L’AIR DU MILIEU INDUSTRIEL
spéciale.]
été dit, la compression est peu dangereuse; c’est la dépression, surtout si elle est brusque, qui cause des accidents (paralysies).
2° Dépression. — Nous nous bornons à renvoyer à ce qui a été dit (page 400) des voyages de montagnes, du séjour et du travail sur les hautsplateaux, des mineurs des Andes.
3° Température. — Elle est excessive dans le milieu des mineurs du fond , des ouvriers des forges et hauts-fourneaux, des verriers, boulangers, cuisiniers, chauffeurs des machines (navires traversant les mers tropicales), ouvrières du gazage des fils de coton, des séchoirs, étuves, etc. La chaleur est obscure ou lumineuse; dans ce dernier cas, l’action sur la vue s’ajoute aux effets généraux. Elle cause des accidents locaux ( brûlures ) ou généraux, plus ou moins rapides, pareils h ceux que nous avons décrits sous le nom d 'échauffement, de coups de chaleur (p. 332). D’autres fois la chaleur est pénible parce qu’elle est humide ( fileurs de lin, teinturiers).
Elle est insuffisante, ou peut l’être, dans quelques ateliers, qu’il convient, par suite, de chauffer par les moyens convenables, dans la saison qui le commande.
Une situation assez commune dans l’industrie, c’est le passage brusque de l’ouvrier d’une atmosphère chaude dans une froide (verriers, forgerons, fileurs de coton). Les verriers ont à la fois une partie de leur corps exposée au feu le plus ardent et l’autre refroidie par les courants énergiques de ventilation qu’on est obligé d’entretenir dans l’atelier; ils quittent le travail dans un état de surchauffement et, de même, quelle que soit la saison, ceux qui font partie de l’escouade de nuit se rendent au travail en sortant du lit. D’où les affections thoraciques ou intestinales à frigore par répercussion.
4° Humidité. — Dans les mines profondes, l’eau tombe incessamment des parois des puits et galeries. 11 y a des filatures de lin au mouillé; la céruserie doit l’être pour ne pas rester une [cause effroyable d’intoxication; les teinturiers sont presque toujours dans la vapeur. L’action de l’humidité est locale (macération de l’épiderme, ulcération, grenouille des débardeurs et ravageurs ; — c’est plutôt l’action de l’eau que de l’humidité), ou générale (voy. p. 373).
3° Constitution de l'air industriel. — Beaucoup d’ateliers sont très peuplés et, par suite, souffrent du méphitisme, de la toxicité de l’air expiré, des émanations cutanées et digestives du personnel; circonstances aggravées par la malpropreté des ouvriers, la rareté du bain chez eux, l’insuffisance d’aération assez fréquente des locaux.
6° Émanations industrielles. — Les unes sont organiques ( abattoirs , boyauderies, fabriques de colle forte, de noir animal, tanneries; manufactures de tabac, de chicorée; fabriques d'engrais. Vidanges, égouttiers, etc.), d'une innocuité relative; du moins, les ouvriers se défendent par l’accoutumance. D’autres sont irritantes (distillation do la houille, couleurs 'd’aniline) ou toxiques (sulfure de carbone dans la fabrication du caoutchouc, vapeurs de phosphore, dans la fabrication des allumettes; vapeurs métalliques : mercure, dans l 'étamage des glaces et la fabrication des chapeaux;
1238 LE GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène
plomb, dans la céruserie, la fusion des minerais; zinc, dans l’exploitation des mines de ce métal ; — l’intoxication par ses vapeurs, affirmée par Sclilockow, en 1878, est niée par Tracinski en 1888; — arsenic, dans la préparation de la fuchsine par le procédé Poirrier).
7° Gaz. — 11 s’en produit d’ irrespirables : l’acide carbonique (mines, hauts fourneaux, puits, caveaux), l’hydrogène carboné (mines). L’acide carbonique, avec la diminution d’oxygène qu’il emporte, l’hydrogène carboné, mêlés à quelques gaz tqxiques, à l’hydrogène sulfuré (P. Fabre), à l’oxyde de carbone, et peut-être aux vapeurs des dérivés de la houille (A. Manouvriez), paraissent avoir été fréquemment la cause de la maladie d' Anzin et de Chemnitz, l'anémie des mineurs , pour le moins rare, aujourd’hui que l’on ventile soigneusement les mines, et imputable pour une part à l’anchylostome duodénal (voy. pl. loin). — De toxiques : l’oxyde de carbone (mines, fonte des minerais, cuisines); les acides volatils du phosphore et l’hydrogène phosphoré (allumettes); l’acide sulfureux (grillage des pyrites, fabrication du bleu d’outremer); l’hydrogène sulfuré et l’ammoniaque (vidangeurs,1 égouttiers. Voy. p. 311 et 7oo); — d 'explosifs (grisou, gaz d’éclairage, d’ailleurs aussi irrespirables ou toxiques).
