‹ Nouveaux éléments de botanique et de physiologie végétale avec le tableau méthodique des familles naturellesChapitre 39 sur 259 · DE LA FÉCONDATION · texte numérisé non relu

DE LA FÉCONDATION

Les anciens n'avaient que des idées vagnes sur l'existence des sexes dans les végétaux. Cependant, dulcmpsd'llérodole.les Babyloniens distinguaient déjà les dattiers mâles et les dattiers femelles, el pratiquaient la fécondation artificielle de ces derniers pour en obtenir plus sdremenl des fruits. On sait que cet usage s'est conservé parmi les Arabes,

DK BOTANIQUE.

oà il existe de temps immémorial. Théophrasle parle aussi de plantes mâles etdc plantes femelles, mais sans appliquer toujoursces noms aux individus auxquels ils appartiennent réellement. Plusieurs autres auteurs paraissent aussi avoir eu connaissance du sexe des plantes, mais sans savoir précisément quelles étaient les parties de la tleur qui les constituaient.

En 1 383, Cisalpin commença à distinguer a\ec plus de précision les fleurs niâtes et femelles dans les plantes dioïques, tels que les palmiers, la mercuriale, etc., en disant que les miles étaient celles qui restaient stériles, et les femelles celles qui portaient des fruits.

Mais les premières notions exactes qu'on eut sur ce sujet furent dues à Grew, en 10 82, et surtout à Camérarius, professeur à Tubingc, qui, en 1114, publia sa fameuse lettre où il fait voir l'usage des diverses parties de la fleur, et le rôle que chacune d'elles joue pour opérer la fécondation des germes ou embryons.

Depuis celle époque, Morland, on 1703, Geoffroi le jeune, en 1711 , et Sébastien Vaillant, en 1 7 1 7, reprirent ce sujet et l'exposèrent do manière à ne plus laisser de doute sur l'existence d'organes sexuels dans les végétaux ; et si depuis lors il s'est rencontre quelques auteurs qui aient nié cette existence des sexes, la généralité des botanistes l'a néanmoins admise. Les expériences nombreuses qui , depuis un certain nombre d années , ont été faites pour éclaircir ce point, ont toutes eu pour résultat d'eu constater la réalité.

La position des organes sexuels dans les animaux et les plantes présente des différences assci marquées. Aiusi les animaux qui ont la faculté de se mouvoir i leur volonté , de pouvoir se transporter d'un lieu dans un autre, ont les organes sexuels séparés sur deux individus différents, l'un ruàle et l'autre femelle. Le mâle, à des époques déterminées, excité par un sentiment Ultérieur, recherche la femelle et s'en rapproche.

Les végétaux, au contraire, privés de celte faculté locomotrice, attachés irrévocablement au lieu qui les a vus naître, devant y croître et y mourir , ont en général les deux organes sexuels réunis , non-seulement sur le môme individu , mais le plus souvent' encore dans la même fleur. Aussi l'hermaphrodilisme est-il très-commun dans les végétaux.

Cependant, il en est qnelques-uns qui, au premier coup d'œil , sembleraient uc pas se trouver dans des circonstances aussi favorables, et dans lesquels la fécondation paraîtrait avoir été abandonnée par la nature aux chances du hasard. On voit que je veux parler des végétaux monoïques cl dioïques. En effet, les deux organes sexuels sont éloignes l'un de l'autre et bouvenlàdes distances considérables. Mais a J mirons encore ici la prévoyance de la nature. Les animaux avant la sub-

stance fécondante liquide , l'organe mâle doit agir (iirectement sur l'organe femelle pour pouvoir le féconder. Si, dans les végétaux, celte substance eût été de même nature que dans les animaux, nul doute que la fécondation n'ciH éprouvé les plus grands obstacles dans les plantes monoïques et dioïques. Mais chez eux le pollen est sous forme d'une poussière dont les molécules, légères et presque imperceptibles , sont transportées , par l'air atmosphérique et les vents, à des distances souvent inconcevables.

Remarquons encore que le pins souvent , dans les plantes monoïques, les fleurs mâles sont situées vers la partie supérieure du végétal, en sorte que le pollen, en s'échappant des loges de l'anthère, lombcnalurellementetpar son propre poids sur les fleurs femelles placées au-dessous des premières.

