III. Salsepareilles du Sud- Amérique
Les divers Etats compris dans l’ancienne Colombie (Nou velle- Grenade, Venezuela, Equateur) exportent de la Salsepareille.
Celle qui vient de la Nouvelle-Grenade est importée à 1. Jamaïque ou en Espagne, par Carthagène et Mompox, oi
salsepareilles
bien en Angleterre, par Sainte-Marthe et Savanille. Selon Humboldt et Bonpland, cette sorte provient du Sm. officinalis et est récoltée sur les bords de la Madeleine.
Pereira rapporte qu'il arrive parfois de la Salsepareille de Guayaquil en Angleterre; mais il ne sait si elle vient du Maynas ou du Centre-Amérique.
Enfin, de la Guayra, port de Caracas, on expédie, pour les Etats-Unis et l’Europe, une Salsepareille bien connue sous le nom de Salsepareille Caraque.
La Salsepareille delà Nouvelle-Grenade1 2 paraît être la sorte que l’on connaît sous le nom de Jamaïque rouge. Celle de l’Equateur constitue probablement l'une des sortes, que l’on confond sous le nom commun de Salsepareille du Pérou. Le peu de renseignements que nous possédons à ce sujet nous empêche d’en dire davantage.
Caraque. — Cette Salsepareille arrive en bottes de grandeur variable, renfermant une ou plusieurs plantes avec souches et reliées lâchement avec une belle racine. Les racines sont épaisses de 3 à 7 millimètres, peu sillonnées, brun pâle ou brun rougeâtre; l’écorce est blanche ou blanc rosé, féculente et trois ou quatre fois plus épaisse que la couche li- . gneuse. Celle-ci est propor- ! tionnellement très mince ; elle se présente comme une
faible zone brunâtre, entourant une moelle très grande blanche, farineuse (fig. 260).
I’iq. 266. — Section transversale d’une Salsepareille Caraque, d’après G.Planchon.
1 Berg la décrit comme suit : Racines encore munies de leur souche et de tronçons de tige courts, obscurément quadrangulaires ; épaisses de 1 ;l
2 lignes, brun pâle, maigres, sillonnées, sinueuses, velues; écorce moyenne pulpeuse, brun-chocolat clair, épaisse depuis l’épaisseur du bois jusqu’à 14 de ligne; moelle blanche de 1/2 à 3/4 de ligne d’épaisseur; cellules de la Kernscheide carrées, parfois un peu radiales, peu épaisses à la partie interne.
Cauviït, Mat. inéd.
SMILACÊES
Pereira confond cette Salsepareille, avec celle que les commerçants anglais appellent Ver a Cruz goutteuse ; aussi dit-il que les cellules de sa Kernsclieide sont radiales.
Cette sorte est attribuée au Sm. syphilitica , H. B. et Kunth. Pereira la rapporte aussi au Sm. officinalis; cette opinion paraît un peu hasardée, si l’on songe que le Sm. officinalis produit aussi une Salsepareille à bois très épais '<3 (Sais. Jamaïque). Cette sorte offre la structure suivante :
Épibléma (fig. 267) composé de deux ou trois rangées de cellules, dont l’épaisseur est assez faible, mais plus grande en dehors, surtout pour celles de la rangée externe 5 cellules corticales minces, arrondies, féculentes, laissant entre elles de nombreux méats.
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Kernsclieide (fig. 268) à cellules carrées ou un peu cunéiformes, rhombiques, tangentielles, rarement un peu radiales, plus épaisses en
dedans. (
Fibres ligneuses modérément épaisses, ovales-tangentielles près de la Kernsclieide, à lumen large et à parois peu radiées, marquées de stries circulaires d’épaississement; vaisseaux fins et peu nombreux; on en trouve quelques-uns épars dans la moelle. Moelle féculente et formée de cellules arrondies.
O. Berg rattache à cette sorte la Salsepareille Fioretta, d’Italie, dont les racines sont plus minces et rougeâtres extérieurement.
Il y rapporte également la Salsepareille da Costa, qui est en bottes de 2 à 2 1/2 pieds de long et d’environ 3 pouces d’épaisseur, formées de racines liées serré, coupées au couteau aux deux extrémités, très belles en dehors et remplies en dedans de pierres, de souches, etc.
SALSEPAREILLES
La Salsepareille Garaquea d’abord été fort estimée, à cause de sa belle apparence; elle l’est, au contraire, fort peu maintenant. Tlnibœuf a retiré de G livres (3 kil.) de cette sorte, 15 onces 3 gros (470 gr.) d’extrait. Cette quantité (environ IG 0/0) n’est pas en rapport avec l’infériorité réelle de la Salsepareille Garaque; tout porte à croire que l’extrait obtenu renfermait beaucoup de fécule.
