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dent sur le sol ou les objets extérieurs, et introduisent par ricochet dans les eaux, il ne s’en rencontre pas quelquefois de très offensives. Mais il importe, selon la judicieuse remarque de Meade Bollon, de distinguei entre les bactéries qui se trouvent dans les eaux par accident, et celles qur y vivent comme dans leur milieu normal, celles que l’on pourrait appeler des bactéries aquatiques.
a. Nombre des microorganismes de l'eau. — Il semble que l’on ait compté les microorganismes de l’eau en France plus tôt qu’ailleurs. Nous avons une numération publiée par P. Miquel ( Annuaire de Montsouris pour 1880), avant que Itob. Koch ait communiqué ( Mitlheilungen ans dem kaiserlichen Gesundheitsamte, I, p. 30, 1881) la manière de s’y prendre pour les ensemencements sur gélatine et le dénombrement des colonies, sans d’ailleurs fournir de résultats particuliers. Les quelques chiffres ci-après sont empruntés au premier de ces savants et à une citation faite par Yillaret des travaux du second.
Microorganismes par centimètre cube d'eau. Miquel (188G).
Vapeur d'eau atmosphérique (Montsouris) ... 1,4
Eau de pluie (Montsouris) 4,3
Eau des drains de Gennevilliers 12,0
— de pluie (caserne Lobau) 18,7
— de la Vanne, à Montrouge 120,0
— de la Seine, à Choisy 300,0
— à Bercy 1,400. 0
— à Saint-Denis 200,000.0
— d’égout, h Clichy 0,000,000.0
— d’essangeage des lavoirs de Paris 20,000,000.0
R. Koch (1883).
Eau distillée bouillie 4 g
— du lac de Rummelsbourg 32,000
— de la Sprée (embouch. de la Wuhle) 52,000
— en amont 1 15,000
en aval 118,000
à l’usine de Stralau 125,000
La môme, après filtration 120
Eau d'égout 38,000,000
Cos données ne comprenant pas les eaux de puits, dont la richesse en microorganismes est particulièrement intéressante à connaître, nous résumons ci-après les renseignements fournis par Mœrs, de Mülheim (près de Cologne). La numération a été faite par l’ensemencement sur la gélatine, et les cultures ont été accomplies à la température de 18 à 20 degrés.
Microorganismes par centimètre cube (moyennes).
Usine à eau, alimentée par des puits creusés au bord du Rhin 02
Eau du Rhin ' jo 080
Puits de la ville, non loin du Rhin (moins do 50 métros) 80 îi 178
Eau d un ruisseau souillé par des déchets d'industrie 24,000
DE L’EAU
Puits public voisin do co ruisseau
Autres puits
Doux puits excellents, bien faits et soignés (en ville)
Puits dessorvant un groupe de maisons à fièvre typhoïde.,
Un autre, dans le môme cas
Un puits h. Liebour, dans une cour à fièvre typhoïde
de 628 à 1792 de lit à 162
(C’est en cultivant l’eau de ce dernier que l’auteur- reconnut quelques colonies de bacille typhique, comme il sera dit plus loin. Les deux précédents, examinés au même point de vue, n’avaient rien donné de pareil.)
L’eau des lacs, puisée au large, est pauvre en bactéries, ainsi qu’Hermann Fol et Dunant l’ont constaté sur le lac de Genève, Plagge et Proskauer sur le Tegelsee.
Diverses circonstances influent de la façon la plus prononcée sur le nombre des germes que l’on peut rencontrer dans une môme eau. D’abord, la température du moment. Il y a toujours bien moins de bactéries dans l’eau, de novembre à avril, que dans le reste de l’année. Puis, la température à laquelle on a fait les cultures; il semble que le point le plus convenable pour obtenir le développement de tous les germes présents soit aux. environs de 22 degrés. Le moment auquel on a procédé à l’examen est de la plus haute importance. On n’approche de la vérité qu’à la condition d’opérer immédiatement après avoir puisé l’échantillon de l’eau en examen ; quelques heures après, il se fait déjà une multiplication notable des bactéries (Miquel, Meade Bolton), qui devient excessive au bout de vingt-quatre heures et, parfois, de plusieurs jours, pour faire ensuite place à la diminution par précipitation, reconnue par Fol el Dunant, ou même à une disparition réelle des organismes.
