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ARTICLE VII

LE GROUPE MILITAIRE OU MARIN

Les événements qui se sont accomplis en Europe, depuis moins de vingt ans, ont prouvé qu’au point de vue anthropologique les temps préhistoriques ne sont pas finis et que la IuLte pour l’existence reste ouverte entre les races dont la tète n’est pas faite de la môme manière, absolument comme nos ancêtres paléolithiques luttaient contre les grands ours et les reptiles gigantesques, et comme les hommes de Furfooz se superposaient à ceux de Cro-Magnon. Du moment que le fait existe, le mieux est qu’on l’ait reconnu. 11 n’est pas diL que l’adresse et l’intelligence ne primeront pas la force, ni que les peuples avisés et patients ne survivront pas aux tribus de proie, de même que l’homme faible et nu, mais qui a le cerveau et la main, a conquis le monde sur les fauves. Mais, en attendant, l’espèce se groupe en masses armées, énormes, et s’organise pour la bataille. Là est la raison d’être de l’Hygiène militaire et de l'Hygiène navale, qui, pour une part, est seulement une forme de la précédente.

L’hygiène militaire a pour but d’étudier comment le groupe viril, formé en vue de défendre l’existence nationale, se meut dans les conditions communes et de tracer les règles suivant lesquelles il peut user le plus avantageusement des milieux et des modificateurs communs.

C’est dire quelle n’est qu’un cas particulier de l’hygiène générale. Aussi les brillants écrivains qui l’ont cultivée ont-ils repris, et parfois même étendu, beaucoup des notions qui s’appliquent à toute l'humanité. Cependant, il y a lieu certainement à une spécialisation qui nous paraît devoir comprendre les trois chefs suivants :

1° Conditions propres aux soldats : âge, dépaysement, changement de milieu, vie en commun, dispositions morales.

2° Réglementation de l'hygiène : abris, vêtement, alimentation, exercices.

3° Morbidité et mortalité militaires en paix ou en expédition.

1° Conditions propres aux soldats.

L’étude du sujet de l’hygiène, encombrante lorsqu’il s’agit de l’homme abstrait, devient légitime en hygiène militaire, parce qu’il y a ici des conditions saisissables, dignes de particularisation, et dont la connaissance est utile.

Age des soldats. — Les soldats sont jeunes. La masse des armées est dans l’âge de 21 à 25 ans ; les dispositions qui vont être en vigueur en France resserreront encore ces limites. En deçà, il y a quelques engagés volontaires à partir de 18 ans. Au delà, quelques sous-officiers, la plupart des officiers et les hommes de la réserve , à l’époque de leurs appels; puis, l 'armée territoriale, dans des périodes d’appel de plus en plus courtes. Ces soldats intermittents échappent beaucoup aux influences de la vie militaire; les considérations qui vont suivre ne leur sont généralement pas applicables.

La jeunesse a la plus grande impressionnabilité morbide, sans avoir encore atteint toute la résistance possible. Les soldats sont donc en possession de la réceptivité entière vis-à-vis d’un grand nombre de maladies spécifiques,

spéciale.] CONDITIONS PROPRES AUX SOLDATS. 1283

qu’ils n’ont pas eu le temps d’avoir encore : fièvres éruptives, fièvre typhoïde, oreillons, etc. Il semble, d’ailleurs, que l’activité de la nutrition, à cet âge, favorise l’intégrité de l’absorption des germes pathogènes.

L’insuffisance de résistance fait le triomphe des causes des maladies banales. Les guerres du premier Empire, la guerre de Crimée, ont montré combien les troupes jeunes fondent vite, non devant l’ennemi, mais sous l’influence des agents météoriques, de la fatigue, des privations.

Le dépaysement. — 11 agit physiquement et moralement. Quand, pour le recrutement de l’armée, on transporte l’homme du nord dans les régions méridionales, celui des hauteurs dans la plaine, le riverain de l’Océan au pied des Alpes et vice versa, il est clair qu'il en résulte quelque trouble dans les habitudes physiques, et l’obligation d’une sorte d 'acclimatement, qui n’est pas sans danger. D’autre part, il y a une surprise morale, plus ou moins voisine de la nostalgie, et, dans tous les cas, constituant une situation dépressive. L’Allemagne a l’organisation régionale (sauf pour l’Alsace et la Lorraine), c’est-à-dire que chaque région se recrute elle-même. Ce mode a probablement d’autres inconvénients, mais il supprime l’acclimatement dont nous parlons et il va être appliqué, en France, avec quelques atténuations.

