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CHAPITRE IV

LES ORGANISMES INFÉRIEURS

Le rôle immense que les découvertes contemporaines de Pasteur, de Koch et de leurs élèves ou émules ont assigné aux microorganismes dans les phénomènes biologiques, y compris une foule de faits, que l’on croyait d’une essence différente et qui sont rentrés aussi dans l’ordre biologique, justifie l'introduction du chapitre actuel dans un traité d’hygiène. Les microorganismes pénètrent tellement les milieux naturels, l’air, le sol et l’eau, qu’ils pourraient être considérés comme étant eux-mêmes le plus vaste et le plus inévitable des milieux. D’autre part, ils sont de puissants modificateurs des milieux, des aliments et de l’homme lui-même.

Il semble qu’il y ait comme un grand cercle microbiologique. Les microorganismes pullulent dans les premières couches du sol et y décomposent toutes les matières organiques mortes; ce sont les réels épurateurs. Leur œuvre terminée etleur période de développement accomplie, ils sont soulev s par les courants d’air, avec les parcelles pulvérulentes qui les portent, et dirigés vers la surface de l’Océan qui les retient et les engloutit.

C’est une force irrésistible et aveugle, comme toute loi naturelle. Si, au cours de ce grand travail, les objets qui nous sont utiles ou nécessaires, comme les aliments, se trouvent sur le passage des microorganismes ; si l’homme lui-même offre par quelque point une prise à leur action, celleci continue à s’exercer suivant le mode ordinaire; il y a seulement erreur de lieu. Ce sont les manifestations qui en résultent que nous appelons corruption chez les denrées alimentaires, maladies chez l’homme. Les variantes dépendent des nuances qui existent dans la modalité de nutrition des microorganismes.

L intervention des infiniment petits dans l’origine des maladies a été maintes fois soupçonnée avant l’époque actuelle; mais il fallait d’abord démontrer l'existence de ces êtres invisibles. A cet égard, Leuwenhœck (1G80) et Ehrenberg (1828 sont les précurseurs des bactériologues modernes.

Bassi qui, en 1835, montra que la muscardine des vers à soie est due au développement d’un champignon, Tulasne.de Bary, qui mirent hors de doute la nature parasitaire de certaines maladies des céréales, des pommes de terre, etc., préparaient l’avènement de la théorie parasitaire appliquée aux maladies infectieuses.

LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène

Mais, à cette époque et pendant une quarantaine d’années encore, l’attention des savants étail plutôt accaparée par le rôle des germes de l’air dans la fermentation et les phénomènes analogues. Cagniard-Latour, en 1836, annonçait que la levûre qui fait fermenter l’eau sucrée est un végétal vivant. F. Schulze, la même année, démontrait que les liquides putrescibles, soumis à la coction qui tue les germes, ne se décomposent plus si l’on empêche, au moyen d’une couche d’huile, l’air d’y revenir ou que l’on fasse passer celui-ci à travers l’acide sulfurique. En 1837, Schwann obtenait le même résultat en débarrassant l’air de ses germes par la chaleur. Schrœder et von Dusch(1854) filtrèrent l’air sur des tampons de ouate. Pasteur (1862) obtint la retenue des germes au moyen du col allongé et tortueux, donné aux ballons renfermant les liquides fermentescibles bouillis.

Si donc l’air dépouillé de ses germes était incapable de faire fermenter ou de troubler les liquides organiques, c’est que rien dans sa constitution chimique n’est apte à déterminer ce phénomène et que les agents de la fermentation se trouvent parmi les êtres vivants que l’on a retenus ou tués. En vain des savants de moins en moins nombreux onL cherché, contre ces faits nouveaux, à relever la doctrine de Y hétérogénie, abiogenèse ou génération spontanée (Pouchet, 1858); en vain une petite école a essayé, jusque dans ces derniers temps, d’introduire dans la science certains microzymas , éternels et indestructibles, expression dernière de la forme vivante, desquels procéderaient les ferments animés. Il est absolument certain que le suc de raisin, le jaune d’œuf, le lait, le sang, ne fermentent point et ne se peuplent pas d’organismes, s’il ne leur arrive que de l’air pur, c’està-dire dépouillé de ses germes. Ce qui ne prouve pas qu’à côté des ferments figurés il n’y ait des ferments solubles.

Pasteur a d’ailleurs distingué les diverses fermentations et précisé quels organismes ont pour fonction la fermentation alcoolique, quels autres la fermentation lactique, butyrique, etc. Il lui a paru que la fermentation se fait au mieux dans les solutions sucrées, lorsqu’on supprime l’accès de l’air, et qu’en général un organisme est d’autant mieux adapté à être ferment, qu’il a moins besoin d’oxygène libre. D’où les deux classes d’organismes aérobies et anaérobies, moins importantes qu’on ne le croyait, depuis qu’on connaît une troisième classe d’organismes indifférents, qui peuvent être tantôt aérobies, tantôt non, selon les conditions du milieu.

En pathologie, Rayer et Davaine, en 1850, avaient remarqué des filaments dont la présence dans le sang est l’un des caractères de la maladie des ruminants vulgairement appelée sang de rate. Pollender (1855) et Brauell (1858) revirent ces filaments et les firent connaître. Davaine donnait encore, en 1854, le titre d'infusoires à ces organismes parasitaires. C’est seulement en 1863 qu’il proclama formellement que les maladies charbonneuses relèvent d’un parasite, la bactéridie, selon son appellation d’alors, et que tel est le virus charbonneux. Le sujet a été, comme on sait, repris par Pasteur, qui a traduit avec un grand éclat la découverte nouvelle en une application vaccinale de première importance pour l'élevage des bestiaux, et par Robert Koch, qui a reconnu, en 1876, la sporulation du parasite et complélé son histoire naturelle.

A ce moment (1865), la doctrine faillit être très compromise par le professeur Huilier (d’iéna) qui, partant du fait très exact, mais encore mal connu, du polymorphisme des champignons, crut avoir saisi la transformation des virus en moisissures, dans son laboratoire, où n’étaient pas prises les précautions que 1 on regarde aujourd’hui comme élémentaires, vis-à-vis de l’ensemencement spontané des germes de l’air sur les milieux de culture où l’on a l’intention de développer un organisme moins banal. Mais il est inutile de rappeler celte phase négative de l’histoire de Pétiologie parasitaire (ou vitaliste, comme on dit en Allemagne).

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En 1867, le pansement de Lister et, jusqu’à un certain point, le pansement ouaté d'Alphonse Guérin donnèrent raison en bloc à la théorie d’après laquelle l’air était capable d’apporter aux plaies découvertes les germes de septicémies diverses. On exagérait peut-être l’importance de la véhiculation par l’air; mais l’on ne se trompait point en enveloppant le blessé et les chirurgiens d’une atmosphère et d’objets antipathiques à la vitalité des germes, en éloignant de la plaie les éponges, les instruments, les mains des aides, chargés de substances infectieuses.

