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SUCS ASTRINGENTS DES LÉGUMINEUSES

Les Légumineuses fournissent un certain nombre de matières astringentes, appelées Cachous et Kinos. On donne le même nom à des matières analogues, mais provenant de végétaux appartenant à d’autres familles. Nous croyons bien faire en réunissant, dans un même chapitre, ces diverses substances, rapportées aux types auxquels on les a assimilées.

Cachou

On appelle ainsi des sucs astringents, obtenus par décoction des fruits de l'Areca Catechu, L. (Palmiers), du bois de Y Acacia Catechu, Willd. (Légumineuses) et des feuilles du Nauclea Gamhir (Rubiacées). Le premier est connu sous le nom de Cachou de V Arec ; le second, sous celui de Cachou de l'Acacia; le troisième est le plus souvent appelé Gamhir ou Gamhier.

Les Cachous et Gambirs sont essentiellement caractérisés par la présence d’une sorte de tannin, appelé Catêchine ou acide C atèchique et de son anhydride, X acide Catèchutannique. Ce dernier est obtenu en traitant le Cachou par l’eau froide, qui en sépare la Catêchine insoluble. Il précipite l’albumine et la gélatine et décompose les carbonates.

La Catêchine paraît avoir une composition un peu différente, selon le Cachou qui la fournit. Gautier attribue à celle que l'on trouve dans le Cachou du Bengale la formule C42 H36 O16. Fondue avec de la potasse, elle donne de Y acide Protocatèchique , de la Phloroglucine et de Y acide Formique. Elle cristallise en aiguilles soyeuses, incolores, solu blés dans 2 à 3 parties d’eau bouillante, d’où elle se précipite

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par le refroidissement. Elle donne un précipité noir verdâtre avec les sels ferriques et précipite l’albumine, mais non la gélatine.

Si l’on abandonne au contact de l’air une solution d’acide catéchique dans un carbonate alcalin, la liqueur se colore peu à peu et donne, par l’acide chlorhydrique, un précipité floconneux, rouge foncé, formé par de l’ acide Rub inique.

L’acide Rubinique précipite les sels métalliques en rouge.

Selon Vanberg, en abandonnant au contact de l’air une solution d’acide catéchique dans la potasse caustique, on obtient un acide noir ( acide Japonique), insoluble dans l’alcool et dans l’eau froide, soluble dans l’eau bouillante. Ce nouvel acide précipite en noir la plupart des sels métalliques.

Soumis à la distillation sèche, le Cachou et le Gambir fournissent toujours de la Pyrocatèchine (C6 H° O2).

Cachous de l’Areca Catechu. — Les Cachous de cette pro venance ne se trouvent plus dans le commerce. Guibourt en décrit quatre sortes, qui ne sont que des échantillons de droguier. Holmes en cite aussi 4 variétés : e) extrait préparé avec le fruit (Kassu); f) ditto remis par Guibourt ; g ) ditto, de Colombo; h) ditto, de Ceylan.

La provenance des Cachous de l’Arec a été révoquée en doute. Selon Iianbury, la noix d’Arec ne contient pas de Catéchine, ni aucune matière cristalline analogue et l’extrait de ce fruit ne ressemble en rien au Cachou. Cependant, Pereira a décrit un Cachou en forme de gâteaux plats, larges de 2 à 3 pouces, épais d’environ 2/3 de pouce, ordinairement couverts de glumes de Riz et dans lequel il dit avoir trouvé de nombreux et larges cristaux. Mais Hence émet des doutes sur l’origine de ce Cachou et pense qu’il ne provient pas de l’Arec.

Il paraît certain, néanmoins, que l'on retire un vrai Cachou de la noix d’Arec, et voici comment on le prépare aux environs de Sirah (Mysore), selon Heyne : On fait bouillir les noix d’Arec dans des vases en fer, puis on les retire et la liqueur est évaporée par ébullition. On obtient ainsi une sorte de Cachou noir (Kassu), très astringent, mêlé de glumes de Riz et d’autres impuretés. Les noix qui ont servi à ce pre-

CACHOU

mier traitement sont mises à bouillir dans de nouvelle eau, après ayoir été desséchées, puis la liqueur évaporée à chaud fournit la sorte la plus estimée (Cour y), qui est un Cachou jaune brun, très pur et dont la cassure est terreuse.

