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EXTRACTION DES DENTS

Les élèves ne doivent pas manquer de profiter du temps qu'ils passent à Tampliithéâtre pour s'exercer à l'extraction des dents. Tous les ans. depuis que je dirigeais les travaux pratiques de médecine opératoire à la Faculté de Montpellier, je consacrais avec empressement une ou deux séances à cette partie de la chirurgie dentaire. On aurait tort de la négliger et surtout de la dédaigner. Les jeunes confrères qui quittent les bancs de l'école et qui vont s'établir dans la campagne, dans de petites localités, sont obligés de savoir extraire les dents, quels que soient leur état et leur degré d'altération : le refus d'opérer, une maladresse, une faute opératoire peuvent amoindrir et même ruiner leur considération, compromettre plus ou moins leur avenir. Les cliirurgiens de profession euxmêmes, dans certaines circonstances, se trouvent forcés d'enlever une ou plusieurs dents au cours d'une opération. La connaissance de celte partie au moins de la technique dentaire nous est, par conséquent, utile; et il est temps qu'on cesse de la considérer comme indigne de notre art.

' Pour plus de détails, consultez Chavasse ( Vo«o. élém. de petite chirurgie, 2«éd., 1SS9).

L'extraction est indiquée, d'après Magitot :

l*^ Lorsqu'une dent surnuméraire déviée ou normale détermine par sa présence une irrégularité de l'arcade dentaire, et que cette irrégularité échappe aux moyens thérapeutiques ;

2" Lorsqu'une dent frappée d'altération avancée cause des désordres de voisinage : phlegmons périostiques graves, abcès de la gencive ou de la joue, fistule, etc. ;

11" Lorsque, par suite d'une affection aiguë ou chronique de l'alvéole, des gencives et des maxillaires, une dent sera ébranlée à un point qui ne permette plus d'espérer sa consohdation et sa conservation ;

-4'^ Lorsqu'on se trouve en présence de certaines odontalgies qui résistent à tous les topiques et à la cautérisation.

J'ajouterai à ces indications la constriction des mâchoires due à la déviation ou à l'altération de la dent de sa.ffesse.

Les règles fondamentales du manuel opératoire sont les suivantes :

V Saisir la dent au delà du collet, le plus près possible de Forigine des racines ou à leur origine ;

2° Ne faire jamais aucun mouvement de rotation suivant le grand axe de la dent, sous peine de la briser ou d'ébranler les dents voisines ;

3"^ Avant de la tirer à soi, mobiliseï' la dent vers une de ses faces Hbres, puis vers l'autre, et jamais vers les dents collatérales ;

i'^ Borner le traumatisme à la rupture des connexions fibro-vasculaires et nerveuses qui fixent la dent à la gencive, au périoste alvéolo-dentaire et au fond de l'alvéole ;

■6'' Enlever la dent en totalité et d'un seul coup ;

C^ Opérer sûrement, et avec le plus de rapidité possible.

Les instruments dont on se sert le plus aujourd'hui, même en France, pour l'extraction des dents sont les daviers anglo-américains, dont les mors ont une forme appropriée à celle des dents. Cependant la clef de Garengeot

FiG. 495.

et le levier dit langue de carpe peuvent parfois être utiles ; aussi faut-il s'exercer à leur maniement comme à celui des daviers.

A. Extraction avec les DAVIERS. — Le nombre des daviers imaginés et mis en vente est très considérable.

Je ne signalerai que les types principaux, ceux qui peuvent suffire à la pratique ordinaire.

Ce sont pour les deux mâchoires :

1'-' Un davier à mors droits, égaux, disposés en cuiller, l'un large, l'autre étroit. Il sert à l'extraction des incisives et des canines. Le mors large se place en avant (fig. 495 et 495 his).

2«^' Un davier à mors courbes, un peu plus évasés que ceux du précédent. Il sert à l'extraction des petites molaires, et aussi à celle des dents de sagesse, dont les racines sont ordinairement réunies en une masse conique (fig. 496, n^ 10).

3'^ Deux daviers à mors courbes, larges, minces, dont l'un est simplement concave et dont l'autre, celui qui se place toujours en dehors (mors externe), présente deux concavités séparées par une arête.

