CASERNES
spéciale. J
que l’hygiène préfère ce dernier emplacement, heureusement adopté pour les nouvelles casernes de Nancy, sans nier que diverses raisons puissent faire tolérer les casernes centrales. Quant aux casernes sous le rempart, nous avons toujours remarqué que c’est un voisinage fâcheux, compromettant l’insolation, l’assèchement des locaux et la circulation de l’air autour d’eux. Quelques bronchites, dues aux grands coups de vent, dans les casernes sans voisinage, sont moins graves que la fièvre typhoïde et que la tuberculose. W. Roth, à Dresde, a réussi à faire réunir en un seul emplacement, hors de la ville, les casernes, les hôpitaux militaires et tous les établissements qui se rattachent au service de la garnison. Cela nous a toujours paru une application outrée d’un principe excellent. Les Allemands eux-mêmes traitent cette Alberstadt de Casernopolis.
Construction. — On peut faire deux grandes classes des bâtisses à destination de logements militaires; elles sont à étages ou sans étages. Les premières comprennent les casernes du type quadrangulaire , ou à la Vauban, suivant lequel quatre bâtiments, de longueur variable et contigus par leurs extrémités, circonscrivent une cour intérieure, rectangulaire, et les casernes du type linéaire , formées d’un seul bâtiment allongé, quelquefois avec deux ailes en retour, aux extrémités, ou comprenant plusieurs parallélipipèdes du même genre, disposés parallèlement ou angulairement, les uns par rapport aux autres, mais sans se toucher par aucun point. Les autres sont représentées par les pavillons Tollet , en France, et les constructions Gruber-Yôlkner, en Allemagne, qui copient de très près les précédentes.
Entre les deux modes, il y a le type à pavillons séparés de la caserne Schomberg à Paris (la seule chez nous dans son genre), et le Block-System, très en usage chez les Anglais. Dans l’une et l’autre, une partie des pavillons comporte un étage ; les blocks ont, en outre, un sous-sol, que ne possèdent pas les simples pavillons. Ces deux systèmes excellents n’admettent qu’une population restreinte. Les armées modernes du continent ont peine à y tenir.
La plupart des casernes de nos vieilles citadelles réalisent encore le type Vauban, d'une façon plus ou moins exacte. On les garde, parce qu’elles existent. Je ne sais si c’est une économie. Le type linéaire se retrouve dans beaucoup de casernes dites à l'épreuve (de la bombe) et dans toutes celles que le génie militaire français a élevées depuis 1874. Les casernes à l’épreuve ont pour caractéristique le plafond cintré des chambres et le toit en terrasse, si favorable aux fissures et aux gouttières, dans nos pays. Quand une caserne comprend plusieurs bâtiments linéaires, il arrive quelquefois que deux d’entre eux, disposés angulairement l’un par rapport à l’autre, laissent entre leurs deux extrémités rapprochées un espace vide, justement tourné du côté du vent dominant de la contrée ou le plus froid, de telle sorte que les hommes qui se trouvent dans la cour reçoivent ce vent avec toute la vitesse qu’il a acquise dans l’étranglement. C’est une souffrance à éviter.
Disposition intérieure. — Toutes les casernes en bâtisse massive ont des étages multiples. Aujourd’hui qu’il y a, dans les casernes, tant d’autres services encore que le logement des hommes, nous nous abstiendrons de condamner la pratique d’un étage, ou même de deux étages habités, au-
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dessus d’un rez-de-chaussée, destiné à tout autre rôle que celui de dortoir ; à la condition, d’ailleurs, que les chambres ne soient point très peuplées et que la ventilation en soit assurée. L’habitation des combles est à repousser.
