‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 43 sur 268 · SOUILLURES DU SOL. LEUR TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

SOUILLURES DU SOL. LEUR TRANSFORMATION

générale.]

iOo

merveilleux laboratoire du sol, sans qu’il cesse de remplir son oflico. Accuser le sol de multiplier et même de conserver trop exactement les germes pathogènes, c’est marcher à une hygiène désespérante; puisqu’il est impossible de détourner absolument du sol tous les déchets organiques et qu’il est non moins impossible de substituer à ce vaste appareil d’épuration un artifice qui l’égale. A notre avis, l’hygiène n’a guère de chances en heurtant les forces naturelles; elle est toute puissante en ayant pour règle de s’en servir.

D’ailleurs, la conservation des germes pathogènes dans le sol n’est pas plus certaine que leur migration, soit verticale, soit horizontale. Les affirmations par induction, qui se sont fait jour dans ce sens, ont d’autant plus besoin d’une démonstration directe que toutes les recherches et les expériences régulièrement instituées tendent à établir le contraire. Nous savons déjà que les microbes pathogènes vivent difficilement à quelque profondeur dans le sol; qu’ils y reprennent des fonctions banales, celles de nitrification; qu’on ne trouve plus leurs germes à quelques mètres dans la terre; qu’il n’y en a pas davantage et qu’il n’y a de germes d’aucune sorte dans la couche au contact de la nappe souterraine. Que de faits importants et rassurants !

En somme, il reste constant que, sous certaines conditions que l’on devine et que nous indiquerons, l’eau de la nappe souterraine peut être utilisée sans inconvénient pour la boisson des humains et que le sol peut servir à la transformation méthodique des immondices des groupes populaires, sans risquer de créer d’immenses magasins de germes pathogènes aussi variés que nombreux.

Bibliographie. — Schloesing (Th.) et Müntz (A.) : Sur la nitrification par les ferments organisés (Comptes rendus Acad, des scienc. LXXXIV à LXXX1X, 1877-18'8). — Pumpelly (R.) et Smyth (G. A.) : The relation nf soils on Health (National Board of health Bulletin, 1881). — Koch (Rob.) : Bodennntersuchung (Mittheilungen aus dem kaiserl. Gesundheitsamtc, I, p. 34, 1881). — Gayon et Dupetit : Compt. rend. Acad, des scienc., XGV, p. 641, 1 88‘2. — Dehérain : Les microbes et les nitrates dans le sein de la terre (Compt. rend. Acad, scienc., octobre 1882). — Miquel (Pierre) : Des bactéries répandues dans la poussière et dans le sol (Annuaire de Montsouris pour 1882, p. 499). — Nægeli (C. v.) und Buchner (H.) : Der Uebergang von Spaltpilzen in die Luft (Ceutralblatt für die med. VVissenscliaft, 1882). — IIoppe-Seyler : Die chemische Vorgünge im Boden und Grundwasser, sowie über ihre hygienische Bedeutunrj (Arcliiv für ôffentliche Gesundheitspflege in Llsass-Lothringen, VIII, 1883). — Wollny (E.) : Ueber die Thütigkeit niederer Organismen in Boden (Deutsche Vierteljahrsschrift für œlïentliche Gesundheitspflege, XV, p. 705, 1883). Soyka (Isid.) : Die Selbstreinigung des Bodens (Arcliiv für Hygiene, II, p. 281, 188 1). Hopmann ( 1* ranz) : Ueber das Eindringen von Verunreinigungen in Boden und Grundwasser (Arcliiv f. Hygiene, 11, p. 1 45, 1884). — Ejimerich (Rud.) : Pneumoniecoccen in der Zwis dite n de ckenfüllu ng als Ursache einer Pneumonie-E gidemie (Arcliiv f. Hygiene, II, p. 117, 1884). — Brocardée (P.) : Sur l'évacuation et l'emploi des eaux d'égout (Discussion h ia Soc. de méd. publique. In Uevuo d'hygiène, VIII, p. 20(1, 1885). — lliciiARn (E.) : La destruction des matières organiques dans le sol (Revue d’hygiène, VII, p. 379, 1885). Arnould (Jules) : Les micro-organismes du sol (Annal, d’hyg. publiq., 3e série, XIV, p. 401, 1885). — Soyka (Isid.) : Die Lebensthütigkeit niederer Orqanismcn bei wechselnder Bodenfeuchtiglteit (Prag. medic. Wochenschrift, n° 4, 1885. — Njcolaier : Zur .Etiologie des Wundstarrlcrarnpfes (Centralblatt für die medic. VVissenscliaft, n° 11, .885). — Heraeus (\V.) : Ueber das Verhullcn der Bactérien im Brunncnwasser sowie über die reducirende und oxydirende Eigenschaften der Bactérien (Zeitschrift für Hygiene, I, p. 193, 1886). — Irank (Georg) : Ueber Milzbrand. Ein Beitrag zur Lehre von der ortlichen und zeitliclien Disposition (Zeitschr. f. Hygiene, I, p. 3G9j 188G). — Soyka (Is.) :

10*5 DU SOL. [Hygiène

Bacteriologische Untersuchungen Hier H en Einfluss des Bodens auf die Entuiickelung von pathogenen Pilzen (Fortschritte der Medizin, IV, p. 281, 1880). — Liboriüs (Paul): Beitrdge zur Kennhiiss des Sauerstoffbedür fuisses der Bactérien ^Zeitschrift. für Ilygicne, I, p. 115,

1886) . — Uffelmann (Jul.) : Die Oxydation des Ammoniaks im Wasser und im Boden (Archiv für Hygiene, IV, p. 82, 1886). — Adametz (Léopold) : Untersuchungen über die niedercn Dil ze der Ackcrkrume, Inaugural Dissertation. Leipzig, 1886. — Renk (Fried.) : Bactérien und Grundwasser (Archiv f. Hygiene, IV, p. 27, 1886). — Pfeiffer (Aug.) : Die Berziehungen der Bodencapillaritüt zum Transport von Bactérien (Zeitschrift f. Hygiene, I, p, 394, 1886). — Charhin : Étude expérimentale sur la contagion (Annal, d’hygiène publiq., 3° série, XVI, p. 420, 1886). — Soyka (Isid.) : Entgegnung auf Hrn Dr A. Pfeiffer' s Aufsatz : Die Berziehungen zum Transport von Bactérien (Zeitschrift f. Hygiene, II, p. 96,

1887) . — Ghantemesse (A.) et Widai, (F.) : Recherches sur le bacille typhique et l'étiologie de la fièvre typhoïde (Archives de physiologie normale et pathol.,38séric, IX, p. 217, 1887).— Utpadel : Ueber einen pathogenen Bncillus aus Zwischendeckenfüllüng (Archiv. f. Hygiene, VI, p. 359, 1887). — Caiien (Fritz) : Ueber das Reductionsvermbgen der Bactérien (Zeitschrift f. Hygiene, II, p. 389, 1887). — Frænkel (Cari.) : Untersuchungen über das Vorkommen von Mikroorguuismen inverschiedeuen Bodens'-hichten (Zeitschrift für Hygiene, II, p. 521, 1887). — Maggiora (Arnaldo) : Ricerche quantitative sui microrganismi del suolo con spéciale riguardo ail’ inquinazione del medesimo (Giornale délia H. Academia di medicina, n° 3, 1887).

