‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 39 sur 268 · IJ U SOL · texte numérisé non relu

IJ U SOL

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lants» que Pasteur, à cette époque, annonçait comme étant les spores des bactéries. Fodor prétendit, plus tard, que l’organisme oxydant ou nitriticateur devait être Bacterium lineola, qui est extrêmement répandu. D'autres ont signalé Bacterium lermo comme l’agent spécial de la putréfaction, c’est-àdire de la décomposition des matières organiques en grande masse (comme les cadavres). Mais il paraît aujourd’hui que ces désignations s’appliquent à des collectivités plutôt qu’à des espèces distinctes (Eidam) et que les bacilles compris sous ces titres n’ont rien à voir avec la putréfaction. Heræus (de Ilanau) a prouvé, finalement, que micrococcus prodigiosus , les bactéries de Miller et celles de Finlder, les spirilles du fromage, staphylus citreus, le bacille du charbon et celui de la üèvre typhoïde peuvent être nitrificateurs de l’urine. 11 n’y a donc pas un ferment nitrique, mais des organismes aérobies nombreux et divers qui, vivant d’oxygène libre, sont aptes à l’introduire dans la matière azotée.

Il en est probablement de même du saprophyte réducteur, dénoncé par Gayon et Dupetit, Dehérain et Maquenne. On pensait alors pouvoir l’identifier avec le ferment butyrique de Pasteur, Bacillus arnylobacter de Van Tieghem, Clostridium butyricum, Bacillus butyiicus de Prazmowski. Mais déjà cette espèce est décomposée (Liborius, Hueppe) et, d’ailleurs, Heraeus et Fritz Gahen démontrent qu’un grand nombre de bactéries possèdent le pouvoir réducteur. Peut-être même que, selon les circonstances, la même espèce est oxydante ou réductrice (Aérobie ou Anaérobie).

2. Microorgaiiismes pathogènes. — Nous avons, autrefois ( Annales d' Hygiène, novemb. 1885, p. 410), émis l’idée que les microorganismes pathogènes, aujourd’hui généralement incapables de vivre autrement qu’en parasites chez l’homme ou les animaux, n’ont pas primitivement cette propriété — ou celte infériorité. — Ils appartiennent aux milieux extérieurs et trouvent là le champ normal, sinon de leur pleine végétation, au moins de leur conservation sous les formes durables.

Le sol est essentiellement ce milieu de conservation des organismes pathogènes; quelques-uns, d’ailleurs, s’y trouvent encore chez eux et s’y multiplient sans difficulté et sans être obligés de passer par l’économie des animaux supérieurs.

Toutefois, il ne convient pas de résoudre cette question par des à priori. La fameuse maturation des germes dans le sol, imaginée par l’École de Munich, a été une hypothèse imprudente. Le sol, surtout à quelque profondeur, n’a pas toujours la température de 16°, au-dessous de laquelle les microbes pathogènes ne se développent plus. Les bactéries pathogènes, fait remarquer Flügge, ont besoin d’une nourriture plus délicate que les espèces saprophytes et celles-ci accaparent les substances nutritives du sol avec une énergie dont les autres sont victimes (Miquel). « Koch a essayé de cultiver les bacilles du charbon dans le terreau, dans la terre riche en humus provenant des rives d’un fleuve, dans la vase, dans la boue mélangée d'eau; il n’a observé aucun développement. Praussnitz, à l'Institut de Flügge, a fait des recherches dans le même sens; mais, jusqu'à

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présent, avec aucune espèce de terre, ni avec aucun fumier, il n’a obtenu de multiplication des bactéries pathogènes » (Flügge). Schrakamp, comme nous l’avons rapporté ailleurs, a pu constater un développement des bacilles du charbon dans une terre préalablement stérilisée et arrosée d’urine, de sang, de sérum, d’infusion de foin ; sans compter que l’on ensemençait aussi avec 3 à 4 gouttes d’urine renfermant les bacilles charbonneux ou leurs spores. Mais il est clair que cette expérience ne prouve rien pour un sol ordinaire, non stérilisé, et où les saprophytes ont l’avantage, sans parler de l’accumulation de GO2, antipathique aux bactéries pathogènes. Cette objection, que nous avions faite, Flügge et G. Frank la formulent de leur côté.