|â. Signification de la présence et du nombre des microorganismes . — Elle est bien plus négative que positive. Absolument, la présence de microorganismes dans l’eau ne prouve rien, puisque toutes les eaux en possèdent, y compris l’eau de source la plus louable. En raisonnant d'après ce principe : que les microorganismes ont besoin de nourriture, et particulièrement d’une nourriture azotée, on avait cru, un moment, pouvoir établir un certain parallélisme entre le chiffre des germes constatés dans l’eau et la souillure de celle-ci, essentiellement représentée par la « matière organique ». L’eau eût été d’autant plus mauvaise qu’elle aurait renfermé plus de bactéries. Le raisonnement péchait déjà par ce côté, que les bactéries quelconques ne constituent pas un danger plus positif que des matières organiques également quelconques. Mais, en outre, il est prouvé aujourd’hui que l’on peut réduire énormément la matière nourricière de l’eau, sans que les bactéries cessent de s’y multiplier. Meade Bolton a pleinement réussi plusieurs séries d’ensemencements dans l’eau distillée pure. Il en conclut que « la qualité de l’eau et la proportion des substances organiques ou minérales qu’elle renferme, paraissent indifférentes visà-vis de la multiplication des bactéries. » Le rapprochement des analyses chimiques et de l’examen bactériologique des eaux de Berlin (Plagge et Proskauer) a montré, des milliers de fois, qu’il y a là des renseignements
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sans aucune solidarité entre eux, et qu’il faut se garder de substituer les résultats d’une des méthodes à ceux de l’autre. On peut encore en trouver une preuve dans le travail communiqué par A. Proust à 1 Académie de médecine ( Appréciation de la valeur des eaux potables à laide de la culture dans la gélatine, 1884) ; l’eau de la Vanne, qui ne renferme que •> milligrammes de matières organiques, fournit H ,000 colonies par centimètre cube; tandis que l’eau de l’Ourcq, avec 14 milligrammes de matières organiques, n’en donne que 8,000.
Le chiffre élevé des bactéries ne prouve pas la stagnation de l’eau, puisque les microorganismes se précipitent à la faveur du repos prolongé du liquide; un chiffre bas ne prouve pas que l’eau soit en mouvement, car Leone a démontré que le mouvement de l’eau n’empècho point la multiplication des bactéries.
Le nombre des bactéries n’a pas plus de rapports avec l’oxygénation de l’eau. Liborius a reconnu qu’entre les Aérobies obligés et les Anaérobies également constants, il y a une troisième classe d’organismes, Anaérobies facultatifs, qui se multiplient aussi bien sans oxygène qu’avec cet élément. Il sera utile, sans doute, de véritier si la rareté des germes n’est pas sous l’inlluence d’une notable proportion de GO2 dans l’eau, selon les indications de Leone.
Ce que le petit nombre (non point l’absence) des microorganismes dans l’eau démontre le plus incontestablement, c’est l 'exactitude de la filtration naturelle ou artificielle de l’eau, immédiatement avant son arrivée dans le bassin ou le réservoir dans lequel on l’a puisée.
C’est, en effet, en raison de cette filtration que l’eau des sources, bien captées et bien amenées, renferme si peu de bactéries et que l’eau des puits lui ressemble, sous ce rapport, dans de certaines conditions qui permettent précisément d’y puiser sans retard l’eau souterraine telle qu’elle est son arrivée, et sans avoir encore été ensemencée par l’extérieur ou par les parois. Meade Bolton a toujours remarqué que « l’eau souterraine qui alimente les puits, pourvu qu’elle vienne de quelque distance de ceux-ci, est libre de bactéries. » Plus on prend de l’eau à un puits et plus est continu cet épuisement, plus s’abaisse la proportion des microorganismes de cette eau, sauf dans quelques cas où, peut-être, le jeu de la pompe a commencé par remuer le dépôt bactérien du fond, et mêlé à l’eau plus de germes qu’elle n’en paraissait contenir. Si, d’ailleurs, l’on a affaire à des puits tubulaires (Abyssiniens) bien installés, ou à tout autre puits convenablement couvert et protégé contre les souillures de surface, pourvu qu’il n’y ait pas de crevasse imprévue dans le sol, pas de communication accidentelle avec un foyer putride, on peut compter sur une proportion habituellement médiocre de microorganismes dans l’eau.
Les recherches do Heraeus, à Hanau, qui montrent aussi que la pureté bactériologique est fréquemment en coïncidence avec l’impureté chimique (et inversement), sont très instructives au point de vue de la filtration par le sol de l’eau qui alimente les puits. Dans un des 29 qu’il a étudiés, à 7 heures du matin, après le repos de la nuit et alors que le jeu de la
lui»
DK L'EAU.