Ces deux daviers servent l'un à l'extraclion des grosses molaires supérieures gauches, l'autre à l'extraction des grosses molaires supérieures droites. Le mors simplement concave s'applique sur la racine qui est en dedans, et le mors doublement concave sur les deux racines qui sont en dehors, l'arête répondant à leur intervalle (n*^* 7 et 8).

4° Un davier à mors courbes, et qui tous les deux sont construits comme le mors externe des daviers précédents

FIG. 495 bis.

(n*^ 9). Il sert à l'exlraction des grosses molaires inférieures. Les racines sont disposées en deux faisceaux situés

H.GuÉMDE À Taris FiG. 496.

l'un devant l'autre et séparés par un sillon. De là la forme identique des deux mors.

En tout, cinq daviers.

Manuel opératoire en général. — Trois temps : 1. Application des mors et prise de la dent. — Quelle que soit la dent à extraire, après s'être bien édifié sur l'état d'altération et, par suite, sur le degré de résistance de la couronne, après s'être remémoré la forme ordinaire de la racine ou des racines, — la tête étant un peu relevée et bien fixée par un aide, — entr'ouvrir les mor.s, les glisser presque à frottement sur les faces libres de la couronne, et engager profondément leurs extrémités entre le collet et la gencive, comme si l'on voulait arriver dans l'alvéole même.

Cette manœuvre dispense du déchaussement préalable ; elle est absolument nécessaire pour le succès de Topération. Que les commençants surtout ne l'oublient jias.

Les mors une fois appliqués autant que possible sur l'origine de la ou des racines, les serrer assez solidement pour avoir bonne prise, mais pas assez pour risquer de l'écraser ou de casser la dent au point d'application ; de là, le conseil donné de placer le petit doigt, comme moyen

de contre-pression entre les deux branches de la poignée.

2. Affranchissement de ht dent par mobilisation en sens opposés. — Afin de rompre les adhérences de la dent, l'incliner alternativement vers une face libre, puis vers l'autre, jamais vers les dents collatérales, sans toutefois aller trop loin ; sinon, on s'exposerait à casser la dent ou à fracturer l'alvéole. 11 y a là une mesure qu'on apprend seulement par le fait lui-même et par l'observation personnelle.

3. Entrainement de la dent hors de Valvèole. — Dès qu'on sent la dent libérée, l'entraîner hors de l'alvéole en la tirant à soi suivant son grand axe.

B. Extraction avec la clef de Garexgeot. — Cette

FiG. 497.

clef (fig. 497), qui a été l'objet d'une foule de modifications plus ou moins utiles, se compose essentiellement ;

d"une poignée, d'une lige droite d'acier, fixée d'un côté à la poignée, et terminée de l'autre côté par une partie élargie, le pannelon. Celui-ci porte au milieu de son bord libre une échancrure où l'on visse un crochet à bec bifide. Le crochet a une épaisseur et une courbure plus ou moins grandes suivant la molaire à extraire. La clef n'est applicable ni aux incisives ni aux canines ni aux dents de sagesse.

Manuel opératoire. — Après avoir déterminé la dent qu'on veut enlever, tourner le crocheta droite ou à gauche, selon que la dent siège à la mâchoire supérieure ou à la mâchoire inférieure, au côté droit ou au côté gauche; puis, enrouler du coton ou de la gaze autour du panneton, pour le coussinet, et pour empêcher ainsi une contusion trop grande de son point d'application.

La bouche étant ouverte et la commissure ou la lèvre correspondante étant convenablement réclinée avec l'index gauche, introduire la clef; appliquer un peu au-dessous du collet de la dent (côté interne pour les dents de la mâchoire inférieure, côté externe pour celles de la mâchoire supérieure) la face du panneton qui regarde la concavité du crochet; embrasser la dent dans la concavité du crochet, de telle sorte que le bec se trouve appliqué contre le collet de la dent du côté opposé au panneton; et, après s'être assuré que le bec est bien placé et que la prise est bonne, — au besoin, pendant qu'on maintient le crochet avec l'index gauche placé sur sa concavité, — imprimer ■un brusque et énergique mouvement de rotation à la tige ■de la clef. L'évulsion de la dent est faite. Au besoin, on achève l'évulsion avec le davier dès que la dent est détachée.

La clef de Garengeot expose parfois à certains accidents de contusion et souvent à la fracture plus ou moins étendue d'une ou ■des deux parois alvéolaires. C'est pour ce double motif qu'on lui X)réfcre de plus en plus le davier.

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