ORCANETTE
bisannuelle on vivace, commune dans les lieux stériles, sur le bord des chemins, etc., où elle peut dépasser 50 centimè tres de hauteur. On n’en emploie que la racine. Celle-ci est grisâtre, charnue, longue, de saveur fade et d’odeur vireuse. Elle est réputée narcotique et, à ce titre, forme la base des Pilules de C ynoglosse ; celles-ci doivent surtout leurs propriétés calmantes à l’opium qu’elles renferment.
La Racine de Cynoglosse sc présente, dans le commerce, en tronçons épais de 5 à 10 millimètres, longs de 3 à 4 centimètres, de couleur brun rougeâtre, cylindriques ou aplatis et marqués de rides nombreuses, soit droites, soit spiralées. Quelques morceaux, beaucoup plus gros, sont coupés en rondelles ou en segments irréguliers. Ceux-ci appartiennent à la portion supérieure de la souche et présentent une moelle bien définie.
Sur la section transversale, la racine de Cynoglosse se montre composée d’une écorce relativement épaisse et compacte, marquée de stries radiées vers sa portion interne et d’un bois formé de faisceaux cunéiformes, droits, rayonnants.
L’écorce de la racine est réputée plus active que le bois et c’est elle seule qui est encore usitée. Aussi la trouve-t-on souvent, dans les pharmacies, débarrassée du méditullium.
Cette racine est rapidement piquée par les Insectes et elle doit être enfermée chaude dans des flacons bien bouchés. Quelque précaution que l’on prenne, d’ailleurs, il est à peu près impossible de la conserver pendant plus d’une année.
Orcanette (fi g. 572)
L’Orcanette (Alkanna tinctoria , Tausch; Anchusa tinctoria , L.; Lithospermum tinctorium, DC.) est une plante vivace, croissant dans les lieux stériles et sablonneux de la région méditerranéenne. Sa racine sert dans la teinture ; en pharmacie, on l’emploie pour colorer quelques pom mades.
La Racine d’Orcanette du commerce est grosse comme le doigt ou moins et recouverte d’une écorce foliacée, ridée, d’un rouge violet très foncé; le corps ligneux est composé
ASCLEPIADL.ES
de faisceaux cylindriques, plus ou moins distincts, rouges au dehors, blancs au dedans. Cette racine est inodore et insipide.
£>a mauere colorante (Anchusine ou Orcanettine)e st insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’étber, les corps gras, qu’elle colore en rouge ; elle forme, avec les alcalis, des combinaisons solubles ou insolubles et d’un bleu superbe.
On l’obtient en traitant la poudre d’Orcanette, par l’éther ou par le Fig. 572. -Sommités et racine d'Orcanette. Sulfure de Cai'bone.
Cette matière paraît
être la même chose que le Carminoïde de Bèral (Acide Anchusique de Pelletier).
On peut substituer à la racine d’Orcanette celles de 1 Onosma echioides , L., des Arnebia tinctoria , Forsk.. Am. tingens, Alph. I)C., et Am. perennis, Alph. DC.
ASCLÉPIADÉES
Dompte-venin
Le Dompte-venin ou Asclépiade ( Vinceloxicum offici nale, Mônch) est une plante vivace, commune dans les bois et les haies, en France. Elle offre les caractères suivants : Feuilles opposées, ovales- oblongues, acuminées, entières* inflorescence en cymes ombelliformes terminales, paraissant axillaires; corolle rotacée, blanche, à préfloraison val va ire* couronne épaisse, à 5 lobes obtus; follicules ordinairement
PRODUITS DES ASCLEPIADES
géminés, très allongés, glabres, lisses, terminés en pointe; graines planes, marginées, pourvues d’une aigrette soyeuse.
Le Dompte-venin était jadis réputé alexipharmaque ; on lui attribuait de grandes propriétés,, entre autres celle de combattre le venin des Serpents, d’où son nom. Sa racine (fig, 573) est composée d’un corps (souche) et de radicelles nombreuses, longues et grêles; lorsqu’elle est récente, elle a une odeur forte, une saveur âcre, amère, désagréable. Celle que l’on trouve dans le commerce a une odeur faible, désagréable, une saveur douce, suivie d’un peu d’âcreté.
Cette racine n’est guère plus usitée; on la dit diurétique et sudorifique : c’est à ce titre qu’elle entre dans le Vin diurétique amer de la Charité.
Produits des Asclépiades
Racine de l’Asclépiade tubéreuse. — Cette racine est produite par ÏAsclepias tuberosa , L. Elle est usitée aux États-Unis, comme expectorant et diaphorétique, dans la pleurésie et dans les affections catarrhales, sous les noms de Butterfly Wced, de Pleurisy Root , de Wind Root et de Tuber Root. On dit que, administrée avec YAletris farinosa. elle a amené la guérison de nombreux cas de prolapsus de l’utérus.
Elle se présente en fragments informes, ne dépassant guère 15 à 20 milllimètres de long, sur 10 de large et dont l’épaisseur varie entre 2 à 0 millimètres. Ces fragments ont une teinte blanc fauve. Ils sont constitués par un méditullium compacte, d’un blanc crayeux, que recouvre une écorce assez épaisse, adhérente, gris fauve, finement striée en travers. L’écorce est blanche et semée d’îlots jaunâtres, paraissant formés de sclérules. Le méditullium se compose de faisceaux étroits, cunéiformes, droits ou un peu flexueux, de
Fio. 573. — Racine d'Asclépiaiio.
ASCI ÈPIADKES
couleur jaune et séparés par de larges rayons médullaires, blancs. La moelle manque. Certains morceaux, réduits au méditullium, sont réticulés sur leur face externe.
Parmi les fragments de racines, se trouvent d’assez nombreux tronçons de tiges, de grosseur variable, mais ne dépassant guère une épaisseur de 5 ou 6 millimètres. Ces tronçons se distinguent par leur écorce fauve, mince, striée en long et par leur bois relativementépais, formé de faisceaux jaunes, étroits, que séparent des rayons médullaires blancs: la moelle est souvent excentrique. Leur face externe porte fréquemment de légères saillies opposées, indices des feuilles tombées.
Cette racine a une saveur mucilagineuse, un peu piquante, âcre et faiblement amère ; son odeur rappelle à la fois celles de ripécacuanha et de la Valériane. On en retire deux principes (?) appelés Asclépidine et Asclétinc : le premier est une sorte d’extrait résineux; le second est cristallin (Holmes). Wurtz (Dict.) ne les mentionne pas.
