‹ Nouveaux éléments de matière médicaleChapitre 114 sur 219 · LÉGUMINEUSES · texte numérisé non relu

LÉGUMINEUSES

ffiÆSAL

.PINIEES

l’Abyssinie, le Kordofan. On le trouve aussi dans l'Inde, au Sénégal (var.y) et aux Antilles, où il est sans doute cultivé. Ses folioles entrent, pour une large part, dans le Séné d'Alexandrie; souvent aussi, elles existent en petite quantité, dans le Séné de Tripoli; rarement elles se montrent isolées, comme espèce commerciale distincte.

Ses gousses sont vendues sous le nom de Follicules de Séné.

4° Cassia Schimperi, Steud. ( C . pubescens, R. Brown ; C. pubescens et C. tomentosa , Ehrb. et Emp. ; C. cana , Wender. ; C. obtusata, Hochstett. et Steud. ; Senna tomentosa , Batka). — Toutes les parties herbacées de la plante sontliérissées-pubescentesou tomenteuses ; feuilles généralement à 6 ou 8 paires de folioles subégales, ou les extrêmes un peu plus grandes et atténuées vers la base, cunéiformes ou obovées-oblongues, subrétuses; pétiole non glanduleux ; folioles ovales ou ovales-oblongues, arrondies-obtuses ourétuses, brièvementmucronulées, pubescentes-cendrées ou subtomenteuses et ciliées, à poils dressés; stipules persistantes, lancéolées-subulées, à base semi-cordée ou semihastée, auriculée, longues de 5 à 7 millimètres ; grappes denses, longues de 3 à 7 millimétrés, un peu plus longues après la floraison ; gousses longues d'environ 35 millimètres, larges de 14 à 16 millimètres, peu incurvées, glabres, terminées à leur base en un pédicelle plan-comprimé, très court; base du style persistante, latérale et occupant l’extrémité de la suture ventrale.

Cette plante habite l'Arabie Heureuse et l’Abyssinie. Ses folioles se trouvent, mais rarement, mêlées à celles du C. medicinalis, dans le Séné de la Mecque.

5° Cassia lanceolata , Forsk. — Tous les auteurs français, se basant sur une assertion erronée de Forskal, ont admis, pendant longtemps, que cette plante fournit le Séné de la Mecque. Néanmoins, la plupart de ceux qui ont décrit ce Cassia paraissent n’en pas avoir vu d’échantillons authentiques; autrement, il serait difficile de comprendre pourquoi Moquin-Tandon lui rapporte les follicules qu'il figure sous le nom de Séné de la Casse à feuilles lancéolées, et pourquoi Guibourt commet la même erreur.

Tout en disant que, d'après Forskal, le C. lanceolata , Forsk., fournit le véritable Séné de la Mecque, Pereira rapporte les Sénés de la Mecque et de l'Inde au C. elongata, Lem.-Lis. (C. medicinalis, p Royleana, Bisch.).

Il se peut que les folioles du C. lanceolata , Forsk., se trouvent parfois, mais en petite quantité, 'mêlées au Séné de Moka. Cela est toutefois assez rare, carBischoff dit : Neque foliota, neque fructus hujus speciei inter Folia Sennæ venalia unquam reperiuntur.

Le Cass, lanceolata, Forsk. , appartient à la section V. Chamx senna , DC., § 2 Coluteoideæ, DC., *** Basiglandulosæ, DC.

Bisclioff lui donne les caractères suivants:

Feuilles à 5 (rarement 6) paires de folioles, les inférieures parfois à 4 paires; pétiole pourvu, au voisinage de sa base, d'une glande oblique et presque arrondie, sessile dans le sillon du pétiole ; folioles lan* céolées-élargies ou oblongues-lancéolées, aiguës, rarement à peine

SENE

obtuses ou obtuses-mucronulées ou rarement nautiques, glabres, las plus jeunes seulement garnies, sur leurs bords, de quelques poils rares et accombants, d’un vert gai en dessus, à peine ou non glaucescentes en dessous, pourvues d’une nervure médiane étroite et de nervures latérales très ténues; la grandeur des folioles augmente de la base au sommet de la feuille; slipules caduques; pédoncules floraux courts, subbiflores et axillaires, ou les plus élevés aphylles, rapprochés à l’extrémité des rameaux et figurant une grappe courte, corymbiforme ; gousses à sommet arrondi, surmonté par le style persistant, élargi, rostré ou presque spinescent, atténuées à leur base en un pédicelle court, cylindrique, pourvu de quelques poils un peu crépus, d’abord pubescentes, puis glabres, longues de 5 à 7 centimètres, larges de 11 à 14 millimètres, épaisses d’environ 2 millimètres, polyspermes et divisées intérieurement en un grand nombre de loges, par des cloisons transveresales incomplètes. Ces gousses sont à peine incurvées.

Cette espèce fut récoltée par Forskal, daus la vallée de Surdud et près du bourg de Mor, dans le territoire de Téhama. W. Schimper l’a trouvée aussi dans la vallée de Fatmé, aux environs de Dschedda, dans le sud de l’Hedschas. C'est un exemplaire de cette provenance, existant dans l’herbier de Buchinger, que Bischoff a reconnu et décrit comme étant le C. lanceolata, Forsk. Nous avons eu l’échantillon sous les yeux ; ses caractères concordent avec la description ci-dessus.

A ces 5 espèces de Cassia, dont 4 seulement fournissent des Sénés employés en Europe, il serait peut-être utile d’ajouter 1 e Cassia marylandica, L., arbrisseau des Etats-Unis, où l’on emploie ses feuilles en guise de Séné.

Ce Cassia présente 8 ou 9 paires de folioles ovales-oblongues, mucronées, égales, avec une glande ovale à la base de son pétiole; ses grappes sont axillaires et sa gousse est comprimée, linéaire, hispide. Ses folioles sont connues sous le nom de Séné d’Amérique. Ce Séné est moins actif que le Séné d’Alexandrie. On le met d’ordinaire en gâteaux comprimés.

Le Cassia cathartica, Mart., appelé Sena do Campo. au Brésil, le C. ligustrina, L., qui croit de Cayenne à la Virginie et le C. obtusi folia, L., des Antilles, peuvent aussi remplacer le Séné.

Le C. emarginata, L. (Catlxartocarpus emarginatus, Pers.), des Antilles, le C. grandis, 3acq.(Cathart. Brasilianus, Pers.), du Brésil et des Antilles et le C. bacillaris, L. f. (Cathart. Bacillus, Pers.) fournissent des fruits pouvant suppléer la Casse ordinaire.

Sortes comme r c iales de Séné

Les auteurs de Matière médicale décrivaient jadis un assez grand nombre de sortes de Sénés, que l’on distinguait surtout par le nom du lieu de leur provenance. La plupart de ces sortes ne se trouvent, dans le commerce, que d’une

500 LÉGUMINEUSES - CÆSALPINIEES

manière accidentelle et nous nous contenterons de les mentionner.

Les sortes commerciales les plus importantes sont: le Séné cV Alexandrie, le Séné Moka ou de l'Inde et le Séné de Tinnevelly . Le Séné de Tripoli, jadis assez abondant, ne semble plus arriver en France.

1° Séné d’Alexandrie ou de la Palthe (fig, 534). — Ce Séné est récolté dans la liante Egypte, la Nubie et le Kordofan,

d’où il est d’abord expédié à Boulait, près du Caire et, de là, en Europe.

11 estde beaucoup le plus estimé.

Les Arabes le nomment Senna Gebeli (Séné de montagne).

Jusqu’à ces dernières années, ce Séné était formé par un mélange d’environ 5 parties des deux variétés du C. lenitiva, de 3 parties des variétés du C. obovata et d’environ 2 parties de feuilles d'une Apocynée appelée Arghel. On y trouvait toujours aussi des fragments de pétioles (bûchettes ), des follicules entiers ou brisés, des débris de diverses sortes (grabeaux) et des feuilles étrangères, principalement celles du Tephrosia Apollinea (Galega Apollinea, Del.). Nous reviendrons plus loin sur les caractères de ces feuilles, en examinant les diverses falsifications du Séné.

