CORRECTIONS DE L’EAU
d’une seule maison. La figure 19, empruntée à Parkes, représente la constitution d’une citerne de ce dernier genre; on y reconnaît quelques-uns des
Ml VE/ U nti -SOL
Fig. 19. — Filtration de l'eau de pluie.
détails qui ont été indiqués au sujet du fonctionnement de la filtration centrale.
Filtratiox a domicile. — Elle supplée la filtration centrale et, parfois, la complète. Les appareils à l’aide desquels on la réalise sont extrêmement variés et les matières filtrantes ne le sont guères moins. Parmi les premiers, il faut choisir les moins compliqués et, surtout, ceux dont le nettoyage est le plus facile. Gomme matières filtrantes, il semble requis de n'admettre que des substances minérales neutres ou plutôt indifférentes, c’est-à-dire incapables de communiquer à l’eau des qualités chimiques nouvelles, et d’exclure les matières végétales ou animales qui, précisément, pourraient donner à l’eau l’imprégnation pùtride que l’on s’efforce d’éviter. Le gravier , le sable , le grès filtrant, le fer spongieux , le charbon animal, le charbon de bois, le charbon plastique, Vargile, la porcelaine, Vasbesle ou amiante, les mélanges minéraux ( C.arferal , Carbo-calcis), sont donc bien préférables à Yéponge, à la laine, au colon, aux déchets d'étoffes et de feutre, imbibés ou non de substances chimiques, au papier, môme pénétré de charbon, à la cellulose, etc.
Nous décrirons ici un petit nombre de filtres, en choisissant ceux qui se distinguent par quelque originalité et surtout qui paraissent avoir un réel mérite.
Filtre au fer spongieux. — Les hygiénistes, F. de Chaumont, A. -J. Martin, Wiel et Cnehm, vantaient naguère le filtre de Gustave Bischof, professeur à Glasgow, dont la substance filtrante est le fer spongieux ( spongy iron), un peu cher il est vrai, mais don! 1 action mécanique et chimique surpasse celle du sable. Frankland a constaté qu il réduit de 32 milligrammes à 0 milligrammes par litre l’azote organique de 1 eau de la Tamise et que l’eau filtrée par ce moyen retarde indéfiniment la putréfaction de la viande. Il est utile de faire passer sur du marbre en poudre 1 eau qui a filtré du fer spongieux pour fixer à l’état de carbonate insoluble le fer qui a pu être dissous et entraîné.
Dans J’appareil décrit par A. -J. Martin, la filtration a lieu de haut en bas et se termine par le passage, à travers trois couches de sable préparé, de l’eau qui a traversé le fer spongieux. Le sable préparé renferme du bioxyde de manganèse naturel, destiné à chasser la petite quantité de fer entraînée par l’eau. Le filtre est muni d’un régulateur.
L’éponge de fer est du fer poreux, très pur, qu’on peut obtenir par la réduction de V hématite au moyen du charbon, à une température aussi basse que possible. 11 faut avoir soin que le fer spongieux du filtre soit constamment couvert d’eau ; autrement, la rouille le mettrait hors de service.
Ce filtre retient tous les microbes; son action s’épuise lentement. Frankland a constaté que le fer est très antipathique au développement des protoorganismes.
Nous pouvons mentionner, à côté de ce filtre, assurément peu répandu en France, mais qui eut une certaine vogue en Angleterre et même en Allemagne, le filtre à Yoxycle de fer magnétique, employé par Spencer, il y a vingt-cinq ans, pour purifier les eaux de la Calder à Wakefield. Les propriétés de ce minerai sont fort analogues à celles du fer spongieux (Vallin).
