‹ Nouveaux éléments d'hygièneChapitre 85 sur 268 · SO., NE · texte numérisé non relu

SO., NE

Comme nous l’avons dit précédemment, la moyenne thermique indiquée

générale. J PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE.

est toujours un peu trop forte et le chiffre d’eau tombée trop faible.

Un vice capital de la division classique, mais déjà vieille, qui est reproduite ci-dessus, c’est de laisser croire que les zones territoriales, auxquelles il semble que soient affectées les désignations climatiques, se touchent et se continuent l’une par l’autre, de telle sorLe que ces cinq climats embrassent toute la France. Or, le climat du plateau central, le climat des Alpes, le climat de la presqu’île Armoricaine, ne se rattachent légitimement à aucun des cinq types traditionnels. 11 ne serait que strictement juste d’ajouter à la liste : un climat Breton , un climat Auvergnat, un climat Alpestre, et peut-être d’autres encore.

Malgré ses titres inconleslables à représenter le type des climats tempérés, la France subit de temps à autre de longs et rigoureux hivers pendant lesquels le thermomètre descend à des degrés qui rappellent les régions polaires; l’année 1879-1880 en est un exemple. Le 9 décembre 1879,1e thermomètre marqua — 25°, 6, à une heure du matin et, à 8 heures, — 28° sur la neige, à l’observatoire de Saint- Maur. Le froid fut général et s’étendit jusqu’à notre Midi. Du reste, à des dates qui ont été conservées, ce beau climat Méditerranéen a vu de véritables désastres causés par l'hiver. En 1507, la mer se prit dans le port de Marseille; le 11 décembre 1560, les charrettes traversèrent le Rhône sur la glace. En 1709, les oliviers périrent par la gelée; on observa le minimum — 16° à Montpellier; le même chiffre est encore noLé dans celte ville, le 21 janvier 1855 et le 31 décembre 1870. Dans ces circonstances, beaucoup d’arbustes exotiques, qui, en France, ne vivent en pleine terre qu’à Montpellier (Caroubier, Laurier-rose, Grenadier, Laurier-tin, Ciste, etc.) gèlent jusqu’aux racines. Il n’est pas très rare d’observer 30 à 40 jours consécutifs de gelée; dans l’hiver de 1829-1830, du 17 novembre au 15 mars, on en compta 77. En 1819-1820, la vigne gela partout et l’on dut couper les ceps à ras de terre. Le 3 février 1830, on observait, à Mulhouse, — 28°, 1.

Par contre, les maxima atteignent dans certaines années des chiffres non moins surprenants dans un autre sens. En juillet 1830, de Gasparin note, à Orange, le maximum 40°, 2, qui n’est pas commun même en Algérie. A Paris, le thermomètre marqua 40° en 1720; 40°, le 26 août 1765; 39°4, le 14 août 1773; 38°4, le 9 juillet 1874 (à Montsouris). En admettant même, ce qui est probable, que les indications des instruments soient un peu élevées, il n’en reste pas moins acquis que, dans cette seule année 1830, le thermomètre parcourut en France plus de 68 degrés, ce qui est assurément extraordinaire pour une région que l’on dit être une tempérée modèle. Les moyennes mensuelles pour juin, juillet, août, atteignent fréquemment de 19 à 23° à Paris, de 23 à 27 ou 28 degrés à Alais.

Indépendamment des effets directs et immédiats du froid ou du chaud sur 1 économie humaine (Voy. p. 350 et 357), il suflit de signaler ici les conséquences venues aussi du froid, par l’intermédiaire de son action sur la nature en général, débâcles et embâcles des fleuves, destruction des quais, des habitations, anéantissement plus ou moins complet des récoltes, mort d’arbres ou d’arbrisseaux productifs, vigne, oliviers; ou de la chaleur, par un mécanisme inverse, dessèchement du sol et des eaux, arrêt de développement des herbes et des céréales, récoltes insuffisantes, disettes.

Influences biologiques «les climats. — 1° Les plantes. — La fixité des végétaux, qui ne peuvent, comme les animaux (les oiseaux surtout) se trans-

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porter d’année en année, ou de saison en saison, dans les conditions atmosphériques qui leur conviennent, devait faire penser, au premier abord, que la llore de chaque contrée serait une expression exacte du climat de celle région et pourrait servir à le différencier de celui d’autres zones. « Les plantes ne choisissent pas leurs conditions, dit A. de Candolle, elles les subissent ou elles meurent. » C’est sur ce principe qu’est basée la distinction de seize formes végétales, rapportées à autant de zones terrestres, indiquée par de Humboldt; la môme idée a inspiré les grands travaux de Géographie botanique des deux de Candolle.

Le climat, par la température et l’humidité, domine, en effet, généralement l’ensemble des conditions qui règlent la distribution géographique des plantes à la surface du globe, et les palmiers, les grandes malvacées, distinguent la zone chaude; les chênes, ormeaux, hêtres, la zone tempérée; les conifères rabougries et les lichens, la zone froide, tout aussi bien que les moyennes thermiques. De même, dans chaque zone, les végétaux accentuent particulièrement la division si naturelle des climats continentaux, marins, de montagnes. A vrai dire, les botanistes voient en ceci quelque autre chose encore que les influences météorologiques ; il y a là un ensemble de circonstances décisives qui constituent Y habitat.

Toutefois, la vitalité de chaque espèce végétale est subordonnée à la constitution chimique des terrains (H. Bâillon) et, d’autre part, certaines espèces très malléables sont cosmopolites et n’attendent qu’un hasard qui les transporte sous un ciel nouveau pour l’adopter définitivement.

