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CRÉMATION

spéciale.

tume par le christianisme. On sait que c’est encore de celle façon primitive que les bouddhistes de l’Inde exécutent l’incinération des cadavres; de ceux des riches seulement, à la vérité, car les pauvres sont simplement enfouis ou confiés aux flots sacrés du Gange.

La crémation a l’avantage de supprimer toutes les arrière-pensées qu’inspirent les cimetières, relativement à l’intégrité des milieux; d’éluder l’énorme souci qu'impose aux municipalités l’obligation de déplacer incessamment leurs cimetières et de trouver, à la périphérie des villes, de vastes terrains, désormais sans charmes et sans rapport, pour y installer des nécropoles que l’accroissement de population dans la cité vivante refoulera à bref délai. Elle permet de lutter, après un siège, une bataille, une épidémie, contre l’amoncellement des cadavres. Elle a certainement aussi quelque supériorité d’esthétique.

On lui reproche de heurter des coutumes religieuses et d’amoindrir le culte des morts ; — de ne pas disposer de moyens pratiques simples et salubres: — d’annuler l’action de la justice, en supprimant les recherches médico-légales post mortem.

Aucune de ces objections ne tient debout. On ne voit pas ce qui peut gêner l’exercice des cérémonies du culte, eL beaucoup de prélats, catholiques ou protestants, acceptent la crémation, qui ne plaît pas à l’évêque Freppel ni, dit-on, au pape. La médecine légale peut et doit opérer, quand il y a lieu, avant l’incinération; c’est beaucoup plus sùr que de faire des recherches sur des débris cadavériques exhumés après des mois et des années. Et puis, il vaut mieux laisser passer cent coupables que de faire condamner un seul innocent. On dispose de bons fours crématoires, le four Siemens, le four Gorini; s’ils n’existaient pas, on les inventerait aisément.

De même que la société YUrne, en Allemagne, a obtenu de faire la crémation à Golha; que la société de crémation de Milan (Keller, Polli, Brunetti) a réussi à introduire ce mode de sépulture dans la loi italienne; de même la Société française pour la propagation de la crémation a préparé le moment où le député docteur Blatin a fait insérer dans la loi française sur la liberté des funérailles cet amendement :

« Tout majeur ou mineur émancipé en état de tester peut déterminer librement le mode de sa sépulture, opter pour l’inhumation ou l’incinération...»

Le. Sénat ne l’a point modifié essentiellement.

GaetanoPini, en 1884, constatait l’existence dans le monde de trente et une sociétés de crémation. La Flamme (de Berlin) fournit les renseignements suivants sur le nombre total des crémations dans les différents pays jusqu'au 1er août 1888. Italie, 988; Gotha, 554; Amérique, 287; Suède, 39; Angleterre, 16; France, 7; Danemark, 1. — D’autre part, en 1884,1e Conseil d’hvgiène elle préfet de la Seine autorisaient l’incinération des débris humains venus des salles d’anatomie et représentant 3,000 à 4,000 cadavres par an.

8° Démographie et Pathologie urbaines.

Caractères de la population. — NOUS avons vu (p. 1139) les rapports numériques de la population urbaine à la population rurale. En France, la première est plus de la moitié de la seconde, et s’accroît tous les jours. Cependant, la plupart des villes françaises, Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, ont un excédent de décès (Paris et Lille ont, au contraire, un excédent de naissances , mais qui n’explique pas leur accroissement démographique). C’est donc que l’élévation du chiffre de la population urbaine provient

1232 LE GROUPE URBAIN. [iBygiène

d’une cause arliliciclle ; celle cause, c’est Y immigration des étrangers, d’une part; des paysans, de l’autre. L’immigration des paysans dans les villes, sensible dans presque tous les pays, devient inquiétante en France (Bertillon, Lagneau, Yillard, Layet, Cheysson). Il appauvrit d’habitants les départements de la Haute-Saône, de l’Ariège, du Cantal, des Basses-Pyrénées, des Basses-Alpes, de la Creuse.

Aussi, y a-t-il, à Paris, 1,118 individus de vingt à vingt-cinq ansp. 10,000 habitants, tandis que la moyenne de la France n’est que de 874 individus de ce groupe p. 10,000 habitants. En revanche, alors que tout le pays a 976 enfants au-dessous de cinq ans p. 10,000 habitants, Paris n’en a que 71 1.

Nuptialité urbaine. — Elle est généralement plus élevée que la nuptialité rurale. A Paris (1880), 9,78 mariages p. 1000 habitants; 9,27 dans le département de la Seine ; 7, 46 pour toute la France ; 7,3-4 pour la campagne seule. Toutefois, si l’on rapporte le chiffre des mariages au nombre des mariables , la situation est moins satisfaisante, puisque, nous l’avons vu, les adultes de vingt à vingt-cinq ans sontplus nombreux dans les villes. En réalité, d’après Bertillon, la nuptialité parisienne est de 62,4 pour 1000 mariables, chez les hommes, et 62 chez les femmes, tandis que les rapports correspondants pour toute la France sont 63 et 66,3. Il y a, d’ailleurs, à Paris, au moins 1 ménage concubin contre 10 ménages réguliers.

On se marie plus jeune à la campagne qu’à la ville.

Natalité urbaine. ■ — Absolument, la proportion des naissances est plus élevée dans les villes qu’à la campagne (273 naissances, à Paris, p. 10,000 habitants; 233 dans la population rurale française). Le côté heureux de ce fait s’atténue beaucoup si l’on tient compte de la force du groupe adulte dans les villes et du grand nombre des naissances illégitimes dans le même milieu (107 naissances illégitimes sur 1,000 naissances totales dans les villes, et 40 à la campagne, en France). En réalité, 1,000 femmes parisiennes nubiles, qui devraient fournir 102 naissances vivantes -(moyenne en France), n’en donnent que 88 (Bertillon).