Assez souvent aussi, les feuilles d’ Arghel, les grabeaux et les bûchettes en constituaient la plus grande part: les feuilles de Séné étaient alors plus ou moins brisées, pour en dissimuler la falsification.

Actuellement, le Séné d’Alexandrie est beaucoup plus pur et ses folioles sont dans un bon état de conservation. Il convient, toutefois, de le soumettre à un triage attentif, pour le débarrasser des substances étrangères qu’il peut contenir.

2° Séné de Tripoli (fig. 535). — Cette sorte est formée à peu près exclusivement, par les deux variétés du C. lenitiva; mais on y trouve parfois un peu de C. obovata.

Batka y a signalé la présence du Senna an gusti folia (C.

Fio. 534. — Séné de la Palthe.

SENE

medicinalis, Bisch.), ainsi que les feuilles, les fleurs et les fruits du Tephrosia Apollinea.

Ce Séné est transporté à Tripoli de Barbarie, par les caravanes qui viennent du Fezzan. Il se compose de feuilles plus petites, moins aiguës, moins épaisses, plus vertes et plus brisées, que celles de la sorte précédente. On y trouve une grande abondance de bûchettes, ainsi que de petits fragments de follicules. Oberlin rapporte le Séné de Tripoli au C. acutifolia , Del.

(C. lenitiva (3 acutifolia,

Bisch.).

Le Séné de Tripoli n’est pas accepté comme sorte, par Hanburv, qui l’attribue au C. acutifolia, Del., dont Bischoff fait une variété de son C. lenitiva. Holmes l’admet, au contraire et la rapporte au C. æthiopica, Guib.

3° Oberlin signale, comme sorte, le Séné de Tunis, qu’il dit fourni par le C. lenitiva et ses variétés.

Nous n’avons jamais vu cette sorte et les auteurs fran çaisn’en font pas mention.

Les deux sortes suivantes, distinguées par beaucoup d’auteurs, sont réunies par Hanbury. Elles provien nent, d’ailleurs, delà même espèce.

4° Séné Moka ou de la Pique (fig. 536).

— Comme nous l’avons dit plus haut, ce Séné a été attribué pendant longtemps au C. lanceolata,, Forsk. En réalité, il est fourni par le C. medicinalis,vav. a genuina , Bisch, et var. y Ehrenbergii, Bisch.

Cette sorte se compose de folioles longues de 3 à 5 centimètres, très étroites, presque subulées et jaunâtres. Elle est, d’ailleurs, assez rare dans le commerce. On y trouve parfois les folioles du C. Schimperi , Steud.

LÉGUMINEUSES - CÆSALPINIEES

5° Séné de l’Inde. — Cette sorte, que Bouchardat dit être tirée de l’Arabie, est produite, dans l’Inde, par le C. medicinalis, var. (3 Royleana, Biscli. (C. elongata, Lem.). On en distingue deux variétés commerciales : le Séné ordinaire de l'Inde et le Séné de Tinnevelly .

Le Séné ordinaire de l’Inde (fig. 537) se compose de folioles analogues à celles du Séné Moka (ou de la Mecque ),

gousses et des feuilles décolorées. Holmes le croit identique au Séné de la Mecque de Pereira et au Séné Moka de Guibourt.

Le SénédeTinnevelly secomposeexclusivementde folioles lancéolées, longues de 2,5 à 5 centimètres, d’un vert jaunâtre en dessus, plus foncées en dessous, glabres ou à face supérieure garnie de poils fins, courts et déprimés. Les folioles sont moins roides, que celle du Séné Paltlie et peu sapides, avec une légère odeur de Thé.

Ce Séné est récolté et désséché avec beaucoup de soin. Les folioles sont plus vertes que celles du Séné de l’Inde, quoique avec cette teinte jaune, qui caractérise les Sénés fournis par le C. medicinalis ; il contient aussi moins de petites feuilles.

Les Sénés de l’Inde, surtout le Séné de Tinnevelly, ont été

mais généralement plus longues, plus amincies à la base et ter minées par une pointe épineuse, plus rarement arrondies au sommet et surmontées par une épine ; elles offrent un bord cartilagineux, très étroit ; leur nervure médiane est mince et peu saillante. Ces folioles sont minces, comme membraneuses, de couleur vert jaunâtre, parfois brunes en de certains points.

Fig. 537. — Séné de l'Inde.

Ce Séné est moins estimé que le Séné de Tinnevelly. Il s’en distingue par ce fait qu’il contient toujours des pétioles, des

SÉNÉ

pendant longtemps assez peu estimés en France, parce qu’on les supposait moins actifs que le Séné de la Palthe. Ils sont, au contraire, fort appréciés en Angleterre, où ils constituent la sorte la plus usitée. Il est possible que la culture ait affaibli les propriétés de la plante; mais il serait à désirer que le Séné de Tinnevelly devînt la sorte officinale, en raison de sa pureté habituelle et de la forme remarquable de ses folioles. Ce dernier caractère permet d’en distinguer aisément les falsifications, d’ailleurs si constantes et si nombreuses dans les Sénés d’Afrique, dont le triage est si long et si minutieux. S’il est vrai que ce Séné est moins actif, il suffirait d’en élever un peu la dose, ce qui n’offre aucun inconvénient, cette substance n’étant administrée qu’en infusion ou en décoction.

Au reste, le Séné de Tinnevelly paraît être la sorte la plus répandue actuellement, dans le commerce. C’est celle que nous rencontrons d’ordinaire, dans les visites des pharmacies et drogueries du Rhône.

60 Sénés d’Alep. — On distingue, dans le commerce, deux sortes de Sénés de ce nom.

L’une est produite par le C. medicinalis , var. y Ehrenbergii : on la distingue sous le nom de Séné d’Alep à feuilles étroites.

La seconde, habituellement appelée Séné d’Alep ou Séné de Syrie (fig. 538), est fournie par le C. obovatci, Collad., var, a. genuina,

Bisch., et var. [i> obtu sata, Th. Yogel.

7° ^e Séné d’Italie doit être rapporté à la var. a du C. obovata.

8o Le Séné du Sénégal paraît dû au C. obovctta , var. y platycarpa, Bisch. Il est probable, toutefois, que les deux autres variétés de la même espèce croissent aussi au Sénégal.

Les folioles du C .obovata semblent ne plus être récoltées

Fio. 538. — Séné d'AIep.

LEGUMINEUSES — CÆSALPIN1EES

et l’on ne peut guère parler des Sénés d’Alep et de Syrie, que pour mémoire. Quant au Séné d’Italie, le C. obovata ri’est plus cultivé dans ce pays depuis longtemps. Cette sorte a donc disparu.

En décrivant les espèces de Cassia, qui fournissent du Séné, nous avons fait connaître les caractères de leurs gousses et nous avons dit que ces gousses portent, dans le commerce, le nom générique de Follicules. On en distingue 3 ou 4 sortes.

Fia. 539.

Follicules d’Alep.

rii. 540.

Follicules de la Paltlio.

Fig. 541.

Follicules de Tripoli.

1° Les Follicules d’Alep, fournis par le C. obovata Collad. (fig. 539), sont noirâtres, étroits, très arqués et pourvus, sur leurs deux faces, d’une sorte de crête membraneuse, située au-dessus du point correspondant à chaque graine. Ils ne sont pas estimés.

2° Les Follicules de la Palthe, fournis par le C. leni tiva,\ ar. acutifolia, Biscli. (fig. 540), sont grands, larges, peu recourbés, d’un vert sombre, tirant sur le noir au-dessus des semences. Ce sont le plus estimés.

3° Les Follicules de Tripoli, fournis par le C, lenitiva, var. obtusif'olia, Biscli. (fig. 541), sont plus petits et d’un vert fauve ou blonds ; ils sont peu estimés.