Les fleurs hermaphrodites sont, sans contredit, celles dans lesquelles toutes les circonstances accessoires sont les plus favorables à la fécondation. Les deux organes sexuels, en effet, se trouvent réunis dans la même fleur. Celle fonction commence à l'instant où les loges de l'anthère s'ouvrent pour mettre le pollen en liberté. Il est des plantes dans lesquelles la déhiscenec des anthères, et par conséquent la fécondation, s'opère ivant le parfait épanouissement de la fleur. Mais, dans le plus grand nombre des végétaux , ce phénomène n'a lieu qu'après que les enveloppes florales se sont ouvertes et épanouies. Dans certaines fleurs hermaphrodites, la longueur ou la brièveté des étamines, par rapport au pistil, semblerait d'abord un obstacle à la fécondation. Mais, comme le remarque ingénieusement Linnsus, quand les étamines sont plus longuesquelc pistil , ks fleurs sont en général dressées. Elles sont aucontrairc renversées dans celles où les étamines sont pluscourlesquc le pistil. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combieu une semblable dispusiliou est favorable â l'acle de la fécondation. Quand les étamines sont aussi longues que les pistils, les fleurs sont indistinctement dressées ou pendantes.

Pour bien faire conuallre la fécondation dans les végétaux , nous étudierons séparément , et les uns après les autres, les arlcs ou phénomènes qui préparent et précèdent cette fonction, et qu'on peut appeler accessoires ou préparatoires, ceux qui la constituent réellement et qu'on peut appeler phénomènes essentiels, cl enfin let phénomènes consécutifs, qui se développent lorsque la fécoudation est achevée.

$ 1 . Phénomènes préparatoires de la fécondation.

La fécondation s'opère en général dans les végétaux au moment de faulhèse , c'est-a-dire quand les parties qui composent la fleur, étant parvenues à leur développement parfait, les enveloppes florales s'épanouissent et découvrent les organes sexuels. On voit alors les anthères , jusqu'alors

parfaitement Intactes, entrouvrir leurs loges et le pollen s'en détacher, pour se répandre sur le stigmato et souvent sur les autres parties de la fleur : c'est alors que la fécondation s'opère. Cependant il est un certain nombre de végétaui dans iesqnels la fécondation a lieu avaut l'épanouissement complet de la fleur, quand le périanthe recouvre encore les organes sexuels; de ce nombre sont plusieurs plantes de la familIcdcsSynauthérécs ctde la famille des Campanulacées. Quant la fleur t'épanouit , déjà les anthères sont ouvertes et en parlio vides ; la fécondation est achevée.

Au moment où la fécondation doit s'opérer, tl se fait souvent dans les organes sexuels des changements assez appréciablcsqui'précèdcnt celte fonction , ou bien ces organes exécutent des mouvements plus ou moins marqués. Nous les signalerons dans quelques-uns des végétaux où ils sont le plus évidents.

A l'époque de la fécondation , les huit on dix étamines qui composent les fleurs de la rue (Auto graveolens) se redressent alternativement vers le stigmate, y déposent une partie de leur pollen, et se déjeltent ensuite en dehors.

Les étamines du Sparmannia africana, de l'épinc-vinclte , lorsqu'on les irrite avec la pointe d'une aiguille, se resserrent, se rapprochent les unes contre les autres et se redressent contre le pistil.

Dans plusieurs genres de la famille des Urticées, dans la pariétaire, le mûrier à papier, etc., les étamines son infléchies vers le centre de la fleuret au-dessous du stigmate. A une certaine époque , elles se redressent avec élasticité, comme autant do ressorts, et lancent leur pollen sur l'organe femelle.

Dans le genre Kalmia. les dix étamines sont situées horizontalement au fond de la fleur , et leurs autheres sont renfermées dansautant de petites fossettes, qu'on aperçoit à la base de la corolle. Pour opérer la fécondation , chacune des étamines se courbe légèrement sur elle-même, diminue ainsi la longueur de son filet, et finit par dégager son anthère de la petite fossette qui la contenait. Elle se redresse alors au-dessus du pistil, et verse sur lui son pollen.

Les organes femelles de certaines plantes paraissent également doués do mouvements qui dépendent d'une irritabilité plus développée pendant la fécondation.

Ainsi le stigmate de la tulipe ctde plusieurs autres Liliacées se gonfle, et parait plus humide à celte époque.

Les deux lames qui forment le stigmate du Mimulus se rapprochent et se resserrent toutes les fois qu'une petite masse de pollen ou un corps étranger quelconque vient à les toucher.