La Faculté de Lyon possède un Cachou de l’Arec, provenant du India Muséum et, par suite, d’origine authentique. Ce Cachou est en gâteaux arrondis, plats d’un côté, bombés de l’autre, larges de 3 centimètres et épais de 1/2 à 1 centimètre. La surface de ces gâteaux est brune et nue; leur cassure brun rougeâtre, terreuse, rugueuse, inégale. Ils croquent sous la dent et possèdent une saveur d’abord astringente, puis douceâtre et nauséeuse.

Cette sorte n’offre aucun caractère qui puisse servir à la distinguer d’une matière extractive astringente quelconque, sauf la saveur douceâtre. La petite quantité que nous en avons n’a pas permis d’en faire l’analyse,

Voici la description des sortes admises par Guibourt :

Cachou en boules terne et rougeâtre. — Il est en masses pesant de 90 à 125 grammes, irrégulières et anguleuses, brun rougeâtre en dehors et couvertes de glumes de Graminées; sa cassure est d’un brun foncé près de la surface, gris rougeâtre, friable et terreux vers le centre. 11 se dissout complètement dans la bouche, avec une saveur astringente et amère, suivie d’un goût sucré très agréable. Ce Cachou n’existe plus dans le commerce.

Cachou brun noirâtre, orbiculaiue et plat, de Ceylan. — Cette sorte ne vient pas dans le commerce français ; en Angleterre, on la connaît sous le nom de Cachou de Colombo ou de Ceylan . Christison y a trouvé 57 0/0 d'acide catéchique.

Cachou brun noirâtre amylacé. — 11 est en pains pesant de 30 à 60 grammes, pourvus de glumes de Riz, sur l’une de leurs faces, bruns, compactes, durs, pesants et à cassure inégale, un peu brillante. Il renferme beaucoup d’amidon. Une variélé de cette sorte est décrite, par Guibourt, sous le nom de Cachou brun noirâtre amylacé, intermédiaire; celui-ci ressemble par sa forme à la sorte n° 1.

Guibourt pense que la sorte n° 1 correspond au Cour y de Heyne, et que les trois autres sortes répondent au Iiassu.

Cachous de l’Acacia Catechu. — Selon Kerr, le Cachou de V Acacia est préparé avec le cœur du bois de l'arbre, que l’on réduit en copeaux et que l’on fait bouillir dans des vases en terre, jusqu’à réduction de moitié de l’eau employée. Le

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décocté est ensuite mis dans un vase plat et on l’évapore jusqu’à réduction à un tiers, On laisse reposer la matière, pendant un jour, puis on l’expose au soleil, en agitant de loin en loin.

Quand la masse est devenue assez consistante, on la coule sur une natte ou sur un drap couvert de cendres de bouse de Vache et on la divise en morceaux quadr angulaires, dont on achève la dessiccation au soleil. On choisit, autant que possible, le bois brun pâle, qui fournit un extrait plus léger et blanchâtre ; le bois trop coloré donne un extrait noir et de moindre qualité.

Ce Cachou est retiré du Malabar, de Surate, du Pégu et surtout de Bahar.

Cachou du Pégu en masses. — Cette sorte, la seule actuellement existante dans le commerce, se présente en masses considérables, pesant de 50 à 60 kilogrammes et pouvant être rapportées à deux sortes : 1° Tantôt l’une de leurs faces porte l’empreinte d’une natte à gros éléments, qui forment des carrés d’environ 1 centimètre et 1/2 de côté. Chacun de ces carrés est garni de fines stries rectilignes, dont la direction est perpendiculaire à celle des stries des carrés voisins. 2° Tantôt elle est recouverte, par places, de feuilles appartenant à des arbres différents : les unes, plus nombreuses, à face inférieure finement réticulée, à face supérieure rude, scabre, chagrinée et que l’on attribue au Dipterocarpus tuberculatus ; les autres, plus rares, lisses, à réticulations larges. Des feuilles de même espèce et des fragments de Roseau ou de Bambou se trouvent dispersés dans la masse elle-même, qui est ainsi divisée en des sortes d’assises irrégulièrement continues. Ce Cachou a l’aspect d’un extrait brun rougeâtre, parfois un peu hépatique, compact ou creusé de petites cavités. Il est fragile; sa cas- ■ sure est luisante, sa saveur amère, très astringente, avec un arrière-goût sucré faible, mais persistant.

