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ROLE SANITAIRE DE L’EAU

Je Paris recevaient de l’eau de Seine et subissaient la lièvre typhoïde attribuée à cette eau, les autres arrondissements, desservis par l’eau de source, avaient la fièvre typhoïde tout comme les premiers et même davantage. De môme, l’exacerbation de la fièvre typhoïde chez les sapeurs-pompiers, dont Itégnier a accusé la substitution de l’eau de rivière à l’eau de source, coïncidait avec une augmentation des cas dans la population civile, y compris la caserne de Ménilmontant, qui n’avait pas cessé d’être alimentée par l’eau delà Dhuis.

11 n’est pas utile de relever l’insignifiance des preuves tirées de l'expérimentation par les solutions de sel marin, d’aniline, d’acide phénique, auxquelles on faisait traverser un certain espace de terrain pour démontrer que les bacilles typhiques peuvent en faire autant; non plus que l’inanité de cet argument : que l’épidémie a cessé lorsque l’on eut fermé le puits d’où l’on supposait qu’elle était sortie. D’abord il y a eu de ces épidémies, prétendues d’origine aquatique, qui ont continué malgré la fermeture des fontaines suspectes; celle d’Auxerre (1882, Dionis des Carrières) est en partie dans ce cas. En outre, il convient de remarquer que toutes les épidémies finissent naturellement à une certaine date, et que cette date peut bien coïncider avec l'époque, toujours assez tardive, où, après enquête et réflexion, les administrations appliquent le remède qu’on leur a signalé comme le meilleur.

Il nous a toujours paru regrettable, en pareil cas, que l’on ait trop négligé, en ne visant que l’eau, un certain nombre de mauvaises conditions d’hygiène urbaine ou privée, très favorables aussiàlapropagation delà fièvre typhoïde, encore que l’usage d'une mauvaise eau puisse être rapproché, au même titre banal ou spécifique, de ces circonstances adjuvantes ou parfois déterminantes.

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Le choléra. — Les difficultés doctrinales et celles de l’interprétation des faits pathologiques sont à peu près les mêmes au sujet de la propagation du choléra que sur le terrain de la fièvre typhoïde. Nous avons vu que le bacille du choléra ne résistait que vingt-quatre heures dans l’eau, entre les mains de C. Kraus. Robert Koch avait, antérieurement, limité sa vitalité à vingt-quatre heures, dans le contenu d’une fosse d’aisances, sept jours dans l’eau d’égout, trente jours dans l’eau de puits, c’est-à-dire qu’il semblait se maintenir d’autant moins que la concurrence des saprophytes était plus décidée. Koch, Nicati et Rietsch lui accordent quatre-vingt-un jours d’existence dans l’eau du port de Marseille. Il paraît que ce contage se maintient mieux dans l’eau salée.

Au demeurant, Kommabacillus est à peu près, pour son inventeur, une plante aquatique; la sécheresse lui est mortelle. Aujourd’hui encore, on doute que ses spores, vues par Hüppe, et qui pourraient se trouver dans la poussière, soient suffisamment démontrées. « On ne connaît pas un seul cas, dit R. Koch, dans lequel le choléra, comme le sang de rate et la variole, se soit propagé par des objets secs. » Cette formule si exclusive nous paraît d’une hardiesse imprudente.

Comme pour la fièvre typhoïde, il y a deux camps en présence. La véhiculation par l’eau est soutenue par Robert Koch et ses élèves; en France, par Marey, L. Le Fort, Laboulbène et, pour des cas particuliers, par Proust et Charrin ; en Italie, par Ceci, Maragliano, Stassano, Pagliani et la Société italienne d'hygiène ; en Angleterre, par de Renzy, Macnamara. En revanche, l’école de Munich et son chef, Pettenkofer, repoussent plus que jamais cette doctrine déjà vieille, mais à qui le bacille-virgule a entr’ouvert de nouveaux horizons. A l’Académie de médecine de Paris, sans partager pour cela les idées doctrinales de l’étranger, Michel Peter et Léon Colin résistent avec éclat à l’entraînement général vers la théorie de la propagation par eau et, personnellement, nous n’hésitons pas à nous rattacher à

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cette minorité et à répéter pour le choléra la formule que nous avons proposée pour la fièvre typhoïde : La propagation du choléra par l eau n est pas impossible, dans le cas de projection directe et récente des excrétions cholériques dans l’eau de boisson; mais ce mode est d’une réalisation difficile et rare.