Dans le Leschenaultia , jolie petite plante originaire de la Nouvelle-Hollande , le stigmate est

en forme de coupe , dont les bords sont garnis de poils assez longs. Au moment où les anthères s'ouvrent, une partie du pollen tombe dans le stigmate qui est concave , et l'on voit alors les poils qui le bordent se rapprocher de manière à en boucher l'entrée, et le stigmate lui-même se contracter comme pour embrasser les grains polllniques.

Il parait môme, d'après les observations de MM. de Lamarck et Bory de Saint-Vincent , qoo plusieurs plantes développent à cette époque une chaleur extrêmement manifeste; ainsi, dans Y Arum iialicum, et quelques autres plantes de la même famille , le spadice qui supporte les fleurs dégage uno assez grande quantité de calorique pour qu'elle soit appréciable à la main qui le touche.

Cette élévation de température qui, pourlUrum i (al< m m , a été de 0 degrés, a été de 44 à 40 degrés pour l'arum cordifolium , la température ambiante étant de 10° à l'Ile-de-France, selon MM. Hubert et Bory de Saint-Vincent.

Murray dit aussi avoir observé le même phénomène dans plusieurs autres fleurs.

Un grand nombre de plantes aquatiques; telles que les Nymphœa . les Villartia , les Menyanthes, eic, ont d'abord les boulonsdc leurs fleurs cachés sous l'eau; peu à peu on les voit se rapprocher de sa surface, s'y montrer, s'y épanouir, et, quand la fécondation s'est opérée, redescendre au-dessous de l'eau pour y mûrir leurs fruits.

Mais cependant la fécondation p. ut s'opérer dans les plantes entièrement submergées. Ainsi M. Ramond a trouvé dans le fond d'un lac des Pyrénées le Ranunculut aquatilis recouvert do plusieurs pieds d'eau, et portant cependant des fleurs et des fruits parfaitement mûrs. La fécondation s'était donc opérée au milieu du liquide. Mon ami M. Bâtard, aulcurde la Flore de Maine-et-Loire, eut occasion de retrouver la même plante dans une circonstance analogue. Il fit la curieuse remarque que chaque fleur ainsi submergée contenait entre ses membranes, et avant son épanouissement, une certaine quantité d'air, et que c'était par l'intermède de ce fluide que la fécondation avait lieu. L'air qu'il trouve ainsi renfermé dans les enveloppes florales encore closes, provenait évidemment de l'expiration végétale dont nons avons précédemment étudié les phénomènes.

Cette observation, dont l'exactitude a été plusieurs fois vérifiée depuis cette époque, nous explique parfaitement le mode de fécondation des plantes submergées, quand elles sont pourvues d'enveloppes florales. Mais il devient impossible d'en faire l'applicalion aux végétaux dépourvus de calice et de corolle; tels sont le Ruppia , le Zoslera, le Zanicheltia . et d'autres encore, dont la fécondation s'opère, bien que leurs fleurs soient entièrement plongées dans l'eau.

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g ». Phénomènes essentiels do la fécondation.

Les phénomènes essentiels do la fécondation sont ceax qui constituent réellement cette fonction. On peut y distinguer trois stades ou période», 1° l'action que le pollen exerce sur le stigmate, au moment où ses granules so trouvent en contact avec cet organe ; 2° le transport ou le trajet de la matière fécondante, du stigmate jusqu'à l'ovule; 3 U l'action de la matière fécondante sur l'ovule lui-uiémc. Nous étudierons successivement les phénomènes qui appartiennent à ces trois temps de la fécondation.

1° Action du polltn tur le stigmate.

Nous avons vu précédemment qu'au moment où la fécondation doit s'opérer, le stigmate, dans certains végétaux, se tuméfie, et que surtout sa surface se recouvre d'un enduit visqueux plus abondant. Cet enduit visqueux a pour usage, 1° de retenir les grains de pollen, qui sans cela ne resteraient point appliqués à la surface du stigmate; S" de favoriser leur gonflement et leur rupture.

En effet , dès que les grains polliniques sont en contact avec le stigmate, on les volt bientôt se gonfler. Ceux qui étaient ellipsoïdes ou alongés deviennent sphériques, et au bout d'un temps plus ou moins long, de quelques heures pour certaines espèces, de deux, trois ou même quatre jours pour d'autres, la membrane extérieure des utricules polliniques se rompt, et la membrane intérieure sort sous la forme d'un appendice lubulcux et ver-, iniforme. Le nombre des appendices que peut émettre chaque granule est très-variable : tantùt on n'en voit qu'un seul, tantôt on en compte deux ou trois, comme dans les pollens triangulaires des Onagres. M. Amici (Ann. Se. nat. , novembro 1 830) pense que d'un même ulriculc peuvent sortir dix, vingt, et même jusqu'à trente appendices lubulcux.