Les céréales et le blé en particulier sont, heureusement, dans ce cas. La vigne même participe à cette propriété dans une certaine mesure, pourvu que la moyenne de l’été atteigne 18 degrés.

En Suisse, il n’y a plus guère d’arbres fruitiers à 880 mètres. Les noyers disparaissent à 800 mètres ; les châtaigniers à 780 mètres. Les bouleaux, sur le Caucase, s’arrêtent à 2,360 mètres ; en Laponie, à 585 mètres. C’est le dernier arbre dans la direction du pôle. Les plantes des sommets évitent de se développer en hauteur et s’étalent plutôt, comme pour échapper au froid de l’air.

Ch. Martins a mentionné un certain nombre d’arbustes, qui, en France, vivent en pleine terre sous le climat méditerranéen exclusivement (Montpellier), mais y gèlent jusqu’aux racines dans quelques hivers rigoureux ; ce sont des restes de la flore tertiaire, plantes exotiques par leurs caractères botaniques, dépaysées chronologiquement; ainsi, le caroubier, le laurierrose, le myrte, le laurier d’Apollon, le grenadier , le figuier, le pistachier, le laurier-tin, le chêne-vert, le ciste de Montpellier. Le dernier palmier-nain de pleine terre en France est mort en 1841, à Beaulieu près de Nice.

Le noyer, le châtaignier, sont probablement aussi dépaysés dans nos climats. Le marronnier d’Inde l’est certainement; c’est un exemple remarquable du tempérament malléable de quelques végétaux; il fut un temps où les jardiniers le cultivaient avec précaution dans les serres; c’était un arbuste. On le transporta à l’orangerie, puis en pleine terre, et il se montra l’arbre puissant que l’on connaît.

il 5

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Les palmiers-dattiers ne portent pas de fruits en deçà de l’isotherme de 20°. On en voit de très beaux à Toulon et à Alger, mais qui sont stériles.

Au-dessus des dernières herbes, sur la montagne, la vie végétale n’a pas encore dit son dernier mot ; elle y est manifestée par de nombreux lichens. Agassiz en a trouvé cinq espèces au sommet de la Jungfrau (4,175 mèt.ï. Ch. Martins et Bravais en ont vu les analogues au Spitzberg.

En rapportant les caractères des climats à la végétation de quelques espèces vulgaires, communes à plusieurs régions, on peut très bien trouver des plantes climatomètres dont les phases de développement, rapprochées des dates auxquelles on les observe, deviennent autant de marques distinctives des climats locaux. La primevère, lapâquerette , le sureau, l'aubépine, Yalalerne, peuvent ainsi, dans notre pays, par l’époque de leur frondaison, de leur floraison, etc., être des climatomèlres qui distinguent une zone d’une autre.

2° Les animaux. — P. Bert a proposé la répartition des animaux caractéristiques en huit zones, dont les traits essentiels relèvent du climat, mais dont quelques-uns ne dépendent apparemment que des circonstances géographiques ou géologiques :

1. Zone polaire arctique, limitée par le 60e degré de latitude. Pas de chéiroptères ni de pachydermes. Ours blanc, renne, ovibos, isatis, zibeline, glouton, baleines.

2. Zone de l’Amérique du Nord, jusqu’au 30e parallèle. Chéiroptères; point de pachydermes, de camélidés, de mosebidées ni de mangoustes. Loup rouge, bison, marmottes, renards, martres, mouflons, antilopes, élans.

3. Zone de l'Amérique centre et sud. — On n’y rencontre pas: lémuriens, insectivores, hyènes, éléphants, rhinocéros, bœufs, chèvres, moutons, antilopes, chevrotins, monolrèmes. — Les caractères positifs sont marqués par des singes spéciaux (ouistitis, hurleurs, atèles, sajous); des rongeurs non claviculés (myopotame, chinchillas, agoutis, pacas, cobayes, cabiais), lamas, vigogne, tapir, pécaris (représentant des pachydermes), le fourmilier, le tatou, l’aï, etc.

-4. Zone australienne. — Tasmanie et Nouvelle-Guinée. Pas de mammifères monadelphes, à l’exception de quelques rongeurs et chéiroptères : tous les marsupiaux.

5. Zone de l'Asie sud et des îles Malaises. — Grands herbivores (éléphant d’Asie, rhinocéros, tapir indien), antilopes, babiroussa, civettes, ours euryspile, tigre, dugong.

6. Zone de Madagascar. — Absence de singes, de rongeurs, d’ours, de chiens, de chats, de mustelides, d’hyènes, de loutres, de proboscidiens, de pachydermes, d’édentés, de ruminants, de marsupiaux, de monotrèmes. Faune très spéciale caractérisée par des indris, des makis, des roussettes, des genettes, des musaraignes.

7. Zone africaine. lous les monadelphes, pas de didelphes. Ni ours, ni paresseux, ni cerfs, ni tapirs. Faune caractérisée par le gorille, le chimpanzé, les cynocéphales, les lemnopithèques, le chrysochlore, la vraie civette, le chacal, la hyène, le rhinocéros, le zèbre, l’hippopotame, la girafe, la gazelle, le bubale, les oryctéropes, etc.

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8. Zone de l'Europe et de l'Asie tempérée. — Ni singes, ni lémuriens, ni roussettes, ni subursins, ni proboscidiens, ni rhinocéros, ni hippopotames, ni tapirs, ni édentés, ni didelplies. Le sanglier habite toutes les parties de cette zone. Le chameau, le cheval, les ours, les marmottes, le castor, l’once, l’aurochs, le chamois, etc., sont les principales caractéristiques de cette l'aune, d'ailleurs mal délimitée et se confondant par des échanges nombreux avec les zones voisines (Fonssagrives).