Aux Etats-Unis, on emploie la racine de Y Asclepias incarnata , L. (Flesh-coloured Asclepias, Swamp Silkiceed , Milhveed , des Anglo-Américains). Cette racine est usitée comme anthelminthique, à la dose de 10 à 20 grains. On la prescrit également contre les affections chroniques de la muqueuse stomachale. Elle est inscrite sur la liste secondaire des substances officininales de la Pharmacopée des Etats-Unis.
Racine de Condurango
Cotte racine tire son nom de l’appellation Condur-Angu ( Liane du Condor) donnée à une liane du Pérou et de l’ancienne Colombie. On l’attribue à une plante encore peu connue, le Gonolobus Condurango , Triana.
L’écorce de la racine de Condurango est gris cendré, plus ou moins épaisse, plate ou roulée et facile à rompre ; elle a une saveur amère, sans âcreté, mais produisant, par action réflexe, une salivation très prononcée. A l’intérieur, elle détermine une sensation de chaleur dans l’estomac, avec ré-
ECORCE DE MUDAR
veil de l’appétit; à haute dose, elle amène du malaise, des nausées, même des vomissements, et augmente la sécrétion urinaire.
Ces propriétés ne semblent pas de nature à encourager les espérances que l’on avait fondées sur cette prétendue panacée des tumeurs malignes. Le Condurango ne paraît guère être qu’un apéritif.
Écorce de Mudar
L’écorce de Mudar (Mudar Bark, des Anglais) est fournie par la racine de deux plantes du genre Calotropis, R. Br :
1° Le C. gigantea,R. Br. (Asclepias yigantea, L.), grand arbuste, haut de 2 à 3 mètres et pouvant atteindre la grosseur de la cuisse d’un homme. Ce végétal croit dans les terres incultes de l’Inde, de la presqu’île Malaise, des Moluques et deCeylan.
2° Le C. procera, R. Br. ( Asclepias procera, W.), arbuste pouvant dépasser une hauteur delm,80. originaire des parties sèches du nord de l’Inde, d’où il s’étend en Perse, en Palestine, en Arabie, en Égypte, en Abyssinie et que l'on retrouve dans les oasis du Soudan et du Sahara.
Holmes attribue l’écorce de Mudar au seul C. gigantea. Mais il paraît que, dans l’Inde, on emploie indifféremment (sans doute, selon la localité) l’une et l’autre écorce et que celle du C. procera est seule vendue dans les bazars. Ces deux écorces sont, d’ailleurs, inscrites, comme officinales, dans la Pharmacopée de l’Inde. Hanbury et Fliickiger disent qu’elles ne semblent pas distinctes l’une de l’autre. Toutefois, les échantillons que nous en avons sous les yeux se distinguent par quelques caractères.
L’Écorce du G. procera est en fragments longs de 3 à 10 centimètres, épais de 3 à 6 millimètres, cintrés ou repliés en gouttière. Leur face externe est toujours recouverte d'un suber épais ou mince , de couleur chamois clair. Le suber offre des aspects variables, selon l’épaisseur des écorces : 1° dans les plus épaisses, il est formé de côtes plus ou moins longues et saillantes, séparées par des sillons à fond noirâtre: 2° dans les écorces de moyenne épaisseur, il présente des sail-
ASCLEPIADEES
lies irrégulières, courtes, tortueuses, dont certaines, un peu pluselevees, comme verruqueuses, sont coordonnées en séries transversales obliques ; 3° enfin, les écorces les plus minces ont un suber peu développé, finement ridé ou strié en long et présentant de très petites verrues disposées en lignes transversales, continues ou interrompues et, tantôt espacées, tantôt très rapprochées. Dans toutes ces écorces le suber est mou. spongieux, adhérent, mais peut en être détaché assez facilement. Sur une section transversale, sa couleur fauve le fait
distinguer de l’écorce sous-jacente, qui est d’un blanc crayeux, compacte, mais pouvant être entamée par l’ongle. La face interne est d’un gris jaunâtre, lisse et souvent tachée de moisissures.
Cette écorce est facile à casser et à pulvériser. Elle est à peu près inodore et possède une saveur amère, âcre, mucilagineuse.
L’Ecorce du C.
GIGANTEA est eil
fragments irréguliers , diversifiâmes, 'plats , rarement cintrés , plus ou moins arqués en dehors, de couleur
générale grise, sur la lace externe, blanchâtres ou plus souvent grisâtres à la face interne, longs de 2 et 1/2 à 6 centimèties, épais de 2 à 3 millimètres. La face externe est
Fig. 574. — Coupe transversale de l’écorce de Mudar. (Los sclêrules n’ont pas été figurées.)
EGORGE DE MUDAR
'presque entièrement dépourvue de suber et lisse ou faiblement sillonnée. Le suber, quand il existe, est analogue à celui de l’écorce précédente, mais toujours moins saillant et comme usé par le frottement. La cassure transversale est nette, non fibreuse, sauf dans les rares morceaux qui offrent une mince couche de bois enlevée à l’arbre avec l’écorce et dont la couleur est d’un jaune très clair. Gomme le suber manque le plus souvent, cette cassure est blanche, crayeuse et analogue à celle de l’écorce du C . procera.
L’écorce du C. procera présente la structure suivante (fig. 574) :
Le suber a une épaisseur variable et se compose de deux couches : une extérieure (a) plus foncée, composée de cellules tabulaires, en séries radiales; une interne (b), de nature plutôt péridermique, à cellules plus graudes, régulières, rectangulaires et tangentielles : cette couche contient quelques laliciferes. Le ■parenchyme cortical (d) est formé de cellules polygonales irrégulières, plus petites vers la portion extérieure de cette couche que dans la portion centrale. Ce parenchyme est traversé par de nombreux laticifères (c) et renferme quelques rares sclérules; toutes les cellules sont remplies de grains d’amidon (fig. 575), soit agglomérés, soit libres et alors ovoïdes ou arrondis et entiers ou tronqués. Cet amidon est de grandeur variable : certains grains sont très gros; d’autres sont relativement très petits. Le liber se distingue seulement du parenchyme cortical, par le défaut de laticifères et la présence de rayons médullaires (e) composés de 2 ou 3 rangées de cellules ponctuées, qui contiennent de l’amidon et de l’oxalatede chaux.
L’écorce de Mudar est réputée tonique, altérante et diaphonique ; les Hindous l’emploient surtout contre les maladies syphilitiques et cutanées. Son usage parait remonter à une haute antiquité et les médecins arabes en font mention. Toutefois, ses effets thérapeutiques n’ont été étudiés, par les médecins d’Europe,* qu’au commencement de notre siècle, bien que
ASCLEPIADEES
Prosper Alpin (1584) eût vu le C. procera en Égypte, et en eût fait connaître les propriétés. Play fer, le premier, la recommanda contre l’éléphantiasis ; Vos (1826), Cumin (1827) et Duncan (1829) en signalèrent l’action favorable.