SÈNÈ 505

4° Enfin les Follicules de Moka, fournis par le C. medicinalis, var. genuina , Bisch. (fig. 542), ressemblent assez à ceux de la Palthe, dont ils se distinguent surtout par leur grandeur. Ils sont rares.

Les Sénés et leurs follicules renferment, d’après Lassaigne et Feneulle, une matière amère et nausééuse, la Cathartine, qui paraît en être le principe actif et qui se trouve en plus grande proportion dans les folioles, La moindre quantité de cathartine, dans les follicules, explique la moindre activité de ces fruits, ce qui tient à l’époque et aux conditions de leur récolte. Toutefois, Mesué et les médecins de son temps préféraient les follicules aux folioles ; ils savaient que l’inefficacité des follicules est due à ce que, généralement, ils n’ont été récoltés qu’après leur dessiccation sur l’arbre. Mesué recommandait donc de les cueillir avant les froids, quand ils sont encore verts et de les dessécher à l’ombre.

L’analyse des folioles de Séné a été faite par Lassaigne et Feneulle, par Bley et Diesel, par Ludwig et, enfin, par Kubly et Dragendorf. Kubly et Dragendorf y ont trouvé : 1° de l 'acide Cathartique (G180 H9G O82 Az2 S), glucoside qui se dédouble en glucose et acide C athartogénique (G128 H58 O46 Az2 S); 2° de Y acide Chrgsophanique

(G15 H10 CH); 3° de la Cathartomannite (G42 H44 O38).

Pour Ludwig, le principe amer du Séné (Sennapicrin) ressemble à la résine de Jalap ; il a retiré aussi du Séné une matière térébenthineuse molle, qui réduit les sels de cuivre et qu’il nomme Sennacrol. Batka a trouvé dans les follicules : de Y acide Chrgsophanique , de la Sennacrine, principe sans amertume, qui paraît remplacer la Cathartine, de la Sennarètine, de la Lègumine , des acides Sennatannique , oxalique , etc.

Le Séné est un purgatif énergique, de saveur amère,

Cauvet. Mat. méd., t. II.

Fia. 542.

Follicule de Moka.

LEGUMINEUSES - CÆSALPINIEES

désagréable, qui provoque souvent des nausées et des coliques. On recommande de l'employer en infusion et non en décoction.

Bouchardat range les Sénés, d’après leurs propriétés, dans l’ordre suivant: 1° Palthe, 2° Moka et Sénés de l’Inde, 3° Tripoli, 4° Séné à folioles obovées. Ce dernier est le moins actif et doit être prescrit à dose double de celle du Séné à feuilles aiguës.

Falsification du Séné

Le Séné d’Alexandrie est falsifié avec les feuilles de l’Arghel, du Tephrosia Apollinea , du Baguenaudier, delà

Globulaire Turbith, de l’Airelle, du Redoul, etc.

Les Feuilles l’Arghel ou Arguel ( Cynanchum \Solenostemma, Hayne] Arghel, Del., fig. 543) sont équilatérales (les folioles du Séné sont inèquilaièrales ), généralement lancéolées, plus souvent pointues qu’émoussées, mais sans épine à leur sommet, qui se termine le plus souvent en un prolongement corné ; leur pétiole est court, canaliculé à la face supérieure (et non arrondi, comme dans le Séné); la nervure médiane est deux fois plus large que celle des Sénés et moins saillante ; les nervures secondaires sont peu marquées. Ces feuilles sont épaisses, roides, cassantes, chagrinées h la surface, d’un vert blanchâtre, amères, avec un arrière-goût sucré.

Les Feuilles le Tephrosia (fig. 544), sont parfois mêlées au Séné de Tripoli et [accidentellement au Séné de la Palthe.

Fio. 54?. — Arguel: feuilles, fruit et semence.

SENE

Fio. 544.— Feuille du Tephrosia Apollinea-

Elles sont longuement ovalaires, équilatérales, épaisses, assez dures, émarginées, entourées d’un bord cartilagineux, couvertes de poils très mous, plutôt dressés sur la face supérieure et courbés sur l’inférieure, ce qui donne à la première une couleur grisâtre et à la seconde un aspect gris argenté ; les pétioles sont aussi plus velus que dans les Ccissia. La nervure médiane est peu apparente vers le sommet, épaisse et saillante vers la base; les nervures latérales sont plus nombreuses et plus fortes que chez les Cassia et parfois assez proéminentes, pour que les feuilles semblent rayées de stries parallèles des deux côtés de la nervure médiane. Les Tephrosia sont des plantes vénéneuses, en général, et auxquelles on attribue les propriétés de la Digitale. On cite notamment les Tephrosia : toxicaria , piscatoria et Vogelii, que l'on emploie, aux Antilles, pour tuer le poisson.

Les Feuilles de Baguenaudier ( 'Colutea arborescens , L. ; fig. 545) sont ovalesarrondies, douces au toucher, tronquées ou écbancrées au sommet, qui n’offre pas de pointe roide, non rétrécies à la base, plus vertes et plus minces que celles du C. obovata, dont elles se distinguent aisément.

Les Feuilles de l’Airelle ponctuée (Vaccinium Vilis-Idæa , L. (fig.

546) sont ovales, épaisses, entières, obtuses, lisses et vert foncé en dessus, pâles et marquées de points noirs en dessous; leur bord est réfléchi et légèrement den ticulé.

Les Feuilles de la Globulaire Turbith (Globularia Alypum , L.; fig. 547) sont

Fia. 545. — Feuille de Baguenaudier.

Fig. 540. Fio. 547. — Formes principales Airelle ponctuée, des feuilles de la Globulaire.

LEGUMINEUSES - CÆSALPINIEES

glabres, ovées-lancéolées-aigues, rétrécies en pétiole à la base, entières ou munies d’une ou deux dents au sommet. Ces feuilles sont légèrement purgatives, moins désagréables que le Séné et peuvent lui être substituées à dose double.

Les Feuilles de Redoul (Coriaria myrtifolia, L.) constituent la falsification la plus redoutable du Séné; leur présence, dans le Séné, a souvent amené des empoisonnements parfois suivis de mort. Nous avons déjà fait connaître les propriétés du Redoul (voy. t. II, p. 275-276).

Les feuilles du Redoul (fig. 548) sont ovales-lancéolées, glabres, très entières, longues de 2 à 5 centimètres, larges de 7 à 27 millimètres, pourvues d’une nervure médiane et de deux nervures latérales saillantes, qui naissent de la base de la feuille et s’élèvent jusqu’à son sommet, en décrivant une courbure presque parallèle aux bords. Ces trois nervures sont parfois (dans les grandes feuilles) munies de nervures transversales libres, rarement anastomosées. Dans les Sénés il n’existe qu 'une seule grosse nervure [la médiane] et les nervures latérales, qui en partent, s’anastomosent entre elles au voisinage des bords. Les feuilles du Redoul sont plus épaisses el plus larges proportionnellement, que celles du Séné; leur surface est un peu chagrinée, mais non blanchâtre, comme dans l’Arghel.

Fig. 548.

Feuille de Redoul.

Faux Sénés

Nous avons déjà mentionné (p. 499) le Séné d' Amérique, fourni par le C. marylandica et qui est employé aux Etats- Unis, en place de Séné. On emploie aussi, comme évacuant, le C. ovalifolia (fig. 549).

Holmes rapporte qu’au mois de janvier 1885, on a présenté sur le marché de Londres, sous le nom de Fine Senna , les folioles du C. brevipes, DC., plante sans doute de Panama et certainement de 1* Amérique centrale. Ces folioles ne sont point

ÉGORGE DE SASSY OU DE MANÇONE 509

purgatives; elles se distinguent en ce qu’elles sont pourvues de 3 nervures principales, au moins.