Les travaux de Klebs (1873), Billrolh (1874), Ferdinand Colin (1875), Nàgeli (1877), vulgarisaient les notions scientifiques relatives aux microorganismes. Les découvertes dans le domaine de la pathologie infectieuse n’allaient pas tardera se multiplier. Obermeier fit connaître, en 1873, les spirilles du typhus à rechutes; Recklinghausen, Klebs et surtout Eberlh, dés cette même époque, apercevaient le bacille de la fièvre typhoïde, qu’Eberlh devait différencier absolument en 1881. Pasteur (1879) expliqua la palhogénie de la flacherie des vers à soie, puis, en 1880, annonça les curieuses propriétés du microbe du choléra des poules, soupçonné antérieurement par Moritz et décrit par Perroncito (1878) etToussainl (1879). Armauer Hansen (1879) avait découvert la bacille de la lèpre; Neisser (1879), le microcoque de la blennorrhayie. Robert Koch, après avoir étudié les organismes de la septicémie et du charbon, démontra le bacille de la tuberculose, en 1882; puis, en 1884, le bacille-virgule du choléra. Le microbe de la pneumonie infectieuse était dénoncé au même moment, par Friedlànder et Frobenius; celui de la morve, par Capitan et Charrin, en France, par Lôffler et Schülz en Allemagne (après avoir été signalé par Christôl et Kiener, en 1868). Il faut y ajouter quelques parasites dont la spécificité est moins certaine; celui de la diphtérie (QErtel, Klebs, Lôffler, Emmerich); celui de la syphilis (Lustgarten).

D'ailleurs l’étude bactériologique des milieux se poursuivait simultanément grâce aux travaux de Maddox, Miquel, Fodor, W. Hesse, Koch, Beumer, Heræus, WoIffhügel,BoIton, H. Fol et Dunant, Chauveau, Cornil, Widal et Chantemesse, etc.

Le principe qui avait légitimé toutes les recherches, dans l’ordre étiologique, était qu’un agent qui se reproduit chez le malade et se multiplie à l’infini, comme fait l’agent pathogénique des maladies infectieuses, ne saurait être une substance chimique, un poison volatil ou autre; il se conduit comme un être vivant; c’est comme tel qu’il faut le chercher.

Mais, quand on croit l’avoir trouvé, il s’agit encore de l’isoler de tout autre parasite banal, de prouver qu’on le rencontre toujours dans les cas de la maladie qu’on lui attribue et qu’il ne se trouve pas ailleurs. Enfin il est indispensable d’expérimenter avec cet organisme, en produisant des infections artificielles, de l’homme aux animaux ou de ceux-ci à d’autres, selon les cas. Pour ces inoculations, il est indispensable que les microorganismes transmis du malade à l’individu sain n’emportent pas avec eux la moindre parcçlle des tissus ou des humeurs du malade; il faut que les opposants ne puissent pas dire : « Ce bacille soi-disant typhogène transmet la fièvre typhoïde, non parce qu’il est bacille, mais parce qu’il vient d’un typhoïsant et qu’il est imprégné de matière typhogène », comme le supposent Niigeli, Peter et Jaccoud.

Lesexpérimcntateurs arrivent à ce résultatau moyen de ce qu’on appelle les cultures pures.

Pasteur les pratique sur des milieuxnouvriciers liquides. Il prépare un bouil-

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Ion adapté aux besoins du microbe parliculièrement étudié et le stérilise par coction, au-dessus de ÎOO° si c’est nécessaire. On prend, avec des instruments flambés, une gouttelette du liquide ou une parcelle du tissu renfermant les microorganismes infectieux, en évitant de laisser les germes de l’air ou Ions autres organismes étrangers se mêler à l’opération. Cette petite portion de matière infectieuse est portée dans le bouillon préparé, qu’elle ensemence et où sedéveloppe une puissante génération de microbes infectieux issus de ceux qui avaient été pris sur le malade. De ce liquide ainsi pullulant de microorganismes, on prélève une nouvelle gouttelette, à l’aide de laquelle on féconde, comme précédemment, un nouveau bouillon. Puis c’est le tour d’un troisième, d’un quatrième bouillon, etc., de façon à arriver àune vingtième, à une cinquantième génération, dans laquelle il est bien permis de croire qu’il ne reste ni un atome ni même une influence quelconque, dépendant des humeurs ou des tissus de l’animal malade, qui a fourni la matière du premier ensemencement. Quand, alors, on fait naître le charbon, par exemple, par l’inoculation à un mouton sain de bacilles de cinquantième génération, on a démontré vraiment que ces bacilles sont le virus charbonneux lui-même.

Robert Koch prépare aussi des milieux nourriciers choisis; seulement il y associe constamment la gélatine ou quelque autre substance gélatinisable, afin d’avoir un milieu demi-solide et translucide. La gélatine nourricière est coulée, encore tiède, sur des plaques de verre, dans des verres de montre, des tubes-éprouvettes; les ensemencements y sont pratiqués par mélange', par épandage superficiel, par piqûre ou en trait sur la gélatine. La consistance du milieu empêche les germes de se mêler, et l’on reconnaît sans peine ceux qui sont nés de l’inoculation, à ce qu’ils sont sur le point même qui a été inoculé, tandis que les microbes de hasard sont à quelque distance. Mieux encore, il est possible de distinguer les «colonies» issues de l’ensemencement, s’il est arrivé que l’on ait semé à la fois des germes de diverses sortes. On emprunte alors des semences tout à fait pures à la colonie qui semble appartenir à l’espèce étudiée. C’est de cette façon que l’on a procédé pour reconnaître la présence du bacille typhique dans l’eau, au milieu d’une foule d’espèces différentes.

Nous serons forcé, dans ce chapitre, de ne point entrer sensiblement dans la « technique bactériologique », qui esttrès spéciale et qui comporte déjà des procédés nombreux et complexes. Cependant, à côté de ce qui vient d’être dit des cultures pures , nous devons noter ici les services rendus par Eberth, Ehrlichet Weigert à la science des infiniment petits, au moyen de leurs procédés de coloration , qui renseignent si heureusement sur la morphologie de ces êtres et fournissent parfois des caractères distinctifs, rien que par la façon dont ils réussissent. Lé principe de ces procédés est dans l’extrême affinité de la plupart des organismes inférieurs pour les matières colorantes, principalement pour celles qui dérivent de l'aniline. Comme les tissus animaux prennent beaucoup moins bien ces couleurs ou les abandonnent aisément aux acides, à l’alcool, on arrive, à l’aide de quelques manipulations, à distinguer nettement les microorganismes sur des coupes d’organes.

generale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES.