Duncan attribua les propriétés de cette écorce à une matière extractive, qu’il appella Mudarine. Les recherches entreprises par Flückiger, pour retrouver ce principe, n’ont permis de signaler, dans le Mudar, qu’une résine âcre, rougissant le tournesol, un principe amer et du mucilage.
Toutes les parties de la plante semblent efficaces; mais, selon Moodeen-Sheriff, l’écorce delà racine et surtout le latex desséché qu’on en retire sont plus actifs que le reste. C’est pour cette raison, sans doute, et afin que le suc ne se perde pas, que la Pharmacopée de l’Inde recommande de n’enlever l’écorce des racines que lorsque celles-ci sont demi-sèches. Il paraît que l’activité de cette écorce augmente avec l’âge ; il semble donc que l’on doit employer de préférence les morceaux les plus épais, mais en ayant le soin d’en séparer le suber, qui est inerte. La poudre est prescrite, comme altérante, à la dose de 3 grains ; elle devient émétique, quand la dose est portée de 30 à 60 grains. On rapporte que l’action du latex desséché est assez irrégulière et même dangereuse.
Holmes dit que l’écorce de Mudar se ramollit et devient inerte, quand on ne la conserve pas dans un état complet de dessiccation.
Feuilles et Racine de Tylophora
Le Tylophora asthmalica , Wight et Arn. (Asclepias asthmatica, Roxb.) est une plante vivace et sarmenteuse, indigène de l’Inde, mais naturalisée à Maurice, où on l’appelle Ipéca sauvage ou Ipéca du pays. Les Hindous la nomment Unto-mool , et l’emploient avec succès contre la dysenterie. Les médecins anglais de l’Inde en prescrivent les feuilles ou les racines comme succédané de lTpécacuanha, mais à doses plus élevées.
Les Feuilles (fig. 576) sont longues de 5 à 12 centimètres, larges de 2 à 6 centimètres ; elles sont ovales ou subarrondies,
RACINE DE NUNNARI
ordinairement un peu cordées en bas, brièvement acuminées ou mucronées au sommet, coriaces, glabres en dessus, munies en dessous de poils simples et mous. Desséchées, elles sont épaisses, rudes, d’un vert -jaunâtre pâle; leur saveur est faible et leur odeur est herbacée. Broughton en a retiré une substance cristalline, mais en trop faible quantité pour être analysée ; injectée à un petit Chien, cette substance détermina des vomissements et de la purgation.
La poudre des feuilles est prescrite à la dose de 25 à 30 grains, comme émétique ; à la dose de 3 à 5 grains, elle est réputée diaphorétique et expectorante.
L’infusion de ces feuilles est un peu âcre,
La Racine est plus fréquemment employée. Elle est cassante, noueuse, pourvue de nombreuses radicelles, longue de 15 centimètres environ et épaisse de 2 millimètres- Elle ressemble assez à la racine de Valériane, mais a des di mensions plus fortes. Elle s’en distingue par sa couleur brunjaunâtre pâle, son odeur à peu près nulle et sa saveur d’abord sucrée, puis âcre. On la trouve dans les bazars indiens.
Fia. 576. — Feuille do Tylophora.
Racine de Nunnari
On emploie, dans l'Inde, comme succédané de la Salsepareille, la racine de 1 ’ Hermidesmus indicus, R. Br. ( Per iploca indien, L.; Peripl. cordata, Poir. ; Asclepias Pseudo-Sarsa, Roxb.), arbuste sarmenteux, répandu dans toute l’Inde et à Ceylan. Cette racine est appelée, par les Anglo-Indiens, Nannàri Root et Ananto-mùl. En Angleterre, on lui donne souvent le nom à'Indian Sarsaparilla.
Elle est en morceaux longs de 15 centimètres à 5 décimètres, et dont le diamètre varie de 5 à 15 millimètres ; sa grosseur est donc comprise entre celle d’une plume à écrire et celle Cauvet, Mat. mèd., t. II. 34
ASCLÉPIADÈES
du petit doigt. Elle est dure, tortueuse ou coudée, sillonnée longitudinalement, simple ou pourvue de radicules et souvent accompagnée de tiges ligneuses, grêles, ramifiées.
Son écorce est brunâtre, parfois avec des reflets gris-violacé clair, souvent crevassée en travers et quelquefois même séparée du corps ligneux. Celui-ci est d’un blanc jaunâtre, cassant et formé de faisceaux radiés et contournés. Sur une section transversale, la couche corticale se montre épaisse d’environ 2 millimètres, blanchâtre, brunâtre ou un peu vio lette ; cette couche renferme quelques laticifères, dispersés dans le parenchyme, surtout dans ses couches internes.
Le bois est séparé de l’écorce par une zone cambiale onduleuse, foncée ; il ofl're de petits rayons médullaires, surtout apparents dans les coupes longitudinales (Flückiger).
La racine de Nunnari a une saveur sucrée, un peu âcre; elle exhale une odeur faible de Fève Tonka ou de Mélilot. Par son odeur et par les larges crevasses transversales de son écorce, d’ailleurs aisément séparable, cette racine se distingue aisément de celles qu’on pourrait lui substituer. On ne connaît pas sa composition chimique. Son odeur peut être attribuée à la Coumarine.
La racine de Nunnari est rarement usitée en Angleterre et pas du tout en France. On la dit altérante, tonique, diurétique et diaphorétique.
APOCYNÉES Écorces d’Alstonia
11 existe sous ce nom, dans le commerce, deux écorces provenant, l’une de Y Alstonia scholaris, l’autre de 1 ’Alst. constricta.
Ïj Alstonia scholaris, R. Br. ( Echites scholaris , L. ; Allamanda verticillata, Desf.), est un arbre des forêts de l’Inde, où il peut atteindre plus de 25 mètres de hauteur. On le trouve aussi, dans les des de la Malaisie, aux Philippines, dans la portion orientale de l’Australie et jusque dans l’Afri-
ÉCORCE D’ALSTONIA
que tropicale : c’est le Pala, de Rheecle, le Devil Tree et le Palimaraof Bombay, des Anglais, le Chatiûm des Hindous. Son écorce est usitée, dans l’Inde, comme tonique et antipériodique. Son bois à grain fin sert à faire des planchettes, sur lesquelles on écrit, dans les écoles, d’où le nom de lignum scholare. que lui a donné Rumpliius.