Les graines, les feuilles et les racines du Cassia occidentalisé L., sont employées comme fébrifuges et contre les érysipèles, la strangurie, etc., par les indigènes de l’Afrique tropicale, sous les noms de Mbantamarè , de Fédègosa, à'Aldiana et de Macacassé , selon les dialectes. Les professeurs Heckel et Schlagdenhaufi'en en ont obtenu de bons résultats, contre les lièvres paludéennes, bien que l’analyse n’ait permis d’y cons-

, n J , , - ni Feuille du Cassia

tater qu une lorte proportion de tannin. Selon ovaiifoua. le professeur Heckel, les graines Fédégose sont expédiées en Europe, où elles sont torréfiés, puis vendues pour falsifier le café. Ces graines torréfiées sont un peu laxatives, à haute dose.

Fio. 549.

M 1MOSÉES

Écorce de Sassy ou de Mançone

L’écorce de Y Erythrophloeum guineense , Don ( Sassy Bark 7’ree, des Anglais) est employée à préparer des liqueurs d’épreuve et à empoisonner les flèches, par diverses peuplades de l’ Afrique tropicale. On la connaît, en Europe, sous le nom d ' Ecorce de Mançone. Cette écorce est en morceaux aplatis, irréguliers, à surface inégale et de couleur brun rougeâtre. Elle est dure, fibreuse, inodore, mais produit de violents éternuements, quand on la pulvérise. L ’E. guinense est un arbre pouvant atteindre 30 mètres de hauteur et 2 mètres de diamètre. Les indigènes du Sénégal le nomment l'ali. On trouve à Madagascar et aux Séchelles un autre Erythrophloeum possédant des propriétés analogues. On le nomme Koumango et IL Bâillon l’a appelé E. Couminga. Ces deux arbres renferment un alcaloïde très vénéneux ( Erythrophléine ), étudié par Gallois et Hardy.

L’Erytiirophléine est une substance cristalline, soluble dans l’éther, la benzine et le chloroforme. Elle fournit un

LÉGUMINEUSES — MIMOSEES

chlorhydrate cristallisable, qui précipite les réactifs généraux des alcaloïdes. Ge principe est un poison du cœur. Injecté sous la peau d’une Grenouille, à la dose de 2 milligrammes, il provoque l’arrêt du ventricule en systole, tandis que les oreillettes continuent encore à battre, pendant quelques instants, pour s’arrêter en diastole.

Gommes

On désigne, sous ce nom, des substances neutres, incristallisables, inodores, de saveur fade et visqueuse, entièrement solubles dans l’eau (Gommes vraies ), ou partiellement solubles dans l’eau ( Gomme des Rosacées ), ou seulement capables de se gonfler dans ce liquide et de lui communiquer une consistance mucilagineuse (Gomme adragante, Gomme de Bassora, Mucilages). Les Gommes offrent, comme caractère commun, de fournir de l’acide mucique et de l’acide oxalique, lorsqu’on les traite par l’acide azotique. Elles sont insolubles dans l’alcool, l’éther, les corps gras.

Les Gommes vraies ou Gommes solubles se dissolvent à froid dans leur poids d’eau, en formant une solution épaisse, glutineuse, un peu opalescente, de saveur fade et à réaction acide. Cette dissolution se mêle bien à la glycérine, qui cependant affecte à peine la gomme entière. L’alcool fort et l’acétate basique de plomb la précipitent ; Y acétate neutre ne la précipite p)as. Les silicates solubles, les borates, les sels ferriques la troublent et la transforment en une sorte de gelée. L’oxalate d’ammoniaque en précipite de la chaux. Selon Flückiger, une Gomme arabique choisie avec soin laisse 2,7 à 4 0/0 de cendres surtout calcaires.

On admettait jadis que la matière soluble, qui forme la presque totalité de la Gomme vraie, était constituée par un principe spécial, appelé^. rabine. Frémy a montré quel’Arabine est un sel essentiellement composé par de Yacide Gummique uni à un peu de chaux, de potasse et de magnésie.

Desséché à 100°, I’acide Gummique (ou ac. Arabique) a. pour formule G12 H'22 O11. En se combinant à une base, il perd H2 O : sa formule semble donc devoir être G12 H20 O10, H2 O.

GOMMES

5il

Il forme des gummates solubles, avec la potasse, la chaux, la baryte ; le sous-acétate de plomb, versé dans la dissolution de ces sels, y produit un abondant précipité blanc de gummate de plomb. Chauffé à 150°, l’acide gummique se convertit en acide Métagummique insoluble, qui ne se modifie pas par l’ébullition dans l’eau. Les métagummates sont insolubles dans l’eau froide ; mais ils se transforment de nouveau en gummates solubles, lorsqu’on les fait bouillir pendant un certain temps, avec de l’eau.

Selon Frémy, la Gomme des Rosacées est formée de gummates (Arabine) et de métagummates ou de ce que l’on appelait de la Cèrasine. On s’explique ainsi pourquoi la Gomme des Rosacées devient soluble, par une ébullition prolongée avec de l’eau : on disait alors que la Cèrasine se transforme en Arabine.

L’Arabine est une matière amorphe d’un blanc laiteux, quand elle est humide et d’aspect vitreux, à l’état sec, Humide, elle se dissout dans l’eau froide, d’où l’alcool ne la précipite qu’en présence d’une base ou d’un sel.

Chauffée pendant quelque temps, avec de l’orcine et de l’acide chlorhydrique concentré, bouillant, l’ Arabine se colore d’abord en rouge, puis en violet ; à la fin, il s’en sépare une matière colorante bleue, soluble dans l’alcool, qui devient bleu verdâtre et que les alcalis font virer au violet, avec fluorescence verte. La bassorine, la Gomme du Cerisier se comportent de même, tandis que les autres hydrates de carbone donnent des colorations jaune brun (Reiche).

Le mode de production des Gommes est encore peu connu.

Selon Franck, leur formation est due à plusieurs causes : 1° à la désorganisation de la membrane secondaire des élé ments du corps ligneux normal ; 2° à la résorption d'un paren chyme ligneux, produit en quantité anormale; 3° à la désorganisation du tissu libérien ; 4° à la transformation des grains amylacés en gomme.

Nous avons indiqué déjà, d’après H. Molli, comment se forme la Gomme adragante.

Trécul a fait connaître, en 1860, le mode de production de

LÉGUMINEUSES — MIMOSÉES

la gomme des Rosacées; comme tout porte à croire que celle des Acacia est due à une sécrétion de même nature, nous exposerons rapidement ici les recherches du savant botaniste français.

La Maladie de la gomme (Trécul) naît d’une nutrition trop abondante des nouveaux tissus; ceux-ci recevant trop de sucs, les jeunes cellules de la zone génératrice sont résorbées. Il se forme ainsi des lacunes remplies d’un liquide, auquel s'ajoutent : 1° Je contenu des cellules dissoutes, 2° les membranes incomplètement liquéfiées; 3° des cellules entières détachées du pourtour désagrégé de ces cavités accidentelles : ces dernières s’élargissent par la résorption des cellules environnantes. Si la destruction des cellules génératrices est complète, il se produit une eschare plus ou moins large. Si les cellules génératrices les plus extérieures ne sont pas détruites, l'accroissement continue et l’on trouve seulement, au sein du bois, des lacunes d’étendue variable. Ces lacunes peuvent se produire, par les mêmes causes, dans l’aubier déjà formé; la résorption commence quelquefois alors par les vaisseaux et s'étend aux fibres voisines.

C’est dans ces lacunes et longtemps après leur formation, que la gomme se montre. Elle apparaît au pourtour des lacunes, sous forme de productions incolores, souvent mamelonnées et d’aspect gélatineux, qui remplissent peu à peu les lacunes. Ces matières peuvent se colorer en jaune ou en brun, par modification ulmique de certaines de leurs parties.

Parfois, les lacunes se montrent dans le bois. On voit alors poindre une matière intercellulaire, qui semble émaner des parois de chaque fibi’e; puis, les fibres s'élargissent et se dissolvent. La gomme semble donc ici provenir d’une excrétion des fibres et de la transformation de leurs parois, ainsi que de leur contenu. Si les lacunes à gomme sont voisines de l’écorce ou situées dans une couche ligneuse très jeune, la gomme traverse l'écorce et arrive au dehors.