Donc, en règle générale et sauf une ou deux exceptions qui vont être exprimées, les micruorganismes 'pathogènes ne se multiplient pas dans le sol , Le degré de souillure banale de celui-ci n’a pas d’importance à cet égard. Quant à la souillure spécifique, elle peut donner lieu à une illusion contre laquelle il est bon de se mettre en garde. Le bacille du charbon, arrivant avec du sang sur le sol, peut encore vivre et se multiplier quelque temps dans ce sang et faire croire à sa multiplication dans le sol. Les bacilles du choléra et de la fièvre typhoïde, dispersés à la surface du sol avec des selles de cholériques ou de typhoïsants, peuvent se multiplier encore quelque temps, dans la couche superficielle du sol, aux dépens des matières nutritives des déjections, comme ils le feraient, par exemple, sur du linge, qui n’a aucune aptitude par lui-même à les nourrir. Tryde a peut-être, lors de l’épidémie typhoïde de la caserne de la Marine, à Copenhague, rencontré une circonstance de ce genre.

La conservation des microorganismes pathogènes dans le sol, soit sous forme de spores, soit sous forme de bactéries asporées, est, au contraire, possible et même probable; mais il n’y a pas, à cet égard, de démonstration péremptoire.

Le professeur Soyka, en arrosant un sable quarlzeux fin (à grains de 0mm,2 de diamètre et 38,8 p. 100 de volume de pores) avec un bouillon renfermant des bacilles charbonneux exclusivement sous la forme végétative, a pu acquérir la certitude que « la formation des spores dans le bacille charbonneux a lieu sous l’influence du sol beaucoup plus rapidement que sans sa participation », à la condition d’un certain degré d humidité du sol (qui admet des oscillations, d’ailleurs, assez étendues) et d une température supérieure à. 17°. Il n’y a rien de bien précis à en conclure pour la conservation des spores du bacille charbonneux dans le sol.

Peut-être y a-t-il des spores de bacilles pathogènes qui, à la faveur des pluies, de la chaleur, d’un apport convenable de substance nourricière, trouvent à la surface du sol un moment favorable pour germer et produire de nouveaux bacilles (Flügge). Ce n’est pas là un moyen de conserver le microorganisme, mais plutôt une façon de le mener à sa destruction par les saprophytes, qui le ruineront dans sa forme végétative. A quelque profondeur, au contraire, les conditions nutritives défavorables

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et la température trop basse s’opposent à la germination des spores. Aussi observe-l-on dans le sol des quantités considérables de ces formes durables. En outre, dans ce milieu, les bactéries asporées sont fixées sur les parois des pores par les liquides qui s’y étalent en couche excessivement mince; de sorte qu’elles ont assez d’humidité pour ne pas se dessécher, et pas assez de substance nourricière pour se multiplier.

Le professeur Feltz (de Nancy) a pensé obtenir, par le séjour des bacilles charbonneux dans le sol, une atténuation de ce virus, qui ne paraît à Soyka autre chose qu’une raréfaction des germes du parasite. Une boîte en bois de 54 centimètres de long sur 18 de haut et 17 de large est remplie de terre à laquelle on a mêlé du sang charbonneux frais et une culture de bacilles du sang de rate. De cette caisse, exposée aux vicissitudes atmosphériques, à la fenêtre du laboratoire, on extrait de temps en temps de petites portions qui sont inoculées à des lapins. Les animaux inoculés dans les dix premiers mois moururent tous; de 13 à 23 mois, il n’en succomba qu’un nombre de plus en plus faible; après 23 mois et jusqu’à 31, tous résistèrent. Cette expérience peut, en effet, prouver la disparition progressive des germes charbonneux dans le sol, tout aussi bien sinon mieux que l’atténuation du virus.

