CHAPITRE V
DES ABRIS ET DU VÊTEMENT
Les abris — et le vêtement , qui n'est qu’un abri constant et immédiat, — se rattachent étroitement, au point de vue de l'hygiène, aux circonstances atmosphériques dont l’étude a fait l’objet du cqapitre III; celui-ci et ceuxlà, en effet, ont pour but de faire échapper l’homme, le plus possible, aux incidents nuisibles ou désagréables des oscillations incessantes de 1 atmosphère, quant à ses propriétés physiques.
Tel est le côté positif de la question. Mais ce n en est pas le seul ni peut-être le plus difficile à résoudre. L’usage des abris, dans les sociétés civilisées, a pris une vaste extension et des caractères que le besoin physiologique ne faisait pas prévoir. Les hommes préhistoriques, lorsqu ils se réfugiaient dans le creux des arbres, dans des cavernes, sous des huttes improvisées, ne cherchaient pas autre chose qu’une protection contre les écarts de la météorologie, et aussi contre les animaux féroces; mais, depuis, l’abri de nécessité est devenu une habitude et un objet agréable ; d’accidentel qu’il était, son usage s’est fait permanent; il a, peu à peu, retenu d’une façon indisconlinue les faibles de la famille, les femmes et les enfants; puis, les objels,et les denrées nécessaires à la vie, réunis par la prévoyance du maître; puis, des travailleurs dont l'œuvre ni les outils ne pouvaient être exposés aux vicissitudes atmosphériques ; enfin, des ma-
générale.] CHOIX ET PRÉPARATION DU SOL DES HABITATIONS. o09
lades, encore moins capables de tolérer impunément le froid ou le chaud, les vents et la pluie. Bref, le tronc d’arbre creux des premiers âges, la caverne des troglodytes (il en existe encore dans les faluns delà Loire, près de Tours), se sont transformés en maisons, en hôtels, en palais, en casernes, en ateliers, en hôpitaux. C’est ce que nous appelonsaujourd’hui l' habitation.
Or, du moment que l’on y séjourne, l’abri se présente sous un nouvel aspect. Ce n’est plus seulement un appareil destiné à nous rendre presque indifférentes les propriétés physiques de l’atmosphère; c’est un espace limité, plus ou moins clos, dans lequel la vie même des habitants modifie puissamment la constitution du milieu et fait surgir tout d’un coup une question énorme, celle des altérations de l'air dans l’habitation et des moyens de les éviter ou tout au moins de les maintenir au degré compatible avec la santé.
L’idéal de l’habitation serait évidemment une création qui soustrairait l’individu, la famille ou les groupes à l’action des propriétés physiques de l’atmosphère, dans la mesure convenable et rien que dans cette mesure;
> en même temps qu’elle permettrait aux intéressés de jouir de l’intégrité parfaite des propriétés chimiques et biologiques de l’air. Toute l’hygiène de l’habitation est là : trouver les moyens de satisfaire à cette double exigence, ce sera résoudre le problème ; et les développements dans lesquels nous allons entrer seront constamment dominés par le souvenir de ces deux objectifs inséparables.
Le vêtement est, tout d’abord, comme l’habitation, un moyen de modifier les qualités thermiques ou hygrométriques de l’air; de même que la maison, il ne doit rien nous faire perdre des actions bienfaisantes de ce milieu. C’est pourquoi nous réunissons les deux objets dans le même chapitre.