8° Poussières. — Au point de vue de leur nature, elles sont : métalliques (fabriques d’armes, de coutellerie, d’aiguilles, de limes) et causent la maladie des aiguiseurs (Solingen, Châtelleraut) ou Sulerosis; — pierreuses et produisent la phthisie des carriers , Chalicosis (carriers, tailleurs de pierres, de meules, plâtriers, ouvriers en porcelaine et émaux); — charbonneuses (. Anthracosis des charbonniers, des houilleurs, des fondeurs en cuivre); — végétales ( Byssinosis , bronchorrhée des fileurs de lin ou de coton; cigarières, cordiers, fariniers, etc.) ; — animales (brossiers, coiffeurs, chapeliers, pelletiers, tapissiers, chiffonniers).
Au point de vue de leurs propriétés, elles sont indifférentes, comme la plupart des poussières végétales; — traumatisantes, comme les poussières métalliques ou pierreuses, qui sont dures, anguleuses, pointues, et peuvent passer à travers la membrane des alvéoles pulmonaires; — toxiques, telles que les poussières mercurielles, plombiques ou arsenicales ; — enfin, virulentes. Celles-ci peuvent être fournies par la laine ou les peaux d’animaux atteints d’affections contagieuses (le charbon des ruminants, la morve des chevaux) ou surtout par les chiffons, qui ont été pris, maintes fois en flagrant délit de propager la variole et le choléra. Au témoignage de Krannhals, ils répandraient aussi le bacille de l’œdème malin (septicémie^1, et la maladie des chiffons ( Hadernkranhheit ) serait différente de la Woolsortersdisease, qui est le charbon.
Les poussières traumatisantes engendrent la vaste classe des maladies d’inhalation poussiéreuse, les pneumonoconioses . Les poussières toxiques provoquent des maladies générales ( hydrargyrisme , arsénicisme, saturnisme), dans lesquelles disparaissent les accidents locaux. Remarquons, encore une fois, que les poussières se déposent sur la muqueuse des lèvres, de la bouche, du pharynx, et peuvent être dégluties aussi bien qu'inspirées, agir par la voie digestive comme par la voie respiratoire.
spéciale.] ASSAINISSEMENT DU MILIEU INDUSTRIEL. 1239
Il n’y a pas de cuivnsme ni de zincisme. L’absorption de ces métaux paraît être inoffensive ; celle de leurs sels produirait des accidents aigus et immédiats, mais non une intoxication générale, chronique.
9° Luminosité . — L’intensité de la lumière des flammes, dans la métallurgie, la verrerie, congestionne les membranes de l’œil et compromet la vision ( asthénopie des forgerons). L’éclairage artificiel des usines est soumis aux règles que nous avons tenté d’établir (p. 683). Aujourd’hui, beaucoup de manufactures, avec raison, ont introduit la lumière électrique, dont les avantages sont connus. L’obscurité, au contraire, et la privation de la lumière solaire paraîtraient devoir influencer défavorablement la santé des mineurs. Cependant celte influence n’a pas de gravité.
Les mineurs ne passent que neuf à dix heures sur vingt-quatre, dans « le fond ». Ceux qui sont descendus à o heures du malin remontent à 2 heures; ceux qui descendent à ce moment sont remontés à minuit. Ils ne sont donc, ni les uns ni les autres, entièrement privés delà lumière solaire. Il le .sont assez, toutefois, pour subir une dépigmentation de la peau, que P. Fabre met, avec raison, au compte de cette influence. Peut-être que l’humidité agit dans le même sens. Mais il est très remarquable que les ouvriers, à qui leur lampe ne compense pas la lumière du jour, même au seul point de vue de l’éclairement, ne paraissent jamais se soucier de cette privation (A. Burat). D’ailleurs, l’insuffisance de lumière et d’insolation ne parait pas entraîner de conséquence morbide précise, autre que la dépigmenlation signalée tout à l’heure. Les chevaux du fond, qui y restent constamment et ne sont remontés au jour qu’une fois dans l’année (pour l’inventaire), se portent bien et spécialement ne sont pas anémiques (P. Fabre).