Enfin, dans ce lemps-là, les casernes et les hôpitaux anglais étaient pourvus, par ordre ministériel, des filtres au « Carferal » (carbone, fer, alumine), du major Crease, qui avait l’assentiment du laboratoire de Netley. Vallin raconte qu’à son voyage à Londres, pour visiter l’Exposition de 1884, il chercha en vain à obtenir ces deux objets; « il semble que ce produit et ce filtre soient complètement inconnus aujourd’hui, même à Londres. »
Filtres au charbon. — Le charbon a, depuis longtemps, la réputation d’absorber
les gaz; récemment éteint, il peut absorber 80 à 90 fois son volume de gaz ammoniac, sulfureux ou chlorhydrique, avec la même avidité que l’eau absorberait ces gaz. Le charbon animal fixe les sels métalliques, particulièrement ceux de plomb, comme l’a fait ressortir Chevallier; en revanche, il contient une énorme proportion de phosphates qui, peutêtre, sont favorables à la vitalité des microorganismes dans l’eau après la filtration (F. de Chaumont). Pour la construction du filtre Maignen, dont il va être parlé, on a soin de débarrasser le charbon animal d’une part de ses phosphates, au moyen du lavage à l’acide chlorhydrique.
I. Le charbon dit plastique est, par Fig. 20. - Filtre à charbon (d’après Nowak). ce f&it même> d>un maniemenl facile.
La figure 20 montre comment on fait des filtres très simples, composés d’un bloc de ce charbon dans lequel est implanté un tuyau flexible, d’une certaine longueur. Lorsqu’on veut s'en servir, on plonge le bloc de charbon dans un vase rempli d’eau; on aspire par l’extrémité libre du tuyau qu’il suffil ensuile d’abandonner sur le bord du vase pour avoir un écoulement continu.
2. Le filtre de Maignen, dit aussi « filtre rapide», et qui, effectivement, fonctionne avec quelque rapidité, tout en filtrant bien, est essentiellement un filtre à charbon.
générale.] CORRECTIONS DE L’EAU. ~47
Mais l’auleur (un Français qui opère en Angleterre) a su donner au charbon des formes et une association avantageuses, en môme temps qu il en assurait 1 < ffi< cité par l’adjonction de l’asbeste et qu’il trouvait moyen de restituer à 1 eau filtiéi l’air que le charbon lui enlève.
Les matières filtrantes sont : 1° l’asbeste; 2° une poudre noire d’une extrême tenuité, faite de chaux et de charbon ( powdcrcd carbo-calcis) ; 3° du charbon animal en grains du commerce ou, de préférence, lavé avec de l’acide chlorhydrique. On les emploie de la façon suivante, que les figures 21 à 2o feront saisir sans embarras.
Un vase cylindrique extérieur, ouvert par en haut, reçoit dans son calibre un autre vase plus large en haut qu’en bas et donL le fond est percé d un trou. Entre le fond du second vase et celui du premier, il reste un espace vide constituant le
Fig. 21.
Fig. 22. / Fig. 23.
Filtre rapide de Maie/nen.
réservoir d’eau pure et muni d’un robinet. D’autre pari, un cône de porcelaine, creux et percé de trous (A) est engagé dans le vase intérieur et s’y fixe à frottement par un prolongement qui passe par le trou ménagé dans le fond de celui-ci. Ce cône de porcelaine est revêtu exactement d’une chemise d’amiante (E), fixée avec des cordes de même subslance ; un manchon d’amiante recouvre aussi le prolongement inférieur de celle pièce et contribue à sa fixité dans le trou du récipient intérieur. On délaye, dans un vase quelconque rempli d’eau, un paquet de carbo-calcis en poudre (fourni avec l’appareil) et l’on verse ce mélange dans le filtre (fig. 21) pardessus la chausse d’amiante, qui prend alors l’aspect figuré en C. L’eau passe, en elfet, à travers le tissu d'amiante; mais la poudre de carbo-calcis reste à sa surface. C’est cette couche qui doit arrêter les impuretés les plus ténues. Enfin, on remplit l’espace autour du tissu d’amiante avec du charbon animal en grains (D); par-dessus on place l’opercule perforé B, surmonté d’un manche et qui porte le nom
-i8 DE L’EAU. [Hygiène
de déversoir, et l’on verse en F l’eau ù liltrer. Quand, enfin, on a mis le couvercle plein sur le cylindre extérieur, l’ensemble du filtre a l'aspect des figures 24 et 25, selon qu’on a ménagé ou non des agréments artistiques sur la terre dont il est fabriqué.