L’Écorce de l'Alstonia scholaris (Dita Bark et Alstonia Bark., des Anglais ; Ditarinde , des Allemands ; Satween, des Hindous) est décrite, comme suit, par Hanbury et Flùckiger :
Elle est en fragments irréguliers, spongieux, épais de 2 à 5 millimètres, à cassure grossière et courte ; leur face externe est très inégale et rugueuse, brunâtre ou gris foncé, quelquefois semée de taches blanchâtres. L’intérieur et la face interne du liber sont colorés en chamois clair. Sur une section transversale, le liber se montre traversé par de nombreux rayons médullaires étroits. Cette écorce est presque inodore et amère, sans âcreté ni arôme.
Holmes dit qu’elle a une couleur blanc sale, qu’elle est spongieuse et vraiment amère.
La Faculté de Lyon en possède deux échantillons étiquetés : Dita Bark et qui proviennent de la collection Chantre.
1° a) Ecorces plates ou peu cintrées, longues de 8 et 12 centimètres, larges de 6 à 7 centimètres, épaisses de 8 ou 10 millimètres, à bords taillés en biseau, l’un de dedans en dehors, l'autre de dehors en dedans.
Dans la portion où elle est intacte, la face externe est constituée par un suber spongieux, d'un gris ferrugineux, rempli de verrucosités couleur chamois, qui tranchent bien sur le fond gris ou rouge de la surface. La portion du biseau, où manque le suber, a une couleur brun fauve et une surface raboteuse, rude, marquée de stries transversales, paraissant dues aux empreintes que laissent des traits de scie. Un aspect analogue se montre à la face interne, dans la partie où le biseau a intéressé le parenchyme cortical, en respectant le liber.
La face interne est divisée en deux parties presque égales : une exclusivement formée par du liber; l’autre constituée par le parenchyme cortical. La portion libérienne de celte face est lisse, brun fauve et veinée de noir ; la portion corticale est raboteuse et gris brun.
Cette écorce a une cassure courte, non fibreuse, sauf dans sa portion libérienne. Elle offre de nombreux nodules lignifiés, de couleur fauve clair, qui manquent par places et laissent alors des vides peu profonds. Sa teinte générale est fauve. Les rayons médullaires y sont d'abord très oblique*, puis redressés et rayonnants.
APOCYNÉES
P) Deux morceaux longs de 65 millimètres, larges de 15 millimètres, épais de 1 centimètre et constitués par la totalité de l’écorce. Leur lace externe est spongieuse, inégale, fauve, grisâtre, avec quelques petites verrucosités plus claires. La face interne est lisse, brun-fauve clair, avec quelques veines noirâtres.
Leur cassure est identique à celle des spécimens précédents.
2<> Deux fragments d’écorce d’aspect bien différent de celui que présentent les premiers :
Fragments à peine cintrés, longs de 10 à 15 centimètres, larges de 4 à 7 centimètres, épais de 6à 9 millimètres, non taillés en biseau etqui ont été enlevés par des incisions perpendiculaires, intéressant toute 1 épaisseur de l’écorce. La face externe e st de couleur gris blanchâtre ou gris-noirâtre enfumé; elle offre des fissures plus ou moius nombreuses, longitudinales et transversales, qui interceptent des carrés irréguliers et présente des sortes de lunules arrondies ou ovales ou presque linéaires, à bords relevés. Ces lunules, qui rappellent assez bien l'aspect des fructifications de certains Ilypoxylons, sont disposées en séries longitudinales ou transversales et obliques. La face interne est lisse, brune ou fauve clair et veinée de noir ou de fauve.
Cette écorce a une cassure courte, raboteuse et de couleur fauve ou gris brun. Sur une section transversale, elle se montre composée de deux parties : une extérieure ou corlicale externe, soit compacte et formée d’un parenchyme semé de nodules lignifiés, soit caverneuse par la disparition de ces nodules : cette partie est recouverte d’un périderme mince; une interne , exclusivement libérienne, que traversent des rayons médullaires à peu près droits.
Ces deux parties sont séparés par un tissu lacuneux, grossier, plus ou moins apparent.
La description ci-dessus lie concorde guère avec celle que nous avons empruntée à la traduction française de Y Histoire des Drogues de Hanbury et Flückiger. D’autre part, aucun de nos spécimens n’offre la minceur, ni la disposition enroulée de celui qui est figuré dans le même ouvrage.
La constitution histologique de notre écorce diffère sensiblement aussi de celle qui a été indiquée par de Lanessan et que nous reproduisons :
Au-dessous d’un suber relativement épais, se voit une zone de 5 ou G séries de cellules pierreuses en forme de quadrilatères allongés tangentiellement ; la face interne de cette zone émet des prolongements subarrondis, qui pénètrent au sein de la couche corticale. Celle-ci présente, dans sa masse, des groupes irréguliers de grandes cellules scléreuses, à parois épaisses, jaunâtres et à lumen souvent très réduit. Au voisi-
ECORCE D ALSTONIA 605
nage du liber, le parenchyme cortical renferme quelques
Fio 577. — Section transversale de l’écorce d'Alstonia scholaris.
APOCYNÉES
fibres à parois très épaisses, pourvues de nombreuses couches concentriques. Le liber se compose d’un parenchyme à parois assez épaisses, mêlé de fibres plus minces. Il est traversé par de nombreux laticifères, contenant un latex blanchâtre et qui se montrent souvent anastomosés, quand on les observe sur une couche longitudinale.
Voici quelle est la structure de l’écorce que nous possédons :
Suber (fig. 577, A, et fig. 578, B) ordinairement très épais, à cellules tabulaires, brunes et à parois minces. Cette couche recouvre une zone de 6 à 8 rangées de cellules polygonales, à peine aussi longues que celles du suber et contenant chacune un gros cristal rhomboédrique.
Parenchyme cortical formé de cellules ovales, allongées tangentiellement, et dont quelques-unes renferment des cristaux rhomboédriques, tandis que d’autres, disposées en séries tangentielles, contiennent une matière colorante et simulent des laticifères.
Au sein de ce parenchyme, se voient de nombreuses cellules pierreuses (fig. 57/ et fig. 578, E.), soit isolées, soit réunies en amas et pourvues d'un lumen large. Liber (fig. 577, C) très développé, composé de cellules irrégulières (fig. 578, A), à parois antéro-postérieures très épaisses. Ce parenchyme est traversé par des rayons médullaires très flexueux et contient quelques rares fibres isolées ou réunis en petits îlots, très grosses au voisinage du parenchyme cortical, très petites au milieu du liber. Ce
Fig. 578. — Alstonia schola>'is(i\èlaiU) ' . ■ -,
1 ' dernier offre aussi, dans sa portion
externe, quelques cellules pierreuses généralement isolées.