C. Assainissement «lu milieu industriel. — 1° Propreté des ateliers. — 11 est indiqué et il est de rigueur d’éloigner immédiatement des ateliers tous les déchets organiques et putrescibles ( abattoirs , magasins à viandes, etc.), toutes les eaux inutiles et sales. Il sera interdit aux ouvriers d’y manger, tant dans l’intérêt des locaux que dans celui des individus, dont les aliments seraient exposés aux vapeurs et poussières dangereuses. Les ateliers plus aisément atteints par des souillures venant du travail luimême seront construits de façon à pouvoir être lavés. Ces lavages devront être fréquents, mais toujours superficiels et non à grande eau. Lorsqu’il y aura lieu de soupçonner des souillures virulentes (magasins de chiffons), les lavages seront faits à l’aide de solutions antiseptiques.
2° Propreté des ouvrici's. — On peut la recommander aux intéressés ; mais il est clair que les industriels doivent intervenir, d’une part en l’exigeant, d’autre part en la favorisant. Il est presque toujours facile à une usine qui a une machine à vapeur de donner des bains à ses ouvriers, de leur ménager un lavoir, un séchoir. Quelques usines, en se réunissant, pourraient y arriver, rien qu’avec les eaux de condensation qu’elles jettent aux égouts. De même, là où se produisent des poussières et des éclaboussures toxiques, on mettra, à l’entrée des ateliers, un vestiaire et un lavabo avec du savon. Les ouvriers laisseront, dans le premier, leurs vêtements de dehors et ne les reprendront qu’après s’être débarrassés les mains et la face dans le second.
LE GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène
3° Condensation di.s gu Los gaz dangereux qui se produisent dans les opérations industrielles sont dirigés vers des compartiments spéciaux, d’ordinaire en contre-bas, où on les condense par refroidissement , ou par pression. Ceux qui sont solubles et possèdent quelque affinité pour l’eau sont condensés dans l’eau, comme l’acide sulfureux par le procédé que nous avons décrit ù l’occasion de la fabrication du bleu d’outremer et dans lequel l’action de la cbaux s’ajoute à celle de l’eau, ou selon l’ingénieuse méthode exposée par Hudelo pour l’assainissement d’un atelier de vulcanisation du caoutchouc. On se débarrasse de môme de l’ammoniaque, des vapeurs nitreuses, de l’acide sulfhydrique et de tout autre gaz incommode ou dangereux, en choisissant un absorbant approprié.
4° Evacuation et combustion des gaz. — Lorsque les gaz peuvent sans inconvénient être projetés dans la masse atmosphérique libre, ils sont aspirés localement au moyen de hottes simples — ou viLrées (sulfure de carbone), — généralement mobiles et pouvant s’abaisser ou se coulisser dans le sens horizontal. On peut encore les brûler en les ramenant au foyer même des chaudières (système Ballard). Aimé Girard conseille un procédé de cette sorte pour brûler les gaz des fabriques d’engrais. Les vapeurs mercurielles sont combattues par les aspersions d’ammoniaque. Celles du phosphore par l’essence de térébenthine (moyens médiocres).
5° Protection contre les poussières. — On enveloppe plus ou moins les machines qui produisent la poussière, la meule des aiguiseurs, les décapeurs mécaniques des céruseries, les moulins et blutoirs. Il est généralement interdit aux ouvriers de pénétrer dans la chambre où s’est déposée la poudre de céruse avant un délai de vingt-quatre heures après l’arrêt du blutoir.
Les poussières sont aspirées, sur le point même où elles se produisent, à l’aide de quelqu’un des moyens d’appel dont nous avons parlé à l’article Ventilation (p. 562 et suiv.).
La projection de vapeur d’eau, et surtout la pulvérisation d’eau, conseillée par Manouvriez dans les fabriques d'agglomérés , abattent les poussières.
L’idéal à atteindre est de ne pas en produire. Ce à quoi l’on arrive en substituant le travail au mouillé aux opérations à sec. Il y a dix ans que nous recommandons, avec Meurein et A. Gautier, Y humectation continue, à l’eau, puis à l’huile, dans la fabrication du blanc de plomb.
