‹ Nouveaux éléments de botanique et de physiologie végétale avec le tableau méthodique des familles naturellesChapitre 9 sur 259 · ORGANISATION OK LA TIGE DES DICOTYLEDONS · texte numérisé non relu

ORGANISATION OK LA TIGE DES DICOTYLEDONS

Le tronc des arbres dicotylédones est formé de couches concentriques superposées (Pl. 1, fig. 14), de sorte qu'il représente eu quelque manière une suite d etuisemboités les uns dans les autres , et augmentant d'étendue du centre à la circonférence.

(J) Voyei\\\\t loin la description des épines et des aiguillons ■

Coupé transversalement, H offre à considérer les objets suivants: l°au centre ,1e Canal midullairt, forme de l'Étui médu/taire.qulconslitac les paroisdc ce canal, et de la Moelle, qnien occupe la cavité ; 2° tout-à-fait à sa circonférence, on voit ÏÉcorce, qui se compose de l'ÉpIderme, ou de cette pellicule extérieure recouvrant toutes les parties du végétal; de Y Enveloppe herbacée, des Couches corticales et du Liber; 3° enûn, entre l'étui médullaire et l'écorce, se trouvent lesCouches ligneuses, formées extérieurement par l'Aubier ou fans bois, intérieurement par le Bois proprement dit. Nous allons étudier successivement ces différentes parties en procédant de l'extérieur vers l'intérieur.

J I. fit l'Épiderme.

h'Épiderme ou cuticule (Epidermis. cuticula) est une membrane mince, diaphane, composée de cellules d'une forme excessivement variable (pl. 1, fig. 1 S), et qui présente un grand nombre depetiles ouvertnrcsoupores.il enveloppe louteslcs parties do végétal ; mais il est surloutapparenl sur les jeunes liges , dont on peut facilement l'isoler avec quelque précaution. Comme il ne jouit que d'un certain degré d'extensibilité au-delà duquel il ne peut plus s'étendre, il se déchire et se feudille quand le tronc a acquis un certain volume , ainsi qu'on l'observe dans le chêne, l'orme ; d'autres fois il se détache par lambeaux ou par plaques, comme dans le bouleau, le platane. Lorsqu'on l'enlève sur une jeune tige , il se régénère avec assez de facilité. C'est la partie du végétal qui résiste le plus longtemps à la décomposition; la putréfaction n'exerce sur lui aucune action sensible. La couleur qu'il présente n'est point inhérente à sa nature; elle est due à la coloration particulière du tissu sur lequel il est appliqué.

La nature et l'origine de l'épiderme sont deux points assez obscurs de l'anatomie végétale. Quelques auteurs disent, avecMalpighi, que l'épiderme n'est pas une membrane distincte du reste du tissu végétal. Ils le considèrent comme formé par la paroi externe des cellules sous-jacenlcs, qui appartiennent à l'enveloppe herbacée, laquelle paroi a été endurcie par l'action prolongée de l'air et de la lumière. D'autres, au contraire, et c'est Grew qui peut être considéré comme l'auteur de cette opinion, le regardent comme une membrane toutà-fait distincte, simplement appliquée sur le tissu cellulaire sons-jacent. Cette, opinion a été développée par M. le docteur Krocker, dans une dissertationsur l'épiderme, publiée à Haie, en 1001. Depuis lors celte opinion a été généralement adoptée, surtout par les physiologistes allemands. Récemment MM. Amici et Ad. Brongniarlont publié de nouvelles observations qui conûrment celte manière d'envisager l'épiderme. C'est une lame celluleuse, composée leplussouventd'unc seule couche, mais quelquefois de plusieurs couches superposées

de cellules. Les parois de ces cellules sont minceset diaphanes ; elles ne contiennent jamais dans leur intérieuraucuncs granulations colorées. Leur forme et leur grandeur sont tout-à-fait différentes do celles des cellules du tissu cellulaire sur lequel l'épiderme est appliqué. En un mot, il est impossiblcde ne point admettre qu'il ne forme une membrane cellulaire parfaitement distincte.

