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ARTICLE IV

LE GROUPE RURAL

La santé et la vitalité des gens de la campagne sont supérieures à celles du groupe urbain. On se contente trop aisément, toutefois, de cette formule acceptée partout, et il semble que cette supériorité dispense les administrations et presque les hygiénistes de s’occuper des localités rurales. C’est là une tendance regrettable. La vérité est que la santé des paysans est en souffrance, malgré les chiffres, par cette raison que leur supériorité sanitaire est certainement moindre qu’elle ne pourrait et devrait être.

influence tin sol. — Les localités rurales supportent plus intégralement que les villes les influences telluriques. Toutes choses égales d’ailleurs, en ce qui concerne la situation topographique, l’altitude, le climat, les villages reposent sur un sol qui n’est presque pas modifié par l’industrie humaine et que le séjour du groupe ne transforme pas notablement, puisque le groupe est faible. Il est vrai que les influences banales du sol sont moins dangereuses que celles qu’il acquiert en supportant les humains; mais, quand on n’est pas menacé par celles-ci, on devrait atténuer les autres.

Cette circonstance et la médiocre envergure de l’agglomération d’habitations font que les villages ne sont nullement protégés contre l’impaludisme, si le sol autour d’eux est malarial. Les faubourgs des villes, en pareil cas, font écran pour le centre, en étant eux-mêmes assez maltraités. Les villages, avons-nous dit ailleurs, « sont tout faubourg ».

C’est à leur intention d’abord qu’il y a lieu d’appliquer les modes d’assainissement du sol décrits précédemment (p. 134). La culture de la terre remplit naturellement cet office, pour une part.

i/air rural. — L’air qui circule dans les villages est vif et pur. Presque rien ne le sépare de la masse atmosphérique ni de ses mouvements. Il est peu riche en microbes et le sol gazonné le débarrasse de ceux que les villes lui envoient. Par une compensation fâcheuse, mais qui pourtant n’équilibre pas ce bienfait, l’homme des villages ressent plus exactement que le citadin les propriétés physiques de l’air, le froid et le chaud, la sécheresse, l’humidité, la pluie. Outre que la masse des bâtisses ne contrarie guère le jeu des météores, les maisons rurales sont des abris imparfaits et, surtout, les habitants de ces localités passent plus de la moitié de leur vie, par état, au milieu des champs et des hois, bravant toutes les températures et souvent surpris par les revirements brusques du thermomètre, par les orages, les averses. Les maladies banales, dépendant de la climatologie, sont donc

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plus fréquentes à la campagne qu’à la ville. Cependant, le résultat définitif quant à la mortalité ne l’emporte peut-être pas autant qu’on pourrait croire ; parce que les paysans jouissent de la meilleure de toutes les protections : l’endurcissement.

Li’habitation rurale. — Le groupe rural puise sa réelle supériorité dans ces deux faits : la faiblesse numérique de la collectivité et le défaut de densité de l’agglomération. En France, il y a 70 habitants par kilomètre carré, mais, alors que les villes en comptent 386, les habitants des campagnes ne sont que 50 par kilomètre carré (Loua). Cela prouve, malheureusement, que les campagnes se dépeuplent au profit des villes; mais cela explique la salubrité dans laquelle vivent les villageois qui persistent.

Cependant, envisagée au point de vue des souillures qui l’entourent ou la pénètrent, l’habitation rurale est loin d’être irréprochable. Il faut bien, pour qu’elle ne soit pas remarquablement insalubre, que les flots de l’Océan atmosphérique la battent incessamment ; d’ailleurs, quiconque a observé la vie des champs, sait que l’on ne rentre à la maison, les trois quarts de 'année, que pour y manger et dormir: moyen infaillible de ne pas en ressentir l’influence.