Ces appendices lubulcux se comportent différemment, suivant que les utricules du stigmate sont nus , ou suivant qu'ils sont recouverts d'un épiderme. Dans le premier cas, on les voit pénétrer plus ou moins profondément entre ces utricules , et s enfoncer ainsi dans la substance mémo du stigmate. Selon M. Brongniart, au bout d'un trajet plus ou moins long, l'appendice se dilate à son sommet, les granules de la fovilla s'y accumulent , ta membrane finit par se rompre, et les granules se trouvent mis à nu dans la substance du stigmate. M. Amici, au contraire, pense que les appendices s'alongcnt depuis la surface du stigmate jusqu'au placenta qui porte les ovules, et que c'est par ce moyen que les granules polliniques arrivent jusqu'aux ovules. Suivant ces habiles observateurs, dans les ovaires qui contiennent ungrand nombre d'ovules, il y aurait un appendice lubulcux pour chaque ovule.

Lorsqu'au contraire, Io stigmate est recouvert d'un épiderme, comme dans les Malvacécs, par exemple, l'appendice tubuleux no pouvant pas pénétrer entre les utricules stigmatiques, se soude par son sommet avec cet épiderme ; et dans le lieu mémo do leur réunion, il finit par se former une petite ouverture, par laquelle les granules de la fovilla s'iutroduisentdanslasubslancedu stigmate.

2° Trajet de la matière fécondante jusqu'aux ovules.

Avant qu'on ne connût parfaitement la structure des grains polliniques, et la manière dont ils se comportent sur le stigmate, on avait émis plusieurs opinions sur la roule que suivait la matière fécondante pour arriver jusqu'aux ovules. Ainsi Morland pensait que les grains do pollen traversaient le stigmate et se rendaient dans un caual qui occupait le centre du style. Ce canal existe en effet dans le style d'un certain nombre do v gétaux , comme le Lis, le Cactus opuntia, etc. ; mail il parait manquer dans le plus grand nombre. Nous n'avons pas besoin de dire non plus que ce ne sont pas les grains de pollen entiers qui descendent jusqu'aux ovules : ainsi, l'opinion de Morland ne peut être admise.

. D'autres ont dit que la matière fécondante (la fovilla) exerçait son action uniquement sur le stigmate, et que c'était en quelque sorte par sympathie qu'elle s'étendait aux ov ules.

Selon M. Auguste do Saint-Hilaire, la matière fécondante descendrait aux ovules par des faisceaux de vaisseaux que cet habile observateur a nommés cordons pislilliaires; mais les recherches les plus minutieuses n'ont pu faire reconnaître l'existence de ces faisceaux vasculaires.

31. Link pense que c'est à travers lesparoisdes cellules qui composent les diverses parties du pistil, qu'a lieu le transport de la fovilla.

Kéccmment, M. le docteur Schultz, à qui l'on doit des observations Irès-curicuscs sur la circulation des sucs dans les végétaux , a reproduit en partie les idées de Morland, et pense que la matière fécondante descend parmi canal central.

Enfin, M. llrongniarl admet que les granules, après la rupture de l'appendice verroiforme, sont versés dans le tissu propre du stigmate, et que c'est par les espaces interccllulaires que leur trajet a lieu. Dans lo potiron, dit-il, le tissu ulriculairc qui unit le stigmate et les ovules no montre pas de globules dans ses intervalles avant la fécondation ; mais lorsque celle-ci s'est opérée , on suit avec la plus grande évidence dans ce tissu jaunâtre la traînée brune des granules spermatiques, et on les voit parvenir jusqu'aux ovules. I es cellules n'en contiennent jamais; ils se montrent toujours dans leurs interstices. Ce transport parait avoir lieu par suite de l'hygroscopéité des granules. Quant à M. Amici, nousavous déjà dit précédemment que ce sav ant rapporte avoir suiv i les appcti-

dices depuis le stigmate jusqu'aux placentas 6ur lesquels les ovules sont attaches.