Louvet, pharmacien de la marine, a expliqué la formation de la gomme de la manière suivante : Lorsque la végétation de L'Acacia Vereh s’arrête, à la suite de la chute des feuilles, la sève ne pouvant plus s’élever dissout d'abord la matière intercellulaire et charrie un grand nombre de cellules, surtout celles du tissu mûriforme. 11 se produit ainsi des lacunes, principalement situées sur le parcours des rayons médullaires. La dessiccation des couches extérieures favorise la diffusion latérale du liquide gommeux, qui arrive au contact de la zone génératrice, dont les tissus se dissocient et se dissolvent rapidement. Quand les vents secs et chauds amènent le crevassement de l’écorce, la gomme sort par les fentes ainsi produites.

Les Légumineuses fournissent un grand nombre de sortes commerciales de Gommes, surtout distinguées par leur prove-

GOMMES

nance, mais dont quelques-unes offrent des caractères nettement définis. Les mieux connues et les plus estimées, parmi ces dernières, sont la Gomme arabique et la Gomme du Sénégal.

De ces deux sortes, regardées comme types, doivent être rapprochées les suivantes, que nous aurons à décrire et que l’on désigne dans le commerce sous les noms de Gommes : de Souakim,du Cap, de Barbarie, de l'Inde, du Sennaar ou Gomme Sennari , de Geddah, etc.

Enfin, on exporte de l’Australie, depuis quelques années, des gommes offrant un caractère commun et qui sont produites par des A cacia exclusifs à ce continent. Ces dernières seront examinées à la fin de ce chapitre.

Les arbres producteurs des Gommes ci-dessus (sauf celles d’Australie) croissent tous en Afrique et la plupart ne se trouvent que sur ce continent. Quelques-uns, toutefois, se retrouvent, soit en Arabie, soit dans l'Inde et sans doute aussi en Perse.

Ces arbres sont les suivants :

1° L'Acacia Sénégal, Willd. (Mimosa Sénégal, L. ; M. senegalensis, Lamk ; Ac. Verek, Guill. et Perr.; A. rupestris, Stocks.), habite à peu près toutes les régions tropicales de l’Afrique ; il s’étend du Sénégal à la vallée du Nil et parait abondant dans le sud de la Nubie, l’Atbara et le Kordofan, où on l’appelle Hashab. Les auteurs modernes lui attribuent la Gomme ara bique et la Gomme du Sénégal, bien que les différences existant entre ces deux sortes ne semblent pas justifier une telle opinion. Il est d’ailleurs difficile d'admettre, avec Flückiger, que ces différences soient dues à des causes météréologiques.

2U L 'Ac. tortilis, Hayne, qui croît en Égypte, en Nubie, etc. Cet arbre parait fournir une partie de la Gomme dite de Barbarie. 11 remonte, en effet, assez haut dans le Nord, puisque Doumet-Adanson en a trouvé une forêt au pied des montagnes de Bou-Hedma (Tunisie), où les Arabes l’appellent T'hala.

3° L 'Ac. arabica, Willd. (A. nilolica, Desf; A. vera, Willd.), qui est une espèce à aire très étendue. Il s’étend du Niger à Angola, sur la côte occidentale de l’Afrique, sur la côte orientale, de l’Égypte à Natal et passe en Asie, où il forme de vastes forêts, dans l'Inde. Il est appelé Neb Neb au Sénégal, Sout en Nubie, Kikar au Punjab, Babul ou Babur dans l’Inde centrale. Cet arbre fournit une partie de la Gomme de l'Inde et peut-être aussi une partie de la Gomme de Barbarie.

Selon Schweinfurt, la gomme recueillie dans les régions du Nil, sur cet Acacia , n’est pas exportée.

LÉGUMINEUSES - MIMOSKËS

4° L'A. Seyal, Del., var. Fistula (A. Fistula, Schweinf.), qui croît dans le sud de la Nubie et dans le Sennaar, où on le nomme Soffar. Tl donne une gomme brunâtre, de qualité inférieure.

5° L'A. stenocarpa , Hochst., de l'Abyssinie et de la Nubie, où on l’appelle T al ch, Talhaet Kakul. Il fournit une gomme brune, recueillie ea grande quantité dans le district de Gedaref, entre le Nil bleu et l’Atbara supérieur (Hanbury).

6° L'A. horricla, Willd. (A. capensis, Burch.; A. Karoo, Havne), commun dans les déserts du sud de l'Afrique, où les colons le nomment Doornboom , Wittedoorn, et Karroodoorn. 11 produit la majeure partie de la Gomme du Cap.

1° L'A. Ehrenliergiana, Hayne, qui croit dans la Nubie et la Haute- Égypte ; on lui a attribué une partie de la Gomme arabique ;

8° Enfin, l’A. gummifera, Willd., auquel Holmes rapporte la production de la Gomme de Barbarie, que Bentley et Trimen attribuent, peut être à tort, à VA. arabica.

Outre ces espèces, surtout spéciales à l'Afrique, on cite .

1° Dans l’Inde, 1 ’Ac. Sundra, Spreng., l'A Catechu , Willd., VA. Farnesiana, Wilid., et le Cassia Fistula, L. ; 2° dans l’Australie, les Acacia dealbata, Link, A. decurrens , Willd., A. pycnantha, Benth., A. homalophylla, A. Cunn.

Gomme arabique (W/iite Turkey Gum, Picked Turkey Gum et Sennar ou Sennari Gum, ries Anglais; Hashahi des indigènes; Gomme Turique et Gomme Gedda des anciens auteurs). Cette substance est récoltée dans le Ivordofan, sur Y IIashab(Ac. Verek). On lui rapporte, à tort, les Gommes de Souahim et de Gedda , espèces commerciales de qualité médiocre, de composition et de nature très variables, exportées de Souakim ou de Geddah et qui ne constituent pas des sortes bien définies. Il en est de même de la Gomme Turique. Quant à la Gomme Sennari, elle ne diffère de la Gomme arabique, que par quelques caractères et doit avoir la même origine.

La Gomme arabique vraie se présente sous forme de larmes arrondies ou de fragments anguleux, irréguliers. Elle est tantôt transparente, tantôt un peu opaque, blanche, jaune clair ou jaune rougeâtre, toujours divisée par un grand nombre de petites fentes, qui lui donnent un aspect particulier et la rendent très friable; sa cassure est vitreuse, son odeur et sa saveur sont nulles. Elle se dissout intégralement dans l’eau ; ses fragments, lorsqu’on les met dans ce liquide, ne s’agglomèrent pas en une masse compacte et sont, jusqu’à leur corn-

GOMMES

plète dissolution, toujours facilement séparables. On la trie, ordinairement, avant de la livrer au commerce et, selon la pureté, la blancheur ou la coloration des morceaux, on la désigne sous les noms de 1er, 2°, 3° choix. Les larmes les moins belles et les plus colorées constituent la qualité dite pour fabrique ; enfin les menus fragments, qui passent au crible, lors du triage, forment la Gomme arabique en grains.

La Gomme arabique est rare en France, où on la remplace assez habituellement par la Gomme du Sénégal. Elle est importée en Europe, de Smyrnc, d’Alexandrie, de Beyrouth, etc. On la désigne fréquemment sous le nom de Gomme turique , parce qu’elle parait être souvent exportée par Tor, ville et port d’Arabie situé près de Suez.

Il est à croire que le même nom est appliqué à des gommes de qualités diverses et provenant d’espèces très différentes. Une Gomme turique de notre droguier, attribuée à VA . nilotica, contient au moins trois sortes de gommes : les unes rouge-hvacinthe, rappelant la Gomme astringente de Geddah (v. p. 516); les autres blondes, fragiles, à cassure brillante et, soit d’aspect normal, soit pourvues d’une surface glacée, comme gélatineuse. Cette sorte nous semble pouvoir être rapportée au groupe des Gommes dites de V Inde.