C'est celte structure celluleuse qui en a imposé aux auteurs qui ont cru l'épiderme formé par la paroi externe du tissu cellulaire. Mais , s il en était ainsi, les cellules qui constituent l'épiderme devraient avoir constamment la même forme que le tissu sous-jacent ; ce qui n'a pas lieu. Aiusi , dans l'œillet , les cellules de l'épiderme ont une forme quadrilatère, tandis que la couche , placée immédiatement dessous , consiste en une multitude de petits tubes perpendiculaires à l'épiderme. 11 en est de même dans un grand nombre d'autres végétaux : d'où l'on peut conclure que l'épiderme est une membrane celluleuse , entièrement distincte du tissu sous-jacent, sur lequel on la trouve simplement appliquée. Cependant les belles recherches du professeur Mirbel sur le développement du marcAaniia prouvent que, dans ce végétal , l'épiderme n'est que la couche la plus extérieure du tissu cellulaire ; exception qui néanmoins ne détruit pas la généralité du fait.

L'épiderme, dans un grand nombre de végétaux, offre des espèces de lignes disposées en réseau (V. pl. 1, flg. 15), que quelques auteurs, tels que Hedwig, Kieser et Amici, considèrent comme des vaisseaux cuticulaires. Mais beaucoup d'anatomisles n'adoptent pas cette opinion.

L'épiderme , ainsi que nous l'avons dit précédemment, offre un grand nombre de petites ouvertures nommées pore» corticaux, glandes corticales, glandes épidermoidales , cl enfin stomates, déjàobscrvéesparMalpighielGrew(l)(» r . flg. 15). Plusieurs auteurs en avaient nié l'existence ; mais les observations microscopiques d'un grand nombre de physiologistes modernes ne laissent plus aucun doute à cet égard. Ce sont de petites bouches placées dans l'épaisseur de l'épiderme , s'ouvrant à l'extérieur par une fente ou ouverture ovalaire alongée , bordée d'une sorte de bourrelet formé par un nombre variable de cellules de l'épiderme. Ce bourrelet , qui manque très-rarement, joue l'office d'une sorte de sphincter qui resserre ou dilate l'ouverture suivantdiverses circonstances. Ainsi, suivant M. Amici, l'humidité ou l'eau ferme les porcs, tandis que la sécheresse cl l'action des rayons solaireslcs tiennent ouvertsel leurs bords écartés. Les mouvements de dilatation et de resserrement s'exécutent non-seulement sur la

(1) Gleichcn , t. 3, f. 6 , donne une excellente figure des stomates de l'épiderme dans le Polypodium commune ; mais il les prend pour les élamines ou organes miles de cette plante.

plante vivante, mais également sur des fragment» d'épiderme détachés du végétal. Par leur fond, cet pores ou petites pochettes correspondent toujours à des espaces vides, remplis d'air, et qui résultent de l'arrangement des cellules ou des tubes entre eu*. Ces espaces inlercellulaircs communiquent presque toujours les uns avec les autres, et servent ainsi de moyen de communication aux Quides néri formes qui se trouvent dans l'intérieur des végétaux. Quelques parties cependant paraissent dépourvues de stomates : telles sont les racines, les pétioles non foliacés, les pétales en général, l'épiderme des vieilles liges, celui des fruits charnus, des graines, etc. Certaines feuilles n'en présentent qu'à l'une de leurs faces; d'autres, au contraire, A toutes les deux; mais c'est surtout à leur face inférieure qu'on les observe en plus grande abondance.

On doit à M. Mirbcl des détails très-curieux sur l'origiue et la formation des stomates , consignés dans son mémoire sur l'anotomie du marchantia. Sur un point de 1 epiderme il se montre une petite dépression placée an milieu d'une rangée circulaire de cellules, disposées en anneau : cette fossette est duc à l'écartemcnt et à l'extension spontanée des cellules. Quand la fossette a atteint une certaine dimension , son fond se perce, ou se fend en étoile , et bientôt le stomate se montre avec tous ses caractères.