Quelle que soit l'explication qu'on adopte, les granules de la fovillc descendent jusqu'aux trophospertnes; les ovules les absorbent par l'ouverture des téguments nommés micropyle. Ces granules arrivent jusqu'à l'amande, et la fécondation s'opère. Quelquefois on voit sortir de l'ovule, par le micropyle , un petit appendice tubu'eux, qui vient s'appliquer sur le placenta, cl y puise les granules fécondants pour les porter daus l'intérieur de l'ovule. Ce tube, lorsqu'il existe, ce qui est rare , aboutit intérieurement au point de l'amande où doit se former l'embryon, c'est-à-dire à la petite vésicule que Malpighi a nommée sac de l'amuios. Nous exposerons plus lard avec détails les changements qui s'opèrent daus l'ovule, après l'imprégnation.

Dans les plantes qui forment les familles des Orchidées et des Asclépiadées, le pollen n'est pas pulvérulent; mais il forme des masses solides en même nombre que les loges des anthères. La fécondation paraissait devoir s'opérer difûcilement daus ces végétaux. Cependant dans la famille des Orchidées, les masses polliniques sont quelquefois terminées par un petit corps glanduleux et visqueux, nommé rélinacle, cl qui parait devoir servir à fixer le pollen au sligmale.au moment où il s'échappe des loges de l'anthère. Mais très-souvenl le pollen reste dans la loge qui le conlieut, n'est point mis en contact immédiat avec le stigmate. C'est sans doute pour celte raison que les Orchidées en général portent rarement des graines qui parviennent à leur maturité, parce qu'en effel la fécondation s'y opère difficilement, beaucoup d'auteurs avaient pensé que la fécondation y avait lieu par transmission du fluide fécondant à travers le tissu de l'anthère, sans que le pollen fut mis en contact avec ce dernier. Mais tout récemment, et en même temps, M. Rob. Brown à Londres, et M. B i on g n ia r l a Paris, ont reconnu que les pollens solides des Orchidées, lorsqu'ils étaient appliqués sur le stigmate, s'y comportaient Je la même manière que les pollens pulvérulents, c'esl-à-dirc que les granules, dont la réunion constilue la iiia-se solide, émettent des appendices lubuieux qui péuétrenl dans les ulricules stigmatiques.

Il y a néanmoins celte différence très-nolable , c'est que les ulricules polliniques ne soul composés que d'une membrane simple ; de sorte que ces appendices ne sortent pas de l'intérieur des ulricules, mais sont une prolongation de la membrane unique qui les compose. Dans ces appendices, on voit les granules de la fovilla exéculer des mouvements très-sensibles.

Les Asclépiadées ont offert qui Iqucs différences, à cause de l'organisation particulière de leurs masses polliniques. Dans les plantes de celte famille, chaque masse polliuiquc est une sorte de coque relluleuFe, dont les paroi» so.nt épaisses et

cclluleuses. C'est daos l'intérieur de ces cellules que l'on trouve les ulricules polliniques qui sont simples. Au momeut où la fécondation doit s'opérer, les anthères, qui sont en quelque sorte appliquées contre le stigmate, s'ouvrent, la coque pol- Iiniquc se rompt sur son bord le plus voisin du stigmate, et à traverscelle ouverture on voit sortir un grand nombre d'appendices lubuieux, qui tous naissent des ulricules polliniques dont ils sont également une simple extension, comme dans les Orchidées. Ainsi, par ces observations récentes, on voit que la fécondation s'opère absolument de la même manière dans les plantes à pollen solide, et dans celles où il est pulvérulent.

Maintenant, quel est le rôle de la fovilla, ou plutôt des granules qu'elle renferme? il est impossible de ne pas reconnaître que ces granules, dans lesquels quelques auteurs ont vu des mouvements spontanés, sont tout-à-fail analogues aux animalcules qui existent dans le sperme des animaux. Dès-lors il semble rationnel de leur attribuer le même rôle qu'à ces derniers.

Or, on sait que plusieurs hypothèses différentes ont été émises pour expliquer le phénomène do l'imprégnation. Mais ces divers systèmes peuvent se réduire à deux principaux, qui sont connus sons les noms d'évolution et à'èpigénist.

Dans la théorie de l'évolution, on admet la préexistence des germes. La fécondation consiste uniquement à activer leur développement. On voit que c'est ici que se rattache cet autre système connu sous le nom d'emboîtement des germes. Les partisans de celte théorie se divisent en deux classes. les uns, tels que Leuwenhoek, Xccdham, Sam. Mnrland, Geoffroy le jeune et llill, disent que c'est la matière fécondante du mâle, le pollen dans les végétaux , par exemple , qui contient le germe. L'acte de la fécondation a pour but d'introduire cegermedéjà existant dans les organes de la femelle, où il doit acquérir un certain développement , avant d'être en état do vivre par lui-même.