On a distingué, parmi les organismes pathogènes : 1° ceux qui sont normalement dans le sol et y jouent un rôle naturel, mais qui, introduits dans l’économie animale, y déterminent des accidents ou une maladie spécifique; 2° Ceux qui semblent plutôt avoir pour milieu naturel l’organisme animal, mais qui peuvent se rencontrer dans le sol à de certaines époques et en certains lieux. — Comme nous ne croyons pas qu’il y ait des microorganismes qui soient ■primitivement des parasites essentiels, cette distinction ne nous paraît ni très rationnelle ni très instructive. Les organismes actuellement pathogènes ont pu être primitivement et sont peut-être encore saprophytes dans le sol. Récipi’oquement, les saprophytes actuels peuvent avoir des propriétés pathogènes, s’ils pénètrent dans l’économie des animaux. A tout le moins, ils fabriquent des ptomaïnes, capables de provoquer de redoutables intoxications, comme l’ont prouvé les expériences de W. Sirotinin, Beumer et Peiper, à propos de la transmission de la fièvre typhoïde aux espèces animales. Ce qui explique aussi que l’injection de terreau, de vase, ou de l’eau qui les a lavés, soit éminemment toxique.

Les microorganismes pathogènes constatés dans le sol sont :

Le vibrion septique de Pasteur, Bacille de V œdème malin de Koch, qui serait très abondant dans la couche superficielle de la terre de jardin et même dans la poussière de foin, selon Koch, Fliïgge, Gaffky; tandis que Cari Frankel ne l’a jamais rencontré. Pasteur l’a trouvé avec les spores du bacille charbonneux, dans la terre d’un champ où avait été enfoui un mouton mort du sang de rate.

Le bacille du tétanos ( Bacillus (étant), découvert à 1 Institut d'hygiène de Gœttingen, par Nicolaier, anaréobie; probablement encore à contrôler. Il aurait été vu par Socin, à Bâle. On le trouverait dans la terre des jardins, la boue des rues, des cours, les champs cultivés et ceux des irrigations à l’eau d’égout; jamais dans le sol des forêts. Chez les animaux inoculés.

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on ne le retrouve pas dans le sang, mais dans le pus formé au point d inoculation (Fliigge) et dans les parties qui entourent ce point (Carie et Rattone).

Ces deux microorganismes existent dans le sol surtout à l’état de spores, apportés probablement avec les déchets domestiques, les fumiers, etc.

Nicolaïer a encore rencontré, dans la terre de champs fumés, Bacillus cigrigenus septicus, voisin du bacille de la septicémie du lapin et de celui du choléra des poules. Son inoculation est rapidement mortelle chez les lapins et les souris. Les bacilles ont une tendance il s’attacher aux globules sanguins.

L’existence des spores de Bacillus anlhracis dans le sol a été mise hors de doute par Pasteur, lorsqu’il a montré que l’on communique le charbon à des cobayes par l’inoculation de l’eau de lavage de la terre de fosses où des animaux charbonneux avaient été déposés trois ans et même douze ans auparavant. C’est là, surtout, le sens de ses expériences depuis 1878, avec Chamberland et Roux.

Après avoir cultivé dans bOO grammes de terre privée de germes de bacilles, 20 gouttes de sang charbonneux étendu d’eau, on en a repris 2 grammes que l'on a mêlés à 300 grammes de nouvelle terre ; puis, de celle-ci, on a prélevé b grammes qu’on a mêlés à 100 grammes de nouvelle terre également vierge de bactéridies. De cette dernière, enfin, on a prélevé b grammes d’où il a été facile d’extraire des germes de bactéridies et dont la virulence a été démontrée par des inoculations à des cochons d’Inde. De même, dans la terre où avait été enfoui, dix mois auparavant, un mouton charbonneux, à Saint-Germain, auprès de Chartres, Pasteur recueille des corpuscules-germes de bactéridies, inoculables. « Donc, si le département d’Eure-et-Loir contient des germes de bactéridies en grande quantité, c’est que, le charbon y ayant depuis longtemps établi domicile, la maladie s’y entretient d’elle-même en quelque sorte, les animaux morts, les malades, semant un peu partout des germes de contagion qui durent longtemps. »

On sait que Pasteur attribue aux vers de terre, dans les conditions habituelles, le pouvoir de rapporter du fond à la surface les spores charbonneuses incluses dans les spires de terre finement pulvérisée qui sortent du tube digestif de ces lombrics; tandis que les Allemands contestent ce mécanisme, dont Feltz et Bollinger ont montré au moins la possibilité. Mais le mode de transmission, quoique assurément plein d’intérêt, peut rester indécis devant ce fait considérable delà conservation des spores du charbon dans le sol.