Les chambres peuvent être disposées dans le sens de la longueur du bâtiment ou perpendiculairement au grand axe. Dans les vieilles casernes Vauban, elles sont dans ce dernier mode, mais avec cette particularité fâcheuse qu’un mur derefend, régnant dans toute la longueur du bâtiment, divise toutes les chambres en deux parties, tout en faisant communiquer les deux moitiés par une ouverture cintrée, qui perce ce mur. Il y a une ou deux fenêtres à chaque extrémité de la chambre; mais ce qui reste du mur empêche l’air de se déplacer au-dessus des lits ; le courant d’aération est justement dans le corridor elle passage, où il ne sert à rien. Ce mur malencontreux a disparu des casernes élevées depuis 1874, où les chambres sont aussi perpendiculaires au grand axe, avec fenélres en regard. On reproche toutefois à cette disposition de multiplier les angles à poussières et les surfaces d’infection, en même temps qu’elle impose la communication de toutes les chambres entre elles par un couloir médian. Or, ce couloir, qui, à la vérité, existe souvent au rez-de-chaussée et est fort obscur, n’est que virtuel aux étages; il marque simplement la place des portes, qui peuvent se fermer, en cas de besoin, momentanément. Avec l’ampleur actuelle des bâtiments, si l’on faisait les chambres en longueur, il ne pourrait y en avoir qu’une ou deux (une de chaque côté du palier) à chaque étage. Ces chambres seraient immenses; on leur donnerait certainement trois ou quatre rangs de lits, une centaine d’habitants, et l’infection épargnée sur les parois se retrouverait dans l’atmosphère. Bien que l’on puisse être encombré à trois ou quatre personnes, l’encombrement est plus grave, avec le même cubage relatif, pour des raisons que l’on pourrait trouver, lorsqu’il comporte la présence de cent individus. Nous avons quelques casernes avec de pareilles chambres; l’expérience prouve qu’elles sont les plus mauvaises. Souvent, on les divise par des cloisons incomplètes, en bois, qui servent d’ailleurs à accrocher quelque objet; cela ne les améliore point, c’est le contraire.
Il existe quelques casernes dans lesquelles les chambres, toujours disposées transversalement, s’ouvrent sur un corridor latéral, qui a les fenêtres d’une façade. Ces chambres ne se commandent pas et ne sont pas mauvaises, si elles restent peu peuplées et qu’on use de l’air du corridor à leur profit.
On supprime peu à peu les poutres et poutrelles qui faisaient saillie au plancher supérieur de nos vieilles casernes et multipliaient inutilement les surfaces à poussières et à infection. Le sol des chambres est tantôt carrelé, tantôt revêtu de ciment, planchéié ou même parqueté. Le plancher de bois blanc est très suffisant, pourvu que l’on ferme les interstices des planches et qu’on revête celles-ci d’un enduit imperméable, huile de lin, goudron (ou mieux encore). Il va sans dire que le balayage après arrosage abondant, qui fait encore le bonheur des soldats, devra faire place au nettoyage simplement humide.
Casernement Tollet. — Ce casernement est constitué par des pavillons de 40 mètres de longueur sur 6m,30 de largeur et 6 mètres de hauteur, pouvant abriter une cinquantaine d’hommes en une seule salle, qui est, naturellement, en longueur. Ces pavillons sont séparés les uns des autres par un espace libre de 10 mètres; il en faut de 15 à 20 pour contenir un régiment d’infanterie. En plaçant de môme, à distance les uns des autres, les locaux annexes, école, infirmerie, cuisine, latrines, écuries; en plantant
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d’arbustes les espaces non bâtis à la périphérie du casernement, on donne à l’ensemble de celui-ci quelque chose des traits du Cottage-System, réalisé dans les baraquements du fort Vancouver, sur les bords de la Colombie (États-Unis d’Amérique).
Les pavillons sans étages de Tollet, pour casernes et hôpitaux, sont construits en matériaux imputrescibles et incombustibles (ciment, brique et fer). Les briques creuses permettent d’obtenir une paroi peu conductrice, quoique mince. Le sol est préparé suivant les règles habituelles et le plancher des salles, élevé de 50 à GO centimètres au-dessus du sol naturel, en est séparé par un espace que l’on remplit de graviers, de scories, etc. Le constructeur donne à cette bâtisse la forme ogivale (Cg. 263), en vue de supprimer les angles, où se collectionne la poussière, et d’augmenter le cube intérieur. Chaque homme a 18 mètres cubes d’espace. D’ailleurs, la ventilation du local est assurée (Voy. plus loin).
■Coupe d'un pavillon à rez-de-chaussée (Tollet).
I'ig. 2G4. — Coupe d’un puvillon à étage (Tollet).
Ce casernement a été réalisé à Bourges (casernes et hôpital), à Cosne, à Àutun ; les médecins militaires, Larrey, Sarazin, Dauvé, Chassagne, lui ont rendu bon témoignage et, en 1879, Ém. Trélat, rapporteur d’une Commission de la Société de médecine publique, qui visita les casernes de Bourges, fit ressortir leur supériorité à priori, par ce fait que l’infection des murs a douze fois moins de chances que dans les autres, tandis que le contact atmosphérique des habitants est augmenté. Finalement, l’influence sanitaire de ces logements est heureuse.
Fig. 2G3.