L’appareil peut fonctionner de trois à six mois, selon le degré d’impureté de l’eau. Pour le nettoyer, on retire successivement le carbo-calcis en grains et le châssisfiltre. On lave à grande eau (fig. 23) la surface du tissu d’amiante. On rince les autres parties du filtre; on le remonte avec du carbo-calcis en poudre et en grain, comme il est dit plus haut. On pourrait faire servir à nouveau les matières filtrantes vieilles en les calcinant dans un creuset après lavage; mais le charbon en grains ne coûte pas cher. A la rigueur, on filtrerait sur l’amiante sans carbo-calcis; seulement l’eau ne serait pas clarifiée et point débarrassée des impuretés en solution.
L’inventeur a, très heureusement d’ailleurs, modifié de cent façons la forme de son appareil sans en altérer le principe ni la constitution, pour l’adapter à des be-
Fig. 20. Fig. 27.
Filtre à baquet (pour troupes en campagne).
soins divers, à ceux des groupes considérables et à ceux des individus. Nous signalerons spécialement le « filtre de touriste » et les « filtres d'armée ». Ces derniers se prêtent à être emboîtés dans des baquets et des paniers eu osier, qui en rendent le transport facile (fig. 26 à 28).
P Enfin, il existe des « filtres de poches » de très petites dimensions, 12 centimètres
dans le plus grand sens, et pesant de 1 14 à 128 grammes, dits filtres-montres (fig. 29), filtres de soldai (fig. 30), destinés à compléter le bagage individuel. A vrai dire, le
générale.] CORRECTIONS DE L’EAU. 2t9
soldai a déjà bien des objets à porter et à soigner. Ce qui nous fait craindre que le filtre inventé pour lui ne soit plutôt un ingénieux joujou qu un appareil d utilité positive.
Il suffit, apparemment, de jeter un coup d’œil sur les figures ci-jointes pour comprendre la manière d'utiliser ces filtres. La pomme d’arrosoir qui termine le tuyau flexible annexé à l’appareil est plongée dans l’eau impure; le buveur porte à ses lèvres l’embout placé au côté opposé et opère par succion.
Ainsi qu’il a été constaté, à Londres, par Chamberland et Vallin, et que nous le démontrons journellement dans notre laboratoire à la Faculté de médecine, le filtre Maignen, non seulement clarifie l’eau, mais fixe les sels dissous (l’eau perd la moitié de ses degrés hydrométriques en traversant le filtre) et décompose ou retient les matières organiques. Une expérience assez élégante consiste à additionner un verre d’eau de quelques gouttes d’une urine légèrement fermentée; on fail voir aux assistants que cette eau décolore inslantanément une solution, faible de permanganate de potasse, versée goutte à goutte dans le mélange. On fait passer cette eau par le filtre et, en répétant l’essai par le permanganate, on met en évidence la persistance de la coloration rosée dès les premières gouttes du réactif. Le filtre Maignen dépouille le vin rouge de sa couleur et des deux tiers de son alcool.
En ce qui concerne les microorganismes, « la couche de poudre impalpable qui se dépose à la surface externe de l’amiante parait capable de retenir les éléments morphologiques les plus fins, et l’on prétend qu’un des assistants du professeur Frankland se serait assuré que ce filtre ne laissait pas passer les microbes contenus dans un liquide en pleine putréfaction.» (Vallin). L’inventeur lui-même, à côté du nom du Dr Hodgkinson (l’assistant cité plus haut), place celui de Denayer, de Bruxelles, qui aurait aussi prouvé par l’analyse microscopique que les vibrions les plus petits ne passent pas avec l’eau filtrée.
3. Filtre au papier carboné. — On voyait à Y Exposition de Londres (1884) un filtre formé d’une feuille de carton comprimé entre deux disques de bronze. La pâte à papier, dont on avait fabriqué ce carton, était mélangée de 10 à 20 p. 100 de charbon animal, débarrassé de son phosphate. La face interne de chaque plaque de métal était rayée de cercles concentriques en creux, coupés par un trait de lime suivant le diamètre du disque. Par la juxtaposition des deux plaques, cette raie rectiligne formait un canal collecteur de toutes les rigoles circulaires. A l’une des extrémités de ce canal aboutissait la conduite d’eau à filLrer; de l’autre parlait le robinet d’eau pure. Ce filtre décrit et loué par Vallin, exige une pression de plusieurs atmosphères. Il fonctionne bien et efficacement. Il a l’avantage de pouvoir se nettoyer avec une grande facilité, en remplaçant, tous les jours si l’on veut, le papier qui a servi par un papier neuf. On peut réunir en un seul appareil plusieurs de ces disques filLrants.