Gomme Geddah. — On trouve, dans le commerce, sous ce nom, une gomme de caractères variables et qui est exportée de Jiddah ou Geddah, port du Hedjaz (Arabie). Selon Vaughan, la quantité dégommé récoltée en Arabie est insignifiante. Aussi est-il probable, comme le rapporte Munzinger, que la gomme Geddah provient de la côte de Samhara, vers Berbera, d’où elle est expédiée à Massouah et à Geddah. Celte sorte paraît fournie par l'A . arabica , Willd., peut-être par VA. tortilis, Forsk., et par lUl. Ehrenbergiana , Hayne. Holmes, qui la place sous la rubrique A. Vereh , avec la Gomme arabique, dit que, selon Pereira, elle est constituée par des gommes arabiques de qualité inférieure. Hanbury la nomme Samagh Ilejazi et la regarde comme supérieure à la gomme de Souakim.

D’après un échantillon qui nous fut remis par Hepp, en 1866, cette gomme est peu différente de la gomme Galam, dont elle offre la surface grenue, semi-opaque, fissurée, mais à fissures superficielles. Klle se dissout dans la bouche.

Deux spécimens de celte gomme existent dans notre droguier :

Le premier est étiqueté: Embarqué à Geddah (Arabie); sorte

LÉGUMINEUSES — MIMOSEES

non triée. C'est une gomme impure, formée de fragments très brisés, diversement colorés, surtout blonds, non fendillés et qui paraissent provenir d'une gomme analogue à celle du Sénégal.

Le deuxième est étiqueté : Gomme astringente de Geddah. Il est composé de gros morceaux, les uns rouge-hyacinthe, fragiles, à cassure brillante ; les autres blonds ou bruns, très durs, ne pouvant être brisés qu’au marteau; leur cassure est pulvérulente, huileuse, analogue à celle des Myrrhes de qualité inférieure, dont ils ont la couleur extérieure et l’éclat gras. Ces- deux sortes sont solubles dans l’eau ; la dernière est un peu astringente; la première paraît être la sorte que les indigènes sppellent Hashabi el Jèsiré

Gomme Sennari (Sennaar Gum , des Anglais). Cette sorte est confondue avec la Gomme arabique, par Hanbury et par Bentley et Trimen ; G. Planchon et Bentley et Redwood ne la mentionnent pas ; Holmes la met après la Gomme du Sénégal, sous la rubrique Ac. Verek; Guibourt n’en parle pas; il est à croire que sa Gomme èlèphantine , rapportée au Feronia Elephantum, était réellement la Gomme Sennari.

Holmes parait croire que cette sorte est la Gomme verte de Guibourt. Mais la Gomme Sennari contient rarement des fragments verts et il est probable que cette dernière est plutôt la Gomme èlèphantine, dont Guibourt parle comme suit : « Elle est en fragments brillants et transparents... incolores ou jaune doré, très facilement solubles dans la bouche et dans l’eau. Enfin, elle ressemble beaucoup, par son apparence et ses propriétés, à la véritable Gomme arabique. » La Gomme du Feronia Elephantum ne ressemble en aucune façon à la gomme ainsi décrite (V. t. II, p. 296).

La Gomme Sennari nous a été remise, en 1866, par Hepp, qui l’avait reçue de Trieste. Elle se présente en larmes presque semblables à celles de la Gomme arabique vraie, mais beaucoup plus petites, blanches ou blanc jaunâtre très clair, plus rarement blondes, très fragiles et généralement brisées en fragments souvent fendillés. Vue en masse, elle est plus brillante que la Gomme arabique, ce qui tient sans doute à sa friabilité plus grande. Elle est inodore, insipide, facilement soluble et fournit un mucilage très glaireux.

Comme la Gomme arabique, la Gomme Sennari est distinguée dans le commerce en : Gomme naturelle, Gomme

GOMMES

1er, 2e et 3e choix et Gomme pour fabrique. Cette dernière variété nous a semblé être un mélange de gommes diverses : Arabique, Galam, Sénégal.

La Gomme Sennari paraît être la Gomme turique des anciens.

Gomme du Sénégal. — On distingue, dans le commerce, deux sortes de gommes de ce nom: la Gomme du Sénégal vraie , fournie par VA. Verek , et la Gomme de Galam , attribuée à VA. albida, Del.

La Gomme du Sénégal vraie ("Gomme du bas du fleuve , de Guibourt; Gomme Galam , de Soubeiran) se compose généralement de larmes dures, non friables, peu volumineuses, irrégulières, sphériques ou ovales, plus rarement vermiculées, de couleur blonde ou jaune pâle ou même presque blanche, souvent ternes et ridées à la surface, transparentes à l’intérieur et à cassure vitreuse. Dans les balles d’origine se trouvent des larmes arrondies ou ovalaires, pesant jusqu’à 500 grammes, tantôt transparentes, tantôt recouvertes d’une sorte d’enveloppe assez mince, blanchâtre, comme cristalline, grenue et fissurée. Leur couleur est blonde, rougeâtre ou même parfois brune ; on leur donne le nom générique de Marrons. Assez fréquemment, sinon toujours, les marrons offrent, vers leur centre, une cavité de forme variable, souvent déprimée, à surface terne et glacée. Guibourt fait, de ces sortes démarrons, une variété qu’il appelle Gomme lignirode, parce que, étant dissous dans l’eau, ils donnent comme résidu un peu de bois rongé : il suppose que la cavité sus-mentionnée a servi de demeure à une larve. D’après cet auteur, cette sorte de mastic aurait été pétrie par la larve elle même. Une telle supposition est sans doute purement gratuite. Ce que nous avons dit de l’origine des Gommes permet de comprendre que les marrons, leur coloration plus intense et la présence de bois rongé, dans leur masse, résultent de la formation de ces eschares, qui, selon Trécul, se forment dans le tronc, s’élargissent peu à peu, jusqu’à amener la destruction d’une grande partie du bois et plus tard celle de l’arbre.

Les marrons sont ordinairement aussi solubles dans l’eau

518 LEGUMINEUSES — MI M OSEES

que la gomme ordinaire. On les attribue à VA . Neboued , Guill. et Perrot.

Les commerçants soumettent la Gomme du Sénégal à un criblage, pour en séparer les larmes brisées en menus fragments, qu’ils nomment grabeaux. Les larmes entières ou leurs gros fragments sont ensuite triés à la main et séparés, selon la coloration et la grosseur, en plusieurs catégories : blanche , blonde , grosse , petite.

La Gomme du Sénégal en sortes ou non triée renferme toujours du Bdellium , des semences et des fruits du Balanites ægyptiaca,T)e\., delà Gomme Kutera , de la Gomme Gonaliè , etc.

Guibourty a signalé encore plusieurs variétés de gommes, qu’il a nommées : Gomme pelliculèe, Gomme verte , Gomme luisante et mamelonnée .

La Gomme pelliculèe est en larmes allongées ou en fragments stalactiformes blonds ou rougeâtre pâle, d’aspect glacé, un peu corné et couverts, au moins sur l’une des faces, d’une pellicule jaune clair ou fauve, très mince, translucide, presque complètement adhérente. On la trouve souvent dans la Gomme dite de l’Inde. Elle fond difficilement dans la bouche cts’attache fortement aux dents. Elle est moins transparente que la Gomme du Sénégal.

La Gomme verte a une couleur vert- émeraude ; sa surface est luisante et mamelonnée; elle se dissout mal dans l’eau et s'attache aux dents.

La Gomme luisante et mamelonnée est en morceaux irréguliers, souvent creux, à surface glacée et mamelonnée. Elle est peu soluble (Y. Gomme de Bushire , p. 521).

Gomme de Galam ( Gomme du haut du fleuve , G. Salabredda ou Sala-Brada , G. friable). — Cette sorte est composée, soit de larmes de grosseur et de forme variables, blanches, blondes ou jaunâtres, soit de fragments plus ou moins gros, d’une transparence souvent moindre que celle de la Gomme du Sénégal vraie.