Un certain nombre d’animaux, mammifères ou oiseaux, partagent la malléabilité que l’on a reconnue chez quelques plantes. L’homme a utilisé cette disposition pour s’assujettir, sous presque toutes les latitudes, le chien, le cheval, beaucoup de ruminants.

Mais le déplacement en latitude des espèces transportées ne se fait pas sans que celles-ci subissent des modifications où se retrouve l’influence climatique. Les chiens à longs poils les perdent quand la race est implantée dans les pays chauds; les bœufs prennent une toison d’autant plus épaisse qu’on les observe plus au nord. Ces modifications sont les caractères d’une situation nouvelle, que notre espèce seule sait créer, pour elle-même et pour celles qu’elle a réduites à son service ; c’estl’ acclimatement. L’existence, chez les animaux domestiques, de ces modifications fonctionnelles ou même de formes, qui les rendent capables de se perpétuer sous un ciel inaccoutumé, fait prévoir que de semblables inflexions physiologiques ne sont pas impossibles de la part de l’homme.

Dans les contrées où les familles humaines sont denses, elles modifient elles-mêmes puissamment la faune, pour les besoins de leur défense ou simplement de leurs plaisirs. Les loups se raréfient dans toute la France; il n’y en a plus en Angleterre. L’ours a disparu des Vosges et desCévennes; il est bien près d’en faire autant des Pyrénées, où le cerf n’existe plus. Il y a encore de rares bouquetins sur le versant espagnol des mêmes montagnes* un chasseur de l’Ariège a abattu le dernier, en 1825, sur le versant français. Le castor se plairait encore partout en Franco, où il y en a eu beaucoup, si l’on n’avait profité de la faiblesse de ce rongeur pour le détruire ; en vain a-t-il changé son mode de construction et, au lieu de bâtir sur pilotis, se réfugie-t-il dans des terriers sur les bords du Rhône, son dernier asile dans nos contrées; les crues du fleuve le chassent de ses demeures et le mettent à la merci de son ennemi. En revanche, les croisades nous ont apporté le rat, qui ne sert à rien et que l’on ne chasse que pour réprimer ses méfaits; d’autres déplacements humains ont introduit en Fiance le surmulot, venu de l’Inde ou de la Perse, il y a un peu plus de cent ans, et qui se substitue violemment au précédent. Tous ces faits sont des enseignements pour la zootechnie.

Les oiseaux, quoique parfaitement mobiles et échappant mieux quelesquadrupèdes au chasseur, caractérisent encore les climats: — a, parles espèces sédentaires, comme l’autruche, la perdrix gambra, dans l’Afrique Nord. En France, la perdrix rouge est la seule, au midi; la grise, seule au nord ; les deux variétés se mêlent dans le centre ; — £,par leurs migrations ; il y a des espècesqui émigrent entièrement (cailles, hirondelles, cigognes) cherchant

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constamment une moyenne thermique de faibles oscillations ; d’autres n’émigrent que partiellement, comme les rouges-gorges. Les alouettes, dans nos contrées, restent parmi nous si l’hiver n’est pas trop rude; quand le froid les force à se déplacer, elles se rapprochent du littoral Atlantique. Les martinets arrivent plus tard chez nous que les hirondelles et nous quittent plus tôt. Les grandes mouettes ne quittent pas les régions arctiques; quand on en voit sur nos côtes, elles y ont été emportées par un coup de vent, de même que les Baleines y arrivent poussées par des tempêtes.

3° L’homme. — Les rapports du climat avec l’homme se présentent sous deux aspects. D’une part, il y a des modifications ou nuances physiologiques du type humain, compatibles avec l’existence des individus et la permanence des familles; de l’autre, les maladies qui naissent des agents météorologiques et surtout les caractères que le climat de chaque zone imprime à la pathologie du territoire correspondant. A ce second aspect se rattache légitimement l 'emploi thérapeutique du climat.

A. Le climat modificateur physiologique. Acclimatement. — Le climat a été l'un des facteurs principaux dans la constitution des races humaines, soit qu’on les envisage comme des espèces, dans le sens de Darwin, soit que l’on n’entende par ce mot, avec de Quatrefages, que des variétés d’une espèce unique. Aidé du temps, de la sélection naturelle et de quelque autre élément moins prévu, le climat est assurément capable d’opérer des modifications sérieuses sur les familles humaines et de provoquer la formation detypesdistincts. On ne s’explique pas pourquoi de Quatrefages s’approprie cet axiome et semble l’opposer à la doctrine darwinienne, qui peut également le revendiquer.

Ne pouvant aujourd’hui remonter plus haut que les temps historiques, qui relativement ne vont pas très loin, nous ne savons rien autre chose que ceci : qu’il y a des hommes sur presque tous les points de la surface solide du globe, à des latitudes et sous des climats profondément différents les uns des autres. Toutes ces régions ont-elles été colonisées successivement et de proche en proche, par une seule famille humaine, dont le berceau serait, par exemple, en Asie? ce n’est pas absolument impossible, mais c’est invraisemblable.

L’anthropologie et la linguistique comparées ont à peu près mis hors de doute qu’une race, évidemment très supérieure, la race aryenne, a fait autrefois preuve d’un cosmopolitisme de grande puissance, en s’étendant sur une grande partie de l’Asie et sur presque toute l’Europe. Elle a eu, il est vrai, à sa disposition, les siècles, la sélection naturelle, le séjour prolongé à chaque étape de ses vastes migrations, et le croisement avec les débris des races autochtones, comme il en existe des traces peu récusables. Cette race si bien douée pourrait-elle refaire le même chemin en sens contraire? est-elle capable d’étendre jusqu’au nouveau monde ses rameaux vivaces, franchissant même des latitudes qu’elle n’avait point abordées dans sa translation séculaire, et avec la rapidité des moyens modernes de locomotion à la vapeur?