L’écorce d’Alstonia scholaris est très réputée, dans l’Inde, comme amère et tonique. On l’emploie surtout contre la dysenterie et contre les fièvres.
Gruppe (de Manille) en a retiré une substanco incristallisable, amère et fébrifuge, qu’il appela Ditaine (de Dita, nom de l’arbre aux Philippines). L’analyse de cette écorce a été reprise par Hesse et Jobst, qui y ont trouvé divers principes :
* A, Parenchyme libérien; — B, suber; — C, rayon médullaire ; — D, fibre; — E, sclérules éu parenchyme cortical.
ÉCORCE D’AI.STONIA
1° Deux alcaloïdes, dont l’un ( Bitamine : C16H19Az O2) soluble dans l’éther; l’autre ( Dit aine ou Echitamine : G22H28Az2 O4) insoluble dans l’éther et soluble dans l’eau; 2° un Acicle huileux et deux substances amorphes , donnant, avec l’éther, une solution dextrogyre et dont l’une est une résine (E chic août chine : C25H4Ü O2), tandis que l’autre est neutre (Échirétine : G33 H56 O2) ; 3° trois principes cristallisables, dextrogyres : Y Echicèrine (G30 H18 O2), YÈchitéine (G42 H70 O2) et YÈchitine (C32 H32 O2).
Écorce d’Alstonia constricta. — Les médecins australiens substituent actuellement à l’écorce de Y A. sc-holaris , celle de Y A. constricta, F. Midi., arbre d’Australie, qui atteint une hauteur de 15 mètres et un diamètre de 0m,5.
Cette écorce est parfois offerte, sur le marché de Londres, comme écorce de Bêbéèru. Décrite d’abord, sous le nom de Samadera indica , par Oberlin et Schlagdenhauffen, elle a été rapportée ensuite à son origine vraie par Schlagdenhauffen, qui en a fait l’analyse.
L’Ecorce d’Alstonia d’Australie (Queensland FeverBark , des Anglais) se présente, soit en fragments roulés ou cintrés, pouvant avoir une longueur de 28 centimètres et une largeur de 12 centimètres, soit en éclats diversiformes et de grandeur variable. Leur lace externe est simplement rugueuse et crevassée ou très raboteuse et de couleur soit grise, soit ferrugineuse ; leur face interne est lisse, finement striée en long et de couleur fauve grisâtre ou brunâtre. Leur cassure est grenue, dans la portion corticale proprement dite et très fibreuse, dans la portion libérienne. L’aspect de cette cassure rappelle celui de certains Quinquinas jaunes cortiqués. Gette écorce a une saveur amère, persistante.
Examinée sur une section transversale (fig. 579), l’écorce de Y A . constricta offre la constitution suivante : 1° Suber (a ) épais, traversé par plusieurs zones de périderme : à sa face interne, est accolée une couche de cellules pierreuses (b) presque carrées et à peine plus grandes que les cellules du périderme. 2° Parenchyme cortical (c) composé de cellules assez grandes, minces, épaissies par places et occupé par des amas de cellules pierreuses de grandeur variable, pourvues
APOCYNÉES
d’un lumen, soit large, soit étroit. Ces amas
sont disposés
en zones concentriques, irrégulières. Au voisinage du liber, dans la partie interne du parenchyme cortical, se voient des
ÉCORCE D’ALSTONIA
fibres, tantôt isolées, tantôt réunies en groupes et souvent Intercalées au sein des amas de cellules pierreuses. Ces fibres (fig. 580) s’en distinguent, par leur calibre beaucoup plus petit, leur lumen punctiforme et leur paroi formée de couches bien définies. 3° Le liber (cl) se compose de faisceaux droits ou llexueux, essentiellement contitués par un parenchyme à cellules minces, polyédriquee, entre lesquelles sont intercalés des groupes de fibres disposées en zones concentriques. Les rayons médulaires sont formés de 2 ou 3 rangées de cellules, à paroi mince, mais plus épaisse, néanmoins, que celle des cellules libériennes. Le liber ne contient pas de laticifères, mais offre quelques amas de cellules pierrenses.
L’écorce de VA. constricla diffère donc de l’écorce de VA. scholaris , par un grand nombre de caractères :
1° Sa cassure est essentiellement fibreuse, ce qui n’existe pas dans VA. scholaris-,
2° Elle offre une zone continue de très petites sclérules, zone qui est juxtaposée au périderme et qui correspond à celle que l’on voit, sur les mêmes points, dans VA. scholaris, mais qui est formée de cellules à cristaux ;
3° Les cellules pierreuses ont un lumen moins large ;
4° Le liber de VA. conslricta contient des amas de fibres et ne possède pas de laticifères.
L’écorce de l’^4. conslricta a été analysée par plusieurs chimistes.
• A, Sclérules de la face inlerne du suber; — B, suber; — C, sclérules du parenchyme; - D, Fibres libériennes; — R, cellules à cristaux du liber; — F. rayon médullaire.
Fig. 580. — Alstonia conslricta ' (Détails.)
APOCYNKES
Palm y a trouvé un principe résineux amorphe, amer, soluble dans l’alcool, une essence à odeur camphrée et une sorte de tannin , que les sels de fer colorent en vert. Il dit s’être assuré que le principe amer n’est pas une base.
Toutefois, depuis les travaux de Palm, on a signalé, dans cette écorce, la présence de plusieurs alcaloïdes, dont l’un, appelé Alstonidine , possède, selon le Dr O. Hesse, des propriétés rappelant à la fois celles de la quinine et de la noix vomique. Cette opinion a été confirmée par leDr Bixley, qui a employé l’Alstonia, avec beaucoup de succès, contre le coryza et dans le traitement des fièvres synoque, typhoïde, puerpérale, etc.
Schlagdenhauffen en a retiré deux alcaloïdes : l’un, qu’il a nommé Alstonine et qui se présente en houppes cristallines soyeuses ou en cristaux incolores, brillants ; l’autre, qui est amorphe, et que Schlagdenhauffen propose d’appeler Alstonicine. Ces deux principes diffèrent surtout, en ce que l’acide azotique donne une dissolution douée d’une superbe fluorescence, avec l’Alstonine et non avec l’ Alstonicine.
On administre YAlstonia constricta sous forme d e poudre (dans du sirop ou de la glycérine), de teinture et à' extrait fluide. La teinture est faite avec 2 onces d’écorce, par pinte d’alcool. La poudre est donnée, dans le coryza, à la dose de 2 grains toutes les deux heures ; habituellement on en administre la moitié toutes les 4 heures ; dans les cas invétérés, on a obtenu de bons résultats en en donnant jusqu’à 6 grains par dose. A dose trop élevée, on observe des maux de tète et de l’agitation.