Eu élaguant de l’élude actuelle les microorganismes clans les milieux, sujet sur lequel les chapitres précédents renferment les notions indispensables, nous répartirons les points qui nous ont paru devoir trouver place dans ce volume de la façon suivante, imitée de C. Flügge :

1° Morphologie et rôle spécial des microorganismes; 2° leur physiologie générale; 3° la défense contre leur action pathogène.

1° Morphologie et rôle spécial des microorganismes

Les termes d’organismes inférieurs, de micro organisme s, de microbes, n’impliquent aucune idée qui ait de l’importance en hygiène. Ils prêtent d'ailleurs à des confusions et ne sont pas compris de la même manière par tout le monde, quelques personnes limitant le sens de ces mots à la classe que l’on désigne quelquefois aussi par le nom de bactériens.

Les microorganismes se distinguent par le haut degré de leur pouvoir de décomposition sur les matières organiques. A l’excepLion de quelques Flagellaires et Protozoaires , qui partagent avec eux l’aptitude au parasitisme, ils appartiennent au règne végétal. Quelques-uns sont encore regardés comme des Algues; mais l’immense majorité doit être rapportée aux Champignons. A vrai dire, les champignons et les algues ont extraordinairement de points communs, et il paraît que les Lichens ne sont autre chose qu’une algue sur laquelle un champignon vit en parasite.

La division suivante, empruntée à Flügge, est plus appropriée aux besoin de l’hygiène que botaniquement exacte. On distingue: 1° les Champignons proprement dits, parmi lesquels, à notre point de'vue, les moisissures ou mucorinées tiennent une place si importante qu’elles ont servi à caractériser la classe; 2U les myxomycètes ou mycélozoaires ;

3° les levures, hlastomycètes ou saccharomycètes ; 4° les schizomycètes ou bactériens.

La figure 67, ci-contre, d’après Nâgeli, résume d’une façon un peu schématique les différences extérieures qui existent entre les trois principales classes de Champignons inférieurs. Les CL — Moisissures, Levures, Schizomyc'etes. longs filaments, articulés, bifurques,

appartiennent aux moisissures; les corps ovoïdes sont des levûres ; à droite de la figure, on voit divers types de schizomycèles.

I. Champignons proprement dits, moisissures. — Les Champignons sont formés de cellules microscopiques, qui s’allongent en filaments (hgp hes) presque toujours ramifiés, divisés en articles, épars ou réunis en masses [mycélium ou thallus). De ces masses s’élèvent les organes fructifères. La reproduction des champignons a lieu d’habitude par les spores ; ses variétés ont fourni aux botanistes dos distinctions qui n’ont pas d’intérêt

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pour nous. 11 convient de noter seulement : les zoospores, cellules de protoplasma nu, pourvues de cils et douées de mouvement, qui s’échappent par projection de la spore primitive crevassée ( spores migratrices) el, après quelque temps de mobilité, se fixent pour germer, et les spores permanentes, qui ne sont pas aptes à germer dès leur formation, mais ont besoin d’une phase de repos, l’hiver par exemple, pour reprendre ensuite l’évolution normale.

Le même champignon et sur le même thallus peut présenter simultanément ou successivement plusieurs modes de reproduction; c’est la polymorphie sexuelle. D’autres fois il y a une génération alternante ; ainsi, Puccinia graminis, rouille des graminées, fournit d’abord des spores d’été ( uréclospores ), qui germent et développent, pendant toute celte saison, le même mycélium et la même fructification; en automne, il se forme des spores en massues, spores d’hiver ( téleutospores ), qui ne germeront qu’au printemps suivant et pousseront des sporidies, non sur le gazon, mais sur les feuilles de Berberis ; le thallus qui en résulte s’est appelé Æcidium berberidis, et on l’a pris pour une plante différente de Puccinia, qu’il reproduit cependant, au moyen des spores nouvelles qu’il répand sur le gazon.

Un assez grand nombre de champignons intéressent l’histoire du parasitisme.

A. Les Ustilaginées (groupe des Basidiosporées)\ ivenl en parasites sur les végétaux phanérogames. Ustilago carbo envahit, sous forme de poussière noire, les épis du blé, de l’orge, de l’avoine. Le vent et la pluie ont balayé cette poussière au temps de la moisson, de telle sorte qu’elle ne se retrouve pas dans la farine et ne saurait lui communiquer rien de fâcheux. Tilletia caries pénètre dans les grains du blé et de l’épeautre, où on le trouve à l’état d’une poudre noire, d’une odeur fétide; comme les grains ne se détruisent pas, cette poudre est mêlée à la farine et y cause une odeur repoussante. Empusa musese (Entomophtorées) germe sur la peau du ventre de la mouche domestique, pénètre sous la peau et dans le sang et entoure l’insecte d’une poussière blanche. La mouche en meurt, suspendue aux murs, les pattes écartées et l’abdomen gonflé.

B. Les Saprolégnées (Phycomycètes) décomposent les cadavres d’animaux ou de plantes dans l’eau et vivent quelquefois en parasites sur les poissons et les triions. Les Péronosporées fournissent Peronospora mfestans, le champignon de la « maladie des pommes de terre », et P. vilicola , le mildew. Le premier (fig. 68), dont les ravages furent considérables de 1845 â 1850, est favorisé par l’humidité de l’année et du sol; il apparaît, à la fin de juin, en taches noires, sur les feuilles ; les fanes se dessèchent el les taches brunes envahissent les tubercules eux-mêmes; souvent deux autres champignons, Fusisporium solani et Acroslalagmus cinnabarinus, se retrouvent dans les tubercules pourris. Peronospora est réensemencé, au printemps, avec les pommes de terre qui ont résisté. Flügge conseille, avec raison, de choisir de préférence, pour la culture de la pomme de terre, les terrains secs et les espèces dures, hâtives; le parasite, en effet, ne peut traverser

1 2 Fig. GO. — l. Mucor mucedo. — 2. Bolrytis grisea.

a été trouvé, par U ticket, dans le bouchon qui obstruait un conduit auditif humain.

D. Les Périsporiacées renferment Vét'ysiphe, nielle ou rouille des plantes dont les espèces dites oïdium ne sont qu’un mode particulier de fructitica-

( ) A, Extrémité fertile (1 un filament portant un gros sporange ss (200/1). — B, Zoosporango qui s est isole et dont le contenu se divise ; s, /.oospores qu'il renferme. — C, Zoosporange zs se vidant de ses zoospores s. — D, Zoospore adulte ; (500/1 pour BCD).

Arnobi.d, Hygiène. 2e édit.

Fig. G8. — Peronospora in/'eslans , d’après de Bary (*).

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES. 433

la paroi des cellules que dans les parties jeunes et tendres. Une prophylaxie analogue est applicable au peronospora de la u

vigne. En outre on le traite parles désinfectants.