Les races inférieures, nègres, Polynésiens, n’ont aucune tendance à Arnould. — Hygiène. 2e édit. 27

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l’expansion, et l’expatriation est généralement funeste aux individus de cette provenance à qui on l’impose. Toutefois, le milieu moral est ici tout aussi dangereux à ces peuples en retard que le milieu atmosphérique nouveau; ils succombent presque aussi fatalement quand ce sont les Européens qui viennent à eux, chez eux. Si jamais les efforts contemporains, accomplis en vue de porter au cœur de l’Afrique la civilisation et la lumière, sont couronnés de succès, il faudra prendre des précautions inünies pour que l’épreuve ne coûte pas la vie aux populeuses tribus de ces régions, sommeillant dans une morne immobilité.

L’acclimatement réalisé se juge moins à l’individu qu’à sa descendance. Une race est acclimatée quand elle conserve : 1° sa force d’expansion démographique ; 2° sa longévité normale ; 3° son aptitude au travail physique ou intellectuel.

Par ailleurs, les caractères physiques ou moraux peuvent se modifier. L’accomplissement de ces modifications est l 'acclimatation, et, quand elles sont devenues fixes, sans que les conditions requises plus haut s’amoindrissent, sans qu’il y ait aucun genre de décadence, Y acclimatement est fait.

Modifications physiques. — Il est très rare que les éléments purement météorologiques, par eux-mêmes, repoussent absolument l’homme, d’où qu’il vienne, et fassent obstacle à. la persistance des races implantées, si le sol n’est pas meurtrier. Il n’y a d’excepLion à cette loi que pour les climats polaires (les Esquimaux eux-mêmes ne dépassent pas 82° de latit. N.) et pour quelques localités chaudes, rares, salubres du reste, comme Pondichéry et Bourbon, qui épuisent la vigueur des Européens et qu’il faut quitter un jour. Encore y a-t-il, à la Réunion, les petits blancs , souvent cités, qui cultivent et prospèrent, mais en habitant, il est vrai, les hauteurs.

Modifications morales. — Le courage, l’intelligence, les passions, par conséquent les mœurs et les lois, dériveraient des climats, selon Montesquieu; en réduisant leur rôle à celui de facteur important d’un état très complexe, cette vue est parfaitement exacte. Le physique influe sur le moral, pas aussi fatalement peut-être que le pensait Cabanis, mais un peu plus que ne semble l’admettre Fonssagrives ; « les climats, dit le savant professeur de Montpellier, ne sont pas sans influence sur les modalités accessoires de la vie morale des peuples, sur leur caractère; mais leur action ' ne va pas au delà et elle n’atteint en rien les facultés de conscience... » La réalité est plus large que les scrupules de l’école spiritualiste.

Conditions d’aptitude a l’acclimatement. — 1. Le peu de changement de latitude. — Les migrations de familles humaines dans le sens des lignes parallèles et surtout le long d’un même parallèle sont en général faciles et heureuses. Les Anglais et les Français ont aisément colonisé le nord de l’Amérique. Lorsque le déplacement se fait dans le sens du méridien, il y a avantage à s’élever un peu vers le nord, ou plus exactement, à passer sous une isotherme plus faible. En 1678, 10,000 Français fondèrent la colonie du Canada; ils sont aujourd’hui un million, après avoir traversé des épreuves politiques et sociales indépendantes de leur volonté. L’Acadie fut colonisée en 1671 par 47 familles françaises, comprenant 304 per-

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sonnes; les Français d’Acadie sonl aujourd’hui plus de 100,000, malgré les persécutions et les massacres dont l’Angleterre s’esl souillée à leur égard (Halifax, 44°, 36' lat. N., tempérât, moyenne annuelle 6°, 2; Montréal, 43° 31' lat. N., moy. ann. 6°, 5). Néanmoins, le penchant uniforme des peuples les entraîne plutôt à coloniser vers le sud et sous des isothermes plus élevées. Mais ce n’est pas toujours un obstacle à l’accliinalement; les Allemands, qui réussissent mal dans notre Algérie, pullulent d’une façon effrayante aux États-Unis (Boston, moyenne ann. 9°, 3 ; W ashington, 12°, 7). Bien plus, ils ont fait, au Brésil (Simonnot), la colonie de San-Leopoldo, avec 120 familles qui, en quarante-cinq ans, ont monté à 120,000 individus.

2. Les dispositions ethniques. — On signale vulgairement et ajuste titre l’étonnante malléabilité des Juifs, qui se sont répandus dans le monde entier, conservant sensiblement partout leur type de race et se maintenant

peu près sans croisement. Car, malgré quelques contestations du fait Boudin) et de rares exceptions, les Juifs ont jusqu’aujourd’hui subi intégralement les conséquences, bonnes ou mauvaises, de l’isolement que la doctrine pharisaïque leur a créé et religieusement perpétué au milieu des autres peuples. Toutefois, ceux qui prospèrent si bien dans quelques villes d’Allemagne, où l’on peut prévoir qu’un jour ils en seront les seuls habitants, ne sont pas des Sémites, mais bien des Germains et des Slaves convertis au judaïsme (Voy. Hygiène spéciale : Groupes ethniques).

Les Chinois ont remplacé les esclaves, comme travailleurs libres, dans quelques colonies anglaises; ils font, en Amérique, une rude concurrence aux hommes du pays, dans l’exploitation des mines. Le commerce et la finance sont entre leurs mains, dans les grandes îles asiatico-océaniennes. Toutefois, ils ne réussissent pas comme travailleurs aux Antilles, à la Réunion, à la Guyane.