L’idée de la propagation du choléra par l’eau de boisson a rendu célèbre l'Anglais Snow, qui la formula en 1849 et l’appliqua aux épidémies de 1834 et 1 866, a Londres, avec un certain bruit. L’histoire de la pompe de Broad-Street est légendaire; Marey l’a reproduite à l’Académie de médecine, en même temps que Le Fort rappelait les accusations portées, en ce temps-là, contre la Compagnie des eaux de laLea, par Netten Radclifle. Or, Letheby avait déjà fait ressortir les hypothèses gratuitos sur lesquelles s’appuyait cette étiologie et les faits contradictoires : des groupes entiers recevant la même eau que les quartiers atteints et n’éprouvant que peu ou point de choléra; d'autres qui, au milieu du quartier envahi buvaient l’eau non suspecte d’un puits artésien etavaient le choléracomme les voisins. Si bien que Letheby déclarait que l’on pourrait rapporter la carte du choléra à la canalisation du gaz tout autant qu’à celle de l’eau. Pettenkofor a relevé partout ailleurs des faits identiques.

Le choléra de Gènes (1884) passa pour avoir été amené par le canal Nicolaï, dérivé de la Scrivia, dans laquelle les femmes de Bussola avaient lavé des linges de cholériques, en amont de la ville. Quand on eut fermé ce canal, dit Ceci, il se produisit une amélioration sensible. Léon Colin fait remarquer que l'on ferma aussi les cabarets. La statistique officielle reconnaît, d’ailleurs, qu’il y avait eu des cas de choléra dans Gênes le 30 et le 31 août, tandis que l’on n’en vit que le 20 septembre à Bussola; par conséquent, les premiers au moins ne dérivaient pas des seconds par voie fluviale. Finalement, Gènes déverse ses immondices dans son port, de même que Marseille; ce qui ne l’empêche pas d’être assez sale, à l’intérieur, et d'avoir un sol (tuf) imprégné de putridité, ainsi que Monti l’a écrit à Pettenkofer.

A Naples, Emmerich a fait remarquer que l’hôpital d’enfants de Y Annonciata, quoique alimenté en eau de la Bolla (irréprochable), a eu le choléra comme les autres habitations du quartier bas, dans lequel il est situé, et qui devait justement son atteinte aux conditions locales de son emplacement.

La garnison de Paris, en 1884, dit Léon Colin, a été particulièrement, frappée dans la personne des Sapeurs-pompiers, plantons, ordonnances, soldats de bureaux, qui passent leur vie partout excepté à la caserne et boivent toute espèce d’eaux. L’épidémie disparut brusquement des casernes de Reuilly et Bonaparte, sans que 1 oneùt changé d'eau. Onavait seulement pratiqué l’isolement. D’ailleurs le choléra a maintes fois éclaté, à Paris, dans un grand nombre de points, assez distants les uns des autres, simultanément.

Dans les relations de Marey et de Laboulbène, nous avons surtout été frappé de ce fait, que le choléra est plus sévèi’e dans les quartiers denses des communes, autour de l’église, par exemple, dans les points déclives, sur les rives fangeuses des ruisseaux et dans les habitations malpropres. La malpropreté générale des \ i lies et des immeubles est encore ce qu’il a été le plus facile de constater comme conditions de la propagation du choléra à Toulon, à Marseille, en Bretagne et chez diverses nations qui nous touchent de près.

Il y a quelques observations d’une étonnante sagacité pour ce qui concerne le rôle de 1 eau comme véhicule du choléra, dans le rapport de Robert Koch et Gaffky. A notre avis, ce qui n’vest pas assez, c’est la conclusion quel'on pourrait

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Hygiène

lirer de l’étrange négligence, d’ailleurs constatée, que les mœurs orientales admettent vis-à-vis de l’éloignement des immondices. Les ouvriers français des moulins de Boulait boivent sans doute une eau différente de celle des indigènes du Caire. Mais nous nous plaisons à croire qu’ils ont aussi des habitudes différentes à toutautre égard. Voici, dureste, qui prouve l’influence banale de l’eau deboisson et non pas le rôle spécifique que prétendent les auteurs. Le môme canal d'eau douce fournit à la consommation des trois villes de Suez, Ismaïlah et Port-Saïd. A Ismaïlah, le canal traverse le quartier arabe à découvert et se trouve soumis à de nombreuses souillures; on eut, 16,8 décès cholériques sur 1000 habitants, dans ccLLe ville. En se dirigeant sur Suez, le canal traverse le désert; son eau est peu contaminée; en 1883, Suez eut seulement 4,7 décès sur 1000 habitants. Enfin, d’Ismaïlah à Port-Saïd, l’eau traverse des conduites en fer, imperméables ; on ne compta à Port-Saïd, que 0,46 décès cholériques sur 1000 vivants. Eh bien! c’est là que la théorie nous semble faible. S'il y a des bacilles-virgules dans l'eau qui va d’Ismaïlah à Suez ou d’Ismaïlah à Port-Saïd, pourquoi ne font-ils pas le choléra de la môme manière dans les trois villes? Et, s’il n’y en a pas, pourquoi le choléra existe-t-il néanmoins à Suez et à Port-Saïd, encore qu’il y soit plus clément qu’à Suez?