Enfin, les hygiénistes se sont évertués à inventer des masques et desi’espirateurs , appareils destinés il filtrer l’air immédiatement avant son accès aux orifices des voies aériennes. Ce n’est pas le lieu de les décrire en détail; citons seulement ceux de Tyndall, Steenhouse, Shaw, Paris, Poirel, Durwel, Robert, Layet, Henrot, Léard (rcspirol). Quand, avec les poussières, on soupçonne dans l’atmosphère des gaz dangereux, on a recours à des appareils qui assurent la communication de la bouche de l’ouvrier avec l’air extérieur au moyen d’un tuyau plus ou moins long et d’un réservoir (appareil Paulin, Galibert, Dcnayrouse, Fayol, etc.).
Malheureusement, à moins de circonstances très urgentes, les ouvriers
spéciale.] LES INSTRUMENTS ET LE TRAVAIL.
ont une grande répugnance pour les masques, qui leur donnent une physionomie grotesque et ne sont pas sans être gênants. Si l’on s’en sert, il ne faut pas négliger de nettoyer le filtre à air.
G0 Ventilation des ateliers. — La ventilation générale des ateliers — ou plutôt des chantiers, fussent-ils au fond d’une mine ou d’un tunnel en voie de percement — doit presque toujours être mécanique et de préférence par appel , c'est-à-dire par extraction. On n’a de sécurité que par ce procédé (voy. p. 597). Rien n’empêche, accessoirement et dans des conditions moins urgentes, d’utiliser l’appel parles foyers, par les cheminées. On a toujours une source de mouvement dans les grandes usines ; en utiliser une part à la ventilation est tout indiqué. Sauf le cas des poussières lourdes, on évacuera l’air vicié par en haut plutôt que par en bas. Dans les usines très peuplées, les couloirs, les cages d’escaliers, sont des gaines d’aération toutes trouvées.
On évitera de chauffer l’air de renouvellement des ateliers; la circulation d’eau chaude ou de vapeur au pied des parois nous paraît ce qu’il y a de mieux dans les locaux industriels. Pour ceux qu’il conviendra de rafraîchir, nous avons indiqué (p. 663) quelques procédés. L. Duchesne propose simplement, pour les ateliers de gazage des fils de coton, de ventiler par appel en haut à l’aide d’un faux plafond à lames mobiles et de faire passer, entre un plancher à claire-voie et un sol bitumé, une mince nappe d’eau, qui retiendra les poussières et abaissera la température par son évaporation.
11 va sans dire que, pour des cas spéciaux, il faudra extraire, au fur et à mesure de leur production et sur place, les gaz et les vapeurs nuisibles, comme on le fait des poussières. Cette règle trouve particulièrement son application dans la fabrication des allumettes phospliorées.
Les instruments et le travail. — Les contacts. — La peau étant un organe d’absorption, elle peut être la porte d’entrée des poisons solubles de l’industrie, sels de plomb, de mercure, d’arsenic. Elle traduit, pour son compte, l’irritation banale ou spécifique que provoque sur cette enveloppe l’humidité continue (. grenouille des débardeurs, rossignol des mégissiers) ; parfois concurremment avec la chaleur et les acides organiques (lactique, butyrique) mêlés à l’eau ( eczéma des lileurs et varouleurs de lin, de Leloir; mal devers ou mal de bassine des dévideuses de cocons). Ou bien, c’est le contact des choses salées, sucrées, avec pas mal de négligence, qui amène sur les mains une éruption multiforme (la gale des épiciers). Ou, enfin, le corps manié a des propriétés spécialement offensives pour la peau, comme les préparations arsenicales ( psoriasis arsenical , ulcères, etc.), pour les os ( nécrose phosphorée).
Les substances objets du travail. — Le plomb , le mercure , V arsenic, le phosphore blanc , le sulfure de carbone , sont « les grands poisons industriels ». Malgré les précautions les plus rationnelles, le maniement de ces substances est toujours plein de dangers. Le plomb est à la tête de ces substances à cause de sa grande toxicité, de son emploi excessivement répandu et, sou-
LE GROUPE INDUSTRIEL
[Hygiène
vent, de l’ignorance dans laquelle se trouvent les ouvriers de sa présence et de sa nocuité.
