‹ Nouveaux éléments de botanique et de physiologie végétale avec le tableau méthodique des familles naturellesChapitre 53 sur 259 · EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EN GÉNÉRAL

Nous avons déjà vu dans l'introduction de cet ouvrage que sou» le nom de (agronomie on désigne cette partie de la botanique générale qui a pour objet l'application des lois de la classification au régne végétal.

A l'époque où les sciences n'étaient encore qu'à leur berceau , c'est-à-dire quand un petit nombre de faits en composait tout le domaine , ceux qui »o livraient à l'élude de ces sciences n'avaient besoin que de fort peu d'efforts, et seulement d'une mémoire assez heureuse, pour embrasser la connaissance parfaite, et retenir les noms de tous les êtres à l'élude desquels ils s'étaient livrés. Aussi les premiers philosophes qui s'occupèrent de la botanique parlent-ils des plante/ , sans adopter aucun ordre , aucune méthode d'arrangement. Du temps de Théophrasle , par exemple, qui le premier écrivit spécialement sur les végétaux , les fonctions des organes étaient méconnues , les genres , les espèces entièrement confondues , leurs caractères disliuclifs ignorés ; en un mot, quoiqu'on puisse dire que ce philosophe ail commencé à écrire sur la botanique , on peut également assurer que celle science n'existait point encore de son temps. Les caractères des plantes ne reposaient que sur des connaissances empiriques ou de simples traditions ; car le nombre en était alors si borné , qu'il était facile de les connaître toutes individuellement , sans qu'il fût nécessaire de les distinguer autrement que par un nom particulier à chacune d'elles , mais auquel ne se rattachait aucune idée de caractère ou de comparaison. Tel fui l'état de la botanique pendant un grand nombre de siècles, où, intimement unie à la médecine, elle ne trouvait place que dans les ouvrages de ceux qui écrivaient sur l'art de guérir.

Mais quand, par des recherches mieux dirigées cl des voyages lointains, le nombre des êtres dont s'occupe l'histoire naturelle devint plus grand, on sentit la nécessité de mettre plus de précision dans le nom de ces différents objets, de les distinguer

par quelques caractères, aQn de pouvoir les reconnaître. Bientôt la mémoire ne put retenir seule les uoms d'un si grand nombre d'êtres , pour la plupart nouveaux et iuconnus jusqu'alors.

Ce fut dès celle époque que l'ou commença à sentir la nécessité de disposer les objets dans un ordre quelconque qui pùt en faciliter les recherches, eu donnant les moyens d'arriver plus promptemenl et avec plus de sûreté aux noms qui avaient été donnés à chacun d eux.

Mais ces arrangements, d'abord purement empiriques, ne doivent point être regardés comme do véritables méthodes. En effet, ils n'étaient nullement fondés sur des connaissances tirées des caractères propres à chacun de ces êtres, et qui pussent servir à les distinguer les uns des autres , mais appuyés seulement sur quelques circonstances extérieures, et souvent étrangères à la nature même de l'objet. Ainsi l'ordre alphabétique suivant lequel on rangea les végétaux ne pouvait avoir d'avantage que pour ceux qui les connaissaient déjà, mais qui voulaient se livrer à des recherches particulières sur quelques-uns d'entre eux.

Il en est de même de l'arrangement fondé sur les propriétés économiques ou médicales des plantes, qui supposent toujours la connaissance préalable des vertus de la plante dont on veut trouver le nom.

On pense bien que sur de semblables bases ne devaient s'élever que des classifications aussi fautives qu'imparfaites, puisqu'elles reposaient en général, sur des connaissances étrangères à la nature et à l'organisation des végétaux. Elles ne pouvaient donc en donner aucune idée salisfaisanté.

L'expérience fit bientôt sentir la nécessité de tirer de l'organisation même des plantes, et des parties qui les composent, les caractères propres à les faire connaître et à les distinguer. Ce fut dès celle époque que la botanique devint réellement une science; car ce fut alors que l'on commença à étudier l'organisation des végétaui pour pouvoir

en (ircr les caractères propres à les faire connaître et à les distinguer.

Dès-lors les méthodes furent réellement créées. Mais comme le nombre des organes des végétaux est assez considérable, le nombre des méthodes fut également très-grand, parce que chaque auteur crut reconnaître dans l'un d'eux la base la plus solide d'une bonne classification. Ainsi, les uns fondèrent leur méthode sur la considération des racines et de toutes les modifications quel les peuvent offrir; les autres, sur les tiges; ceux-ci sur les feuilles; ceux-là sur l'inflorescence, etc.

Dans le seizième siècle, Gessncr, né à Zurich, fut le premier qui démontra que les caractères tirés de la fleur et du fruit étaient les plus certains et les plus importants pour arriver à une bonne classification des végétaux. Il fil de plus entrevoir qu'il existe dans les plantes des groupes composés de plusieurs espèces réunies par des caractères communs. Celte première idée de la réunion des végétaux en genres eut la plus grande influence sur les progrès ultérieurs de la botanique.

