‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 44 sur 268 · ÉTANG · texte numérisé non relu

ÉTANG

(Orange).

Et Isidore Pierre, dans les vases de l’Orne :

Argile, sable, oxyde de fer avec un peu de phosphate.

Carbonate de chaux

.Matières organiques..

2. Les analyses des sols marécageux les plus mal famés ont révélé une

DU SOL

[Hygiène

haute proportion de matière organique végétale; la terre des Maremmesde Toscane en possède en moyenne 30 p. 100; un marais de la Trinité en a présenté 33 p. 100 (Parlces). La décomposition, très lente habituellement, des débris végétaux, favorisée par la chaleur et retardée par le froid, aboutit à la formation des acides humique, ulmique, crénique et apocréniquc. Kraut et Schweizer ont trouvé, dans l’eau croupissante, des acides gras volatils et en particulier des butyrates. Le terrain noirâtre des tourbières et des bruyères renferme jusqu’à 90 p. 100 de matière organique. La matière organique animale ne saurait faire défaut dans les vases humides qui sont, normalement, à leur surface et dans les premières couches, l’habitat ordinaire d'une foule d’espèces. Mais elle paraît particulièrement abondante dans le sol des marais côtiers. Au bord des estuaires de l’Ems et de la Weser, dans ces marais si intéressants de la Frise allemande, le sol est formé pour une part de débris d’animalcules. D’après les recherches d’Ehrenberg, « la vase des golfes de la Frise consiste, au moins pour une vingtième partie, en débris d’infusoires; dans le port d’Emden, cette vase profonde ou Schlick est, pour les trois cinquièmes, formée de ces restes d'animalcules. » (Élisée Reclus.)

3. Air du sol malarial. — Comme on pouvait s’y attendre, l’air du sol malarial trahit les décompositions intérieures par une extrême richesse en CO2, en hydrogène carboné et même en acide sulfhydrique ; parfois il s’y joint de l’hydrogène libre, de l’ammoniaque, de l’hydrogène phosphoré. La vapeur d’eau est toujours largement associée à ces gaz.

Personne, du reste, ne pense plus aujourd’hui que ces éléments chimiques puissent être la cause de la fièvre; les agents d’infection ne sont pas volatils. Il faut également renoncer à l’idée que l’air du sol puisse ramener de bas en haut le miasme fébrigène dans l’atmosphère libre; cet air est exactement filtré et pur de germes. Quant à la vapeur, au moment où elle s’élève du sol, ce n’est que de la vapeur (Y. p. 93). Mais il ne semble pas douteux qu’il en soit autrement quand elle retombe en brouillards, ces brouillards classiques sur les polders, en Bresse, en Sologne, au pied des collines romaines. Les vésicules du brouillard se forment autour des poussières et rien ne semble plus légitime que de croire que les poussières détachées du sol malarial sont souvent le support de microorganismes fébrigènes. Il est bien probable que la matière organique et les débris d infusoires que l’on constatait autrefois dans l’air des marais, étaient de cette provenance et se précipitaient par ce mécanisme. Vauquelin, en Languedoc (1810-1811), Rigaud de l’Isle, dans les marais Ponlins, Moscati (1818) dans les rivières de Lombardie, Meirieu à Montpellier (1829), Thénard, Dupuytren, Brocchi, Boussingault, Gigot (1839), Bechi (1861), Bouchardat (1866), ont fait à cet égard des recherches, des analyses et des théories dont il faut leur savoir un gré infini, parce qu’elles étaient la préparation nécessaire de l’ère contemporaine, mais qui n’ont plus d’autre valeur que celle de documents historiques. L’époque était à la chimie et nous sommes très étonnés aujourd’hui (Vallin) que l’on s’évertuât alors à altérer et à détruire cette matière suspecte, à l’aide des acides ou des bases, sous prétexte de

générale.] ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL. 123

l’étudier, alors qu’il eût été bien préférable d’en faire l’analyse anatomique , comme disait Robin, l’analyse biologique, comme on dit aujourd’hui. Il est probable qu’il y avait, dans les récoltes de nos devanciers, beaucoup de spores, de filaments de mucédinées. Meirieu, du moins, expérimenta cette matière sur l’économie vivante.