C. Les Mucorinées comprennent des variétés importantes et tellement répandues que cette appellation est parfois employée comme l’équivalent de moisissures. Ce sont des touffes blanches, grises ou brunes, qui se développent h l’air, sur les matières putrides : Mucor mucedo (tig. 09, 1), sur les substances riches en azote : M. racemosus, sur les substances riches en matière hydrocarbonée; M. stolonifer, dit aussi Rhizopusnigricans ou Ascophora nigricans, qui serait pour beaucoup, suivant G. Colin, dans les empoisonnements dus au pain moisi, etc. On a pu transformer Mucor racemosus en levûre en le cultivant dans une liqueur saturée d’acide

carbonique; cette levûre «■- (sphérique) a le pouvoir

de dédoubler le sucre en acide carbonique et en alcool. Lichtheim (1882) a „ cru reconnaître des variétés de mucor pathogènes et aptes à se développer dans le corps d’animaux vivants. Mucor corymbifer

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tion (par conidies) : oïdium Tuckeri , de la maladie de la vigne; oïdium lactis , très commun, sur le lait, le pain, le fumier, identifié par Grawitz aux champignons du favus ( Achorion Sc/iœnleinii), de l’herpès tonsurant ( Trichophyton ' tonsurans) , du pyliriasis versicolor ( Microsporon furfur ); à tort pi obablement, car cet oïdium lactis se développe au mieux entre 19° et 33°, et mal à la température du corps, ainsi que le fait remarquer Flügge. D'ailleurs Grawitz lui-même a reconnu que Yachorion, le trichophyton et 1 oïdium lactis sont trois êtres distincts, après les expériences de vérifica-

tion de Duclaux et celles de Yérujski, desquelles il résulte que les formes de souffrance des deux premiers, qui ont illusionné Grawitz, sont dues à la pauvreté du terrain nourricier que leur offre la peau humaine. Le trichophyton, cultivé dans l’eau de malt, et l’achorion, dans l’eau de touraillons, prennent des formes de végétation tout à fait caractéristiques. 11 y aurait probablement lieu de contester aussi l’assimilation des champignons de la teigne des poules cl du favus de la souris, étudiés le premier par Schülz, le second par Nicolaier, soit entre eux, soit à oïdium.

Il y aurait lieu, paraît-il, de distinguer Eurotium d’Aspergillus. Gepen-

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES. 43a

dant, il y a deux espèces du premier genre que l’on appelle Eurotium Aspergillus glaucus et E . repens. D’autres seraient les vrais Aspergillus clavatus, flavus , fumigatus, tiiger, albus, etc.

Aspergillus glaucus (fig. 70) est une des moisissures du pain. Lombroso a assigné un rôle important à Eurotium dans l’altération pellagrozéique du maïs.

Dans ces derniers temps, les variétés d’Aspergillus ont attiré l’attention par ce fait que quelques-unes d’entre elles ont le pouvoir de se développer dans l’économie animale. Après l’injection d’une grande quantité de spores dans le torrent circulatoire, il se développe un mycélium abondant en divers organes et les animaux en expérience succombent à une mycose du rein, du cœur, du foie (Grawitz et Koch). Les spores d’Aspergillus peuvent être transplantées sur la cornée (Leber). Toutefois les expériences ne réussissent pas avec Aspergillus glaucus, non plus que niger; au contraire, comme la montré Licbtheim, A. fumigatus (fig. 71) et flavescens provoquent toujours la mycose. Grawitz prétend que l’infection ne réussit qu’autant que le champignon a été cultivé et accommodé peu à peu dans un milieu nourricier alcalin liquide et à la température du corps. Mais Koch, Lichtheim, Leber, font remarquer qu’A. glaucus réussit difficilement sous de basses températures et prospère au mieux entre 38 et 40 degrés. C’est pourquoi, à une basse température, des espèces différentes ( pénicillium ) prennent le dessus et déterminent l’inactivité des cultures faites à froid, sans précautions particulières. A une température plus élevée, Aspergillus réussit et, de sa culture résulte un élément capable d’infection, que le milieu ait été liquide ou solide, acide ou non. Kaufmann, à Lyon (1882), assure avoir produit l’infection sur des lapins avec A. glaucus non adapté.

Ce champignon est assez fréquemment observé dans le conduit auditif externe, mais seulement dans les cas de lésion, telle que la perforation du tympan, avec sécrétion abondante de cérumen.

On connaît, depuis A. C. Mayer (1815), une mycose pulmonaire des oiseaux, revue par Virchow (1856), par Stieda (1866), par Bollinger et d’autres, qui serait due, le plus souvent, à Aspergillus glaucus, selon Harz, quelquefois à Mucor racemosus ou conoideus. Il est plus probable qu’il s’agissait d’A. fumigatus.

Ln 1870, Grohe et son élève Block annoncèrent avoir réussi, en injectant des spores de Pénicillium et Cl Eurotium dans le système circulatoire de lapins et de chiens, à développer une mycosis ge- \ ne r a lis acutissima. En 1864, Leplat et Jaillard n’avaient rien obtenu avec Pénicillium et, depuis Grohe et Block, les expérimentateurs, y compris ! Grawitz, n’ont pas réussi davantage. En revanche, Schiitz a aisément délerimine une pneumonie mortelle chez de petits oiseaux exposés pendant

! quelques minutes à un air dans lequel avait été pulvérisé de V Aspergillus \ fumigatus.

Fig. 71. — Aspergillus fumigatus (d’après Liobeumann).

[Hygiène

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Aspergillus glaucus, Oïdium luctis , Mucov mucedo Gt Mucov racemosus seraient les moisissures les plus répandues, si Pénicillium glaucum (fig. 70, C, D) n’existait pas. Il est assez curieux que les savants, Brefeld en particulier, aient rapproché cette moisissure, qui croît partout, de la truffe [luber cibarium).

E. Dans le groupe des pyrènomy cèles, on range Clavicepspurpurea (ergot), qui se développe sur les fleurs de seigle et aussi, moins souvent, sur l’orge et le froment; Cordyceps et Isaria, que l’on trouve sur les larves et les chenilles mortes des papillons ; Laboulbenia muscæ, très intéressante par la façon dont elle se propage; les mouches se transmettent ce parasite dans l’acte de la copulation, aussi la femelle le porte-t-elle sur le dos et la tête, le mâle le long des pattes. Le porteur ne paraît, du reste, pas en être incommodé. Flügge y rattache Botrytis, dont la variété grisea (fig. 69, 2) est une des moisissures du pain et dont une autre, B. Bassiana, a été reconnue par Bassi, en 1835, puis par Vittadini (1852), de Bary (1867), pour être la cause de la muscardine des vers à soie. Elle n’a pas été importée des pays originaires avec le ver à soie; l’espèce existe en Europe.