Filtres en porcelaine poreuse. — Ces appareils sont une application du procédé employé par Pasteur pour débarrasser certains liquides des bactéries qui en sont les agents virulents (bacilles du charbon, de la septicémie). L’illustre savant faisait passer ces liquides par aspiration à travers les parois d’un tube en porcelaine dégourdie ; les pores de celle-ci retiennent tous les microbes et le liquide filtré peut être impunément inoculé à des animaux.
1 . Filtre Chamberland. — Dans son essence, le filtre Chamberland (fig. 31) est une bouijie creuse de porcelaine dégourdie, fermée partout sauf à son extrémité inférieure effilée. Cette bougie (A) est introduite de bas en haut, à frottement et avec fermeture hermétique par un écrou C, dans un tube métallique D où l’eau est amenée, en E, par un tuyau dépendant de la distribution municipale et vissé sur le tube. L eau ne peut sortir par l’orifice B qu’en traversant de dehors en dedans les parois de la bougie. Les matières impures sont arrêtées sur la surface extérieure de celle-ci.
DE L'EAU. [Hygiène
Pour la nettoyer, on l’extrait du tube de métal ; on la brosse pour enlever le sédiment ; au besoin, on peut la passer au feu ou tout au moins dans l’eau bouillante. Les pores de la porcelaine s’obstruent d’autant plus vile que la pression est plus forte (Hesse); aussi évite-t-on aujourd’hui de dépasser 2 atmosphères.
En pratique, on réunit un nombre plus ou moins considérable de bougies qui fonctionnent simultanément. La figure 32 représente un de ces assemblages.
Les premiers appareils construits supposaient le raccordement à une distribution
Fig. 31. — Filtre Chamberland : Filtre simple.
Fig. 32. — Filtre Chamberland : Filtre multiple.
d’eau faite sous une certaine pression, au moins 2 atmosphères. On ne tarda pas à remarquer que celle condition rendrait bien souvent le lillre Chamberland inutilisable ; il fallait en trouver un qui fonctionnât sans pression. D'autre part, il convenait d’éviter le plus possible les cylindres, écrans, armatures, etc., métalliques, qui laissent toujours quelque arrière-pensée sur l’innocuité absolue de l’eau. On est arrivé assez aisément à substituer le grès, la faïence, la fonte émaillée, le caoutchouc aux métaux. Pour réaliser le filtre sans pression, l’on s'est servi d'une porcelaine moins dure et l’on a utilisé le principe de l’écoulement continu par les siphons amorcés. La figure 33 donne la démonstration de ce mécanisme à la simple vue et d’une façon schématique.
générale.] CORRECTIONS DE L EAU. ~,J
L’eau impure B pénètre par infiltration, dans les bougies A, A, A. A ce moment, on remplit d’eau le tube amorceur en II et on le fixe en E au Lube D. L eau du tube amorceur s’écoule par le tube T et détermine une aspiration qui entraîne 1 eau pure
des bougies dans le collecteur C et dans le tube D. Le siphon ainsi établi donne un écoulement continu.
Chamberland a trouvé, dans l'application, un mode de construction assez élégant, que l’on aperçoit dans la figure 34. « Les bougies sont adaptées à un collecteur en couronne ou autrement; le tube d’écoulement s’ouvre dans la paroi darè-
avec flacon amorceur.
Fig. 34. — Filtre de ménage.
cipient , qu’il suffit de remplir pour que l’amorçage du siphon se produise automatiquement.
Il est clair, d’ailleurs, qu’à l’aide de modifications convenables de forme, de matière, de disposition des assemblages de bougies filtrantes, on a pu adapter le filtre Chamberland, tantôt aux besoins des groupes considérables, tantôt à ceux des armées en campagne, c’est-à-dire qu’on a construit des appareils transportables, susceptibles d’être installés sur un brancard, sur une voiture, etc.