D’après sa constitution, il est facile de voir que cette substance a d’abord été divisée en pains assez volumineux, enveloppés chacun dans des feuilles d’arbre; puis, que ces . pains ont été réunis dans une enveloppe commune, avant leur

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complète dessiccation et se sont soudés, pour former les grandes masses du commerce.

Le Cachou du Pégu est maintenant la sorte officinale. Selon Dorvault, « il arrive dans le commerce, sous forme de gros pains aplatis, de 40 à 50 kilogrammes, coulés sur des feuilles et enveloppés d’une toile grossière ».

Guibourt et Pereira décrivent un certain nombre d’autres sortes de Cachous de Y Acacia, dont nous citerons les plus importantes.

Cachou terne et parallélipifède ou Cachou du Bengale. — Il est en pains carrés, sans giumes de Riz à l'extérieur, terne et grisâtre, vers le centre, un peu compact et brunâtre prés de la surface, et formé de couches parallèles, assez facilement séparables, grises en dedans, noires en dehors. Ces couches ainsi séparées ressemblent assez à des fragments d'écorce d’arbre, d’où le nom de Cachou f.n manière d'écorce d'arbre, que A.-L. de Jussieu a donné à cette sorte. Il est fourni par Y A. Catechu et par Y A. Suma, Kurz. On ne le trouve plus dans le commerce. Il en est de même des sortes suivantes :

Cachou blanc enfumé; Cachou brun en gros pains parallélipipèdks; Cachou brun rouge polymorphe ; Cachou brun siliceux. Ces Cachous ne sont pas en réalité des sortes commerciales ; on les a trouvés en quelque sorte accidentellement et ils n’ont plus reparu.

Guibourt cite encore quelques autres sortes extrêmement rares et auxquelles nous ne croyons pas devoir nous arrêter.

Parmi les échantillons de Cachous de l'Acacia existant au droguier de la Faculté de Lyon, deux paraissent mériter l'attention.

1° Cachou blanc , qualité d' Hyderabad : petites masses très irrégulières, provenant d'un bloc brisé, de couleur brun noirâtre au dehors, jaune-rosé-chamois à l'intérieur et d'aspect terreux. Ce Cachou tache les doigts en jaune grisâtre, croque sous la dent et possède une saveur amère, astringente, nauséeuse, un peu moisie ; il a un arrièregoût douceâtre, peu parfumé, avec une amertume et une astringence persistantes.

2» Partie interne du bois servant à préparer le Cachou du midi de l'Inde : très petits fragments, brun rosé clair, essentiellement formés d’une matière tendre, fragile, pulvérulente, à cassure terreuse, d’un blanc rosé. Ces fragments paraissent provenir de la moelle ou d’un bois transformé par vieillesse (?).

Le Cachou de bonne qualité cède à lether de 53 îl 50 0/0 de matière tannique. Le plus commun en fournit environ 28 0/0. Traité par l’alcool faible, il ne laisse que 7 à 8 0/0 de résidu.

Cauykt, Mat, mèd., t. II*

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On le falsifie avec divers extraits astringents, de la terre, du sable, de l’amidon, de l’alun, etc.

La saveur désagréable et la coloration noire y indiquent la présence de Cachous inférieurs et des extraits étrangers.

Le perchlorure de fer précipite en vert les bons Cachous et en bleu noir les mauvais Cachous; le Cachou brun artificiel donne un précipité blanc grisâtre, avec la noix de galle. La teinture d’iode, versée dans un décocté de Cachou, y décèlera la présence de l’amidon ; les matières terreuses seront reconnues par l’incinération ; enfin, si le Cachou renferme de l’alun, il donnera un précipité par l’ammoniaque et par le chlorure de baryum.