Consulter. — Hallier : Gührungserscheinungen . Untersuchungen über Gülirung , Füulniss und Verwesung. Leipzig, 1807. — Les (Rud.). : Ueber Eüuluiss und verwandte Processe (Deut. Vierteljahrsschr. f. œffentl. Gesundheitspflege , IV, 1872). — Koch (Rob.) : Die Aetiologie der Milzbrandkrankheit. Breslau, 1876. — Pasteur : Sur l'étiologie de l'affection charbonneuse (Bull. Acad., octobre 1879). — Colin (G.) : Sur la durée de la conservation du pouvoir virulent des cadavres et des débris cadavériques charbonneux (Bull. Acad, de inéd., 4 novembre 1879).

8° État de la surface du sol.

Nous n’envisageons en ce moment que les conditions naturelles qui peuvent influencer la salubrité du sol, c’est-à-dire modifier en plus ou en moins sa richesse en eau, son accessibilité aux souillures et aux organismes pathogènes, favoriser ou entraver les phénomènes de décomposition qui s’accomplissent dans son épaisseur.

1. Accidents de configuration extérieure. — Le sol est façonné en

montagnes, collines, vallées, plaines ou plateaux.

11 y a longtemps que les sommets sont recommandés par l’hygiène. Là, on a des chances d’avoir pied sur le roc (imperméable) et, dans tous les cas, de bénéficier sans grands frais du facile écoulement des eaux.

Les pentes des montagnes ou des collines participent à ces avantages. Cependant, nous avons vu que la nappe souterraine ne se moule nullement sur le relief extérieur du sol et que, parfois, elle peut être disposée en sens contraire de la pente. Dans ce cas, elle affleure en certains points et ne draine pas la surface du sol, comme on aurait pu s’y attendre.

Les pentes qui regardent le midi reçoivent plus de chaleur que celles qui sont tournées vers le nord. C’est une circonstance qui peut retarder la multiplication des microorganismes et la fermentation dans ces dernières, les hâter dans les autres (Yoy. page 76).

l.e fond des vallées et de toute autre dépression (cirques, cuvettes), est l’ensemble des points vers lesquels convergent naturellement les nappes souterraines des pentes. Le sol peut y être très sain, quand un fleuve puis-

générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 107

sant et bien creusé collectionne sans peine les eaux de drainage des pentes sur ses deux rives. La Seine, à Paris, a son lit creusé en partie dans la couche imperméable; de telle sorte que la nappe souterraine (nappe d’infiltration, selon l’expression de Delesse) peut s’y épancher aisément pendant la plus grande partie de l’année et n’a pas de tendance à se rapprocher de la surface, môme aux bords du fleuve. Quand il en est autrement, les impuretés restent volontiers dans les alluvions des rives. Les vallées profondes, tortueuses, ont été accusées d’avoir une part dans le développement du goitre et du crétinisme (Tarentaise, Maurienne); si c est une question de sol, elle rentre probablement plutôt dans les influences chimiques que dans celles de la configuration.

Les plaines ne sont pas toujours insalubres; mais c’est avec cette disposition du terrain que l’on rencontre le plus communément les dépôts d’alluvion et la stagnation de l’eau superficielle, en raison de la nullité ou de l’insignifiance des pentes. L’insalubrité augmente lorsque la couche imperméable est à peu de distance de la surface. Les plaines basses sont évidemment plus exposées à l’action nuisible des eaux superficielles ou profondes; mais les plateaux ne sont pas à l’abri; l’Anahuac (Mexique) a ses dépressions, ses marécages, ses fièvres.

II. Revêtement et culture. — Les aptitudes naturelles du sol vis-à-vis de la chaleur, des gaz et de l’eau peuvent être notablement modifiées par quelqu’une des circonstances suivantes : V état improductif, la végétation, la culture, le séjour de l'homme.

a. Etat inculte et improductif. — On a vu (page 31) que le sol nu et aride du désert contient un air qui n’est pas plus riche en GO3 que l’air atmosphérique. L’affinité d’un pareil terrain pour l’eau dépend entièrement de sa constitution physique et géologique, et les lois précédemment énoncées trouvent ici leur application plus exacte que partout ailleurs. Il en est de même de sa température; c’est dans ce cas qu’on voit le sol s’échauffer jusqu’à 30° à la surface (Arago), même dans nos pays tempérés, et que dans l’Inde, sous les rayons du soleil, on a parfois 7ü° sur le sol, tandis qu’il n’y a que 40° à deux pieds au-dessus. Les officiers qui font expédition dans le sud de notre colonie algérienne rencontrent fréquemment, à travers le Sahara, des particularités identiques.

b. Véf/étalion. — Les végétaux de petite taille gênent l’accès des rayons du soleil, mais, par la multiplication des surfaces, favorisent l’absorption du calorique et le rayonnement terrestre. La couleur des plantes et l’eau qu’elles renferment sont également favorables à l'absorption et à l’émission de chaleur. Maqnenne compare le pouvoir rayonnant des feuilles à celui du noir de fumée et le pouvoir absorbant de la chlorophylle à celui de l’eau.

Ges e fiels semblent donc se compenser et ne devoir pas influencer notablement les phénomènes chimiques ou biologiques de la surface.

L évaporation par les plantes a des résultats bien plus sensibles. La terre nue évaporant un peu moins de la moitié de ce que perd en vapeur,

108 DU SOL. [Hygiène

dans le même temps, une égale surface d’eau, il a été reconnu par les expériences faites à Montsouris, que la présence de végétaux entraîne une déperdition d’eau, plus abondante non seulement que celle de la terre nue, mais même que celle de l’eau, pourvu que l’action de la lumière intervienne en même temps. C’est une fonction vitale encore plus qu’un fait physique.

Quatre pieds de haricots, observés du 24 au 25 juillet, ont perdu 30 grammes d’eau, de 7 heures du soir à 4 heures du matin : une surface d’eau égale à celle de la terre des pots en aurait perdu dans le môme temps environ 27 grammes, et cette terre elle-même n’a pu en perdre que 14 à 15 grammes tout au plus; les feuilles des haricots ont donc dû évaporer pour leur propre compte de 15 à 20 grammes d’eau. Mais les choses sont autrement accentuées dans la période diurne, de 4 heures du matin à 8 heures du soir : la déperdition totale a été de I kilog. 269 grammes; or, une surface d’eau équivalente n’aurait perdu, dans ce temps, que 257 grammes; la terre, à peine 100 grammes, e.t les feuilles 150 à 200 au maximum. « La plante, sous l’action de la lumière et par voie de transpiration, a donc consommé près de 1 kilogramme d’eau. »

Il est constant, dit Marié-Davy, «■ que le débit moyen des sources en pays cultivés diminue à mesure que la culture fait de nouveaux progrès; aussi voit-on, depuis une trentaine d’années, des ruisseaux disparaître dans l’Eure par l’effet des défrichements et de la suppression de la jachère dans un pays depuis longtemps déboisé. »

Nous avons dans ces exemples, parlé de plantes cultivées , mais sans viser les modifications que la culture même imprime au sol; il nous a suffi qu’il s’agît de petits végéLaux, et il nous paraît clair que l'elfe t est le même quand ces petits végétaux sont spontanés. Pourquoi donc la colonisation européenne, en Algérie, en Amérique et peut-être ailleurs, s’estelle habituée à redouter l’exploitation agricole des solitudes à végétation spontanée, de la « prairie», des espaces à broussailles? Ce n’est pas, sans doute, que les petits végétaux n’aient rempli là leur rôle habituel ; ils ont certainement dépensé, comme d’habitude, l’eau du sol et celle qui lui vient de l’atmosphère. Mais d’autres conditions interviennent : l’abondance d’eau ne fait pas toute l’insalubrité du sol; il en arrive presque toujours assez, dès qu’il est permis aux débris organiques de s’accumuler et quand les végétaux, comme c’est le cas pour les plantes spontanées, ne troublent pas la fermentation et ne suffisent pas à en utiliser les produits (carbone, azote). De ces deux éléments d’insalubrité du sol, l'eau et les matières putrescibles, l’un peut être plus abondant que l'autre et, si la différence n’est pas trop grande, l’excès de celui-ci semble pouvoir compenser l’insuffisance de celui-là.