Nous venons de noter la remarquable aptitude des Français, des Anglais, des Allemands, à l’acclimatement dans le nord de l’Amérique. Lorsqu’il s’agit de pays intertropicaux, ces heureuses dispositions s’évanouissent d’ordinaire; la population blanche de la Guadeloupe a peine à se maintenir, même en s’abstenant du travail manuel. Une famille européenne fait exception à la règle, ce sonl les Espagnols. A eux appartient l’avenir des républiques américaines du Centre et du Sud. On a fait remarquer, et la chose en valait la peine, que les Espagnols sont bien loin d’étre des Latins purs; ce ne sont même pas, originairement, des Aryas au même litre que les autres familles gréco-latines. 11 y a des raisons sérieuses de croire que les Ibères sont d’un sang africain, ou atlantique (G. Lagneau); de plus, à travers les siècles, l’Afrique se remit maintes fois en relations avec la Péninsule, par Carthage, les Maures, etc. L’infusion de sang romain, puis germanique, n’a pas absolument prévalu sur ces éléments fondamentaux. Aussi l’Espagnol n’est-il point dépaysé dans les latitudes voisines des tropiques, et n a-t-il aucune hésitation devant l’accouplement avec l’Indienne ou la négresse, pour peu que, de gré ou de force, il ait été versé à la femme une goutte d eau sur la tête. Ces colons prospèrent merveilleusement, plus que

DIS L’ATMOSPHÈRE

[Hygiène

chez eux, dans notre Algérie ; le tableau ci-dessous donne une idée de cette aptitude surprenante :

Race espagnole.

Natalité p. 1000. Décès p. 1000.

En Espagne 37 27

A Cuba 41 24

En Algérie 46 34

Les Italiens, au sud de la Méditerranée, s’implantent également bien. En Algérie, en particulier, pour la période 1867-1872, ils ont eu 40 naissances contre 29 décès et, dans l’année 1872 seule, qui est évidemment exceptionnelle, 43,4 naissances pour 1,000 contre 22,8 décès.

La statistique de 1882 donne, pour les Français en Algérie, les chiffres suivants, que nous rapprochons du mouvement démographique en France :

Naissances p. 1000. Décès p. 1000.

En France (1882) 24,8 22,2

En Algérie (1877-1881) 33,3 29,2

En 1874, Ricoux, Algérien de naissance, constatait qu’à Philippeville, il y avait 42,8 naissances et 31,1 décès p. 1000 vivants pour toute la population européenne, mais que les chiffres pour les Français devaient être ramenés à 39,6 naissances et 30,8 décès.

Dans la période 1873-1876, il y a 1,174 naissances contre 1,000 décès, l’excédent étant toujours fourni par les races méridionales (Maltais, Italiens, Espagnols), tandis que les Allemands sont toujours en déficit.

En 1884, les Français d’Algérie compensaient de plus en plus leurs pertes ; 120 naissances pour 100 décès. En 1886, 133 naissances contre 100 décès. Il convient, d’ailleurs, de remarquer que, si la mortalité a un chiffre proportionnel élevé, les naissances sont également très nombreuses, ce qui est la caractéristique d’un mouvement démographique vigoureux (comme en Prusse). En outre, depuis 1886, le sexe masculin a cessé de compter plus de décès que de naissances, ce qui avait constitué jusquelà un fâcheux pronostic pour l’avenir; aujourd’hui, le nombre des naissances est supérieur à celui des décès chez les garçons comme chez les ûlles.

3. Les mœurs et les habitudes des colons. — Beaucoup des immigrants français à la Guadeloupe étaient des gentilshommes, qui n’avaient pas l’habitude du travail dans la mère patrie ; comment l’auraient-ils prise aux Antilles? Les petits blancs de la Réunion, d’une extraction plus modeste, ont pu vivre de la culture et de leurs propres bras. En Algérie, les premiers colons, gens aventureux, déclassés, disposés à vivre d’industries de bas étage plutôt que de la culture, ne pouvaient rien prouver pour ni contre la vitalité de la colonisation européenne en Afrique. On commit la faute d’y donner des concessions de terre à des acteurs, comme le ministre Choiseul l’avait fait en 1763 pour la Guyane. Plus tard (1832), un gouvernement issu de la violence y expédia des Français qui n’appréciaient pas le procédé de « sortir de la légalité pour rentrer dans le droit » ; ces colons

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malgré eux ne pouvaient guère être animés de dispositions favorables, et c’était jeter un singulier jour sur la colonie. Néanmoins ces bannis étaient gens de cœur; beaucoup se sont pris d’affection pour la nouvelle patrie et il se trouve aujourd’hui qu’elle leur est redevable d’une bonne part de son développement.

Un grave écueil dans l’acclimatement des Européens aux pays chauds a toujours été la conservation par eux des habitudes alimentaires anglaises, françaises ou germaniques. Celte délicate épreuve n’admet pas l’intempérance, et l’alcool y est autrement nuisible que sous les climats froids. Ajoutons qu’il faut savoir aussi adapter le vêtement et l’habitation aux conditions nouvelles, répartir d’une façon appropriée les heures de travail et celles du repos. On a tout d’un coup élevé le niveau sanitaire des troupes d’Algérie en sonnant la retraite à 10 heures du matin et la diane à 2 heures après midi, pendant les mois d’été ; les soldats rentrent et se reposent à la caserne pendant les heures les plus chaudes du jour.

La sobriété est au moins une partie du secret du facile acclimatement des Juifs, des Chinois, des Espagnols et même des méridionaux de France, en Algérie et ailleurs.