Hygiène
pompe n’avail duré que deux minutes, il trouve 193 germes par centimètre cube; après trois quarts d’heure de fonctionnement continu de la pompe, il n’y en eut plus que 123; et lorsque l'on eut pompé encore trois autres quarts d’heure, suivis d’une pause d’une demi-heure, on n’en obtint que 33. Un autre puits, dont la pompe était actionnée par un moteur à gaz, présentait, le lundi matin, après trente-six heures d’un repos presque absolu, 5,000 germes; l’expérimentateur fit pomper d’une lacon continue, interrompit le travail de la pompe pendant une demi-heure et, à l’aide d’un tuyau distinct de la pompe, puisa un deuxième échantillon d eau; celui-ci ne fournit que 35 colonies.
Plagge et Proskauer, après avoir exposé les résultats si remarquables, au point de vue de la pureté bactériologique, que l’on obtient en faisant passer de 1 eau de la Sprée et celle du Tegel à travers des filtres de sable qui n ont pas lm,50 d’épaisseur, émettent l’avis que l'on est généralement en droit d’en attendre autant, pour le moins, de la plupart des puits, à la condition que des précautions efficaces soient prises pour empêcher que des microorganismes venus de l’extérieur se mêlent à celte eau, fournie sans germe par la nappe souterraine, à la faveur de la tiltration par le sol.
C’est en regard de ces divers procédés de filtration, spontanée ou voulue, que la numération des microorganismes de l’eau prend de l’importance; elle donne, en effet, la mesure de l’efficacité de cette filtration,. — à moins qu’elle ne révèle la négligence vis-à-vis des réservoirs (puits ou autres). — Et, comme le vaste monde des bactéries, en définitive, compte parmi ses représentants les agents infectieux, on peut apprécier, par ce moyen, le degré auquel on est à l’abri, au moins du côté de l’eau.
Dans cette pensée, Plagge et Proskauer ont tenté de donner un « chiffre limite » de la constitution bactériologique des eaux. Ce chiffre ne devrait guère dépasser loO germes par centimètre cube et pourrait même être abaissé à 30. Non que ces bO germes eux- mêmes puissent être regardés comme une tolérance à l’égard des filtres. Ceux-ci ne doivent laisser passer aucun microorganisme. Mais il est inévitable que dans les récipients, les conduites, les machines, et dans les manipulations d’expertise, il ne se glisse des germes d’ailleurs étrangers à l’eau et qui ont vite fait d’atteindre à cette proportion.
Heræus attribue 16 germes à l’eau de distribution de Wiesbaden ; Leone, b microorganisihes par centimètre cube à l’eau des sources de Mangfallthal, a son arrivée à Munich. Il est donc assez étonnant que Chauveau, Fochier et Arloing n’aient reconnu « ni germes, ni microorganismes » dans les eaux du Sevmard, du Pollon et du Neyrieu (vallée de l’Ain), et non moins étonnant, dans un autre sens, que Proust accuse 11,000 germes dans l’eau de la Vanne. — A vrai dire, le nombre des 'microorganismes constatés dans l’eau dépend aussi du procédé employé pour les obtenir.
y. Nature des microorganismes de l'eau. — 11 n’y a guère, au point de vue où nous nous plaçons en ce moment, d’autre distinction à introduire parmi les organismes inférieurs quç celle de microorganismes pathogènes e t non pathogènes. Meade Bollou en a fait une autre, des organismes qui peuvent se multiplier dans l’eau et de ceux qui ne le peuvent pas; elle est
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très rationnelle, puisqu’elle oppose les microbes normaux de l’eau, ceux qui sont vraiment aquatiques, à ceux qui ne se trouvent dans 1 eau qu accidentellement et d’une façon passagère. Nous verrons que cette classification peut être rapprochée delà précédente, en ce que les microorganismes pathogènes sont précisément de ceux qui ne se multiplient point dans l’eau et ne se trouvent dans ce milieu que par accident.
On recherche encore une autre sorte de caractère différentiel, au moins en ce qui concerne les bactéries; les colonies de ces organismes liquéfient ou ne liquéfient pas la gélatine. Les premières sont, à proprement parler, les Saprophytes (carcpôç, putride; ÿutov, plante), ou bactéries de la putréfaction. Leur présence fait donc songer à des souillures organiques de l'eau. Mais elles ne sont pas offensives par elles-mêmes. Les autres ne le sont pas toutes, à beaucoup près; mais, parmi elles, se trouvent des espèces pathogènes.
Microorganismes indifférents. — Les eaux salies par les déjections des villes semblent se prêter particulièrement à la végétation des moisissures, des levùres et des bactéries liquéfiantes. B. Rosenberg, dans l’eau du Main, en aval de Würzbourg, a trouvé de six à quatorze moisissures sur cent colonies et vingt de celles-ci liquéfiant la gélatine; tandis qu’en amont, les moisissures et levures manquent très souvent ou sont fort rares et que laproportion des colonies liquéfiantes ne dépasse pas 3,5 p. 100. Les microcoques l’emportent de beaucoup sur les bacilles dans l’eau d’amont, relativement pure; c’est le contraire en aval. Au-dessus de la ville, l’eau ne renferme, dit Rosenberg, que des matières humiques, qui sont malaisément décomposables ; au-dessous, elle a reçu des matières d’origine animale, plus faciles à la décomposition. Dans cette eau sale, il a reconnu des sarcines.