Le Bacille typhique ( Bacillus typhi abdominalis) n’a été dénoncé dans le sol que par Tryde, ainsi qu’il a été dit plus haut. Chantemesse et Widal, d’une part assurent que « ses spores semblent résister à la dessiccation»; d autre part, ont reconnu que de la terre placée au fond d’un flacon rempli d une eau que l’on ensemence de bacilles typhiques, fournit encore de ces baciiïes au bout de deux mois, alors que l’eau elle-même n’en contient plus. A 1 occasion de l’épidémie de Pierrefonds, Brouardel a affirmé que les germes de la fièvre typhoïde résistent longtemps dans la terre; dans le

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cas particulier, les microorganismes de la lièvre auraient pu accomplir un trajet de 20 mètres et môme de 40 mètres à travers le sable. Cela n’est pas impossible, quoique la constatation directe n’en ait pas été laite ; mais c’est contraire à tout ce que l’on sait du cheminement des matières organiques et des microbes dans les couches du sol. Ce que l’on peut dire, c’est que les spores du bacille typhique sont, en elîel, assez résistantes et que, se trouvant dans les matières intestinales, elles peuvent bien être souvent dispersées sur les terrains de culture, jardins, campagnes, champs d’irrigation, à la surface plus que dans la profondeur. Les bactériologues ne tarderont pas, sans doute, à nous dire si elles existent dans la terre de Gennevilliers et d’Osdorf.

Naguère, Klebs et Tommasi-Crudeli semblaient avoir confirmé, par la découverte de leur Bacillus malariae, l’idée ancienne que le principe des fièvres malariales vit dans le sol. Malheureusement, le prétendu bacille était une illusion (Cuboni, Marchiafava, Ziehl). Aujourd’hui les chances paraissent être du côté des organismes de Laveran, qui ne sont probablement pas des schizomycètes.

Enfin, Soyka rattache aux microorganismes du sol le pneumocoque de Friedlànder [Bacillus pneumoniæ ), parce que Emmerich l’a démontré dans le sol artificiel ou terreau qui se dépose dans les enlrevous des pièces habitées.

Le paragraphe qui va suivre fera comprendre que ce n’est point par des inductions qu’on peut résoudre la question de la présence des microorganismes dans le sol.

Rapporta des microorg'anismes du sol avec l’extérieur. — Le soi peut

se prêter à recevoir des microorganismes du dehors ou, au contraire, en rendre à l’atmosphère.

A. Pénétration des microorganismes dans le sol. — Etant donné que les microorganismes tombent de toute part à la surface du sol, comment peuvent-ils pénétrer dans son épaisseur et à quelque distance de la surface ?

Ce ne peut être à la faveur de la véhiculation par l’air, dans les échanges entre l’air du sol et l’atmosphère extérieure. Le rôle de l’air, à cet égard, a été exploré. Il est à peu près nul, comme nous verrons, d’ailleurs, qu’il est nul vis-à-vis de l’issue des microorganismes. L’air qui pénètre dans le sol se filtre très exactement. Il suffit de quelques millimètres d’épaisseur de sol pour arrêter tous les microbes de l’air (Pumpelly).

Iiofmann, étudiant cette question au point de vue de l’intégrité de la nappe souterraine, entrevoit, pour la dispersion des germes morbides et leur pénétration jusqu’à l’eau de boisson, l’une des deux circonstances suivantes :

1. Le développement progressif des champignons pathogènes, dont les colonies pourraient gagner d’un grain du sol à l’autre et, finalement, arriver jusqu’à la nappe souterraine;

2. Leur transport mécanique par l’eau de pluie ou par les liquides échappés des fosses d’aisance, s’infiltrant dans le sol.