Le Cachou est un bon tonique et un astringent précieux ; on le prescrit avec avantage contre la diarrhée, les leucorrhées, les blennorrhées ; il sert comme dentifrice. On l’administre sous forme de poudre, d’infusé, de teinture, de sirop, d’extrait, de pastilles; il entre dans la composition de YElectuaire astringent de Saunders , del’j Électuaire de Copahu composé , de la Confection japonaise, du Cachou de Bologne, etc

Cachous du Nauclea Gambir. — Ces Cachous sont principalement désignés sous le nom de Gambir. Il sont fournis surtout par une Rubiacée, le Nauclea Gambir, Hunt. (Uncaria Gambir, Roxb. ; Ourouparia Gambir, H. Bn.), arbuste grimpant des côtes du détroit de Malacca et des îles de son extrémité orientale. On pense qu’une partie du Gambir est retirée du Nauclea (Uncaria, Roxb. ; Ourouparia, H. Bn.) acida, Hunt, plante des îles Malaises et des Uncaria ovali folia et sclerophylla. Celui qui vient de Ceylanestattribué à Y Uncaria dasyneura,vaT. Thxcaitesii.

Le N. Gambir est cultivé en plantation à Singapore, dans la péninsule Malaise (Johore) et dans l’archipel Rhio- Lingga, surtout dans l’île de Bintang. Voici comment on en prépare l’extrait :

On récolte ses feuilles 3 ou 4 fois par an et on les fait bouillir avec de l’eau, dans une chaudière en fonte, pendant une heure environ. Au bout de ce temps, les feuilles sont mises dans un baquet incliné vers la chaudière et on les

CACHOU

comprime avec la main, pour en exprimer le liquide, qui s’écoule dans la chaudière. Le décodé est ensuite évaporé en consistance sirupeuse et versé dans des seaux. Après refroidissement, on plonge dans les seaux un bâton de bois léger, que l’on agite obliquement de bas en haut et de haut en bas. Gomme l’ouvrier opère sur deux seaux à la fois et que le mouvement de ses bras est alternatif, il s’ensuit que l’un des bâtons s’enfonce dans la matière, tandis que l’autre descend et réciproquement. Le liquide s’épaissait peu à peu autour du bâton et finit par se prendre graduellement en masse.

Le produit ainsi obtenu est mis dans des boîtes carrées, peu profondes. Quand il est suffisamment durci, on le divise en cubes, que l’on fait sécher à l’ombre. Enfin, les feuilles sont mises à bouillir de nouveau, puis lavées avec de l’eau, et le liquide qui en résulte est conservé pour une nouvelle opération.

Selon quelques auteurs, le Gambir est obtenu aussi de la manière suivante : les feuilles et les jeunes rameaux sont incisés et mis à infuser dans l’eau, pendant quelques heures, après quoi la liqueur est passée. Il s’y forme alors un dépôt d’apparence amylacée, que l’on fait épaissir au soleil et que l’on façonne en petits pains ronds.

La première sorte est de couleur brune; la seconde est presque blanche.

Gambir cubique clair. — Cette substance vient de Singapore et des îles ou des contrées voisines. Elle se présente sous forme de cubes de 2 à 3 centimètres de côté, à surface brune, d’aspect résineux, assez durs et difficilement rayés par l’ongle. A l’exception de la couche extérieure, qui est très mince, ces cubes sont entièrement formés d’une matière fauve ou jaune brunâtre clair, à peu près uniforme, légère, spongieuse, mate, très friable et finement grenue; cette matière offre parfois des sortes de rognons de couleur plus claire, d’un blanc jaunâtre et dont la sustance est encore moins compacte, presque pulvérulente.