Miquel a signalé le ferment lactique dans l’eau de pluie, Bacillus ureæ dans l’eau d’égout; un microbe qui décompose les substances albuminoïdes en produisant de l’hydrogène sulfuré, dans la même, et beaucoup d’autres ferments. Lober et Héricourt (1884) ont trouvé, dans l’eau de la Basse- Deule, égout collecteur de Lille, des « bacilles courbes » qui paraissent dénués de spécificité. Le Bacterium rubescens de Ray Lankesfer, qu’il faut peut-être appeler Clathrocystis roseo-persicina, est un organisme des eaux stagnantes. Miquel décrit un Leptothrix racemosa à la fois dans l’eau de la Seine et dans celle de la Vanne. Le môme auteur a reconnu, dans l’eau de la ville de Paris, les Bacillus subtilis, Bacillus ulna, etc. Dans l’eau d'essangeage des lavoirs, se sont montrés : Micrococcus prodigiosus, M. rosaceus, M. tetragonus, Sarcina alba, S. lutea, Bacterium termo, lineola, fætidum, xruginosum ; Bacillus subtilis , ulna , /luorescens, cyanogenus, saprogenus, et beaücoup d autres. Parmi eux, deux ont manifesté des propriétés virulentes. Plagge et Proskauer ont souvent observé, dans les eaux de Berlin, une bactérie ebromogène, dont la présence se traduit par une coloration bleu foncé et qu’ils rapportent à Bacillus janthinus (Zopf). Meade Bolton a isolé seize espèces particulièrement fréquentes dans l’eau, parmi lesquelles six se multiplient dans ce milieu avec activité, deux microcoques et quatre
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bacilles; Micrococcus aquatilis el Bacillus erythrosporus lui ont servi à faire ses remarquables expériences sur les bactéries dont l’eau parait être le milieu normal.
Mais tous ces microorganismes sont étrangers aux maladies infectieuses de 1 homme et pourraient, tout au plus, servir à constituer un soupçon de médiocrité pour les eaux qui les renferment en abondance. La question capitale est tout autre; il s’agit de savoir si des microorganismes pathogènes peuvent se trouver dans l’eau avec la même fréquence et la même facilité que les précédents. Plus exactement, il y a lieu de décider s'il existe des microorganismes pathogènes qui se multiplient dans l'eau ; ce qui reviendrait à déclarer l’eau leur milieu naturel. Il est évident, en effet, que tous les microorganismes spécifiques peuvent se rencontrer dans l’eau accidentellement et personne ne doute qu’il n’y ait, par exemple, des bacilles typhiques dans une eau où des selles de typhoïsants sont tombées à même quelques minutes auparavant.
JUicroorgsinismes pathogènes dans l’eau. — Nous relèverons rapidement : 1° les faits relatifs à la multiplication des organismes pathogènes dans l’eau ; 2° les constatations relatives à la présence de certains de ces organismes dans diverses eaux.
1° Multiplication des organismes. — Bagénoff, en 1885, annonça que, d’après ses recherches, la vitalité des bacilles typhoïdes se conserve dans l'eau et qu’ils peuvent même s’y multiplier dans une certaine mesure. Wolffhügel et Riedel (1886) firent connaître qu’ils avaient obtenu une multiplication assez large du bacille charbonneux au-dessus de 12°, dans une eau pauvre en impuretés; une multiplication passagère du bacille typhique , au-dessus de 8°, dans de l’eau pure ou impure, mais stérilisée; qu’enün, ils n’avaient pu réussir la multiplication du bacille de Koch à des températures supérieures à 16° ; le Komma bacillus , du reste, était rapidement étouffé par les bactéries banales, si l’on essayait de le cultiver dans une eau non stérilisée.
Meade Bolton expérimenta sur Bacillus prodigiosus (qui n’est point pathogène, mais peut passer pour intermédiaire aux bactéries aquatiques et aux champignons malfaisants), Bacillus anthracis, Staphylococcus aureus , Bacillus typhi abdominalis , Micrococcus tetragenus. Les eaux ensemencées varièrent depuis l’eau distillée jusqu’à une eau absolument sale ; mais toutes furent préalablement stérilisées. On eut soin de ne pas porter dans l’eau en essai, avec une parcelle de culture pure des microorganismes, une portion quelconque de la matière nourricière sur laquelle on les avait obtenus. La température fut tantôt de 18 à 22°, tantôt de 35°.
