CHAPITRE XIV
OB LA HATt'BE PlirSIOLOGIQVB DE LA FLEl'M .
Onsaitquc, maintenant, laplupartdes botanistes considèrent la fleur et les différents organes qui la composent comme formés de feuilles diversement modifiées. Celte idée ingénieuse, déjà présentée et annoncée parquclquesbnlanislesanciens, et en particulier par Jungius, Linnéc, et Fréd. Wolf, fut ensuite présentée de nouveau, en 1700, par le célèbro littérateur Gccthe, avec plus d'esprit cl de talent que de force et de raison , dans son petit ouvrage intitulé de la Métamorphoie de* plante*. Le défaut do preuves cl de développements à l'appui d'une théorio qui renversait toutes les idées jusqu'alors reçues sur l'organisation de la fleur, l'empêcha de se répandre et d'être favorablement accueillie, surtout parmi les naturalistes français. M. Du Pelil-Tbouars la présenta sous une forme nouvelle, en l'appuyant sur 1 autorité des faits, et en démontrant, par des exemples bien choisis, la vérité de ce théorème, que la fleur n'est que la transformation d'un bourgeon , dont les diverses parties forment plusieurs verticales superposés, séparés les uns des autres par des mérilhalles ou entre -nœuds extrêmement courts. Aujourd'hui celte manière d'envisager la fleur est généralement adoptée ; cl si, dans la pra* tique de la science, elle n'est pas toujours d'une application facile, et surtout d'une utilité incontestable, du moins , en théorie , on ne saurait en nier la réalité.
Nous avons dit, en commençant l'élude des organes floraux, que la fleur la plus complète n'était que la réunion de quatre vcrlicillcs de feuilles
diversement modifiées. C'est un véritable bourgeon , mais qui , au lieu de donner naissance à un scion , a ses mcrilhalles tellement rapprochés les uns des autres, que les diverses parties qui composent ce bourgeon semblent naître d'un seul et même point qu'on a nommé réceptacle. Développons ici cette idée. Et d'abord nous croyons inutile de faire observer que le nombre des verlicilles floraux varie suivant que la fleur est plus ou moins complète. Ainsi, dans une fleur purement femelle, privée d'enveloppes florales, il n'y aura qu'un seul verticille ; il y en aura deux dans une fleur hermaphrodite sans périanthe , trois dans celle à périanthe simple, et quatre dans la fleur complète , c'est-à-dire celle qui , avec un périanthe double , réunit des étamincs et an ou plusieurs pistils. Chacun de ces verlicilles, avons-nous dit, est composé d'un nombre variable de feuilles diversement modifiées. Celte nature foliacée des parties constituantes de la fleur est d'abord très-facile à prouver pour le calice. En effet, les sépales ont en général l'aspect et la structure des véritables feuilles; ils sont généralement verts, parcourus de nervures saillantes, dans lesquelles se trouvent des vaisseaux en spirale. Quand toutes les feuilles duverticillc restent distinctes les unes des autres, le calicc est dît polysèpah : mais ces folioles peuvent se souder plus ou moins entre elles, et dès-lors le calice est dit monosépale ou gamosépale.
La corolle est de mémo formée parun verticitle de feuilles plus intérieur que le calice, et qui , pour cette raison, est déjà plus altéré dans sa nature ; néanmoins il est encore extrêmement facile de reconnaître dans les pétales d'un grand nombre de fleurs.la même structure que dans le calice, avec quelques modifications assez importantes. C'est ainsi, par exemple, que les trachées et les stomates qui existent dans le calice, aussi bien que dans les autres fcuiller proprement dites, manquent tout-à-fait dans la corolle. Les folioles qui forment le verlicille corolliu peuvent rester distinctes les unes des autres ou se souder entre elles : de là les expressions de corolle polypétalc et de corolle monopétale ou gamopétale. Lesélamines forment le troisième verticille de la fleur. Leur analogie avec les pétales est très-grande, puisque l'on voit fréquemment les filets slaminaux s'élargir en pétales, comme, par exemple, dans toutes les fleurs qui doublent. Ainsi, le filet d'une élamine peut donc être considéré comme un pétale réduit à sa nervure médiane. Quant à l'anthère, c'est une feuille dont les bords se recourbent et se roulent vers la nervure médiane, et qui forment ainsi deux espèces de petits sacs remplis d'un tissu cellulaire, dont les vésicules finissent par se séparer les unes des autres et former le pollen.
Le pistil peut également être considéré comme le résultai d'une ou de plusieurs feuilles verlicillécs. Quand il est uniloculairc, cl que les ovules qu'il renfeimc ne sont atlachés qu'à un seul point
de son intérieur, il est formé par nne seule feuille dont les bords convergent l'un vers l'autre , e! se soudent pour constituer la cavité ovarienne. Quand au contraire l'ovaire est à plusieurs loges, ou même quand il est à une seule loge, 'mais que les ovules sont attachés à plusieurs Irophospermcs pariétaux, dès-lors il se compose d'autant de feuilles qu'il y a de loges ou de valves. Dans le premier cas, celui de la plurilocularité, les bords des feuilles onl convergé vers l'axe de la fleur, et, en se soudant latéralement entre elles par une partie de leur face externe, elles ont constitué les cloisons; dans le cas où l'ovaire est uniloculairc , les feuilles ovariennes se sont soudées entre elles dans tout leur contour. Enfin, les ovules eux-mémesdoivent êlre considérés comme des espèces de pelits bourgeons composés de plusieurs feuilles diversement modifiées.
Que l'on ne croie pas que la théorie que nous venonsde présenter ici fort en abrégé, sur la nature de la fleur et des parties qui la composent , soit une de ecs idées spéculatives dont on embarrasse trop souvent l'étude des sciences. L'observation de la nature lui sert de base, et il n'est pas rare de voir certaines (leurs, que l'on confond sous le nom de monstruosités , offrir d'une manière pins ou moins complète les diverses parties de la fleur dans leur état normal et primitif, c'est-à-dire offrant l'aspect et la structure des véritables feuilles. Il n'est aucun botaniste qui n'ait été plusieurs fois à même d observer un semblable phénomène. Pour n'en ciler qu'un exemple très-frappant, nous dirons ici que nous avons eu en notre possession une fleur de capucine ( Tropaolum majus) que M. Du Pelil- Thouars avait eu la bonté de nous communiquer, et dans laquelle le calice, la corolle , les étantnés, le pistil et les ovules étaient sous la forme de feuilles, présentant la position naturelle et respective des diverses parties constituantes de la fleur. Un phénomène semblable s'observe aussi dans plusieurs Crucifères, cl entre autres dans le Turritis glabra. On désigne généralement sous le nom de Chloranthie celte espèce de monslruosilé, ou plutôt ce retour au type normal , dans lequel tous les organes de lafleursontehangés en feuilles.
Ainsi, on peut donc dire que la fleur est un véritable bourgeon terminal , composé d'un nombre variable de verlicilles de feuillet, diversement modifiées.
CUAPITRE XV.