La teinture et l’extrait fluide peuvent être donnés aux mêmes doses que l’écorce.
Laurier-Rose
Le Laurier-rose (Nerium Oleander , L ) est un arbrisseau toujours vert, à feuilles tcrnées, raides, lancéolées -aiguës et à fleurs roses, en cymes terminales, corymbiformes.
laurier-rose
Il habite la région méditerranéenne, dans les lieux humides ou sur le bord des cours d’eau. Le laurier-rose est une plante vénéneuse, qu’Orfila range parmi les poisons narcotico-âcres et 'que les recherches modernes font considérer comme un poison du cœur.
Lukomski en a retiré deux principes, qu’il dit être de nature alcaloïde et qu’il a nommés : Pseudo-Curarine e t Olèandrine.
La Pseudo-curarine paraît être à peu inerte.
L’Olêandrine est, d’après Betelli, une substance jaune clair, semi-cristalline, soluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, le chloroforme, l’huile d’olive, etc., fusible, entre 70° et 75°, en une huile verdâtre; elle forme, avec l’acide chlorhydrique, un sel bien cristallisé.
Selon Lukomski, c’est un irritant violent des muqueuses. Ingérée dans l’estomac, elle amène des vomissements, de la diarrhée, des convulsions tétaniques intermittentes : elle peut provoquer la mort. Injectée dans la veine jugulaire d’un Chien, elle l’a tué presque instantanément.
Il est à croire que le Laurier-rose contient deux principes toxiques distincts. En effet, Pélikan ayant fait des expériences avec une matière résineuse jaune ( Olèandrine impure ï) et avec un extrait hydro- alcoolique préparés par le pharmacien militaire Latour, a obtenu les résultats ci-après:
Sous l’influence de la matière résineuse jaune, les pulsations du cœur, d’abord accélérées, se ralentissent au bout de quelques minutes, deviennent irrégulières et enfin s’arrêtent. Les ventricules sont alors vides ; les oreillettes se contractent encore pendant quelque temps, puis s’arrêtent à leur tour. Malgré cette paralysie du cœur, les Grenouilles soumises à l’action de cette substance conservent la faculté des mouvements volontaires, pendant un temps variable.
L’extrait hydro-alcoolique produit aussi, d’abord, la paralysie du cœur ; mais cet organe est alors en état de diastole et non de systole, comme après l’action de la matière résineuse ; en cet état, il peut encore se contracter sous l’influence des excitants. Un peu plus tard, les excitants n’amènent plus de contractions; le cœur se resserre et devient comme rigide.
APOCYNÈES
Le même phénomène s’observe chez les Mammifères soumis à l’action des poisons du cœur.
Pélikan pense que le Nerium possède les mêmes propriétés que la Digitale et pourrait lui être parfois substitué.
Codaga-Pala
La drogue de ce nom est l’écorce de 1 'Holarrhena antidysenterica, R. Br. ( Echites antidysenterica, Roxb. ; Chonemorpha antidysenterica, G. Don), plante de Chitta gong, de Silet et du Népaul (Indes). On lui substitue parfois celle du Wrightia antidysenterica , R. Br. (Nerium antidysentericum , L.), qui croit à Ceylan et en Cochinchine. Cette dernière écorce paraît moins active et elle est moins estimée que celle de X Holarrhena.
Le Codaga-Pala, aussi appelé Conessi Bark , Tellicherry Barh et Corte de Pala, est très réputé par les indigènes de l’Inde, comme un spécifique des maladies des entrailles. Jadis importée en Europe, cette écorce y est tombée en désuétude ou en discrédit, parce qu’on lui a substitué celle du Wrightia tinctoria, R. Br. (Nerium tinctorium, Rottl.), qui lui ressemble, d’après Holmes, mais qui n’a pas les mêmes propriétés.
On emploie aux mêmes usages, dans l’Inde, les graines de l’Holarrhena. Ces graines sont également falsifiées par celles du Wrihgtia.
L’Ecorce d’Holarrhena se présente en fragments irréguliers, de grosseur variable, roulés, plus ou moins tordus et arqués en dehors, longs de 5 à 10 centimètres, épais de 1 centimètre. Leur face externe est munie d’un suber mince, de couleur gris-brun cendré et marqué de nombreux sillons transversaux obliques, que séparent des côtes saillantes ou déprimées. Ce suber recouvre un parenchyme cortical gris rosé, qui manque parfois et laisse à nu un liber fauve grisâtre offrant de fines stries longitudinales obliques, parallèles et très rapprochées. La face interne est fauve rosé, finement striée dans les jeunes écorces, garnie, au contraire dans les
CODAGA-PALA
vieilles écorces, d 'arêtes saillantes séparées par des sillons profonds.
Cette écorce a une cassure compacte, irrégulière et gre-
nue, de couleur fauve très clair. Examinée sur une section transversale, elle se montre constituée surtout par un liber très épais, que traversent des faisceaux parfois presque
Cauvet, Mat. niéd. t. II. oc
614 APOCYNEES
droits, plus souvent tlexueux-ondulés et qui se distinguent, par leur couleur brune, du parenchyme ambiant gris rosé.
Holmes dit que l’écorce d’Holarrhena ressemble assez à celle d eY Alstonia scholari $, mais qu’elle est plus dense et moins spongieuse. Nos observations ne concordent pas avec celles de ce savant, et nous pensons que son catalogue porte.
en cet endroit, une faute d’impression. Il semble, au contraire, que, par sa compacité, son épaisseur et sa coloration extérieure, le Codaga-Pala se rapproche plutôt de l’écorce de Mudar fournie par le Calotropis procera.
L’écorce d’Holarrhena présente la structure suivante (lig. 581-582) :
Suber brun, d’épaisseur variable, mais assez mince. Parenchyme cortical formé de cellules d'abord très peîites, qui grandissent peu à peu, à mesure qu'elles sont plus voisines du centre; ce parenchyme renferme quelques amas de cellules pierreuses. Liber très épais, composé de faisceaux de grandeur inégale, que séparent des rayons médullaires, les uns larges et comprenant 5 ou 0 rangées de cel- Fia. 582. — Holarrhena (Uétails) ‘. ]u[es les autres plus étroits et n’offrant
que 2 ou 3 rangées de cellules. Les faisceaux sont constitués par un tissu cellulaire à éléments inégaux, polyédriques, soit grands, soit petits et fins. Gé tissu est traversé par de nombreux laticifères très fiexueux, souvent anastomosés; il contient quelques fibres, tantôt isolées, tantôt, disposées en groupes composés d’un petit nombre d’éléments.