Le Gambir cubique est léger; il fond, ou mieux se délaie aisément dans la bouche; sa saveur est amère, astringente,

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avec un arrière-goût sucré, agréable. Il contient beaucoup de Catèchine , dont on peut, au microscope, voir les cristaux aciculaires. Hlasiwetz y a trouvé de la Quercètine, matière colorante jaunâtre, qui existe aussi dans le Cachou. Selon de Vrij, plusieurs Nauclea contiennent de Y Acide Kinovique, et Flückiger en induit qu’on pourrait sans doute retrouver cet acide dans le Gambir.

Les auteurs citent un certain nombre de sortes de Gambir, qui ne sont guère que des formes commerciales de la précédente. Les plus communes paraissent être les suivantes :

Gambir en pastilles. — Ce Gambir a deux origines : l’un vient de Singapore, l'autre vient de Chine (?). Ce dernier semble être le Gambir amylacé , de Guibourt. Ces deux sortes ont les mêmes caractères et se présentent sous forme de petits trochisques cannelés sur les côtés, aplatis sur les deux faces, de couleur jaune brun clair, avec une cassure terreuse, gris blanchâtre ou gris rosé.

Gambir en parallélipipèdes, — Prismes rectangulaires, longs de 1 à 4 centimètres et de 6 à 7 millimètres de côté, brun terreux clair eu dehors, gris rosé en dedans, et à cassure grenue, terne, terreuse.

Ces sortes paraissent ne pas venir en France.

Le Gambir se dissout dans l’eau chaude, mais il s’en précipite abondamment par le refroidissement. Sa dissolution aqueuse, très diluée, est colorée en vert par le perchlorure de fer. Il a des propriétés analogues à celles du Cachou et peut lui être substitué; mais on l’emploie surtout pour le tannage et la teinture.

Les sortes inférieures de Gambir contiennent habituellement une fécule, que Holmes dit être celle du Sagou.

Kino s

On appelle ainsi des matières extractives astringentes, obtenues, soit par incision des arbres qui les produisent, soit par décoction de leur bois. Comme les Cachous, les Ivinos ren- a ferment delà Catèchine. Ils sont essentiellement caractérisés par leur couleur noire, souvent rougeâtre, en lames minces, ainsi que par leur fragilité, l’éclat vitreux de leurs fragments, leur facile solubilité dans l'eau et par l’existence d’une matière colorante, qui teint la salive en rouge.

KINOS

La sorte de Kino la plus aneiennement connue venait à' Afrique. Mais, comme les arrivages de cette drogue étaient fort irréguliers et ne suffisaient pas, d'ailleurs, aux besoins, on fut conduit à la remplacer par d’autres produits ayant des propriétés analogues. C’est ainsi qu’ont été importés, en Europe, les Kinos de la Jamaïque , de l'Inde, de la Colombie et enfin de V Australie.

Kino d’Afrique ou de Gambie. — Ce Kino fut signalé, par Moore, comme provenant d’un arbre de la Gambie, appelé Kano , par les Mandingues. Environ 20 ans plus tard (1757), Fothergill décrivit, sous le nom de Gummi rubrum a s tr ingens Gambiense , un suc qui avait été exporté de la rivière Gambie, comme une sorte rare de Sang-Dragon. Mongo Parle ayant expédié (1805) des échantillons de l’arbre qui le produit, l’on reconnut que cet arbre est le Pterocarpus erinaceus, Poiret. Le Kino de la Gambie figurait toujours dans les catalogues du commerce anglais, sous le nom de Gummi rubrum astringens ; mais dès 1803 il était b peu près introuvable et, selon Duncan, on le remplaçait par un produit tout à fait analogue, provenant de la Jamaïque. Enfin, Duncan disait, en 1811, qu’on ne pouvait plus s’en procurer et que le Kino vendu en Angleterre provenait de la Jamaïque, de l’Inde et de l’Australie.

Actuellement, le Kino d’Afrique ne se trouve pas régulièrement dans le commerce. D’après ce qu’en a rapporté Daniell, il découle spontanément ou par incision de l’écorce des Pterocarpus, se coagule rapidement, prend une couleur rouge de sang et devient très foncé. Selon Welwitsch, les Portugais d’Angola l’emploient, sous le nom de Sangue de Drago (Sang-Dragon).