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La réalisation du premier mode, même dans des conditions de culture favorables, semble devoir être d’une lenteur incalculable. On a semé un champignon chromogène sur du sable blanc contenu dans un cylindre de verre, stérilisé et imbibé d’un liquide nourricier; les colonies colorées mirent plusieurs semaines à recouvrir quelques centimètres de la paroi du verre. Ce qui était à prévoir, si l’on réfléchit à ce que représentent de surface les'grains de sable que les colonies, qui envahissent les lacunes de la masse, doivent recouvrir l’un après l’autre. Deux échantillons du sol de Leipzig (Hofmann) fourniraient ainsi, par mètre cube, des surfaces de 0,360 mètres carrés et de 9,027 mètres carrés, en ne tenant pas compte des grains d’un diamètre inférieur à 1/2 millimètre.

D’ailleurs, si la pénétration des organismes est un phénomène vital, il faut se rappeler que l’oxygène se raréfie à la profondeur et, surtout, que la chaleur y fait défaut. Les organismes de la putréfaction eux-mêmes languissent quand la température moyenne est de 7 à 8 degrés. Pour ce qui est des pathogènes, ils ont contre eux les mêmes conditions défectueuses, l’inaptitude de la matière nourricière et la concurrence vitale des saprophytes, si redoutable aux premiers (Nâgeli).

La véhiculation des microorganismes dans la profondeur au moyen de l'eau e st d’abord réglée par les lois de la porosité et de la perméabilité, par celles de la capillarité et par la capacité des divers sols pour l’eau. On se rappelle que l’eau qui tombe doit d’abord restituer celle qu’a perdue la zone d’évaporation; puis, saturer la capacité de la zone intermédiaire. Il peut pleuvoir pendant six mois sur un point sans que l’eau arrive à saturer ces deux zones et, par suite, sans qu’il parvienne une goutte d’eau à la nappe (Ilofmann). L’entraînement profond des microorganismes n’est donc pas chose si simple ni si commune. On a, peut-être, accusé de souiller la nappe souterraine des averses qui n’avaient pas mouillé 30 centimètres de l’épaisseur du sol. Au moins faudrait-il que la nappe fût singulièrement peu distante de la surface ; qu’il y eut des crevasses dans le sol, des fissures dans la maçonnerie des fosses contenant les liquides excrémentiliels.

Très généralement, le sol filtre les microorganismes de l’eau. Il y a, sous ce rapport, une distinction à faire entre les spores permanentes et les formes végétatives. Les premières sont les plus aptes à aller au fond. Les autres sont en filaments, en chaîneLtes, en amas ou zooglées, qui ne facilitent point la circulation. On construit avec des matériaux empruntés au sol (gravier et sable, à Londres, Berlin), des filtres assez efficaces, quoique leurs lacunes soient plus larges qu’il n’est nécessaire pour laisser passer les microorganismes. Les voies à parcourir dans le sol sont très irrégulières et beaucoup de germes y sont retenus par affinité, comme dans les ballons à col recourbé de Pasteur. Il nous a paru qu’il faut se défier, à cause de cela, de l’expérience faite par Charrin sur du sable contenu dans un tube de 1 mètre de haut sur 5 centimètres de diamètre et qui, arrosé d’un bouillon riche en bacilles, en laissa échapper à la filtration. Les parois rectilignes du cylindre ont pu laisser glisser de haut en bas quelques microorganismes

nu sol.

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que la terre aurait retenus. Et puis, ce sol était fort artificiel. Frankland, Falk, Pumpelly, ont beaucoup varié les expériences de filtration des liquides bacillaires et ont toujours obtenu la diminution ou même la disparition des organismes dans l'eau qui s’écoulait du sol artificiel, même sous une faible épaisseur.

Dans les grands filtres que l’on construit aujourd’hui pour la filtration dite centrale , il est reçu que l’imperméabilité aux bactéries n’existe pas au début du fonctionnement. iVlais elle ne tarde pas à se réaliser, par le fait que les matières en suspension dans l’eau et les bactéries elles-mêmes rétrécissent bientôt les pores du filtre.