On a vu que, selon Holmes (v. p. 612), l’écorce du Wrigh tia tinctoria ressemble à celle de Y Holarrhena. Nous possédons un spécimen de cette écorce, provenant de la collection du India Muséum, et nous comprenons difficilement qu'on puisse la substituer au Godaga-Pala vrai.
’ A, Sclérules du parenchyme: — B, rayons médullaires; — C, liber avec fibres et épaississements; — D, Ilot d'épaisscment du liber.
CODAGA-l’AI-A
CODAGA-l’ALA ‘515
L’Écorce du Wrightia (Kalci-Koora des Hindous) se présente en morceaux de 2 à 3 centimètres de longueur, sur 1 à 3 centimètres de largeur, épais de 1 cà 3 millimètres, plats ou peu cintrés, presque tous arqués en dehors, dans le sens de leur longueur et formés de fragments d’écorce détachés avec un couteau : la plupart offrent, en effet, des bords taillés en biseau; les plus épais seuls ont l’un des bords coupé verticalement. Leur
face externe , A
de couleur gris fauve, est simplement striée ou marquée de très petites verrues grisâtres.
La face interne est fauve et sou vent pourvue de plaques ligneuses ; elle est rarement lisse. Presque toujours, cette face offre des brisures irrégulières, larges ou étroites, toujours transversales et imbriquées,paraissant dues à ce que l’écorce a été enlevée, avec un couteau, d’une racine demi-sèche.
Cette écorce diffère donc beaucoup decellc de l'Holarrhena.
Elle présente la structure suivante ( fîg. 583) :
Périderme (a) mince, composé d’une ou deux couches intercalées dans le parenchyme cortical. Parenchyme cortical peu épais, sans doute
Fia. 583. — Section transversale d'une écorce de Wrightia'
* Cette figüre ne donne qU'uno idée lointaine de la constitution do l'écorce de Wrightia. Nous nous en sommes aperçu trop tard, pour la faire recommencer.
APOCYNEES
en majeure partie détruit par exfoliation, composé de cellules inégales, à paroi très mince. Ce tissu comprend des amas de sclérules inégales (B), à lumen très grand et à parois peu épaisses, creusées de fins canaux, qui, vus de face, se montrent comme des ponctuations. Les amas de sclérules renferment des cellules contenant des cristaux rhomboédriques, tantôt dispersées au milieu des sclérules, tantôt et plus souvent disposées en bordure autour de ces amas. Liber ( b , c) très développé, formé de faisceaux parenchymateux, enfermant des îlots de sclérules toujours accompagnées de cellules à cristaux; des laticifères tortueux et à contenu granuleux, blanc ou brun pâle, se voient au sein du parenchyme libérien. Les cellules du liber ont des parois très minces et contiennent, de l'amidon. Les îlots de sclérules sont parfois allongés dans le sens des rayons; plus souvent ils sont tangentiels (d). Quant aux laticifères, lorsque leur section est transversale, ils se montrent disposés en groupes composés d’éléments moins larges que ceux du parenchyme ambiant, mais plus épais et dont quelques- uns sembleraient être des fibres (C), si leurs parois n’étaient pas dépourvues de couches concentriques. Enfin, les rayons médullaires sont très flexueux et composés de 2 ou 3 rangées de cellules; ils arrivent presque jusqu'au périderme.
Les propriétés du Godaga-Pola sont attribuées à un alcaloïde appelé Conessine (V. Anderjow).
Anderjow
Dans l’Inde, on désigne, sous le nom d 'Anderjow, les semences de l’Holarrhena et celles du Wrightia, que l’on distingue par leur saveur : celles de l’Holarrhena sont appelées Anderjow Sherin (amer) et celles du Wrightia, Anderjow Tulkj doux).
Ges deux sortes de semences ont l’aspect de gros caryopses d’ Avoine et se ressemblent beaucoup. Elles sont très allongées, elliptiques, appointes â leurs extrémités, épaisses de
1 à 3 millimètres et arrondies sur la face dorsale; leur face ventrale est pourvue d’un sillon plus ou moins large ou déprimé, à bords saillants, avec le milieu du sillon otfrant une ligne soit blanchâtre, soit jaune pâle.
Elles se différencient par les caractères suivants :
Les Semences du Wrightia sont plus épaisses, moins déprimées à la face ventrale et leur longueur peut dépasser
2 centimètres. Sur la section transversale, elles se montrent formées d’un épisperme brun et d’un albumen rouge vi-
QUÉBRA.CHO 617
neux, contenant un embryon rose pâle, replié en gouttière longitudinale. Leur saveur est douce un peu térébinthacée.
Les Semences de l’Holarrhena sont plus minces, plus plates, avec le sillon ventral plus étalé ; leur longueur atteint rarement 2 centimètres. Sur la section transversale, elles se montrent constituées par un épisperme fauve et par un albumen blanc , oléagineux, contenant un embryon également blanc. Leur saveur est amère, persistante et un peu aromatique.
Les semences d’Holarrhena sont usitées, dans le choléra, pour combattre les vomissements et contre la peste du bétail.
L’écorce et les semences de Y Holarrhena contiennent un certain nombre de principes et surtout un alcaloïde appelé Conessine, par Haines, qui le trouva dans le Godaga-Pala (Connessi Bark). Stenhouse a signalé cet alcaloïde, dans les semences et l'a nommé, à tort, Wrightine. Ce nom a prévalu.
La Wrightine (C2G Hi2Az20, ou G25 H44 Az2 O, Haines) se présente sous forme d’une poudre amorphe, soluble dans l’eau bouillante, dans l’alcool et surtout dans les acides étendus. Elle donne des sels incristallisables, très amers, que le tannin précipite de leur dissolution.
Québracho
Onexporte de La Plata, sous ce nom, un Bois et une Ecorce offrant des propriétés bien différentes et qui proviennent de végétaux appartenant à deux familles très éloignées l’une de l’autre. Au reste, le nom de Quebracho est donné, par les Argentins, à tous les arbres ayant pour caractères communs d’être astringents et d’avoir un bois dur, résistant à la hache.
Le Bois de Québracho ou Québracho rouge est fourni par le Loxopterygium Lorentzii, Griscb. (Anacardiacées). Ce bois est appelé, dans le commerce, Quebracho rouge de Cucuman; les Argentins le nomment Quebracho Colorado. Il se présente en plaquettes de couleur brun rougeâtre clair, et pourvues de zones ligneuses assez étroites, formées de deux parties : l’une rouge-brun foncé, dure et à grain serré; l’autre rouge -brun clair, moins dure et à tissu plus
AEOCYNEÉS
lâche. Sur une section transversale, ces zones offrent une direction très oblique. Ce bois offre souvent des fissures remplies d’une matière extractive ou résineuse, brillante, brunnoirâtre foncé.