F. Au groupe des Basidiosporées appartiennent Uredo, Puccinia graminis, rouille des blés, Aecidium berberidis , qui sont une seule et même famille; les hyménomy cèles, grands champignons à chapeau, Agarics, Bolets, etc., comestibles ou non, y compris Merulius lacrymans, qui ronge les bois des maisons humides; les gastéromycèles , parasites, quelques-uns comestibles, d’autres vénéneux.

Actinomycète. — On n’est pas bien tixé sur la nature du parasite de la maladie décrite sous le nom d 'actinomycose, par Bollinger et par Ponfîck, et qui consiste en une tumeur de la mâchoire, chez le bœuf le plus ordinairement, mais quelquefois chez l'homme. Le nom de ce végétal lui vient de son aspect radié. Harz, Johne et Israël l’ont cultivé sans succès; mais Bostrôm, en choisisssant pour ses cultures les filaments du centre, serait arrivé à reproduire les prolongements ou rayons de l’actinomycète. Le parasite en question doit probablement être classé parmi les Algues, dans le genre Cladothrix (Flügge).

IL Myxomycètes. — Ces champignons n’ont point de mycélium; ils sont constitués, à l’état jeune, par un corps protoplasmique nu, de nature muqueuse, que l’on nomme plasmodie. Des plasmodies s’élèvent des sporanges où se forment des spores. Celles-ci donnent naissance à des zoospores mobiles, munies d’un cil vibratil. Sous le nom de monades, d 'amibes, les myxomycètes et leurs zoospores jouent probablement un assez grand rôle dans le parasitisme végétal ou animal. Mais il ne semble pas que les idées soient très fixées à cet égard. Fliigge cite Plasmodiophora bvassicæ, qui vit dans la racine des crucifères, et Haplococcus reticulatus, que l’on a rencontré dans les muscles du porc.

III. Saccha romycèten . Levures. — Les levûres ont pour caractéristique de se reproduire par bourgeonnement de la cellule-mère ou gemmation. Elles ont le pouvoir de déterminer une décomposition spéciale et profonde '

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES.

de leur milieu nourricier, que l’on appelle fermentation. On en rappioche, sous le nom de mycodermes , des végétaux également cellulaires, se reproduisant par gemmation, mais qui ne font pas fermenter les monts suciés (Duclaux) et forment des pellicules ;\ la surface de certains liquides, et, sous le nom de torulacées, d’autres végétaux qui vivent dans la profondeur des liquides sucrés sans produire d’alcool.

Parmi les Champignons dont il a été question dans 1 article Ier, un cei tain nombre poussent des bourgeons, comme les levûrcs, lorsqu ils sont places dans certains liquides nourriciers. Bail, Berkeley, Hoffmann, Bonorden et surtout H allier ont profité de ces faits pour identifier les levures à quelques mucorinées. Le polymorphisme des Champignons est encore insuffisamment connu ; mais les vues de ces auteurs ne reposent pas sur des bases très solides.

A l’aide de cultures spéciales, dans un milieu nourricier pauvre, on peut inversement amener les levûres et mycodernes à se reproduire par segmentation du protoplasme et par spores.

Saccharomyces cerevisiae. — La levûre de bière est dite de fermentation basse entre 4 et 10 degrés; elle se tient au fond de la cuve (anaérobie). Entre 14 et 18 degrés, elle est de fermentation haute , est ramenée à la surface du liquide par l’acide carbonique et est aérobie (fig. 72).

Saccharomyces cllipsoideus est le ferment principal de la fermentation du vin. Très répandu partout.

S. conglomérats. S. exiguus. S. Pastorianus a été reconnu par Pasteur, dans le vin qui éprouve la fermentation alcoolique insensible. Cette levûre, que l’on trouve aussi sur les fruits acides, a reçu de Reess le nom qu’elle porte. Elle est ordinairement présente lorsque l’on fait fermenter du jus de cerises (Duclaux). — Mycodenna vini; fleurs du vin ; M. aceti, que Niigeli regarde comme un Schizomycète ; Saccharomyces albicans , le même qu ’Oidium albicans et peut-être même, selon Reess et Grawitz, identique à Saccharomyces mycoderma ou Mycoderma vini ; — Saccharomyces glutinis , ferment rose, apparaissant sur les plaques de gélatine exposées à l’air.

IV. Schizomycète» ou Itactéries. — Les Schizomycèles sont des végétaux unicellulaires, sphériques ou filamenteux, vivant isolés ou réunis en colonies, quelquefois doués de mouvements très vifs. Ils se multiplient essentiellement par scissiparité; mais un certain nombre d’entre eux fournissent aussi des spores. Grâce à leur puissance de multiplication et à leur activité de nutrition, ils opèrent une altération profonde de leur milieu nourricier. Les uns produisent, à cette occasion, de la matière colorante; d autres des substances odorantes, des alcaloïdes toxiques;

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une assez vaste catégorie de ces êtres a le redoutable pouvoir de se multiplier dans l'économie vivante et d’y provoquer des maladies.

Les formes arrondies portent le nom de micrococcus. Quand les cellules sont associés deux cà deux, on les appelle diplococcus; en chapelet, streplococcus ou tonila; en amas irréguliers, staphylococcus ; en grande agglomération, réunis par une substance glulineuse, zooglée (la forme de zooglée peut aussi se rencontrer chez les bacilles). Les figures 73 et 74 représentent le type isolé et l’association zoogléique.

Les cellules allongées s’appelent bactéries ou bacilles. Naguère, était bactérie toute cellule plus longue que large ; si la longueur dépassait trois fois la largeur,

Fig. 73. — Micrococcus. Fig. 74. — Micrococcus à l'état Fig. 75. — Bactérie commune.

de Zoogloea,

elle devenait bacille. D’autre part, on se servait volontiers du mot bactérie comme d’un terme générique ; de même que van Tieghem dit: « les Bactériacées. » Ceci et la fragilité du motif de distinction entre bacille et bactérie devaient ruiner l’un ou l’autre des deux termes. C’est bactérie qui est sacrifié dans la nouvelle édition de Flügge (Les Microorganismes) . La figure 75 se rapporte à ce type supplanté; les éléments qu’elle renferme so.nt dès maintenant des bacilles ou bâtonnets. La désignation de bactéridie, affectée par Davaine au bacille charbonneux, est tombée en désuétude. On donne le nom de clostridium aux bacilles renflés par le milieu (en fuseau). Les bacilles peuvent être assez allongés pour figurer de véritables filaments ; mais parfois il n’y a qu’un faux filament, produit par le

rapprochement bout à bout, dans le sens longitudinal, de plusieurs bacilles ; c’est ce que l’on qualifie de leptotlirix.