Les agronomes de Montsouris démontrent que le blé d’un champ rapportant 30 hectolitres à l’hectare consomme en moyenne, d’avril en juillet, une tranche d’eau de 0m, 212. Lawes etGilbert, àRothamsted, avaient obtenu un résultat presque identique, et E. Risler, de Genève, a trouvé 0m, 256 pour le chiffre correspondant. Si à cette tranche l’on ajoute l’eau évaporée par le sol d’aoùt en mars, on

ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

générale.]

arrive à un total peu éloigné du total des pluies qui tombent en année moyenne à Paris. Supposons une culture intensive et avec laquelle la terre, à peine dépouillée de la récolte de céréales, est aussitôt ensemencée de plantes oléagineuses, de navets, ou d'une autre céréale, et réciproquement, ainsi qu’il arrive dans le Nord et le Pas-de Calais, et l’on soupçonnera que l’eau du ciel ne suffit pas à la consommation des plantes, qu’un puissant appel est fait de la surface à l’eau du sol. Avec un autre aspect de l’assainissement par la culture, que nous présenterons tout à l’heure, cette circonstance doit contribuer grandement à diminuer les dangers d’un pays plat, à sous-sol imperméable et, çà et là, d’un très bas niveau.

En effet, cet appel est très réel. L’assèchement de la couche superficielle, occupée par les racines des plantes, met en jeu l’ascension par capillarité de l’eau du soussol. Ce phénomène suffit même à rendre humides les couches superficielles du sol quand l’évaporation est faible dans celles-ci; lorsqu’elle est prépondérante, la surface reste sèche malgré l’évaporation capillaire, mais l’eau souterraine tend à diminuer d’autant.

Toutes les observations faites en Angleterre, en Suisse, à Orange, comme à Paris, montrent que l’évaporation du sol cultivé s’élève à 70 ou 80 pour 100 du total des pluies. Une forte proportion de ces pluies tombe dans la saison froide, alors que la végétation a cessé. De la sorte, non seulement la surface, mais les nappes souterraines (et les sources) peuvent en profiter. Si l’automne et l’hiver sont secs, les nappes souterraines ne sauraient emmagasiner de réserves d’eau. Bien plus, il peut arriver qu’à l’été suivant on doive, en faveur des plantes cultivées, emprunter à l’eau du sol sur ses réserves naturelles.

Dans ces conditions, comment veut-on que les impuretés de la surface arrivent à la nappe souterraine? (Voy. page 98.)

L’influence des forêts n’est pas tout à fait la même que celle des petits végétaux. Il paraît certain que les masses de grands arbres, comme les hauteurs, sollicitent la précipitation de l’eau des nuages; c’est le résultat des observations de Mathieu (Nancy), Masure (Loiret), Hennig et Griesbach, Fautrat et Sartiaux, auxquelles Dove contredit cependant. Quoi qu’il en soit, les pluies tombent sur le sol boisé moins violemment que sur le sol découvert et il y a moins de chances pour qu’une forte partie de cette eau s’écoule vers les points déclives. 11 est clair aussi que l’évaporation de la surface du sol est entravée par la couverture de forêt; la diminution serait de 64 p. 100. Si le sol de la forêt est en outre revêtu d’un feutrage de feuilles et d’herbes mortes, comme il arrive fréquemment, l’évaporation se réduit encore de 22 p. 100. Mais une bonne partie, 26 p. 100 environ, de l’eau tombée en forêt n’arrive pas jusqu’au sol et est évaporée immédiatement sur les feuilles. Finalement, la quantité d’eau qui pénètre dans un sol boisé dépend d abord de la perméabilité de ce sol. Mais le feutrage superficiel des feuilles en retient une forte proportion. Pour le reste, les racines des grands arbres font l’office de drains verticaux et l’introduisent jusque dans les couches imperméables. Elles s’insinuent dans les fentes des roches, y grossissent et, par leur pression excentrique aussi bien que par l’eau qui les suit, elles contribuent à en opérer la désagrégation.

L’effet de la présence des arbres sur un sol perméable déjà sec, dit Durand-Llaye après Belgrand, est de drainer autour de lui le peu d’eau qui

11U DU SOL. [Hygiène

reste clans les couches superficielles et d’y ruiner la végétation; ce drainage peut, au contraire, être très favorable, si le sol est imperméable, et permettre de vivre aux plantes de petite taille, d’ailleurs protégées par l’ombre des arbres.

D’un autre côté, pendant la phase de végétation, les arbres évaporent énergiquement par leurs feuilles et font appel à l’eau du sol, dans laquelle les racines doivent trouver leur nourriture en dissolution. La quantité évaporée par 1 hectare de forêt est évaluée par Schleiden à dix fois celle qui s’évapore de 1 hectare de terre nue, et Pettenkofer estime qu’elle représente plus de huit fois l’eau tombée sur une surface égale (il s’agissait d’une forêt de chênes). Marié-Davy a fait observer, avec raison, que cette loi ne peut être applicable aux arbres à feuilles caduques que pour le temps où ils possèdent des feuilles. Quant aux espèces à feuilles pei'sistantcs, leur pouvoir d’évaporation peut être plus durable; mais, en général, leurs feuilles sont des aiguilles et, sans doute que leur nutrition sommeille en hiver, bien qu’ils gardent leurs feuilles.

Les forêts assèchent donc le soleil humectant l’atmosphère. Aussi Schwappacli a-t-il pu ( Congrès d’hygiène de la Haye, 1884) formuler cette proposition au sujet du déboisement : « Si l’humidité en surabondance n’est plus éloignée par l’action susdite des forêts, le terrain deviendra facilement marécageux. » Mais on comprend moins la suivante : « Le déboisement augmentera et accélérera l’évaporation des eaux tombées sur la surface et entrées dans les couches supérieures du sol et exercera une influence défavorable sur l’abondance et la conservation des sources. » C’est donc qu’il y a des circonstances qui font brèche à la loi première. Peut-être aussi n’en est-il rien, et faut-il donner raison à ceux qui nient que les forêts soient, comme quelques-uns l’ont prétendu, une garantie contre les crues subites et les débordements des fleuves.