Assez généralement, la surface des larmes est couverte d’une couche semi-opaque, grenue et d’apparence cristalline, due à la propriété que possède cette Gomme de se fendiller à

GOMMES

l'air, ce qui la rapproche de la Gomme arabique. Toutefois, elle se distingue de cette dernière en ce sens que les fissurés ont une faible étendue, n’occupent guère que la surface et ne pénètrent pas jusqu’au centre. Sa cassure est comparable à celle de la Gomme du Sénégal.

La Gomme de Galam est moins soluble dans l’eau, que la Gomme arabique. On doit sans doute rapporter à cette sorte les marrons à surface grenue et fissurée, dont nous avons déjà parlé. Elle est moins estimée que la Gomme du Sénégal.

Gomme nous l’avons dit, la Gomme du Sénégal est surtout attribuée à VA. Verek. Toutefois, nous avons fait remarquer l’invraisemblance de cette opinion, qui rapporte au même arbre deux gommes aussi dissemblables que la Gomme arabique et la Gomme du Sénégal vraie. Il est donc permis de supposer que d’autres arbres concourent, pour une large part, à la production de cette dernière. Tels sont, sans doute, VA . arabica , et ses variétés : tomentosa et(?) nilotica, Benth., dont la var. indica, Benth., donne, dans l’Inde, des gommes si voisines de la Gomme du Sénégal; 1V1. tortilis , qui fournit une gomme de même genre ; 1V1 . Adansonii, Guill.et Perr., auquel on rapporte la Gomme rouge de Gonahè; VA. Seyal, d’où l’on retire une Gomme dite de Souakim et VA. Neboued, producteur (?) des marrons, que l’on trouve dans la Gomme du Sénégal.

La Gomme Galam est attribuée, par les auteurs modernes, à VA. Vera on A. Arabica, Willd. D’autres la rapportent à VA. albida, Del.

Nous croyons devoir rapprocher de la Gomme du Sénégal la Gomme de Souakim qui lui ressemble par quelques caractères.

Gomme de Souakim. — Cette sorte, aussi appelée Comme Talha ou Talca et Gom. Talha ou Thala, est produite par ITl . stenocarpa, Ilohst., grand arbre de la Haute -Egypte, du sud de la Nubie et de l’Abyssinie et aussi, dit on, par VA. Seyal, Del., var. Fistula , qui croît dans le Sennaar et le sud de la Nubie. Elle vient en Europe, par Alexandrie. Selon Hanburv, elle est très fragile et arrive à l'etat semi-pulvérulent. Elle est formée par un mélange de gommes incolores, brunâtres et brun rougeâtre ; les plus gros morceaux sont rendus opaques par d’innombrables fissures.

LÉGUMINEUSES — MIMOSÉES

Le spécimen que nous avons sous les yeux se compose de larmes et de fragments très divers, incolores ou plus ou moins colorés, lisses ou fendillés, généralement brisés, parmi lesquels se voit un gros morceau stalactiforme, rouge grenat, ressemblant à un Sang-Di’agon de qualité inférieure.

Cette Gomme, évidemment très mélangée, doit provenir de plusieurs espèces différentes.

Gomme de Barbarie (Morocco Gum, Mogador Gum, Brown Barbary Gum, des Anglais). Cette gomme est attribuée généralement à Y A . gummifera, Willd. Hanbury et Bentley et Trimen larapportent, avec doute, à VA. arabica, Willd. Elle est exportée de Mogador et de Mazagan. Celle qui vient du Fezzan est, sans doute, produite par l’A. tortilis. Guibourt dit qu'elle est en larmes irrégulières, de couleur terne, un peu verdâtre, de transparence imparfaite, tenaces sous la dent et incomplètement solubles. Selon Hanbury, elle est en larmes de moyenne taille, vermiculées ou non, ordinairement de couleur claire, uniforme, souvent craquelées à la surface et luisantes en dedans. Ces larmes se cassent aisément, quand on les conserve dans une chambre chaude et se dissolvent parfaitement dans l'eau.

Nous possédons 3 échantillons de cette gomme. Elle se présente en larmes surtout blond clair, légèrement enfumé, mais allant du blond au rouge, à cassure brillante, transparente. Ces larmes offrent des caractères extérieurs qui les rapprochent, soit de la Gomme du Sénégal vraie, soit de la Gomme Galam.

On a vu plus haut (p. 513), qu’il existe une forêt d'A. tortilis, en Tunisie. La gomme de ces arbres ne semble être utilisée que par les Arabes, qui s’en servent pour faire de l'encre et l’obtiennent surtout par incisions.

G-ommes de l’Inde. — On porte de l’Inde des Gommes de plusieurs sortes : les unes de provenance africaine incontestable et surtout expédiées de Bomba}r ; les autres originaires de l’Inde et produites, soit par le F eronia Elephantum, soit par divers Acacia (A. Sundra, A. Calechu, A . Farnesiana) et par le Cassia Fislula. Des trois sortes mentionnées par Guibourt, l'une est probablement de la Gomme Sennari, l’autre de la Gomme du F eronia ; la troisième est sans doute d’origine africaine.

Selon Hanbury, la majeure partie de la Gomme de l’Inde vient des ports de la mer Rouge et de la côte d’Afrique. Elle est en larmes de volume variable, parfois aussi grosses qu’un œuf, transparentes et vitreuses à l’intérieur, de couleur rose ou ambrée pâle et complètement solubles dans l’eau.

Une petite quantité seulement proviendrait de l’Inde.

GOMMES 521

Le droguier de la Faculté de Lyon possède des gommes de l’Inde de diverses provenances :

1<> Deux échantillons venant de Bombay, de couleur blond clair ou blond foncé, l'un et l’autre contenant de la Gomme pelliculée et, par conséquent, originaires d'Afrique.

2° Gomme étiquetée: « Baboo Taca (A. arabica ), arrive toujours très impure et colorée de Calcutta. » — Sorte fort laide, formée de larmes brisées ou non, surtout brunâtres, avec écorce adhérente.

3° «. Gomme de VA. Catechu (Indes), très soluble. » — Sorte assez malpropre, composée : 1° de larmes à cassure brillante, rouge rubis ; 2° de larmes brisées, brunes, blondes ou blanches et dont l’aspect rappelle celui de la Gomme Sénégal, de la Gomme Galam et de la Gomme Sennari; 3° de masses irrégulières, non transparentes, rosées, bosselées et à cassure granuleuse, terne.

4° « Gomme soluble de VA. Sundra, Spreng. (A. Catechu, var. Catechuoides , Bentli.), des forêts de Saint-Arcot, envoyé à Kew Muséum, par le Indian Government. » — Sorte remplie de corps étrangers, provenant de petites larmes slalactiformes brisées, surtout noires ou rouge-rubis. Elle a l'aspect d’une mauvaise Sennari.

5° « Gomme de VA. Farnesiana , presque insoluble, peu adhésive se gonflant dans l’eau. » — Larmes arrondies ou brisées, ternes blond rougeâtre, à cassure brillante.

6° « Gomme du Cassia Fistula (Cathartocarpus Fistula) des forêts de Salem (Indes). Don de Kew Muséum. » — Sorte blond clair, très impure, surtout formée de larmes agglomérées par l’humidité en une masse offrant l’empreinte d’une toile. Elle contient un marron à surface rugueuse, semi-opaque, à cassure limpide, blonde.

Gommes de Perse (?). — On exporte, par le golfe Persique, deux sortes de gommes :

L'une, appelée Gomme de Bushire, ressemble presque absolument à la Gomme luisante et mamelonnée , de Guibourt. La seconde, appelée Gevei Tusi, en Perse, se présente en fragments blond très clair ou blancs, très fendillés et ressemblant à certains tapiokas à grains agglomérés par l’action de la chaleur. Cette sorte paraît être une variété de Gomme Sennari.

