LES MALADIES DES PAYSANS
spéciale.]
ignorance de riijgiènc. — Les paysans, peut-être plus en France qu’ailleurs, sont encore en retard sous le rapporL de la culture intellectuelle. Si ce défaut leur amoindrit les chiffres de la criminalité et ceux des maladies mentales, en revanche il entraîne l’ignorance de^ premières notions d’hygiène, la persistance d’une foule de préjugés et de superstitions et, par suite, une sorte de résignation fataliste vis-à-vis des fléaux morbides à prévoir ou déjà régnants. Nos villages ne se débarrassent que très lentement des vendeurs d’amulettes, des rebouleurs, des guérisseurs qui ont un « secret ». On y croit encore que les croûtes sur la tête des enfants sont une protection, que la présence des poux est une garantie de santé, etc.
Il y a, de cet état de choses, sinon un remède immédiat, du moins une garantie d’amélioration progressive et indéfinie dans l 'école primaire , avec l’instruction gratuite, obligatoire et (nous ne le disons qu’au nom de l’hygiène) laïque. Il faut pour cela que l’école réalise deux conditions : 1° qu’elle donne une instruction solide, droite, scrupuleusement respectueuse de la vérité, dans laquelle des notions d’hygiène seront associées aux leçons de choses et de faits (agriculture et économie rurale surtout); 2° qu’elle soit elle-même un exemple et une application frappante d’hygiène. 11 ne suffit pas que le mobilier scolaire, l’exposition, l’éclairage, l’entourage de l’école soient conformes aux règles modernes; il est essentiel que l’on montre partout aux enfants la propreté en action, dans l’installation des latrines, du vestiaire, des lavabos et même de bains-douches, comme nous l'avons suggéré, ou d’une buanderie avec baignoires, ainsi que le propose Iiurel (de Gaillon).
« 11 faut que les locaux scolaires (circulaire du 15 juin 1876) présentent par leur étendue et leur disposition intelligente toutes les garanties désirables de commodité et de bonne hygiène; il faut surtout que l’air et la lumière pénètrent abondamment dans les salles de classe. » L’enquête faite par Iiurel sur 20 écoles rurales de Normandie lui a surabondamment démontré qu’aucune ne répondait entièrement au vœu ci-dessus exprimé et que beaucoup s’en éloignaient d’une façon déplorable. La statistique a, d’ailleurs, révélé qu’en France, sur 59,000 écoles communales, 34,000 ont des installations plus ou moins défectueuses; que 20,000 ont un mobilier scolaire à créer ou à changer; qu’enfin il y aurait plus de 17,000 écoles nouvelles à construire (A. Riant). Ce n’est pas une raison pour s’abstenir; c’est môme le contraire qu’il faut. Jamais les 20 millions nécessaires ne pourront être mieux placés.
Les maladies des paysans. — Les campagnes ne sont nullement à l’abri des maladies contagieuses ou infectieuses, transmissibles de l’homme à l’homme. Il est probable qu’en comparant deux groupes d’égale force, l’un urbain, l’autre rural, on trouverait chez l’un et l’autre la même proportion de varioleux, de rubéoleux, de typhoïques, etc., pourvu que le relevé slatislique portât sur un laps de temps suffisamment prolongé. Il est môme à prévoir que la variole se trouverait plus fréquente et plus grave à la cam-
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pagne, parce que l’on y est moins soigneux de la vaccination et des revaccinations que dans les villes.
Mais les épidémies de ces affections spécifiques présentent, par rapport aux petites localités, ce caractère intéressant, qu’après y avoir fait un séjour de quelques mois ou, tout au plus, de quelques années, elles sont cinq, dix, quinze ans et plus, sans reparaître. Ce phénomène s’explique par la faiblesse môme du groupe et la lenteur nécessaire du renouvellement de la population. Le fléau qui passe épuise la réceptivité de cette petite masse populaire; il faut longtemps pour que les naissances aient refait un élément réceptif dans le groupe et pour que ceux qui ont subi la première atteinte aient perdu l’immunité qu’elle confère.
Ces conditions sont éminemment favorables lorsqu’il de s’agit de saisir sur le fait la contagiosité d’une maladie comme la fièvre typhoïde , qui ne se laisse pas aisément reconnaître cet attribut dans les grandes villes. On retrouve fréquemment le premier cas et la source où le premier malade est allé prendre l’infection. Et l’on en conclut, avec raison, à la contagiosité de la typhoïde. A vrai dire, on ne cherche pas si, dans les dix ou quinze ans qui ont précédé, des habitants sont revenus au village, sans rapporter la maladie, après avoir cependant séjourné, à la ville ou dans un autre village, dans l’atmosphère d’un typhoïsant. Ce qui prouve au moins, quand cela arrive, que la typhoïde n’est pas d’une contagiosité énergique.
Lorsque la fièvre typhoïde est ainsi apportée au village, ce n’est point toujours par un typhoïsant venu du dehors, mais d’ordinaire par un habitant qui est allé passer, à la ville ou au village voisin, quelques jours ou même quelques heures dans une maison où il y a un ou plusieurs malades, c’est-à-dire dans un foyer. Celui-là tombe malade chez lui, au retour, et fait dès lors aussi un foyer dans sa maison; ses frères, ses sœurs-, sont les premières victimes; puis les amis ou parents, les voisins qui viennent lui donner des marques de leur intérêl.
