Une graine vue à la loupe
Pivot somnifère, Papaver tomniferum. L.
Plante originaire de l'Orient, et qu'on cultive depuis long-temps en Europe. Partie* usitées : le sue qui en découle ou qu'on en exprime pour le faire épaissir, il porte alors le nom d'opium.
Caractères botaniques. Tige cylindrique , glabre , de 2 à 3 pieds de haut ; feuilles sessiles, alongées, semiamplcxicaules, glauques et incisées sur les bords; fleurs solitaires terminales, rouges ou blanches, très-grandes ; cor. 4 pét.; environ 100 étam. ; stigmate orbiculaire, étoile ; fruit : capsule arrondie , couronnée par le stigmate persistant et contenant des graines très-nombreuses, brunes et très-petites.
Propriétés physiques. Le suc épaissi ou l'opium , tc| qu'il est apporté de l'Orient , est en masses aplaties , circulaires, rougeâlres à l'extérieur, d'un brun-noirâtre à l'intérieur , dures, à cassure brillante et compacte, d'une saveur amère, âcre et nauséabonde, d'une odeur particulière , vireuse , et d'une pesanteur spécifique de 1,336. Malaxée entre les doigts, cette substance se ramollit et devient tenace et poisseuse.
Propriétés chimiques. L'opium est composé de Morphine combinée à un acide particulier nommé Mécanique, àcKarcotine. d'une matière extractive, de mucilage, de fécule , de résine , d'huile fixe, de caoutchouc , d'une substance végélo-animale , de débris de fibres végétales et de sable. L'opium est en partie soluble dans l'eau , l'alcool, l'étber, le vinaigre et le jus de citron ; broyé dans l'eau chaude , 5/12 se dissolvent, 6/12 sont suspendus, et 1/12 reste sans être dissous. Chauffé à l'air libre, il s'enflamme et brûle rapidement.
Préparations. L'opium brut du commerce s'obtient en faisant des incisions multipliées aux capsules du pavot. Il s'écoule un suc visqueux , qui s'épaissit à l'air ; on l'enlève et on le mêle avec l'extrait du suc exprimé de la plante.
Pour les usages pharmaceutiques, on purifie l'opium brut, en le traitant par une grande quantité d'eau froide; on obtient ainsi un extrait beaucoup plus pur qu'on nomme Extrait aqueux d'opium.
Usages. L'opium parait agir directement sur le système nerveux. Administré à très-petites doses, il diminue la sensibilité, et produit un étal de calme qui porte au sommeil ; ce qui est surtout remarquable lorsque le malade est en proie à la douleur. A doses un peu plus fortes, il agit d'abord comme stimulant très-énergique ; il augmente la force , la fréquence et ta plénitude du pouls, ainsi que ta chaleur animale et les forces musculaires; il exalte les fonctions intellectuelles; mais bientôt et progressivement, on voit succéder à ces effets, de la langueur, de la pesanleurdc têle, un affaissement général, et un sommeil agité et non réparateur. A hautes doses, c'est un poison des plus violents : il détermine une inflammation très-intense des organesdigestifs, accélère la circulation , quelquefois il la ralentit , mais, dans tous les cas , le pouls est irrégulicr, il produit une sorte d'ivresse, le coma , en un mot, tous les symptômes qui caractérisent le narcolisme et qui peuvent être suivis de la mort.
On emploie très-fréquemment l'opium pour calmer les douleurs, combattre l'insomnie et diminuer l'exalta-
tion de la sensibilité dans beaucoup de cas, et notamment dans la plupart des maladies organiques chroniques. On en obtient de très-bons effets dans le traitement des diarrhées et du choléra-morbus. On l'a conseille) dans les fièvres intermittentes seul ou uni à l'émétique ou au quinquina. Il est très-utile dans les névralgies, et, en général, dans toutes les affections nerveuses et spasmodiques. Dans le delirium tremens, on le donne à trèshautes doses , de même que dans le tétanos et l'hydrophobie. Son usage est conlre-indiqué dans toutes les maladies inflammatoires , et lorsque les symptômes fébriles sont très-dé veloppés ; cependant, uni au calomel, il produit souvent de très-bons effets dans certaines inflammations dépendantes de causes locales, telles que les fractures, la brûlure, etc. C'est un des médicaments les plus fréquemment employés, et qui agit le plus efficacement entre les mains d'un praticien habile.
Les Tètes de Pavots sont des capsules desséchées du Pavot somnifère, variété blanche, qu'on cultive en France. Elles sont ovoïdes , de la grosseur d'un œuf de poule, sèches, d'un blanc-jaunâtre, inodores et d'une saveur un peu amère. Elles contiennent, à leurintérieur, une très-grande quantité de petites graines blanches.