Quel est l'usage de ces stomates? Sont-ils , dit M. A m ici, destinés à l'absorption de l'humidité ? Non ; nous avons déjà vu qu'ils correspondent à des vides intérieurs privés de suc , que l'eau les fait fermer, que la lumière et la sécheresse les font ouvrir; en outre, ils manquent dans toutes les racines, ainsi que dans les plantes qui vivent constamment sous l'eau ; ils ne servent donc pas à l'absorption de l'eau. Servent-ils à l'évaporationî Pas davantage. Si nous laissons sécher une plante détachée de sa racine , quoique les pores se ferment au bout de quelque temps, l'évaporatton n'en continue pas moins, tant qu'il reste des fluides dans sou intérieur; on a observé en outre que les corolles et les fruits, qui n'ont pas de pores corticaux, produisent cependant une évaporation abondante. Ils ne peuvent être mis, ainsi qucM.Link l'avait pensé, au nombre des organes excrétoires, puisqu'ils correspondent toujours à des espaces vides.

La véritable fonction des pores corticaux consiste à donner passage à l'air. Mais il n'est pas facile de déterminer avec certitude s'ils servent à l'inspiration plutôt qu'à l'expiration, ou à ces deux fonctions également. Si nous considérons que, pendant la nuit, lorsque les grands porcs de l'épiderme sont fermés, les feuilles absorbent le gaz acide carbonique dissous dans la rosée, lequel pénètre indubitablement dans les cellules en traversant leur membrane, et si nous réfléchissons en outre que ces feuilles décomposent le gaz acide

carbonique, lorsque ces porcs sont ouverts, c'est-à-dire pendant le jour , nous pouvons conjecturer qu'ils sont uniquement destinés à l'exhalation de l'oxigène. Cet usage devient encore plus probable, si nous ajoutons que les corolles qui, d'après les observations de M. De Candolle, manquent de pores, sont également privées de la propriété de dégager de l'oxigène.

La surface de l'épiderme présente quelquefois certains' organes qui s'offrent sous la forme de petites taches alougées dans le sens longitudinal sur les jeunes branches, et dans le sens transversal sur les branches plus anciennes, que GuetUrd a le premier désignées sous le nom de glandes lenticulaires et que M. De Candolle a plus récemment nommées lenticelles. On n'en a encore trouvé aucune trace ni dans les plantes monocotjlédonées, ni dans les acolylédonée*. Elles manquent également dans la plupart des herbes dicotylédones. Elles sont très-apparentes sur l'épiderme du bonlcau, et surtout du fusain galeux (Evonymus verrticosus, L.) où elles sont très-proéminentes et très-rapprochées. C'est des lenticelles que sortent les racines aériennes que certains arbres développent sur leur lige, comme quelques Qguiers, par exemple , ou celles qui se forment lorsqu'on enfonce une branche en terre, comme dans l'opération du marcottage. On peut donc en quelque sorte les considérer, avec M. De Candolle , comme les bourgeons des racines.

C'est encore sur la surface de la cuticule que naissent les poils de différente nature que l'on remarque sur un grand nombre de végétaux. Nous en avons parlé précédemment dans les notions générales d'anatomie végétale.

% 1. De l'Enveloppe herbacée.

Au-dessous de l'épiderme, on voit une lame du tissu cellulaire, qui l'unit aux couches corticales, et à laquelle M. Mirbel donne le nom d'enveloppe herbacée. Sa couleur est le plus souvent verte dans les jeunes liges. Elle recouvre le tronc, les branches et leurs divisions, et remplit les espaces qui existent entre les ramifications des nervures des feuilles. Son analogie d'organisation avec la moelle ne saurait être contestée, et nous verrons tout à l'heure que ces deux parties communiquent entre elles par lo moyen des prolongements médullaires. M. Dutrocbet la nomme médulle externe, par opposition au nom de médulle interne, qu'il donne à la moelle. Sa couleur n'est pas propre au tissu cellulaire qui la compose : elle est duc aux petits grains de globuline placés dans les parois des cellules, et que M. Dutrocbet considère comme des corpuscules nerveux.

