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Cayenne

générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE. 340

Rôle sanitaire de la température atmosphérique. — La température de l’air est, sinon la plus importante des propriétés physiques du milieu commun, au moins celle dont les effets sont le plus évidents et le mieux connus. Gela explique la prépondérance que lui ont accordée les climatologistes.

La physiologie nous apprend que l’homme possède une chaleur propre dont le taux, un peu variable selon l’âge, le sexe, la constitution, est en moyenne de 36 à 38°. Il est clair que le cas où le milieu atmosphérique est précisément à la température moyenne du corps humain, ce qui, du reste, est une circonstance gênante, est infiniment rare et ne saurait être durable. Notre existence est donc un perpétuel échange de calorique avec les objets extérieurs et, pour bien dire, une lutte incessante contre la tendance du milieu à nous soustraire de la chaleur ou à l’accumuler dans notre économie. Heureusement, les ressources de celle-ci sont considérables, puisqu'il n’y a pas moins de 130 degrés de différence entre les températures des points extrêmes habités par notre espèce, depuis les régions circumpolaires, où le mercure gèle, jusqu’aux tropiques, où le thermomètre atteint fréquemment 70 degrés. De telle sorte que les expressions de froid et de chaud, que nous employons dans nos régions tempérées, changent tout à fait de sens en passant dans la bouche des habitants de l’extrême Nord ou de ceux de la zone équatoriale.

L’action de la température atmosphérique, indépendamment de ses oscillations propres, varie encore selon le degré d’incidence des rayons solaires el celui de l’humidité de l’air.

11 nous est possible d’éprouver sans inconvénient notable une élévation ou un abaissement de la température propre qui ne dépasse pas 1 degré ou 1 degré et demi en plus ou en moins ; le fait se réalise assez souvent sous la simple influence du passage d’une température à une autre. J. Davy constata que la température de six matelots s’était abaissée de 37°, 7 à 36°, 8 pendant que, dans l’espace d’un mois, celle de l’air était descendue de 23°, 44 à 15°, 5. On voit, en sens contraire, la température des marins qui se rendent de nos ports dans les contrées tropicales, augmenter considérablement. Eydoux et Souleyet ont noté que, par une différence de 40° dans l’air, la température humaine s’était élevée de 1°. Cette élévation a monté à 1°,27 dans un voyage de Brown-Séquard, pour une augmentation de température extérieure de 22°. Enfin, Mantegazza à trouvé jusqu’à 2°, 23 de différence dans la température de J’urine, pour un changement extérieur de 25°, en allant du Brésil à Rio de la Plala.

L'homme dispose, vis-à-vis de l’action de la température extérieure, de deux forces physiques qui, toutes deux, tendent d’ordinaire à le refroidir, mais dont il peut régler le jeu jusqu’à un certain point par son propre fonctionnement physiologique et par les artifices de l’hygiène (vêlements); ce sont le rayonnement et la conductibilité. Pour élever directement sa chaleur propre, il a l’alimentation, le mouvement, les sources artificielles de chaleur. Il fait, par jour 2 000 à 3,000 calories. ’ ’

La conductibilité est mise en exercice par le contact du corps avec des objets plus roi s que lui, l’air, les vêlements; par l’ingestion ou l’inspiration de substances froides, aliments, boissons, air respirable ; par l’évaporation d’eau à la surface de la peau et des poumons. La quantité de cette eau va jusqu’à 800 ou 1000 grammes (Seguin) et peut saturer 60 mètres cubes d’air à 13".

Lédiauffement du corps appelle naturellement le rayonnement et surtout leva-

aso DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène

poralion compensatrice. En ell'et, la peau se dilate par l’élévation de température; l’accélération des mouvements du cœur, la faiblesse de la tension artérielle, hâtent la réplétion et la distension des capillaires superficiels, d’où l’issue plus facile et plus abondante de la sueur.

influence «1e la chaleur. — Les manifestations provoquées par l’action de la chaleur peuvent se répartir dans les trois ordres suivants; 1° modifications physiologiques; 2° accidents; 3° maladies — aiguës ou chroniques. On joindra à cette dernière section les aptiludes morbides et l’influence de la chaleur sur les modalités morbides elles-mêmes.

1° Modifications physiologiques. — Les rayons solaires font monter le thermomètre jusqu’à 70 et même 100°, sous les tropiques; on a pu, en Angleterre, au mois de juillet 1864, dans une caisse bien fermée, avec un couvercle en verre, obtenir un résultat tout pareil, 112° (par la suppression de tout mouvement de l’air). Dove, en juillet 1852, a vu le thermomètre noirci marquer 61° par la seule irradiation directe. A ce degré, il devient peu à peu impossible de faire passer le courant électrique par les nerfs de la grenouille.

La respiration , sous l’influence de la chaleur, « active ses mouvements, dit Lacassagne, pour exhaler de la vapeur d’eau». C’est ce qui s’observe communément chez l’homme. Pourtant, si le degré est suffisant et l’application assez prolongée, il lui arrive la même diminution de fréquence respiratoire qu’aux animaux mis en expérience par Yierordt et Ludwig.

L 'activité circulatoire augmente légèrement chez les nouveaux arrivants des tropiques; la tension artérielle étant faible, les pulsations cardiaques deviennent plus fréquentes. A un degré élevé, l’activité du cœur cède comme le reste. Mathieu et Urbain ont démontré que le sang dissout moins d’oxygène, si l’air qui arrive aux vésicules pulmonaires est plus chaud; ce qui semble contradictoire avec la remarque faite par Yallin, que la chaleur augmente l’absorption et la consommation d’oxygène pur par l’hémoglobine. Il paraît certain, dans tous les cas, que les combustions organiques sont ralenties et que la production de CO2 est atténuée ; d’où la diminution de ce gaz dans l’exhalation plumonaire, signalée par Copland, et l’excrétion des matériaux carbonés, en quelque sorte supplémentaire, par la peau et surtout parle foie, « le poumon des pays chauds». Il n’est, cependant pas certain qu’il y ait cette polycholie physiologique dont on parle, un peu par induction.

La digestion est atteinte dans le sens dépressif. L’appétit, surtout pour les aliments d’origine animale, languit.

Néanmoins, le besoin de restitution alimentaire reste le même que sous les températures moyennes. C. v. Scherzer a fait remarquer que les travailleurs du sud de la Chine consomment par jour 902 grammes de riz, alors que Yoit n’en demande que 896 grammes, avec l’addition d’un peu d’albumine, pour un ouvrier bavarois moyen. Selon Playfair, le régime ne diffère pas, à Bombay, de ce qu’il est en Angleterre. Les habitants des pays chauds, toutefois, évitent de faire de la chaleur en consommant de la graisse et remplacent instinctivement celle-ci par les féculents et le sucre.

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La vitalité de la peau est surexcitée ; cette enveloppe est dans un état permanent d’hyperémie; elle transsude de l’eau et se pénètre de pigment.

L’urine diminue d’abondance et aussi' la proportion journalière d’urée rendue (Forbes Watson et Becher).

Posant en principe que l’organisme cherche à « faire le moins de chaleur possible dans un milieu où il en perd peu», Lacassagne met en rapport avec le besoin de dépenser du carbone non brûlé l’augmentation de la sécrétion lactée et la précocité de la menstruation dans les pays chauds ; selon Courty, la perte serait môme plus abondante à chaque époque que dans les pays froids.

Bien que l’on voie des Européens se livrer, dans les climats chauds, à des travaux physiques ou intellectuels exigeant une grande énergie, la chaleur tend à déprimer l 'action nerveuse. Il se peut qu’à un faible degré et pendant les premiers temps de l’action du nouveau milieu, il se manifeste une réelle excitation de toutes les fonctions auxquelles préside le système nerveux; mais, comme toujours en physiologie, l’excitation trop forte ou trop prolongée aboutit à l’effet inverse de celui du début, c’est-à-dire à l’épuisement et à l’inertie. Les colons de vieille date en Algérie, au Sénégal, dans les Indes, aux Antilles, se créolisent, sous le rapport de l’activité physique ou morale ; et les créoles ne passent pas pour le type de la force entreprenante et agissante. Cela ne veut pas dire qu’ils n’aient point des passions vives et une imagination extraordinaire ; ce sont des indices de faiblesse. Ils sont même capables d’efforts qui durent le temps d’un feu de paille. On peut y joindre les apparences d’exagération de Y activité génitale, qui est plus en désirs qu’en fait.

En réalité, la nutrition tout entière est déprimée par la chaleur excessive et habituelle. Un certain nombre de circonstances d’ordre presque physique rendent compte de cette infériorité; mais ce qu’il ne faut peut-être pas perdre de vue, c’est que l’air chaud renferme une quantité absolue d’oxygène moindre que l’air tempéré ou froid. Le même cube d’air qui, à 0°, renferme 368r,73 d’oxygène n’en contient plus que 33Br,46 à 26°. Nous verrons plus loin que c’est précisément cette raréfaction de l’oxygène qui entraîne l’anémie et l’apathie physique et morale des habitants des hauts plateaux.

Dans les circonstances où l’application d’une haute température est brusque et passagère, la tolérance peut être portée très loin, si l’air est sec; il en va ainsi pour nombre d’ouvriers dans diverses industries (boulangers, chauffeurs d’usines à gaz, ouvriers métallurgiques). Fordyce et Blagden ont supporté pendant huit minutes l’étuve sèche à 126°; la température du corps ne s’éleva que de 1°,37 : une jeune fille, observée par Tillet, resta pendant dix minutes à la chaleur d’un four à 132°. Les expériences de Berger et Delaroche ont, au contraire, montré que personne ne peut supporter 53° dans l’étuve(saturée, et Ludwig a constaté que dans des conditions pareilles, où l'évaporation ne peut avoir lieu, la température animale s’élève rapidement de plus de 4 degrés.