Professions exposées à l'intoxication saturnine. — Layet en a réuni quatre-vinglhuit auxquelles chaque jour ajoute une nouvelle variété, comme les fabricants d’instruments de musique en cuivre (Napias), les ouvrières en cartonnage (Du^uet) et généralement celles qui manient le papier coloré en rouge orangé, c’est-à-dire au minium. Voici les principales.
Affineurs de métaux.
Ajusteurs.
Apprôteurs d’appareils à gaz.
Artistes peintres.
Blanchisseuses.
Boulangers (1).
Bronzeurs.
Brossiers.
Broyeurs de couleurs.
Ceinturonniers.
Chauffeurs (mécaniciens).
Dentellières.
Dessinateurs en broderies.
Doreurs sur bois.
— sur laque.
Emailleurs.
Empaqueteuses (feuilles d'étain).
Essayeurs à la Monnaie.
Etameurs.
Fabricants d’allumettes chimiques.
— de capotes de voitures.
— de céruse.
— de cuir vernis.
— d’cmaux.
d’étiquettes vitrifiées.
Fabricants de toiles cirées.
— de gants.
— do braise chimique.
— de capsules pour bou-
teilles.
— de cartes glacées.
— de chromate de plomb.
— de crayons colorés.
— de mèches à briquet.
— de tôle émaillée.
— d’oxychlorure de plomb.
— de minium.
— de litharge.
— de papiers peints.
— d’acétate de plomb.
— de plomb de chasse.
— de potée d’étain.
— de tuyaux d’orgues.
— de verre mousseline.
Faïenciers.
Ferblantiers-plombiers.
Fleuristes.
Fondeurs de caractères.
— de plomb.
— de laiton.
Imprimeurs.
Lamineurs en plomb.
Lapidaires.
Orfèvres-bijoutiers.
Ouvriers du capsulage des bouteilles.
— du ficelage des bou-
teilles de vin de Champagne.
Ouvriers des mines de plomb.
— des manufactures de
glaces.
Parfumeurs.
Pharmaciens.
Peintres en bâtiments.
— en voitures.
Plombeurs de wagons.
Polisseurs de camées.
Potiers d’étain.
Potiers porcelainiers.
Serruriers.
Tailleurs de cristal.
— de limes.
Teinturiers et indienneurs.
Tisserands, tisseuses.
Tuiliers.
Verriers.
Vitriers;
Il convient d’en rapprocher les matières fulminantes , détonantes, aujourd’hui si fréquemment employées, sans parler de la fabrication des cartouches et des obus ( dynamite , artifices, amorces pour fusils d’enfants) et les matières facilement inflammables (essences et huiles minérales).
lie mouvement professionnel. — Tout artisan est astreint à la répétition outrée d’un nombre limité de mouvements, d’une variété uniforme d’attitudes, de contacts déterminés avec l’instrument ou l’objet du travail; il en résulte de l 'inégalité de développement dans les membres, des inflexions , des déviations du rachis ou même des extrémités, des callosités, des bourses séreuses et Ykygroma sur les points du tégument où la compression et les chocs professionnels convergent régulièrement (tourneurs, cordonniers, tailleurs, aiguiseurs, cloutiers, tonneliers, tisserands, etc.).
(1) Par l’usage du vieux bois pour chauffer le four, — et tout le monde par 1 usage du pain cuit dans ces conditions, — ou encore d’un pain fait d’uno farine qui a passé sur des meules dont les éraillures ont été bouchées au plomb fondu.
spéciale.] LES ACCIDENTS DE L’INDUSTRIE. 1243
Les souffleurs de verre finissent par avoir une dilatation du canal de Sténon; les compositeurs, les pianistes, les photographes (Napias), de même que les écrivains qui ont donné son nom à la maladie, sont sujets à un spasme des doigts dit crampe des écrivains ; les facteurs ruraux, les briquetiers, éprouvent une inflammation chronique des gaines tendineuses et le glissement des tendons s’y traduit par Yaï douloureux. Dans presque toutes les professions, la main des ouvriers se déforme, l’aponévrose palmaire se rétracte et, sans parler de la coloration des doigts des teinturiers, il y a une main professionnelle, que les médecins légistes utilisent dans les questions d’identité. Aujourd’hui que l’industrie vit de la division du travail, la monotonie et l’uniformité du mouvement qui accentuent ces déformations se rencontrent plus que jamais.