Pasteur et Joubert, avec infiniment de raison, attribuent à cette puissance filtrante du sol la pureté de l’eau des sources, dans laquelle il y a peu ou point de germes. Or, les sources viennent, d’ordinaire, de la nappe souterraine. Les puits, qui sont des sources provoquées, non jaillissantes, ont de l’eau très pure, quand on les protège bien contre la pénétration, par leur orifice, des impuretés extérieures et des bactéries de l’air. Si cette eau, à un moment donné, se trouve renfermer beaucoup de bactéries, on n’a qu’à épuiser le puits. L’eau devient d’autant plus pure que l’on pompe plus longtemps, c’est-à-dire alors que l’eau souterraine sort davantage du sol voisin pour alimenter le puits (Flügge), ainsi que les expériences de Heraeus, sur les puits de Hanau, l’ont fait ressortir d’une façon irrécusable.

Au besoin, on pourrait encore invoquer la pureté relative, au point de vue des germes, de l’eau qui sort des drains d’Osdorf et de Gennevilliers.

Mais les constatations de Cari Frankel sur l’absence de germes quelconques, aux profondeurs de 4 à d mètres, seront, si elles se vérifient, la démonstration la plus éclatante de la réelle protection que nous offre le sol contre les microorganismes dangereux, à savoir les microbes pathogènes qui, mêlés à des excrétions morbides, peuvent se répandre à la surface ou gagner certains points de l’épaisseur du sol à travers la fêlure d’une fosse d’aisance ou par les parois d’un puits absorbant.

B. Issue des microorganismes hors du sol. — Les germes, pathogènes ou non, s’échappent certainement des couches superficielles du sol, où ils sont le plus abondants, avec la poussière qui se produit en temps sec et se soulève par le vent ou sous les chocs divers, plus à la ville qu’à la campagne, à cause de la circulation des chevaux et des voitures et de la trépidation que le passage de ces dernières imprime au sol urbain. Il n’y a pas et il ne saurait y avoir de contestation à cet égard.

C’est à cause de la poussière et, d’ailleurs, de la richesse de la couche superficielle en germes que nous avons, à Genève (1882), indiqué comme un des milieux naturels de l’agent typhogène « le sol, dans de certaines conditions de structure, d’humectation et de saturation infectieuse, mais plutôt à la surface que dans la profondeur. » C’est par la poussière aussi, pour une part, que s'explique la nocuité des remuements de terrain dans l’intérieur des villes. La profondeur devient surface; les germes qui y sommeillaient se réveillent rapidement, comme

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dans les cultures de C. Frankel; par l’exposition à l’air, cette surface récente et dangereuse donne de la poussière, dans laquelle peuvent se trouver des semences typhogènes (Avranches, Nancy, Francfort-sur-Main, Auxerre). Dans ces cas, l’arrosage des terres avec un liquide désinfectant parait donner de bons résultats; ce liquide empêche d’abord la poussière.

Là où des difficultés surgissent, c’est lorsqu’il s’agit de savoir si des germes peuvent s’élever de l’intimité du sol, véhiculés par les gaz telluriques qui font échange avec l’atmosphère, à la faveur des inégalités de pression. Dans le cas de l’affirmative, il serait possible que des microorganismes pathogènes, s’il s’en trouve dans le sol, fussent ainsi ramenés dans notre atmosphère, dans l’air de nos habitations surtout, où il se fait parfois une réelle aspiration, et jusqu’à l’entrée de nos voies respiratoires.

On ne doutait pas, naguère encore, que ce mécanisme de la propagation des maladies épidémiques ne fût très commun. L’éliologie par les émanations s’appuyait, d’ailleurs, sur l’hypothèse de la présence habituelle, dans le sol, des germes de certaines maladies, en tête desquelles la fièvre typhoïde. Or, cette hypothèse ne prend déjà pas de consistance, comme on vient de le voir. La véhiculation des germes de bas en haut par les gaz du sol ne se vérifie pas davantage.

L’air qui s’échappe du sol sec, fendillé, peut assurément ramener des germes à l’extérieur, puisqu’il pourrait en ramener de la poussière. Renk, Miquel, Mifiet, ont pu s’assurer que l’air aspiré du sol, dans ces conditions, même avec une vitesse faible, renferme quelques organismes. En revanche, le sol humide filtre l’air avec une exactitude parfaite ; on l’a constaté maintes fois (Nageli, Pumpelly, Miquel, Renk, Emmerich), dans les conditions les plus variées , soit avec des sols artificiels dont on réglait à volonté l’épaisseur, soit sur le sol naturel, à des profondeurs diverses. D’ordinaire, l’aspiration exercée sur l’air du sol, dans ces expériences, lui donnait une vitesse bien supérieure à celle des courants qui peuvent y exister dans les conditions naturelles. La démonstration est donc sans réplique.