Toutefois, deux reproches leur ont été adressés, qui ont amené l’inventeur à modifier quelque peu ses procédés, sans rien changer aux principes. D’une part, on trouvait que l’air intérieur des pavillons ne reste pas suffisamment indifférent aux variations de la température extérieure; de l’autre, avec la masse des groupes militaires actuels et la multiplicité des locaux de destination diverse, dont les corps de troupes ont besoin, le mode primitif entraîne à occuper de trop grandes surfaces
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pour que le service et la surveillance n’en souffrent pas; sans parler du prix du terrain. Les constructeurs ont tenu compte de ces critiques, et les deux figures que nous reproduisons ci-dessus répondent précisément à leur nouvelle manière. 1° On a isolé la toiture par un large matelas d’air de la voûte ogivale et, sans augmenter l’épaisseur des murs, on fait des doubles parois, comprenant encore entre elles un matelas d’air. Nous avons dit l’efficacité de cet isolateur thermique. 2° On fait des pavillons à undtage, quand les administrations l’exigent; le rez-de-chaussée dans ce cas, a lui-même un plafond voûté (fig. 264); au faite de ce plafond, une large ouverture communique avec un tuyautage passant sous le plancher du premier étage, puis longeant les murs d’élévation et venant aboutir au-dessus du toit, par où s’aère aussi l’étage. Cette construction, qui a plus particulièrement en vue les hôpitaux, s’adapterait évidemment aux casernes.
Locaux accessoires dans les casernes. — La salle de police, la prison et même la cellule, comme tout local de détention, n’ont pas droit au confortable ; mais on ne saurait leur refuser la ventilation et la propreté. C’est ce que l’on s’efforce d’obtenir.
Le corps de garde mérite, au moins, les mêmes soins et de la lumière.
Cuisines. — Elles gagneront à être un peu séparées des logements. Les qualités qu’elles doivent avoir sont l’espace, des parois et surtout un sol imperméables, une aspiration parfaite des odeurs et buées, l’écoulement facile des eaux, une propreté scrupuleuse.
Lavabos et bains. — On ménage, en général, au pied de chaque escalier, un local dans lequel un tuyau de distribution d’eau, à mi-hauteur d’homme, courant horizontalement au-dessus d’un auget, alimente de petits robinets. Ce local est ouvert trois ou quatre fois par jour, et les hommes y font ou y renouvellent les ablutions de la face, des épaules et des mains. Pour que l’eau ne détériore pas les murs, on garnit ceux-ci de plaques d’ardoise ou de marbre. Le plus sûr serait de mettre le tuyau de distribution, linéairement ou circulairement, au milieu du local. La plupart des casernes ont une salle de bains-douches avec vestiaire (Voy. p. 837).
Infirmerie. — Notre règlement prescrit de l’isoler le plus possible des logements de la troupe et a bien raison. C’est, d’ailleurs, un diminutif d'hôpital, qu’il faut traiter avec quelque recherche, sous le rapport des locaux et du mobilier.
Ecuries. — Elles ont une grande importance dans les casernes de cavalerie. Le plus souvent, elles sont au rez-de-chaussée des bâtiments dont les hommes occupent les étages. L’hygiène des chevaux est si soignée aujourd’hui, que le voisinage des écuries n’influence jamais la santé des hommes. On remarque à peine l’odeur spéciale. A vrai dire, toutes les écuries ont, à la partie supérieure des fenêtres, ce large châssis basculant (et presque toujours basculé), que nous demandons avec insistance pour les chambres des hommes. — Nous avons parlé antérieurement des fumiers (p. 793).
Magasins. Salles d'école, cl'armes , logements d' employés, etc. — Nous nous bornerons à une simple mention de ces locaux, auxquelles s’appliquent les règles générales de l’hygiène.
Mobilier des casernes. — Le mobilier capital des chambres, ce sont les
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lits. Ils se composent du châlit , sur lequel reposent une 'paillasse, un mince matelas, des draps, traversin et couvertures. La paillasse, au bout de peu de temps, ne possédant plus d’élasticité et ne favorisant nullement la propreté, serait aisément remplacée par un sommier, si l’on en trouvait un modèle simple, peu coûteux et durable. Des sommiers Thuau, faits de cordes, sont à l’essai, en ce moment, et ne présentent guère que le défaut d’être froids. On leur cherche un isolateur.
On a proposé les- lits se relevant contre le mur, les lits-hamacs, qui permettraient d’élargir, pendant le jour, l’espace des chambres. Nous préférons qu’on ne recherche pas les locaux à deux ou à trois lins et que l’on sépare définitivement, du dortoir, les locaux de jour, le réfectoire d’abord.