Le paysan économise les portes et les fenêtres, qui payent l'impôt. Il loge sa famille et lui-même au rez-de-chaussée de sa maison, parce que l’on y est plus tôt arrivé, et que le premier étage, plus see, vaut mieux pour la conservation des grains et denrées. Il ne se préoccupe guère de faire la distinction de la pièce où l’on circule de jour, où l’on prépare les aliments, où l’on mange, de celle qui abritera le sommeil des siens. La propreté intérieure n’est pas dédaignée ; mais l’on revient souillé de boue et de sueur du travail des champs : on en rapporte une foule de choses et particulièrement des denrées alimentaires qui, pour peu qu’elles séjournent dans le logement, fermentent et sont un foyer d’émanations. Le maître fait volontiers communiquer sa chambre avec l’étable ou l’écurie; il n’aime pas être trop loin de ses animaux. Les écurie s elles-mêmes ont rarement l’ampleur, la hauteur de plafond, les baies d’éclairage et d’aération qu’il faudrait ; le sol en est très primitif, sans dalles ni pavés, n’ayant ni pente ni rigole pour conduire au dehors l’urine, si abondante, des herbivores. Le fumier n’en est pas enlevé assez souvent; on le laisse sous les animaux le plus possible, pour que, tenant moins de place, il soit plus riche. D’ailleurs, quand on l’extrait, c.’est pour l’accumuler, baignant dans une mare de purin, tout devant la maison. — Il est vrai que, pour les humains, il n’y a a pas de latrines; ou bien elles sont tellement primitives, que c’est une autre menace pour le sol, l’air et l’eau, autour de l’habitation.

Ces circonstances font soupçonner que la rue n’est guère respectée. Ce n’est presque pas une rue, mais une chaussée inégale et négligée, que bordent des maisons auxquelles elle sert de dépôt d’immondices ; à moins qu’il n’y passe un grand chemin ou une route, que l’administration des Ponls-elchaussées protège à ce titre. Là, du moins, il y a un sol en dos d’àne, des rigoles latérales pavées, et il est défendu aux fumiers de s’y étendre.

spéciale.] ALIMENTATION DES PAYSANS. 1205

Ceci porte à croire que les villages pourraient être considérablement assainis, si les administrations d’arrondissement et celles des communes voulaient leur appliquer les règlements qui existent, toutes les fois que le législateur n’en a pas réservé l’obligation à des groupes d’un chiffre déterminé. La dispersion et la stagnation des immondices autour des habitations, l’insalubrité intérieure de celles-ci, offriraient un vaste champ à l’activité d’adminislrateurs intelligents.

Il est clair, en effet, que, malgré les avantages naturels que lui donne sa situation, la maison rurale reste soumise aux règles communes (lre partie, chap. Y). Et il est si facile de l’étendre en surface, de donner aux pièces l’ampleur, la hauteur de plafond, les grandes baies d’éclairage et de ventilation, qui en assurent la salubrité !

Les latrines à la terre, les tonnes mobiles avec un absorbant très simple, semblent tout indiquées pour la maison des champs.

On ne saurait d’ailleurs, trop répéter aux paysans que leur propre santé ainsi que celle de leurs animaux exige l’applicalion des règles de salubrité aux écuries et étables. Les hommes ne subissent pas seulement, ici, les influences de voisinage ; ils séjournent fréquemment dans les écuries; les garçons de ferme y couchent même. Les données nouvelles sur la tuberculose ont imposé une attention particulière à l’égard de l’hygiène des vaches, chez qui la malpropreté, le confinement, favorisent la pommelière, d’où les menaces de propagation tuberculeuse à l’homme par les contacts, par la respiration dans une atmosphère où les vaches toussent, par le lait surtout. Les écuries et étables doivent donc avoir un sol peu élevé, en pente douce, avec un caniveau pour l’écoulement des urines, être hautes de plafond, percées de larges fenêtres et de cheminées ventilatoires entretenues soigneusement. 11 faut en finir avec le vieux préjugé du respect aux toiles d’araignée dans les étables (Goubaux, A. -J. Martin, Bertin-Sans). Dans l’intérêt des gens et des bêtes, le fumier doit être enlevé deux ou trois fois par semaine; s’il séjourne aux alentours de la maison, ce doit être sur un revêtement imperméable ou tout au moins sur une pente qui dirige le purin en sens contraire de l’habitation. Le sol des étables sera lavé après chaque enlèvement du fumier.