2° Accidents. a. Insolation. — On observe, sous l'influence d’une haute température de 1 air, des accidents graves et parfois mortels, bien étudiés par Ohernier, Claude Bernard, Vallin, Lacassagne, Wood, Wallher, Jacu-

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[Hygiène

basch, Zuber, J. Iléricourt, clc., et qui ont reçu les noms divers de coup de soleil, coup de chaleur , insolation, sunstroke, heatstroke, heut apoplexy, Hitzschlag, Sonnenstich, Warmeschlag , etc. La forme pathologique en est d’ailleurs assez variée, quoique l’origine essentielle reste la même ; sans doute que les organes plus particulièrement atteints, quele mode d’action et de caractère du calorique, ou que l’association d’un autre élément à la chaleur, décident aussi des nuances qu’affectent les phénomènes morbides. Lacassagne distinguait déjà du coup de chaleur, qui se produit dans les pays chauds, par échauffement général et môme sous l’influence de la chaleur à l’ombre, le coup de soleil, que l’on voit partout, mais qui est plutôt un accident des pays tempérés et dans lequel les symptômes ou les lésions dépendent du point d’incidence des rayons solaires. Jacubasch, faisant intervenir un autre élément encore, répartit les accidents sous trois chefs, savoir:

1° Le coup de soleil ( Sonnenstich ), dû aux rayons directs du soleil sur le corps au repos. La mort peut s’ensuivre en quelques heures ou être amenée par des accidents méningitiques. La guérison n’est pas rare. La cause anatomique de cet état serait une modification moléculaire du muscle cardiaque à la température de 45 à 46 degrés. C’est l'insolation sthénique d’Obernier et de Vallin.

2° Le coup d' échauffement [Hitzschlag), qui se produit dans l’état d’activité physique, sous une température bien inférieure à celle du corps et même n’atteignant pas 30 degrés. L’acumulation du calorique dans l’économie est due au travail fourni et à quelques autres raisons entravant la déperdition de chaleur. C’est la forme qui s’observe communément dans nos pays tempérés sur les troupes en marche.

3° Le vrai coup de chaleur des tropiques ( Warmeschlag), résultant, comme le précédent, de l’accumulation du calorique dans l’économie humaine, mais par suite de la haute température du milieu et sans que les individus aient besoin d’être exposés aux rayons du soleil ou d’être en état d’activité musculaire.

Dans l’une et l’autre de ces deux circonstances, la mort peut arriver selon le même mécanisme que dans le premier cas, ou encore par suite . d’un trouble profond de l’innervation, peut-être avec un commencement de fusion de la myéline (à 52°), le cœur étant en diastole ( insolation asthénique.)

Il est à supposer que le vêtement, l’armement des soldats, le poids dont ils sont chargés, leurs allures cadencées et en rangs, l’immobilité prolongée sous les armes, parfois l’ingestion précipitée et considérable de boissons froides, de qualité suspecte, ont beaucoup aidé l’action de la chaleur et aggravé les manifestations morbides. Cependant, Martin Duclaux (1859) a décrit, sous le nom de : congestion rachidienne ou maladie des moissoneurs, des accidents qui rappellent les insolations militaires et prouvent qu’on peut les subir même avec l’aisance de vêtements et d’allures que comporte le travail des champs.

Les excès alcooliques, un peu avant ou pendant les marches, le défaut

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(l’entraînement antérieur, sont des causes prédisposantes des plus efficaces à l’insolation. L’état de colonnes en masses compactes, soulevant la poussière des routes, échauffe encore et altère l’air autour des soldats. 11 y a probablement des conditions topographiques qui favorisent l’immobilité et réchauffement de l’air, comme les routes en terrain déprimé, les chemins creux, les forêts, les rues des villes. On a fait observer (Roth et Lex) que l’insolation (au soleil, non dans la chaufferie des navires à vapeur) se produit peu au large de l’Océan ou sur les hauts plateaux, qui reçoivent tout aussi bien que la plaine les rayons du soleil, mais où l’air est pur et mobile. Enfin, on a noté que les catastrophes se réalisent particulièrement la veille des orages, alors que l’atmosphère est à la fois chaude et humide, chargée d’électricité.

Les hommes atteints, en pareil cas, éprouvent une anxiété respiratoire considérable, de la titubation, du vertige, des nausées; ils ont la face blême, couverte de sueur, les lèvres cyanotiques; une syncope survient, quelquefois si rapidement que les premiers phénomènes n’ont pas été aperçus; le patient s’affaisse, insensible et en résolution musculaire. Quelques-uns présentent des convulsions. Zuber a remarqué que, parmi les malades, les uns suent abondamment, les autres non. C’est sur ces derniers que la terminaison est le plus régulièrement mortelle. La mort arrive dans le coma et dans un état asphyxique. A l’autopsie, on rencontre une congestion étendue des méninges, des foyers apoplectiques dans le tissu cérébral, une congestion pulmonaire extrême ; des ecchymoses sous les séreuses, divers petits épanchements sanguins dans les ganglions nerveux et les muscles, quelquefois un état trouble du muscle cardiaque; souvent le ventricule gauche contracté et vide.

En somme, les températures élevées entravent la respiration et frappent de collapsus (peut-être après excitation) le système nerveux. Les explications physiologiques ne répondent pas à tout ce qui se passe dans ces accidents singuliers et graves de l’insolation. Nous attachons une grande importance aux conditions difficiles dans lesquelles s’accomplit l'hématose par l’air surchauffé — et raréûé. — En effet, beaucoup de symptômes de l'insolation sont purement asphyxiques, et rappellent ceux du mal des montagnes (lipothymies, nausées, faiblesse des membres inférieurs, syncope). On dirait qu’il s’agit d’abord d'une irritation des tissus et des centres* nerveux par un sang moins oxygéné qu’à l’état normal ; d’où « la dilatation paralytique des capillaires du poumon par acte réflexe » (Layet).

Nous n’avons pas entendu parler, dans les lignes précédentes, de V érythème solaire, accident local et sans gravité, auquel on donne quelquefois aussi le nom de « coup de soleil ».

Les annales de la médecine militaire de tout pays, contiennent des relations d insolation du type véritable. Citons, dans les pays tempérés : des soldats belges, se rendant de Beverloo à llassclt (1853); un bataillon de chasseurs à pied français allant de Nogent à Paris (1857); les soldats allemands faisant étape de Bonn à Cologne (I8G5), qui ont été l’occasion Aiïnould. Hygiène, 2e édit. 23

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du travail d'Obernier; les hommes de la revue de Longchamps, du 25 juillet 1875 ; les réservistes de Lyon (aoûL 1878); deux régiments du l'r corps d’armée (30 août 1886) et quelques autres, français et étrangers, à la môme époque. Dans tous ces cas, il y eut des morts plus ou moins rapides et un grand nombre d’individus moins gravement atteints, qui se rétablirent.

Des chauffeurs des bateaux à vapeur qui traversent la mer Rouge éprouvent parfois, par 65 à 75 degrés, « des douleurs de tête, des vertiges, des troubles de la vision ». Quelques-uns doivent être emportés de la cale, présentant les symptômes suivants : « injection de la face, embarras de la parole, facultés intellectuelles obtuses, respiration stertoreuse, battement des temporales, etc. » (Bourel-Roncière).

La prophylaxie des insolations consiste dans l 'entraînement préalable, les habitudes de sobriété vis-à-vis des boissons alcooliques, l’usage de vêtements légers , le soin de desserrer entièrement les rangs, quand on marche en colonnes, d éviter les routes poussiéreuses et de ne pas empêcher les soldats de boire , mais, au contraire, de leur assurer le moyen de se désaltérer à l’aide d’une eau fraîche et pure, en leur recommandant de se mouiller d’abord les mains et les tempes, et en les remettant en route avant que cette boisson froide ait pu causer chez eux une répercussion fâcheuse. Un point capital est, en effet, de prévenir l’accumulation du calorique; or, 1 litre d’eau, pour passer de 10° à la température du corps, exige 27cal,5; et pour s’évaporer à 37 degrés, 572 calories. Il faut leur permettre d’ouvrir leur uniforme et d’enlever tout ce qui fait constriction au cou, sur le thorax ou l’abdomen ; ne pas reprendre la marche trop tôt après le principal repas de la journée ; les empêcher de se coucher sur le sol, même à l’ombre, puisque le sol est encore plus chaud que l’air. Mais les haltes, d’ailleurs faites debout, devront avoir lieu à l’ombre, car la transpiration se supprime pendant l’immobilité au soleil. S’il n’y a pas d’ombre à trouver, mieux vaut poursuivre lentement la marche (Iiéricourt).

b. Délire aigu. — Calenture. — On remarque parfois, dans les insolalions de nos pays tempérés, à côté des symptômes asphyxiques et congestifs, des convulsions et du délire. Ce dernier caractère s’accentue davantage dans les pays chauds, au Bengale, au Sénégal et même en Algérie. Le délire comporte volontiers la tendance au suicide. En 1836, parmi les troupes du général Bugeaud, 11 soldats sur 200 insolés se brûlèrent la cervelle. En pareille occasion, les marins se jettent à l’eau. Chacun use du procédé de suicide qu’il a sous la main. C’est à cette tendance délirante que les Espagnols ont donné le nom de Calenture qui, selon Barallier, ne répond à aucune individualité morbide.

3° Maladies et aptitudes morbides. — La chaleur provoque directement un certain nombre de maladies. Mais il est plus commun qu’elle favorise l’éclosion de diverses espèces morbides, qu’elle en règle les allures, habituellement en les exaspérant, et qu’elle imprime à l’ensemble pathologique des pays chauds, ou même de la saison chaude des pays tempérés, une physionomie notablement distincte de celle de la pathologie des régions froides.