Le filtre « en biscuit » de porcelaine donne incontestablement des résultats paraits au point de vue de la séparation des germes de l’eau, c’est-à-dire qu'il la stérilise. Il stériliserait même tout autre liquide, comme l’ont démontré Miquel, IL Fol et L. Dunanljdu vin, du bouillon, par exemple, à la condilion qu’il n’existe aucune fêlure dans la porcelaine. Aussi convient-il de vérifier les bougies et de rejeter celles
DE L’EAU
I Hygiène
qui présentent des défauts (II. Fol et Dunant), ce qui se pratique aujourd’hui chez le fabricant et chez l’inventeur. Toutefois, il ne faut pas confondre, fait remarquer Ghamberland, le trouble que produit parfois, dans des liquides filtrés, la précipitation des matières protéiques avec le trouble qui résulte de la pullulation des germes. Il est à noter aussi qu’en laissant en contact avec l’intérieur des bougies
Fig. 35. Aéri-filtre Mallié.
un liquide très putride, comme l’urine altérée ou la matière fécale délayée, des filaments mycéliens finissent par s’introduire dans les pores de la porcelaine et traverser la paroi. Ce qui répond, eu partie, aux objections formulées par Galippe. D’ailleurs, les eaux auxquelles on a recours pour la boisson ne se rapprochent jamais d’une impureté pareille et on ne les laisse pas séjourner dans les filtres. Sui-
generale.] CORRECTIONS DE L’EAU.
vaut Hesse, les filtres de porcelaine qui ont donné de l’eau stérilisée pendant quinze jours la donneront telle indéfiniment.
La porcelaine poreuse, naturellement, n’agit en aucune façon sur les matières dissoutes dans l’eau et ne retient, par conséquent, point les sels toxiques, les ptomaïnes, les matières albuminoïdes banales.
2. Aéri- filtre Mallié. — Cet appareil semble n’être qu’une variante du précédent. Il filtre de même avec la porcelaine brute; seulement, le passage se fait de dedans en dehors. Comme le montre la figure 35, la bougie de porcelaine est remplacée par un cône renversé, disposé à l’intérieur d’un récipient en verre épais, terminé par un téton, d’où l'eau doit être conduite par un tuyau fermé dans les vases destinés à la recevoir et non point tomber goutte à goutte dans l’air extérieur, ainsi qu’on le voit dans la figure, sous peine de reprendre les germes dont on veut précisément la débarrasser. Cet appareil fonctionne sous pression; on doit donc y adapter une pompe aspirante et foulante (fig. 36) capable de comprimer 4 à 5 atmosphères dans un accumulateur, lorsqu’on ne dispose pas de la pression de la distribution municipale.
Le double nom de ce filtre est légitimé par son intention d'aérer l’eau en même temps qu'il la purifie de ses molécules en suspension. L’aération est censée se réaliser au moyen d’une provision d’air comprimé, emprisonné sous le chapeau qui recouvre la partie supérieure du cône filtrant. Au fond, cet air forme surtout un coussin destiné à amortir les coups de bélier qui se produisent communément dans les tuyaux de conduite des distributions urbaines et sont bien faits pour briser le cône de porcelaine. L’enveloppe de verre se prête aussi à suivre le fonctionnement et à reconnaître les fêlures; l’ accumulateur-pompe. dans le cas où la pointe du cône filtrant se détacherait, la tige qui repose sur le fond de celui-ci, en s’abaissant, fermerait une soupape placée à l’ajutage d’arrivée, de manière à prévenir une inondation; — la pression de l’eau elle-même forme le joint, disposition originale qui facilite le démontage rapide de l’appareil pour le nettoyage.
On peut, comme pour le précédent, réunir plusieurs filtres simples en batterie, pour collèges, hôpitaux, etc.
L'efficacité de ce filtre, au point de vue de la séparation des matières organiques en suspension dans l’eau (des germes, par conséquent), a été reconnue par Ch. Girard.