La continuité du mouvement est responsable de l’épuisement nerveux des ouvrières à la machine à coudre (A. Girardin).
Les accidents de l’industrie. — Ce sont : 1° les accidents de machines; broiements dans les engrenages, arrachements par les courroies de transmission on l’arbre de mouvement, plaies par les peignes de filature, les scies mécaniques, etc. Ces accidents sont souvent dus à l’imprudence ou à l’indocilité des ouvriers. D’après une statistique relative à l’industrie textile, que Duchesne emprunte à un fllateur de Lille, les accidents arrivés à Mulhouse, de 1880 à 1881, auraient été au nombre de 44, dont 18 « en dérogeant aux règles de prévoyance », et 12 « par maladresse ou imprudence ».
2° Les accidents par explosion de chaudière. — Ils sont dus à la mauvaise construction des chaudières, aux inscrustations des parois par les eaux calcaires, à la négligence du chauffeur qui n’a pas maintenu le niveau de l’eau, à l’imprudence du propriétaire qui, parfois, pour obtenir plus de travail, charge d’un poids la soupape de sûreté et porte la tension de la vapeur à un degré pour lequel la chaudière n’a pas été construite. Ce procédé est assez commun de la part des cultivateurs, propriétaires d’une machine locomobile.
3° Les coups de grisou. — Le grisou est un mélange gazeux dans lequel prédomine l’hydrogène protocarboné (gaz des marais), dans la proportion de 93 p. 100. Il préexiste dans les pores des massifs de houille, en plus ou moins grande abondance, et est mis en liberté par l’exploitation même des mines de charbon. Il gagne la voûte des galeries, en vertu de sa légèreté spécifique, mais se diffuse également dans leur atmosphère. Très inflammable, il détonne avec violence quand sa proportion dans l’air atteint 12 à 14 p. 100. Il prend feu à l’occasion des coups de mine, des étincelles provoquées par le choc du pic du mineur, d’accidents arrivés aux lampes de sûreté. L’explosion est singulièrement favorisée par la présence et par le soulèvement des pulvérins, sous l’influence des coups de mine. Les ouvriers sont brûlés, asphyxiés, projetés contre les parois des galeries, écrasés par les éboulements. C’est par groupes que se produisent les victimes, quelquefois par centaines.
1 244 LE GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène
Un peut rapprocher des coups de grisou, les é/joulemenls de provenance quelconque, qui arrivent dans les mines, les carrières.
4° Les incendies. Ils se piésentent assez fréquemment dans toutes les usines, mais plus dans celles qui emploient les huiles minérales, l’alcool, les matières textiles, la pyroxyline (celluloïd). Indépendamment du désastre matériel, chaque incendie est une cause de blessures, de frayeurs, d’asphyxies, dont quelques-unes mortelles, d’écrasements et de précipitations. En effet, là où il y a des femmes, l’affollement en présence du feu est tel, que beaucoup se réfugient sur les toits et s’élancent sur le pavé, ainsi qu’il est arrivé dans l’incendie de l’usine Dillie, à Roubaix, en novembre 1883 (onze filles ou femmes tuées).
Protection contre les accidents île l’industrie. — 1° Contre les contacts, on a pour défense les enduits (corps gras), les gants conseillés, à Lille, aux ouvriers cérusiers ; garantie médiocre, parce qu’elle gêne les ouvriers, qui s’en débarrassent.
2° Contre les substances toxiques , on a les mêmes moyens, et la propreté , c’est-à-dire le lavage exact des parties qui ont entraîné quelque chose du corps vénéneux. L’idéal serait l’abandon de la matière nuisible: la substitution du blanc de zinc au blanc de plomb, des soudures à l’étain aux soudures plombifères ; de la mélasse au mercure dans le secrétage des peaux destinées à faire les chapeaux de feutre ; du phosphore rouge au phosphore blanc dans la fabrication des allumettes ; des couleurs végétales ou des couleurs d’aniline pures aux couleurs arsenicales ou plombiques dans la vaste préparation des papiers peints, des étoffes, etc. L’industrie tente ces substitutions et y réussit en ce qui concerne les allumettes. Elle pourrait avoir le même succès dans la préparation des couleurs. Quant au blanc de plomb, la peinture en bâtiments prétend qu’il couvre mieux que le blanc de zinc ; mais elle n’a aucune raison d’exiger la céruse autrement qu’à l’huile, et il convient que l’État, que les Compagnies de chemin de fer, commencent par imposer à leurs entrepreneurs (marine, guerre, etc.) l’emploi exclusif de cette forme du blanc, ainsi que le Conseil d’hygiène de la Seine en a émis le vœu.