11 convient de noter, comme restriction à ce qui concerne les Juifs, qu’ils recherchent les villes, où l’influence du sol est médiocre, et qu’ils manient beaucoup plus l’argent et les marchandises que la pioche ou la charrue. Dans certaines contrées d’Autriche, où ils travaillent de la même façon que les chrétiens, ils meurent autant et plus que ceux-ci.

On doit rapprocher des mœurs et des habitudes des individus l’état social, politique et religieux du peuple auquel ils appartiennent, ou qu’ils ont formé sur la terre nouvelle. Il est à présumer que l’écroulement de l’empire romain avait tout ce qu’il fallait pour emporter avec lui la colonisation latine de l’Afrique au septième siècle ; les dissensions religieuses, en outre, y aidaient merveilleusement. Bertillon n’a peut-être pas attaché à ces circonstances l’importance qu’elles ont réellement, lorsqu’il a cru pouvoir prendre celte disparition de la colonie gallo-romaine comme une preuve des chances mauvaises de l’acclimatation des Français en Algérie. Les républiques latines d’Amérique eussent prospéré davantage, si elles n’avaient eu à lutter d’abord contre les fâcheuses traditions politiques de l’Espagne et si elles n’étaient encore imprégnées d’une religion peu favorable à l’expansion de l’activité humaine.

4. L'aptitude aux croisements et les éléments du croisement. — Les croisements de la race hispano-ibérique avec les familles indiennes du nouveau monde et même avec les nègres transportés d’Afrique ont ét è eugénésiques, selon 1 expression consacrée, et ont donné lieu à une véritable race nouvelle, que les Anglo-Saxons des États-Unis n’ont ni le penchant ni probablement le pouvoir de produire dans les domaines qu’ils occupent. Ici, les descendants de mulâtres retournent à l’un des types primitifs, blanc ou noir ; et c est grave, s il est vrai, comme on l’a dit, que la race anglo-saxonne perde à la créolisation; que les masses musculaires des mollets s’effacent chez les vrais Yankees et les mamelles chez leurs femmes, peu fécondes

DE L’ATMOSPHÈRE

Hygiène

d’ailleurs et pratiquant l’avortement. Tandis que la race mélisse hispanoaméricaine a les caractères d’une famille désormais fixée, se reproduisant avec ses attributs mélangés, l’idéal de la créolisation réussie. Jourdanet entrevoit pour elle l’avenir le plus brillant, et de Qualrefages, qui est du même avis, s’appuie sur ces faits considérables pour répéter sa formule, que le climat, aidé du temps et du métissage, est un modificateur irrésistible. Ces croisements heureux ont eu lieu entre des races point trop éloignées l’une de l’autre ; c’est la condition de fécondité indéfinie des produits. Lorsque le croisement a lieu entre deux types placés aux extrêmes de divergence, les produits sont presque des hybrides; or, les métis sont féconds entre eux; les hybrides, non.

Pour la colonisation européenne en Algérie, Vallin proscrit l’union des Français du Nord et surtout des Alsaciens entre eux ; il recommande les mariages de ces familles avec les Français venus du Midi, entre Alsacien et Provençale par exemple, les alliances des Français de toute zone avec les familles espagnoles, italiennes, maltaises, à la rigueur avec les Kabyles, dont les veines ont peut-être reçu jadis quelque infusion de sang européen. Quant aux unions de Français avec des femmes arabes, voire des filles de Golouglis, qui parurent un instant pleines de promesses à nos généraux et à nos médecins (Félix Jacquot; A. Vital), il pense judicieusement que les facteurs sexuels, en pareils cas, sont trop foncièrement étrangers l’un à l’autre pour arriver à procréer une véritable race créole douée d’attributs transmissibles de génération en génération. D’ailleurs les obstacles sociaux et religieux suffisent à rendre extrêmement rares ces accouplements sans avenir.

5. Le sol et les localités. — Partout où le sol n’est pas insalubre, le problème de l’acclimatement est singulièrement simplifié. Il est rare que la chaleur seule fasse absolument obstacle aux déplacements humains et à l’implantation des familles émigrées. Quand elle s’ajoute à l’influence d’un sol insalubre, le danger est à son comble et les difficultés deviennent extrêmes, sinon insurmontables. En Algérie, c’est le sol, à coup sûr, qui repousse les Européens, bien plus que le climat. On s’en aperçoit mieux de jour en jour et, justement, par suite de cette circonstance très heureuse, que l’homme civilisé se montre capable de maîtriser ce sol redoutable luimême. Il va sans dire que cette victoire a été chèrement achetée.

Quel que soit le sol abordé par l’émigrant, il est impossible que certains de ses points ne soient pas préférables à d’autres. En général, les lieux élevés ont plus de tolérance que la plaine, quoique celle-ci ait plus de séductions pour le colon. C’est en occupant d’abord ces localités, qui se présentent avec des caractères de salubrité probable, que les colons devront essayer le climat nouveau ; s’ils descendent dans la plaine pour la culture, qu’ils aient au moins leur habitation sur la hauteur, selon le judicieux conseil de Treille. Revenons encore à l’exemple des petits blancs de la Réunion, qui se maintiennent en cultivant le sol, mais qui habitent la partie montagneuse de l’ile. Les Anglais de l’Inde retardent l'obligation du rapatriement à l’aide de leurs sanitaria de lTIitnalaya.

générale. J PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L’AIR. — MÉTÉOROLOGIE.

