries dans les actes physiologiques. Il est bon qu’on les fasse connaître. Par ailleurs, le peuple français est encore plutôt trop bien élevé qu’immoral et incroyant. Si la dévotion devait le sauver, les trois quarts, au moins, de notre population compenseraient l’erreur de l’autre quart. Nous pensons que le besoin de posséder et de paraître a été surexcité, en France, beaucoup par la faveur dont on a entouré les entreprises industrielles; et que l’éducation de la femme, plus que nulle, fausse, entre les mains des religieuses de tout étage, n’a pas encore retrouvé son équilibre sous la direction laïque. Il y a là une pente à remonter.
mortalité. — II est de toute importance de distinguer la mortalité générale, c’est-à-dire rapportée à toute la population, et la mortalité spéciale ou par groupes d’âges.
Décès annuels pour 1,000 vivants de chaque groupe.