L'enveloppe herbacée, ou médulle externe, renferme souvent les sucs propres des végétaux , qui ■ont contenus dans des canaux simples ou fascicules, comme dans le chanvre, beaucoup d'Apo-

cynées , etc. , ou dans des réservoirs particuliers , comme dans beaucoup de Conifères. Elle se répare facilement sur la tige des végétaux ligneux ; mais ce phénomène n'a pas Heu dans les plantes an* nuelles. Elle parait avoir une organisation et des usages analogues à ceux de la moelle renfermée dans l'étui médullaire. C'est cette enveloppe herbacée qui, ayant acquis une épaisseur considérable et des qualités physiques particulières, constitue la partie connue sous le nom de liège dans le qmrtus suber, et dans quelques autres végétaux , tels que l'orme et l'érable. L'enveloppe herbacée est le siège d'un des phénomènes chimiques les plus remarquables que présente la vie du végétal. En effet, c'est dans ce tissu, qui entre également dans la structure des feuilles, que, par une cause difficile à apprécier , s'opère la décomposition de l'acide carbonique absorbé dans l'air par la plante. Le carbone reste dans l'intérieur du végétal; l'oxigéne, mis à nu, est rejeté â l'extérieur. Remarquons cependant que cette décomposition n'a lieu que lorsque la plante est exposée aux rayons du soleil , tandis que l'acide carbonique est rejeté indécomposé, quand le végétal ne se trouve plus sous l'influence de cet astre.

Cet organe se renouvelle en partie chaque année. Il joue encore un rôle très-important dans les phénomènes de la végétation; c'estlui, en effet, qui, au retour de la belle saison, sollicite la sève à mouler jusque vers les bourgeons, et devient ainsi un des mobiles les plus puissants de leur élongation aérienne.

Il est très-facile de découvrir l'enveloppe herbacée sur les jeunes branches d'un arbre ; car c'est elle que l'on aperçoit lorsque l'on a enlevé l'épiderme.

L'enveloppe herbacée ou la médullc externe ne conserve que peu d'années la couleur vcrle qu'elle présente sur leurs jeunes tiges. Au bout de deux ou trois ans, son tissu se sèche; elle perd son extensibilité , se fendille, ainsi qu'on le voit sur le tronc et les vieilles branches de l'orme, du chérie; d'autres fois même elle s'enlève par plaques qui tombent rhaquo année et à des époques fixes, comme dans le platane.

g 3. Des Couches corticales.

Sous l'enveloppe herbacée on voit une suite de feuillets superposés, généralement minces; unis entre eux par du tissu cellulaire. On donne a l'ensemble de ces feuillets qui forment la plus grande partie de l'épaisseur de l'écorcc, le nom général de cotuhes corticales. Cependant un assez grand nombre d'auteurs distinguent dans les couches corticales celles qui, situées à l'extérieur, sont plus sèches , formées d'un réseau plus lâche , et qu'on nomme spécialement couches corticales proprement dites, cl celles qui sont placées plus profondément et qu'on appelle le liber (l).

(1) On l'appelle indifféremment liber ou livret.

Nul végétal ne les offre plus apparentes et plus remarquables, parla disposition singulière du lisso qui les compose, que le bois dentelle (Lagetto). Ici , en effet, elles forment plusieurs couches superposées qui, lorsqu'elles viennent à être étendues, ressemblent parfaitement à une toile tissue, ou plutôt à une sorte de dentelle assez régu-. lière.

Les lames ou feuillets dont le liber se compose, sont formés d'un réseau vasculairc,dont les aréoles alongécs sont remplies par du tissu cellulaire. Il est rare que, comme l'indique son nom, on puisse le séparer facilement en feuillets distincts, que l'on a comparés à ceux d'un livre; mais, par la macération , on parvient presque toujours à obtenir ce résultat.

Les différentes lames qui forment le liber, et qui ont été créées successivement chaque année , sont séparées les unes des autres par une couche mince de tissu cellulaire. Lorsqu'on fait macérer le liber , c'est ce tissu cellulaire qui se détruit, et qui permet la séparation des feuillets du liber.