Or, dans aucune de ces expériences , les bactéries n'offrirent de multiplication; elles subirent, au contraire, une diminution constante et progressive. Bacillus prodigiosus dura seulement un peu plus que les autres. Lorsqu on avait introduit dans l’eau des bacilles à spores, il était possible de retrouver encore pendant assez longtemps l’aptitude au développement de la part des organismes; presque au bout d’un an chez les spores du charbon: jusqu’à
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un mois, au moins, et trois cent-dix jours au plus, pourles bacilles typhoïdes.
La matière organique quelconque des eaux malpropres ne convient généralement pas aux bactéries pathogènes.
Les conditions leur sont encore bien plus défavorables, quand on n a pas soin de ménager aux bacilles pathogènes une eau portée à une température qui leur soit propice et stérilisée, c’est-à-dire dans laquelle on a supprimé la redoutable concurrence vitale des saprophytes. Kraus, à Munich, a cherché à se placer dans des conditions naturelles en opérant sur trois eaux distinctes : l’eau de distribution de Mangfall et deux eaux de puits, dont l’une ne servait pas à la boisson, mais donnait 1,500 colonies par centimètre cube. Aucune d’elles ne fut stérilisée et leur température resta aux environs de 10°, o. Dans de telles eaux, le bacille de Koch disparut en vingt-quatre heures ; le bacille typhique en six jours, et le bacille du charbon en trois. L’auteur attribue ce rapide anéantissement à l’action des bactéries aquatiques ordinaires. Toutefois, le nombre de celles-ci dans l’eau ne parait pas avoir d’importance, puisque la disparition des organismes pathogènes s’est faite aussi vite dans l’eau très pure de Mangfall que dans celle très souillée des puits; observation, d’ailleurs, qui contredit doublement celle de Gabriel Pouchet, d’après laquelle le bacille typhique se conserve et se développe beaucoup mieux dans l’eau pure que dans une eau souillée.
Finalement, nous croyons pouvoir maintenir ici les deux conclusions que nous avons formulées naguère au sujet de la véhiculation du bacille typhique par l’eau, et dont la seconde, adoptée à l’étranger, était ainsi conçue : Veau, telle qu elle se présente dans la nature, et fût-elle riche en matière organique, est un milieu antipathique aux bactéries pathogènes.
2° Constatations directes. — Pasteur est le premier qui ait annoncé l’existence, dans les eaux, même très pures, d’un vibrion (septique ou pyogène) capable de rendre l’eau dangereuse, si l’on s’en sert pour le lavage des plaies, sans l’association d’un antiseptique. On n’a plus guère reparlé de cet organisme qui, d’ailleurs, ne paraît pas être offensif par la voie gastrique. La découverte, par G. Gaiïky, élève de R. Koch, de la bactérie de la septicémie du lapin de Davaine, dans l’eau de la Panke (1881), à Berlin, ht quelque sensation. Ce fut une nouvelle bien plus sérieuse, lorsque R. Koch lui-même écrivit de Calcutta (4 mars 1884) qu’il venait d’obtenir des bacilles du choléra en grand nombre par la culture de l’eau d’un tank, dans lequel on avait lavé du linge de cholériques et sur les bords duquel le choléra sévissait. Depuis lors, Kommabacillus a été revu dans diverses eaux; mais déjà, Rob. Koch avait reconnu que ce bacille, prétendu amphibie, vit d’autant moins longtemps dans l’eau qu’elle est plus souillée. Dans ces dernières années, l’attention s’est portée vers les observations qui ont eu pour objet le bacille typhique et sa présence (non expérimentale) dans l’eau.
Quand une eau est suspectée de recéler le bacille typhique, on la cultive sur la gélatine nourricière, comme pour la numération des colonies. 11 se développe, en effet, un nombre de colonies plus ou moins considérable. Parmi celles-ci, il Aitxoui.u. Hygiène, 2e édit. 13
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s’en présente quelquefois une ou deux, dont l’aspect rappelle la physionomie des cultures pures de bacülus typhi abdominalis. On s’empresse d’isoler cette colonie et de la cultiver seule. Los nouvelles cultures sont d’un examen plus facile; le contrôle au microscope, la coloration, peuvent s’exercer sur une espèce univoque; on a le moyen, sinon de faire sur les animaux des expériences de transport qui ne prouvent rien, au moins de comparer les bacilles de culture avec ceux que l’on extrait des rates de typhoïsants encore en vie (procédé que nous ne recommandons pas).
