ASSAINISSEMENT DU SOL
manence. Une maigre population, juchée sur de grandes échasses s épuisait au milieu des eaux croupissantes et se débattait contre la mort. Il n y a plus de pellagre et les lièvres ont disparu. L’homme a repris pied sur terre; il occupe des villages sains et propres, des maisons lumineuses et gaies au sein d’une végétation vigoureuse. Il n’a fallu qu’un second génie bienfaiteur à ces contrées dépeuplées pour les refaire. Au commencement du siècle, l’ingénieur Brémontier avait fixé les dunes du littoral et garanti nos deux départements de Gascogne contre les envahissements de la mer. En quinze ans, M. l’ingénieur Chambrelent vient de transfigurer les landes en les débarrassant par des écoulements réguliers de leurs eaux meurtrières. »
Naguère (1878), les Trappistes ont abordé le problème de l’assainissement de la campagne Romaine, en perçant le tuf imperméable qui se trouve sous la mince couche de terre végétale et en le faisant sauter sur de larges espaces avec la dynamite, de façon à atteindre la couche profonde du sol, qui est poreuse, et peut recevoir l’eau des pluies.
4. Colmatage, terrement, ivarpage. — Beaucoup de fleuves, on l’a dit précédemment, par la richesse minérale de leurs eaux et le limon qu’ils abandonnent, sont des fabricateurs de continent. L’Aude apporte annuellement près de 2 millions de mètres cubes d’alluvion ; les deux Rhônes, 2t millions de mètres cubes, la moitié de ce que charrie le Pô et le tiers du Danube. Cependant, la France, dit Élisée Reclus, laisse perdre les « présents du du Rhône », et ces apports avec lesquels on pourrait faire reculer les marais salants devant les eaux douces, donner aux sols les plus ingrats une grande fertilité, reconquérir laCamargue, ne servent guère qu’àfairedes « barres » et à envaser les graux des étangs (Surell). Quoique la pente soit très faible (2 mètres de Fourque à la mer), ses eaux, aidées au besoin de machines hydrauliques, suffisent pour lessiver le sol, le débarrasser de toutes ses molécules salines et se ramifier en canaux vivifiants dans tous les terrains encore incultes. 11 ne faut pas croire que le Rhône agrandisse incessamment la Camargue ; ses bouches se déplacent d’elles-mêmes à travers ses propres alluvions.
Le colmatage consiste donc à faire combler par les fleuves eux-mêmes, à l’aide des alluvions qu’ils apportent et déposent, les dépressions occupées par l’eau stagnante et le marais. On voit que du même coup, l’eau fluviale, filtrant à travers le sol et gagnant en définitive la mer, dessale le rivage où a séjourné l’eau marine ; double effet d’une porLée identique quant à l’assainissement.
C’est par le colmatage qu’au commencement du siècle a été comblée, suivant les plans mêmes de Galilée et de Torricelli, la vallée de la Chiana, entre le Tibre et l’Arno ; que le palude di C.asliglione l’a été avec l’eau tourbeuse de l’Ombrone ; que, près de Narbonne et aux environs de Vie, on a comblé des étangs à l’aide des alluvions de l’Aude.
Le terrement consiste à projeter de la terre, prise à ses bords, dans un canal de détournement d’un cours d’eau assez rapide, que l’on a dirigé vers la dépression occupée par le marais. Ce cours d’eau voulu exécute
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ainsi le colmatage à l’aide des alluvions qu’on lui improvise. Ce procédé est utilisé en Allemagne, dans les bruyères de Lunebourg et de Brême (Vallin).
En Angleterre, à l’embouchure de l’Humber; en France, dans divers points de la côte de Normandie et de Bretagne, on exhausse le terrain du littoral à l’aide du limon marin [warp, angl., langue en français), dont des écluses fonctionnant convenablement assurent l’accès au moment des hautes marées et empêchent le retour quand le Ilot se retire.
11 est rare que l’on se résigne à l’œuvre longue et coûteuse d’opérer le terrement par le transport en tombereaux, à la façon des terrassements ordinaires.
5. Avivement. — Quand les fossés d’une citadelle donnent lieu à des effluves fébrigènes, on les assainit en les inondant. Du même, on rend la salubrité aux canaux envasés, en redressant leur talus et en creusant leur fond ; aux étangs marécageux, en endiguant leurs bords et en substituant une eau profonde à la partie où la minceur de la couche liquide l’expose à la dessiccation pendant les chaleurs de l’été.
Sur notre littoral atlantique ou méditerranéen, les marais salants cesseraient d’être insalubres si on les noyait, soit d’eaux douces en empêchant le reflux marin, soit d’eau salée en y déterminant un large accès du flot de la mer. Dans notre Midi, on maintient salubres les bords de? étangs en prévenant l’ensablement des graux ; là, il faut et il suffit que l’eau des étangs ait plus de 1 mètre de profondeur, pour annuler l’influence du fond. Les villes riveraines de l’étang de Thau, Balaruc, Bouzigues, Mèze, Marseillan, n’ont pas une mortalité très supérieure à la moyenne en France, parce que le flot marin pénètre librement dans leur étang.
Quand il est possible de laver les marais salants par l’eau douce, on ferme au contraire les graux, et des écluses empêchent le reflux de la vague marine. Cela s’est pratiqué en divers points des marais de Toscane et de notre Midi.
On combine avantageusement X avivement avec le colmatage , en creusant et encaissant d’un côté, tandis que l’on comble les dépressions de l’autre. Ernest Déjardin propose de déblayer le golfe de Fos (à la pointe est de la Camargue), menacé d’atterrissement, en rompant la digue sud du Rhône et en rouvrant le grau de Roustan, fermé depuis seulement un quart de siècle. La terre se formera à l’ouest, où la côte est fortement érodée par le courant, et celle-ci deviendra salubre par le colmatage, tandis que le golfe de Fos le sera par submersion.
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DE L’EAU
gênerait-.]
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