L’influence des forêts sur la température du sol a été expressément étudiée par Ebermayer (d’Ascbaffenbourg). La température moyenne annuelle, qui décroît de la surface à la profondeur et qui baisse d’un demi-degré de 1 à 4 pieds, est encore plus basse dans le sol boisé ; le degré observé dans la profondeur de celui-ci est généralement de 21 p. 100 plus bas que dans le sol découvert, toutes choses égales d’ailleurs. Au printemps, le sol de la forêt est de 1 et 1/2 degré R. plus froid que le sol des champs; en été, la différence en moins atteint 3°, 49 R.; en automne, elle est encore de 1°,22; en hiver, elle est presque nulle. Le maximum de température qui, à toutes les profondeurs, baisse en raison de l’élévation perpendiculaire du lieu audessus du niveau de la mer, et se présente plus tard sur la montagne que dans la plaine, ne s’écarte pas autant du maximum dans le sol boisé que dans le sol libre; c’est le degré représentant la chaleur qui est amoindri, le degré inférieur n’est pas atténué. De sorte que la température moyenne dans le sol de forêt est de 1°,12 R. plus faible que dans le sol découvert. Les oscillations diurnes de la température du sol boisé sont plus faibles que celles du sol libre; à 0m,60 de profondeur, elles sont insensibles; leur maximum est en mai. La moyenne des maxima annuels serait abaissée de

generale. J ÉTAT DE LA SURFACE DU SOI.. Ht

5°, 2 par rapport au terrain découvert, et la moyenne des minima relevée, un peu comme dans les îles.

Il y a donc certainement, de la part des forêts, des influences locales sur le sol. Il est probable que de pareilles influences se font sentir sur l’air, et l’on accepte aisément l’assertion de Schwappach, que la température moyenne annuelle de l’atmosphère s’abaisse dans la forêt et que les extrêmes de température y sont atténués. Nous n’insistons pas sur ce point, parce qu’il ne s’agit pas ici du climat. Mais l’on commence à contester beaucoup, aujourd’hui, que ces influences puissent se faire sentir à distance et modifier le climat d’une région ou le régime des eaux. F uster attribuait à ses immenses forêts la rudesse de climat et l’humidité de la Gaule au temps de la conquête de César ; Ch. Bœrsch et Michel Lévy assuraient que la destruction des forêts d’Alsace a rendu les hivers du pays plus rigoureux et les revirements de température plus brusques. Il y a là plutôt des vues de l’esprit que de solides observations. Durand-Claye fait remarquer que le maigre relief des forêts n’est rien auprès des vastes phénomènes qui règlent le climat d’une contrée.

Une donnée plus acceptable, c’est le rôle d’écran contre les effluves palustres, que les forêts remplissent dans des cas donnés, et que de simples rideaux d’arbres peuvent être appelés à remplir.

11 est d’autres éléments encore à délerminer. Dans les régions de fortes pentes et où la neige, en raison de la hauteur, tombe abondamment, s’accumule et, au moment de la fonte, glisse par masses énormes dans le sens de la déclivité du terrain, les arbres si rabougris qu’ils soient, les broussailles et même les herbes les plus humbles sont une précieuse ressource. Ces maigres végétaux ont la puissance du nombre; chacun fait sa part de travail; ils divisent la masse neigeuse, la fixent et, au moment dangereux, ces faibles brindilles se trouvent être capables de retenir l’avalanche. De même, elles fixent le peu de terre végétale qui recouvre les pentes ardues et que l’eau entraînerait à la fonte des neiges ou à la chute des averses. Il y avait autrefois une sorte de ban national sur les bois protecteurs des sommets pyrénéens ( Bédats ) et dans les Alpes de la Suisse et du Tyrol (Banmvalder). L’on a oublié, il y a quelques années, la signification de ces traditions antiques; des cultivateurs étourdis ont cru pouvoir gagner un peu de terre arable en défrichant la montagne et l’on a, autre part, laissé les troupeaux transhumants ravager sur de vastes espaces l’herbe et la broussaille. Ç’a été simplement un désastre; les spéculateurs ont à peu près ruiné le pays (Surell). Par suite du déboisement, la limite supérieure de toute végétation a graduellement baissé, et la terre végétale elle-même a glissé de la roche à laquelle l’herbe la retenait. Notre département des Basses- Alpes est devenu le moins peuplé de France (20 habitants par kilomètre carré) et celui où la vie moyenne est la plus courte (Bertillon). Hâtons-nous d’ajouter que la réaction et la réparation commencent; on a reconnu, de nos jours, l’origine du mal, et l’on s’efforce d’y remédier par le reboisement méthodique et les mesures de conservation des herbes à l’égard du gaspillage par les troupeaux.

Aussi bien, il se mêlait à ces conséquences, déjà fâcheuses, mais locales.

DU SOL

[Hygiène

une question d’intérêt général et qui touche à la conservation de la vie humaine aussi bien qu’à la protection des propriétés. Le déboisement était accusé de favoriser le débordement dos rivières et des fleuves, du Rhône en particulier, et rendu responsable de la fréquence des inondations. Belgrand et Marié-Davy ont pensé que la relation ici entrevue n’était pas suffisamment établie; le premier constate « qu’il existe en France des bassins presque entièrement boisés dont les cours d’eau présentent le régime le plus irrégulier; qu’il en existe d’autres, au contraire, presque entièrement déboisés, et dont les cours d’eau ont une régularité d’allures incomparablement plus grande que celle des premiers. » Et, pour Marié-Davy, « la seule ulilité réelle du reboisement par les essences à feuilles caduques est de faire obstacle au ravinement des terres, et de rendre productifs des terrains qui ne le sont pas. » Quand nous aurons introduit la réflexion que ce sont précisément les essences toujours vertes (conifères) qui ont été détruites et que l'on cherche à réimplanter sur les montagnes, nous aurons épuisé tous nos arguments dans cette discussion qui, après tout, laisse entièrement debout l’utilité du reboisement des régions élevées, encore qu’il y ait des variantes dans la manière d’envisager les services que les arbres rendent au sol.

c. Culture. — En dehors de l’influence des plantes elles-mêmes, qui vient d’être étudiée, la culture est, d’une façon méthodique et continue, une division mécanique de l’écorce terrestre, luttant incessamment contre la compacité du terrain, y introduisant l’air et favorisant l’issue des gaz et des vapeurs de la couche profonde. Elle assure la facilité des échanges gazeux et dispose le sol à emmagasiner la chaleur de l’air extérieur. La charrue s’adresse à Y humus, à la terre arable, quelles qu’en soient les variétés ; il semblerait qu’il dût en résulter tout d’abord une situation éminemment dangereuse, puisque retourner cette croûte superficielle, c’est mettre au jour le foyer des fermentations qui se sont accomplies dans son épaisseur et les germes dangereux qui peuvent y sommeiller. En fait, les premiers cultivateurs des terres vierges courent de grands risques et sont parfois cruellement atteints pour avoir été exposés aux effluves du sol attaqué par les instruments aratoires. Mais, répéter cette opération, c’est troubler régulièrement, d’une façon intermittente, la fermentation organique; c'est en tuer les agents par l’afflux de l'air libre et par la dessiccation; dans tous les cas, c’est empêcher l’accumulation des principes morbigènes qui peuvent en résulter. La conséquence définitive, c’est Y assainissement du sol.