De même que toutes les autres parties de l'écorcc, le liber peut se réparer lorsqu'il a élé enlevé. Cependant il faut , pour que sa régénération ait lieu , que la place dont on l'a détaché soil garantie du contact de l'air. C'est à Duhamel que l'on doit celle importante découverte. Cet habile naturaliste, à qui la physiologie végétale doit un si grand nombre de résultats heureux, cnloa une portion d'écorec sur un arbre vigoureux et en pleine végétation ; il garantit la plaiedu rontart de l'air , et vil bientôt suinter de la superficie du corps ligneux cl des bords de l'écorcc , une substance visqueuse qui, s'étcudanl sur la plaie, pril de la consistance , devint vcrle , celluleuse , cl reproduisit la partie du liber qui avait élé enlevée.

C'est à celle substance visqueuse, qui s'épanrhe des parties dénudées pour reformer le liber, que (irew, et après lui Duhamel, ont donné le nom do cambium. Plusieurs auteurs pensent, avec quelque raison, quelecambiumn'estaulrechosequela sève descendante et élaborée. Nous sommes d'autant plus portés à admettre celte opinion, que ce fluide • y isqueux remplit absolument dans l'économie végétale les mêmes fonctions que celles que l'on attribue généralement à la Bève descendante, et qu'il est charrié par les mêmes parties.

Quelle que soit l'origine du cambium , il n'en joue pas moins un rôle extrêmement imporlaul dans l'accroissement des liges. En effet, dans toutes les hypothèses émises pour expliquer ce phénomène, sa présence n'est pas moins indispensable, comme nous le démontrerons prochainement en traitant de l'accroissement des liges dicotylédones.

Un grand nombre de phénomènes prouvent la nécessité indispensable du liber pour la végéla-

SI

lion. Une greffe ne reprendra qu'autant que son liber se trouvera en contact avec celui de l'arbre sur lequel on l'implante. Une marcotte dont la partie inférieure est privée de liber ne s'enracinera pas. Si l'on enlève sur le tronc d'un arbre une bande circulaire de liber , de manière à laisser le corps ligneux à nu , non-seulement toute la partie supérieure de l'arbre ne se développera pas l'année suivante , mais l'arbro entier finira mémo par périr.

Chaque année il se forme une nouvelle couche de liber, qui s'ajoute à la fare interne de celle de l'année précédente. Celle-ci se durcit, se sèche, et, par la distension que lui font éprouver les couches ligneuses qui augmentent de nombre cl d'épaisseur , les feuillets corticaux s'amincissent , leurs fibres s'écartent, et les mailles du réseau qu'elles représentent deviennent de plus en plus larges.

Les couches corticales sont traversées par des lignes divergentes du centre vers la circonférence, qui sont une prolongation des rayons médullaires dont nous traiterons tout a l'heure.

g 4. De l'Aubier ou faux bois.

Les couches ligneuses les plus extérieures .

celles qui touchent le liber, constituent l'aubier. Cette partie n'est point un organe distinct du bois proprement dit, dont les couches sont situées audessous ; c'est du bois, mais encore jeune, et qui n'a point encore acquis toute la dureté ni toute la ténacité qu'il doit présenter plus tard. Aussi l'aubier offre-l-il absolument la même structure qne le bois , en observant toutefois que son tissu est formé de fibres plus faibles, plus écartées les unes des autres , et en général d'une teinte plus claire.

La différence de coloration entre le bots et l'aubier est très-remarquable dans les arbres dont le bois est très-dur, très-compacte, etparticulièrement dans ceux où il offre une teinte plus ou moins foncée: ainsi , dans les bois de gaïac, d'ébènc et de Campèrhe, le bois proprement dit est noir ou rouge foncé, tandis que les couches d'aubier présentent une teinte très-claire. Mais dans les arbres à bois blanc et à gros grains, la différence entre les couches ligneuses proprement dites et l'aubier, est peu sensible. Ainsi, dans le peuplier, le pin, le sapin, l'aubier et le bois ne sont distincts ni par leur couleur, ni par leur densité.

Nous présenterons , en parlant de l'accroissement des tiges en diamètre, les opinions très-diverses des auteurs sur l'origine de l'aubier.

§ 8. Du Bois proprement dit.