Le Kino d’Afrique est en fragments anguleux, petits, très fragiles, à cassure brillante, noirs et opaques, quand ils sont vus en masse ou dans les fragments épais et rouge -rubis foncé, lorsqu'ils sont en lames minces. 11 est soluble dans l’eau et possède les mêmes caractères chimiques que le Kino de l’Inde. Sa teinture alcoolique ne se gélatinise pas, dit-on, aussi promptement que celle de ce dernier.

Kino d'Amboine, de Malabar ou de 1 Inde. — Cette substance

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est la sorte officinale de Kino usitée en Angleterre. Elle est fournie par le Pterocarpus Marsupium , Roxb., grand arbre des forêts de l’Inde centrale et méridionale et qui croit également à Ceylan. Get arbre, autrefois commun dans l’Inde, a été presque détruit par des abatages inconsidérés, en raison de la valeur de son bois. Aussi, dans la présidence de Madras, est-il défendu de l’abattre et même de l’exploiter, pour l’obtention du suc, sans autorisation préalable du gouvernement.

Pour obtenir le Kino, on fait au tronc une incision longitudinale, coupée perpendiculairement par plusieurs incisions transversales et l’on met au-dessous un vase, dans lequel s’amasse le suc qui découle des incisions. Celui-ci est d’un rouge-groseille. On le laisse s’épaissir et se dessécher au soleil, jusqu’à ce qu’il se fendille et se divise en fragments; après quoi, on l’enferme, pour l’exportation, dans des caisses en bois. Le suc parait fourni exclusivement par l’écorce, qui est de couleur rouge brun, tandisque l’aubier est blanc.

Au reste, il semble que cette sorte de Kino soit assez rare, car on n’en expédie guère qu’une ou deux tonnes par an.

Le Kino d’Amboine se présente en petits fragments d'un noir brillant, opaques, lorsqu’ils sont un peu épais, mais d’un rouge-rubis, quand ils sont en lames minces. Les fragments sont friables, inodores, souvent marqués de cannelures, sur l’une de leurs faces. Ils se ramollissent dans la bouche, s’attachent aux dents, colorent la salive en rouge et possèdent une saveur très astringente.

Ce Kino se dissout presque intégralement dans l’alcool, un peu moins dans l’eau et produit des solutés d'un rouge foncé. La solution aqueuse laisse un résidu floconneux pâle, qui disparait à chaud, mais qui se reforme et dont la quantité augmente même par le refroidissement de la liqueur. La solution de Kino étant soigneusement neutralisée, prend une teinte violette, par addition de sulfate de fer; cette teinte se produit aussi, quand on agite du Kino avec de l’eau et du fer \ réduit. Le liquide violet, ainsi obtenu, peut être évaporé à 100°, sans tourner au vert; ce liquide violet devient géla-

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tineux, quand on le conserve longtemps et le résidu sec se redissout dans l’eau, en formant une liqueur violette. Il est décoloré par les acides; les alcalis caustiques et les bicarbonates alcalins le font virer au rouge.

Le Cachou et la Catéchine offrent les mêmes réactions ; mais leurs solutés verdissent rapidement, quand on les expose à l’air.

Les solutions aqueuses de ce Kino précipitent abondamment, en présence des acides, des sels métalliques ou terreux et des chromâtes alcalins. Le chlorure ferrique y produit un précipité vert sale et il se réduit en sel ferreux. Les acides minéraux en séparent de Y acide Kino-tanniquc, sous forme d’un précipité rouge brun clair. La solution de ce dernier acide abandonne, par une ébullition prolongée, une matière rouge, appelée Rouge de Kino.

La solution alcoolique du Kino de l’Inde a une réaction acide ; elle devient souvent gélatineuse, en vieillissant.