Les bacilles infléchis prennent le nom de vibrions. Les inflexions en spirale leur valent le litre de spirilles ou spirochæte (fig. 76, 77).

es expressions de sphérobactéries (microcoques), microbactéries (bactéries), desmobactèries (bacilles), proposées par Colin, n ont point prévalu.

Le plus ou moins de richesse du milieu nourricier peut modifier ces formes, dites de développement. La pauvreté du milieu et la sénilité des organismes amène les formes d 'involution, souvent difficiles à reconnaître et à interpréter. Les spores sont les formes durables ou permanentes.

'ton

Fig. 70. — Groupe de Vibrio serpens.

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES. 439

Quelques espèces, bacilles ou spirilles, sont munies d’un filament ciliaire ( flagcl lum), visible à l’aide des réactifs colorés ou que l’on soupçonne au tourbillon qui se produit dans le liquide où nage le schizomycète.

Toutes ces cellules ont un protoplasme, généralement incolore, et une membrane d’enveloppe.

Le mouvement , quand il existe, n’est qu’une trémulation sans déplacement sensible, chez les microcoques. Il consiste en une rotation autour du grand axe, ou bien dans des alternances de courbure et d’extension chez les autres schizomycètes. La cause des mouvements ne peut être que dans les contractions du protoplasme et dans les oscillations du flagellum réel ou supposé. Le déplacement se fait dans le sens du grand axe, en avant ou en arrière, tantôt lent et hésitant, tantôt si rapide que tout le champ visuel passe en un instant sous l’œil de l’observateur.

La multiplication des Schizomycètes se fait principalement par division, mais aussi par sporulation. La division se fait presque toujours dans un seul sens (bacilles); chez les sarcines, elle a lieu dans deux sens perpendiculaires l’un à l’autre, ce qui fait que la cellule est toujours divisée en quatre. La séparation des êtres nouveaux est très rapide; en admettant qu’un schizomycète mette une heure à se sectionner (c’est beaucoup), un seul individu aura produit 16 millions d’autres individus en vingt-quatre heures, et des milliards le lendemain. La sporulation a lieu, presque toujours, après allongement du bâtonnet; on aperçoit d’abord des sortes de noyaux dans le corps du bacille; puis ces noyaux deviennent des spores ovoïdes, à contour obscur, très réfringentes; enfin, les filaments se dissolvent et mettent les spores en liberté. D’autres fois, les bacilles s’épaississent par le milieu (en fuseau), ou à une extrémité (en têtard), et c’est dans le renflement qu’apparaît la spore. On ne connaît jusqu’à présent de spores qu’aux bacilles.

Les spores germent d’ordinaire dans un milieu différent de celui où elles se sont formées, et suivant un mode bien étudié par Koch, Prazmowski et Brefekl.

Dans tous les cas, que la multiplication ait lieu par sectionnement ou par sporulation, les cellules-filles restent unies pendant un certain temps par une substance intercellulaire gélatineuse (zooglées, essaims). Ce qui fait qu’étant absolument microscopiques, on peut reconnaître les bactériens à 1 œil nu, au trouble diffus, ouauxnuages qu’ils déterminentdansles liquides, aux pellicules qu’ils forment à la surface, aux flocons nageant dans la masse, ou encore au précipité pulvérulent qui s’abat au fond du vase lorsque le milieu nourricier est épuisé. En terrain nourricier solide, comme sur la gélatine des plaques de Koch, les générations de schizomycètes apparaissent à 1 état de petits amas secs, de gouttes muqueuses diversement colorées et transparentes ; ou bien, ils fluidifient la substance qui les supporte et y creusent des dépressions. Ce sont les colonies (fig. 78).

L’importance des spores, en pathologie infectieuse, est capitale. Ce sont les formes permanentes des Schizomycètes, qui apparaissent dès que le

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milieu est compromettant pour l’existence du microbe parfait, peuvent se passer de nourriture et résistent aux agents de destruction les plus énergiques, jusqu’à ce que le hasard les ramène dans un milieu favorable où elles germent.

On a essayé plusieurs classifications des schizomycètes. Celle de Flügge, basée sur la morphologie, eslcommode pour les détails dans lesquels nous devons entrer. Elle nous suffit.

Dans ce système, il y a quatre grandes divisions, savoir : 1° les micrococjues ; 2° les bacilles ; 3° les spirilles; 4° les bactéries dans le développement desquelles on trouve des formes de croissance variées. Dans chaque ordre, il peut y avoir des microorganismes pathogènes pour l’homme, d’autres pathogènes pour les animaux; d’autres qui n’accomplissent qu’une œuvre de décomposition banale ( Saprophytes ), en produisant ou non une matière colorante (Chromogènes) ; d’autres, enfin, dont on ignore le rôle.

Nous ne croyons pas devoir aller plus loin, dans un ouvrage du genre de celuici, et nous renvoyons, pour des classifications plus scientifiques, aux travaux spéciaux, de Cohn, de van Tieghem, de Rahenhorst, de Flügge, etc.

A. MICROCOQUES.

1° 11 icrocoqucs pathogènes pour l’homme. — Dans tOlltOS les espèces de pus, on trouve des microcoques; il est même certain que l’on ne peut faire suppurer un point quelconque du corps d’un, animal, s’il n’intervient des microorganismes.

Le plus commun des microcoques du pus est Staphylococcus pyogenes aureus, appelé d’abord par Pasteur micrococcus de /’ ostéomyélite, signalé par Ogston et cultivé ensuite par Rosenbach, Passet, Krause. Ses colonies ont une coloration jaune et liquéfient la gélatine; elles sont très résistantes. En injections sous-cutanées aux animaux, elles déterminent des abcès et parfois une infection généralisée. On le trouve dans les abcès aigus, les empyèmes, les furoncles, aussi bien que dans l’ostéomyélite.

Il est souvent accompagné de Staphylococcus pyogenes albus. Passet a trouvé S. citreus dans le pus d’abcès chauds. Rosenbach a rencontré seul Micrococcus pyogenes tenuis , dans le pus d’abcès fermés. Streptococcus pyogenes, moins virulent que Staphylococcus pyogenes aureus, se présente de 40 à 50 fois p. 100 dans le pus des abcès de l'homme. Flügge signale un Streptococcus pyogenes malignus , qui rentre peut-être dans les précédents. Garré, élève de Socin, s’est inoculé à lui-même les microbes pyogènes de culture et en a obtenu des pustules, des furoncles et un vaste anthrax.

Le micrococcus du clou de Gafsa (ou de Biskra) a été isolé et cultivé (1884) par Boinet et Depéret, qui en avaient observé la transmission, au camp

Fig. 78. — Colonies de différente nature sur une plaque de gélatine (d’après Flügge).