A la suite de son rapport sur le choléra du Finistère, Proust a inscrit cette conclusion, qui m'emporte pas, au moins, l’exclusivisme doctrinal : « L’eau a joué un rôle évident dans la propagation de la maladie à Guilvinec. Cette action, sans être aussi démontrée, paraît probable à Quimper et pour un quartier de Douarnenez. Cette action a été nulle à Audierne et surtout à Concarneau. >• La conclusion correspondante du rapport général, en 1886, du même auteur, était plus vague : « L’eau a joué un rôle important dans la transmission. » L’essentiel est qu’il soit laissé place à l’examen. Nous l’avons fait, cet examen, sur le texte de l’honorable inspecteur des services sanitaires ; et nous devons déclarer que nous n’y avons trouvé que des probabilités, des raisonnements par l’analogie ou par opposition; aucune preuve directe et péremptoire.

A part le fait, d’ailleurs négatif, et où il peut n’y avoir qu’une influence générale, de l’immunité de Lechiagat, approvisionné de bonne eau, par rapport aux malheurs, de Guilvinec, on ne voit pas non plus d’une façon éclatante la transmission par l’eau, dans l’intéressant mémoire de II. Ch. Monod. En revanche, l’idée de la transmission directe ou par des effets à usage s’impose, en même temps qu’on est frappé du rôle énorme de liquides tout différents de l’eau, c'està-dire des boissons alcooliques.

Si l’eau de boisson n’est pas le véhicule le plus ordinaire du choléra, il n’en reste pas moins certain que la mauvaise eau, comme pour la fièvre typhoïde, est ün puissant moyen à' adaptation de- l’économie, par son action générale sur la nutrition et par son action locale sur le tube digestif, appelé à être le lieu de développement des organismes pathogènes. L'eau pure est donc une protection positive et l’on ne risque rien d'en approvisionner les villes comme si la théorie de la véhiculation aqueuse du choléra était exacte, à la condition que l’on ne s’enferme pas dans l’exclusivisme qu’elle engendre et que l’on ait soin de porter une attention égale sur les autres objets de l’hygiène.

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Lien bactéries de la glace. — Nous avons dû placer ici une sorte d’appendice pour \sl glace, qui n’est pas une espèce d’eau, mais peut rentrer indifféremment dans l’une des classes précédemment examinées et qui, en raison de ses usages, présente des particularités assez intéressantes, à notre point de vue, pour mériter une étude spéciale.

On emprunte la glace aux collections les plus diverses et même à la mer, que la cristallisation dessale; on en fabrique artificiellement avec de l’eau que l’on peut choisir parfaitement pure, et, au besoin, distillée.

La glace est employée à rafraîchir diverses boissons et à préparer certaines consommations de luxe. Lorsqu’elle est seulement appliquée sur le récipient de ces substances, ce n’est qu’une eau d' utilisa lion, d’un rôle assez secondaire pour ce qui regarde la santé. Mais si elle est introduite directement dans du vin, du café, des sirops, etc., elle devient véritablement une eau de boisson, et l'on a droit d’en attendre la même pureté que de toute autre. Cet usage direct n’est pas rare vis-à-vis des malades, à qui il importe particulièrement de ne rien ingérer d’offensif. Dans d’autres cas, l'on entoure de glace, sans intermédiaire, des viandes, du poisson, des fruits, dans un but de conservation. Ce contact avec des objets qui seront ensuite mangés rapproche ce rôle de la glace de celui qui vient d’être indiqué.

Or, si l’eau, en prenant l’état déglacé, abandonne les sels dissous, il n’en est pas de même des molécules en suspension et, spécialement, des bactéries. La glace retient celles-ci et d’autant mieux, paraît-il, qu’elle emprisonne plus d’air en se formant, c’est-à-dire lorsqu’elle a l’aspect bulleux ou neigeux (Prudden).

De ce qu’une eau renferme des bactéries, fussent-elles en nombre très considérable, il ne s’ensuit pas qu’elle soit immédiatement dangereuse. La

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