3° La substitution de la machine à la main de l’homme diminue beaucoup les déformations professionnelles. Ainsi, la substitution du soufflage du verre par l'air comprimé (le « père » Robinet de Baccarat, en 1824; Bontemps, maître verrier, en 1833; les frères Appert, à Clichy, en 1879), à la bouche de l’ouvrier appliquée sur la canne, supprime la dilatation du canal de Sténon, les gerçures des lèvres, la syphilis des verriers, la congestion pulmonaire et les affections cardiaques de ces travailleurs si dignes d’intérêt.
4° Les règlements intérieurs, la surveillance, la largeur des passages et surtout l 'enveloppement des mécanismes dangereux, qui se pratique dans tous les établissements bien tenus, sont une garantie contre les accidents dus aux courroies, aux volants, aux engrenages. La figure 260 représente un enveloppement de ce genre, à l’imprimerie Chaix. D’autre part, on doit avoir des moyens d’arrêter instantanément, non la machine à vapeur, mais
spéciale. PROTECTION CONTRE LES ACCIDENTS DE L’INDUSTRIE.
l’appareil particulier qui serait le siège d’un accident ( désembrayage ). D ailleurs, l’article 1-4 de la loi du 19 mai 1874 rend obligatoires, dans les usines, les mesures propres à séparer les ouvriers des appareils dangereux, « de telle manière que l’approche n’en soit possible que pour les besoins du ser-
Fig. 260. — Enveloppement d'appareils (Imprimerie Cliaix) /).
vice ». Malheureusement, cette disposition ne tombe que sur les usines où il y a des enfants.
o° Contre les explosions de chaudières , les plaques en métal fusible, les soupapes de sûreté, les indicateurs de niveau , le flotteur à sifflet ou muni d’une aiguille mobile sur un cadran, sont des préservatifs excellents, ù condition que le chauffeur ne néglige pas de voir et d’entendre. On emploiera de l’eau qui ne soit pas très calcaire, afin d’éviter les incrustations. Dans le département du Nord, il y a une Association des propriétaires de machines à vapeur avec un ingénieur à son service; en s’évitant des pertes matérielles, les membres de cette Société épargnent aussi des existences. La surveillance de la mise en service des appareils à vapeur est réglée par le décret du 1er mai 1880.
6° Le grisou n’existe pas dans toutes les mines. Le meilleur préservatif des malheurs qu’il produit, c’est la ventilation des galeries et culs-de-sac. Puis l’usage d’une bonne lampe de sûreté, qui est à la fois une protection et un avertisseur; enfin, les avertisseurs proprement dit (Ansell) et les grisouwiëO’es (Coquillion). Les lampes deMueseler, (fig. 261), de Combes, ou toute autre qui soit un perfectionnement de la lampe do Davy (fig. 262), sont actuellement employées.
7° Les explosifs et les huiles de pétrole, de schiste , ou essences, sont l’objet d’une réglementation spéciale.
La loi du 8 mars 1875 et le décret du 24 août de la môme année ont trait à la dynamite, mais ont eu surtout pour but le monopole de l’État et
(*) L, tambour do recouvrement do la courroie et de la poulie commandée. — K, gardc-fou placé eu avant du volant. — B, frein de calage du yolant.
1210 LE GROUPE INDUSTRIEL. [Hygiène
les intérêts du fisc. Le monopole n’a pu être respecté, puisque l’Administration admet aujourd’hui, non seulement la dynamite de l’industrie privée, mais même la dynamite de provenance étrangère. En revanche, les exigences fiscales poussent à la fraude, c’est-à-dire à faire circuler sous un faux nom des substances effroyablement dangereuses. C’est ainsi qu’en 1877 le fort Larmont sauta à l’occasion de la mise en sac d’une sorte de dynamite venue de Suisse sous le nom de matazietle. Cinq ouvriers furent tués. Le 14 mai 1878, une partie de la rue Béranger, à Paris, fut détruite, quinze
Fig. 2G1. — Lampe Mueseler [coupe).