Propriétés chimiques. Les capsules du pavot paraissent contenir , outre une grande quantité de mucilage et de fibres végétales , les mêmes principes que l'opium et même de la morphine ; mais en moindre proportion. L'eau et l'alcool s'emparent de leurs principes actifs.
Usages. Elles jouissent des mêmes vertus que l'opium , mais à un bien moindre degré. Elles sont journellement employées en décoction , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans les cas où les calmants sont indiqués. L'extrait qu'on en prépare , quoique beaucoup moins actif que l'opium , est très-utile dans beaucoup de circonstances , et offre l'avantage d'agir comme calmant d'une manière très-efficace , et de ne produire presque jamais le narcolisme.
Les pétalesdu Coquelicot, Papaver rha-ut, L. , plante annuelle indigène, très-commune dans les champs, sont d'une belle couleur rouge , d'une légère odeur vircuse et d'une saveur mucilagineuse. On les emploie très-souvent comme émoliicnles et légèrement anodines dans les catarrhes pulmonaires cl d'autres affections inflammatoires.
Morphine. Principe immédiat de nature alcaline , découvert par Serluerner , et qui existe dans l'opium et l'extrait de pavot indigène , combiné à l'acide méconiqoe.
Propriétés physiques. Celle substance est blanche , opaque , en aiguilles prismatiques rectangulaires , ou en prismes à base trapézoïdale , inodore , presque insipide à cause de son insolubilité , mais très -amère lorsqu'elle est dissoute , et inaltérable à l'air.
Propriétés chimiques. Selon Pelletier et Dumas, elle est composée de : carbone 72,02; atote 5,53; hydrogène 7,01, et oxigène 14,84. Elle est presque insoluble dans l'eau froide , elle se dissout un peu dans ce liquide bouillant , et complètement dans l'alcool et surtout dans l'étber. Chauffée doucement, la morphine fond et se prend par le refroidissement en une masse rayonnée; à une plus haute température , elle se décompose. Elle jouit des propriétés alcalines, verdit le sirop de violettes, se com-
bine arec le» acide* affaiblit , cl forme des sels neutres solubles. Mite en contact avec de I acide nitrique concentré , elle prend une belle couleur rouge et , avec let tels de for au maximum d'oxidatioa , une belle couleur bleue.
Préparations. On traite une solution aqueute d'opium par de la magnésie, qui forme, avec l'acide méconique , un tel intoluble , et précipite autti la morphine et la narcotine. On lave le précipite* , d'abord avec de l'alcool faible, pour téparer la narcoline, et ensuite avec de l'alcool concentré bouillant , pour dissaudre la morphine, qui se dépote par le refroidittement.
Usages. La morphine exerce sur l'économie une influence narcotique i ri ! s- prononcée. C'ett le principe le plut actif de l'opium, dont» elle offre, dit M. Magendie, tout les avanlaget, tant en avoir let inconvénient!. » Ce que nout venons de dire t'applique turtoul aux sels qu'elle forme avec let acides; car à cause de ton peu de solubilité, elle n'ett pretque jamais employée qu'à cet état de combinaiton.
Acétate t>k morphine. Sel neutre qui résulte de l'actiou de l'acide acétique sur la morphine.
Propriétés pmvsiqiks. Il est blanc, inodore, d'une saveur très-amère et extrêmement déliquescent II cristallise difficilement; on peut cependant l'obtenir en masses cristallines formées d'aiguilles disposée» en rayons divergent!.
Propriétés < himmji ex. Il est Irès-soluble dans l'eau. Chauffé fortement, il se décompose et répand une odeur particulière très -désagréable , et, traité par l'acide sulfurique étendu , il donne des vapeurs d'acide acétique ; il possède du retle les autres propriétés de la morphine.
Préparations. On combine directement l'acide à la base, et on fait évaporer à une douce chaleur pour obtenir l'acétate cristallisé ; dans cet état, on le dessèche avec précaution, et on le réduit en poudre.
Usages. Il jouit des mêmes vertus que la morphine ; mais il agit avec plut de promptitude et d'énergie , à cause de ta solubilité. Il est très-employé aujourd'hui dans tous les cas où l'opium et ses préparations sont indiqués.
Sulfatr dr morphine. Substance saline neutre qui résulte de l'action de l'acide sulfurique affaibli sur la morphine.
Propriétés physiques. Il ett blanc, cristallisé en aiguilles réunies en houppes soyeuses, inaltérable à l'air, inodore cl d'une saveur très-amère.