Changement de milieu. — Au point de vue qui nous occupe, le changement le plus dangereux pour les soldats consiste dans le passage brusque de la plupart d’entre eux du milieu rural dans le milieu urbain, de la vie de famille à la vie en groupe énorme, de l’air libre à l’air confiné. Nul n’a plus exactement relevé la gravité de cette situation que Léon Colin : « Pourquoi les soldats sont-ils plus particulièrement prédisposés aux atteintes des foyers miasmatiques? N’est-ce pas parce qu’ils sont si souvent les nouveaux venus dans ces foyers; nouveaux venus dans les villes, où règne la fièvre typhoïde; nouveaux venus dans les campagnes infectées par la malaria; nouveaux venus enfin dans les localités où allaient s’éteindre, vu l’accoutumance des anciens résidents, la fièvre jaune, le choléra, dont les germes semblent se revivifier au contact de ceux qui n’ont pas le bénéfice de cette assuétude? » (Léon Colin.)

Le nouveau venu est, en quelque sorte, le réactif de la salubrité d’un lieu et l’indice de l’influence épidémique latente qui pèse sur une localité, n’attendant pour éclore que des économies réceptives. C’est pour cela que l’arrivée des recrues fait éclater ou reprendre avec une nouvelle énergie, dans une caserne, dans une ville, la fièvre typhoïde qui allait disparaître ou à laquelle on ne pensait pas. La population civile a fait l’étoffe putride, terrain de fructification des germes; les soldats arrivent, vierges d’imprégnation miasmatique, absolument réceptifs; la fièvre typhoïde éclate et la population civile en prend sa part, coyant qu’elle doit le fléau aux troupes. Que si cette population est déjà en proie à l’épidémie, les soldats y participeront tout de suite, et l’intensité de l’épidémie de caserne pourra faire juger du degré d’imprégnation typhique de l’atmosphère urbaine.

La vie en commun. — La vie en commun, outre qu’elle nécessite aussi pour les soldats une autre sorte d’acclimatement et des plus périlleux, n’a

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nulle part une expression aussi haute et aussi complète que dans l’armée. Quoi que l’on fasse, les soldats sont forcément et constamment réunis en groupes, qui se répètent indéfiniment pour constituer la grande collectivité régimentaire. Dans les casernes, on peut ne mettre que 25,20 hommes ou même moins, dans une chambre; mais il faut bien que, tout autour de cette chambre, il y en ait de pareilles autant qu’il est nécessaire pour abriLer 2,000 hommes. La grande ressource, c’est le casernement à pavillons sans étage, séparés; encore, n’est-ce qu’une atténuation.

La vie en commun a ici, à un degré correspondant à son intensité particulière, tous les dangers du méphitisme atmosphérique, de la promiscuité respiratoire, des transmissions contagieuses, directes ou par véhiculation aérienne.

Léon Colin reconnaît, avec raison, une aggravation de l’influence de la vie en commun chez les groupes militaires : 1° dans l 'identité des individus agglomérés; 2° dans le chiffre élevé des agglomérations. — L’importance de cette dernière condition va de soi, et l’on ne peut, dans l’armée, que la restreindre, non la supprimer. Quant à la première, elle imprime un caractère fatal aux conséquences de la vie en commun et fait que presque toutes les maladies des soldats sont épidémiques. Avec une pareille uniformité de constitution physique, d’âge, de régime, d’exercices, d’allures de toute sorte, il est impossible qu’un grand nombre ne soient pas impressionnés à la fois et de la même manière par les agents météoriques ou les principes spécifiques de maladies. Il n’y a rien de semblable dans les familles, les prisons, les ateliers, quelque développée qu’y soit la vie en commun.

Il est à peine besoin de rappeler que, dans les casernes de cavalerie, le voisinage des chevaux et le harnachement ; dans toutes, les effets et chaussures des hommes, augmentent le méphitisme de la vie en commun.

Dispositions morales. — Les soldats des pays civilisés ont, à peu près tous, reçu une instruction qui leur donne quelque sûreté d’allures, et une éducation qui leur a, au moins, fait sentir la grandeur et la noblesse du devoir auquel ils satisfont. C’est beaucoup, en face des périls sanitaires qui les attendent, non compris les coups de fusil. Néanmoins, il est rare que ce groupe d'âge ait une maturité suffisante pour discerner toujours les dangers évitables. La jeunesse est imprévoyante et téméraire; c’est presque une tradition, chez les soldats, de dépenser inutilement ses forces, d’affronter puérilement des risques sérieux, de dédaigner les conseils de l’hygiène. Il faudrait bien enseigner de bonne heure aux jeunes gens la vraie manière d’être brave. Les soldats doivent mépriser les balles, mais redouter la fièvre.

2° Réglementation militaire de l’hygiène.

L.es abri». — Le soldat est logé, en paix, dans les casernes , les casemates, les baraques; en expédition (et même en manœuvres), dans des cantonnements, sous la tente , au bivouac.

Casernes. — Leur emplacement. — Les casernes sont à l’intérieur des villes, à la périphérie sous le rempart, ou tout à fait en dehors. Il est clair

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