Il existe un certain nombre d’observations dans lesquelles on a cru reconnaître le bacille typhique dans l’eau de boisson, à l’occasion d’une épidémie de lièvre typhoïde et, régulièrement, après l’épidémie plutôt qu 'avant, ou même dans la période de formation. On en trouvera l’indication dans les bibliographies (pages 194 et 199). Bornons-nous à rappeler, dans l’ordre chronologique, les noms des bactériologues qui auraient réussi à saisir sur le fait la culture spontanée de ce parasite dans une eau servant à la consommation des humains: Mors (1885), Ivan Michael, L. Dreyfus- Brisac et F. Widal, Brouardel, Chantemesse et Widal, Brouardel et Chantemesse, Thoinot, Marty et Chantemesse, Rollet, Arloing et Morat, F. Marié-Davy, Macé.
Il convient d’en rapprocher les recherches négatives de G. Gaffky (Epidémie de la garnison de Wittenberg, 1881); de C. Cramer, lors de l’épidémie de Zurich, en 1884; de Rietsch, à l’occasion de l’épidémie typhoïde survenue dans la division de réserve du Tonkin au camp du Pas-des-Lanciers, en 188b; de M. Simmonds, à Hambourg, dans une épidémie qui régna sur cette ville, la même année, et que l’on crut devoir attribuer à l’eau.
Sans entrer dans la question étiologique générale, on peut mettre, en regard des faits positifs ou soi-disant tels, les résultats de l’expérimentation (voy. plus haut), desquels il résulte que la présence des bacilles pathogènes dans l’eau ne peut être qu’une rareté, et les difficultés singulières de la morphologie des Schizomycètes. Plagge et Proskauer assurent que le bacille typhique en particulier est de ceux qu’il est le plus facile, d’après ses caractères extérieurs, de confondre avec des bactéries inoffensives. D'autre part, les agents infectieux ont toutes les chances du monde de n’être plus dans les milieux au moment où l’on a une raison de les y chercher. Aussi, encore que la constatation du bacille typhique dans l'eau soit possible, doit-on la considérer comme une rare exception, de même que c’est une exception de rencontrer dans l’eau le bacille-virgule du choléra, dont les propriétés physiques et biologiques ont cependant plus de caractères différentiels que beaucoup d’autres.
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Maladies attribuées a l’eau. — Tantôt c’est la genèse même de la maladie que l'on croit être au pouvoir de l’eau; tantôt, et plus souvent, il ne s’agit que de la diffusion d’un agent pathogène, c’est-à-dire de la propagation d’une maladie.
Nous avons mis hors de cause le grand parasitisme, enlozoaires, hématozoaires, et les intoxications minérales. Le rôle de l’eau, à cet égard, dans des cas donnés, est positif. Nous n’y reviendrons pas. La question est plus intéressante vis-à-vis des maladies suivantes.
Goitre et crétinisme. — La variété des propriétés successivement incriminées dans 1 eau, à l’égard de l’endémie goitreuse, a surtout prouvé 1 ignorance dans laquelle on vit de la cause véritable. Pline accusait l’eau de neige fondue, c’est-à-dire privée d’air; Inglis, Grange, Aitken, ont dénoncé les sels magnésiens; Mac Clellan, les sels de chaux; Saint-Lager, les sels métalliques et spécialement les pyrites (sulfures do fer et de cuivre); Maumené, le fluor; Prévost et Chatin, le manque d’iode dans les eaux des pays à goitre. Ce lut déjà un progrès lorsque Bonjean, Vingtrinier, Morelin, Lenoir, Morel, Lunier, soupçonnèrent la présence dans les eaux « goitri-
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gènes », de matières organiques douées de propriétés spéciales, peut-être d’un principe analogue au miasme de la malaria. Saint-Lager a abandonné l’étiologie par le sulfure de fer. Longuet constate qu’il y a des sources notoirement « goilrigènes »; mais le problème reste aussi obscur qu’autrefois de savoir si la cause de la triste endémie goitreuse est l’un des éléments connus de l’eau ou un autre, encore à déterminer. Peut-être finira-t-on par rattacher nettement le goitre au parasitisme, de la même façon queViry et Richard ont soutenu la nature infectieuse du goitre épidémique de la garnison de Belfort en 1877. Il y aura lieu alors de reconnaître, dans l’eau, la bactérie goitrigène. Nous ne sachions pas que personne y ait pensé.