Filtres à l'amiante. — En réduisant l’amiante en bouillie ou en confectionnant des tissus de celle substance, on obtient une matière filtrante douée du précieux avantage de pouvoir être, au moment voulu, purifiée par calcination. Nous avons déjà vu qu une chausse d’amiante constitue le dernier élément filtrant des appareils Maignen. Le papier carboné, dont il a été question plus haut, a été remplacé par un tissu d asbesle dans les disques filtrants à l’aide desquels Miquel stérilise certains liquides. Mais c’est surtout en Allemagne, grâce aux ell'orts de W. Hesse, et probablement pour ne pas accepter simplement la porcelaine, qu’avaient choisie les français, que 1 on s est efforcé d’obtenir avec l’asbeste des filtres réalisant la séparation de toutes les impuretés « mécaniques », comme dit Hesse, notamment de tous les microorganismes.
1. Filtre rapide de Piefke. — Ce filtre a été construit par Arnold et Schirmer sur les indications de I'iefke, directeur des eaux de Berlin. Nous l’avons décrit na*
Fig. 36. — Filtre avec
~U* UE L'EAU. [Hygiène
guère dans les termes suivants : « C’est un ensemble de compartiments filtrants superposés et renfermés dans un récipient cylindrique commun; l’eau filtre de bas en haut et se collectionne à la partie supérieure du cylindre. La matière filtrante est la cellulose préparée et l’asbeste à l’état de bouillie ou bien sous forme de disques obtenus par compression. Elle est déposée sur des plaques de tôle criblées de trous et recouvertes d’une toile métallique très légère, en cuivre étamé. >» Le net-
toyage s’en fait d'une façon très énergique au moyen de bras disposés par paires, correspondant à chaque compartiment filtrant, portés par une lige centrale verticale, qu’une manivelle placée au-dessus du couvercle permet de mouvoir sur son axe (fig. 37). Ces bras ou ailettes raclent les impuretés déposées par l’eau et, en même temps, la bouillie filtrante, brassent le tout avec l’eau de l’intérieur et obligent le mélange à passer à travers le tamis du fond pour être extrait par le bas du cylindre, au moyen d’un robinet ménagé à cet effet. Quand la bouillie d’asbeste est suffisamment lavée, on la fait repasser par l’entonnoir d’amenée, comme on a fait d’ailleurs pour mettre le filtre en fonctions; elle se dépose en couche mince sur la gaze métallique de chaque chambre filtrante. Le couvercle du cylindre porte un orifice d’échappement de l’air.
On modifie, selon les cas, la disposition de cet appareil. Hesse ne le regarde pas comme parfait, puisqu’il le range parmi les filtres ordinaires et propose de l’employer à filtrer Fig. 37. — Filtre rapide de Pief/ce. d’abord, pour la débarrasser des
plus grosses impuretés, l’eau que
l’on veut ensuite faire passer par un filtre impénétrable aux microorganismes.
11 suffit d’une faible pression pour obtenir de cet appareil des résultats satisfaisants.
L’asbesle semble à W. Hesse généralement supérieur aux tubes de porcelaine (quoique les Allemands et Hesse lui-même, associé à Iv. Môller, s’efforcent d’imiter les filtres Chamberland). Cette substance en raison de son inaltérabilité et de son faible poids se prête bien à la confection des filtres de voyage.
2. Filtre à micro-membrane, de Breyer. — Ce filtre est construit avec une bouillie d’amiante que l’on étend sur une toile métallique recouverte de tulle, qui est ensuite, après dessiccation, enchâssée dans un cadre de cuivre, à l'aide d’un vernis à la laque. Ce sont là les plaques, «lamelles» ou micro-membranes, qui forment à proprement parler le filtre de Breyer. On conçoit qu’elles puissent être agencées de diverses façons, remplacées quand elles paraissent salies, etc. L'inventeur perfectionne tous
générale.] CORRECTIONS DE L’EAU. 2üd
les jours la fabrication de cet engin, dont la complication et la fragilité ont inspiré à Vallin quelque défiance. Weichselbaum (de Vienne, comme Breyer aussi) a publié des expériences desquelles il faudrait conclure que la stérilisation de l’eau est parfaite après le passage par le filtre de son compatriote. Les épreuves auxquelles, plus tard, Buchner a soumis l’appareil semblent avoir été un peu moins favorables, puisqu’il échappa 1 germe sur 370 et même I sur 284 à la filtration.