Para. — Cette Salsepareille, que l’on a appelée également Salsepareille du Brésil, de Lisbonne , du Portugal , etc., vient de Para et de Maranham. Elle est récoltée sur les bords du fleuve des Amazones et de ses affluents. Schleiden lui donne pour origine les Smilax officinalis, II., B.; Sm. sgphilitica, PI. B.;. Sm. papyracea, Poiret et Sm. cordatoovata, Persoon.
Selon Martius, la Salsepareille du Brésil est récoltée à toute époque; les Indiens la sèchent au feu, puis rassemblent les racines en bottes cylindriques, qu’ils entourent d’une liane et qu’ils exposent ensuite à la fumée, pour les préserver des insectes.
Cette sorte se présente donc en bottes cylindriques , formées de racines sans soicches , entourées d'une liane et coupées transversalement à leurs extrémités. Ces bottes sont longues d’environ 1 mètre et épaisses de 20 à 30 centimètres. On y trouve deux sortes de racines : les unes minces, maigres, ligneuses, profondément sillonnées, barbues ( Sar za fina), que Poppig attribue lau Sm. syphilitica ; les autres pleines, farineuses, un peu barbues, plus estimées (Sarza grucsa), que Poppig rapporte au Sm. cordato-ovata. Ces dernières sont cylindriques, ridées ou faiblement sillonnées et toujours placées à la superficie des bottes ; leur écorce est féculente ou cornée, brunâtre pâle, presque aussi épaisse que la moelle et une fois
Fio. 269. — Section transversale d'une Salsepareille du Brésil, d’après G. Planehon.
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et demie à trois fois plus épaisse' que la couche ligneuse. Celle-ci est d’un gris brunâtre et se distingue nettement de la moelle, qui est blanche et farineuse (fig. 269). Toutes ces racines sont brun noirâtre au dehors et épaisses de - a £3 ni 1 11 1 tt) ç* très
Examinées sur une coupe transversale, les grosses racines offrent la constitution suivante.
Ëpibléma (Ûg. 270) formé de deux (rarement trois) rangées de cellules irrégulièrement arrondies: les internes jaune clair, plus petites, les externes jaune brun, plus grandes, plus épaisses en dehors et parfois recouvertes par les débris d'une sorte de cuticule amorphe, d un brun noirâtre. Cellules corticales un peu épaisses, féculentes, ovoides-arron- I dies: celles qui son! juxtaposées à la Iiernscheide sont tangenlielles, * souvent plus grandes, mais plus minces que les fibres ligneuses situées | de l'autre côté de cette çouche.
Cellules de la Kernscheide(Ûg. 271) quadrilatères, un peu allongées radialement, parfois cunéiformes, grandes, peu épaisses, plus minces J en dehors.
Fia 270. — Salsepareille de Para (Épibléma).
Fia. 271. — Salsepareille de Para, ç (Kernseliùdc), d'après G. Planchon,
Fibres Faneuses à lumen large et à parois minces, avec des zones d'épaississement peu distinctes ou milles, faiblement striees transversalement; les fibres juxtaposées à la Kernscheide sont tangentiel es et souvent plus grandes que les cellules de celte dermere couche. 1 aisseaux peu nombreux, souvent solitaires ou au nombre de deux ou tiois rarement disposés en files radiales et formant des amas à éléments
séparés par des cloisons obliques. ... . . 1)o
Cellules médullaires arrondies et remplies de fecule, a moelle ne renferme pas de vaisseaux. G. Planchon en indique dans la figure que uous lui avons empruntée; mais Berg n'y en signale aucun et Lnous
n"v en avons pas vu.
SALSEPAREILLES
Lima. — Cette Salsepareille se rapproche beaucoup, selon Pereira, de la vraie Salsepareille rouge Jamaïque. D’après Holmes, elle en diffère en ce qu’elle ' n’offre pas la teinte rouge brun, de la Sais. Jamaïque vraie. Son rhizome est ordinairement inclus dans le paquet. On la confond avec celle de Costa-Rica et probablement avec celle que Pereira appelle Vera-Cruz maigre. Cet auteur dit, d’ailleurs, qu’il ne voit pas de différence bien tranchée entre les sortes dites : Jamaïque, Lima et Vera-Cruz maigre. Berg paraît établir une distinction entre les Lima et les Costa- Rica. Comme l’on désigne, sous ce nom, des Salsepareilles importées de Sainte-Marthe, de Savanille et de Caracas, l’on comprend combien les Lima sont difficiles à distinguer des Costa-Rica et autres sortes voisines. Il est probable que le versant occidental des Andes ne produit pas de Salsepareilles et que les sortes importées par l’océan Pacifique ont été récoltées sur le versant oriental et sont fournies par le Sm. officinalis .