Le bois tire son origine des couches les plus intérieures de l'aubier, qui acquièrent successivement uue dureté plus considérable, et finissent par se convertir en véritable bois. Celui-ci est donc composé de toutes les couches circulaires, situées

entre l'aubier et l'étui médullaire. Durant la vie du végétal , il se forme chaque année une couche de bois et une couche d'aubier, c'est-à-dire que la couche la plus intérieure de l'aubier devient bois à mesure qu'il se régénère à l'extérieur une nouvelle couche d'aubier; en sorte qu'il s'ajoute ton» les ans une nouvelle lone concentrique à celle» qui existaient déjà.

Le bois proprement dit, que M. Dutrochet propose de désigner sous le nom spécial deduramen. emprunté à la langue latine, est, en général , la partie la plus dure du tronc; mais sa dureté n'est point la même dans toutes les lones qui le constituent. Dans les arbres dicotylédones , les couches les plus intérieures, qui sont en même temps les plus anciennes, ont une solidité et une compacité plus grandes que les extérieures , qui se rapprochent en général , à cet égard , de l'aubier. Ordinairement le passage du bois à l'aubier est presque insensible , parce que le plus souvent leur couleur est la même; mais quelquefois la différence est des plus tranchées , comme nous l'avons fait remarquer pour l'ébène et le bois de Campéche.

Les v aisseaux du bois sont de fausses trachées, des vaisseaux poreux , mais jamais de véritables trachées. Us sont tantôt dispersés sans ordre dans la substance du bois , tantôt réunis en faisceaux. Mais il arrive une époque où , par les progrès de l'âge, les parois de ces vaisseaux s'épaississent, leur ravit" diminue, finit même par disparaître, et le cours des liquides parait être interrompu dans la substance ligneuse.

La dureté pins ou moins grande des diverses espèces de bois parait dépendre de la nature trèsdiverse des matériaux que la végétation dépose dans le tissu ligneux ; car ce tissu lui-même semble à peu prés identique dans presque tous le» arbres, lorsqu'on le dépouille des matières étrangères dont il était pénétré.

Duhamel a démonlréd'une manière péremptoire la transformation de l'aubier en bois. Il fit passer un fil d'argent dans les couches de l'aubier; il en ramena les deux bouts au-dehors et les noua.

Ayant coupé la branche quelques années après, et examiné les fils qu'il avait passés dans l'aubier, il les trouva engagés dans le bois; par conséquent, l'aubier était devenu bois.

S C De l'étui mêduUaire.

L'étui médullaire, comme nous l'avons déjà dit, est un canal qui occupe le centre de la tige ; il tapisse la couche la plu» intérieure du bois , et a pour usage de contenir la moelle. Ses paroi» sont formées de vaisseaux très-longs, parallèles et disposés longiludinalement. Ces vaisseaux sont de* trachées, de fausses trachées et des vaisseaux poreux. L'étui médullaire est la seule partie de la tige où l'on ait jusqu'à ce jour observé les trachées. Ces

DE BOTANlyiE.

vaisseaux peu m ut dire déroulés, non-seulement dans les jeunes pousses, mais encore dans les branches déjà enracinées. La forme de l'étui médullaire n'est pas la même daus tous les végétaux. Assez souvent elle est arrondie; quelquefois cependant l'aire de l'étui médullaire est elliptique, comprimée, à trois , à quatre , à cinq ou à un grand nombre d'angles. Celte forme, ainsique l'a prouvé Palisot-de-Beauvols , parait déterminée par la position des feuilles sur les branches. Ainsi , quand les feuilles sont opposées, la coupe du canal médullaire est elliptique, comme dans le frêne, par exemple ; si les feuilles sont verlicillées par trois, le canal médullaire sera triangulaire , comme ou l'observe dans le laurier-rose , et ainsi de suite. Il s'en faut cependant que celle loi soit générale, et l'on y trouve d'assez nombreuses exceptions. Ainsi, par exemple, l'hortensia, qui a les feuilles opposées, offre un canal médullaire régulièrement hexagonal.

L'étui médullaire une fois formé , sa forme et ses dimensions ne changent plus, cl restent constamment les mêmes pendant toute la vie du végétal. C'est donc i tort que l'on dit généralement que le canal médullaire se resserre petit à petit sur lui-même, et qu'il finit par disparaître par les progrès de l'âge. C'est M. Du Petit-Thouars qui a le premier prouvé l'invariabilité du caual médullaire.