A Berlin, sur 1,000 naissances, il y en a 440 d’illégitimes; à Bruxelles, 280 (Janssens).

Mortalité urbaine. — Plus forte dans toutes les villes du monde qu’à la campagne, la mortalité urbaine est encore plus lourde par ce fait que les citadins comptent une plus grande proportion d’individus dans l’àge de la force et du travail.

Mortalité p. 1000 hab. (Layet).

Villes. Campagnes.

France 26,1 21,5

Belgique 25,1 21,1

Angleterre 25,0 18,0

Prusse 30,45 28.02

Italie 31,60 27,60

Saxe 32,15 27,50

Suède 26,5 19,65

spéciale.] MORTALITÉ URBAINE. 1233

Le département de la Seine, en 1882, a eu 26,3 décès p. 1,000; la population rurale française 19,9.

Dans chaque ville, les quartiers qui ont le plus d’enfants offrent la plus haute léthalité (Bertillon, J. lvorosi). Elle est aggravée aussi par l’excès de la population (J. Fodor), par l’habitation dans les caves et, au moins en ce qui regarde la mortalité, par les affections épidémiques, par le mauvais entretien des habitations.

Décès en 100 maisons (J. Fodor).

Très propres. Propres. Malpropres. Infectes.

Par le choléra 92 199 2G8 402

Par la fièvre typhoïde. . 165 177 182 356

Maliuiics causes de la mortalité urbaine. — James Stark reconnaissait qu’en Écosse, de 1853 à 1863, dans les comtés de Lanark et d’Edimbourg, la mortalité rurale est supérieure à la mortalité urbaine, par les maladies suivantes : scarlatine, croup , coqueluche, diarrhée, dysenterie , fièvre typhoïde. Il n’en est pas de même partout.

La diphthérie , sur certains points, est aussi plus meurtrière à la campagne qu’à la ville.

Dans la première année de la vie, pour 1,000 décès, il faut 5,210 naissances à la campagne et seulement 5,048 à la ville, où Vathrepsie, la gastroentérite enfantine font leurs plus grands ravages.

La mortalité par fièvre typhoïde se comporte comme il suit, p. 100,000 habitants (Voy. aussi p. 756).

Décès.

Paris (1874-1883) 76,2

Berlin (1873-1882) 56,1

Londres (1872-1881) 33,2 (1)

Bruxelles (1879-1884) 34,1

Munich (1881-1884) 17,3

Francfort-s. -M. (1876-1879) 21,0

Danzig (1880) 7,4

Cologne (1882-1885) 36,0

Décès.

Barmen-ElbciTeld (1S82-1 SS5). 28,5

Boston (1881-1882) 59,9

Lille (1880-1886) 29,7

Milan 108,8

Reims (1883) 90,6

Nancy (1881) 91,4

Turin 118,4

La variole est plus ou moins meurtrière selon que l’on pratique plus ou moins soigneusement la vaccination. A Berlin, Hambourg, Breslau, Munich, Dresde, où la vaccination est obligatoire, il y a de 1 à 2 décès varioliques p. 100,000 habitants. A Londres, 32,50; à Paris, 36,60; à Tienne, 97,20; Pétersbourg, 103,67 ; Prague, 151,00. La ville de Lille, où le Comité de vaccine repousse énergiquement la vaccination animale, a eu moyennement 51 décès p. 100,000 habitants, dans les sept années de 1880 à 1886 (Ch. Pilât). La garnison n’y est pour rien.

La rougeole cause 44,5 décès p. 100,000 habitants, à Paris; 35,4 à Bruxelles ; 19,7 à Berlin. La scarlatine, peu grave à Paris (11,7 décès p. 100,000 habitants), cause 54,4 décès p. 100,000 habitants à Berlin, 32,7 à Cologne, 93 à Barmcn-Elberfeld, 110,4 à Edimbourg.

(1) Pour lo typhus abdominal et le typhus exanthématique ensemble. La part du premier n’est peut-être que de 22 pour 100,000 habitants.

Arnould, Hygiène. 2° édit.

LE GROUPE URBAIN

[Hygiène

La fréquence et la gravité de la diphthérie s’exagèrent, pour le moment dans presque toutes les villes. A Paris, elle cause plus de 80 décès p. 100,000 habitants; à Bruxelles, 64; à Berlin, 117; à Munich, H2; à Dresde 200; Turin, Milan, de 145 à 180; New-York, 87,2; Boston, 182, 5! En 1880. 210 villes françaises au-dessus de 10,000 hab. ont fourni 4,838 décès diphthéritiques.

Tuberculose. — Selon G.Sormani, la morlalité phthisique est plus élevée dans les grandes villes manufacturières du Nord, que dans celles du Midi.

Décès tuberculeux p. 100,000 habitants.

Glasgow

Berlin

Boston

Liverpool

Bruxelles

Leipzig

Prague

Cologne

Turin

Brünn

New- York

Reims

Vienne

Munich

Lille

Paris

Rome

Bordeaux

Londres

Barmcn-Elberl'eld

Gênes

Maladies nerveuses. — Elles semblent être plus fréquentes dans les villes qu’à la campagne, ainsi qu’il ressort du tableau ci-dessous, emprunté à Finkelnbourg, pour ce qui concerne les provinces Rhénanes.

Mortalité par maladies du cerveau (p. 10,000 hab.).

LOCALITÉS

VILLES

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