Gomme du Gap. — Cette Gomme est produite abondamment par VA. horrida, Willd. (A. Capensis, Burcli. ; A. Karoo, Hayne), arbre très commun dans le sud de l'Afrique.

Elle est généralement en larmes assez analogues à celles de la Gomme du Sénégal. Ces larmes en diffèrent par leur surface souvent glacée et par la teinte brune de leur couleur blonde ou ambrée.

On en importe de grandes quantités en Angleterre, où elle est regardée comme de qualité inférieure. Toutefois,

LÉGUMINEUSES — MIMOSEES

Burchell prétend qu’elle est bonne et Guibourt dit qu’elle a tous les caractères de la G. du Sénégal, dite du haut du fleuve.

Gomme d’Australie (Wattle Gum , des Anglais). — Cette gomme, à peu près inconnue en France, du moins sous ce nom, est produite surtout par quatre espèces cV Acacia: VA. decurrens, Willd. (A. moliissima, Willd.; Black ou Green Wattle Tree, des colons), VA. pycnantha , Benth. (Common Wattle , des colons), VA. dealbata , Link ( Silvcr Wattle, des colons), et VA. homalophylla, A. Cunn .(Myall TFood,des colons), arbres de l’Australie ou de la Tasmanie.

La Gomme d’Australie se présente en masses stalactiformes et luisantes ou en larmes globuleuses, les unes très grosses (marrons), les autres plus petites ; toutes sont pourvues d’une surface gercée-rugueuse, dont les anfractuosités sont remplies d’une poudre blanche. Cette gomme est jaune pâle, plus souvent ambrée ou même brun rougeâtre ; elle offre toujours une teinte violacée plus ou moins prononcée, surtout manifeste dans les grosses larmes, teinte que l’on peut rapporter à la coloration rouge ou rouge violacé de l’écorce, dont certaines larmes sont encore pourvues.

La Gomme d’Australie se dissout bien dans l’eau. Elle fournit un mucilage moins épais et moins visqueux que le mucilage fait avec la Gomme arabique, mais plus adhésif et qui semble moins susceptible de se craqueler, en se desséchant. D’après Guibourt, sa dissolution est trouble et laisse déposer une matière floconneuse.

O11 a signalé, dans cette Gomme, la présence d’une petite quantité de tannin, surtout manifeste dans les larmes de couleur foncée.

Gomme Angico et Gomme Mezquite.— Le suc de V A. Angico, Mart., est employé, au Brésil, sous le nom de Gomme Angico.

Les Américains du Nord emploient, pour la confection des pâtes pectorales, la gomme qui exsude naturellement ou par incision du tronc du Prosopis dulcis, H. B. Cette gomme, connue sous le nom de Gomme de Mezquite (Goma Mesquitina, des Mexicains), ressemble à la Gomme arabique, mais lui est inférieure en qualité. On nomme aussi Gomme de Mezquite, au Texas, une gomme semblable à la précédente et qui est fournie par le Prosopis glandulosa.

BABLAHS

On substitue à la Gomme Mezquite une gomme attribuée à IM. albicans et que l’on appelle Gomme du Kuisache. Celle-ci se distingue delà précédente par sa couleur plus foncée et par le précipité noir que la potasse détermine dans sa dissolution.

Gomme de Bassora. — Nous avons déjà (t. II, p. 453) parlé de cette gomme, que Martius rapporte à IM. leucopliloea.

Selon Voit, les gommes solubles se transforment partiellement en sucre clans l’estomac et sont absorbées ; elles possèdent donc une valeur nutritive, d’ailleurs assez faible. A dose élevée, elles déterminent une sensation de plénitude et troublent l’appétit. On les prescrit comme mucilagineuses et adoucissantes, sous forme de solution aqueuse, de 'pâtes. de sirop, de potion. Elles servent, à l’état de mucilage, pour émulsionner les huiles et certaines résines.

La solution de Gomme arabique ou de Gomme du Sénégal doit être faite à froid, autant que possible et, autant que possible aussi, il ne faut la préparer qu’avec la gomme concassée : la poudre de ces gommes fournit une solution moins limpide.

Bablahs

On désigne, sous ce nom, les fruits des Acacia en général, mais principalement ceux de trois des variétés admises par Bentham pour IM. arabica,

Willd., savoir: IM. indica (A. arabica, Roxb.), qui fournit les Bablahs de l’Inde; IM. nilotica (A. vera, Y. de Boni.; A. ægyptiaca, de quelques auteui’s), qui produit les Bablahs d'Égypte; IM. tomentosa (A. Adansonii, Guill. et Perr.), qui donne les Bablahs du Sénégal.

Ces fruits ne sont plus guère employés qu’au tannage et en teinture. Nous décrirons succinctement les deux premiers.

Le BABLAn de l’Inde (fig. 550) est en gousses longues de 10 à 20 centimètres, larges de 10 à IG millimétrés, divisées en 12-15 articles, par des étranglements plus ou moins profonds et couvertes d'un rio duvet blanc, qui manque par places; entre l’épicarpe BaMah dtrinde. et l’endocarpe, se trouve un suc noir desséché ; enfin les semences sont entourées d'une pulpe sèche, réduite en une membrane blanchâtre.

Ce Bablah est le plus estimé.

LÉGUMINEUSES — MIMOSEES

Le Bablah d Egypte (fig. 551) est long de 6 à 15 cenlimètres, vert brunâtre, lisse, luisant et composé de G à 10 articles aplatis, moni-

liformes, séparés par des étranglements très étroits. On en extrayait jadis une matière astringente, appelée Suc d'A~ cacia.

Suc d’Acacia

Cette matière, actuellement à peu près inconnue dans le commerce, était extraite des Bablahs d'Égypte (tig. 551).

On la préparait avec le suc des fruits encore verts de Y Acacia nilotica.

Ce suc était exposé au soleil jusqu’à ce qu’il eût une consistance convenable, puis roulé en boules pesant de 125 à 250 grammes et enfermé dans des vessies.

Selon Guibourt, ce suc est solide, d'un brun hépatique, de saveur acide, styptique, un peu douceâtre et mucilagineuse.

Il est imparfaitement soluble dans l’eau froide; la solution filtrée précipite les réactifs du tannin (gélatine, émétique) et donne un abondant précipité bleu avec les sels de fer ; elle contient de la gomme et un sel de chaux, car elle précipite par l’alcool et par l’oxalate d'ammoniaque; enfin, elle rougit vivement le tournesol. La solution alcoolique du résidu laissé par l’eau a une saveur très astringente, une couleur très foncée et précipite aussi le sulfate de fer. Ces diverses réactions montrent que le Suc d’Acacia contient de la gomme , du tannin, une résine, un acide libre (malique ?) et un sel de chaux soluble.

Le spécimen que possède le Muséum de la Société de pharmacie de la Grande-Bretagne a la forme d’une boule et la consistance ainsi que l’aspect du suc de Réglisse de Calabre, auquel il ressemble un peu par l’odeur, mais il est décidément astringent (Holmes).

Le suc d’Acacia de la Faculté de Lyon est en fragments irréguliers ou en formes de gouttes uniformes, d'un noir grisâtre, caverneux et à cassure peu brillante.il a une odeur d’extrait de Réglisse, une saveur astringente, faiblement acide, puis douceâtre et parfumée. Nous croyons ce suc authentique, sans pouvoir indiquer sa provenance exacte.

Le Suc d’Acacia vrai est remplacé aujourd'hui par une matière extraite, en Allemagne, des fruits verts du Prunus spinosa, L., et

CACHOU

appelée Suc cl' Acacia nostras. Ce suc est en boules analogues à celles du Suc d’ Acacia, mais plus dures, plus brunes, plus lourdes et plus âcres. Guibourl dit qu’il a une saveur de pruneaux, est peu soluble dans l’eau et laisse, par ébullition dans ce liquide, un abondant résidu analogue à de l’albumine coagulée.

Page 1