Presque toutes les propriétés primitives du sol disparaissent par le fait de la culture ou, tout au moins, tendent à se modifier entièrement de telle sorte que la terre cultivée s’achemine à se ressembler partout, à perdre son originalité, à devenir sinon indifférente, du moins une composition géologique artificielle, à éléments connus et de structure à peu près constante. La surface du sol prend des dispositions dans lesquelles les accidents naturels sont soigneusement combattus ; des pentes convenues se dessinent, des sillons plus ou moins profonds servent à drainer à ciel ouvert la masse en relief. L’équilibre entre les éléments fondamentaux, silice, calcaire, argile, est ouvertement cherché et l’on donne, par les amendements, aux terres mal équilibrées la minéralisation qui leur fait

generale.] ÉTAT DE LA .SURFACE DU SOL. ' i<3

défaut. Ce que le cultivateur redoute par-dessus tout, c’est la compacité du terrain, et cette affinité singulière pour l'eau des terres argileuses ou marneuses qui fait qu’elles se rétractent et se crevassent pendant les jours de chaleur et de sécheresse, ouvrant aux émanations telluriques des surfaces et des baies de dégagement d’une haute nociveté. Avec la culture, pas d’eau oubliée dans les dépressions sur une couche imperméable; pas de terrain spongieux, indéfiniment imbibé, sur un plan plus ou moins voisin de la surface; pas de plantes parasites au dehors et pas de pullulation des parasites invisibles, à la faveur d’un repos séculaire, au dedans.

La culture, sans doute, ajoute intentionnellement de la matière organique au sol, et offre des détritus animaux à l’infiltration par l’eau des pluies. Mais il y a une différence énorme entre ce dépôt méthodique et celui que réalise la végétation spontanée. Les plantes croissant spontanément prennent leurs substances minérales au sol et empruntent surtout leurs principes organiques à l’atmosphère; à la fin de leur existence, elles tombent sur le sol, et font place à de nouvelles générations de la même famille qui n’utilisent pas les débris organiques de leurs ancêtres et, au contraire, accumulent du terreau. Tandis que les plantes cultivées, destinées pour la plupart (céréales, légumineuses) à incorporer à leurs graines de notables proportions d’azote, absorbent rapidement les produits nitriques que le pouvoir oxydant du sol répand autour de leurs racines. C’est ainsi que l’on peut impunément confier à la terre le fumier des animaux et même les excréments humains ( engrais flamand, poudrette , etc.), et faire tourner au profit de la production alimentaire ces redoutables forces de la fermentation organique. Bien plus, comme la culture assainissait les terres vierges et convertissait en richesses les effluves de la putréfaction des êtres ensevelis, au long des âges, dans le sol livré à lui-même, on s’est avisé de charger systématiquement le sol de l’épuration des résidus organiques des grands groupes humains, en lui livrant ces monceaux de matière putride pour être convertis, la culture aidant, en plantes utiles, puisqu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de les détruire et que, même, il aurait tort d’essayer.

Telle est la double et heureuse influence de la culture. D’une part, elle annihile les effets de la décomposition spontanée dans le sol naturel; de l’autre, elle rend inoffensifs les foyers putrides que l’homme crée luimême, sur un sol modifié et même préparé pour ce but. Elle a assaini les polders de Hollande, les plaines algériennes, la prairie américaine; et elle sert aux villes à se débarrasser des excréments de leurs habitants, sans danger pour elles-mêmes ni pour les voisins.

Par réciprocité, 1 abandon de la culture laisse le sol redevenir l’abri des décompositions et des microorganismes et reprendre les propriétés meurtrières qui en résultent. Léon Colin a montré que la campagne romaine a commencé d’être insalubre quand, après les conquêtes de la république, les habitants du Latium furent nourris des blés de Sicile et d’Afrique et se déshabituèrent de l’agriculture.

d . Séjour de l homme. — C’est la grande et perpétuelle cause de l’arrivée des souillures à la surface et dans la profondeur du sol. Nous l avons déjà Apnould. Hygiène, 2° édit. 8

[Hygiène

dit suffisamment pour n’avoir pas à le répéter. Mais c’est le cas de mettre les souillures de cette origine en opposition avec celles que tous les êtres des deux règnes organiques, en dehors de l’homme, imposent aussi au sol. Cette sorte de souillure spontanée, presque normale, se rapproche infiniment de l’autre, comme on pense, au point de vue de la nécessité et du mode des transformations ultérieures. Mais, en raison, soit de la nature des déchets, soit de la façon dont l’air et l’eau interviennent, soit pour quelque autre motif, la décomposition ne ressemble pas exactement ici à ce qu’elle est dans le premier cas ; les produits diffèrent et peut-être aussi, les agents moteurs.

Or, le véritable miasme tellurique , l’agent d’insalubrité qui se forme tout seul dans le sol non habité, la présence de l’homme le fait fuir. Il se peut que ce soit une simple supposition, mais le fait est frappant. L’homme est d’abord maltraité par les influences telluriques; mais, s’il s’implante, ses fléaux à lui prennent la place de celui qui sortait du sol et ne s’y ajoutent que rarement. Dans le noyau très peuplé de la Rome actuelle, il n’y a plus guère de malaria; ce sont les affections typhiques qui dominent. En 1865, on établit la gare du chemin de fer dans la région alors insalubre qui entoure les thermes de Dioclétien ; la population s’y pressa bientôt, comme il arrive en pareil cas, et les fièvres d’origine tellurique baissèrent progressiment (L. Colin). De même, l’insistance de la colonisation européenne, en Algérie, a fait une ville prospère de Bouffarik qui, au début, abîma dans la fièvre une ou deux générations de colons.

Si l’on vient à creuser dans un tel sol et à remettre la couche profonde à la surface, il n’est pas rare que l’on retrouve le miasme tellurique spontané. Ainsi, à Paris, dans les travaux de creusement du canal Saint-Martin (1811), des fossés de la fortification (1840), des égouts de la Bièvre (1876).

Il arrive aussi que l’imprégnation malariale du sol soit si puissante, le groupe humain étant d’ailleurs peu dense, que la présence des habitants ne parvienne pas à changer ou à masquer l’influence tellurique. Certaines villes des grandes colonies asiatiques ou américaines restent en proie à la fièvre malariale, tout en persistant et même en prenant de l’importance.

Bibliographie. — Ford (W. H.) : Soit and Water (A. Treatise on hygiene and public liealth, edited by Alb. Buck. New-York, 1879. — Ritter (Ch.) : Influence des forêts sur /esnappes liquides et sur la pluie (Annal, des ponts et chaussées, 1881). — Layet (Alexand.): Hygiène et maladies des paysans. Paris, 1882. — Mauié-Davy (L. H. et Ferd.) : Météorologie appliquée à l'hygiène et à l'agriculture (Annuaire de Montsouris pour 1884 et 1885). — Schwappach (A.) : Sur les effets du déboisement dans les climats tempérés de l’Europe (Compt. rend, et Mémoires du cinquième Congrès internat, d’hygiène. La Haye, 1885).

Consultez. — Schleiden : Baian und Watd, 1870. — Ebermayer (E.) : Die physikalischen Einwirkungen des Waldes auf Luft und lioden und seine klimatologische und hygienische Bedeutung. Aschaffenbourg, 1873. - Reclus (Élisée) : Géographie univei selle. — Pauly : Esquisse de climatologie comparée. Paris, 1873. — Arnould (J.) : L’hygiène rurale i/ans ses rapports avec le cantonnement des troupes (Gazette médicale de Paris, 187G). — Marié- Davy (L. H.) : Météorologie appliquée à l’agriculture et à l'hygiène (Annuaires de Montsouris pour 1880 et années suivantes).

III. Marais et état maiariai du soi. — C’est à dessein que nous amenons à cette place et sous ce titre l’étude des conditions du sol, que les médecins, de temps immémorial, mais sans pousser l’analyse aussi loin que le

générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL.

