AMPUTATION DE LA LANGUE
L'amputation de la langue est une de ces opérations auxquelles il faut bien s'exercer sur le cadavre, à cause des occasions malheureusement fréquentes qu'on a de la pratiquer sur le vivant (épithéliome, quelquefois macroglossie). Il ne peut être question ici encore, on le comprend, que d'opérations typiques, fondées sur des principes généraux.
L'amputation est tantôt partielle^ ne portant, par exemple, que sur la moitié antérieure ou sur une moitié latérale ; tantôt totale^ et alors elle sacrifie soit la langue seule, soit la langue et le plancher buccal, soit ces parties et la partie moyenne de la mâchoire inférieure. Telles sont les distinctions diverses qu'on peut admettre, au point de vue opératoire, comme calquées sur les principales éventualités cliniques, suivant l'étendue du mal.
C'est toujours naturellement par la cavité buccale que se fait l'amputation semi-antérieure de la langue. Au contraire, suivant les cas, et aussi, il faut bien le dire, suivant les habitudes ou la prédilection de chaque chirurgien, l'amputation semi-latérale et l'amputation totale seule ou avec le plancher se pratiquent soit par la cavité buccale (l'Oi'e 6îicc«/e), soit par la région sus-hyoïdienne (l'o/e 5«^shyohlienne), soit à travers une simple section symphysienne (P. Roux, Sédillot, etc.) ou latérale (v. Langenbeck), ou à travers une résection temporaire (Billroth, E. Bœckel, Albert). On pourrait appeler maxillaire cette dernière voie. Aujourd'hui, on opère surtout par la bouche ou par la région sus-hyoïdienne, et ce n'est que rarement qu'on se décide à diviser le maxillaire, car il est prouvé
que l'ostéotomie aggrave beaucoup le pronostic opératoire, et même alors on ne fait plus que la simple section, de préférence à la symphyse, à moins que la mâchoire ne soit à son tour envahie par le néoplasme.
Les trois points de mire de la chirurgie actuelle sont : 1° l'épargne du sang aussi complète que possible et l'hémostase définitive d'emblée ; 2° l'extirpation généreuse non seulement du néoplasme apparent, mais des parties voisines et des parties infectées à distance [ganglions et glandes sous-maxillaires) ; 3" la protection de la plaie et des voies respiratoires contre Tinfeclion septique. Je devrais ajouter l'alimentation artificielle et le gavage au moyen de la sonde œsophagienne à demeure, suivant la pratique de Boyer,
naguère remise en honneur par Krishaber, 0. Lannelongue, Verneuil et autres chirurgiens. Aussi, depuis une quinzaine d'années, le pronostic opératoire de l'amputation de la
laiiiiiie a-t-il beaucoup perdu de son ancienne gravité (]() à 1^ p. dOO de mortalité actuelle), et sa valeur thérapeutique s'est-elle sensiblement accrue : 8,i» p. 100 d& guérisons après trois ans (Butlin).
Quant aux moyens de diérèse, aujourd'hui tous les chirurgiens ont abandonné ceux qui agissent avec lenteur et qui laissent dans la bouche des parties sphacélées, notamment la ligature, même élastique, parce qu'ils exposent beaucoup à la septicémie. C'est l'instrument tranchant (bistouri, surtout les ciseaux) qui jouit de la faveur générale : on voit mieux ainsi ce qu'on fait, on enlève mieux tout ce qui est suspect. L'écraseur linéaire, le thermo-cautère, la ligature extemporanée de Maisonneuve, l'anse galvano-caustique sont bien encore employés quelquefois; mais on ne compte plus autant sur eux pour l'hémostase, au moins pour celle des deux artères linguales qu'on préfère assurer par la ligature, celle-ci faite d'avance, à l'exemple de Mirault, ou dans le cours de l'opération. Péan fait riiémostase préalable avec des pinces spéciales (fig. JiOl).
Appareil instrumental, dans son ensemble :
Un bistouri droit;
l.'ne pince à dissection;
Une sonde cannelée ;
Deux paires de forts ciseaux mousses, courbes et
droits ; Une série de pinces à forcipressure ; Une érigne double ; Une pince de Museux; Une aiguille de Cooper et des fils à ligature ; Un stylet aiguillé ; Un thermo-cautère; Un ouvre-bouche.