Les autres, au contraire, comme Graaf, Vaillant, Bonnet et Spallanzani, disent que le germe préexiste daus les organes femelles, dans l'ovule, par exemple. La matière spermatique du mâle a pour objet d'activer son développement.

Le système de l'épigéuèsc admet en principe qu'il n'existe aucuuc trace des germes antérieurement à l'imprégnation ; ces germes se forment do toutes pièces au moment où la fécondation s'opère. Mais tous les auteurs qui ont admis celle théorie ne sonl pas d'accord sur la manière dont a lieu cette formation de l'embryon. Les uns veulent qu'elle résulte du mélange des deux liqueurs séminales mâle et femelle. Cette opinion a été soutenue parles philosophes de l'antiquité. Aristolc, nippocrale, expliquaient ainri la formation des germes. Vers le milieu du siècle dernier, Buffon, en la revêtant des formes admirables de son style.

DE BOTAMQUE.

el en l'étayant de quelques faits et observations nouvelles la tira de l'oubli où elle était tombée.

Enfin, pour beaucoup d'auteurs, la fécondation ne serait qu'une modification, qu'une extension d'une fonction plus générale, la nutrition. Celte opinion a été présentée et développée avec talent par le professeur Tréviranus, dans un mémoire dont on peut lire la traduction au tome 20 du Journal complémentaire des Scietices médicales, pages 107 et 307.

Maintenant on conçoit que chacune de ces opinions peut être appliquée à l'explication de la fécondation dans les plantes : car ici l'observation directe ne peut être invoquée pour en adopter une â l'eiclusion des autres. Cependant il me semble que la théorie de l'épigénèse s'appuie sur un plus grand nombre de faits positifs. Ainsi, il est bien évident qu'avant l'imprégnation, on ne trouve aucune trace de germe dans l'ovule, comme il résulte des belles observations du professeur Mirbel sur le développement de cet organe. La fécondation est une action vitale, dont il me parait impossible de saisir la cause finale. Nous connaissons les phénomènes qui semblent la déterminer; nous pouvons en suivre le mécanisme; nous en apprécions parfaitement les résultats : mais le point essentiel qui sépare ces deux époques de la fonction nous est inconnu, comme, au reste, l'essence de toutes les autres fonctions de la vie.

Noos venons d'exposer la théorie de la génération par le moyen des sexes daus les végétaux , comme un fait généralement adopté , et la majorité des physiologistes l'ont admise, ainsi que nous venons de la faire connaître. Cependant il s'est trouvé des dissidents qui ont nié l'existence des sexes dans les plantes et par conséquent la fécondation. Nous devons ici faire connaître les objections qu'ils ont élevées contre cette théorie.

Spallanzani, dans son Mémoire sur la génération des plantes, dit avoir vu que quelquefois des plantes à fleurs dioïques avaient donné des graines parfaites, bien que les individus femelles aient été entièrement séparés des mâles. Ces expériences ont élé faites sur le chanvre, l'épinard, la mercuriale, le melon d'eau. Pour éviter toute espèce de causes d'erreur, et surtout pour résoudre l'objection qu'on lui avait faite que des individus maies, ignorés de lui, et éloignés des individus femelles, avaient pu féconder les graines, Spallanzani fit venir des melons d'eau pendant l'hiver, époque où il était certain qu'il n'en existait pas d'autres dans toute la Lombardie, et ses femelles donnèrent néanmoins des graines fécondes. Ces résultats seraient sans contredit d'un très-grand poids , m les mêmes expériences, répétées par d'antres observateurs, n'eussent amené des résultats loutà-fail différents M. Marti, a Barcclonne, et surtout le célèbre Voila, reprirent les expériences qui avaient été faites par Spallanzani ; et toutes le s fois qu'ils réussirent à soustraire les fleurs femel-

les à l'action des fieors mâles, les premières furent stériles. Ce qui a pu causer l'erreur de Spallanzani, c'est qu'assez souvent, sur les individus femelles des plantes dioïques, il se développe accidentellement quelques fleurs mâles, et qu'il suffit de ce petit nombre do fleurs à étamines pour féconder les fleurs femelles. Il y a deux ans qu'avecM. Desfontaincs, nous répétâmes sur le chanvre les expériences de Spallanzani, el nous obtînmes l'avortement constant des ovaires, lorsque, par nn examen très-scmpulcux, nous avions enlevé des individus femelles, rais en expérience, loules les fleurs mâles qui s'y trouvaient mêlées.