Hi>

l'ont nos contemporains, ont regardées comme la raison d’être de toute une classe d’affections, très homogènes d’ailleurs, désignées sous les noms divers de fièvres , fièvre intermittente, fièvre de malaria, fièvres pernicieuses, accidents palustres, fièvre tellurique. En effet, il ne parait pas que l’on puisse légitimement rattacher ces influences à l’étude de l’air, qui n’est que le véhicule presque indifférent des principes sortis du sol dans les circonstances que l’on va définir. Et, d’autre part, si l’on peut, en tête de cet article, inscrire le mot marais, qui répond aux idées antiques, ce sera surtout une occasion de montrer que l’eau n’est qu’un des agents qui prennent part à une élaboration dangereuse, assez complexe, dont le sol est le réceptacle habituel et à peu près nécessaire. L’air et l’eau sont ici des éléments appelés à jouer un rôle chimique ou physique, sans spécificité. La spécificité n’est pas davantage dans la nature des substances que le sol offre à l’action de ces réactifs. Elle est tout entière dans la nature des agents des phénomènes qui s’ensuivent, agents qui sont, encore une fois, des êtres animés.

On trouve toujours, à l’origine des accidents dits palustres ou telluriques :

1° Le sol, perméable à la surface et jusqu’à une faible profondeur ;

2° La présence de détritus ayant appartenu au monde vivant et subissant, abrités par les molécules du sol, la fermentation plus ou moins rapide;

3° L’accès de l’eau jusqu’au foyer où s’accomplissent ces phénomènes et, d’ordinaire, l'immobilisation ( stagnation ) de cette eau, par défaut de pente et par imperméabilité de la couche sous-jacente ;

4° L’accès simultané de l’air, dont l’oxygène participe aux combinaisons nouvelles et qui apporte peut-être les agents de la décomposition organique, en même temps que les oscillations de l’atmosphère tellurique et les échanges gazeux permettent la durée du phénomène;

5° L’action de la chaleur. "

On peutremarquer que ces conditions extérieures, le conflit de l’eau, de l'air, de la chaleur, avec des matières organiques dans le sol, sont essentiellement les mêmes que celles dans lesquelles se mûriraient, suivant l’école de Munich, les germes de la lièvre typhoïde et du choléra. La différence spécifique serait donc constituée par les germes de part et d’autre ; cest-à-dire que le parasite duquel relèvent les fièvres palustres serait, dans le cas actuel, 1 élément caractéristique de la situation. Cependant, en dehors de ce parasite encore mal connu, il est un trait de la préparation malariale du sol qui ne saurait échapper à l’observateur ; à savoir, que les détritus organiques qui, cette fois, alimentent la fermentation sont four-

nis par la vie commune et universelle, par la spontanéité du sol, si l’on peut dire, et sans que l’homme y soit pour rien.

C est pour cela que les épidémiologistes français réservent aux fièvres palustres 1 épithète de maladies telluriques, en la refusant au choléra et surtout a la fièvre typhoïde, beaucoup plus liés aux souillures humaines du sol. C est pour ce la encore que Léon Colin a placé dans le « sol improductif» , cest-à-dire livré à sa spontanéité, un foyer de production de l’agent fébrigène aussi puissant que le marais proprement dit.

116 1)U SOL. [Hygiène

Des marais. — Il n’est pas nécessaire que l’hygiène et l’étiologie élargissent le sens vulgaire du mot marais. Nous pouvons en accepter la définition géographique : « un terrain dont la couche superficielle est imbibée d’eau jusqu’à en être amollie et en garder souvent une certaine épaisseur au-dessus d’elle sans renouvellement sensible. » Habituellement, ce lac ou cet étang sans profondeur est envahi par les joncs, les carex, les roseaux, et des arbres, dont les racines se plaisent dans la vase, s’élèvent sur ses bords.

Mode, de formation des marais. — La création d’un marais dépend de la façon dont l’eau arrive au terrain et de la manière dont celui-ci se prête à la recevoir et à la garder. La coïncidence de ces deux conditions a lieu spontanément ou artificiellement et par la volonté même de l’homme, suivant la distinction établie par Vallin.

a. Le sol spongieux des alluvions, naturellement riche en débris organiques et accessible à l’eau, est l’un des plus aptes à la formation des marais; d’autant mieux qu’il se trouve nécessairement à la terminaison des déclivités et là où la nullité des pentes amortit le cours des eaux. Les marais célèbres se trouvent aux deltas de beaucoup de grands fleuves, Nil, Gange, Mississipi, Rhône, Pô. Ils ont d’ordinaire une haute nocuité, en raison de la facilité que le sol meuble des alluvions offre à la vie végétale.

Mais les dépôts alluvionnaires sont formés de l’usure, par les pluies et les neiges, de roches de toute nature, parfois métamorphiques ou cristallines. C’est dire qu’il n’y a pas de sol antipathique en soi à la formation des marais. La désintégration des granités, surtout des granités schisteux, donne lieu, en effet, à la formation de marais d’une nocuité reconnue; le sable ou le gravier, dans lequel l’érosion de la mer convertit les rochers de la côte, et que le flot repousse ensuite sur le rivage, se montre parfaitement doué d’une semblable aptitude. Les sols argileux ou marneux, qui sont vite saturés d’eau, mais retiennent énergiquement ce liquide, se prêtent bien à la constitution des marais; mais il en est de même du sable ou du calcaii’e à fragments, toutes les fois que ce sol léger est en couches minces reposant sur un fond d’argile ou tout autre stratum imperméable.

L’ubiquité des marais prouve que la nature géologique des terrains n’a pas une extrême importance. Tout ce que l’on peut concéder, de par l’expérience, c’est que la constitution chimique des sols peut influer sur le plus ou moins de malignité du marais. En dehors de la richesse en matières organiques, il paraît démontré que l’abondance des sulfates et carbonates contribue à en élever les propriétés malfaisantes, sans doute parce que les sels terreux et alcalins jouent un rôle dans le processus chimique des décompositions putrides.

En ce qui concerne la surface, la condition capitale est la dépression locale et la nullité ou Y insuffisance des pentes. C’est là ce qui ouvre la porte à l’afflux des eaux et ce qui leur ferme essentiellement les issues d’évacuation. Cela revient à dire que le rôle de l’eau est le plus important et que celui du sol est secondaire. En effet, l’eau, dès qu’elle peut recouvrir d’une façon durable un terrain à peu près quelconque, y précipite une couche

ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

générale.]

alluvionnaire donl l'épaisseur s’accroît lentement, mais sûrement; bouche les pores du sol s’il est poreux; recouvre de vase, tantôt la roche nue, tantôt la terre cultivée, et, même aux grandes hauteurs, finit par créer des marais. Néanmoins, l’imperméabilité des couches les plus voisines de la surface reste un puissant auxiliaire.

L’eau qui forme des marais peut être celle de la pluie ; pourvu qu’elle soit abondante à une certaine saison ; qu’elle ne s’infiltre pas assez vite et assez profondément; qu’elle ne s’évapore pas rapidement en entier; qu’elle ne trouve pas à s’écouler immédiatement vers un cours d’eau. Ce sont des circonstances pareilles qui, à moins d’une grande surveillance, feraient des marais dans les Dombes, lors même que l’industrie humaine ne les eût pas provoqués. L’homme n’a d’ailleurs fait que mettre à profit les dispositions naturelles du terrain. La Dombes est un plateau élevé de plus de 100 mètres au-dessus du niveau du Rhône, à pente tournée vers le nord, argilo-siliceux et presque imperméable ; il a suffi de quelques barrages pour établir une multitude d’étangs, essentiellement alimentés par l’eau du ciel.