S 7. Delà Moelle.

La moelle ou médulle interne est celte substance spongieuse, diaphane et légère, formée, presque en totalité, de tissu cellulaire à son état de simplicité, qui remplit l'étui médullaire. Quelques vaisseaux semblent , dans certaines plantes herbacées, comme les férules, la parcourir longiludinalement : on les nomme fibres ou vaisseaux médullaires. Les cellules du tissu cellulaire qui constituent la moelle ont en général une graude régularité, et comme celles du tissucellulaire des •aires parties, elles communiquent toutes les unes avec les autres. Quelquefois, et surtout dans les jeunes branches et les plantes herbacées, le tissu cellulaire de la moelle est abreuvé de fluides et rempli de granulations vertes. C'est ce que l'on voit, par exemple, en cassant une jeune branche de sureau ou de rosier d'une année : la moelle parait être un tissu cellulaire charnu , vert et trèshumide. Mais, par les progrès de la végétation , toutes ces substauces, en quelque sorte étrangères à la nature propre de la moelle, et qui y sont déposées pour servir i la nutrition, disparaissent, et il ne reste plus dans l'étui médullaire qu'un tissu diaphane, plus ou moins desséché et spongieux.

Dans quelques végétaux , A mesure que la tige s'accroît , le canal médullaire se vide eu partie et quelquefois en totalité ; toute la moelle finit par disparaître, et la tige devient creuse ou fistuleuse : c'est ce que l'on observe, par exemple, dans un

grand nombre do plantes do la famille des Oiubellifères.

Cette disparition de la moelle n'a quelquefois lieu que d'une manière incomplète. Tantôt il se forme daus l'étui médullaire des cavités qui sont séparées les unes des autres par des disques de moelle; tantôt celle-ci se rejette sur les parois internes de l'étui médullaire.

La moelle communique aveo la couche celluleuse et herbacée de l'écorce au moyen de prolongements particulier.- qu'elle envoie à travers le corps ligneux. C'eslà ces prolongements, disposés sur une coupe transversale du tronc, comme des rayons partant en divergeant du centre à la circonférence , que l'on a donné le nom â'insertion ou de prolongements médullaires, lis servent a établir une communication directe entre la moelle et le tissu cellulaire extérieur de la tige.

Les rayons médullaires existent également dans la plus grande partie de l'épaisseur de l'écorce , puisqu'ils servent à établir la communication entre la médulle intente et la médulle externe ; mai* ceux de l'écorce n'ont point une communication directe avec ceux des couches ligneuses.

M. le professeur Amici a reconnu qu'ils sont formés de petits tubes poreux , placés horizontalement, ne contenant jamais que de l'air, et établissant la communication entre les parties internes et externes de la plante.

Si maintenant nous cherchons à savoir quels sont les usages de la moelle, nous verrons que les opinions ont beaucoup vari - à cet égard. Ainsi, selon le célèbre Haies, elle est l'agent essentiel de la végétation. Étant élastique et dilatable, elle agit à la manière d'un ressort sur les autres parties qu'elle sollicite ainsi à se développer. D'autres, au contraire, la considèrent comme un corps, loul-à-fail inerte. M. Dutrocheta, dans cesderniers temps, reproduit l'opinion de Ilalès , en faisant jouer à la moelle un rôle extrêmement important dans les phénomènes de l'accroissement des végé taux. Nous reviendrons prochainement sur cette opinion.

Tels sont les différents organes que l'on trouve en analysant la tige des végétaux dicotvlédons. Cependant toutes ces parties 6ont loin d'être toujours réunies et visibles sur la même plante. Quelquefois elles se confondent tellement les unes avec les autres, qu'il est presque impossible de les distinguer et de les isoler. Mais, lorsqu'on connaît bien la structure la plus compliquée d'une partie, il devient facile de se représenter, dans certain;, cas, ceux de ces organes qui peuvent y manquer accidentellement.

Il nous reste maintenant i étudier comparativement la structure de la lige des monocotjlédons , afin d'exposer ensuite le mode particulier de développement et d'accroissement propre à chacune de ces deux grandes divisions du règne végétal.

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