Fig. 262. — Lampe portative de sûreté , système réglementaire (*).
personnes furent tuées, seize blessées, par l’explosion d’un magasin d’amorces pour jouets d’enfants. La ville du Havre faillit sauter, dans la nuit du 23 au 24 juillet 1886, par l’explosion d’un navire chargé de poudre et de dynamite. C’est donc, comme l’a fait ressortir L. Faucher, que la réglementation actuelle de l’industrie des explosifs est insuffisante. Or, il existe un règlement préparé en 1882, qu’il n’y a qu’à promulguer.
Le décret du 19 mai 1873 règle les conditions de fabrication, d’entrepôt et de vente des huiles inflammables. Bien que ces dispositions, comme d’ailleurs les précédentes relatives à la dynamite, visent simplement la sécurité du voisinage, elles ne profitent pas moins dans de larges limites
(*) A, anueau-anse. — S, socle réservoir d'huilo à poste fixe. — R, rondelle en matière souple, cuir, caoutchouc. — T, tubes saillants pour le trop-plein du joint à l’huile ou étoile.
spéciale.] L'OUVRIER. — AGE. — SEXE.
aux ouvriers, aux vendeurs et aux consommateurs, puisqu’elles ont tout d’abord pour but d’empêcher que ces substances ne prennent feu. C’est ce décret qui fait une première catégorie, essence inflammable, des liquides qui émettent, à une température inférieure à 35°, des vapeurs susceptibles de prendre feu au contact d’une allumette enflammée; une deuxième des autres, qui gardent le nom d'huile minérale.
Pour le reste, on prévient les incendies par la surveillance et par l’aménagement des moyens de les éteindre dès le commencement; sonnettes électriques d’alarme, seaux toujours remplis d’eau, placés dans les ateliers, bouches d’incendie nombreuses à tous les étages. Il existe un « extincteur Grimmell » américain, qui obture une bouche d’eau (au plafond ou sur un mur latéral), au moyen d’une plaque d’un alliage fusible à 70° (Biaise), et a déjà rendu des services. Il serait plus prudent de remplacer la plaque par un ressort commandant l’arrivée de l’eau et maintenu par une corde (Livache); l’incendie brûle la corde et détermine lui-même la projection de l’eau. En dehors de ces dispositions qui protègent l’immeuble, il importe de multiplier les issues abordables et faciles à trouver, les escaliers mobiles, les cordages, les passerelles. Les escaliers intérieurs, dans les ateliers à plusieurs étages superposés, ne sont rien moins que sûrs; ce sont des cheminées d’appel dans lesquelles se précipitent les flammes et la fumée.
L’imprimerie Ghaix, à Paris, est remarquablement pourvue en prévision des incendies. Les usines de Lille le sont généralement moins.
(Voir tableaux suivants).
2° L’ouvrier. — Conditions physiques et morales.
Les chances sanitaires des ouvriers de l’industrie dépendent de l’âge, du sexe, de la constitution, de l’état moral des individus, de la durée du travail, indépendamment de ce qui vient d’être dit du milieu et de la nature des industries.
11 y a un point d’intensité et de continuité dans le travail industriel dont l’homme n’est pas capable avant un certain âge, sous peine de subir une ■pémaluration physique, non moins grave que la prématuration intellectuelle.
Age. — Plus l’ouvrier est jeune, plus il a de chances d’abréger sa vie par le travail dans les poussières ou vapeurs toxiques, dans le méphitisme des ateliers. Ajoutons qu’il est plus imprudent et moins attentif vis-à-vis des machines et, d’ailleurs, que les influences antisanitaires sont plus graves dans la jeunesse, puisqu’elles contiennent la menace d’un arrêt de développement.
Sexe. — La jeune fille est encore plus compromise que les garçons par le travail aux ateliers; d’abord, parce qu’elle est naturellement plus délicate; puis, parce qu’elle subit l’évolution sexuelle, qu’elle est atteinte cinq ou six jours par mois de l’indisposition cataméniale, et que le développement de son appareil génital est particulièrement complexe et important.
LE GROUPE INDUSTRIEL
[Hygiène
Db la. régularité do cc développement, néanmoins, dépendront ses aptitudes physiques à. otie mèie. liai outre de ses attributs généraux, la femme
Tableau des principales relations étiologiques observées dans le groupe industriel.