D'autres auteurs, -s'attacher â nier on à réfuter les faits nombreux sur lesquels la théorie de la fécondation est établie dans les végétaux , onl donné une explication différente de l'action du pollen sur le stigmate. C'est surtout en Allemagne que ces idées ont clé soutenues, et ce sont MM. Schclvcr et Henschel qui les ont développées avec le plus de talent el de détail. Selon M. Schclver, le pollen exerce une action délétère sur le stigmate : aussitôt qu'il est en contact avec cet organe, il le frappe de mortification. Par suite de cet effet, la végétation y est arrêtée, et les surs nourriciers, au lieu de se porter sur tous les points du pi3til, se concentrent dans les ovules, dont ils déterminent le développement. Il n'y a donc là rien qui ressemble à une véritable fécondation. Le grand nombre de faits que nous avons rapportés précédemment suffisent, et au-delà, pour réfuter cette opinion.

Ainsi, la fécondation, par le moyen d'organes sexuels, est prouvée dans les végétaux comme dans les animaux. Résumons ici en peu de mots les preuves principales sur lesquelles elle s'appuie.

1" Dans les plantes à sexes séparés, les individus' femelles ne portent des fruits et des graines fécondes que quand le pollen des fleurs mâles a été versé sur eux. C'esl ce que prouve si bien la pratique des dattiers de la Basse-Egypte.

3° On peut féconder artificiellement et à volonté une ou plusieurs fleurs d'une même grappe, en y déposant du pollen, les autres reslanl toutes stériles.

3° Dans une fleur hermaphrodite, si, avant la déhiscenec des loges de l'anthère, on retranche les étamines, le pistil ne se développe pas.

4° Dans les fleurs doubles, c'est-à-dire dans celles dont les étamines se sont converties en pétales, les ovaires restent stériles.

8" Les plantes In brides, c'est-à-dire celles qui résultent delà fécondation artificielle ou naturelle d une espèce par une aulre espèce analogue, sonl encore une des preuves les plus convaincantes de l'action fécondante du pollen. Ces hybrides ou mulets, en effet, participent à la fois des caractères des deux espèces dont ils proviennent, comme les hi brides ou mulets parmi tes animaux.

G" Enfin l'organisation des ulriculcs pollini-

qucs ; l'odeur que le pollen répand souvent, et qui est identique avec celle du sperme des animaux; l'analogie des granules de la fovilla avec les animalcules spermaliques ; la manière dont ces granules péuèlrcnt jusqu'aux ovules, ne laissent aucun doute sur l'identité do la fécondation dans les végétaux et dans les animaux.

Dans les plantes monoïques et dioïques, malgré la séparation, et souvent l'éloignement de» deux sexes, la fécondation n'en a pas moins lieu.

L'air, pour les plantes dioïques, est le véhicule qui se charge do transporter, souvent à de grandes distances, le pollen qui doit les féconder. Les insectes et les papillons, en volant de fleur en fleur, servent aussi à la transmission du pollen.

Danslesplantesdioïques, les palmiers, parexemple, on peut opérer artificiellement la fécondation. Il existait depuis long-temps au jardin botanique de Herlin un individu femelle du Chanurrops Aumilit, qui tous les ans fleurissait, mais ne donnait pas de fruits. Gledilsch fil venir de Carlsruhc des paniculos de fleurs mâles, les secoua sur les fleurs femelles, qui donnèrent des fruits parfaits. Cette expérience fut répétée plusieurs fois.

Ce mode de fécondation artificielle est mis en pratique, depuis un temps immémorial, enÉgypte et dans les autres parties de l'Afrique , où le dattier est cultivé en abondance. A l'époque où les fleurs s'épanouissent, on monte au sommet des individus femelles , et on secoue au-dessus des grappes de fleors, des régimes de fleurs mâles qui y répandent leur pollen. M. Delillc rapporte que pendant la campagne d'Égjptc celle pratique n'ayant pu être mise en usage à cause des hostilités continuelles entre les deux partis, la récolte des datliers manqua entièrement.