Puis, il y a, dans la chambre, les râteliers d’armes, les planches à bagages et à pain, des bancs et des tables, aussi étroites que massives. Les régiments de cavalerie, en France, ont aujourd’hui des locaux distincts pour la sellerie ; mais les brides et les bottes sont toujours à côté de l’homme. La planche à pain expose à toutes les poussières et à toutes les émanations l'aliment principal du soldat; lui ménager une chemise est un palliatif; nous pensons qu’elle doit disparaître et le pain rester au réfectoire.
Ventilation et chauffage des casernes. — Le cubage réglementaire, dans les chambres, est, en France, de 12 mètres cubes par homme pour l’infanterie, 14 pour la cavalerie; en Angleterre, 17 à 18 mètres cubes; en Prusse, 13 à lo,30; en Autriche, 13,30. Le renouvellement de l’air se fait par les moyens les plus simples (Voy. Ciiap. Y, § 4 et 5). Les dispositions administratives actuelles, dans notre pays, n’admettent pas que l’on chauffe les logements des soldats, mais accordent le combustible strictement nécessaire pour fournir aux hommes le moyen de se sécher, quand le besoin s’en fait sentir. Le poêle de corps de garde traditionnel suffit à ce but.
Latrines. Évacuation des immondices. — Les développements dans lesquels nous sommes entré (Cuap. Y, § 7), au sujet de {'éloignement des immondices, et dont plusieurs traits visent spécialement les installations militaires, nous permettent d'être sobre de détails, au point où nons sommes arrivé.
En général, nos casernes n’ont qu’une espèce de latrines, et le cabinet qui les renferme est hors du bâtiment habité, quelquefois assez loin pour qu’un homme, pris d’un besoin nocturne, gagnant en hâte et à peine vêtu ces lieux à dislance, risque de contracter une maladie sérieuse. On y pourvoit à moitié par l’installation de baquets au pied des escaliers. J’estime qu’il conviendrait d'avoir, en outre des latrines reculées, des cabinets très voisins des chambres, ne devant servir que la nuit, bien éclairés et construits dans un système perfectionné, comme cela existe dans des casernes étrangères (Berlin, Dresde).
Pour le reste, les systèmes de latrines sont adaptés aux habitudes de vidange du pays et aux ressources de la canalisation locale. Par suiLe, nous avons, en France, une foule de latrines à la turque, médiocres, et que l’on complique bien inutilement de seuils, de cloisons, déportés en bois; beaucoup de latrines du système Goux-Thuasne, très supérieur au précédent, mais qui laisse à désirer sous le rapport de l’élégance et de la propreté; çà et là, une caserne vidangeant à l’égout, di-
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reclement ou par l’intermédiaire de la vidangeuse Mourus, assez voisine du procédé Goldner (p. 726) cl tout aussi disgracieuse. Nous tenons à recommander ici l’air et la lumière dans les cabinets des casernes et une surveillance aussi continue qu’énergique.
Les latrines de la caserne Schomberg, à Paris, situées dans de petits édicules à compartiments, très rapprochés des pavillons logeables, ont des parois imperméables (en lave), des orifices à la turque avec chasses d’eau balayant aussi les urines en avant de la lunette, des urinoirs séparés et l’évacuation à l’égout (Durand-Claye, Masson, Bouvard). C’est absolument louable et 'c’est un idéal dont il faut se rapprocher. Mais la caserne Schomberg, destinée aux gardes républicains, dont beaucoup sont mariés, est une caserne miniature qui a présenté des facilités particulières. Nous avons vu personnellement de très belles casernes; à Londres, où il n’y a pas de soldats et où les Horse-guards mènent une existence de gentilshommes ; à Zurich, où les soldats ne viennent que pour les périodes d’instruction. Les cabinets d’aisances y ressemblent à ceux d’une maison bourgeoise bien tenue. Le problème, — comme beaucoup d’autres pareils, — est moins facile à résoudre en Allemagne et en France, où l’on entretient constamment un demi-million d’hommes sous les armes. Ce n’est pas toutefois une raison pour l’abandonner.
Baraques. — C’est un abri de nécessité, qu’il est possible de rendre tolérable en luttant spécialement contre ses dispositions à être glacial en hiver et torride en été, sans préjudice des moyens de ventilation. On
Fig. 265. — Baraque à double toit, avec vérandah sur les deux faces.
donne, en conséquence, aux baraques, des parois doubles; souvent, l’une des deux parois est en bois et l’autre en brique et fer (baraques de Moabit, à Berlin) et l’on peut laisser un matelas d’air entre les deux. La bâtisse ne continue pas moins à être de construction rapide et relativement à bon marché. Mais la baraque perd alors l’un de ses principaux mérites, celui