Voici, d’après Pereira, les caractères de cette sorte:
La Salsepareille Lima, y compris la Salsepareille Costa- Rica, est en bottes ou écheveaux d’environ 2 à 8 pieds de long, sur 6 à 9 pouces de diamètre et pourvus de souches dans leur intérieur. Sa couleur est brune ou brun grisâtre ; parfois on trouve, dans une bonne Salsepareille de Lima, quelques racines d’une couleur d’argile claire. Les tiges sont carrées et garnies d’épines peu nombreuses, excepté dans la variété à couleur d’argile. Commequalité, la Salsepareille Lima se rapproche beaucoup de la Salsepareille Jamaïque, mais elle donne une moindre quantité d’extrait. Selon Berg, les cellules de la Kernscheide sont radiales, dans la Costa-Rica. Nous ne possédons pas d’échantillon authentique de cette sorte.
Guayaquil. — Cette sorte ne semble pas connue dans le commerce français ; Ciéza de Léon l’a mentionnée cependant, dès 1552. Selon Hanbury, elle est très estimée. Hanbury la décrit comme suit : Elle diffère beaucoup des autres sortes, est grossièrement empaquetée en grosses bottes et n’est pas disposée d’ordinaire en paquets distincts. Le rhizome et une partie de la tige sont souvent mêlés aux
SMILACEES
racines. La tige 'est ronde et non épineuse. La racine est épaisse, longue, d’apparence grossière et porte beaucoup de radicelles. L écorce est sillonnée, assez épaisse, dépourvue d amidon, dans les parties grêles de la racine, qui avoisinent le rhizome; dans les portions épaisses, elle est plus lisse, amylacée et de couleur fauve ou jaune pâle à l’intérieur.
11 existe trois spécimens de cette Salsepareille au mus le de la Faculté de Lyon.
1° Un bel échantillon composé de racines pleines, à peine sillonnées, gris rougeâtre et dont le diamètre varie de 1/2 à 5 millimètres. L’écorce est d’un brun clair, et a une épaisseur de lmm,3 ; le bois est mince (0,5 millim.), la moelle épaisse de 3 millimètres et blanche.
Sur une section transversale, la racine présente : un épibléma à 4-5 rangs de cellules subarrondies, peu épaisses; un parenclujne co) ticcily a cellules subarrondies, sans fécule, à parois presque aussi épaisses que celles des cellules de 1 épibléma ; ces cellules laissent entre elles de nombreux méats; kernscheide h cellules presque régulières, radiales, à paroi extérieure plus mince ; fibres ligneuses assez petites^ à minces parois; vaisseaux peu nombreux ; moelle féculente.
2° Le 2° échantillon est étiqueté sorte spéciale. Il ressemble à de la Vera-Cruz enfumée, et se compose de racines à écorce tantôt sèche et papy racée, tantôt pleine; ces deux formes se voient parfois sur la longueur d’une même racine. Ces racines sont, d'ailleurs, plus ou moins sillonnées en général. Chez les racines à écorce papyracée, le méditullium est noirâtre ou brun clair. L’écorce est d’ordinaire brun rosé, le bois aussi épais et la moelle blanche très développée. Il semble que, par son aspect, cette Salsepareille se rapproche de la sorte dite de Guatemala.
Elle offre la structure suivante :
Épibléma formé de 4-5 séries de cellules arrondies, peu épaissescellules corticales plus ou moins affaissées et contenant peu de fécule! La couche immédiatemen' adossée à la kernscheide se compose de cellules épaisses, arrondies* plus petites que celles de cette dernière La kernscheide est formée de cellules moyennement épaisses, plus minces en dehors, radiales et à peu près de même grandeur. Le bois se compose de fibres peu épaisses, avec de nombreux vaisseaux. Enfin, la moelle est féculente et occupe les 2/6 du diamètre total.
SALSEPAREILLES
3° Le 3e échantillon est une sorte brune, maigre, à écorce brun rosé clair, souvent papvracée; la moelle est blanche et son diamètre égale environ la moitié du diamètre total du bois et de la moelle. Cette Salsepareille est de fort mauvaise qualité ; elle offre une structure analogue à la sorte dite de Para.
Nous allons résumer, sous forme de tableau, les principaux caractères des Salsepareilles les plus importantes.
A l’exemple de Otto Berg, nous diviserons les Salsepareilles en deux groupes, selon la forme dominante des cellules de la Kernscheide :