L’un des points essentiels, dans la construction des filtres, est qu’ils soient faciles à nettoyer et qu’au besoin on puisse remplacer entièrement la substance filtrante. 11 est reconnu, en effet (Kiihne, Wolffhügel, Frankland), que les filtres employés pour les usages domestiques deviennent de véritables foyers de végétation pour les microorganismes, une fois qu'ils ont fonctionné pendant quelque temps et qu’ils ne peuvent plus alors que souiller l’eau qui les traverse.
Pour des situations urgentes, l’ingéniosité individuelle arrive à improviser des filtres assez bons que nous croyons devoir mentionner. Le professeur Champouillon, dans ses cours, donnait le conseil suivant applicable à une colonne militaire en expédition. On prend quelques fûts vides, de ceux qui ont contenu des boissons alcooliques ; l’un des fonds du tonneau est enlevé, l’autre percé de trous à la vrille; le fût étant debout, le côté ouvert en haut, on répand sur le fond criblé du gravier, du sable, mêlé aux braises des feux de bivouac, jusqu’à une hauteur de 20 à 25 centimètres ; le tonneau est alors introduit dans le ruisseau voisin, dans une mare même, de telle sorte que le bord libre émerge suffisamment hors de l’eau ; il ne tarde pas à se remplir par filtration de dehors en dedans, à la façon des bouteilles-filtres. Un autre médecin militaire a montré à sa troupe, en Algérie, à faire de petites galeries filtrantes à ciel ouvert en creusant dans le sable du bord des rivières africaines des rigoles perpendiculaires au courant: de ces rigoles, les unes communiquent avec le ruisseau; les autres, intermédiaires aux premières, ne s’ouvrent pas sur le courant. L’eau filtre à travers le sable, des rigoles pleines aux rigoles vides. Il est probable que ce médecin avait vu les Arabes recueillir l’eau du sous-sol en creusant, avec un bâton, un trou en entonnoir dans le sable des Oueds, à sec en été.
L’ Instruction du Conseil de santé de l’armée du 12 septembre 1881 recommande encore, pour une filtration rapide, la chausse des pharmaciens, une couverture de laine, l’éponge (sous réserve de fréquents nettoyages).
De très remarquables expériences de Frankland, relevées par Yallin, prouvent aussi qu’à défaut de récipients et de filtres construits exp'rès, on peut obtenir une purification très satisfaisante par projection dans l'eau de la matière filtrante pulvérisée et agitation de quinze minutes. En agissant de cette façon sur une eau très impure (urineuse), Frankland a noté les résultats ci-dessous, obtenus par l’ensemencement d’une parcelle de la couche supérieure du liquide, clarifié par précipitation du dépôt.
DE L’EAU
I Hygiène
Nombre cle colonies par centimètre cube d’eau , avant et après agitation avec la matière
pulvérisée.
For spongieux
Àvaut.
Après.
Craie
An
Charbon animal
Coke pulvérisé
Kaolin
effet nul
Brique pulvérisée
Eau do chaux et soude
On remarque l’effet si complet cle la poudre de coke, supérieur môme au charbon animal.
Finalement, il est possible d’obtenir par la filtration la parfaite innocuité de l’eau et nous croyons que cette correction est supérieure à toutes les autres. Mais il faut convenir, avec Vallin et Plagge, qu’au-dessus de tous les Offres possibles, ce qu’il y a encore de mieux, c’est une bonne canalisation centrale d’eau de source.
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5° Approvisionnement d'eau.
Approvisionner d’eau un groupe humain, c’est assurer l’existence, à portée de ce groupe, d’une collection aqueuse oii l’eau s’amasse soit en vertu des forces naturelles, soit eu aidant celles-ci du secours de l’art. De cette collection, l’eau est amenée régulièrement jusqu’aux consommateurs;
générale. APPROVISIONNEMENT D’EAU.
ou bien ceux-ci doivent aller y puiser par intermittences. Les réservoirs que l’on peut ménager clans les habitations ne constituent pas Yapprovisionnement d'eaïi, ou n’en sont qu’un détail. Môme chez les marins, c est aux aiguades qu’est l’approvisionnement d’eau, plus que dans les barriques ou les caisses qui voyagent sur le navire.