Les souillures du sol et des eaux, la malpropreté à l’intérieur des habitations, la putridité, en un mot, ne manquent pas assez à la campagne pour que l’on nepuisse penser, avec le DrAlison, que cette préparation, impuissante par elle-même, a merveilleusement favorisé le développement épidémique du fléau. On se reporteà la théorie du substrat nécessaire à l’évolution du germe, selon Petlenkofer. Le fait est que le germe typhique se conserve très bien, dans le sol apparemment, à la campagne, puisque, dans les observations d’Alison et d’autres analogues, la plupart des villages sont en puissance de l’épidémie pendant deux ou trois ans, mais de telle sorte que deux bouffées successives soient séparées par un intervalle de trois mois à un an.
Dans l’épidémie qui, de 1873 à 1878, parcourut le canton de Baccarat (Meurlheet Moselle), Alison retrouve toujours le contage; mais celui-ci prospère d’autant mieux et conserve son activité d’autant plus longtemps que la putridité est plus manifeste dans la localité envahie. Le rôle de la putridité a paru tel à 1 auteur qu il a le plus souvent primé celui du contage et que celui-ci n’aurait pas atteint son effet sans celle-là.
Comme partout, le réveil des épidémies typhoïdes à la campagne est généralement estival ou estivo-aulomnal. On ne l’a vu que 22 fois sur 106 épidémies apparaître dans les mois froids. La fatigue des travaux d’été peut y être pour quelque chose, comme l’a pensé Gaultier de Claubry, en soustrayant à l’économie une
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pari de sa résistance; mais l’explication vraie est évidemment que la chaleur a déterminé la pullulation du germe dans les premières couches du sol et sa diffusion dans l’atmosphère.
Les autres épidémies, comme la variole , la rougeole , où le rôle immédiat du malade et la propagation par contact dominent l’expansion épidémique, sévissent plutôt en hiver, à la faveur de la concentration du groupe.
Le nombre et la fréquentation habituelle des animaux sembleraient exposer particulièrement les paysans aux zoonoses. Celles-ci, néanmoins, paraissent n’être pas plus fréquente au village qu’à la ville; elles le sont peut-être moins.
La diarrhée et la dysenterie n’y sont pas rares et proviennent des influences atmosphériques banales, mais surtout de l’usage de mauvaises eaux.
La dipkthérie, commune aux villes et aux campagnes, serait un peu plus meurtrière dans celles-ci (Lombard, Varrentrapp, Finkelnburg). Dans la province du Rhin, de 1875 à 1879, le croup et la diphthérie ont fait, suivant Finkelnburg, 12,5 victimes sur 10,000 vivants à la campagne et seulement 10,3 à la ville. Ce serait le contraire en Suède (Chervin).
La tuberculose , contrairement aux vues de Bergeret, est un peu moins meurtrière dans les campagnes que dans les villes. Les occasions de contamination y sont plus rares et les causes dépressives générales, qui préparent le terrain au germe tuberculeux, y sont moins actives et moins répandues. Selon Villemin, alors que la mortaliLé phthisique, dans les districts ruraux anglais, est représentée par 3,5 décès p. 1000, elle est de 4 p. 1000 à Londres ; 4,8 à Manchester; 6,4 à Liverpool. En France, la statistique des décès à la campagne est fort incertaine.
Les maladies de cause banale et principalement celles qui relèvent de la météorologie sont communes chez les paysans, qui subissent sans cesse ces influences. Cependant, il se pourrait que l’on dût diminuer ce cadre de la pneumonie, de la pleurésie peut-être et de quelques autres, dont on reconnaît tous les jours la spécificité.
Dans l’article qui va suivre, on trouvera de nouvelles comparaisons entre la ville et la campagne.
Médecine publique et agHintance. — L’hygiène des communes rurales est confiée à leurs municipalités, qui en ont encore moins souci que les municipalités urbaines, parce qu’elles ignorent davantage de quoi il s’agit. Layet estime qu’avec une « direction sanitaire départementale » et des inspecteurs en nombre suffisant, on pourrait obtenir des administrations municipales qu’elles usent de leurs pouvoirs en matière de salubrité publique. Il faut, au moins, essayer.
Les secours médicaux, lorsqu’il s’agit d’individus riches, s’appliquent et se payent, à la campagne, comme à la ville. Pour les pauvres, on est encore à la recherche de la meilleure organisation. En Italie, les Medici condotti ou médecins de canton soignent les pauvres et surveillent l’hygiène
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aux frais des communes, avec un traitement d’ailleurs dérisoire. En France, les médecins cantonaux fonctionnent pour le soin des malades seulement, là où ils existent. Un praticien officiel suscite toujours l’objection que les indigents n’ont pas le choix de leur médecin. En dehors des avis médicaux, de la consultation écrite et des médicaments distribués, il n’y aurait à peu près plus personne ni aucune ressource pour conduire le traitement des malades pauvres, pour secourir les vieillards malades, si, dans les petits villages, chacun ne s’employait pour venir en aide à celui de ses concitoyens qui souffre. Là, comme dit Du Mesnil, « il y a des pauvres, il n’y a pas d’indigents. » Dans les communes rurales de quelques milliers d’habitants, on ne se connaît plus et le sort des patients est moins assuré. C’est pour ceux-là que Du Mesnil conseille l 'hospice rural, créé et entretenu par des communes syndiquées à cet effet. L’institution semble applicable aux localités qui environnent Paris.
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