Il n’est pas utile de mettre en cause la vapeur cl'eau qui peut s’élever du sol. Elle est encore moins suspecte que l’air. Les surfaces humides évaporent, mais n’abandonnent point de germes à la vapeur.

Ces constatations gênent beaucoup la théorie étiologique de Pettenkofer, qui ne se comprend guère sans la réascension des germes avec les gaz du sol. Aussi les élèves de celte école ont-ils cherché à tourner la difficulté et à trouver, à la place de 1 air, un autre véhicule qui ramènerait, néanmoins, les germes de la profondeur à la surface et dans l’atmosphère libre. Ce véhicule ne pouvait être que 1 eau. C’est à l’eau, en effet, que l’on attribue ce rôle, par sa pulvérisation (Nageli, Buchner) ou par son ascension en courants capillaires (Soyka).

Nageli et Buchner considèrent que, quand le niveau d’une eau riche en bactéries, qui pénètre le sol, s abaisse par infiltration dans la profondeur, il en reste une mince couche, des lamelles, fixées aux parois des pores du sol qu elle vient

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d’abandonner. Par un degré plus avancé de dessiccation, ces lamelles éclatent et pulvérisent leur eau dans l’air environnant, avec les bactéries qu’elle renferme. — Cette idée est subtile et le mécanisme délicat. Encore doit-il être peu efficace et n’agir que près de la surface.

Soyka pense avoir démontré que les organismes sont ramenés de la nappe souterraine à la surface du sol par les courants capillaires ascendants, qui prendraient, d’ailleurs, en route les bactéries arrêtées sur leur passage. Ces courants ascendants sont déterminés par l’évaporation même dans la zone superficielle; ils conduisent les microorganismes jusqu’à la couche extrême où se forme la poussière et les y abandonnent. Dès lors, les germes suivent le sort de ceux qui sont naturellement dans cette poussière.

L’expérience de l’auteur a été instituée comme il suit. On remplissait de terre stérilisée un tube de verre de 30 centimètres de long (d’ailleurs susceptible d’être allongé) et de 1 centimètre 1/2 de diamètre, et l’onplongeaitl’extrémité inférieure de ce tube dans un liquide contenant des bactéries déterminées. A la partie supérieure du tube s’adaptait une sorte de poire creuse, traversée à sa base par le tube et renfermant un liquide nourricier stérilisé, qui se disposait autour de la portion émergente du tube, sans y entrer. L’extrémité opposée de la poire était percée d’une ouverture obturée par un bouchon d’ouate. Au bout de quelques heures ou de quelques jours, on voyait le liquide bacillaire s’élever dans le tube et atteindre jusqu’à l’extrémité supérieure du tube. Il suffisait alors de faire tomber, par une légère secousse, un peu de la terre de la surface du tube dans le liquide nourricier environnant pour obtenir dans ce liquide une culture des microorganismes primitivement existants dans le liquide inférieur.

La légitimité de cette expérience et ses résultats ont été contestés par A. Pfeiffer (de Wiesbaden) et il paraîtrait que le professeur de Prague, en répétant son essai à Berlin, dans le laboratoire de R. Koch, n’a pas été heureux. Il s’en est suivi une polémique de quelque âpreté. Nous n’avons aucune raison de prendre parti entre les adversaires ; mais nous restons en garde contre les résultats obtenus dans de petits tubes de verre, avec de la terre qui ne ressemble en rien au sol naturel.

Nessler attribue aux courants capillaires ascendants la grande richesse de la couche superficielle en matières solubles. Celles-ci resteraient là, à la suite de l’évaporation de l’eau. Sans mettre en doute l’existence des courants capillaires, on peut croire que la couche superficielle serait déjà très pourvue de matières fertilisantes, même sans leur intervention.

