CHAPITRE II
DE L’EAU
Au point de vue cosmique, l’eau a sa place entre le sol et l’atmosphère. Quoique ses rapports avec le premier soient plus intimes et plus variés, nous avons cru bon de lui conserver, en hygiène, son rang naturel.
Tous les êtres vivants ont besoin d’eau, parce que l’eau fait partie intégrante, dans de très larges proportions, de leurs tissus et de leurs humeurs; qu elle est la condition de leurs mouvements propres et qu’enlin tout ce qui entre dans l’économie vivante et tout ce qui en sort est, essentiellement dans les deux cas, véhiculé par l’eau.
Arnould, Hygiène. 2° édit.
DE L’EAU
[Hygiène
Celle que l’homme s’incorpore en vue de ce but physiologique, pour la partie qui n’est pas dans les aliments, s’appelle l 'Eau de boisson. C’est l’eau nécessaire et commune. Mais l’homme, être intelligent, perfectible et capable d’hygiène, s’est créé, en vue d’une existence meilleure, des besoins dont beaucoup réclament l’intervention de l’eau : la toilette quotidienne, le bain, la propreté des ustensiles, du linge, de la maison, de la rue, et surtout 1 activité industrielle, qui consomme de l'eau en proportions énormes. Il existe, en hygiène, une expression qui répond à une partie de cet emploi de l’eau : c’est le terme Eau de lavage. Comme il convient qu’une expression unique comprenne à la fois les eaux qui servent à la propreté et celles qui alimentent l’industrie, nous adopterons le terme Eau d’utilisation, plus compréhensif et, d’ailleurs, en usage à l’étranger (Allem. Brauchwasser ou Nulzivasser).
11 ne faut pas conclure de cette distinction dans les mots qu’il doive y en avoir une dans les choses. Le mieux serait, au contraire, que chaque groupe humain n’eut qu’une seule espèce d’eau et que celle-ci fût excellente et abondante. Il est clair que celle qui peut servir de boisson est à la hauteur, et au delà, des autres besoins. Mais l’eau irréprochable est quelquefois assez rare pour qu’en pratique on se résigne à laver les rues et les égouts avec une eau inférieure.
Cette étude semble comporter les articles suivants :
1° L’eau dans la nature;
2° Le rôle sanitaire de l’eau ;
3° L’expertise de l’eau;
4° Les moyens de correction;
5° Approvisionnement d’eau.
Certaines notions complémentaires trouveront mieux leur place au chapitre Alimentation et à Hygiène urbaine.
1° L’eau dans la nature.
On s’apercevra, dans les développements qui vont suivre, que l’eau est celui des milieux naturels dont les propriétés ont au plus haut degré le caractère de subordination. Elle est constamment modifiée, au point de vue qui intéresse l’hygiène, par le sol, par l’atmosphère et par l’homme ; le vœu de l’hygiène étant d’abord qu’elle soit pure, c’est-à-dire qu’elle ne renferme, au moins, pas de matières toxiques ni de matières infectieuses, selon la mesure, à vrai dire un peu étroite, établie par les procédés contemporains d’expertise de l’eau (Plagge et Proskauer). Aussi pourrait-on ne distinguer que les eaux de la surface et celles de la profondeur ; les premières exposées aux souillures, les secondes protégées par le sol. Nous nous conformerons, toutefois, à la tradition en établissant ces trois groupes qui, au fond et au point de vue physique, sont assez naturels : les eaux superficielles ou terrestres; les eaux souterraines ou telluriques; les eaux météoriques ou de l’atmosphère.
générale.]