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La plupart des microorganismes, et surtout les organismes pathogènes, s’accommodent au mieux du degré le plus voisin de la température du •corps. Cependant, certaines moisissures, Aspergillus glaucus, Pénicillium ylaucum, cessent de croître à ce dégré. Les Schizomycètes sans spores succombent pour la plupart entre 50 et 70°; mais les spores de moisissures supportent bien la chaleur sèche de 115°, celles de certains bacilles la température de 140° sans perdre l’aptitude à germer. Au contraire, •elles ne résistent pas à la vapeur d’eau à 100°. La chaleur météorique ((indépendante de l’homme) arrive rarement à un degré qui entrave les phénomènes de la putréfaction; elle les favorise le plus ordinairement. 11 est probable que les hautes températures atmosphériques atteignent parfois à la destruction, né fùt-ce que par soustraction d’eau, des bacilles pathogènes à l’état de développement; mais ne parviennent pas à compromettre leurs spores. D’où il résulte que telle endémie cesse de sévir pendant la sécheresse, qui se réveillera vigoureusement aux premières pluies.

La chaleur est, selon toute apparence, la cause prédominante et directe -de quelques dermatoses ou épidermatoses très simples, se reliant étroitement à l’hypérémie continuelle du tégument et à l’exagération de ses fonctions ■comme organe sécréteur. La gale bédouine, bourbouille , lichen tropicus, prickly heat (dans l’Inde), n’apparaît qu’en été, au moment où la sueur se •concrète sur les parties découvertes, chez les Européens à épiderme délicat, transportés dans les pays chauds. Les éruptions furonculeuses, qui tourmentent si fort les Français en Algérie, à la fin de l’été, dépendent •probablement aussi de l’irritation permanente de la peau. Il n’est pas invraisemblable que la môme disposition fondamentale ne contribue à donner aux manifestations cutanées de la syphilis un épanouissement extérieur exubérant (la lèpre kabyle ); probablement aussi, la sollicitation incessante faite à la nutrition dans le tégument est-elle une raison des hypertrophies de celui-ci, des œdèmes actifs, de l’éléphantiasis (des Arabes). J'ai pensé autrefois que le même excitant pouvait rendre compte, en partie, de divers accidents cutanés exotiques, tels que le clou de Biskra, Yulcère de Mozambique, l’ulcère annamite , etc. Il se fait de plus en plus probable que le parasitisme est à l’origine de toutes ces formes étranges. Le microcoque du clou de Biskra (ou de Gafsa), en particulier, a été mis en vue par les recherches d’E. Weber, Duclaux, Depéret et Boinet : ce qui met hors de cause la chaleur en tant qu’agent direct et primitif; mais il est bon, néanmoins, de ne pas oublier qu’elle influence encore le mode de ces accidents et que, tout d’abord, elle est une des ■principales conditions qui ont rendu le milieu propice à l’existence et à la propagation du parasite lui-même. Cette considération est applicable à d autres affectations parasitaires des payschauds : filaire du sang (Chine, Brésil), filaire de Médine, ver de Caxjor, Larbisch (Sénégal), Distome héma- ■iobie (Egypte, Cap de Bonne-Espérance, où il détermine l’hématurie).

La chaleur provoque par elle-môme, surtout chez les Européens qui subissent 1 acclimatement, des fièvres d’intensité variable, dans lesquelles la participation des voies et des glandes digestives est toujours plus ou moins

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évidente; telles sont : la fièvre continue simple, que l’on observe d’ailleurs à Paris, pendant l’été, sous le nom de catarrhe cjastrique aigu, fièvre éphémère, synoque imputrule , et à Montpellier sous la rubrique fièvre bilieuse ; la fièvre inflammatoire des Antilles, le common continued fever dans l'Inde, la fièvre bilieuse simple partout, même lorsque son intensité arrive jusqu’à lui donner quelques traits de la lièvre jaune. Nous avons, après Félix Jacquot, contribué à séparer ces « affections climatiques » des fièvres d’origine miasmatique, qui les masquent si facilement dans les latitudes chaudes. A. Laveran, qui les nie, les a néanmoins observées comme nous; ce qui était dans la nature des choses.

La chaleur joue un rôle plus ou moins direct dans la genèse de la dysenterie et de la diarrhée chronique des pays chauds, sans doute par le mécanisme des répercussions intestinales à la suite des refroidissements de la peau et de la suspension des sueurs. Le tégument, en effet, dans les pay& chauds, est d’autant plus sensible aux abaissements de température qu’il a été plus surchauffé, comme la physiologie le démontre d’ailleurs.

L 'hépatite passe pour une maladie des pays chauds et, sans doute, légi— timement. Sans parler de ses rapports avec la dysenterie, elle n’est pour ainsi dire, sous la forme d 'hépatite parenchymateuse, que l’exagération de la végétation luxuriante de l’élément glandulaire du foie, habituelle aux. pays chauds, ainsi que l’ont remarqué Kelsch et Kiener. Il se peut que l’influence paludéenne ait marqué ici son passage; mais ce ne serait pas une raison de renoncer entièrement à la part étiologique de la chaleur. Les fièvres de la Sologne et de la Bresse, en effet, grossissent la rate comme celles de l’Algérie ; mais nous ne sachions pas qu’elles se signalent par la complication d’hépatite.

La chaleur continue, si peu favorable aux fonctions digestives et respiratoires, entraîne Yanémie, qu’Aubert-Roche regardait comme une condition de l’acclimatement des Européens en Égypte. A vrai dire, la mention de ce dernier pays fait songer que Y ankyloslome duodénal peut aider à l’établissement de ce fâcheux état.

Les statistiques de Hirsch, de même que les observations des médecins de l’armée et de la marine, ont établi que beaucoup de maladies aiguës, la pneumonie , la pleurésie, le rhumatisme, réputées naguères maladies des pays froids, n’épargnent nullement les latitudes intertropicales. Le terrain, gagné chaque jour par l’étiologie parasitaire, rend compte de cette opposition entre les faits et les opinions préconçues d’autrefois.

Selon Villemin, la tuberculose est remarquablement sévère dans la zone torride. L’enquête résumée par Feuillet tend à prouver, cependant, que la phthisie est relativement rare en Algérie, même chez les indigènes.

Un des faits les plus considérables en celte matière, c’est la puissante influence de la chaleur sur quelques maladies dont elle n’est d’ailleurs pas le générateur, ni même la condition absolue et qui, d’ordinaire, sont des maladies infectieuses.

Le berceau de la fièvre jaune est dans des parages dont la moyenne thermique est entre 20 et 2o degrés; partout ailleurs, elle ne se montre qu’après

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importation. Mais encoro, elle ne prospère sur les rivages nouveaux qu’au tant que la moyenne de la saison approche de 20 degrés; l’hiver venu, elle -disparaît, de même qu’il est impossible de la débarquer, en Europe, au nord du 50'’ degré de latitude.

Le choléva, dont les recrudescences indiennes affectent la saison chaude, n’a de vigueur en Europe que pendant les étés. S’il ne disparaît pas régulièrement à l’approche de l’hiver, au moins il sommeille et atténue ses coups. Il faut en rapprocher le choléra noslras et le choléra infantile, affections de la saison chaude des pays tempérés.

Par une singulière exception, la peste a sa zone d’endémicité en pays chauds et s’étend de préférence vers les régions tempérées ou froides. En Europe, les chaleurs de l’été lui sont manifestement contraires.

Hors de là, on peut dire : que la chaleur météorique communique une activité plus grande à la plupart des agents infectieux et que, d’un autre côté, elle dispose mieux l’économie à les recevoir; de même que le plomb des navires, inoffensif à Brest, se révèle par la colique sèche quand l’équipage aborde aux Antilles ou au Gabon.

Nous avons, l’un des premiers, signalé pareille influence, dans le sens ■de l’aggravation des symptômes, de la chaleur sur la fièvre typhoïde en Algérie. Léon Colin a établi en loi que les fièvres telluriques sont périodiques dans la Bresse, rémittentes en Algérie et continues au Sénégal, la gravité s’accentuant d’autant plus que l’intermittence disparaît plus complètement. Ce n’est que dans les régions malariales chaudes qu’on voit des formes violentes et d'une haute perniciosité, connues sous les noms de fièvre hématurique, fièvre bilieuse mélanurique.

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influence «lu froid. — Nous suivrons le môme ordre que pour l’étude précédente, sur l’influence de la chaleur.

1 Modifications physiologiques. — Le terme de froid n’a rien d’absolu. Habituellement, on dit qu’t/ fait froid, quand le thermomètre est audessous de o degrés centigrades. Encore ce degré est-il plus désagréable en automne (après 1 été) qu’au printemps (après l’hiver), de même que 20 degres au-dessous de zéro paraissent une température tiède quand on vient de passer par — 40 degrés.

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L’action du froid sur 1 économie est modifiée par diverses conditions d’âge, de sexe, de tempérament, de constitution, de dispositions individuelles ou ethniques. Le premier effet est le besoin de mouvement, pour faire de la chaleur ; le tremblement n’est peut-être qu’une manière inconsciente pour l’économie de se défendre par l’activité musculaire. Un autre besoin corrélatif est celui de manger, poussé jusqu’à la boulimie, par le froid excessif (Catat), et spécialement d’ingérer de la graisse et des hydrocarbonés, aliments combustibles. On peut, à vrai dire, exprimer cette loi d’une autre façon, peut-être plus juste ; à savoir que les gros mangeurs supportent mieux le froid que d’autres; d’après Voit, les explorateurs des mers polaires embauchent de préférence, pour leurs expéditions, les matelots doués d’un robuste appétit et se munissent de provisions en conséquence. Cependant, les observations de Larrey pendant la retraite de Russie (1812-1814), celles des médecins de la guerre de Crimée (1854-I856)r de Lebastard au Tléta des Douairs (1879) ont prouvé que les individus do race liguro-ibérique, et même les Arabes, bruns, secs et petits mangeurs, résistent mieux au froid que les hommes blonds, à vaste estomac, de raco germanique. Ch. Martins insinue que les habitants des pays chauds ont emmagasiné, pendant leur séjour sous le ciel natal, de la chaleur dont ils dépensent le superflu lorsqu’ils sont transportés dans des latitudes moins heureuses. Nous aimons mieux prendre en considération le ressort nerveux des Méridionaux et leur habitude de se passer de la stimulation dangereuse de boissons alcooliques.