Action stabilisante du climat. — Quand une nation s’est formée au moyen d’éléments ethniques divers, les uns autochtones, d’autres immigrés en une ou plusieurs fois, la famille nouvelle prend des caractères dominants, qui peuvent passer pour une résultante des attributs de tous les composants. Mais, peu à peu, tout ce qu’il y avait de saillant dans les attributs primitifs s’émousse et s’atténue; l’ensemble finit par prendre une nuance uniforme, dont les attributs particuliers ne sont que des accidents; la nation nouvelle, d’origine très complexe, finit par être une, à la condition que les propriétés du sol et du climat ne diffèrent point considérablement, d’une extrémité à l'autre du territoire occupé. La part d’influence que possède le climat vis-à-vis de cette uniformisation est incontestable, il tend incessamment à monter les économies à sa note propre ; c’est pour cela qu’elles finissent par se ressembler essentiellement. Lorsque le point d’adaptation parfaite de la vitalité au climat est atteint, les mêmes influences ne cessent point d’agir, mais, naturellement, ne peuvent faire autre chose que maintenir l’harmonie obtenue. Comme on le voit, c’est toujours la même force, celle que de Quatrefages appelle l’action « stabilisante » du climat. La population actuelle de la France, fournie originairement et à des dates très diverses par des rameaux ethniques extrêmement nombreux, offre, à notre avis, un remarquable exemple d’effets heureux de cette action du climat. Malgré les nuances intéressantes, que les anthropologistes y retrouvent aisément, le peuple français est certainement un des plus homogènes que l’on puisse rencontrer, tant sous le rapporl des caractères physiques que sous celui des dispositions eL des aptitudes morales et intellectuelles.

B. Le climat modificateur étiologique. — Nous avons, jusqu’à présent et, croyons-nous, avec raison, toujours décomposé le climat en ses facteurs, au point de vue du rôle étiologique ; nous avons trouvé des maladies de la chaleur ou du froid, de la sécheresse ou de l’humidité, de la dépression ou de la compression, ou des influences de quelqu’un de ces ordres, aidant à l’éclosion, à la prédominance, aux caractères spéciaux de maladies qui ne relèvent pas primitivement d’un agent météorologique. Restet-il, après cela, des maladies des climats ? Oui, sans doute ; parce qu’en dehors des éléments météorologiques isolés, il y a le mode, la succession, la combinaison de ces éléments, ce que l’on peut appeler le « régime » climatique. Des régimes divers doivent comporter des influences sanitaires également différentes, soit d’un pays à un autre, soit dans le même pays, d’une année ou d’une saison à la suivante. Cette loi s’est imposée, depuis Hippocrate, à l’esprit de la plupart des médecins qui ont étudié et suivi l’histoire des épidémies. Malheureusement, elle est à peu près restée à l’état de tradition et d’intuition ; il ne paraît pas que la doctrine des constitutions médicales ait jamais éclairé la pathologie, autrement qu’en décomposant la soi-disant constitution en ses facteurs éliologiques, le froid, le chaud, l’humide, etc. Depuis vingt ans, la Société médicale des hôpitaux de Paris enregistre simultanément les observations météorologiques et la statistique des maladies et décès ; elle est arrivée, dit E. Besnier, le laborieux auteur des Rapports qui réunissent ces deux éléments, à « démontrer la réalité des constitutions médicales bénignes ou malignes ; la variabilité des différentes affections à des époques diverses; la variabilité du pouvoir contagieux d’une même affection à différentes périodes... »;

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mais en quoi la climatologie a-t-elle pesé sur ces variations, en dehors des influences précises et d’ordre banal, signalées précédemment? Est-ce la pluie ou le beau temps qui a fait que, pendant un an ou deux, le virus de la variole restait stérile à Paris, ou bien n’est-ce point plutôt une modification spontanée, encore inconnue, dans les propriétés du virus luimême? La découverte de l’atténuation des virus, par Pasteur, entr’ouvre à cet égard de nouveaux horizons; il est très possible que les oscillations épidémiques d’un certain nombre de maladies soient précisément dues à des atténuations ou à des recrudescences d’activité des virus, dont le mécanisme ne nous est pas révélé. Nous savons que le froid ou le chaud, le sec ou l’humide, entravent ou favorisent le développement et la sporulation des microorganismes. Et c’est beaucoup; mais l’atténuation spontanée, pour être très probable, ne nous est pas démontrée. Nous sommes donc encore loin de savoir comment les actions météorologiques pourraient l’obtenir.

En d’autres occasions, le climat agit sur les milieux. C’est d’abord par les effets de la chaleur et de l’humidité sur le sol que s’expliquent les lois d 'exacerbation estivo- automnale de la fièvre typhoïde, d’Ernest Besnier, et d 'oscillations inverses du typhus et de l’eau souterraine, de Pettenkofer.

D’une consciencieuse étude de l’influence des climats sur la fréquence de la lithiase urinaire, Rey a pu conclure que cette influence « est nulle ou tout au moins fort problématique ».

La fièvre typhoïde nous a toujours paru fort cosmopolite. En 1882, Saint- Yel assurait qu’elle «n’existe pas sous les tropiques » ; Poincaré (1884) la signale néanmoins comme très fréquente à Sainte-Hélène, fréquente en Indo-Chine et assez fréquente au Mexique et aux Antilles.

La phtisie ne respecte que les régions polaires et les hauts sommets, c’est-à-dire les climats très froids et, sans doute, ceux où l’âpreté du ciel et l’infécondité du sol oblige les humains à vivre épars et sans relations fréquentes d’un groupe à l’autre.

Mais l’on voit que nous quittons le terrain de l’étiologie par les climats, dans laquelle, comme il a été dit plus haut, on trouve peu de lois ressortant du complexus météorologique, mais qui est au contraire fort riche si l’on décompose le climat en ses éléments. Nous ne pouvons 'que renvoyer à ce qui a été dit de ceux-ci.