Peu de temps après, Cawalpin, né en 15 13, à Arezzo eu Toscane, donna le modèle de la première méthode botanique. En effet, toutes les espèces y sont rangées d'après la considération des caractères que l'on peut tirer de la plupart des organes des végétaux, tels que leur durée, la présence ou l'absence des fleurs, la position des graines, leur adhérence avec le calice, le nombre et la situation des cotylédons, elc. L'invention d'une semblable m^lhodc, toute imparfaite qu'elle est , doitétre considérée comme le premier aperçu d'une classification naturelle.

Cependant les découvertes nouvelles allaient toujours augmentant le nombre des végétaux connus, et chaque jour les ouvrages existants devenaient de plus en plus insuffisants. Plusieurs auteurs, parmi lesquels on doit citer avec éloges les deux frères Bauhin, liai, Magnol et Kevin, donnèrent successivement dans leurs écrits, des preuves d'un mérite rare. Quelques-uns d'entre eux créèrent même des méthodes nouvelles, mais qui toutes furent éclipsées par celle que Joseph Piltou de Tournefort publia vers la fln du dix-septième siècle.

Ce botaniste célèbre , l'un de ceux dont les écrits ont fait le plus d'honneur à la France, était né à Aix en Provence, le S juin 1GS0. Il fut professeur de botanique au jardin des Plantes de Paris, sous le règne de Louis XIV . qui , en 1 700 , lui donna une mission importante pour le Levant. Tournefort parcourut alors la Grèce, les bords do la mer Noire et les lies de l'Archipel. II revint à Paris, et publia la relation de son voyage, que l'on peut citer comme un des modèles les plus parfaits en ce genre. Avant son départ, il avait déjà fait connaître, dans son ouvrage intitulé ImtUutiont» rei htrbariœ , sa nouvelle mélhode

dans laquelle se trouvaient décrites dix mille cent quarante-six espèces rapportées i six cent quatrevingt-dix-huit genres.

Le mérite de Tournefort n'est pas seulement d'avoir créé une méthode ingénieuse, dans laquelle se trouvent décrites et rangées toutes les plantes connues jusqu'à lui ; mais son principal titre de gloire est d'avoir, le premier, distingué d'une manière plus précise et plus rigoureuse qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les genres, les espèces et les variétés qui peuvent s'y rapporter.

Avant lui, en effet, la science n'est encore que confusion et désordre ; chaque espèce n'était pas nettement distinguée de celles dont elle se rapprochait. Ce fut lui qui débrouilla ce chaos, sépara les genres et les espèces par des phrases caractéristiques , et , au moyen de son système ingénieux, rangea méthodiquement les plantes connues à celte époque.

Après Tournefort parurent encore un grand nombre de botanistes qui ont joui d'une certaine réputation. Qut Iques-uns d'entre eux proposèrent des méthodes nouvelles ; mais aucune n'avait porté la moindre atteinte à celle de Tournefort. Cette gloire semblait réservée à l'immortel Linnauis. Son système, qu'il publia eu 17 34, eut la vogue la plus surprenante, à cause de son extrême simplicité, et de la facilité singulière qu'il offre pour parvenir à la connaissance du nom des végétaux.

Linnauis eut de plus la gloire de réformer, ou plutôt de créer la nomenclature et la synonymie botaniques, encore si peu avancées par ses prédécesseurs. Tournefort loi en avait tracé la route, sans cependant en faire disparaître tous les obstacles. Chaque espèce, en effet, était encore dénommée par une phrase caractéristique, dans laquelle on ne trouvait souvent pas les caractères propres à la distinguer. Or, ces phrases étant fort longues, il était très-difficile d'en retenir un grand nombre. Linna»us donna à chaque groupe ou genre un nom propre ou générique, imitant en cela l'exemple de Tournefort; mais de plus il désigna chaque espèce de ces genres par un nom adjectif ou spécifique ajouté à la suite du nom générique. Par ce moyen ingénieux, il simplifia considérablement l'élude déjà fort étendue de la botanique.

Le système sexuel de T.inncus, séduisant par son extrême simplicité, excita une révolution subile dans la science, el fut accueilli partout avec un enthousiasme difficile à décrire.

Quand le premier mouvement d'admiration ■qu'inspira toujours une grande découverte fut un peu calmé, on ne tarda point à s'apercevoir que ce système si ingénieux présentait cependant encore quelques inconvénients, cl n'était point à l'abri de toute espèce de reproche En effet, fondé uniquement sur la considcralionabsoltied'un seul organe,

il éloigne son; eut des plantes que tons les antres caractères semblent réunir trop étroitement ponr que l'on puisse jamais les isoler avec succès. Déjà l'on avait commencé à entrevoir que certains genres de végétaux ont entre eux tant de points du contact et de ressemblance, que, réunis par l'ensemble général de leurs caractères , ils paraissent en quelque sorte être tous membres d'une même famille. C'est ainsi, par exemple, qu'on avait déjà rapproché en tribus distinctes les Graminées, les Labiées, les Ombellifères, les Légumineuses, les Crucifères, etc., et plusieurs autres groupes tout aussi naturels. Or, un grand défaut du système artificiel de Linna?us était donc de séparer ces plantes qui paraissaient devoir être pour toujours réunies. Ainsi les Graminées s'y trouvaient dispersées dans la première, la seconde, la troisième, la sixième, la vingt-unième , et la vingt-troisième classe de son système. Les Labiées étaient en partie dans la seconde classe, et en partie dans la quatorzième. Il en était de même de la plupart des tribus naturelles déjà reconnues et conservées par un grand nombre de botanistes. Linna-us, obligé de suivre rigoureusement son système, s'élant ainsi vuforcé de les séparer et de les disperser.