La configuration du sol, l’état du ciel, la mobilité de l’atmosphère, la durée de son application, modifient les effets du froid. Lorsqu’on s’élève em hauteur, d’après Sonklar, la décroissance de la température marche plus lentement par les vents du sud et de sud-ouest que par ceux du nord et de nord-est. La force du vent l’accentue. Par le temps clair et avec de faibles courants, la décroissance de température est lente dans les régionsinférieures de l’air et rapide dans les couches supérieures. La présence de la vapeur d’eau dans l’air est de quelque importance; ceci doit être plus à considérer pour les froids modérés que pour les températures très bassesr puisque, au-dessous de zéro, l’air renferme naturellement la plus grandeproportion relative et la moins grande proportion absolue d’humidité. Plus l’air est limpide, plus énergique est le rayonnement; celui-ci atteint à un degré extraordinaire pendant la nuit, par un air calme et sous un ciel' sans nuages. Melloni prétend que le rayonnement du corps n’est pas plus grand sous un ciel pur que sous un ciel nuageux, mais que la perte de chaleur est mieux ressentie. Flammarion a, cependant, noté qu’en s’élevant en hauteur, l’abaissement de température de -1° n’exige que 189 mètres d’ascension verticale par un temps découvert, tandis qu’il faut s’élever de 194 mètres lorsque le ciel est nuageux.

Le vent, même modéré, rend les basses températures insupportables.. L’équipage du capitaine Ross travaillait sans trop de peine au dehors, dans une température de — 41° par un temps calme ; tandis qu’il ne pouvait quitter le bâtiment sous un froid de — 29°, avec un vent léger.

générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE.

Quel que soit le froid, la question est toujours de savoir dans quelle mesure les actes physiologiques calorifiants compensent la soustraction de chaleur.

Sous l’impression d’un froid modéré, que l’homme peut équilibrer par une nourriture plus abondante et par la protection des vêtements, il n y a pas de troubles sérieux, mais plutôt un sentiment de bien-être, une augmentation de l’appétit, une disposition parfaite à l’activité physique et intellectuelle. L’apport d’oxygène en plus grande quantité aux poumons a permis à la fonction respiratoire d’alimenter plus généreusement la combustion organique.

Sous l’iniluence d’un grand froid, lorsque les ressources de l’économie sont au-dessous du besoin, les physiologistes (Poiseuille, Dickinson, Brown-Séquard et Tholozan, Cl. Bernard, Allen et Pepys, Walther, Pouchet, Michel, de Crecchio) ont noté des troubles de plus en plus graves, dont la sériation se présente à peu près comme ci-dessous.

d. C’est d’abord la sensation de froid, l’horripilation, l’état de la peau dit chair de poule, l’obscuration du sentiment.

2. Les capillaires périphériques se contractent, le sang reflue dans les gros vaisseaux, en général, dans les organes vasculaires profonds; le tégument et les extrémités pâlissent tandis qu’il y a de l’oppression thoracique et des douleurs de tête, par réplétion sanguine des viscères. Le pouls devient petit et lent dans les extrémités naturellement les premières et les plus influencées (orteils, doigts, nez, oreilles).

3. L’excrétion d’eau par les poumons et la peau diminue, l’urine augmente, en revanche, et la proportion de ses éléments solides s’abaisse.

4. A ce moment, si l’application du froid cesse, ou même si le degré de froid n’est pas poussé plus loin, il peut y avoir réaction, c’est-à-dire que les vaisseaux capillaires se dilatent comme s’il y avait paralysie vaso-motrice, que le sang reflue à la peau où se produit delà chaleur avec démangeaison, que le pouls reprend de la plénitude.

3. Si au contraire, le froid persiste ou s’élève, il se manifeste des sensations douloureuses dans les membres, la tête, la poitrine. La respiration est déprimée, l’absorption d’oxygène augmente (Mathieu et Urbain) par le simple fait physique d’une plus grande solubilité dans le sang; tandis que l’exhalation de CO2 diminue par ralentissement de la combustion interstitielle.

6. Les extrémités se raidissent, se congèlent. Le sang gèle dans les vaisseaux, en commençant par les couches les plus voisines de la paroi (Poiseuille). Le degré auquel se produit la congélation du sang varie de — 0°,o ou 1° (Crecchio) à — 8°, 9 (Richardson). Les changements de structure des globules ne se montrent qu’au dégel. Pouchct pense que la structure cellulaire de ces corpuscules est détruite; de Crecchio prétend que l’enveloppe reste intacte, mais que le contenu s’en échappe par osmose.

7. Les parties gelées sont insensibles à l’excitation électrique et se laissent envahir par la gangrène.

8. Après la congélation des parties périphériques surviennent de l’affai-

300 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène

blisscment général, des vertiges, de l’engourdissement, une invincible tendance au sommeil. Les contractions du cœur, les mouvements respiratoires se suspendent; la mort arrive avec une réplétion sanguine des organes internes et une paralysie du système nerveux.

D’ailleurs il n est pas possible de préciser le degré de froid qui est mortel, attendu que ce degré varie énormément selon les individus et les circonstances.

A. Laveran résume en quelques lignes l’action du froid: «Si l’impression d'un froid modéré est capable de produire une excitation sur certains éléments, sur la fibre musculaire en particulier, on peut dire d’une façon générale que l’action des températures voisines de zéro ou inférieures à ce degré est une action essentiellement paralysante qui diminue la vitalité de tous les éléments anatomiques et qui finit par amener leur mort. Les mouvements des leucocytes, ceux des cils vibratiles, disparaissent par le refroidissement, les nerfs deviennent mauvais conducteurs, puis cessent entièrement de fonctionner, les muscles se paralysent. »

D’une soigneuse revue des expériences et des théories connues, Lebaslard conclut: que, dans le refroidissement brusque et progressif, la mort arrive par anémie cérébrale; dans le refroidissement lent et continu, la mort est due à une congestion cérébrale; la mort par suite de congélation partielle esL due aux embolies capillaires formées par les caillots contenus dans la partie congelée.

Le professeur Colin (d’Alfort) a pratiqué sur des animaux une double série d’expériences de refroidissement par l'air et par l'eau, qui éclairent vivement Ja question.

Tout en réservant le problème délicat des différences d’aptitude à supporter le froid que l’on observe chez les diverses espèces de mammifères et même chez des individus d’une même espèce (chez l'homme en particulier), le savant physiologiste s’est convaincu que « les effets du froid sur l’ensemble de l’organisme sont des effets secondaires, subordonnés à ceux qu’il produit sur la peau, » et que « si le froid ne réussit pas à abaisser notablement la température de la peau, il est parfaitement supporté et reste inoffensif, tandis qu’il détermine des troubles graves et tue même, s’il fait descendre le tégument d’un certain degré. »

Il est, d’ailleurs, certain que le froid supprime les sécrétions de la peau et provoque la rétention des matériaux de déchet. D’autre part, l’irritation des nerfs de la peau par le froid est reportée, par action réflexe, aux centres vasomoteurs, aux nerfs trophiques et aux nerfs de la sensibilité (Seitz).

Étant démontrée l’importance du refroidissement de la peau, on reconnaîtra, avec le professeur d’Alfort, que le tégument peut perdre de la chaleur: 1° par conductibilité et rayonnement, comme tous les corps; 2° par l’évaporation des liquides exhalés à sa surface ; 3° faute de recevoir par le sang la somme de chaleur nécessaire pour compenser ses perles. Le premier mode est le plus important; on conçoit aisément que le sang lui-même vienne perdre sa chaleur au contact d’une si vaste enveloppe, lorsqu’elle est refroidie, et qu’il ait quelque peine à la lui rendre ensuite, quand on fait cesser l’action du réfrigérant. Le froid, selon Colin, semble agir de trois manières : a, par impression immédiate sur le système nerveux ; h, en refoulant le sang de la périphérie vers les organes profonds, qu’il congestionne ; c, par aslriction, effet auquel les organes profonds sont diversement sensibles. L’impression sur le système nerveux lui paraît avoir la préséance. Lorsqu'on songe à la différence d’impressionnabilité, vis-à-vis du froid, des diverses espèces animales, des variétés d’une même espèce et même des individus de même famille.

générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L'AIR. — MÉTÉOROLOGIE. :t6i

on ne peut s’empêcher de partager généralement cette opinion. Au demeurant, c’est là un sujet qui, malgré bien des recherches expérimentales, paraît encore loin d’être épuisé (Vallin).

Le rôle du sang dégelé, dans le mécanisme de la mort après la congélation, a été envisagé par Michel (de Nancy) comme le résultat de l’oblitération des capillaires pulmonaires (d’où la syncope) par une foule de petites embolies provenant de la désintégration de caillots microscopiques, qui se sont formés pendant l’application du froid.

11 se peut que le mécanisme de la mort ne soit pas toujours le môme. Ogslon l’a attribué à l’anémie cérébrale, qu’il a reconnue dans des autopsies d’individus morts de froid. Lacassagne fait la distinction, légitime en théorie, des trois modes suivants : .Mort par refroidissement rapide el progressif; — par refroidissement lent et continu ; — par refroidissement d’une partie. Les accidents généraux n’aboutissent pas toujours à cette mort rapide et dans la somnolence, à laquelle Larrey ne trouvait rien de cruel et qui fut probablement la manière de passer de vie à trépas de ces sentinelles qu’on relevait raide-gelées et debout à leur poste, pendant le siège de Metz par Charles-Quint, en 1552 (Forestus). Wiel proteste contre cette tradition; il a souvent trouvé le cadavre des individus gelés dans une altitude qui révélait un rude combat avec la mort, les membres convulsivement fléchis et tordus, le sol gratté tout autour. Il y aurait imprudence à prendre pour une loi physiologique l'image effrayante et hardie dont s’est emparé le poète:

On voyait des clairons à leur poste gelés,

Restés debout en selle et muets, blancs de givre,

Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.

(Victor Hugo.)