Propriétés chimiques. Il est composé de 100 de morphine et de 12,46 d'acide sulfurique, plus de l'eau de cristallisation. Il est soluble dans deux fois son poids d'eau distillée bouillante. Il se décompose facilement par l'action du feu et prend une teinte rouge-violelle. Il peut se combiner avec une nouvelle quantité d'acide pour former un bi-sulfale.
Préparations. On traite directement la morphine par l'acide sulfurique affaibli , et on laisse cristalliser la liqueur.
Usages. Let mêmes que ceux de l'acétate , sur lequel on commence à lui donner la préférence , parce que sa composition n'est pas sujette à varier.
Le Citrate dr morphine dont l'emploi a été proposé
par Porter de Bristol, et qu'il était loin d'employer pur, puisqu'il le préparait en traitant l'opium par l'acide citrique par simple macération , a été jusqu'aujourd'hui très-peu étudié. Porter et plusieurs praticiens américains pensent que ce composé agit plus promptement et plus fortement , mais d'une manière moins permanente que l'opium. Magendie, dans l'avant-dcrnière édition de son Formulaire, a proposé de combiner directement la morphine à l'acide citrique pour former une solution de citrate de morphine ou Gouttes rotes.
L'Htdrocrlorate et le Nitrate or morphine sont aussi très - solubles et très-actifs. Us n'ont pas été employés jusqu'à présent. Peut-être devrait-on les essayer.
La Narcotime, ou Sel de Dsrosne , principe immédiat contenu dans l'opium , est blanche , en aiguilles soyeuses, insipide et inodore. Elle n'est ni acide ni alcaline, cl ne forme pas de sels avec les acides qui la dissolvent seulement , de même que les huiles et l'éihcr. File est aucootrairc presque insoluble dans l'eau, et exige 100 d'alcool froid et 24 de ce liquide bouillant pour se dissoudre . D'après les expériences de Bally, celte substance n'a presque pat d'action tur l'homme ; suivant Orfila , au contraire , elle exerce une influence stupéfiante et délétère ; et enfin , Suivant Magendie, elle agit comme un excitant puissant. Ouoi qu'il en soit de ces opinions ti contraires, la narcoline n'est pat employée comnio médicament.
La Ciélidoine crande Éct AiRE, Chelidnnium majus, L., est remarquable par son extrême Acreté,et pourrai) , à défaut d'autres moyens , servir à irriter vivement la peau, et même y déterminer une vésication complète.
CENT DlX-NEDVii'Mi: rAlIUE.
* crucifères. Crueiferce. ivss.
L'une des familles les plus grandes et des plus naturelles do repue végétal, compose de plantes herbacées ou quelquefois soufriitescpiiles, croissant pour la plupart en Europe. Leurs feuilles sont alternes, simples, ou plus ou moins profondément incisées; leurs fleurs, disposées en épis ou grappes simples ou paniculécs. Le calice est formé de quatre sépales caducs, et dont deux sont quelquefois bossus à leur base. La corolle se compose de quatre pétales onguiculés, opposés en croix (de là le nom de Crucifères). Les étamines, au nombre de six, sont télradynamcs , c'est-à-dire qu'il y en a quatre plus grandes rapprochées deux par deux, cl deux plus courtes et opposées. A la base des étamines on trouve sur le réceptacle deux ou quatre glandes, dont une entre chaque paire des grandes étamines, et une plus grande sur laquelle est imposée chaque petite élamine. L'ovaire est plus on moins alongé, à deux logos séparées par une fausse cloison. Chaque loge contient un ou plusieurs ovules attachés au bord externe de la cloison membraneuse, qui n'est qu'un prolongement des deux Irophospermes suluraux. Le stvieesl court ou presque
nul, et semble une continuation de la cloison; il se termine par un stigmate bilobé. Le fruit est une silique ou une silicule, d'une forme variable, indéhiscente, ou «'ouvrant en deux valves. Les graines sont attachées de chaque côté de la cloison. Leur embryon est immédiatement recouvert par le tégument propre ; il est plus ou moins recourbé sur lui-même.
Les genres qui composent celte famille sont extrêmement nombreux. Lionée les divisait en deux ordres, suivant que le fruit était une silicule ou une silique. Daus le premier, on trouve entre autres les genres Lepidium , TMaspi , Isatis, Myagrum, Cochlearia, Ibetis, etc. Dans le second, les geures Cheiranthus, Sisymbrium , Hesperls , brmtica , Eruca , Sinapis , etc.
PL. X.XXVI. Fig. 488. Sommet d'une lige de Lunaire
annuelle , Lunaria annua.