Une nouvelle méthode qui , en conservant les affinités déjà reconnues de certaines plantes, aurait offert l'ensemble de leurs caractères dislinclifs, eût donc été préférable à ce système si ingénieux, mais qui péchait par un des points les plus essentiels.

Adanson avait donné la première esquisse de cette méthode. Bernard de Jussieu médita pendant quarante ans , aGn de trouver les caractères les plus solides et les plus constants qui pussent lui servir de base. 11 étudia avec un soin extrême l'affinité réciproque des diverses espèces et des différents genres entre eux. Mais ce fut son neveu, Antoine-Laurent de Jussieu, qui, rassemblant les riches matériaux recueillis par ses oncles, y joignant les nombreuses observations qu'il avait luimême amassées, créa réellement la méthode des familles naturelles, telle que nous l'exposerons bientôt. Ce f..l dans son Ge*era plahtabuii , ouvrage marqué du sceau du génie, et l'un des plus beaux monuments des progrès de la botanique, qu'il posa les fondements d'une méthode qui doit un jourètre la seule suivie et adoptée par tous les bons esprits; car elle est, sans contredit, de toutes les autres publiées jusqu'à ce jour, celle qui mérite la préférence.

En effet, elle n'a point pour base la considération d'un seul organe; mais elle étudie l'ensemble des caractères fournis par chacune des parties d'un végétal, et rapproche les uns des autres tous ceux qui se touchent par le plus grand nombre de points de contact et de ressemblance. C'est cette méthode qui , depuis près de quarante ans , a fait faire à la botanique de si rapides progrès, et l'a placée

au premier rang parmi les sciences naturelles.

Nous avons cru devoir entrer dans quelques détails sur les méthodes en général , avant de faire l'exposition particulière d'aucune d'elles. Il nous a semblé utile de jeter rapidement un coup d'œil sur les principales époques de la botanique , afin de faire mieux connaître l'impulsion et la face nouvelle que les trois classifications de Tournefort, de Linnauis et de Jussieu, ont, chacune en particulier, données à la botanique.

En terminant ces considérations générales, nons devons faire remarquer qu'il existe deux espèces bien distinctes de classifications en histoire naturelle. Dans l'une, en effet, on ne prend pour base que la considération d'un seul organe. Ainsi, Tournefort s'est servi de la corolle, Linna>us des élamines, pour établir leurs principales divisions. On a donné le nom de $yttèmesk ces arrangements purement artificiels. On conçoit qu'un système n'ayant uniquement pour but que de faire arriver avec facilité au nom d'une plante, ne donne aucune idée de sou organisation. Ainsi, quand nous avons trouvé qu'une plante est de la première classe du système de Linnteusoude celui de Tournefort, nous savons seulement, dans le premier cas , qu'elle a une élaminc ; dans le second cas , que sa corolle est monopétale, régulière elcampaniforme ; mais ces systèmes ne nous apprennent rien touchant les autres parties qui composent la plante, dont ils nous ont seulement appris le nom. Dans la seconde espèce de classification, qui a reçu le nom de méthode proprement dite, comme les bases de chaque classe reposent sur la somme totale de tous les caractères tirés des différentes parties du végétal , lorsque l'on est arrivé à l'une de ces classes, on connaît déjà les points les plus saillants do l'organisation de la plante dont on désire connaître le nom. Si , par exemple, au moyen de l'analyse , nous sommes arrivés à savoir que telle plante est, je suppose , de la quatrième classe de M. Jussieu , cette connaissance nous apprendra que cette plantccst une Phanérogame, que son embryon n'a qu'un seul cotylédon, qu'elle n'aqu'une seule enveloppe florale, c'est-à-dire qu'un calice monosépale adhérent avec un ovaire infère, que ses élamines sont insérées sur l'ovaire, etc. On voit combien l'étude de la mélhodedes familles naturellesdonnedes idées plus complètes et plus philosophiques sur la structure et l'organisalion des différents végétaux. Elle mérite à juste titre la préférence sur toutes celles qui ont été inventées jusqu'à ce jour.

Il serait aussi long qu'inutile de faire ici l'exposition de toutes les méthodes qui ont été proposées par les différents botanistes pour grouper et coordonner en classes tous les végétaux connus. Le nombre de ces méthodes est d'ailleurs si considérable, que leur exposition ne peut être faite , même d'une manière abrégée, que dans uu ouvrage spécialement destiné à cet objet. Aussi

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