Comme le Cachou, le Kino de l’Inde fournit de la Pyro catéchine , à la distillation sèche; fondu avec un alcali caustique, il donne do Yacide Pyrocatèchique et une sorte de sucre cristallisable (Phloroglucine), qui est soluble dans l’éther et se colore en violet, par le perchorure de fer. Toutefois, tandis que le Cachou abandonne à l’éther beaucoup de Catéchine, ce dissolvant n’enlève au Kino qu’une faible proportion d’une matière cristalline, soluble dans l’eau froide, alors que celle -ci ne dissout pas la Catéchine. Flückiger est porté à croire que cette matière est de la Pyrocatéchinc. L’existence de ce principe, dans les feuilles fraîches de Y Ampélopsis hederacea, Michx., avait fait supposer qu’on devait le trouver aussi dans l’écorce de l’arbre à Kino. Cependant, Broughton n’a pu en retrouver aucune trace dans l’écorce presque saturée de Kino liquide frais.

Cette sorte de Kino laisse 1,3 0/0 de cendres (Flückiger).

Kino du Bengale ( Kino de P al as ou de Maduga). — Cette substance paraît découler spontanément ou par incision de l’écorce de divers Batea: R. frondosa, Roxb. ; B. parviflora, Roxb.; B. superba, Roxb.

Selon Guibourt, le B. frondosa fournit deux produits

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différents, appelés Suc astringent du Dutea et Gomme astringente naturelle du Butea.

Le Suc astringent de Butea est en larmes petites, friables, de couleur rubis, très solubles dans l’eau, un peu moins dans l’alcool, de saveur fortement astringente et contenant, à l’état brut, environ 50 0/0 d’un tannin, qui paraît être de Y acide Kino-tannique . Au reste, la proportion du tannin paraît varier, suivant le mode d’extraction et l’époque de la récolte. La partie non tannique du suc est une substance mucilagineuse, qui n’a pas été étudiée. Soumis à la distillation sèche, ce Kino donne delà Pyrocatêchine.

La Gomme astringente de Butea est en larmes petites, noires, lisses ou ridées d’un côté, garnies d’un débris d’écorce du côté opposé, non friables, dures, à peu près insolubles dans l’eau froide, qui se colore en rouge, tandis que la matière elle-même se gonfle, sans former de mucilage. Ces larmes sont plus solubles dans l’eau bouillante, mais le soluté se trouble par le refroidissement. La Gomme de Butea ne cède à l’éther que 0,83 0/0 d’une matière complexe; l’alcool bouillant en extrait, par des traitements répétés, 36 0/0 d’une matière colorante acide, rouge, qui, selon Guibourt, se rapproche beaucoup de l'acide rubinique.

La Gomme astringente de Butea pourrait bien être due à une modification du Suc astringent ci-dessus, dont les éléments se seraient transformés, sous l’influence longtemps continuée de l’air, de la lumière et de l’humidité. Roxburgh et MM. Beckett disent qu’il faut récolter le suc astringent, aussitôt qu’il est devenu dur et le mettre à l’abri de l'air.

Kino d’Australie (Australian Kino , Botany Bay Kino et Eucalyptus Kino, des Anglais). Ce Kino découle naturellement ou par incision, du tronc de plusieurs sortes

Eucalyptus, surtout des Eucalyptus rostrata , Schlecht., E. corymbosa, Sm., E. citriodora, Iiook., et principalement de Y E, resinifera, Sm., arbres de l’Australie.

Le Kino d’Australie est en masses irrégulières, dures, compactes ou en grains d’un brun rougeâtre foncé, plus souvent noirâtres à l’extérieur, vitreux, transparents et d’un rouge foncé à l’intérieur. Les espèces d 'Eucalyptus capa-

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blés de produire du Kino sont si nombreuses, que les sucs concrets do cette provenance comportent beaucoup de variétés et se présentent sous des aspects et avec des propriétés très diverses. Wiesner, de Vienne, qui a examiné des échantillons de Kino obtenus de IG espèces d 'Eucalyptus, a trouvé que la plupart de ces Kinos sont solubles dans l’eau et dans l’alcool et possèdent une forte astringence. Presque tous offrirent les mêmes réactions que le Kino de l’Inde, avec l’acide sulfurique et le perchlorure de fer. Toutefois, la solution du Kino de YE. obliqua , L’Hér., se colora en violet, avec le perchlorure de fer. Aucun ne contenait de pectine ; tous renfermaient de la pyrocatéchine ; chez quelques-uns, il trouva une gomme analogue à celle de Y Acacia, et même il en existait tellement, dans le Kino del’ E .gicjantea, Hook., que cette sorte était presque insoluble dans l’alcool. Des observations de Wiesner, il résulte que les meilleures sortes sont fournies par les Eucalyptus dénommés au début de cet article. Ces sortes possèdent les propriétés du Kino de l’Inde et peuvent lui être substituées.