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES. 441

de Sathonay, par des soldais revenant de Tunisie, à des hommes qui n’étaient jamais allés en Afrique ; puis, par Duclaux, qui a reconnu aussi que le microbe examiné par lui perd sa virulence dans les cultures vieillies, mais la récupère par l’ensemencement dans le bouillon de veau. Ce microcoque, comme ceux du pus, a un peu plus de 1 jx de diamètre; il est très mobile (Chantemesse) et ressemble beaucoup à Staphylococcus pyogenes aureus. A forte dose dans les veines, il tue le lapin en moins do seize heures ; le cobaye résiste mieux. Chantemesse l’a cultivé sur la pomme de terre et a inoculé, avec ses cultures, deux hommes de bonne volonté qui, tous deux, ont eu rapidement un « clou du Nil » (ou bouton de Biskra). F. Poncet signale l’accompagnement habituel du microcoque par un bacille long de 2 à 8 g..

Lemaître (de Limoges) a décrit, sous le nom de Streptococcus plicalilis, un champignon auquel il attribue la pourléche des écoliers, fissures douloureuses et persistantes aux commissures des lèvres.

Le microcoque de Yérysipèle, déjà décrit et cultivé par Orlh et par Koch, s’appelle aujourd’hui Streptococcus erysipelalos , de Febleisen, qui l’a inoculé à l'homme. Il ressemble infiniment aux précédents et se trouve disposé en chaînettes. II. Hartmann (1887) en a confirmé la spécificité dans l’érysipèle et lui attribue la fièvre puerpérale.

QErtel décrivait le champignon de la diphlhérie comme un microcoque à deux grains ou en chapelets. Il estprobable que ce n’est pas là l’organisme de cette infection. Loffler a retrouvé, dans la même maladie, des microcoques en chaînettes dont les cultures, injectées à des lapins, provoquaient la formation de pus dans les articulations. D’où le nom de Streptococcus articulorum, donné à ce parasite. Il ne faut pas s’étonner que, dans les fausses membranes dipbthériliques, exposées au passage de l’air, il se trouve toutes sortes de microorganismes qui ne sont pour rien dans la diphlhérie même.

Le microcoque de la fièvre puerpérale, de Doléris, est probablement identique h Streptococcus pyogenes (Gornil et Babes).

Dans les diverses affections purulentes de l’homme et certaines septicémies, dans Y endocardite ulcéreuse , etc., on rencontre des microcoques qu’il est assez difficile de différencier des précédents, et qui pourraient bien se confondre avec quelqu’un d’entre eux. Le Microsporon septicum , de Klebs, Streptococcus septicus de Flügge, sont apparemment dans ce cas.

Il n en est pas de même de Micrococcus gonorrheæ , démontré par Neisscr, en 1879, dans le pus gonorrhéique. C’est presque toujours un diplococcus, de l’aspect d’un biscuit, long de Op.,8 à lp.,6 et large de 0,6 à 0,8 de jx. Il siège dans le protoplasme des cellules du pus blennorhagique. Ces organismes se colorent fortement par le violet de méthyle et le dahlia, et se décolorent par la méthode de Gram (solution d’iode dans l’iodure de potassium et 1 alcool). Ils se cultivent au mieux dans le sérum sanguin et la gélatine (Leistikow et Loffler), ou le sérum seul coagulé (Bumm).

Le parasite de la blennorrhagie, entrevu par Donné, avait déjà été décrit par Ilallier, Salisbury et le professeur Ch. Bouchard. Les tendances fantaisistes des deux premiers ont valu au microcoque do la blennorrhagie d’ètre englobé dans la ruine de leurs autres découvertes. Après Neisser, Spillmann (de Nancy) et ses

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élèves, Bokoï, Weiss, ont repris l’histoire de ce microorganisme. Enfin, il a encore été l’objet des recherches d’Elçlund, Leislikow, Petrone, Bockhardl, Sternberg, Constantin Paul, etc.

11 n’existe pas dans le pus de l’uréthrite simple, de la métrile, de la leucorrhée, des chancres quelconques. Mais Neîsser l’a trouvé dans les sécrétions de l’ophthalmie blennorrhagique ; Pétrone, dans le liquide des synovites ou des arthrites d’origine blennorrhagique; Jullieri et Heurteloup, dans la sérosité des vaginalites aiguës compliquant des arthrites blennorrhagiques. Petrone l’a découvert dans le sang des blennorrhagiques atteints d’arthrite; Martin (de Vevay), dans les infarctus suppurés, viscéraux et musculaires, dans un cas d’infection purulente liée à une blennorrhagie.

Leistikow n’a pas réussi ses inoculations tentées sur des animaux avec des liquides de culture; mais Bokoï, Bockhardt, Constantin Paul, par des inoculations à l’homme ou des injections dans l’urèthre de quelques gouttes de liquide de culture, ont reproduit la blennorrhagie. Môme avec des microccocci de la septième génération, la blennorrhagie a éclaté au septième jour (C. Paul.)

Ces faits importants expliquent les symptômes généraux de la blennorrhagie, justifient la médication antiseptique et ruinent la théorie de Ricord et Fournier (recette pour attraper la chaude-pisse).

Frânkel signale, clans la sécrétion d’un grand nombre de vaginites, un microcoque, Micrococcus subflavus, voisin du précédent.

Les microcoques de la variole , de la vaccine, de la rougeole, de la scarlatine, de la grippe, de la méningite cérébro-spinale, de la fièvre jaune, etc., sont encore douteux.

Celui de la méningite cérébro-spinale a été assimilé au pneumocoque de Friedlânder (Leyden, Netter), qui est un bacille.

Le cryptococcus xanthogcnicus (fièvre jaune) de D. Freire n’a pas enlevé les suffrages des savants.

En Angleterre, Power et Klein, à l’occasion d’une épidémie de scarlatine, attribuée au lait, à qui nos voisins imputent tant de malheurs, annoncèrent avoir reconnu des ulcères sur les tétines des vaches qui avaient fourni ce lait et, dans la sécrétion de ces ulcères, un streptococcus identique avec le micrococcus scarlalinse. Cette sécrétion était d ailleurs inoculable aux veaux. Vérification faite, Crookshank et Brown ont pu se convaincre que ces ulcères sur la tétine des vaches ne sont autre chose que le cow-pox spontané, qui prend effectivement la forme ulcéreuse bien plus que la pustulation du cow-pox transmis (Layet).

On parle peu des microcoques des oreillons, entrevus par Capitan, Charrin, Boinet.

2° ïlicrocoques pathogènes pour les animaux. Deux des plus intéres sants et des plus anciennement connus sont les parasites qui déterminent chez les vers à soie la flacherie et la pébrine.