Les habitants des pays froids ont dû mettre leur économie à la hauteur du besoin de production de calorique qui leur est imposé. Leur caractéristique physiologique est l'ampleur et l’intensité des combustions organiques. C’est dire qu’ils se distinguent par un formidable appétit et leur aptitude à ingérer des quantités prodigieuses d’aliments, choisis surtout parmi ceux qui représentent du combustible immédiat, la graisse, l’huile, les viandes huileuses. 11 faut bien aussi que la fonction respiratoire se mette au diapason de 1 apport de combustible et qu elle introduise suffisamment d aii pour entretenir ces puissants foyers. Heureusement, l’air des climats simplement Iroids est riche d’oxygène (en poids). La circulation ne paraît pas en être activée; les Groenlandais passent pour avoir le pouls remarquablement lent. Le système nerveux de la vie animale semble s’effacer devant (.(.lui de la vie végétative; quand 1 estomac domine, le cerveau sommeille.

11 serait peut-être téméraire de mettre le lymphatisme des climats polaires en rapport avec l’activité forcée des fonctions de nutrition et de sanguification, sauf les tiaits extérieurs, il y a du lymphatisme sous les tropiques comme au ceicle polaire et il faut bien, s'il y a une cause commune, qu elle soit autre chose que la température.

Les hommes des régions tempérées, dans des circontonces mémorables, ont a rouie pendant un temps assez long les rigueurs des climats polaires, à des lali-

^62 DG L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène

tudes que les Esquimaux eux-mômes ne visitent pas. 11 s’agissait de découvertes géographiques, de la recherche de la « mer libre » du Pôle, ou encore de la détermination de voies commerciales (ce fameux passage du Nord-Est, le plus court chemin de l’Europe à l’Océan Pacifique, que Nordenskjold vient de reconnaître). Parry (1819), Franklin, Richardson, Bellot, J. Ross (l'Entreprise, 1848-1849), Kane, Rayes, Mac-Clure, Auslin, Nares ( Bcsolulc , 1854), Mac-Clinlock (1859), les marins du Polar is (1872), Payer et Weyprecht du Teghetoff (1873), les marins de l’Alerf et du Discovery (1873), Nordenskjold et Palender (la Vega, 1879), nous ont glorieusement appris jusqu’où peut aller contre le froid la résistance de l’homme, armé de courage et muni des ressources de l’hygiène. Ces expéditions comportent habituellement deux phases, l’une d’immobilité, pendant laquelle l’équipage reste sur le navire enclavé dans la glace, subissant la nuit polaire de 4 à 5 mois; l’autre d’activité, que l’on emploie, à la faveur du retour de la lumière, à des explorations en traîneaux. Pendant la première, surtout vers sa fin, quand le mois de mars ramène le soleil, l’air extérieur présente couramment une moyenne de — 30°, par des latitudes de 78 à 80 degrés (Nord). L’Alert, encastré dans la glace, par 82°, 24 de latitude nord, en mars 1876, enregistrait un minimum de — 59°. La température minimum pour une période de 24 heures fut de — 37°, 1 pour 1 ’Altrt, de — 35°, 4 pour le Discovery. Pendant sept jours consécutifs le Discovery eut une moyenne de — 31°; YAlert rapporte une moyenne de — 31°, 5 pour treize jours consécutifs et de — 34°, 8 pour une autre période de cinq jours et demi. Mais l’on parvient à entretenir dans le navire une température un peu au-dessus de zéro. Le moment où le froid devient redoutable est celui des excursions. Celle de Mac- Clintock et Allen Young, en 1839, eut à lutter contre un froid de — 44°, 4; Nares et Hamillon, du ResoJute (1834), observèrent — 42°, 2 ; Payer du Teghetoff fut huit jours absent et subit jusqu’à — 31°; les officiers de YAlert opérèrent par des températures de — 41°, 1 et — 46°, 3 (Ad. Nicolas). A la vérité, si l’on sort victorieux de cette lutte, ce n’est pas sans blessures ni perte d’hommes. En général, ces expéditions ont coulé 1,7 décès sur 100 hommes d'équipage; YAlert et le Discovery, plus particulièrement maltraités, perdirent même 4 hommes et 3 officiers, 7 hommes et 1 officier eurent les pieds gelés et 3 d’entre eux subirent l’amputation des jambes. Mais on dépassa 83° lat. Nord! ho. Jeannette, capitaine de Long (1879-1882/, perdit les deux tiers de son monde. R périt dix hommes sur seize de l’équipage du lieutenant Greely (1881-1883) du Proteus.

2° Accidents du froid. — L’on vient de voir, par les lignes qui précèdent, que les effets physiologiques du froid confinent aux accidents et, même, les constituent, quand l’impression météorologique a été suffisamment intense et prolongée.

Ces accidents, on a déjà pu le reconnaître* sont locaux et portent plus communément le titre de congélations, — ou généraux, et méritent le nom à' asphyxie par le froid, préférable, quoique insuffisant, à celui de congélation générale.

Les congélations, qui, naturellement, atteignent surtout les extrémités, ont été réparties parLegouest suivant une échelle de gravité qui rappelle celle des brûlures : engelure, phlyctène, eschare du tissu cellulaire, gangrène des muscles, mort totale du membre. Quand l’accident n’est qu’aux premiers degrés, il est possible de rappeler la partie à la vie en la ramenant progressivement à la température normale; l’application immédiate de

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la chaleur équivaut à la perte du membre; dans les pays froids, on pratique vulgairement les frictions de neige sur les extrémités où l’on voit apparaître le blême de la congélation commençante; un bain d’eau glacée est le meilleur topique à appliquer au membre que l’on espère ramener à la vie.

D’ailleurs, au moment où les accidents généraux ont envahi les fonctions essentielles, sans les annuler encore, le brusque passage du froid à une atmosphère chaude est encore le pire des remèdes. Les soldats de la retraite de Russie tombaient, « frappés d’une apoplexie foudroyante », dans les feux dont ils s’approchaient avec une sorte de fureur, malgré tous les conseils, croyant prendre une revanche de leurs souffrances pendant la marche sous la neige. Sureau, pharmacien en chef de la Grande-Armée, expira en quelques heures dans une chambre chaude où il avait pensé trouver une compensation au froid éprouvé en gagnant Kowno.

En dehors des faits à la rencontre desquels vont les explorateurs des mers glaciales, les congélations générales ou partielles se produisent un peu partout, dans nos pays tempérés, dans la saison froide. Mais les observations qui sont restées historiques sont principalement des désastres militaires, depuis la retraite des Dix-Mille (Xénophon) et le passage du Caucase par l’armée d’Alexandre, jusqu’à la retraite de Russie (1812-1813), la guerre de Grimée (1834-1836), la guerre franco-allemande (1870-1871), et le désastre du 4e zouaves au Tléta des Douairs, en mars 1879. En cette occasion, une tourmente de pluie et de neige assaillit avec une violence inouïe une colonne de troupes se rendant d’Aumale à Laghouat; 19 hommes succombèrent et des catastrophes plus nombreuses se fussent produites, si des secours n’étaient venus de la part d’hommes énergiques et dévoués. Sans parler de la retraite de Constantine, en 1836, des accidents éprouvés près de Bougie en 1831, au passage de l’Atlas en 1832, la colonne du Bou-Thaleb (près de Sétif), en 1843, restera comme un des plus douloureux souvenirs; il y eut 228 décès sur 2,800 hommes !

A vrai dire, et ce n’est pas la première fois qu’on en fait la remarque, la température de l’air descendait à peine au-dessous de zéro. Mais on avait les pieds dans la neige fondante et l’alimentation des soldats laissait à désirer. La neige fondante soustrait évidemment beaucoup de calorique aux tissus vivants qui sont à son contact; on s’en aperçoit encore aux fâcheux effets de 1 usage de la neige à titre de boisson, pratique vivement déconseillée par les hygiénistes. C’est dans la neige d’automne, en partie tondue, que les marins de Y Alert ont subi les congélations dont il est parlé plus haut. Dans son émouvant récit de la catasrophe du 4° zouaves au iléta des Douairs, Lebastard fait remarquer qu’il tombait autant de pluie que de neige; mais cette eau froide imbibait les pantalons de toile bouffante des zouaves et les refroidissait d’une façon continue; les hommes étaient harassés par une longue étape dans la boue, sous une tempête de pluie et de neige; par-dessus tout, ils avaient faim.

La prophylaxie de ces accidents sera, légitimement, exposée aux articles : vêtement , habitation, chauffage, exercice, alimentation. Dès à présent, l’on peut dire qu’un système nerveux bien trempé, un bon état de la nutrition

3Gi DE L’ATMOSPHÈRE. 1 Hygiène

générale, une alimentation largement assurée, des vêtements mauvais conducteurs, sont les garanties dont il faut s’entourer lorsqu’on s’aventure dans le séjour ou la marche à travers une atmosphère glaciale de n’importe quelle zone. Nous ne poussons pas l’esprit de système jusqu’à interdire absolument l’alcool; les boissons stimulantes (café, thé) sont avantageuses, par conséquent l’alcool aussi, dès que l’on ne dépasse pas les doses auxquelles il reste simple stimulant. Mais, si l’on va plus loin, c’est un insensibilisant, qui s’ajoute à l’action anesthésiante du froid, et l’on comprend que des capitaines d’expéditions polaires l’aient supprimé net à des matelots pour qui l’usage se confond aisément avec l’abus. En pleine lutte avec le froid, le soldat est dans le mouvement et l’exercice musculaire ; ici, la force physique ne suffit pas; l’énergie morale, la volonté, deviennent la suprême ressource. Qui la possède se sauve et peut en sauver d'autres. Dans les colonnes armées, un vieux soldat plein de ressort, un sousofficier de quelque vigueur, peuvent arracher à la mort nombre d’hommes de recrues démoralisés et qui fléchissent devant l’ennemi atmosphérique. On les objurgue, on les pousse, on les frappe, s’il le faut, pourvu qu’ils marchent, car « qui s’arrête, s’endort, et qui s’endort ne se réveille plus ».