Le Kino d’Australie sec ne provient pas d’incisions faites à l’arbre, comme les Kinos de l’Inde et de l’Afrique. On le trouve à l’état concret, dans des cavités aplaties, dispersées au milieu du bois des troncs de toute taille, où il est recueilli par les scieurs de long et par les fondeurs de bois. Cependant, on vend parfois à Londres, sous le nom de Kino liquide, un suc obtenu par incision ; ce suc est visqueux, d'un brun noirâtre foncé, assez analogue à de la mélasse ; évaporé, il laisse environ 35 0/0 de résidu solide.

Kino de la Jamaïque. — Cette sorte est obtenue par décoction du bois du Coccoloba uvifera,L., grand arbre qui croit aux Antilles et qui appartient à la famille des Polygonées.

Ce Kino est en fragments de 4 à 12 grammes, souvent marqués d’un réseau rectangulaire, sur une de leurs faces, ce qui semble prouver qu’ils proviennent d’une masse, qu’on a coulée sur une natte d’écorces. Il est brun foncé au dehors et couvert d’une poussière rougeâtre. Sa cassure est noire, brillante, inégale, creusée de quelques cavités ; sa poudre, couleur chocolat, sa saveur astringente et amère. Quand on

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le pulvérise ou qu’on le traite par l’eau bouillante, il exhale une faible odeur bitumineuse. Il est peu soluble à froid, dans l’eau et dans l’alcool, mais presque entièrement soluble à chaud, dans ccs véhicules.

Kino de la Colombie. — La substance de ce nom est obtenue, par incision, du Palétuvier ( Rhizophora Mangle, L.). Le suc est ensuite concentré au soleil. Ce Kino est en pains de 1000 à 1500 grammes, aplatis, offrant l’empreinte d’une feuille de Palmier et couverts d’une poussière rouge. Ils se divisent aisément en fragments irréguliers, transparents sur les bords et d’un rouge un peu jaunâtre ; leur cassure est inégale, brune, brillante; le|ur saveur amère et très astringente; leur odeur faible, particulière.

Ce Kino fournit une poudre rouge orangé; il se dissout assez bien dans l’eau froide, davantage dans l’eau bouillante, et presque complètement dans l’alcool; ses solutés ont une belle couleur rouge. Si on le dissout dans l’eau froide et qu’on évapore la solution avec soin, on obtient un extrait rouge foncé brillant, fragile, qui ne diffère du Kino d’Amboine, que par l’absence de cannelures.

Guibourt rapporte le Kino de New-York au Rhizophora Mangle.

Les Kinos sont employés comme astringents ; ils paraissent rendre de véritables services dans la dysenterie et dans les cas où il peut être utile de tonifier certains organes.

Écorce de Mussenna

Cette écorce est produite par l'Abizzie authelminthique (Albizzia antlielminthica, A.Brongn. ; Acacia antlielminthica, H. Bn.), arbre d'Abyssinie, croissant dans le Kolla oriental et dans les terres basses, de l'Amliara, où on l’appelle Aboussenna, Bicinna, Bescnna , Besanna , Mussenna et Moussenna.

Les propriétés ténil'uges de cette écorce ont été signalées par d’Abbadie et par Pruner-Bey.

L'Écorce de Mussenna est en plaques irrégulières, longues de 10 à 2û centimètres, larges de 3 à 4 centimètres, épaisses de 6 millimètres au plus ; leur face externe est tantôt très raboteuse et plus ou moins fissurée, tantôt presque lisse et, surtout alors, couverte de lenticelles généralement proéminentes, disposées en séries linéaires. Au-dessous d’un mince périderme roux brunâtre, que l’on peutdétacher

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