D’autres fois, l’eau de la pluie tombe sur une plaine excavée, à sol perméable, traversée par un cours d’eau ; mais la pente est nulle de la plaine vers la rivière, et celle-ci, gonflée elle-même par la précipitation pluviale, contribue d’autant moins à drainer le pays environnant. Bien plus, comme c’est le cas de la part de la Loire, de la Seille, le fleuve lui-même peut déborder et ses eaux gagnent à distance des dépressions dont le fond est notablement plus bas que le bord de la rivière; elles ne rentrent donc pas, même quand le niveau du fleuve abaissé, et si le sol est argileux, elles stagnent jusqu’à évaporation. La mer, dans les marées hautes ou parle gros temps, fait de même sur les côtes basses de l’Océan et de la Méditerranée ; elle projette par-dessus le bourrelet de gravier ( cordon littoral) qu’elle s’est fait à elle-même, par-dessus les barres , les flèches, les dunes, de l’eau que la vague ne ramène pas à l’Océan et qui séjourne désormais dans les dépressions du littoral.

Les barres se forment sous l’influence des courants marins parallèles à la côte ; en rencontrant un fleuve, comme le Rhône, qui charrie du limon, ces courants arrêtent et amoncellent les débris amenés par le fleuve. En arrière de la barre, il reste une nappe sans profondeur ne communiquant plus avec la mer ou ne s’y ouvrant que par la coupure étroite, appelée grau dans le Midi.

Les saisons sèches, en mettant à découvert la queue des étangs, ou le canal par lequel les étangs, les lacs, certains bras de rivière, communiquent avec l’eau courante, provoquent la formation de marais des plus actifs.

Sur divers points, la déperdition d'eaux thermo-minérales , nécessairement riches en sels et quelquefois sulfureuses, a été la raison de l’existence de marais remarquablement offensifs.

h. L’industrie humaine provoque une assez grande variété de marais, à la faveur toutefois des mômes conditions de sol que celles qui président à la formation du marais spontané. L’exploitation de la tourbe, les briqueteries, les travaux de chemins de fer en terrains plats, sont l’occasion de cavités artificiellement pratiquées dans le sol, caisses d'emprunt, parfois dans le but même d’y ménager une retraite à l’eau. Les routoirs en eau dormante sont des marais avec une putridité spéciale et provoquée. Les

1 ° DU SOL. [Hygiène

marais salants accompagnent l’industrie des salines au bord de la mer et les marais gâts (ou gâtés ) la suivent. On appelle marais mixtes ceux dans lesquels il y a mélange d’eau douce et d’eau salée ; la richesse de cette dernière en sulfates favorise les réductions par la matière organique (Daniell, Chevreul) ; en outre l’eau de mer tue les organismes d’eau douce (Méiier, Bouchardat), et réciproquement. C’est un aliment de plus aux décompositions.

L élève du poisson a été la raison de l’entretien des étangs en Dombes et en Sologne. La culture du riz en Piémont, en Camargue, dans l’Inde et l’Indo-Chine, motive ailleurs des marécages systématiques. L’élève de la sangsue, quand la thérapeutique avait encore les allures sanguinaires de 1 école physiologique, fut le prétexte de la conservation de quelques marais sur les bords de la Garonne, dans la Meurthe et dans la Nièvre. La canne à sucre, les oseraies, font encore créer dos marais ou profitent de ceux qui existent.

On a accusé, à tort du reste, les irrigations à l’eau d’égoutde constituer des foyers marécageux (Gennevilliers, 1875).

Etat malarial du sol, sans marais. — Il y a longtemps que l’on a reconnu l’existence d’influences fébrigènes sans marais. C’est pour cela que divers auteurs ont tenté de substituer, à l’étiologie par les effluves palustres, l’action de la chaleur, de l’électricité, de l’ozone (Armand, Eisenmann, Burdel, Durand de Lunel, Pouriau, Bœckel).

Le professeur Aug. Hirsch déclare qu’il est impossible de retrouver les marais sous une forme quelconque dans les points suivants, où il existe cependant des fièvres semblables à celles qu’on nomme palustres :

Le haut plateau de Castille, désert, nu, sans eau, stérile et à physionomie de steppe ; — la plaine de l’Araxe, haut plateau basaltique ; — les terrasses de la Perse et particulièrement le plateau d’Iran, sans aucun cours d’eau et sans pluie ; — les maremmes de Toscane, la campagne romaine et les Calabres. A part des alluvions marines et quelques points vraiment marécageux à l’embouchure des cours d’eau sur la côte des Maremmes, la surface du sol est formée de tuf volcanique ou de marne tertiaire, et la contrée extrêmement pauvre en eau, assez stérile ; — les hautes plaines de l’Inde et spécialement celles de Malwa, Chota- Nagpoure et Mysore, où le sol est volcanique ou granitique, et où néanmoins, les médecins anglais observent le hill-fever , identique à la fièvre des hauteurs couvertes de jungles et de forêts, comme dans la région des Ghattes (Gibson, Wight, Macdonnell) ; — enfin l’ile de Katch (ou Kutch), aux bouches de l'Indus, volcanique et stérile, et divers points montagneux de Ceylan.

Léon Colin a constaté à son tour la parfaite' sécheresse de la plaine insalubre qui est YAgro romano, et ne peut que répéter le jugement de Bonstetten : f< La campagne même de Rome est si peu marécageuse que je ne connais pas de^pays sans police où il y ait si peu d’eau stagnante. » Et c’est justement Pétüde attentive de ce sol mal famé qui lui a servi de base pour l’édification de sà/cfôclrine de « l’intoxication tellurique » et non plus « palustre ». Les marais Pb'nttns eux-mêmes possèdent de vrais marécages, mais une bien plus grande éiyiüdtlle de terrain recouvert de végétation spontanée, servant de pâture. Sous Piè1 VI, la surface submergée avait été réduite de 20,000 à 2,000 hectares.

L’Algérie, comme le faisait remarquer Armand et comme l’a rappelé Pauly, est

ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

moins marécageuse que son ancienne réputation n’eût pu le faire supposer. Ses marais ne sont que des ilôts vis-à-vis des immenses territoires secs sur lesquels, néanmoins, le séjour est dangereux à l’homme. Et l’on verra que le transport à grande distance des miasmes fébrifères est des plus hypothétiques. Personnellement, nous avons vu des médecins d’Afrique hésiter à traiter par le sulfate de quinine des soldats qui avaient pris la fièvre en traçant une route au flanc d’une colline. Peut-être bien que les médecins de 1834, que Maillot eut tant de peine à convaincre, n’étaient pas non plus très frappés de l’état palustre de l’Algérie.

Aux États-Unis d’Amérique (Woodward, Charles Smart), l’on connaît également une fièvre de montagne ( mountain-fever ), qui s’observe dans les prairies et les grandes terrasses de l’Ouest. Frappés de l’impossibilité de trouver une surface d’eau stagnante ou simplement fangeuse qui pût expliquer, sur ce terrain, une réelle infection de l’air (malaria), les auteurs américains ont néanmoins pensé que le principe de la fièvre est dans le sol, mais qu’il est apporté aux économies par l’eau de boisson ; ils ont môme fait, à ce propos, la distinction de la malarialfever et de l’aquamalarial-fevei' ; c’est cette dernière qui est la fièvre de monLagne.