3° Maladies du froid. Aptitudes morbides qu'il crée. — A mesure que l’on connaît mieux les maladies diathésiques ou générales, que les statistiques se font plus nombreuses et plus exactes, que l’on sait retrouver les germes spécifiques sous des dehors d’emprunt et que l’on analyse plus rigoureusement l’étiologie, le rôle pathogénique du froid et, d’ailleurs, de tous les agents de la météorologie se rétrécit davantage. Il convient aussi de distinguer le cas de l’influence directe du froid et celui où il n’est qu’un auxiliaire — ou une entrave — de la cause véritable.

Le froid ralentit ou arrête le développement des microorganismes, mais ne lue point leurs spores, même quand il est poussé très Loin. C’est l’agent le plus impropre à la désinfection que l’on connaisse. Les bactéries banales de l’eau se développent encore faiblement à -j- 6° (Flügge); le bacille typhique à -f- 3° (Seitz). La spirille du choléra a sa limite inférieure à lo°; les bacilles de la morve ont la leur à 22°, ceux de la tuberculose à 33°; ceux du charbon à 12°. Mais il est évident que l’homme, par lui-même ou par ses abris, peut compenser les conditions difficiles que crée le froid aux schizomycètes infectieux.

L’activité nutritive, suscitée par le froid, semble être en rapport naturel avec une plus grande fréquence des inflammations dans les contrées froides et dans les saisons froides des pays tempérés. Les inflammations viscérales s’accommoderaient assez bien de la théorie, citée plus haut, du transport par action réflexe de l’irritation subie par les nerfs cutanés.

Les formes simples des affections aiguës des voies respiratoires, la Bronchite , la Bronchite capillaire, Broncho-pneumonie, pneumonie catarrhale ou lobulaire, se rattachent peut-être à de telles conditions. 11 n’en est plus de même de la Pneumonie, qui parait bien être de toutes les saisons et de tous les climats (A. Hirsch, Grisolle, L. Colin). La Pleurésie elle-même est répartie sur toute l’année dans nos pays et n’est point étran-

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gère aux climats chauds; bien que plus fréquente et plus grave pendant nos hivers et sous les zones froides, clic est loin d’atteindre à la physionomie d’une affection propre aux milieux atmosphériques froids. A en juger par quelques observations personnelles, j’inclinerais à croire que 1 action des froids rigoureux n’est pas étrangère à. la formation des épanchements purulents; le rude hiver de 1879-1880 a amené dans mes salles de l'hôpital militaire (Lille) un nombre tout à fait inusité de pleurésies de cette nature (purulentes d'emblée, cela va sans dire).

On s’explique sans peine, à notre époque, une généralisation aux temps et aux lieux si frappante et qui embarrassait tant l’ancienne étiologie à frigore. La pneumonie est une maladie infectieuse et la pleurésie, d’après les constatations de Kelsch, serait très généralement une manifestation de la tuberculose. Le froid ne saurait donc que favoriser le développement du microcoque ou du bacille en préparant le terrain humain et en affaiblissant la résistance de la cellule animale.

Il est acquis aujourd’hui que le Rhumatisme articulaire aigu, affection diathésique, n’est point engendré du froid et n’épargne pas les pays chauds ni les saisons chaudes. En revanche, il est ordinaire que le froid réveille les manifestations douloureuses, n’ayant pas le caractère d’un accès complet, du rhumatisme chronique.

Il importe, d’ailleurs, quand on étudie les faits capables d’éclairer le point de vue étiologique, de bien distinguer du froid les refroidissements. Une région à climat très froid, mais constant, peut être beaucoup moins favorable aux inflammations thoraciques qu’un plus doux, mais à grandes et brusques oscillations thermiques. Ainsi, les rhumes sont rares en Islande. De même, l’influence permanente du froid sur les indigènes des régions subpolaires n’est pas absolument identique à l’impression, toujours un peu brusque et assurément nouvelle, que ressentent et que peuvent manifester les explorateurs venus de latitudes plus favorisées au point de vue thermique. Dans ce dernier cas, le trouble est plus probable et se montrera plus bruyant; il se traduit volontiers par des déterminations thoraciques, de même que le passage du climat tempéré à la zone chaude se traduit par des localisations abdominales (Fonssagrives).

Les maladies éruptives , en leur qualité de virulentes, sont.à peine entravées par les froids les plus rigoureux; la variole existe au Groenland et au Kamtschatka; la rougeole a été l’objet d’une remarquable relation de Panum, aux îles Féroé, en 1846. On a même cru que les contrées et les saisons froides en favorisaient 1 activité ; ce serait absurde, si l’on supposait qu une basse température convient spécialement à l’éclosion des germes morbides; mais c est exact, si l’on entend que le resserrement des groupes et des familles, imposé par le froid extérieur, multiplie les contacts et les chances de propagation.

Pourtant, la syphilis, qui s est établie aux lies Féroé, paraît ne pouvoir se propager en Islande, quoique les marins l’apportent communément à Reykjavik (Mackensie, Schleissner). Elle se cache, en Suède, sous le nom de Rude zy ge (Bœek).

366 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène

Parmi les infectieuses, la malaria, dont les formes vont en s’atténuant à mesure que la moyenne thermique diminue, ne dépasse pas le 62e degré de latitude N. en Europe, le 47e en Amérique; le choléra, qui craint le froid, semble pointant avoii une vitalité plus tenace encore; non seulement, il a dépassé le 00e degré de latitude N. et l’isotherme de 5 degrés, comme la malaria, mais il n’a pas cédé à un froid de — 20°, Moscou (1830), de — 30°, à Orenbourg. La fièvre jaune, heureusement, est absolument antipathique au froid ; les navires de l’Atlantique, qui s’aperçoivent en mer qu’ils la rapportent avec eux des Antilles, mettent le cap au nord pour s’en débarrasser (Etioü-Kérangal).

Les affections typhiques adoptent de préférence la forme de typhus exanthématique. Si le froid y contribue, ce doit être d’une façon indirecte, en poussant les individus à s’entasser dans des demeures étroites, d’ailleurs malpropres.

La phthisie, sur le développement et la marche de laquelle, dans nos pays tempérés, pèsent fâcheusement les transitions fréquentes et rapides de la chaleur au froid, passe pour être rare ou inconnue dans les régions polaires. Si de bonnes statistiques ont été faites, cela prouverait au moins que le froid constant ne provoque pas la phthisie. Villemin, dans la pensée que la tuberculose est une maladie zymotique, laisse entendre que les froids extrêmes peuvent paralyser les germes de celle-ci, comme ils le font des germes en général; malheureusement, nous venons de voir que les latitudes circumpolaires n’arrêtent ni la variole ni le choléra. L’immunité phthisique des climats polaires rappelle celle des altitudes. Jourdanet croit apercevoir dans l 'anémie la raison commune de l’immunité phthisique des altitudes et de celle des contrées hypothermiques; comment peutil y avoir anémie dans l’air froid, par conséquent dense, et où la tension de l’oxygène n’a rien perdu? C’est que la nécessité de la production de chaleur, de combustions organiques intenses, augmente le besoin d’oxygène, consomme tout celui qui est fourni et n’en laisse pas de disponible; il en faut tant qu’il n’y en a jamais assez ; les habitants des pays froids sont anémiques de la même façon qu’un millionnaire est pauvre s'il dépense ses cinquante mille francs de rente et se sent encore l’appétit d’en dévorer cinquante mille autres. Cette théorie est fort ingénieuse, mais aurait besoin d’une vérification approfondie.

Il semble bien que la zone froide des pays tempérés soit plus maltraitée par la phthisie que la moiLié qui confine aux pays chauds. La France, par sa situation climatologique, se prête à cette comparaison. Or, Lombard constate : « 1° que la phthisie esL moins répandue dans les villes françaises que dans la plupart des villes septentrionales, » Londres, Glasgow, Christiania, Bruxelles, à l’exception d’Amsterdam ; 2° qu’en comparant les neuf départements septentrionaux français avec les onze départements méridionanx, les décès par phthisie représentent, dans le Nord, 1 08 pour 1000 de tous les décès, tandis que, dans le Midi, ils ne comptent que pour 79 millièmes : soit un tiers en moins.

Le rapport des décès phthisiques au total des décès n’est peut-être pas une expression suffisamment claire. Nous avons pris la question autrement eu nous

générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE. 367

servant de la statistique de l’armée. Il est bon de rappeler qu’alors les garnisons de chaque corps d’armée n’étaient que très peu recrutées dans la région môme ; par conséquent, il n’y a pas lieu de se préoccuper des dispositions ethniques. Pour les deux années I87o et 1876, la moyenne des entrées aux hôpitaux par tuberculose ayant été de 2,30 pour 1000 hommes, cette moyenne se trouve être 4,12 dans le 1er corps (chef-lieu: Lille); 3,70 dans le Xe corps (Rennes); 2,80 dans le VII0 (Besançon); 2,23, dans le XVII0 (Toulouse) ; 2,1 o, dans le XV0 (Marseille) ; 2,04, dans le gouvernement de Paris; l,o2, dans le XVI0 corps (Montpellier); 0,91, dans le XIX0 (Algérie). On a donc quelques raisons de croire que, là où il ne s’agit pas d’extrêmes de froid ou de chaud, le froid n’est point un préservatif, et la chaleur, point une cause provocatrice de la tuberculose. Ce serait plutôt le contraire.

Il est probable que la modalité de la température est plus importante en ceci que son degré moyen, et ce pourrait bien être à leur égalité relative que les climats de la région de Montpellier et de l’Algérie doivent d’être au-dessous de la moyenne en ce qui concerne la tuberculose dans l’armée.

Le scorbut, à première vue, parait être une maladie des pays septentrionaux; son nom même y fait songer. Villemin en a fait la remarque et a, d’ailleurs, revendiqué pour le scorbut le titre de maladie infectieuse. Cette doctrine peut se soutenir et acquiert probablement des chances avec l'extension actuelle des théories parasitaires. On a, du reste, le scorbut en Algérie (Benech) et sur les navires qui voyagent entre le Pérou et Saint- Nazaire, comme le trois-mâts l'Avenir (Mathelin, 1876). Mais, sans parler de la pénurie d’aliments frais, que les expéditions polaires imposent et qui a toujours quelque importance, il n’est guère contestable que le froid intense et prolongé n’y aide puissamment, comme aussi la longue obscurité des nuits polaires qui « étiole » les individus (A. Nicolas). Le scorbut de l’expédition anglaise de 1875 éclata aussi bien sur les hommes partis en traîneaux, et qui n’étaient que trop aérés, que sur les matelots restés au navire, dans un milieu susceptible d’être considéré comme miasmatique. Les Esquimaux de ces parages ont le scorbut, plus que les équipages munis de lime-juice, et les capitaines anglais leur laissent des barils de jus de citron pour guérir cette maladie.