Calculs urinaires et gravelle. — Une opinion assez répandue, quoique ne reposant que sur des vues théoriques, veut que les eaux calcaires contribuent à déterminer la pierre dans la vessie. Le fait que les affections calculeuses prédominent dans certaines régions territoriales pourrait aussi faire songer à des influences dépendant de la nature du sol et par suite de celle des eaux qui traversent ces terrains. Cependant les hommes sont plus calculeux et graveleux que les femmes, quoique buvant plus qu’elles tout autre liquide que l’eau, et les riches plus que les pauvres. Il s’agit vraisemblablement d’une direction particulière de la nutrition dépendant d’une étiologie complexe et beaucoup plus large que cette opinion ne le ferait supposer.
Fièvre malariale. — Le terme même de malaria atteste que, dans l’esprit de nombreuses générations de médecins et de malades, le principe infectieux de l’impaludisme a passé jusqu’aujourd’hui pour être véhiculé par l’air et non par l’eau. Si ce principe était le parasite que Klebs et Tommasi Crudeli cultivaient du sol malarial, il serait probablement soulevé facilement dans l’air avec les poussières de la saison sèche. Mais le Bacillus malariæ n’a pas pris rang dans le cadre des organismes pathogènes, et l’on peut encore garder quelques réserves vis-à-vis de l’hématozoaire de Laveran, qui, selon les vues de l’auteur, pénétrerait exclusivement par les voies digestives et avec l’eau de boisson. Sur le terrain des faits, Léon Colin a fortement amoindri l’argument que Boudin tirait jadis de l’histoire du navire sarde (YArgo, 1834), sur lequel cent vingt militaires de passage auraient été atteints de fièvre d’accès pour avoir bu de l’eau palustre embarquée avec eux, l’équipage, qui buvait une eau différente, restant indemne : un autre historien, Léonard, pense avoir de bonnes raisons pour qualifier de fièvre typhoïde les prétendus accidents palustres offerts par ces soldats. Nous-même avons cherché à ramener à leur juste valeur les quelques faits cités par Henri Blanc, ce courageux médecin anglais qui fut prisonnier de Théodorus, à l’appui de la contamination palustre par véhiculation aqueuse et par la voie gastrique.
Les expériences faites avec l’eau palustre, dans un lieu où les sujets d’expériences respirent en même temps l’air malarial, ne sauraient être bien probantes. On a pu attacher plus d’importance aux faits de disparition, ou plutôt d’atténuation des fièvres, dans certaines localités à la suite de Rétablissement d’une distribution de bonne eau. Mais il a été répondu
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qu’en outre do la protection générale de la nutrition, assurée par une eau irréprochable, l'amenée de l’eau de source dans une commune prouve surtout une administration intelligente et amie du progrès, qui réalise en même temps, sans doute, beaucoup d’autres améliorations très propres à diminuer l’impaludisme de la contrée. En fait, la fièvre malariale existe à Rome, où l’eau est excellente, et on l’observe dans d’autres grandes villes, à l’occasion de remuements de terrains, sans qu’il soit rien changé à l’eau de boisson.
Diarrhée. Dysenlene. — Ce que peuvent provoquer ces eaux palustres et toutes les « eaux de hasard », que des colonnes en expédition, des voyageurs, voire des populations fixes, mais négligentes (et négligées par les administrations), consomment par étourderie ou par nécessité, c’est bien plutôt la diarrhée et la dysenterie (Barrallier, Léon Colin, Jules Arnould) que des manifestations malariales. Et s’il ne faut voir en ceci rien de spécifique, mais une irritation des voies digestives par des matières uniformément putrides, on admettra bien encore que de semblables accidents résultent parfois de l’ingestion d’eaux malpropres quelconques, dès que la malpropreté est constituée par des détritus organiques. On n’a jamais guère manqué de mentionner la souillure organique de l’eau parmi les causes des épidémies de dysenterie qui ont régné en France (Briquet).
A la vérité, la dysenterie a quelques droits à prendre place parmi les infectieuses, quoique son microbe n’ait pas encore fait parler de lui. Ch. Amat a fait cesser une épidémie de dysenterie qui régnait sur la garnison de Saint-Germain-en-Laye, en soumettant à l’ébullition préalable l’eau du Pecq, consommée par les soldats et qui était très souillée de matières organiques. Or, l’ébullition a surtout pour effet de tuer les bactéries. Toutefois, la dysenterie ne disparut, par l’usage d’eau bouillie, qu’au 11° chasseurs; elle persista au 16° dragons. ( Statistique médic. de l’armée pour 1884.)