Microorganismes spécifiques dans le sol malarial. — Dès 1849, Mitchell soupçonnait que l’agent des accidents palustres pouvait être vivant. J. Lemaire, le premier (1864), tenta, par des procédés très primitifs, de le découvrir au milieu des algues, des moisissures, des Schizomycèles, qu'il récoltait de l’air de la Sologne. Salisbury, professeur à Gleveland (Ohio), en 1866, fit grand bruit avec son Gemiasma, spore d'une algue voisine des Palmelles, que l’auteur retrouvait, parfois à l’état de complet développement, à la surface du sol des marais, des bas-fonds vaseux, et aussi dans la sueur, les urines et l’expectoration des fébricitants. Malgré les adhésions de Hammond, Mossy, Hallier, Schürtz, Balestra, et les opinions voisines de Zürn, Posada Arango, J.-D. Alrey, le succès des Palmelles fut toujours restreint et, dans tous les cas, éphémère. 11 en arriva autant de quelques autres végétaux microscopiques, signalés par Safford et Bartlett, par Burgellini, Grifûni (1873), Eklund (1878), par Lanzi et Terrigi. Ces deux derniers auteurs ne tardèrent pas à abandonner eux-mêmes leur découverte. Notons, toutefois, qu’ils tentèrent ensuite de substituer à la théorie parasitaire l’étiologie par « un poison cadavérique végétal, procédant de la putréfaction des algues et d’autres plantes ». On est déjà loin des émanations de la flouve et des charas (Boudin), du poison sécrété par les infusoires (Bouchardat), et l’on voit s’ouvrir l’ère des ptomaïnes.

En 1878, deux savants, l’un Romain, Tommasi Grudeli, l’autre Allemand, Klebs (aujourd’hui à Zurich), qui s’était fait quelque notoriété dans les travaux de bactériologie, s’associèrent pour des recherches sur le microorganisme de la malaria, que le raisonnement et l’observation leur faisaient supposer être dans le sol, ou plutôt à la surface du sol et dans la couche qui peut donner de la poussière. On procéda par ensemencement à l’aide du sol malarial et par des cultures, que la technique d’alors ne permit pas de faire aussi exactes que celles auxquelles on arrive aujourd’hui. Nous ne nous étendrons, d’ailleurs, pas sur des travaux dont les résultats sont actuellement regardés comme illusoires. Les bâtonnets en forme de haltères de Klebs ( Bacillus malariæ), constatés d’abord dans le sang de fébricitants par Cuboni et Marchiafava, ne tardèrent pas à être vus par les mêmes auteurs, quoique en quantité moins considérable, dans le sang de personnes non atteintes de la maladie. Ziehl les trouva dans la période apyrétique de la fièvre aussi bien que dans le paroxysme et, après les avoir cherchés en vain dans le sang de vingt-cinq individus malades qu’il observa par la suite, les rencontra chez un diabétique. Les accidents provoqués par 1 injection de ces bacilles à des animaux n’ont point paru identiques aux véritables accidents palustres. Il en a été de même (A. Laveran) de ceux que Geci (1882) obtenait au moyen de cultures d’organismes, probablement divers, recueillis en terrain palustre.

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C’est en 1880 que Laveran, à ConslanLine, a observé, dans le sang d’impaludés, les microorganismes qu’il regarde comme les moteurs de la lièvre paludéenne. Pendant longtemps — et cette période n’est peut-être pas encore terminée — on a cru que les formes aperçues par ce savant médecin n’étaient que des modiücations pathologiques des globules du sang, à. coup sur très directement intéressés par le parasite malaria], quel qu il soit. Aujourd hui, après la description des plasmodes dans le sang des impaludés, de Marchiafava et Celli (1883), après les observations conformes à celles de Laveran, faites par Golgi (1886), à Pavie, par Sternberg, Councilman et W. Osler, en Amérique, et surtout après la position qu a prise Laveran lui-même dans le débat, en acceptant carrément pour ses microorganismes le titre « d 'hématozoaires du paludisme », il semble que 1 étiologie de l’impaludisme tende à prendre une place à part et qu’il se distingue des autres infectieuses, chez lesquelles le parasitisme appartient aux plus intimes degrés du règne végétal.

Nous aurons occasion de revenir sur les caractères de ce parasite malarial. D’ailleurs, les questions de pathogénie ne nous appartiennent pas et nous pouvons d’autant plus aisément arrêter ici cette digression du chapitre Sol que, d’après Laveran, « l’eau est bien plus souvent que l’air le véhicule des germes du paludisme ; » ce qui mettrait généralement hors de cause le sol proprement dit.

Auxiliaires du soi maiariai. — a. La température moyenne des lieux, ou à la rigueur la température moyennne estivale, est décisive vis-à-vis des manifestations paludiques; c’est-à-dire que les lignes isothermes règlent assez bien la distribution de la malaria à la surface du globe. Dans notre continent, il n’y a plus de sol malarial au-dessus de 60° latitude N.; dans le nouveau, la limite s’abaisse au 45e degré (moyenne annuelle, 4 à 5 degrés ; moyenne de l’été 16 degrés). Le tableau ci-dessous, emprunté à Hirsch, précise ses limites pour l’hémisphère Nord :

LATITUDE

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