Le froid peut bien être pour une part dans les maladies de peau des misérables tribus de l’extrême Nord, au moins quand il ne s’agit pas de syphilis; mais il est à présumer que l’effroyable malpropreté de ces pauvres.gens occupe aussi une grande place dans l’étiologie de ces dermatoses. Quant aux entozoaires, ils sont évidemment de provenance alimentaire.

Terminons par la mention de Yophthalmic des neiges ( snow blindness), qui est une sorte de traumatisme par l’air froid, mais aussi, comme l’indique son nom, par l’éclat des surfaces neigeuses.

Bibliographie. — Le froid. — Colin (d’Alfort) : Des variations de température de la peau; du refroidissement et de réchauffement du corps dans divers milieux (Bull. Acad, do med., 1880, n° 5). — Du même :Sur le refroidissement du corps par L'eau. Action de la pluie, des aspersions et du bain froid [ibid., 1880, il0 15). — Lebastai») : Relation médicale du désastre du Tléla des Douairs, L 28 mars 1870 (Recueil do méra. de inôd. milit., 3° série, XXVI, 1880).

[Hygiène

DE L’ATMOSPHÈRE

Régions polaires. — Bellot (A.) : Lu prochaine Expédition arctique anglaise (Revue maritime et coloniale, 1875). — Rochefoiit : l’ Expédition anglaise du pôle Nord (Archives de méd. navale, XXIV, 1875). — Our Artic Expédition (The Engineering, avril 1875). — Nicolas (Ad.) : le Scorbut de l’expédition anglaise au pôle Nord (Gazette hebdomad., 1877, nos 1 et 2). — Nohdenskjold : Sur le passage du Nord-Est (Comptes rendus Acad, des

sciences, 5 avril 1880). — Laveran (A.) : Froid (Dict. encycl. des sciences médic.).

Feulard (Henri) : Les froids polaires (Gazette hebdomad. de méd. et de cliir., n° 51 1887 Consulter. — Shrimpton- : Relation de la retraite du Bou-Thaleb [(Rec. de mém. de méd. milit., 184G). — Miguel : Contribution à l’étude des embolies capillaires de l'artère pulmonaire à la suite de la congélation des pieds (Journ. de méd. de Strasbourg, 1867). — Crecchio (L. de) : De la mort par le froid (Il Morgagni, 1866).

Influence comparée de la chaleur ou du froid sur la morbidité et la mortalité. — Il ne serait pas très instructif de comparer, à ce double point de vue, les pays du Nord avec les régions intertropicales. Outre que les documents ne sont point partout recueillis avec une exactitude suffisante, il y a trop de conditions associées qui pèsent sur le mouvement démographique, en même temps que la météorologie, pour qu’une pareille comparaison puisse prendre pour unique base les différences de moyennes thermiques. On obtient un enseignement meilleur et plus sûr en comparant entre elles les saisons, froide et chaude, d’une même zone, choisie par conséquent dans les climats tempérés qui, seuls, présentent une alternance parfaitement nette.

Des recherches statistiques faites à Genève par lui, par Ed. Mallet et Marc d’Espine, le Dr Lombard conclut qu’en général : le froid augmente la morbidité , tandis que la chaleur la diminue; et, plus exactement, qu’à unetempérature froide et prolongée succède une forte morbidité , pendant qu’à une température chaude et prolongée succède une faible morbidité. On conçoit qu’en effet les résultats définitifs de ces impressions se voient mieux après que pendant la saison qui leur permet de s’exercer. Graffenauer, Stœber et Tourdes, à Strasbourg, sont arrivés aux mêmes conclusions. Casper, de même, à Berlin (18-16), disait que : aucune circonstance atmosphérique n’est si nuisible pour la vie que le froid sec. C’est que, si l’on applique la même étude à la détermination des oscillations de la mortalité, on trouve encore qu’à Berlin (Casper), Strasbourg (Stœber et Tourdes), à Genève (Lombard), à Glasgow (Robert Cowan), « une forte mortalité succède ou coïncide avec le froid, tandis qu 'une faible mortalité succède ou coïncide avec la chaleur. »

En conséquence, dans tous les pays d’Europe (statistique générale de Wappaeus), sauf de rares dérogations, les chiffres les plus élevés de la mortalité se rapportent à l’hiver et les plus bas à l’été, à moins qu’il ne s’agisse de pays marécageux, ou qu’une épidémie d’été (choléra, dysenterie) n’ait renversé les rapports. Parmi les déviations de cette loi, Wasserfuhr signale la ville de Stettin, où, de 1833 à 1838, la mortalité moyenne a été de 21,94 pour 100 décès dans le 1er trimestre; 24,02 dans le 2e; 32,50 dans le 3e (juillet, août, septembre) ; 24,54 dans le -V. L’auteur fait remarquer que les maxima thermique, liyétométrique et l'ascension du niveau de l’Oder, affectent aussi ce même 3° trimestre; mais, comme les mêmes coïncidences se représentent ailleurs, il suppose que ces auxi-

générale.) PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR- — MÉTÉOROLOGIE. 369

Maires de la putréfaction trouvent à Stettin un sol plus souillé que dans d’autres villes. C’est l’exaspération de la putridité, et non la météorologie, qui élève le chiffre des décès. Celte explication ne paraîtra probablement pas suffisante.

La comparaison des années entre elles pour une même ville démontrerait de la même manière l'influence meurtrière du froid sur tous les individus vieux, faibles, valétudinaires, qui, dans la cité, ne se maintiennent <ju’à la faveur d’une météorologie tolérante et au prix de précautions minutieuses. Les gros hivers épurent la population avec quelque cruauté. Le fait a été bien constaté en Angleterre ; le mois de décembre 1874 a fait monter la mortalité de Londres à 33 p. 1,000, celle de 17 autres villes :\ 39, celle de Liverpool à 44, de Bristol à 46, de Salford à 48, de Manchester à 49, de Glasgow à 39 (Lancet, 1876). A Paris, en décembre 1879 et janvier 1880, la mortalité a dépassé 3,000 par mois; si pareille mortalité durait toute l’année, Paris aurait au moins 60,000 décès et son chiffre de léthalité proportionnelle serait de plus de 30 p. 1000, au lieu de 23, qu’il est moyennement.

11 y a, à celte loi, une exception frappante en ce qui concerne l’enfance (de 0 à 3 ans). Si « le froid est le plus grand ennemi des vieillards », on peut dire que la chaleur est meurtrière aux enfants. Peut-être bien que les nouveau-nés se rangent encore sous la loi commune; tout au moins Lombard a-t-il remarqué qu’ils meurent davantage pendant la saison froide, surtout dans les pays chauds; mais, dès le troisième mois, l’influence fâcheuse du froid s’efface et c’est, visiblement, celle de la chaleur qui fait monter la morbidité et la mortalité infantiles. Le fait est mis hors de doute par les nombreuses recherches de Bertillon, OEsterlen, Lombard. Pamard, observant dans l’arrondissement d’Avignon, de 1872 à 1877, constate que la mortalité des enfants au-dessous de cinq ans s’élève de 47 p. 100 au-dessus de la moyenne annuelle, pendant les mois de juillet, août, septembre et surtout dans les communes rurales. A Lille, il y a moyennement 273 décès de 0 à 1 an, par diarrhée ou entérite , dans les 2e et 3e trimestres, contre 163 dans le 1er et le 4°. Baginsky, à Berlin, Hirsch pour divers lieux, ont reconnu les mêmes faits.

2° aiiimidité. Précipitations atmosphériques. — Get article continue, à divers égards, celui dans lequel il a été question de la vapeur d'eau (p. 290). On devra se reporter d’abord à ce dernier.

Origine de la pluie. — Ce sont les vapeurs de la mer qui fournissent les pluies. Celles du sol peuvent bien former des nuages, mais ne sont pas assez abondantes pour que 1 atmosphère ne puisse les tenir en suspension ; au-dessus du sol, dans une région donnée, les abaissements de température ne sont pas assez considérables pour déterminer une surcharge aqueuse de 1 air, transformable en pluie.

Les nuages ne sont autre chose que des brouillards élevés. Les vapeurs aqueuses ne sont visibles, en se précipitant, qu’à la faveur des molécules solides de l’air. En Arnould, Hygiène. 2" édit. 24

370 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène

d’autres termes, c’est à la présence des poussières qu’on doit les brouillards. Aitken (d’Edimbourg) le démontre par l’expérience suivante.

Un ballon de verre de 2 à 3 litres est rempli d’eau jusqu’à son orifice. Si l’on vide l’eau, il se remplit d’air qui est immédiatement saturé de vapeur par le fait de l’eau restée adhérente aux parois. 11 suffit de refroidir cet air, qui renferme les mêmes poussières que l’air extérieur, pour voir apparaître un brouillard dans le ballon. Pour cela, on aspire avec la bouche par un tube traversant un bouchon de caoutchouc qui ferme hermétiquement le ballon. Qu'au contraire, on vide le ballon au moyen d’un tube recourbé en siphon et que l’on ne laisse rentrer l’air que par un second tube traversant le bouchon et garni d’un filtre de ouate (qui arrête les poussières), on peut aspirer par le tube siphon sans voir apparaître de nuage intérieur. L’eau se précipite simplement en rosée sur les parois du ballon.