Le problème à résoudre est double. D’une part, il faut procurer au groupe intéressé une eau abondante et pure; d’autre part, cette eau doit lui être distribuée de la manière la plus commode, avec toutes les garanties d’innocuité et, toutefois, sans excéder les ressources des administrations. D’où les questions suivantes étudier: Nature et étendue des besoins (quantité de l’approvisionnement); provenance de l'eau (qualité) ; travaux de colleclionnement et de distribution .
I. Nature et étendue des besoins. — Sans se préoccuper encore des oscillations obligées dans la consommation, on peut répartir de la façon suivante les circonstances dans lesquelles l’eau est nécessaire.
ci. Besoins de la maison. — Boisson, cuisson des aliments, lessivage, soins de toilette, bains, cabinets d’aisances, arrosage de jardins, boisson des animaux, nettoyage des écuries, voitures, chevaux, etc.
b. Besoins de la rue et du groupe d' habitations . — Arrosage des rues et des jardins publics, fontaines publiques, incendies.
c. Besoins de l’industrie.
Un grand nombre d’hygiénistes se sont exercés à calculer les chiffres qui correspondent à ces divers besoins. Suivant Biirkli, ceux du premier ordre réclament 35 p. 100 de l’eau à fournir; ceux du second, 45 p. 100; l’industrie, 20 p. 100. Parkes fait l’addition ci-dessous, rapportée à un adulte et à un jour moyen :
Litres.
Boisson I;5
Cuisson des aliments 3,5
Soins do toilette corporelle 22,5
Entretien de la maison et des ustensiles 13,5
Lessivage 13,5
Bain (une fois par semaine) 18
AVater-closets 27
Gaspillage inévitable 12,5
Total 112
Avec une prévision de 22Ht,5 par jour pour les animaux et autant pour l’industrie, on arrive au chilTre moyen de 157 litres par habitant. Bürkli demandait pour Zurich 190 litres, estimant à 40 litres par individu les besoins de l’industrie, à 27 ceux de la propreté des rues, à 60 litres l’eau nécessaire à l’alimentation des fontaines publiques.
La réflexion de Salbach, qui estime que le taux de l’eau de distribution doit s’élever avec le chiffre de la population, nous parait fort juste; si les villes de 2,000 à 5,000 habitants ont 100 litres par tête, il faut bien en donner 120 à celles qui comptent plus de 5,000 âmes et 150 à 200 litres aux capitales. « Il faut trop d’eau pour qu il y en ait assez, » a dit Boucher de Careil. Le témoignage peut être invoqué de temps en temps; mais le mot n’est point d’une application indéfinie. L’eau Arnould. Hygiène, 2° édit. 17
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coûte à faire entrer et aussi à faire sortir; toutes les villes ne sont pas prêtes à évacuer dans de bonnes conditions des lorrents d’eau. Au fond, il y a presque toujours beaucoup de gaspillage; les maisons abonnées à l’année usent plus d’eau (proportionnellement) que celles qui ont un compteur. A Berlin, où la consommation est contrôlée, il se dépense par jour et par habitant 80 litres d’eau ; à Francforl-s.-M., 0(1 elle ne l’est pas, la dépense est de 138 litres, sans que l’on remarque que celle ville l’emporte sur la première au point de vue de la propreté. Breslau, avec contrôle, consomme 81 litres; Dusseldorf, sans contrôle, 157 litres (Gill et Fôlsch, Schmick, Grohmann). A Londres et à Hambourg, l’eau est encore distribuée à domicile d’une façon intermittente, au moins dans certains quartiers; on est donc obligé d’avoir à la maison un réservoir trop grand pour l’être assez; or, quand vient le moment de recevoir l’eau 'fraîche, les habitants ont soin d’évacuer à l’égout la portion de celle de la veille qui restait dans le récipient.
Le tableau ci-après, emprunté à Kœnig et Poppe, ne comporte pas de moyenne, mais fait comprendre que la moyenne s’élève quand la ville possède des usines, des jardins particuliers ou publics.
Décomposition de la dépense d'eau.
PS
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