Pour terminer cet article, rappelons seulement le rôle des vers de terre, selon Pasteur, dans l’exhumation des spores charbonneuses.

7° Souillures du sol. Leur transformation.

Les souillures du sol, qu’il ne suffit pas de considérer dans les lieux habités, proviennent : 1° de la dispersion , à la surface, des immondices de rue, ordures ménagères, eaux de vaisselle et de nettoyage, déjections des animaux, fumiers, excrétions humaines, projetées sur le sol clandestinement ou par incurie; 2° des infiltrations à la profondeur des matières excrémenlitielles collectionnées dans des récipients creusés en terre, fosses d’aisance, puits absorbants; 3° des irrigations avec les eaux d’égout et les eaux industrielles. Nous laisserons de côté les sépultures, qui ne sont qu’une

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souillure limitée et réglementée, et la diffusion du gaz d’éclairage dans le sol des villes, plus redoutable parles poisons minéraux que le gaz contient qu’à tout autre égard. Ces deux objets importants se retrouveront en leur lieu.

Les impuretés dont il est ici question sont essentiellement d origine organique; c’est presque toujours le sens attaché, en hygiène, au mot souillure. 11 est évident qu’avec de bons règlements et de bonnes habitudes sanitaires, on peut réduire iniiniment la masse de celles des deux premières catégories. Mais, alors, il faudra augmenter d’autant celles de la troisième.

Ces matières sont d’ailleurs, à l'état solide, en suspension dans un liquide, ou dissoutes. Dans les deux premiers cas, elles éprouveront au moins autant de difficultés que les microorganismes à pénétrer dans l’épaisseur du sol, puisqu’elles n’ont aucune action vitale qui puisse compenser la filtration que le sol fera subir à l’air ou à l’eau qui les entraîne. En solution dans l’eau, les matières organiques pénètrent dans le sol suivant certaines lois qui résultent déjà de ce qui a été dit précédemment ( Rapports du sol avec l'eau) et que nous allons compléter à l’aide des récentes formules d’Hofmann et de Soyka.

Pénétration îles impuretés «lans le sol. — Les impuretés dissoutes étant évidemment les plus appropriées à la pénétration dans le sol, les faits positifs que l’on constatera à leur égard pourront être pris comme un maximum que les molécules en suspension et, par suite, les schizomycètes, ne peuvent dépasser.

Une eau chargée d’impuretés doit d’ahord remplir tous les pores de la zone d’évaporation, s’ils sont vides ou s’il leur manque une part d’humectation ; puis, déplacer l’eau de la zone intermédiaire, dont la quantité dépend à la fois de la quantité et de la taille des pores et reste invariable, malgré la continuation de l’arrosage.

Fr. Hofmann a rempli deux tubes en fer-blanc de 1 mètre de long, dont la coupe représentait une surface de 16 c. m. q., 7, et fermés à leur partie inférieure avec une toile métallique : le premier, d’un sable pur, à grains du diamètre de 1/2 à 1 millimètre; le second, du même sable, mais en grains de 0mm,3 à 0mm,5. Tous deux présentaient, pour pesanteur spécifique, 2,6. On les arrosa d’eau distillée à plusieurs reprises et abondamment et l’on attendit qu’il ne tombât plus une goutte d’eau par l’extrémité inférieure. L’augmentation de poids des tubes donna la quantité d’eau retenue par capillarité :

Tube n° 1 ; volume de pores, 601 centimèt. cub. ; eau retenue 182 gr.

Les tubes étant ainsi préparés, on fit tomber à la surface du sable, goutte à goutte, 50 centimètres cubes d’une solution de sel marin (que le sol ne décompose pas), renfermant lsr,008 de chlorure de sodium par 100 centimètres cubes. Le liquide qui s’écoulait par en bas était recueilli dans des ballons pesés. Les jours suivants, on remplaçait la solution de sel par 60 centimètres cubes d’eau,

DU SOL

[Hygiène

pour imiter le lavage'des impuretés, que réalisent les pluies. Lorsque tout le sel fut passé, on recommença l’expérience, à titre de contrôle. Le tableau ci-après en résume les résultats.

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