Streptococcus bombycis(Micrococcus bombycis de Cohn, Microzyma bombycis de Béchamp) est constitué par des cellules ovales d’au plus i g., 5 de diamètre dans le sens de la longueur, isolées par couples, ou en chaînettes. Il n’atteint pas d’abord le ver ni l’œuf, mais la feuille du mûrier dont l’insecte fait sa nourriture; il détermine une fermentation dans les \oies

générale.] MORPHOLOGIE ET ROLE SPÉCIAL DES MICROORGANISMES.

digestives du ver, qui perd l’appétit, devient flasque et meurt; son cadavre est mou (morts-flats, morts-blancs). Le microcoque ne passe dans le sang qu’au moment de la mort ou peu après (Pasteur et Raulin).

Bien que les germes existent toujours sur la feuille de mûrier, la flachene ne règne pas constamment; il faut une prédisposition du ver, qui paraît être créée par l’encombrement, de même que la propagation de la fièvre typhoïde chez l’homme est favorisée pour la vie en commun condensée.

La feuille qui remplit le canal digestif du ver mort-flat a été trouvée, par Pasteur, envahie par les mêmes organismes que ceux qui se développent lorsque, après avoir broyé une feuille, on la met à fermenter dans un vase de verre. On reproduit la maladie, soit en faisant manger à des vers sains des feuilles sur lesquelles on a répandu de la matière intestinale ou des déjections des vers malades; soit en inoculant par piqûre de la peau ces mêmes matières, ou encore les microcoques obtenus par fermentation artificielle des feuilles, recueillis dans les poussières de magnanerie; soit même en les introduisant par l’anus ; soit enfin en enduisant de microcoques le derrière des papillons mâles, ou simplement la coque de l’œuf dont le jeune ver absorbe toujours une portion, au moment de sortir.

Les vers inoculés périssent en deux ou trois jours; infectés par nutrition, ils ne meurent qu’entre six et quinze jours.

Pasteur a montré que, sans supprimer la flacherie, on peut la réduire à des proportions insignifiantes par l’hygiène des magnaneries et surtout la ventilation, la réduction du nombre des vers dans la même chambrée, leur séparation en compartiments séparés pour qu’ils ne s’empoisonnent pas à l'aide des déjections les uns des autres; enfin, par le choix des graines. En effet, les vers ne meurent pas toujours de la flacherie; ceux qui survivent filent leur cocon et pondent des œufs; mais les vers nés de ces œufs apportent une disposition héréditaire à contracter la flacherie par une susceptibilité particulière des voies digestives. C’est comme les enfants des tuberculeux qui ne naissent pas tuberculeux, mais sont frappés héréditairement d’une remarquable aptitude à le devenir.

Nous avons insisté un peu sur l’histoire de ce parasite et de cette épizootie, qui nous paraissent très instructifs pour l’épidémiologie humaine.

Nosema bombyeis ( micrococcus ovatus, panhystophyton ovalum ) cause la pébrine ou gatline ou maladie des corpuscules. Ce sont des cellules brillantes, ovales, de 2 p. de large sur 3 à 4 p. de long, le plus souvent isolées, quelquefois par paires ou en amas. Elles ont été complètement observées pour la première fois par Guérin-Menneville ; mais Cornalia avait entrevu leur importance; Osimo les avait démontrées dans les œufs, et Yittadini avait enseigné à examiner la « graine » au microscope. Lebert, Frey, Niigeli, Pasteur, ont repris cette étude et établi le rapport des corpuscules avec la pébrine, contre Filippi, qui les regarde comme un fait normal, et contre Quatrefages, qui met en cause les taches noires sur la peau des vers, dont cette maladie s’accompagne.

Les parasites de la pébrine passent dans les œufs ; mais, comme les vers nés des œufs corpusculeux meurent de bonne heure, la maladie s’éteindrail bientôt, si elle n était entretenue par la transmission du parasite des vers malades aux vers sains, soit par véhiculation aérienne (Bollinger), soit à la faveur des inoculations de matière excrémentitielle que les vers se font entre eux, au moyen des crochets acérés qui terminent leurs pattes.

LES ORGANISMES INFÉRIEURS. [Hygiène

Pasteur a indiqué le moyen do faire disparaître la pébrine qui, en effet, se fait aujourd hui assez laie. L est le g) ciinagc cellulaire, c est— à-dirc la séparation complète des couples de papillons qui doivent fournir les œufs. Après la ponte, on examine ces papillons au microscope; toutes les fois qu’un couple est reconnu entaché de corpuscules, on anéanlit les graines qu’il a produites.

Nous ne saurions encore, ici, tenir compte de l’opinion de Balbiani, qui rattache les corpuscules aux Sporozoaires, ni de celle de L. Pfeiffer, qui en fait des grêgarines.

Micrococcus de la nécrose progressive de la souris , M. de l'abcès progressif du lapin, M. de la pyémie du lapin, M. de la septicémie du lapin, ont été déterminés par R. Koch. Le Streplococcus de Charrin pourrait se confondre avec l’un d’eux.

Micrococcus letragenus , décrit par Gaffky, se rencontre dans les cavernes tuberculeuses. C’est un microcoque d’un g de diamètre, qui se divise en quatre éléments. Il tue les souris blanches par inoculation de la moindre quantité de ses cultures. Les lapins et les chiens le supportent.

Les microcoques du typhus bovin et de la péripneumonie contagieuse du gros bétail sont encore douteux.

Le parasite du rouget des porcs est un microcoque pour Pasteur et Thuillier, un bacille pour Klein, Schütz et Schottelius. Nous allons le retrouver bientôt.

3° iiicrocoques saprophytes. — Micrococcus urese, en diplocoques ou en chaînettes, provoque la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque dans l’urine (Pasteur et Van Tiegbem); mais n’est pas le seul organisme qui produise cet effet (Leube, Flügge). Il en existe, en particulier, un autre, qui liquéfie la gélatine ; micococcus ureæ liquef aciens . D’après les recherches de Musculus, le ferment dè l’urée peut être séparé du microbe, qui ne serait alors que le producteur d’un ferment soluble.

Leuconosloc mesenterioides, microcoques en chaînettes, entourés d’une épaisse couche gélatineuse, transforme le sucre de canne en dextrose.

Micrococcus viscosus cause la fermentation glaireuse du vin (vin filant). Le tannin, d’après François (de Châlons) prévient cette maladie (Duclaux).

Micrococjues de la putréfaction, variés et de différentes grandeurs.

Micrococcus versicolor, très fréquent, cbromogène. Les colonies superficielles fournissent un enduit muqueux, brillant, jaune-verdâtre, à reflets nacrés.

Sarcina lulea , fréquente dans l’air, remarquable par le sectionnement en quatre de la cellule-mère. Les cellules-filles restant accolées, la masse ressemble à un paquet ficelé.

Sarcina ventriculi, commune dans les estomacs dilatés, où s’accomplissent des fermentations.

Micrococcus cereus albus , trouvé dans le pus (Passet), quoiqu’il ne paraisse pas être pyogène.

Et une foule d’autres, moins intéressants ou moins bien déterminés.

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