Linnams même prétend que non-seulement on peut, par ce procédé, fécondcrartificiellemenl uuc seule fleur d'une plante, mais qu'il est même possible de ne féconder qu'une seule loge d'un ovaire mulliloculaire, en ne mettant le pollen en contact qu'avec une des divisions du stigmate. Mais cependant on prétend que, bien que le pollen ne touchât qu'un seul des lobes d'un stigmate, toutes les loges de l'ovaire étaient également fécondées.

L'expérience a encore prouvé que la fécondation, dans les plantes dioïques, peut avoir lieu â des distances souvent fort considérables. Nous possédons un grand nombre d'exemples avérés, propres à démontrer ce fait. On cultivait déjà depuis long-temps, au Jardin-des-Planles de Paris, deux pieds de pistachiers femelles qui , chaque année , se chargeaient de fleurs, mais ne produisaient jamais de fruits. Quel fut l'élonncmcnt du célèbre Bernard de Jussieu, quand, une année, il vit ers deux arbres nouer et mdrir parfaitement leurs fruits ! Dès-lors il conjectura qu'il devait exister dans Paris, ou aux environs, quelque individu mâle portant di s fleurs. Il fil des recherches à cet

égard, et apprit qu'à la même époque, à la pépinière des Chartreux , prés le Luxembourg, un pied de pistachier mâle avait fleuri pour la première fois. Dans ce cas , comme dans les précédents , le pollen , porté par lèvent, est venu, par-de6sus les édifices d'une partie de Paris, féconder les individus femelles.

Le Yallisntria spiralis, plante dioïque , que j'ai eu occasion d'observer abondamment dans le canal de Languedoc et les ruisseaux des environs d'Arles, offre un phénomène des plus admirables à l'époque de la fécondation. Celte plante est attachée au fond de l'eau et entièrement submergée. Les individus mâles et femelles naissent péleméle. Les fleurs femelles, portées sur des pédoncules longs d'environ deux ou trois pieds, et roulés en spirale ou tire-bouchon , se présentent à la surface de l'eau pour s'épanouir. Les fleurs mâles, au contraire, sont renfermées plusieurs ensemble dans une spathe membraneuse portée sur un pédoncule très-court. Lorsque le temps de la fécondation arrive , elles font effort contre celle spathe, la déchirent, se détachent do leur support et de la planlc à laquelle elles appartenaient, et viennent à la surface de l'eau s'épanouir et féconder les fleurs femelles. Bientôt celles-ci , par le retrait des spirales qui les supportent , redescendent au-dessous de l'eau , où leurs fruils parviennent à une parfaite maturité.

g 3. Phénomènes contècvtift.

Peu de temps après que la fécondation s'est opérée , on voit survenir nno série de changements qui annoncent la nouvelle vitalité qui s'établit dans certaines parties de la fleur au détriment des aulrcs. La fleur, fraîche jusqu'alors, »i urnée souvent des couleurs les plus vives, ne tarde point à perdre son riant coloris et son éclat passager. ï.a corolle se fane; les pétales se dessèchent et tombent. Les étamines, ayant rempli les fonctions pour lesquelles la nature les avait créées, éprouvent la même dégradation. Le pistil reste bientôt seul au centre de la fleur. Le stigmate et le style étant devenus inutiles à la plante , tombent également. L'ovaire seul persiste , puisque c'est dans son sein que la nature a déposé, pour y croître et s'y perfectionner, les rudiments des générations futures.

C'est l'ovaire qui , par son développement, doit former le fruit. Il n'est pas rare de voir le calice persister avec cet organe , et l'accompagner jusqu'à son entière maturité. Or , il est à remarquer que celte circonstance a lieu principalement quand le calice est monosrpaie; si l'ovaire est infère ou pariétal , le calice alors persiste nécessairement , puisqu'il lui est intimement uni.

Dans YAlkékenge (Phytalis Alkekengi) , le calice survit à la fécondation, se colore en ronge, el forme une coque vésiculeiise , dans laquelle le

fruit te trouve contenu. Dans les narcisses , les pommiers, les poiriers, en nn mot, dans tontes les plantes i ovaire infère ou pariétal, le calice persistant forme la paroi la plas extérieure du fruit.

ta en lieu.

renferme , d'abord d'une substance celluleuse , et en quelque sorte inorganique , acquièrent peu A peu plus de consistance ; la partie qui doit constituer la graine parfaite, c'est-à-dire l'embryon, se développe successivement ; tous ses organes se prononcent , et bientôt l'ovaire a acquis les carac-

à s'accroître ; les ovules qu'il tores propres à constituer un fruit

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