En résumé, les maladies de climats banales sont essentiellement des maladies de la chaleur, du froid, du sec, etc. ; quant aux affections spécifiques, elle trouvent dans la météorologie un auxiliaire ou un obstacle et souvent, dans le régime climatique, un régulateur.

Il est utile d’ajouter aux notions que nous avons fixées, en ce qui concerne l’acclimatement, celles que Saint-Vel a recueillies sur les dangers qui menacent les créoles retournant aux pays tempérés. Les maladies a friyore, la broncho-pneumonie, le rhumatisme, les néphrites, marquent volontiers cet acclimatement en sens inverse, avec un certain nombre de manifestations fébriles ou névralgiques, qui sont un efîort de l’impaludisme colonial antérieur.

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Prophylaxie. — Les mesures d’hygiène à conseiller selon les climats ressemblent à l’étiologie. On ne lutte pas contre la synthèse météorologique, mais contre le froid, le chaud, le sec, l’humide, etc. A vrai dire, les chances de l’homme sont peu étendues ; il ne peut modifier les propriétés de l’air que dans ses abris et d’une façon imparfaite et temporaire.

Les périls, toutefois, ne sont pas les mêmes, pour les individus qui sont nés et ont vécu sous un climat excessif, que pour les nouveaux venus; ceux-ci ont à supporter tous les risques de l’acclimatement et ne peuvent, souvent, en faire bénéficier que leur descendance.

La protection contre le froid est dans l’usage de vêtements épais, faits de tissus mauvais conducteurs ou de fourrures; dans des abris solides et capables de conserver la chaleur artificielle sans faire obstacle à l’aération ; dans les divers procédés de chauffage. L’alimentation doit être généreuse. L’alcool est plus nuisible qu’utile.

Les maisons en bonne maçonnerie, et non en bois ni paillotes, protègent aussi contre la chaleur; on doit, dans les pays chauds, y assurer une large ventilation, mais en évitant que les courants d’air rencontrent les habitants. Les vêtements peuvent être légers; mais il ne faut pas oublier que « la flanelle est réellement le tissu des pays chauds » (Maurel). On mettra un soin particulier à protéger la tête (casque, parasol), et aussi les pieds, dans l’intérêt du derme. Le travail au dehors doit être suspendu pendant les heures du milieu du jour; la sieste est utile, pourvu que le repas qui la précède ne soit pas trop copieux. Selon Treille, l’Européen devra s’abstenir, sous les tropiques, d’exercer par lui-même la profession d’agriculteur. Le bain froid (25°) de 10 à 15 minutes est éminemment salutaire. Maurel déconseille, au contraire, la douche qui excite la peau, dont le fonctionnement est déjà excessif. Il faut se nourrir, sous les climats chauds, comme ailleurs ; mais la toxicité de l’alcool s’y élève comme la température.

C. Le climat modificateur thérapeutique. — Il n’est à la portée que du petit nombre des malades de pouvoir user des propriétés curatives des climats ; il faut, dans celte médication, aller à la rencontre du médicament et, malgré les chemins de fer, les déplacements restent toujours onéreux.

Au titre thérapeutique, le climat agit : 1° par changement des conditions étiologiques; 2° en favorisant la médication proprement dite; 3° (le plus souvent) en fournissant un milieu météorologique indifférent. C’est le cas pour la phtisie , l'affection sur laquelle ont convergé essentiellement les efforts de la climatologie médicale. Plus que jamais il convient de répéter, à son propos, que les moyennes fictives ont bien moins de valeur que les oscillations mensuelles, diurnes, nycthémérales, en un mot, que la modalité climatique. On s accorde à reconnaître que sa curation exige : des moyennes hibernales assez élevées, estivales modérées, un climat constant.

C est pour cela, et non à cause de Y air marin , que Montpellier, Arcachon, Alger, Ilyères, Cannes, Nice, Monaco, Menton, Ajaccio, Madère, etc., sont utiles aux phtisiques. L air marin est bon en mer, à cause de sa pureté; mais il ne faut pas le chercher dans les villes du littoral, où il s’imprègne des effluves terrestres sans dépouiller pour cela ses propriétés météorolo-

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giques; Dunkerque, ni môme Cherbourg, ne sont avantageux à la phtisie. Les pays chauds, à ce litre, ne le sont pas plus (J. Itochard); la chaleur élevée et continue épuise le reste de forces des tuberculeux et surexcite leurs nerfs. Les phtisiques doivent môme fuir les pays chauds en été. Les règles suivre ont été tracées par le médecin anglais H. Bennetqui, phtisique lui-même, n’a eu qu’à raconter sa propre histoire : « Pendant deux ans, je restai entièrement en dehors de la vie active, passant les étés à pêcher en bateau sur les lacs sauvages et isolés de l’Écosse, les hivers à Menton... »

Le traitement de la phtisie par le séjour des stations alpestres relève d’influences climatiques très spéciales, qui ont été indiquées en leur lieu, et surtout de l’extrême pureté de l’air, au point de vue des souillures organiques et des microbes. 11 y a là une preuve par les contraires de l’opinion de Brown-Séquard sur l’influence de l’air confiné vis-à-vis du développement de la phtisie.

Beaucoup moins communément qu’à la phtisie, on applique la médication par le climat : à la scrofule, que l’on envoie dans les climats secs, à air vif; aux rhumatisants (chroniques), que l’on dirige vers les pays chauds; aux dyspeptiques , en les conduisant sous un climat froid, tonifiant, etc. D’ailleurs, le climat-médicament est en quelque sorte susceptible d’être dosé, comme les agents de la pharmacopée; les malades ne doivent donc en user que sous la direction d’un médecin.

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générale.] LES ORGANISMES INFÉRIEURS. 427

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