Le Québracho rouge sert au tannage et dans la teinture ; son importation, en Europe, augmente d’année en année.
L’Écorce du Loxoptérygium possède des propriétés plus accentuées; elle est employée comme astringente, en lotions, gargarismes et collyres. On y a trouvé du tannin et deux alcaloïdes, dont un assez stable, appelé Loxoptèrygine.
La Loxoptérygine (C13 H17 Az O, Hesse) est une substance amorphe, peu soluble dans l’eau froide, facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther. Elle a une saveur amère et une réaction alcaline. L’acide nitrique la dissout et se colore en un beau rouge; l’acide sulfurique forme, avec elle, une dissolution jaune, que l’acide molvbdique fait passer d’abord au violet, puis au bleu ci cpxQ le bichromate de potasse fait virer au violet. Elle fond à 8i° et se décompose à une température plus élevée, en fournissant de la quinoléine (?).
L’Écorce de duébracho ou Oluébracho blanc ( Québracho blanco , des Argentins) est fournie par Y Aspidosperma Quebra cho ; Schlecht. (Apocynées).
Elle se présente en morceaux plats ou cintrés, pouvant avoir plus de 15 centimètres de long, sur 7 centimètres de large, mais souvent moins gros et dont l’épaisseur varie de 2 à 4 centimètres. Sa face externe offre un suber gris-fauve ou gris rougeâtre, divisé par des fissures profondes, très irrégulières, en îlots saillants et inégaux. Sa face interne est gris-fauve, fibreuse, plus ou moins fissurée et marquée de stries longitudinales, parallèles. Sa cassure est grossière et courte.
Examinée sur une section transversale (fig. 584-585), elle se montre composée des éléments ci-après : 1° une portion extérieure (per.), épaisse, rouge orangé, formée de zones subéreuses parallèles, intercalées au sein d’un tissu cellulaire rosé, offrant des amas disséminés de sclérules grisâtres, à paroi peu épaisse, très canaliculée ; 2° une portion moyenne (p. c.), constituée par un parenchyme gris jaunâtre, peu compact, contenant de nombreux amas de sclérules, de couleur
QUÙBRACHO 619
plus pâle. Cette couche constitue environ les 3/5 de l’épaisseur totale de l'écorce. Les sclérules qu’elle renferme sont de grandeur inégale.
Fio. 584. — Coupe transversale de l’écoree de Québracho.
Le parenchyme cortical contient, en outre, quelques fibres, soit libres, soit dispersées au milieu des îlots de sclérules ; 3° une portion interne (l), de nature libérienne, ne différant du parenchyme cortical
APOGYNÈES
vent tortueuses* et par îrpresenî^d-f 31’0^68 6“ ,fileS radiales’ sou' P P esence d« rayons médullaires composés a de 2 on 3 rangées de cellules
minces. Cette zone est proportionnellement très étroite.
L écorce de Québracho blanc contient environ 27 0/0 de tannin. Elle est à peu près inodore et possède une amertume intense. On l’emploie comme fébrifuge, au Brésil et à La Plata ; c est à ce titre qu’elle a été intioduite dans la thérapeutique. L’expérience n’a pas confirmé cette réputation de l’écorce argentine:
mais elle a montré que le Québracho possède des pro prietes très differentes et tout à fait inattendues. On } a employé, avec succès, soit aigu, soit chronique, et
Fio. 585 - Écorce de Québracho (détails)
contre le catarrhe intestinal, ttl8Uf KUJl cnromque et surtout contre les divers sortes de dyspnée, qui accompagnent les maladies des appareils circulatoires et respiratoires Hesse en a retiré 6 alcaloïdes et un corps neutre, qu’il a nomme Quebracliol (G20 H34 O). L’action physiologique de ce dernier corps semble n’avoir pas été étudiée. D'après Hesse, les alcaloïdes possèdent les propriétés suivantes ■
L Aspidospermine (G22 H30 Az* O2) se présente sous forme de petits cristaux prismatiques, dont quelques faces sont très brillantes. Elle fond entre 205° et 206", se dissout dans 6 000 paities d eau, dans 48 parties d’alcool à 99° et dans 106 parties dether anhydre. Ses dissolutions sont lévogvres et leur saveur est amère. Elle est colorée en rouge-
' a) Portion de suber; — h) sclémii» -,
tical; — d) parenchyme cortical; — e) rayon" ^ scl^rule,du parenchyme cor-
y) fibres libériennes. ‘ ‘ ullairc ; — /, h) sclérules du liber: —
QUÈBRAC1I0 621
l'acide perchlorique chaud ; avec lebichlorurc de platme acide, elle donne un précipité devenant bientôt bleu. Le chlorure ferrique ne la colore pas; il en est de même avec l’acide sulfurique, même en présence de l’acide molybdique; mais la solution sulfurique, additionnée d’une parcelle de bichromate de potasse, se colore en rouge , puis en vert. Ses sels cris tallisent difficilement; leur solution est très amère.
L’Aspidospermatine (G22 H28 Az2 O2) se présente en masse cristalline radiée, soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, lévogyre et fusible à 162°. Elle diffère de l’Aspidospermine, en ce quele bichromate ne colore passa dissolution sulfurique. Ses sels sont amorphes.
L’Aspidosamine (G22 H28 Az2 O2) est en llocons, que la lumière colore en jaune rougeâtre; elle est très soluble dans l’alcool et dans l’éther. L’acide sulfurique la dissout, en prenant une coloration bleue, qui passe au bleu foncé , par addition de bichromate de potasse ou d’acide molybdique. Le chlorure ferrique colore le chlorhydrate en rouge brun. Ses sels sont amorphes.
L’Hypoquébrachine (G21 H20 Az2 O2) est une matière amorphe, jaunâtre, fusible à 80°, soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme. Sa dissolution sulfurique prend une teinte violacée, quel’acide molybdique renforce. Ses sels sont amorphes.
La Québraciune (G21 H26 Az2 O3) est en aiguilles, que la lumière jaunit, insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool et dans l'éther, dextrogyres et fusibles à 214°. Ses sels sont peu solubles et cristallisent aisément.
Quant à la Québrachamine, on ne l’a rencontrée qu'ur.e fois, et sa composition n’a pas été établie.
L’action de ces G alcaloïdes a été étudiée par Penzoldt. Ils abolissent la motricité des nerfs, sans agir sur la sensibilité. Cette action paralysante est obtenue, avec 0,1 à 0,2 d’alcaloïde, chez la Grenouille, et avec 0,2 à 0,4, chez le Lapin. Ils ralentissent les mouvements du cœur et finissent par les arrêter.
APOCYNEES