Alimentation des paysans. — Dans presque tous les pays d’Europe, l’élément végétal y domine (farines, pain, pommes de terre, féculents, légumes frais, fruits). L’intervention de la graisse sous toutes ses formes en relève notablement l’infériorité. Ce régime est suffisant, puisque les ouvriers des champs accomplissent de grands et pénibles travaux, sans que la race en souffre. Pourtant, il est probable que les conditions seraient meilleures, si la viande y entrait pour une part plus sérieuse.

Les paysans n’ont guère jamais le scorbut; mais ils subissent de profondes disettes dans tous les pays où la culture ne porte que sur une seule denrée alimentaire et où les relations commerciales sont difficiles ou nulles. C’est encore chez eux que l’on voit les maladies céréales, ergotisme, pellagre, les accidents consécutifs à la consommation de grains mélangés d’ivraie, de nielle, le lathyrisme, etc.

Les enlozoaires d’alimentation n’y sont pas rares. En France, toutefois, l'habitude de faire cuire exactement les viandes, qui s’est conservée il la campagne bien mieux qu’à la ville, protège sérieusement nos compatriotes.

LE GROUPE RURAL

[Hygièue

Les lombrics intestinaux, assez communs, proviennent apparemment de l'eau des puits, dont l’orifice à peine entouré d’une margelle en bois admet l’eau de la pluie qui a lavé le sol environnant. 11 va sans dire que les filtres sont inconnus. Notons aussi que les paysans, les enfants surtout, mangent sans précaution des fruits ramassés à terre, des herbes crues, cueillies à même dans les champs.

Nous avons parlé en son lieu de l’ approvisionnement d'eau des villages. Pour ce qui est des boissons alcooliques , nous notons seulement que l’ivrognerie, en France du moins, n’est pas encore aussi répandue à la campagne que dans les centres urbains.

L.c travail rural. — Il s’exerce aux champs, aux vignes, au hois.

Le labour, à la charrue ou à la bêche, est une cause d’attitudes, de callosités, d’arthrites, de déformations professionnelles. Les cultivateurs gardent presque l’inclinaison du corps en avant, vers la terre qu’ils travaillent sans cesse.

La semaille expose l’agriculteur à la poussière du blé chaulé (chaux, sulfate de cuivre, etc.). Dans le temps de la fauchaison et de la moisson, il subit les émanations odorantes des herbes coupées, probablement très inoffensives et qui ne sont pas la cause de la fièvre de foin ( Heu asthma). Les barbes des épis, les aiguillons des chardons, les échardes de paille, causent des piqûres aux doigts, des panaris ; il y a une ophthalmie des moissonneurs qui paraît être provoquée par le traumatisme de la rencontre des épis avec l’œil. Dans toutes les opérations qui s’accomplissent au dehors, les cultivateurs sont exposés aux coups de soleil ( maladie des moissonneurs : Martin-Duclaux, 1859), aux coups de foudre et aussi aux « coups d’eau», c’est-à-dire à toutes les conséquences du refroidissement brusque et de la répercussion sudorale par ingestion exagérée d’eau froide. Aujourd’hui que les machines à vapeur s’introduisent dans les grandes exploitations agricoles, on y est atteint d’acidents semblables à ceux de l’industrie, et spécialement de ceux qui résultent des explosions des locomobiles , que les constructeurs fournissent médiocres et que les cultivateurs «se plaisent à chauffer à un degré plus élevé que celui pour lequel elles ont été construites (Cornul).

Le travail à la grange, le battage et le nettoyage des grains, ne se font pas sans une poussière abondante, moitié terreuse, moitié organique, qui, pour être sans spécificité, ne produit pas moins sur les organes respiraloires un énergique effet d’irritation.

La culture des vignes, indépendamment des conséquences générales du travail de la terre, entraîne l’exposition aux poussières irritantes, dans le temps que l’on pratique le soufrage. La profession de vigneron continue à être l’occasion d 'asphyxies par l’acide carbonique, développé des cuves de fermentation.

Le travail au bois ( bûchet'ons , sabotiers, charbonniers, vanniers) s’accom pagne de chutes du haut des arbres, d’écrasement sous le poids de ceux-ci dans l’abatage, dans le charriage ou le schlittage ; de plaies par instruments tranchants, dans le débit des arbres; de panaris par échardes.

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