On n’a pas manqué d’opposer à l’objection qui ressort de ces faits d’autres faits, dont quelques-uns ont été constatés directement, mais parmi lesquels il en est qui ne sont guère plus qu’une induction.

Nous ne reviendrons pas sur la preuve, donnée par Tommasi-Crudeli, qu’il y a une réelle infiltration et une stagnation d’eau dans le sol des collines romaines (voy. p. 56), malgré la nature volcanique du sol.

Il est certain aussi que, sur divers points où l’humectation fait absolument défaut à la surface, l’eau souterraine est à très peu de distance et peut, avec des conditions convenables de chaleur, de végétation spontanée, alimenter les mêmes organismes et la même décomposition que le sol palustre typique. C’est ce que F. Jacquot, Armieux, ont appelé le marais souterrain. On en a signalé en Grèce, en Turquie, en Belgique, dans la praû'ie américaine, les steppes russes.

Il faut probablement attacher une grande importance à l’humectation de la surface par la rosée , dans les régions chaudes où il ne pleut pas et qui, naturellement, sont continentales . L’amplitude des oscillations journalières de la température y est considérable ; de telle sorte qu’à un moment donné,

1 air y est capable d’une grande quantité de vapeur d'eau et qu’à l’extrême opposé de température, c’est-à-dire pendant la nuit, la rosée, qui a commencé de bonne heure, est extrêmement abondante. Elle suffit, la condensation de la vapeur dans le sol aidant, à entretenir quelque végétation en même temps que les microorganismes qui se chargeront de transformer les débris morts de ces plantes spontanées. Léon Colin a eu soin de noter que des brouillards recouvrent, chaque matin, toute la campagne romaine et même la base des montagnes qui limitent le bassin de Rome. La salubrité des villes bâties sur les monts Albains est en raison directe de leur émergence au-dessus de ce brouillard.

Nous avons déjà lait remarquer qu’il n’est pas de sol, si granitique ou volcanique qu on le suppose, qui ne s’érode par les agents météoriques et ne finisse par fournir un dépôt meuble, accessible à l’eau. Valéry Meunier

DU SOL

[Hygiène

a rapporté celte observation des rochers granitiques d'Espagne. D’ailleurs, il pleut plus sur les hauteurs qu’en pays plat et même, dans les pays chauds, la précipitation nocturne des vapeurs par refroidissement y est plus décidée qu’ailleurs. Or, les contrées, citées comme foyers de malaria sans marais, sont à peu près exclusivement dans les pays chauds.

Dès qu’il y a la terre et l’eau, il y a de la vie et, par conséquent, de la mort. La terre, l’eau, la vie et la mort, entraînent forcément les phénomènes de décomposition exigés pour rendre le sol dangereux. Il le sera si ces phénomènes se sont accomplis pendant des siècles sans que rien vienne les troubler et annuler leur influence; si, surtout, le puissant auxiliaire de la chaleur, dont il sera parlé, vientdonner en intensité à ces petits foyers ce qu’ils n’ont pas en étendue.

Persistance des propriétés malariales du sol. — La longue immobilité du sol, l’abandon de la terre à sa spontanéité, telle est la circonstance vraiment grave vis-à-vis des chances d’infection tellurique que peut courir l’homme qui aborde un point du globe où les familles humaines ne sont pas encore concentrées. C’est dans ce sens que nous comprenons que le sol produise la fièvre, quand il ne produit pas des plantes voulues, des moissons ou toute autre récolte digne de ce nom, selon la formule de Léon Colin. La vaste expérience de la colonisation moderne hors d’Europe prouve l’uniformité de cette menace et la réalité du péril.

C’est ainsi que le défrichement de la forêt vierge et l’exploitation agricole de la prairie sont si redoutables; que la plaine de la Mitidja dévora les premières générations de colons européens qui la mirent en culture; que nos troupes furent rudement éprouvées, en Algérie, lorsqu’on les appliqua à la création de routes, même sur le flanc des montagnes et non dans le fond des vallées.

La différence entre ces sols vierges et le marais, c’est que l’influence de celui-ci persiste comme lui et que celle des autres disparaît par la culture et l’implantation même des groupes humains. Encore ne disparaît-elle que de la surface, c’est-à-dire de la portion du sol où l’on a brusquement mis fin à l’activité des décompositions et rompu l’accumulation de leurs produits. Si l’on creuse plus profondément dans le terrain assaini et autrefois insalubre, l’influence fébrigène reparaît. C’est ce qui se passa quand on fit les nouvelles fortifications d’Ulm, dans d’anciens marais occupés par la culture; c’est ce que nous observâmes à l’époque de la construction du fort de Saint-Cyr (1875), sur un plateau recouvert chaque année de riches moissons, mais qui, du temps de Louis XIV, était l’étang de Bois-d’Arcis.

Il ne semble pas irrationnel de rattacher àla même loi la longue épidémie palustre qui régna de 1858 à 18G9 (Cari Wenzel) sur les ouvriers employés à creuser le port de Jahde, dans ce littoral des bouches de la Weser, où l’homme lutte incessamment contre la vague et où la formation du marais océanique est toujours imminente. Gibert (du Havre) redoutait avec raison, en 1880, que l’exécution du canal de Tancarville, sur la rive droite de la Seine, malgré vingt années de travaux d’assainissement, ne réveillât des manifestations de paludisme.

générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 121

En effet, si la culture, le drainage, assurent dans la couche superficielle du sol malarial la grande aération, antipathique aux microorganismes fébri gènes (comme c’est à supposer), ils ne changent pas absolument « l’accès limité » de l’air (Parkes) dans les couches profondes. Il n en faut, apparemment, pas davantage pour permettre aux germes de ces organismes de se conserver et de repulluler ensuite, lorsque le travail du terrassier les ramènera à la surface.

Constitution chimique du sol malarial. — Les tendances modernes détournent les esprits de la recherche des propriétés chimiques du sol et de l’air des marais, auxquelles on attachait autrefois tant d’importance. 11 est vrai que cette recherche n’a pas été fertile en renseignements décisifs ; mais c’est que l’on visait un but trop élevé. On espérait trouver la cause des fièvres malariales dans des objets qui ne peuvent être que des conditions des milieux dans lesquels vit l'agent animé de ces maladies. En reprenant à ce point de vue la constitution chimique du sol et de l’air des points marécageux, nous pensons qu’il peut encore être utile de fixer certains détails d’observation.

1. Les éléments minéraux du sol à malaria ne sont pas absolument caractéristiques. On signale, en effet, les silicates d’alumine, les sulfates alcalins, ceux de chaux et de magnésie, le carbonate de chaux, assez communs partout. Kirk attribue une nocuité particulière aux roches calcaréo-magnésiennes qui ont subi l’action volcanique. Ranald Martin, sans rien affirmer d’ailleurs, a appelé l’attention sur la présence du fer, en quantité notable, dans des terrains justement réputés pour leur insalubrité; ainsi, la terre rouge de Sierra-Leone renferme 38 p. 100 d’oxyde de fer. Pauly, Isidore Pierre, ont fait des remarques analogues. Paul de Gasparin trouve dans divers sols palustres les détails suivants :

Analyse J g , |

physique. ^ Argüe

Acide phosphorique

Potasse

i Soude

V Chaux

Analyse ' Magnésie

chimique.] Sesquioxyde de fer

[ Eau combinée

Acide carbonique

Matière organique

Page 1