Fièvre typhoïde. — L’eau malpropre, même lorsqu’elle renferme des matières fécales, n’ engendre point la fièvre typhoïde, si elle ne véhicule en même temps le bacille typhique; mais elle semble tout à fait capable de disposer l’économie, — localement, par son action irritante sur la muqueuse digestive, — d’une façon générale, à titre de moyen dépresseur de la nutrition, — à recevoir le parasite spécial et à devenir pour lui un milieu nourricier. 11 est clair que le trouble digestif banal favorise au mieux l’implantation d’un microorganisme qui s’établit d’abord dans les follicules intestinaux. Nous ne saurions trop répéter que c’est là une raison suffisante pour réclamer l’amenée d’eau irréprochable de la part des administrations des villes qui souffrent particulièrement de la fièvre typhoïde; de même que 1 établissement d’une bonne distribution d’eau explique la diminution des coups de ce fléau dans des localités qui en avaient jusque-là été des foyers.
Pour ce qui est de la réelle véhiculation du bacille typhogène et, par suite, de la propagation de la fièvre typhoïde par l’intermédiaire de l’eau, il est évident que la réalisation n’en est pas absolument impossible. Desselles de lyphoïsants peuvent arriver dans l’eau et il serait certainement dangereux, au point de vue de la fièvre typhoïde, de boire cetle eau dans un
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délai assez court après la contamination spécitique. Personne ne soutient le contraire et il nous a môme semblé que Pettenkofer et Soyka, les ennemis jurés de l’étiologie par l’eau de boisson, ne s’inscriraient pas en faux contre celte formule; ils ne contestent pas, au moins, que l’eau puisse servir à transporter les germes typhoïdes jusqu’au point où ils seront convenablement placés pour mûrir. De telle sorte que l’éloquent défi porté par Brouardel, au Congrès de Vienne, avait toutes les chances imaginables de n’être point relevé. La fièvre typhoïde peut être transportée par l’eau, lorsque la contamination de celle-ci par des déjections de typhoïsants est récente et a été directe. Nous l’avons reconnu au Congrès d'hygiène de Genève (1882) et n’avons pas découvert, depuis, de raisons d’aller plus loin que cette formule. Au contraire, les recherches mentionnées précédemment et qui ont si nettement mis en relief la filtration efficace du sol sur les bactéries, l’antipathie des bacilles pathogènes pour l’eau et leur infériorité dans la concurrence vitale vis-à-vis des bacilles aquatiques, ces recherches nous portent à croire que la proposition de Brouardel : « que l’eau est le distributeur qui la porte (la fièvre typhoïde) 99 fois sur 100 » serait plus près de la vérité, en la retournant.
Les observations d’épidémies typhoïdes attribuées à l’eau de boisson contaminée sont assez nombreuses. Il en est peu qui remplissent, au point de vue des anamnestiques étiologiques, la double condition que nous indiquons plus haut. Le plus souvent, l’étiologie est faite par induction ou s’appuie sur des expériences sans valeur, tout en négligeant des faits d’observation de grande importance en hygiène et en nosologie.
Nous avons cité ailleurs : l’épidémie du couvent des sœurs de charité de Munich (1861); celles de l'orphelinat de Halle-s. -Saale (Zuckschwerdt 1871), de Lausen, canton de Bàle (Hâgler, 1872); de Croydon (1875, Carpenter, Buchanan); d’Ackworth (1870), du collège de Braham (1869, G. Wilson); du village des Monts (L. Baraduc, 1879); de Caterham et Red Hill (18.79, Thorne-Thorne) ; de Nabburg (Proels, 1880), etc.
De plus modernes sont indiquées plus loin, en bibliographie. On nous permettra de ne pas les mentionner ici, afin d’éviter un double emploi. Il est, du reste, entendu aujourd’hui que la fièvre typhoïde, dans Paris, n’est pas propagée autrement que par l’eau de boisson. Et l’on a pu croire un moment qu’il allait eu être de même des autres villes. Mais voilà qu’en 1887, quelques semaines après l’éclatante profession de foi étiologique présentée au Congrès d'hygiène de Vienne, deux grandes ciLés, le Havre et Bordeaux, pourvues d’une eau excellente et sans soupçon, se sont vues en proie à une sévère épidémie de fièvre typhoïde. 11 va sans dire que les eaux ont été dénoncées tout d’abord, par habitude, et que le public, apeuré par des doctrines retentissantes, les accusa de confiance. On visita comme des impures, ces eaux vierges. Les chimistes les analysèrent; la gélatine les cultiva. On ne trouva rien (ce qui estpresque étonnant, mais très heureux). Il ne semble pas que les hygiénistes locaux ni les administrations aient beaucoup apprécié cette haute sollicitude, non plus que les théories qu’on leur appliquait dans l’espèce.
A Paris môme, une réaction, qu’on peut dire salutaire, a commencé. Bechmann ( Société de médecine publique, 23 novembre 1887) proteste contre la théorie de Brouardel et fait remarquer que, dans lemoment même où trois arrondissements
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