Quand les vapeurs se sont élevées de la surface de l’Océan et qu’à la faveur des courants aériens chauds elles ont pourvu l’atmosphère d’une abondante provision d’eau, invisible ou à l’état vésiculeux (nuages), il suffit que ces colonnes d’air chaud et humide arrivent au voisinage d’une surface froide pour que la condensation et la précipitation aient lieu. De là vient que les vents du large déchargent tout d’abord une partie de leurs vapeurs, sous forme de pluie, sur le littoral, en rencontrant la terre; qu’ils peuvent passer par-dessus la bande de territoire parallèle au littoral sans y laisser beaucoup d’eau, si le sol ne s’y relève pas d’une façon notable, et qu’ils font de nouveau pleuvoir abondamment dès qu’ils se heurtent à des reliefs accentués de la surface (zone froide) dans l’intérieur des terres. On l’a dit et c’est vrai, quand certaines dispositions d'orientation et de voisinage ne modifient pas cette loi : la pluviométrie cl'une région en reproduit l'orographie. Les forêts agissent dans un sens analogue.

Dans les contrées à vents périodiques, le régime des pluies est marqué d’avance; on y attend l’ondée journalière, qui est quelquefois très abondante en raison de la chaleur de l’air qui apporte les vapeurs océaniques et qui s’en est chargé en proportion de sa température.

Dans nos régions, les vents équatoriaux du sud-ouest, chauds et moites, apportent les vapeurs de l’océan Atlantique et la pluie; les vents polaires de nord-est, pauvres en vapeur puisqu’ils sont froids, ne peuvent nous abandonner d’humidité; ils nous en prennent, ce sont les vents secs.

Les vents qui soufflent de la Méditerranée vers l’Afrique ne font pas pleuvoir sur le Sahara, parce que la chaleur de la région rend l’air capable de maintenir toute cette humidité etau delà à l’état de vapeur invisible. Mais les montagnes de l’Atlas, au nord du Sahara, en attirent une partie. Comme d’autres montagnes, au sud, dépouillent d’une bonne portion de leur eau les vents venus de l’Atlantique, la zone saharienne reste sans pluie. C’est à cause des montagnes Rocheuses que la vaste région située à l’est de ce massif est également vouée à l’aridité.

Pluviomètres. — On appelle pluviomètres, udomètres ou ombromèlres, des appareils destinés à mesurer les quantités de pluie qui tombent annuellement sur un point donné. Celui dont se sert la Société météorologique de France est constitué par

générale.] PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE. 371

deux vases communicants, l’un cylindrique très large, surmonté d un entonnoir lui transmettant l’eau de pluie et prévenant son évaporation, l’autre tubulaire, gradué en millimètres et permettant de lire directement la quantité d’eau tombée dans une période connue (Fonssagrives). La pluparL de ces instruments donnent des indications au-dessous de la vérité, contrairement aux thermomètres, qui sont presque toujours au-dessus. La force du vent par lequel tombe la pluie, en chassant celle-ci obliquement sur l’ouverture du pluviomètre, tend à diminuer le chillre que marquera l'instrument. On a remarqué, de plus, que de deux pluviomètres installés à

des hauteurs inégales en un même lieu, l’inférieur donne les indications les plus élevées. La figure 38 représente un pluviomètre ordinaire.

A Montsouris, on se sert de l’udomètre-décuplateur de Hervé-Mangon. Un second udomètre est destiné à l’enregistrement des pluies. La figure 39, empruntée à l’Annuaire de cet observatoire, donne le dessin de l’appareil enregistreur, construit par Bréguet.

Dans le mèmeétablissemeul, on acu aussi l’idée de recueillir l’eau pluviale, en vue de l’analyse chimique, sur un grand récepteur formé de quatre glaces de près d’un mètre carré de surface, légèrement concaves, convergeant sur une rigole en cristal, et qui fournit 4 litres d’eau par millimètre de pluie. (*)

(*) A, vase dont 1 ouverture supérieure, libre, a une surface de 500 centimètres carrés. — H, réservoir du pluviomètre. C, entonnoir dont l’ouverture inférieure a I centimètre de diamètre. — l), cylindre do

verre gradué de telle sorte que chacune de ses divisions corresponde à une épaisseur «le 1/10 millimètre d eau sur une surface de 500 centimètres carrés. — /t, robinet par lequel on peut faire écouler I eau «lu réservoir dans le cylindre D.

372 DE L’ATMOSPHÈRE. [Hygiène

Moyennes udométriques. — Régime des pluies. — Il y a des écarts sensibles entre les chiffres donnés par les divers observateurs relativement à la quantité annuelle d’eau tombée dans nos régions européennes, où la météorologie compte de nombreux fidèles. Ainsi, la moyenne udométrique de la France est évaluée à 603 millimètres par Levasseur, à 681 par Ch. Martins, à 719 par Vallès, à 770 par Delesse et à 810 par Fonssagrives. Il est donc permis de faire quelques réserves vis-à-vis des chiffres fournis pour les contrées lointaines, par des observateurs encore rares.

Moyenne ombrométrique annuelle (en millimètres).

Suez 28

Fort Yuma (Colorado) 75

Kœnigsberg C00

Breslau £=;*)

Astrakan 124

Berlin 7

Madrid 407

Coimbre 3,010

New-York 1,201

Cologne 628

Francfort-sur-Mein 624

Hanovre . 574

Singapouve 2,280

Sierra-Leono 3,195

Bergen.. 2,250

Seathvaito (Èr.nsso.) . 3 357

Cayenne 3,301

Vera-Cruz 4,650

Gênes.....' '. 1*400

Rome 7nn

Maranhao (Brésil) 7,101)

Cherrapoonjee (Indes orientales)... 12,520

Londres 630

Saint-Pétersbourg 46C

(D'après Hann, Klein, Mohn, Ch. Martins, etc.)

Nous avons nous-même emprunté au travail considérable de V. Raulin les résultats recueillis dans des stations françaises :

France méridionale. Pluie en millimètres .

Agen 679

Poitiers 576

La Rochelle 655

Bordeaux 792

Pan . . . . , 1,190

Le Puy 672

Limoges 883

Montpellier 866

Chambéry 1 ,026

Grenoble 972

Tnnlnnse 585

Briançon 522

Bayonne 1,290

Perpignan 529

Hier mont. Ferrand 529

Orange 804

Marseille 476

Toulon 721

Chalon-sur-Saône 623

Lyon 681

France septentrionale.

Strasbourg 673

Metz 677

Nancy.. 710

Nice 792

Cannes 898

Pluie en millimètres.

Dijon 696

Abbeville 697

Paris 570

Fort de Joux 1,008

Besançon 1,062

Lons-le-Saunier 1,016

Reims 464

Sens 605

Cambrai 413

Orléans 634

Tours 562

Saint-Omer 490

Bar-le-Duc 872

Châlons-sur-Marne 585

Bourboune-les-Baius 612

Valenciennes 689

Mol un 4 17

Laon 652

Verdun 809

Dunkerque 520

Lille...* 681

«nînt-Tïié 1.082

fl .7 lais t 735

Bmion , - - T 68*7

Fccamp 817

générale. J PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE. 373

Il ressort de ces tableaux que l’abondance des pluies, toujours notable sur le littoral océanique, augmente dans les régions de haute altitude et diminue généralement à mesure que l’on envisage des zones plus continentales. On peut y voir que, pour la France, la mer intérieure (Méditerranée) n’élève pas sensiblement la quantité d’eau tombée annuellement.

D’une façon générale, la quantité d’eau tombée a son maximum à l’équateur et va en diminuant avec une certaine régularité lorsqu’on s’élève en latitude. Lincoln a exprimé celte gradation dans le tableau suivant où nous conservons la mesure en pouces, afin de ne pas altérer la netteté des

proportions :

Pluie annuelle.

Latitude.

Pouces.

Latitude.

Pouces.

A l’équateur, il j

a une zone de quelques degrés ( zone des calmes J où il tombe

tous les jours une

large ondée, accompagnée de tonnerre, entre

midi et 2 heures.

Dans la zone inlertropicale, les pluies sont périodiques et ont lieu pendant l’été. La zone sous-tropicale, de 24° à 28°, est aride et presque sans pluies ; c’est la zone des vents alizés. La partie chaude, de 28° à 33°, de la zone tempérée a des pluies semi-périodiques d’hiver, peu en été ; la partie moyenne, de 33 à 45° , a les pluies d’équinoxe; sa partie froide, de 43 à 63°, se distingue par la pérennité des pluies avec le maximum d’été. La zone polaire a les hivers secs et de petites pluies estivales, assez fréquentes. Ces zones sont plutôt limitées par les lignes isothermes que par les parallèles.

L’Atlas de Berghaus indique de vastes régions sans pluie ou presque sans pluie, sauf sur les hauteurs ; elles forment une large zone entre 24° et 28° lat. N., comprenant le Sahara, l’Arabie, une partie de la Perse, du Thibet, de la Mongolie. Le centre de la Nouvelle-Hollande constitue une région aride isolée. En France, l’espace compris entre Meaux, Épernay, Troyes, Compiègne, Vendôme, est très peu humecté (40 à 50 centimètres).

Nous avons trois stations montagneuses où la tranche annuelle de pluie dépasse 2 mètres : ce sont les Pyrénées de Gavarnie, les montagnes du Tanargue, entre les sources de l’Ardèche et celles de la Loire; la région des Alpes au nord de Gap. Dans l’année météorologique 1871-1872, il est tombé 2m,391 d’eau à Pontde-Monvert; 2“,413 à Villeforl, 2m,600 à Vialas. Ces trois localités appartiennent au département de la Lozère.

La notion du régime des pluies n’a pas moins d’utilité que celle de leur abondance totale. Le régime des pluies comprend la répartition des précipitations aqueuses par saison, par mois, par jour, la quantité d’eau fournie en un temps donné, le nombre de jours successifs de pluie, et quelques autres déterminations moins importantes.

Dans le tableau ci-dessous, de Ch. Martins, la répartition des pluies par saison est indiquée pour l’Angleterre, la France, l’Allemagne et Saint- Pétersbourg, en représentant par 100 la quantité totale d’eau :

DE L’ATMOSPHÈRE

[Hygiène

SAISONS. ÀNOLHTHIUIK

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